Affichage des articles dont le libellé est France. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est France. Afficher tous les articles

samedi 29 avril 2017

3 raisons de voter Emmanuel Macron

Le premier tour de l'élection présidentielle française a eu le mérite de dégager - y compris au sens tunisien du terme - une alternative claire pour le second round.
Emmanuel Macron et Marine Le Pen représentent deux visions opposées de notre société.
Ce choix est crucial et même dangereux, aussi mon suffrage ira, sans état d'âme, à Emmanuel Macron.
Voici pourquoi.



1) Marine Le Pen souhaite une économie fermée et administrée

Taxation, douane, contrôles en tous genres, possible sortie de l'euro et de l'Europe, planche à billets...
Bien que floues, les orientations économiques du Front National ont le mérite de la cohérence dans l'irréalisme.

Ces idées méconnaissent que l'économie est d'abord un circuit, que ce qui est dépensé quelque part a du être gagné ailleurs et vice-versa.
Par exemple, freiner les importations, c'est simultanément s'exposer à la pénalisation de nos exportations.

De surcroît, en 250 ans de révolutions industrielles et de capitalismes, il n'existe aucun exemple réussi et durable de pays raisonnablement développé ayant pratiqué les politiques économiques invoquées par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.
Par contre, nombres de catastrophes ont été provoquées par ces méthodes, le Vénézuela étant la dernière en date.

2) Marine Le Pen propose des réponses simples

Quel que soit le sujet, l'héritière Le Pen formule des propositions lapidaires.
Se débarrasser des étrangers, surtout ceux du sud, des bureaucrates et des oligarques capitalistes suffirait à créer le jardin d'Eden sur notre belle terre de France.

Ce simplisme est inadapté à notre société actuelle que les sociologues qualifient d'horizontale.
Nous sommes plus autonomes que nos parents et nos grand-parents. Nous décidons, par nous-même, de nos vies, de nos envies, de nos façons d'être, de nos consommations, de nos métiers, de nos conjoints...
Les déterminismes familiaux, sociaux, religieux et politiques ont de moins en moins de prise sur nous.

De ce fait, notre monde est devenu singulièrement imbriqué.
Nous sommes tous désormais de petits décideurs.
Les sommets des pyramides politiques ou économiques ne parviennent plus à nous imposer leurs choix.
Atténuer les maux dont souffre notre pays exige une approche complexe.

3) Marine Le Pen aspire à moins de démocratie

En se présentant comme la candidate du peuple et en revendiquant un lien exclusif direct entre les français et le pouvoir qu'elle incarnerait, la dirigeante frontiste montre le peu cas qu'elle fait de la démocratie libérale.

Des centaines d'années ont été nécessaires, depuis la magna carta anglaise du 14ème siècle jusqu'à la déclaration universelle des droits de l'Homme en 1945, en passant par l'indépendance américaine et la révolution française, pour mettre au point par tâtonnements notre système démocratique.
Il repose non seulement sur un gouvernement désigné par une majorité de citoyens mais aussi par ce que les américains appellent les "checks & balances" (contrôles et équilibres), c'est à dire le respect des minorités, la séparation des pouvoirs et l'état de droit, à commencer par les droits fondamentaux.

Tout cette organisation subtile nous paraît naturelle et, comme nous y sommes habitués, nous y accordons aussi peu de valeur qu'à l'air que nous respirons.

Aussi, je recommande à tous les hésitants de s'entourer, pendant une minute, la tête d'un sac en plastique, afin d'expérimenter la différence entre l'air libre - même chargé de micro-particules - et l'asphyxie.

Bien qu'ayant effectué mon service militaire dans la Royale, je voterai résolument contre la Marine !




Républicainement votre

Post-scriptum 29 avril 2017 15H00
J'ai publié cette chronique aujourd'hui en fin de matinée alors que n'avais pas eu connaissance du piteux ralliement de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen.
Ce dernier épisode en date ne fait que rajouter à la confusion des esprits et des valeurs que j'essaie de combattre dans cette chronique.
Qu'un gaulliste auto-proclamé fraie avec un parti dont la filiation politique, historique et sociologique rejoint les pires ennemis de Charles de Gaulle, Vichy et l'OAS, devrait nous inciter encore plus à voter massivement contre cette imposture.

Références et compléments
En lien avec cette prise de position, je suggère quatre autres de mes chroniques
- Mes valeurs
- Tentative d'explication de la laïcité en France à mes amis hors de l'Hexagone
- Ma visite impromptue chez Charles de Gaulle
Seul, bras croisés, au milieu des saluts nazis

La photographie d'Emmanuel Macron discutant, sous l'oeil des officiers de sécurité et des caméras, avec Caroline Schreiber (candidate de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon dans l'Isère) a été prise par mes soins le 14 avril 2017 devant le centre INRIA de Montbonnot, lors de la visite du candidat d'En Marche.
Ce blog reflétant mes points de vue personnels, il va sans dire que cette chronique et sa photo n'ont reçu l'aval ni de Caroline Schreiber, ni même d'Emmanuel Macron.

La citation de Raymond Aron "le choix en politique n'est pas entre le bien et le mal mais entre le préférable et le détestable" et l'image associée ont été trouvées au hasard de Twitter.

samedi 1 octobre 2016

La résilience remède à l’hystérie

Une image vaut mille mots, parait-il.


Cette photo, intitulée « la lettre », est l'œuvre de l'anglais Cecil Beaton.
Il l'a prise, en 1940, à Londres que l’aviation allemande bombardait sans relâche afin de faire plier le dernier pays européen à s’opposer aux nazisme.

Cecil Beaton, photographe mondain, avait été affecté au ministère de l’information. Sa mission consistait à montrer la résistance des sujets de Sa Très Gracieuse Majesté sur le home front (le front domestique).

Jusqu'à maintenant, on ignore si ce cliché est spontané ou posé, son auteur ayant alterné les deux types de travail.
Quoiqu'il en soit, l'image reflète la résilience dont ont fait montre les britanniques durant la période dramatique du blitz.

Alors que les périls s'amoncellent sur la France, peut-être, pourrions-nous - en lieu et place de l'hystérie collective qui nous gagne - emprunter à cette jeune anglaise son flegme tranquille et résolu au milieu des décombres.
« We shall never surrender, never, never! »

« Ne jamais renoncer, jamais, jamais ! »

Winston Churchill
Résolument votre

Références et compléments
Voir aussi les chroniques « mes valeurs » et « 10 citations contre le terrorisme et la barbarie ».

Article Wikipedia sur le photographe britannique Cecil Beaton.

mardi 27 septembre 2016

J’ai testé le site internet de campagne électorale de François Hollande

Aujourd’hui, des sympathisants ont mis en ligne un site à la gloire de l’actuel président français, baptisé « notre idée de la France ».

Ce media clame « oui ça va mieux » et nous invite à le vérifier, chiffres à l’appui, département par département.
Les résultats pour l’Isère, où je réside, sont, pour le moins, maigrelets.

Extrait du site « notre idée de la France »

Chômage

« 611 créations nettes d’emplois depuis 2012 »
La population active de l’Isère avoisine 800 000 personnes.
Le gouvernement en place a donc accru l’emploi en 5 ans dans une proportion de 1 pour 1 300.
Mon professeur de physique de terminale aurait qualifié cet exploit d’épaisseur du trait.

Jeunesse

« 1 171 jeunes ont bénéficié d’un emploi d’avenir »
La phrase complète n’étant pas très claire, il est difficile de déterminer si cette valeur se rapporte à la seule année 2015 ou à l’ensemble du mandat présidentiel.
Le trait a bien grossi, un jeune isérois sur 200 est concerné.

Enseignement

« 1 304 postes créés depuis 2012 dans l’académie de Grenoble »
Le territoire départemental étant un peu étriqué, il a été étendu à l’académie, c’est à dire à 4 autres départements limitrophes.
Le trait devient poutre. Les effectifs de l’Éducation Nationale ont augmenté de 2% en 5 ans !

Entreprises

« 2 562 entreprises sont soutenues par BPI France », la banque publique d’investissement.
La poutre se confirme à 2% des sociétés dauphinoises.

Retraites

« 8 972 retraités ont bénéficié d’un départ anticipé depuis 2012 »
Le compteur s’emballe à 3.5% des pensionnés isérois !

