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samedi 13 août 2016

​La politique française vue de Tunisie

​J'ai repéré, en Tunisie, sur un site d'annonces, un intriguant message.
Élysée toute neuve
Direction assistée
Vitres électrique
Climatiseur en marche
Antibrouillard
Jantes alliage
Double clé origine
Prix négociable pour les sérieux
L'auteur de cette offre semble être un meilleur connaisseur des arcanes de la politique française que de l'orthographe et de la syntaxe.
Jugez sur pièces garanties d'origine.

Élysée toute neuve

Vu les piteuses prestations de ses trois - voire de ses quatre - derniers locataires, l'Élysée a certainement besoin d'une sérieuse rénovation.

Direction assistée

Le prochain occupant du 55 rue du Faubourg Saint Honoré à Paris gagnerait à se faire correctement assister dans la direction du pays.

Vitres électrique

Faire rentrer un peu d'air frais dans les sphères gouvernementales serait plus que nécessaire.

Climatiseur en marche

Le poste présidentiel étant particulièrement chaud, recevoir en permanence un bon souffle glacé permettrait à son titulaire de garder la tête froide.

Antibrouillard

Les partis français cumulant programmes flous et fonctionnements opaques, éclairer leur route ne serait pas un luxe.

Jantes alliage

Allier les principales tendances politiques pourrait éviter à la France de rouler sur la jante.

Double clé origine

Prévoir une doublure au vainqueur de la prochaine élection présidentielle afin de pouvoir le changer en cas de mauvaises prestations nous épargnerait bien des désillusions.

Prix négociable pour les sérieux

Sans commentaire.

Tuniso-Citroënement votre

Références et compléments
Voir aussi deux autres billets portant sur les petites annonces en Tunisie
- Chercher l'âme soeur en Tunisie
- Les annonces automobiles en Tunisie ultime refuge du surréalisme

L'annonce a été publiée sur le site tunisien tayara.tn fin juillet 2016. Je l'ai recopiée scrupuleusement.
Selon toute vraisemblance, son auteur souhaitait vendre une voiture Citroën C-Elysée, qualifiée par les spécialistes (dont je ne suis pas) de berline low-cost.

mardi 15 mars 2016

Le livre va-t-il connaître le sort enviable du balai ?

Un dessin circulant sur le web a retenu mon attention.

Un balai et un livre légèrement éméchés sont accoudés à un bar devant des bières.
À l’arrière plan, des passants dans la rue ont le regard vissé sur leur smartphone.
Le balai dit à son camarade manifestement dubitatif « relax mon ami, ils ont inventé l’aspirateur et pourtant je suis encore là … ».

Ce croquis illustre la difficulté de transformer une nouvelle technologie en succès commercial.



L’aspirateur n’a pas su balayer le balai

Jusqu’au début du XXème siècle, le balai jouissait depuis des lustres immémoriaux d’une exclusivité sur le marché de la lutte contre la poussière.

L’aspirateur électrique, invention des ingénieurs britanniques Booth et Griffiths, a changé la donne. Plumeaux et autres brosses ont du céder du terrain.
Toutefois, un bon siècle plus tard, force est de constater qu’il n’y a toujours pas un aspirateur par logement, à l’inverse des balais.

La résistance des écouvillons s’explique aisément.
Pour être acheté, un produit doit persuader ses futurs clients que les avantages d’usage, d’image ou d’estime qu’il va leur procurer dépasseront les inévitables inconvénients, au premier rang d’entre eux le prix.

À cette aune, le balai excelle.
Il rend un service basique avec une mise en route instantanée et un espace de stockage réduit pour un coût modique.
En quelque sorte, du nettoyage low cost, l’EasyJet de la chasse aux moutons !

Son concurrent électrique est plus extrémiste.
Bien qu’étant un véritable aimant à poussière, il vaut toutefois 10 à 100 fois plus cher que son compétiteur ancestral.
Plus lourd à manier, il doit être branché ou rechargé mais aussi vidé régulièrement. De surcroît, il requiert un rangement.
Le bilan avantages - inconvénients n’est pas aisé à établir. L’efficacité de nettoyage est contrebalancée par un usage moins aisé et un prix plus élevé.
Tous comptes faits, Dyson ressemble plus à Audi qu’à Google.

L’automobile a aspiré les fiacres

Nombreux sont les produits ou services ancestraux que les révolutions industrielles successives ont expédié aux oubliettes.