Impôts

« 174 618 foyers ont bénéficié d’une baisse d’impôt sur le revenu en 2015 »
Cette fois, le match se joue presque à guichets fermés. Près d’un ménage sur trois a été moins ponctionné par les percepteurs de l’Isère l’an dernier.
Il manque toutefois la statistique des augmentations de prélèvements obligatoires de 2012 à 2016.

Supporter une équipe reléguable ressemble parfois à un sacerdoce.

Factuellement votre

Références et compléments
L’image et les citations sont issues du site « notre idée de la France » le mardi 27 septembre 2016 vers 18 heures.

Les valeurs ayant permis l’étalonnage des données hollandaises proviennent de l’INSEE et de l’Académie de Grenoble.

mercredi 14 septembre 2016

Quand les émirs du pétrole régnaient sur l'Europe

Les monarques d'Arabie et du Golfe, avec leur train de vie fastueux et kitsch ainsi que leur autoritarisme teinté de religion nous choquent.
Pourtant, l'essentiel du patrimoine culturel européen est l'œuvre de souverains aussi peu exemplaires.

Des monarchies archaïques et pourtant prospères

Avec la Renaissance, au 16ème siècle, a débuté, en Europe, une ère de progrès agricoles, techniques et sanitaires qui, pas à pas et dans la douleur, a boosté productions, villes et populations.

Ces changements économiques ont toutefois tardé à se transformer en évolutions politiques.
Clergé et noblesse s'empressaient de rappeler au bon peuple que cet ordre des choses pyramidal et inégalitaire était, pour l'éternité, un don de Dieu.
Aussi les monarchies absolues et leurs cortèges de féodaux ont bénéficié, pendant presque trois siècles, des fruits juteux à souhait de la rente foncière et des multiples taxes.

Peu soucieux de redistribution sociale, les rois et leurs obligés s'ingéniaient à dépenser illico ces sommes prodigieuses en guerres mais aussi en constructions ostentatoires, tant civiles que religieuses.

Palais royal de Turin

Paraitre pour être 

Le 18ème siècle fut l'apogée de ce système.
Les styles baroques et rococo, avec leurs cargaisons de dorures et de décorations, reflètent de goûts et envies de nouveaux riches.
Un palais royal ou ducal devait d'abord en mettre plein la vue !

Mobilier rococo au pavillon de chasse de Stupinigi

Le roi de France Louis XIV - alors souverain le plus puissant d'Europe - fit bâtir le gigantesque château de Versailles pour montrer qui était le patron en impressionnant ses sujets et ses voisins.

Dans le même temps, les émirs de Savoie, qui régnaient, depuis Turin, sur la province éponyme mais aussi sur le nord de l'Italie actuelle, voulurent se mettre en évidence. Pourtant la première garnison française n'était qu'à une trentaine de kilomètres de leur capitale.
Les rois de Piémont-Sardaigne - comme ils aimaient se faire appeler - érigèrent en un temps record une multitude de palais non loin du Pô ainsi qu'un pavillon de chasse somptuaire à quelques encablures.

Coupole du pavillon de chasse de Stupinigi

Les fastes royaux en héritage 

En bon touriste, j'ai récemment arpenté Turin et visité plusieurs de ses monuments.
Désormais, cet imposant patrimoine - les anglo-saxons disent heritage - procure émotions et plaisir à ses hôtes tout en propulsant l'activité économique.
Pourtant, ces palais et églises ont été commandités par des monarques dépensiers aux motivations douteuses et financés une paysannerie miséreuse essorée par l'impôt.

Pavillon de chasse de la maison de Savoie à Stupinigi
Peut-être, dans quelques années, irons-nous, de même, à Riyadh ou Dubaï admirer en flânant les oeuvres des rois du pétrole...

Baroquement votre

Références et compléments
Voir aussi les chroniques :
Rimbaud + McDo + Dubaï = le plateau ivre
Le Vatican : des Saouds bien de chez nous
Daech s'est déjà implanté deux fois en Europe

Site web de l'office du tourisme de Turin / Torino

Photos prises par l'auteur à Turin / Torino et Stupinigi le 10 septembre 2016.

samedi 3 septembre 2016

Peut-on faire son beurre dans le lait ?

La couverture médiatique du récent conflit entre les agriculteurs français et la multinationale Lactalis sur le prix du lait n'a guère permis de se forger une opinion éclairée.

Nos gazettes utilisaient les centimes par litre pour évoquer les éleveurs.
Le chiffre d'affaire ou bien les marges ou encore les bénéfices de l'industrie laitière étaient présentés, sans distinguo, en milliards ou millions, suivant l'humeur du journaliste.
Quand à la distribution, pour une fois, personne ou presque ne l'a évoqué.


Je vous propose d'examiner de près le contenu d'une bouteille de lait.

Des consommateurs qui consomment tout et n'importe quoi

Ne buvant que très peu de lait, j'ai, pour complaire aux fidèles lecteurs de ce blog, payé de ma personne en passant un long moment à détailler le rayon ad hoc de mon hypermarché favori au doux nom d'intersection routière.

Le nombre de modèles différents de briques et de bouteilles de lait est exorbitant.
Il semble y avoir un lait pour chaque sensibilité : "entier", "bio", "demi-écrémé", "de ferme", "vitaminé", "de montagne", "grand"...
Je regrette toutefois l'absence de lait pour gauchers ainsi qu'une version pour daltoniens.

Les prix reflètent ce festival de diversité. Ils s'échelonnent de 67 centimes à 2.12 € par litre, un ratio de valeur supérieur à 3 pour un aliment réputé basique !
La moyenne se situe grosso modo à 80 centimes le litre.

Les petits contenants méritent une mention spéciale.
Le demi-litre est vendu sensiblement 70 centimes, presque autant que le litre !

Des éleveurs qui s'enfoncent

Depuis une très grande lurette, nous n'achetons plus notre lait au jour le jour chez un voisin paysan.
En France, les éleveurs vendent en vrac l'essentiel du produit de leurs vaches à des industriels - Lactalis et Danone, mais aussi Sodiaal, sont les plus connus - qui le collectent dans les fermes.

La forte production mondiale - beaucoup de pays, à l'instar de la Tunisie, ont augmenté leurs capacités laitières ces deux dernières décennies - et l'atomisation des agriculteurs poussent les prix à la baisse.
Le lait standard est devenu une "commodité", c'est à dire une matière première à faible valeur ajoutée dont le cours fluctue avec l'offre et la demande.

En France, le lait est payé aux éleveurs entre 25 et 30 centimes le litre, un gros tiers de ce que nous déboursons.
Les organisations syndicales agricoles estiment que, pour couvrir les coûts de production, 33 centimes - 10% à 30% de plus qu'aujourd'hui - seraient nécessaires.

Peu d'entreprises peuvent supporter durablement des déficits aussi profonds.
Sauf improbable retournement de tendance, le nombre d'élevages - et pas obligatoirement le nombre de vaches - va continuer sa chute libre, une division par 6 en 30 ans.

Répartition du prix de vente d'un litre de lait en France à la rentrée 2016

Des industriels qui industrialisent

Lactalis, Danone et consorts ne se contentent pas de ramasser le lait.
Celui-ci subit une ribambelle de transformations pour en faire une boisson de longue conservation ou bien des fromages et des yaourts.

Les entreprises agro-alimentaires ajoutent aussi une composante marketing.
Collectivement, nous apprécions et sommes prêts à payer afin de nous lever pour un dessert lacté, d'avaler un fromage présidentiel ou d'ingurgiter un breuvage blanc et vivant.
La production de ces images est aussi l'oeuvre du transformateur.

Comme dans toute industrie, ces opérations sur le produit, son apparence et sa perception sont réalisées avec une grande productivité qui compresse les coûts.
La valeur ajoutée par les transformateurs dans un litre de lait est un peu inférieure au prix payé à l'éleveur, de l'ordre de 24 centimes pour un litre.

Des distributeurs qui distribuent

Depuis les usines, le lait est pris en charge par une chaîne logistique complexe qui approvisionne en continu hypermarchés et épiceries de quartier.

Une fois arrivé en magasin, les produits laitiers sont soumis à notre bon vouloir.
En fonction de nos envies, des propositions commerciales et de l'argent disponible dans notre portefeuille, nous choisissons d'acheter ou de ne plus acheter tel ou tel produit, dans ou tel point de vente.