Lorsque l’automobile sort des limbes à la fin du XIXème siècle, les véhicules hippomobiles ont à leur actif sensiblement 3 000 ans de bons et loyaux services dans le transport.
Dans les grandes villes, les fiacres, particulièrement bien adaptés aux boulevards nouvellement tracés connaissent le succès d’Uber aujourd’hui.
Et pourtant, en peu de temps, les taxis les balaient. En 1914, ils jouent même un rôle décisif à la bataille de la Marne, acheminant en un temps record des troupes au plus près de la ligne de feu.

La raison de cette victoire par KO est là encore à rechercher dans le bilan avantages - inconvénients.

La voiture a provoqué une rupture en termes de vitesse et de rayon d’action.
Si la bagnole est plus chère à l’achat qu’un bourrin et une carriole, son entretien est beaucoup plus frugal que celui d’un canasson. Pour le dire avec les anglicismes actuels, le total cost of ownership a été très rapidement en faveur de l’automobile.
De plus, l’auto a contribué à rehausser le statut de son conducteur.
Ajoutons aussi au rayon des avantages le ramassage du crottin dans les rue devenu inutile.
Excepté les émissions de CO2 qui ne nous intéressent que depuis peu, le cheval n’a rien eu à opposer à la voiture, d’où sa relégation.

Le livre papier, future lampe à pétrole ou futur balai ?

Les becs de gaz, le papier carbone, les porteurs d’eau ainsi que bien d’autres produits et professions ont connu des coups de balai tragiquement analogues.

Quel sera le sort du livre face aux alternatives digitales ?
Difficile à dire mais il est probable que si les prix des e-books ne baisse pas plus et que les verrous numériques qui plombent la facilité d’usage subsistent, la bibliothèque rejoindra le placard à balai.

Balayagiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique « l'irrésistible attrait du livre électronique » qui propose un éclairage très différent voire contradictoire.

- Je n’ai pas réussi à déterminer avec certitude l’origine du dessin. Il semblerait qu’il s’agisse du site espagnol chistes21.com.

- Article Wikipedia en anglais sur l’histoire de l’aspirateur.

- Les premières traces archéologiques de voitures à cheval sont celtiques. Elles datent du premier âge du fer, un sympathique millier d'années avant notre ère.

lundi 18 août 2014

Les annonces automobiles en Tunisie ultime refuge du surréalisme

André Breton, Salvador Dali, Raymond Queneau, Jacques Prévert et quelques autres surréalistes, nous ont prématurément quitté.
Fort heureusement, ils ont laissé des successeurs qui, chaque jour, rédigent des petites annonces de vente de voitures d'occasion en Tunisie.

Jugez sur pièces garanties d’origine.
  • A vendre Mercedes... BEN
  • Avec GPS 6 vitesses
  • A vendre opel cadette
  • Sièges chauffants [...] voiture disponible à Zarsis
  • En parfait état tout les barebrises sont d'origine
  • 2CV presque neuve, son prix est inestimable
  • Moteur en bon état mais naicessitte un peu de travail
  • Chevrolet coupée
  • Golfe 6 avec salle cuire noire
  • A vendre r9 on bonnne etat n'est pas ratee
  • Hayndai sonata toute option turbou
  • Une belle voitures blanche qui a 4 portes qui travaille avec l'ussance
  • Voiture d'une femme en tres bonne etat
  • Très économique et stable sur la route !
  • 5 CheVaux mazout, 90 cheval vapeur
  • Clio chipé essence date de mise en circulation le 07/09/1995 vers la nuit moteur en marche
  • 305 en bon état, moteurs irréprochables bien entretenus
  • Intérieur en semi cuire
  • A vendre voiture ford fiesta essence 5 ch [...] la voiture existe
  • Le mantant n'est pas fix
  • Meganne casquette gasoil bleu bon etat en general
  • Double cle d'origine(codé) et son livre de la maison disponible
  • A vendre une belle Clio bombe cable montage français très propre et en bon état et d'origine moteur et carrosserie très confortables
  • Usage familliale, mouteur mazout jamais coucher, tolla trés propre vente pour besoins d'argent très urgent
  • Super 5 blanche 5 portes 5 ch 5 vitese
  • Phare anti-boyard
  • Voiture d'une dame de prémiere main rouge
Les deux dernières devraient, respectivement, faire plaisir au Père Fouras et au regretté Farhat Hached.