Notre consommation directe de lait à beaucoup diminué. Désormais, packs et bouteilles n'occupent plus qu'un demi-rayon dans mon hypermarché de prédilection alors que fromages et yaourts en colonisent six.

Ce travail de distribution requiert un coût non négligeable, grosso modo deux tiers de la rémunération de l'éleveur, environ 19 centimes par litre.

Des marges à la marge

Les actionnaires des transformateurs et distributeurs - qui financent usines et stocks - souhaitent être payés en échange de cette prestation capitalistique.
Ils reçoivent sensiblement 3 centimes par litre, un dixième de ce que touchent les éleveurs, à peine 4% du prix de vente final.
Deux tiers vont aux Carrefour, Leclerc et autres distributeurs alors que seulement un tiers rétribue les industriels de l'alimentation.

Tout le long du parcours du lait, du pis de la vache à notre gosier, le fisc guette.
TVA et impôts sur les entreprises représentent un septième du prix versé au fermier, 5 centimes par litre.
L’état reçoit beaucoup plus que les actionnaires d'Auchan et Lactalis réunis.

Au total, les marges privées et surtout publiques représentent un quart du prix versé à l'agriculteur, mais seulement 10% de ce que nous déboursons.

Répartition du prix de vente d'un litre lait en France en fonction de la rémunération de l'éleveur

Éco-lactiquement votre

Références et compléments
Voir aussi sur le thème de l'économie, de l’agriculture et de l’alimentation les chroniques

Précisions méthodologiques
  • Les prix de vente du lait ont été relevés par l’auteur les 29 et 30 août 2016 à Carrefour et Carrefour Drive à Meylan (Isère).
  • Les sommes payées aux éleveurs laitiers sont celles relayées par les médias en août 2016.
  • Pour estimer les valeurs ajoutées et marges des transformateurs et distributeurs, je me suis appuyé sur les rapports annuels récents de Danone et Carrefour ainsi que sur les comptes de Lactalis de 2010, seule année où ils ont été publiés.
    Les chiffres indiqués dans cette chronique sont par nature globaux et approximatifs tout en restant dans des ordres corrects de grandeur.
    Il est d’ailleurs intéressant de relever que Danone et Lactalis - bien que le premier soit absent du lait et focalisé sur les produits frais et que le second soit d'abord un leader des fromages - dégagent, tous deux,  une marge opérationnelle et un résultat net du même ordre de grandeur en pourcentage.
  • Les "prélèvements obligatoires" sont plus importants que les seuls impôts reportés ici.
    De l'éleveur au distributeur, de nombreuses cotisations sociales, assises sur les salaires, sont versées.
    Elles sont difficiles à déterminer avec le peu de données publiques à disposition. Un bon ordre de grandeur des cotisations sociales se situe entre 3 et 9 centimes par litre, à soustraire essentiellement des valeurs ajoutées de transformation et distribution.

Je remercie les participants, qui se reconnaitront, à la récente discussion enflammée sur la crise du lait qui a servi de déclencheur à ce billet ainsi qu'au précédent sur le prix des terres agricoles.

Je m'excuse auprès des lecteurs ne résidant pas en France pour mes allusions à peu près incompréhensibles hors de l'Hexagone à des marques et publicités : "on se lève pour Danette" (Danone), camembert Président (groupe Lactalis) et lait Viva de Candia (groupe Sodiaal).
Outre Candia, qui signifie blancheur en latin, le groupe laitier coopératif Sodiaal est aussi connu par ses marques Yoplait et Entremont.

dimanche 28 août 2016

On se fait plus de blé dans l’immobilier que dans le blé

La France agricole n’en finit plus de convulser.
À chaque trimestre sa crise. Dernier épisode en date, le bras de fer entre les producteurs de lait et la multinationale Lactalis dans le nord-ouest.

La fibre paysanne étant encore vivace, les petits fermiers bénéficient de la bienveillance des urbains qui, pourtant, s'ingénient à les couler.

Retour distancié et chiffré sur un thème passionnel.

Nous vivons toujours plus nombreux dans les champs

La population française a augmenté de deux tiers entre la fin de seconde guerre mondiale et aujourd’hui. Nous sommes 25 millions de plus qu’au moment du débarquement.

Cette croissance, ainsi que la réduction de la taille des familles, a nécessité la construction de nombreux logements.
L’essentiel de cette urbanisation toujours vivace - maisons individuelles mais aussi immeubles - s’est faite en périphérie des villes et bourgades sur des terrains jusqu’alors cultivés.

L’auteur de ces lignes ne fait pas exception en la matière. J'habite un quartier de la banlieue de Grenoble qui était entièrement agricole 25 ans en arrière.

Lotissement récent à Meylan près de Grenoble.
Sur la droite du cliché, les dernières cultures du quartier.

Céder son outil de travail plus rentable que de trimer

Même avec la forte pression urbaine, les agriculteurs vendent leurs champs plus par intérêt économique que pour faire plaisir à leurs concitoyens en mal de logement.

Les terres cultivables s'échangent actuellement en Isère autour de 0.7 €/m2, avec des minimas pouvant descendre à 0.1 €/m2 et des maximas vers 1.5 €/m2.

Un mètre carré planté en blé fournit, bon an mal an, 750 grammes de céréales, soit, au cours moyen, de l'ordre de 15 centimes d'euros.
Grosso modo, les champs valent quelques années de moisson.
En dehors de la viticulture, de l'horticulture et de la floriculture, toutes les productions agricoles ont des rendements économiques similaires.

À l'autre bout de l'échelle, dans la même région, les terrains constructibles pour des habitations se négocient en moyenne à 120 €/m2, avec des pointes à 200 €/m2, voire même 700 €/m2, dans les zones recherchées des vallées proches de Grenoble.

Le paysan qui vend un terrain pour le transformer en lotissement réalise donc une plus value entre 15 000% et 100 000%.
Lors de la signature chez le notaire, il engrange d'un coup entre 8 et 30 siècles de récoltes.

Ancienne ferme à Meylan.
À droite de l'image, à l'arrière plan, des immeubles de moins de 10 ans.

Notre logement avant notre assiette

Choix personnels, contraintes professionnelles, pesanteurs sociales et imperfections récurrentes du marché immobilier se conjuguent pour nous faire dépenser beaucoup pour notre habitation, son équipement et son entretien.
Un quart de nos sous va à notre sweet home.

De même, éducation, médias et télécommunications ainsi que loisirs en tous genres s'accaparent un cinquième de notre budget.

Même si la bonne chère tient une place de choix dans nos conversations, en pratique notre nourriture est devenue une portion congrue de notre portefeuille, un gros huitième de ce qu'il en sort chaque mois.
Ces montants réduits sont utilisés surtout pour acheter des aliments transformés et assez peu de productions agricoles de base.
Je vous laisse imaginer ce qu'il peut en être dans les pays ne nourissant pas la passion française pour la bouffe et la boisson.

Répartition de la consommation des ménages français en 2015

Le sort des paysans est dans des mains tenant des smartphones et des clefs de maison

Les conséquences pour l'agriculture de ces myriades d'arbitrages individuels sont dramatiques : pression à la baisse sur les prix des denrées et envolée du cours des terrains s'ils cessent d'être cultivés.

Seul un changement significatif et durable de nos habitudes personnelles de consommation permettrait de donner structurellement de l'oxygène au monde paysan.
Au delà de notre sympathie campagnarde de façade, sommes-nous prêts à dépenser moins pour notre gîte et plus pour notre couvert ?
À diminuer nos usages d'écrans ?
À lever le pied sur nos loisirs ?

Si - comme je le pratique - notre réponse collective est majoritairement non, alors nous devons cesser de nous lamenter sur les crises agricoles à répétition dont nous sommes les principaux responsables.

Arbi-tragiquement votre

Références et compléments
Voir aussi les chroniques :
Cochonou vs éleveurs : dans le cochon tout est bon mais tout n’a pas la même valeur
- J'ai tué la librairie Arthaud de Grenoble

Je remercie les participants, qui se reconnaitront, à une récente discussion enflammée sur l'actuelle crise du lait entre paysans et Lactalis. Ce billet est directement issu de cet échange agité.

Outre les toujours très achalandés Wikipedia et INSEE, les chiffres annoncées dans cette chronique proviennent aussi des sites terrain-construction.com, leparticulier.fr et finances.net.
Pour mieux dégager les tendances, j'ai agrégé en 7 rubriques seulement les chiffres de consommation très détaillés fournis par l'INSEE.

jeudi 18 août 2016

Interdiction du burkini : haute police ou police du haut ?

​En France, conjoncture compliquée et soleil estival nous font collectivement perdre la tête.
Levons le voile sur le dernier épisode en date.

Années 1970 : le haut impérativement

L'été, lorsque j'étais gamin, sur le littoral de Charente Maritime, les CRS - plaisant acronyme désignant dans l'Hexagone la police anti-émeutes - chargés de sécuriser la baignade délaissaient leur surveillance pour faire la chasse aux rares estivantes qui bronzaient discrètement seins nus.

Au grand dam du pré-adolescent que j'étais, les flics en slip obligeaient les naïades à ragrafer leur soutien-gorge et les menaçaient d'une amende en cas de réapparition inopinée de leurs nichons.

Quelques saisons plus tard, ce conflit des hauts se dénouait et les tétons féminins gagnaient droit de cité sur les plages françaises.

2016 : le haut impérativement pas trop haut

Autres temps, autres mœurs, dans plusieurs communes, les pandores balnéaires doivent désormais s'assurer que les femmes ne sont pas trop vêtues sur le rivage et sanctionner les contrevenantes.

Des arrêtés municipaux ont été pris pour obliger les voiles à être exclusivement sur l'eau et en aucun cas sur le sable.
Le haut doit être bas et - comme on dit à Rio de Janeiro - sans bas.

Bien que le président en exercice de la république française vienne de Tulle, les tissus éponymes ainsi que mousselines et Lycra™ sont interdits de corps féminins aux abords de la Croisette.
Celles qui, pour complaire à leur Très Haut, arborent un haut vraiment très haut sont priées d'aller barboter ailleurs.
Plutôt des meufs à poil qu'à voile !

De hautes interrogations

Ce récent allongement des textes réglementaires pour raccourcir les maillots soulève moult questions dont je suis bien en peine de vous dévoiler les réponses.
  • Une tolérance existe-t-elle pour les jours où le ciel est voilé ?
  • Quelles différences entre robe de bure et bure-kini ?
  • Les hommes ont-ils le droit de venir à la plage couverts des pieds à la tête ?
    Y compris les gauchers moustachus ?
  • Moniales catholiques, bonzes bouddhistes et soudeuses à l'arc peuvent-ils profiter de la mer en tenue de travail ?
  • Le port par les françaises du passe-montagne et du cache-col est-il autorisé sur le littoral ou bien est-il limité aux Alpes et aux Pyrénées ?
  • Les très recouvrantes et très sombres combinaisons de plongée en néoprène conservent-elles leur caractère légal au pays du Commandant Cousteau ?
    Même pour les scaphandrières ?
  • Est-ce possible de parcourir les rues de Cannes sur une bicyclette aux roues voilées ?
  • Les rumeurs selon lesquelles le syndicat des dermatologues, en manque de mélanomes, aurait soudoyé plusieurs mairies sont-elles fondées ?
  • Comment le gouvernement français va-t-il traiter la protestation officielle de son homologue américain ?
    En effet, la firme Invista - anciennement Dupont de Nemours - se dit victime de barrières non tarifaires à l'encontre du Lycra™ sa fibre vedette, le bure-kini en requérant nettement plus que le monokini.
  • Les tuberculeux avec un voile au poumon ont-ils le droit de se soigner par balnéothérapie ?
  • Le costume et le soutien-gorge croisés seraient-ils seuls de mise sur la Croisette ?
  • Est-il exact que les manuels scolaires de français vont comporter une version remaniée du Tartuffe de Molière "montrez ce sein que je ne saurais ne pas voir" ?

La France n'est pas seulement le pays de Voltaire, c'est aussi celui d'Alfred Jarry.

Mono-bure-kiniquement votre

Références et complément
Voir aussi d'autres chroniques et facéties sur la vêture intégrale des femmes à la croyance similaire.
- Rire du voile ?
- L’oppor-Tunis « je retourne mon voile » – Facétie tunisienne d’après Jacques Dutronc
Molière chez Ennadha : le malade islamistaginaire
- L'avenir est à la séparation des sexes
- Le Commandant Cousteau honoré par Moncef Marzouki
- Omniprésence du voile

Télécharger gratuitement en version électronique le Traité de la Tolérance de Voltaire.

Pour les lecteurs, notamment ceux résidant hors de l'Hexagone, qui auraient manqué le débordement de passions en France au sujet du burkini, l'article du journal Les Echos "comment la polémique sur les burkinis a-t-elle enflé ?" fournit un résumé du meilleur aloi.
Le maire de Cannes a ouvert ce bal des faux-culs.

CRS signifie Compagnies Républicaines de Sécurité.

Site de la marque Lycra™ la fibre préférée des burkinis.

samedi 13 août 2016

​La politique française vue de Tunisie

​J'ai repéré, en Tunisie, sur un site d'annonces, un intriguant message.
Élysée toute neuve
Direction assistée
Vitres électrique
Climatiseur en marche
Antibrouillard
Jantes alliage
Double clé origine
Prix négociable pour les sérieux
L'auteur de cette offre semble être un meilleur connaisseur des arcanes de la politique française que de l'orthographe et de la syntaxe.
Jugez sur pièces garanties d'origine.

Élysée toute neuve

Vu les piteuses prestations de ses trois - voire de ses quatre - derniers locataires, l'Élysée a certainement besoin d'une sérieuse rénovation.

Direction assistée

Le prochain occupant du 55 rue du Faubourg Saint Honoré à Paris gagnerait à se faire correctement assister dans la direction du pays.

Vitres électrique

Faire rentrer un peu d'air frais dans les sphères gouvernementales serait plus que nécessaire.

Climatiseur en marche

Le poste présidentiel étant particulièrement chaud, recevoir en permanence un bon souffle glacé permettrait à son titulaire de garder la tête froide.

Antibrouillard

Les partis français cumulant programmes flous et fonctionnements opaques, éclairer leur route ne serait pas un luxe.

Jantes alliage

Allier les principales tendances politiques pourrait éviter à la France de rouler sur la jante.

Double clé origine

Prévoir une doublure au vainqueur de la prochaine élection présidentielle afin de pouvoir le changer en cas de mauvaises prestations nous épargnerait bien des désillusions.

Prix négociable pour les sérieux

Sans commentaire.

Tuniso-Citroënement votre

Références et compléments
Voir aussi deux autres billets portant sur les petites annonces en Tunisie
- Chercher l'âme soeur en Tunisie
- Les annonces automobiles en Tunisie ultime refuge du surréalisme

L'annonce a été publiée sur le site tunisien tayara.tn fin juillet 2016. Je l'ai recopiée scrupuleusement.
Selon toute vraisemblance, son auteur souhaitait vendre une voiture Citroën C-Elysée, qualifiée par les spécialistes (dont je ne suis pas) de berline low-cost.

mardi 9 août 2016

Le revenu de base universel en 6 questions

​Le revenu d'existence ou revenu de base universel fait petit à petit son chemin dans les débats sociaux, économiques et politiques.

En 2016, la Suisse a organisé un référendum à son sujet et la Finlande annoncé une prochaine mise en oeuvre expérimentale.

Cette idée mérite, a minima, d'être examinée attentivement.
En effet, un concept promu simultanément par les libéraux et des fractions très différentes de la gauche et combattu par les conservateurs de toutes obédiences ne saurait être entièrement stupide.

Le revenu de base universel c'est quoi donc ?

Le principe est simple : remplacer toutes les prestations sociales existantes par une seule, à la fois forfaitaire et inconditionnelle.

Par exemple, en France, la protection sociale coûte grosso modo 700 milliards d'euros annuels pour une population de 65 millions d'habitants.
Cela représente sensiblement 900 € mensuels par personne.

Le revenu universel consisterait à verser cette somme automatiquement à chacun, sans distinction, du berceau au cercueil.
En contrepartie, toute la couverture sociale actuelle - sécurité sociale maladie, allocations familiales, allocation chômage, pensions de retraite et aides diverses notamment pour le logement - serait supprimée.

Chacun serait entièrement libre de choisir l'usage de cette pension : dépense immédiate et/ou épargne notamment pour la retraite et/ou cotisation à des assurances ou mutuelles garantissant les risques liés à la santé ou à la perte d'emploi.