Occasionnellement votre

Références et compléments
- Les textes reproduits dans cette chronique sont certifiés authentiques. Ils proviennent du site tunisien d'annonces en ligne tayara.tn.
L'orthographe et la typographie sont de 1ère main.
- Articles Wikipedia sur l'émission de télévision Fort Boyard et sur Farhat Hached tué peu avant l'indépendance tunisienne par l'organisation terroriste Main Rouge
- Zarsis est une localité du sud de la Tunisie non loin de Djerba où les températures sont rarement scandinaves.

dimanche 17 août 2014

La route, l'autre terrorisme en Tunisie

Depuis 25 ans, je circule en voiture en Tunisie.
Si le pays du jasmin n'a jamais été un modèle d'organisation automobile, ces dernières années, les routes sont passées de folkloriques à inquiétantes.

Effet de l'élévation du niveau de vie, le parc automobile tunisien a plus que triplé en un quart de siècle.
Malheureusement, l'hécatombe routière a augmenté encore plus et atteint 4 morts journaliers, 1 500 par an.
En 8 jours seulement, les victimes de la circulation dépassent celles des sinistres salafistes du mont Chaambi.

Ramené à un nombre équivalent de véhicules, ce triste score est 10 fois plus élevé qu'en France.
Si les habitants de l'Hexagone conduisaient comme ceux du l'antique Carthage, 40 000, et non 4 000, décès routiers seraient annuellement à déplorer au pays de Louis Renault.

Il n'y a aucune fatalité dans cette épidémie.
De trop nombreux conducteurs tunisiens - véritables kamikazes routiers - ont décidé de terroriser leurs concitoyens par la pratique délibérée de l'homicide et des blessures volontaires.
La prudence la plus élémentaire - ne parlons pas du code de la route - est méprisée par une large fraction des automobilistes. Vitesses excessives, dépassements sans visibilité, non respect des distances de sécurité et positionnements approximatifs sur la route sont monnaie courante.

Bien évidemment, le terroriste du volant ainsi que ses passagers ont leur petite fierté.
Ils ne consentent qu'exceptionnellement à boucler leur ceinture de sécurité ou à se couvrir d'un casque. Ces accessoires futiles sont juste bons pour les pleutres.

La brutalité automobile est majoritairement acceptée et n'est l'objet d'aucune réelle réprobation sociale.
Les forces de l'ordre - peu motivées pour lutter contre la guérilla routière - ne font même pas semblant de vouloir endiguer le phénomène. Elles pourraient y perdre le peu de popularité qu'il leur reste.
Les policiers et gardes nationaux, postés de façon statique au bord des routes, aux mêmes points depuis plusieurs décennies, regardent, blasés, passer le flot des véhicules.
Tout automobiliste qui consent à rouler au pas à la vue d'une casquette, est de facto autorisé à écraser le champignon partout ailleurs.

Cette barbarie intentionnelle, fruit de l'ignorance et de l'irresponsabilité, est délétère.
Cet été, j'ai été le témoin d'un accident à chaque aller-retour effectué entre Kelibia et Tunis (200 km).
À ce rythme, chaque famille tunisienne aura le sombre privilège de compter au moins un martyr dans ses rangs.
Jusqu'à quand la société supportera ce massacre sans réagir ?

Tuniso-tristement votre

Références et compléments
- La Tunisie, comme n’importe quel pays, ne possède pas que des cotés sombres, loin de là.
Pour contrebalancer cette chronique négative, je suggère la lecture du billet "Petit rayon de soleil en Tunisie".

- D'après Wikipedia, les barbares à poil long retranchés dans le mont Chaambi seraient, à ce jour, responsables de 33 morts parmi les civils et les forces de sécurité.

jeudi 10 juillet 2014

Automobilistes préférez-vous les carrefours libéraux ou administrés ?

Dans de nombreux domaines - professionnels, politiques, économiques, sociaux et même personnels - nous avons tendance, pour venir à bout de dysfonctionnements réels ou supposés, à imaginer puis mettre en place des procédures et des règlements toujours plus ingénieux.

Malheureusement, le remède est souvent pire que le mal.
Face à un problème, nous préférons fréquemment théorie et contrôle plutôt que pratique et confiance.

Pour tenter de vous en convaincre, je vous propose d’examiner le fonctionnement des carrefours routiers en zone urbaine.

Au début de l'automobile, une seule règle existait pour régir le passage des voitures à un croisement de voies, la priorité à droite.
Ce système qui a le mérite de la simplicité fonctionne parfaitement lorsque le nombre de véhicules reste faible mais peine lorsque le trafic devient soutenu. Les conducteurs souhaitant tourner à gauche ou traverser le croisement bloquent les autres voitures.

Pour supprimer cet inconvénient, sens uniques et interdictions de tourner ont été inventés.
Ils résolvent ponctuellement la difficulté en la reportant ailleurs, les automobilistes souhaitant aller dans une direction prohibée étant obligés d'effectuer un détour.