Des propositions suggèrent, dans un souci de protection de l'enfance, que le revenu de base versé aux mineurs ne puisse être employé que pour leur assurance santé et la constitution d'une épargne disponible à leur majorité.

Le revenu d'existence pour quoi faire ?

Les supporters de cette allocation unique, lorsqu'ils sont issus des rangs de la gauche, apprécient une protection sociale qui deviendrait réellement universelle et totalement égalitaire.
Les plus modernistes soulignent que le revenu de base crée un "droit à l'accès" et non pas un "droit à des droits".

Les libéraux y voient un système associant libre choix individuel avec solidarité collective.
Ils insistent aussi sur la meilleure efficacité économique procurée, d'une part, par la l'extrême simplicité de ce mécanisme social et, d'autre part, par la mise en concurrence des assurances maladie et retraite ouvertes au secteur privé.
D'après eux, le revenu universel ferait disparaître moult usines à gaz et rentes de situation.

De surcroît, certains estiment qu'une telle réforme, en France - par le biais de la suppression des régimes sociaux existants - faciliterait la refonte des prélèvements obligatoires, en les faisant moins porter sur le travail et plus sur la valeur ajoutée, voire sur les revenus.

Le revenu universel : une prime à la fainéantise ?

Cet argument est aussi ancien que les premiers embryons de protection sociale.
Depuis plus d'un siècle et demi, les milieux conservateurs l'ont brandi à chaque fois qu'une solidarité collective organisée est venue substituer une aléatoire charité.

En pratique, une somme inférieure au salaire minimum ne permet guère de mener une existence de nabab tout en bénéficiant d'une couverture santé acceptable.
Je suggère à ceux qui pensent le contraire de pratiquer l'exercice pendant quelques semaines.

Toutefois, d'autres objections éthiques et pratiques au revenu de base s'avèrent plus problématiques.


Faut-il soigner un malade non assuré ?

Avec le revenu universel, la collectivité mettrait à disposition de chacun la possibilité de se protéger contre les principaux accidents de la vie, mais sans aucun caractère obligatoire.

Rapidement après la mise en place du revenu de base, les hôpitaux devraient recevoir des patients souffrant d'affections graves et n'ayant pas employé leur allocation universelle pour assurer leur santé.
Sans possibilité d'acquitter le coût de leur traitement, devront-ils être quand même pris en charge ?

L'éthique de la médecine prescrit de soigner les personnes le nécessitant indépendamment de leur condition pécuniaire.

Toutefois, dans ce cas, beaucoup d'entre nous - en suivant un raisonnement économique rationnel - se comporteront en passagers clandestins obtenant des prestations médicales gratuites.
Les infirmières et médecins ne vivant pas de l'air du temps, le système de santé ne pourra survivre longtemps sans financement...

Dans la même veine, une liberté complète des assurances maladie conduira à d'importantes inégalités, à l'instar de celles existant aujourd'hui pour les risques automobiles.
Un trentenaire non fumeur, sportif, marié avec enfants se verra proposer des primes modiques, alors que le revenu de base d'un septuagénaire isolé, cardiaque et diabétique ne lui permettra pas de s'assurer.

Pour éviter ces effets pervers, des promoteurs du revenu d'existence suggèrent de le transformer en "chèque-protection sociale" à l'instar des "tickets-restaurant" et d'imposer des régulations strictes aux assurances maladie privées.
Les libéraux craignent, non sans raison, le retour des usines à gaz et des rentes de situation...

Faut-il payer un revenu de base aux immigrés ? aux expatriés ?

Le revenu d'existence serait financé par la fiscalité nationale qui taxe, en proportions diverses selon les états, salaires, bénéfices, valeur ajoutée, travail et patrimoine.

Son versement aux personnes vivant durablement dans un pays - quelle que soit leur nationalité - et en règle avec la législation, notamment fiscale, ne pose aucun problème de principe.

Par contre, cette allocation universelle doit-elle être donnée aux arrivants de fraîche date ?
Que faire s'ils sont en situation irrégulière ?
Comment éviter l'afflux des "chasseurs de prime" ?
900 € mensuels inconditionnels apparaissent depuis beaucoup de pays en voie de développement, voire émergents, comme un pactole...

De même, les nationaux vivant à l'étranger sont imposés là où ils habitent. Logiquement, ils ne devraient pas bénéficier du revenu de base de leur pays d'origine.
Mais comment limiter la très tentante fraude à la résidence ?

Comment payer la retraite des vieux ?

En France, mais aussi par exemple en Tunisie, en Italie ou en Allemagne, les retraites sont essentiellement financées par un système dit de répartition.
Chaque mois, les cotisations des actifs sont immédiatement employées à payer les retraités.
L'accumulation, au fil de la vie professionnelle, de ces cotisations génère, petit à petit, des droits à la retraite.

Ce système ressemble en apparence à une épargne mais n'en est pas une.
De surcroît, il ne tient que par son caractère obligatoire.
Les pensions de retraite sont garanties par le fait que tous les travailleurs du moment sont forcés de les financer, en échange de la promesse qu'il en sera de même pour eux plus tard.

Dans d'autres pays, comme les USA, les retraites fonctionnent avec des régimes dits de capitalisation.
Chacun épargne ce qu'il souhaite via des organismes financiers, les fameux "fonds de pension".
Ces sommes sont placées en actions et obligations afin de fructifier et d'assurer une rente quand leur titulaire cessera de travailler.

Le revenu universel est bien adapté au système par capitalisation car il confère à chacun une possibilité minimale d'épargne.

Par contre, l'allocation d'existence qui supprime l'obligation individuelle de protection sociale est incompatible avec les retraites par répartition.
Pour les jeunes générations, cela ne serait guère un souci. Les deux systèmes ont leurs avantages et inconvénients et nécessitent chacun du temps long.
Pour les retraités ou pour ceux - comme votre serviteur - qui s'approchent de la fin de leur carrière, le nouveau régime social serait une catastrophe. Leurs longues décennies de cotisations n'ayant pas été employées à bâtir une épargne, le revenu de base les priverait de retraite...

Pour surmonter ces difficultés, des propositions de transition longue d'un système à l'autre, voire même de maintien des retraites par répartition sont évoquées.
Là encore, la pureté virginale du revenu de base universel risque de s'évaporer dans des usines à gaz...

Socialement et universellement votre

Références et compléments
Merci à Jean et Bernard qui ont, depuis plusieurs mois, insisté pour que je rédige ce billet.

mercredi 27 juillet 2016

​Même dans un ciel très sombre subsistent des rayons de soleil

​La solidarité individuelle est un puissant antidote aux actes de terreur et de barbarie.
La fraternité du quotidien est plus forte que la haine.

Je suis arrivé en fin de journée d'hier en Tunisie.
Ce même jour, deux salopards, prétendument au nom de leur religion, ont assassiné un prêtre dans le nord-ouest de la France à Saint Etienne du Rouvray.

Tôt ce matin, je suis allé faire une course urgente dans une des quincailleries du quartier.
Sur la télévision de la boutique, une chaîne d'information relatait les derniers développements autour de ce énième attentat.

Le commerçant, tout en préparant ma commande, me demande si je suis français puis me déclare visiblement ému "c'est terrible ce qui se passe chez vous, on n'y comprend rien, c'est injuste, merci de dire en France que tous les tunisiens sont très tristes de ce qui se passe".

La gorge nouée, je peine à le remercier.

Humainement votre

Tahia Tounes, vive la France !

lundi 25 juillet 2016

Quiz : connaissez-vous vraiment le Front National ?

Partout en Europe, les opinions nationalistes et populistes, voire xénophobes, prospèrent. 
En témoignent les succès électoraux des pro-Brexit en Grande Bretagne, de Marine Le Pen en France et de multiples autres.

Dans le même temps, des positions ouvertes et européennes - en un mot rapide et étymologique, libérales - continuent à être partagées par une fraction importante de la population, dont votre serviteur ne se cache pas de faire partie.

Cette coupure idéologique est d'abord le symptôme d'une rupture sociale.
Désormais, deux sociétés distinctes coexistent côte à côte, avec peu de points de rencontre.

Je vous propose un quiz rapide pour toucher du doigt cette nouvelle ségrégation française.

Première série de questions 

Parmi les 30 villes et bourgades françaises citées ci-après, combien en connaissez-vous ?
Durant les 5, 10, 20 dernières années, combien de temps y avez-vous séjourné ?
Combien de personnes de votre entourage y résident ?
  • Arles (Bouches du Rhône)
  • Arras (Pas de Calais)
  • Bar sur Aube (Aube)
  • Beauvais (Oise)
  • Béziers (Hérault)
  • Brignoles (Var)
  • Carpentras (Vaucluse)
  • Cavaillon (Vaucluse)
  • Chateaurenard (Bouches du Rhône)
  • Chaumont en Vexin (Oise)
  • Forbach (Moselle)
  • Habsheim (Haut Rhin)
  • Hénin-Beaumont (Pas de Calais)
  • Héricourt (Haute Saône)
  • Hirson (Aisne)
  • Liévin (Pas de Calais)
  • Orange (Vaucluse)
  • Péronne (Somme)
  • Perpignan (Pyrénées Orientales)
  • Saint Dié des Vosges (Vosges)
  • Saint Dizier (Haute Marne)
  • Saint-Avold (Moselle)
  • Saint Pol sur Ternoise (Pas de Calais)
  • Sarrebourg (Moselle)
  • Sarreguemines (Moselle)
  • Soissons (Aisne)
  • Vauvert (Gard)
  • Vitrolles (Bouches du Rhône)
  • Vitry le François (Marne)
  • Wissembourg (Bas Rhin)
     

Seconde série de questions

Mêmes questions pour cette autre liste de 30 localités.
  • Antony (Hauts de Seine)
  • Bordeaux (Gironde)
  • Boulogne Billancourt (Hauts de Seine)
  • Clamart (Hauts de Seine)
  • Colombes (Hauts de Seine)
  • Courbevoie (Hauts de Seine)
  • Epinay sur Seine (Seine Saint Denis)
  • Grenoble (Isère)
  • Issy les Moulineaux (Hauts de Seine)
  • Ivry sur Seine (Val de Marne)
  • La Celle Saint-Cloud (Yvelines)
  • Levallois Perret (Hauts de Seine)
  • Lyon (Rhône)
  • Maisons-Laffitte (Yvelines)
  • Marly le Roi (Yvelines)
  • Meudon (Hauts de Seine)
  • Montreuil (Seine Saint Denis)
  • Montrouge (Hauts de Seine)
  • Nanterre (Hauts de Seine)
  • Nantes (Loire Atlantique)
  • Neuilly sur Seine (Hauts de Seine)
  • Orsay (Essonne)
  • Paris (intra muros)
  • Rennes (Ille et Vilaine)
  • Rueil-Malmaison (Hauts de Seine)
  • Saint Denis (Seine Saint Denis)
  • Strasbourg (Bas Rhin)
  • Toulouse (Haute Garonne)
  • Versailles (Yvelines)
  • Vincennes (Val de Marne)
     

Décryptage

La première liste est celle des 30 territoires ayant le plus voté pour Marine Le Pen lors du scrutin présidentiel de 2012.

La seconde est son exact opposé. Ce sont les zones ayant le moins choisi le Front National.

Les 30 circonscriptions électorales ayant le plus voté pour Marine Le Pen en 2012, par rapport au nombre d'inscrits, sont illustrées par les symboles rouges.
Les 30 ayant le moins choisi le Front National suivant le même critère apparaissent en jaune.
Voir aussi une version interactive de cette carte.

Résultats personnels

Personnellement, je connais moins de la moitié des bourgades penchant à l'extrême-droite.
Aucun de mes proches n'y vit.
Je n'ai séjourné que dans une seule d'entre elles, une huitaine de jours, il y a nettement plus de 5 ans.

À l'inverse, je connais toutes les villes de la seconde liste.
J'habite l'une d'elles.
J'ai déjà visité une grande majorité des autres. Ainsi, depuis le 1er janvier, je me suis rendu dans une moitié d'entre elles.
Une forte part de mon entourage y réside.

De surcroît, chaque année, je passe entre 30 et 50 jours hors des frontières françaises.

Et vous ?

Sociologiquement votre

Références et compléments
Chronique inspirée par la conférence TED d'Alexander Betts "pourquoi le Brexit est survenu et que faire désormais ?" (en anglais)

Précisions méthodologiques
  • Version interactive de la carte du vote Marine Le Pen en 2012.
    J'ai symbolisé chaque circonscription par sa localité la plus importante.
     
  • Le regroupement des résultats électoraux par circonscriptions a de multiples avantages.
    D'une part, les données sont facilement accessibles et très détaillées.
    D'autre part, malgré les imperfections flagrantes du découpage électoral, les circonscriptions sont une maille suffisamment fine, mais pas trop, avec des populations comparables en nombre.
     
  • J'ai choisi de classer le vote en faveur de Marine Le Pen en fonction du pourcentage des inscrits qui reflète l'attachement à une option politique.
    Par définition, les abstentionnistes, exclus du décompte des votes exprimés, ne font pas montre de penchants bien établis.
     
  • Marine Le Pen au niveau national a atteint 14% des inscrits en 2012.
    Elle a fait plus de 22% - une fois et demi plus - dans les zones les plus en sa faveur.
    Par contre, les territoires votant le moins pour elle sont tous en dessous de 8% des inscrits, presque moitié moins que la moyenne.
    Pour faire simple, on vote 3 fois plus Front National autour des symboles rouges sur la carte que près des jaunes.
     
  • Mon classement s'est intéressé exclusivement à la France métropolitaine.
    La France dite d'outre-mer a très peu voté pour le Front National.
     
  • J'ai aussi regroupé toutes les circonscriptions parisiennes en une seule, les résultats étant spectaculairement homogènes.
     
  • Le choix des couleurs des symboles de la carte est le fruit du daltonisme de votre serviteur et n'a aucune signification politique ou syndicale. 

Les statistiques électorales proviennent de data.gouv.fr.

vendredi 15 juillet 2016

Liberté Égalité Fraternité

Une fois de plus, une fois de trop, la France a été, à Nice, hier 14 juillet 2016, endeuillée par la barbarie terroriste.


Que ce massacre ait eu lieu le soir de la fête nationale est particulièrement symbolique.
La devise française rassemble en une rime de trois mots seulement ce que les tenants du totalitarisme prétendument islamique exècrent.

La liberté ne saurait exister à leurs yeux.
Ils n’envisagent que l’obéissance absolue aux principes qu’ils ânonnent en dévoyant leur religion.

L’égalité leur est insupportable.
Quelqu’un ne respectant pas leurs dogmes inhumains n'a, pour eux, aucune valeur.
De même, une femme n'est en aucune manière l’égale d’un homme.

La fraternité les exaspère.
Des personnes d’ethnies, nationalités, langues, croyances, confessions, opinions, orientations et comportements différents ne sauraient vivre en paix et en bonne intelligence.
La terrible litanie des victimes de Nice qui commence à circuler dans les médias et réseaux sociaux illustre tragiquement cette haine viscérale de la diversité.
Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas.
Charles de Gaulle - 18 juin 1940
Tristement mais librement votre

Références et compléments
Sur le même thème, voir aussi les chroniques « 10 citations contre le terrorisme et la barbarie » et « mes valeurs ».

Le dessin de la Promenade des Anglais et de la Baie des Anges de Nice est signé John Mejia et circule depuis ce matin sur les réseaux sociaux.

samedi 18 juin 2016

Ma visite impromptue chez Charles de Gaulle

Cette semaine, un accident ayant fermé l'autoroute que je devais emprunter, je me suis retrouvé fortuitement aux environs de Colombey les Deux Églises.

Mu par une sorte d'appel, j'ai fait halte quelques instants dans le village du général de Gaulle.

Humilité

Vastes, frustes et tristes horizons ; bois, prés, cultures et friches mélancoliques ; relief d'anciennes montagnes très usées et résignées ; villages tranquilles et peu fortunés dont rien, depuis des millénaires, n'a changé l'âme, ni la place...


Le minuscule village de Colombey est toujours pareil à la description qu'en donnait Charles de Gaulle dans ses mémoires.
Maisons et rues ne semblent pas avoir changé depuis la retransmission télévisée des obsèques du "général" en novembre 1970.

Le cimetière - modeste par sa taille mais aussi par la simplicité et l'absence d'ornements des tombes - jouxte l'église.
La sépulture du général de Gaulle, de son épouse et de sa fille cadette ne se distingue en aucune façon de ses voisines.
À quelques pas, dans une tombe très similaire, reposent son autre fille et son gendre.




Afin de ne pas dénaturer ce lieu de recueillement, les innombrables plaques commémoratives ainsi que les fleurs sont reléguées, en vrac, dans un coin du cimetière, à l'écart des tombes.
Parmi elles, la gerbe tricolore déposée par François Hollande trois jours plus tôt.




Grandeur

Au sommet d'une colline, face au cimetière et à "la Boisserie" - la propriété des de Gaulle - se dresse une croix de Lorraine en granit de 45 mètres de haut, symbole de la France Libre et du gaullisme.

Plusieurs kilomètres avant Colombey, le regard du visiteur est accroché par ce monument incongru émergeant de la forêt.



Contraste

La mise en scène de la mémoire de Charles de Gaulle à Colombey reflète les contradictions intérieures de ce personnage singulier.

La vie personnelle simple ainsi que le goût pour la solitude et l'austérité sont illustrés par le dépouillement de sa tombe.

À l'opposé, l'attachement viscéral à la France et l'obsession, à la limite de la mégalomanie, de sa "grandeur" s'incarnent dans la gigantesque croix de Lorraine.



Nostalgie

En quittant Colombey les Deux Églises, je ne peux m'empêcher de regretter que les politiciens français actuels - y compris dans le parti se réclamant encore vaguement du gaullisme - aient inversé l'équation du "grand Charles".

Obsédés par leur propre destin, ils semblent avoir oublié celui du pays.
Pourquoi changeraient-ils puisque nous les élisons et réélisons inlassablement ?



Historiquement votre

Références et compléments
Les photos ont toutes été effectuées par mes soins à Colombey les Deux Églises en Haute Marne le 17 juin 2016 (j'ai, en quelque sorte, devancé l'appel).
Pour agrandir les images, cliquer dessus.

Voir aussi les autres chroniques traitant de près ou de loin de Charles de Gaulle.

Pour aller plus loin, les articles Wikipedia

La citation décrivant Colombey les Deux Églises est extraite des mémoires de guerre de Charles de Gaulle.

La croix de Lorraine est une croix avec deux barres horizontales.
Elle a été choisie comme emblème de la France libre en juillet 1940 par l'amiral Muselier, militaire lorrain qui fut un des premiers compagnons du général de Gaulle en Grande Bretagne, en opposition à la croix gammée des nazis.

mardi 14 juin 2016

7 milliards de nuances de gris contre Daech

Les tueries d'Orlando et de Magnanville viennent encore d'accroître la trop longue liste des victimes du terrorisme de Daech.

À croire ces salopards, il n'y a ici-bas que deux engeances : les bons autodésignés et les mauvais, c'est à dire tous les autres.
Bien entendu, les bons ont le devoir, afin de hausser le niveau général, de soumettre les mauvais et d'éliminer les plus toxiques d'entre eux.

Face à cette conception morbide, les proies de Daech représentent notre diversité.
Un gay de Floride, un touriste, un militaire tunisien, un policier français, un dessinateur satirique danois, un visiteur japonais de musée, une jeune femme yezidie et tous les autres martyres n'ont qu'un seul point commun : leur humanité.
C'est pourquoi l'existence de chacun d'entre eux - c'est à dire, en pratique, l'existence de chacun d'entre nous - est insupportable aux cerveaux étriqués de l'axe autoproclamé du bien.

La quasi-totalité des 7 milliards d’humains qui peuplent notre planète doit continuer à opposer l'ensemble de ses nuances de gris au trop noir et blanc Daech.
À défaut, le piège que les terroristes nous tendent se refermerait sur nous.

La flamme de la vie ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas !

We shall never surrender! Never! Never!

Tristement votre

Références et compléments
Voir aussi les chroniques :
- 10 citations contre le terrorisme et la barbarie
Daech s'est déjà implanté deux fois en Europe

Je me suis appuyé, pour ce billet écrit dans l'émotion, sur des auteurs bien plus qualifiés que moi :
- Charles de Gaulle qui, le 18 juin 1940, depuis Londres, appelait à raviver la flamme de la résistance française.
- Son compère Winston Churchill qui sensiblement au même moment promettait de ne jamais se rendre !
- E.L. James qui a titré son best-seller érotique mondial "50 nuances de gris".
- Maxime le Forestier qui a cité "les deux engeances" dans une chanson.

samedi 11 juin 2016

Liberté Inégalité Hérédité

En France, personnalités et politiciens dénoncent avec constance l’accentuation par le système scolaire des inégalités sociales.
Hélas, les démonstrations des uns et des autres sont souvent mal étayées.

Aussi, fidèle aux habitudes de ce blog, j’ai tenté d’en savoir plus. 
Jugez sur pièces.

Quelle égalité des chances ?


Avec une parfaite égalité des chances, chaque jeune pourrait accéder aux meilleures formations exclusivement en fonction de ses capacités propres et indépendamment de son origine sociale.

Avec un tel idéal, les effectifs de toutes les filières de l’enseignement supérieur refléteraient la diversité nationale.
Dans n’importe quel mastère, quel que soit sa spécialité, 1 étudiant sur 3 devrait être un enfant d’ouvriers et 1 sur 5 issu d’une famille de cadres.

Répartition des français âgés de 18 à 23 ans en fonction de la profession de leurs parents

Des écoles héréditaires d’ingénieurs


Dans notre bel hexagone imprégné de méritocratie républicaine, la logique voudrait que les formations parait-il les plus prestigieuses - immodestement baptisées « grandes écoles » - soient celles où l’ascenseur social fonctionne le mieux.

Il n’en est rien !
Les enfants de cadres sont 3 fois plus nombreux dans les écoles d’ingénieurs que dans l’ensemble de la population. Les rejetons d’ouvriers sont, dans le même temps, quasiment 5 fois moins représentés.

Tous comptes faits, les probabilités pour un jeune de devenir ingénieur sont à peu près 13 fois plus fortes lorsque ses parents le sont que s’il vient des catégories dites « populaires ».
Les écoles de management et les formations de médecine affichent des scores comparables.

Probabilité d'entrée en école d'ingénieurs des jeunes français en fonction de la profession de leurs parents comparée à celle d'un enfant d'ouvriers

Quel remède ?


Étant un mauvais connaisseur du système scolaire, je me garderais bien d'énoncer des recettes magiques.

Toutefois, il est vraisemblable qu'augmenter et, surtout, différentier les moyens de l'enseignement maternel et primaire - suggestions proposées notamment par les dissemblables Luc Ferry et Jacques Attali - serait un investissement pour notre avenir.

La société française se sclérose de plus en plus. Les écarts socio-culturels rapportés ici en sont autant une cause qu'un symptôme.

Quand allons-nous comprendre que le maintien crispé du statu quo sur lequel, paradoxalement, « France d’en haut » et « France d’en bas » s’accordent, est notre pire ennemi collectif ?

Égalitairement votre


Post-scriptum : des statistiques fragiles

Les chiffres de cette chronique sont issus des données officielles du ministère français de l’éducation nationale pour l’année scolaire 2014-2015.

Les valeurs relevées ainsi que leurs conséquences sont toutefois sujettes à caution :
  • Suivant les formations, 10% à 40% des étudiants ne révèlent pas leurs origines sociales.
  • Les statisticiens pistent la profession du « chef de famille ».
    Avec l’évolution des moeurs, cette notion paternaliste est en état de décomposition avancée.
    Dans quelle catégorie, par exemple, se déclare un étudiant fils d’un infirmier (profession dite intermédiaire) et d’une manageuse (cadre) ?
  • Le regroupement des artisans, des commerçants et des chefs d’entreprise - auxquels sont aussi adjoints les agriculteurs - est un fourre-tout disparate.
    Il en est de même pour les professions dites intermédiaires, qui vont du clergé aux contremaitres, ainsi que pour les retraités et inactifs.
    Les déterminants économiques, sociaux et culturels ne sont pas homogènes au sein de toutes ces catégories.

Néanmoins, l’écart d’accès aux études supérieures des enfants d’ouvriers par rapport aux autres catégories sociales est trop criant pour ne pas être significatif, même si prudence et analyses complémentaires restent de mise.

samedi 4 juin 2016

L’Europe est au fond de nos poches

L’air grisâtre du temps nous susurre que tous nos malheurs ont pour unique cause « l’Europe ». Seul un repli résolu vers nos ancestraux états-nations rétablirait prospérité, sécurité et sérénité.

Je suggère aux tenants de cette thèse d’examiner leurs poches avant de poursuivre leur propagande.
Jugez, si j’ose m'exprimer ainsi, sur pièces.

Ce matin, après avoir effectué mon devoir familial, c’est à dire quelques courses destinées à emplir le garde-manger, je me suis amusé à inventorier de mon porte-monnaie.


Sur 8 pièces, 2 étaient françaises, 2 autres italiennes, 1 espagnole, 1 néerlandaise, 1 allemande et 1 autre finlandaise.

Des statistiques plus fouillées que ce déballage personnel indiquent qu’environ 4 pièces sur 10 que nous manipulons sont « étrangères ».

Avant d'être un marqueur économique - la menue monnaie représente une faible part des échanges pour l’essentiel dématérialisés - ce mélange numismatique illustre l'immense et permanent brassage humain au sein de notre continent.

Lorsqu'une pièce finlandaise rejoint la France, c’est qu’un compatriote d’Alain Prost a visité ceux de Mika Häkkinen ou qu’un électeur de Sauli Niinistö est passé par le pays de Hollande.
Certains euros suivent des trajets encore plus complexes via plusieurs pays.

Si d'aventure, nous refermions nos frontières nationales, au delà de l’effet négatif sur nos emplois et revenus, c’est d'abord notre manière quotidienne de vivre qui serait affectée.

Un petit rappel historique pour conclure : les très croissantes et très regrettées années 1960, que d’aucuns voudraient faire renaitre, furent la période la plus dynamique de la construction européenne.

Monétiquement votre

Références et compléments
Voir aussi sur le thème des statistiques du quotidien la chronique "petit rappel de probabilité à l'usage des amalgameurs".

L’euro est la monnaie officielle de 26 états et territoires :
  • Les 19 membres de la « zone euro » : Allemagne, Autriche, Belgique, Chypre, Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Irlande, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Portugal, Slovaquie, Slovénie.
  • Quatre timbres-poste : Andorre, Monaco, Saint-Marin, Vatican.
  • Et même un territoire britannique plaisamment baptisé « Akrotiri et Dhekelia », c’est à dire les bases militaires de Sa Très Gracieuse Majesté situées sur l’île de Chypre.

Pour des détails statistiques fouillés, se reporter à l’article d’avril 2012 de l’INED « Dix ans de diffusion des euros étrangers en France ».

Alain Prost et Mika Häkkinen sont des pilotes automobiles professionnels respectivement français et finlandais.
Sauli Niinistö est, comme presque chacun le sait, le président de la république de Finlande.

Comme à l'accoutumée sur ce blog, la photo a été réalisée sans trucage.

lundi 16 mai 2016

La journée des tuiles révolte conservatrice à Grenoble en 1788

Connaître et apprécier l'histoire est différent de la commémorer sans cesse.
Événements et personnages sont habituellement plus ambigus que leur célébration à grands renforts d'estrades, de fleurs et de drapeaux.
À moins que les commémorations ne révèlent les véritables pensées de leurs organisateurs.

Jugez sur pièces avec cet exemple simultanément révolutionnaire et grenoblois.

À Grenoble des tuiles à gauche toute

L'actuelle municipalité daltonienne grenobloise - composée de verts et de rouges et menée par l'écologiste Eric Piolle - organise le 4 juin 2016, pour la seconde année, la "fête des tuiles" qui exalte la journée éponyme de 1788, "étincelle de la Révolution Française".

Cette commémoration plus que bicentenaire - prévue cours Jean Jaurès et cours de la Libération - "met en scène les audaces dont Grenoble déborde" grâce à "la thématique « en marche, la marche, ça marche »" ainsi "qu'au chant et à la danse comme axes artistiques".

La journée des tuiles premier ébranlement de la monarchie française


La journée des tuiles peinte par Alexandre Debelle en 1890

Durant les années 1780, le roi Louis XVI et les plus éclairés de ses ministres, sentant que leur régime se fissurait, tentèrent d'imposer des réformes.

Notamment, en mai 1788, ils voulurent mettre fin aux parlements qui étaient, à la fois, des tribunaux et des chambres d'enregistrement des lois mais aussi de puissants bastions du conservatisme féodal et des particularismes locaux.

La noblesse de robe, arc-boutée sur ses privilèges ancestraux, engagea illico le bras de fer avec une royauté trop progressiste à ses yeux.
Une partie de la bourgeoisie lui emboîta le pas, pensant trouver une occasion de rejoindre le club par la reconnaissance des mérites de sa richesse.

Des échauffourées eurent lieu un peu partout, notamment à Paris et à Rennes. À Grenoble, la défense des parlementaires atteignit son paroxysme.

La capitale du Dauphiné était alors une petite ville d'à peine 20 000 personnes enserrée dans des remparts exigus.
L'essentiel de la population dépendait, directement ou indirectement, des activités de son parlement. Sa mise en vacances menaçait directement la survie de la bourgade.

Aussi le 7 juin 1788, alors que les représentants locaux du roi voulaient éloigner de Grenoble les parlementaires, une émeute conséquente éclatait, attisée par des troupes mal commandées et mal inspirées.
Celles-ci, après avoir fait usage de leurs fusils, furent soumises à une pluie de tuiles lancées par des habitants juchés sur les toits.

En fin de journée, 3 morts et plusieurs dizaines de blessés étaient à déplorer.
Pour mettre fin à une insurrection presque hors de contrôle, le gouverneur cédait et acceptait que les parlementaires, acclamés par les émeutiers, restent en ville.

Quelques semaines plus tard, afin de ramener un calme durable, la monarchie se résolut à réunir les états-généraux du Dauphiné, à Vizille puis à Romans sur Isère, après un siècle et demi d'interruption.

Dans la foulée, sous pression de toute part, trop affaibli pour réformer, Louis XVI convoqua pour le printemps 1789 des états-généraux nationaux.
La révolution française était en marche.

La journée des tuiles dernier soubresaut de l'ordre ancien


Albert de Bérulle premier président du parlement du Dauphiné lors de la journée des tuiles

Contrairement à l'imagerie à la fin du 19ème siècle véhiculée par la troisième république naissante en mal de symboles, la journée des tuiles ne fut pas une révolte populaire spontanée revendiquant, un an avant Paris, l'égalité des droits.

À peine la réforme annoncée, les parlementaires grenoblois, avec à leur tête le très charismatique et très noble Albert de Bérulle, se sont crispés sur leurs prérogatives et privilèges vieux de plus de 3 siècles.

Des avocats issus de la bourgeoisie - notamment Antoine Barnave et Jean-Joseph Mounier - leur ont emboîté le pas espérant récupérer un bout du fromage et agirent efficacement pour entraîner la population urbaine dans leur sillage.
Les campagnes alentour n'ont pas participé à l'émeute.

À court terme, la journée des tuiles permit de rétablir le statu quo au prix d'un affaiblissement de la royauté.
Un an plus tard, la révolution française débutait qui allait balayer les institutions monarchiques - à commencer par les parlements - et unifier les lois sur tout le territoire.

Des révolutionnaires peu révolutionnaires

Les regrettés avocats grenoblois Barnave et Mounier, élus aux états-généraux de 1789, furent très actifs au commencement de la révolution.

Néanmoins - en osant l'anachronisme du vocabulaire contemporain - ces deux politiques grenoblois n'étaient pas vraiment des gauchistes, bien au contraire.

Même si Mounier rédigea, à l'été 1789, les trois premiers articles de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, Barnave et lui furent vite parmi les meilleurs défenseurs, avec quelques nuances, de la monarchie constitutionnelle, du suffrage censitaire et même de l'inégalité entre blancs et noirs.

Barnave caricaturé en Janus à 2 faces : 1789 l'homme du peuple, 1791 l'homme de la cour
Antoine Barnave finit en 1793 ratiboisé par une guillotine à cause de sa trop grande proximité avec la reine Marie Antoinette.

Jean-Joseph Mounier
Jean-Joseph Mounier, plus soucieux de son intégrité physique, alla faire du tourisme en Suisse dès 1790 avant d'être rappelé par Napoléon après 1800 qui le neutralisa sous les honneurs.
Il mourut courageusement dans son lit en 1806.

Historiquement votre

Références et compléments
Mes remerciements à Jean, une fois encore, initiateur de cette chronique.

Voir aussi d'autres chroniques sur les commémorations historiques douteuses
Articles Wikipedia
Les images proviennent de Wikimedia Commons