Vinrent ensuite les stops et les cédez le passage.
Un des axes, décrété prioritaire, se voit accorder tous les droits.
Les véhicules venant des rues adjacentes, à l'instar du tiers-état cédant le pas à la noblesse avant 1789, doivent se contenter d'attendre que le trafic dominant daigne se clairsemer.
Comble de l'ironie, les quelques nobles attirés par la gauche suscitent l'ire de leurs condisciples mainstream qu'ils empêchent d'aller de l'avant.

Peu à peu, les feux tricolores se sont imposés.
Cette solution technocratique - savant mélange de technique et de démocratie - est un précurseur de la discrimination positive.
Par l'entremise d'astucieuses modifications chromatiques, les minoritaires possèdent un quota réservé de droits de passage soustraits à la majorité contrainte de s'arrêter.
Certains ingénieurs, ayant constaté que les minoritaires, non contents de fuir les usages établis, sont aussi fantasques et changeants, ont équipé les feux rouges de capteurs et de processeurs. En théorie, ces systèmes dernier cri adaptent le fonctionnement des carrefours aux variations de trafic. En pratique, il s'agit d'exercices en vraie grandeur de discrimination aléatoire.

Enfin, derniers avatars en date, sont apparus les ronds-points dits à l'anglaise.
Ils doivent leur appellation au fait que la Grande Bretagne s'est dotée de tels carrefours dès les années 1960, alors qu'il a fallu attendre les règnes éclairés de François Mitterrand et Zine el Abidine Ben Ali pour que France et Tunisie en équipent leurs voirie.
Comme les priorités à droite, ces croisements circulaires fonctionnent avec une règle simpliste : priorité au véhicule engagé.
Paradoxalement, c'est la diversité des intervenants qui assure la fluidité de la circulation sur un rond-point. La présence simultanée de majoritaires orthodoxes et hétérodoxes ainsi que de minoritaires de tout poil garantit le bon fonctionnement de l'ensemble en alternant les trajectoires.

Je ne peux malheureusement poursuivre plus avant cette analyse routière car je dois, sans délai, franchir un stop, quatre ronds-points et un feu tricolore afin d'aller quérir le ravitaillement familial dans un hypermarché dont vous aurez aisément deviné le nom.

Aussi je laisse chaque lecteur, au vu de sa propre expérience de conducteur, définir le type de carrefour qu'il préfère et, éventuellement, en déduire quelques enseignements applicables en dehors de la route.

Carrefouriquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "les ronds-points du Téléthon".
  

dimanche 16 mars 2014

Quel risque de rouler dans Paris pollué avec une plaque paire ?

Le gouvernement français a décidé, pour tenter de venir à bout d'un pic tenace de pollution, d'imposer, lundi 17 mars 2013, la circulation alternée dans la première couronne parisienne. Seule les voitures arborant une plaque d'immatriculation impaire auront le droit de rouler.

Pour faire respecter cette mesure de parité, la préfecture de police a annoncé haut et clair que 700 policiers seraient mobilisés "sur le terrain" pour effectuer des contrôles qui puniront les contrevenants d'une amende de 22 € et d'une injonction à rebrousser chemin, probablement parce que les véhicules retournant à leur point de départ n'émettent aucune pollution.
Ce dispositif écolo-répressif est-il aussi impressionnant qu'il en a l'air (pollué) ?
Examinons ensemble quelques ordres de grandeur.

La première couronne de Paris compte 4.4 millions d'habitants, un français sur 14.
Le parc automobile national regroupe 38 millions de véhicules.
Donc, grosso modo, 3 millions de voitures sont concernées par la mesure.

En supposant que trois quarts de ces autos roulent chaque jour et parcourent un trajet moyen de 45 minutes, on obtient, sensiblement, qu'à chaque heure de la journée 225 000 voitures arpentent Paris et sa proche banlieue.
Si l'ensemble des automobilistes s'avèrent parfaitement respectueux des consignes ministérielles, ce nombre devrait être ramené demain à 125 000.

En supposant la productivité policière au mieux de sa forme, chacun des pandores placés au bord des rues devrait être capable de verbaliser environ 1 automobiliste récalcitrant toutes les 5 minutes, soit 12 par heure.
Au total, à chaque tour d'horloge, 8 400 PV pourraient être dressés, pour un chiffre d'affaire de 185 000 €, soit 1/700ème des dépenses publiques nationales, pas de quoi boucher le déficit.

Si, demain, un automobiliste parisien muni d'une plaque paire décide de braver l'interdiction, il aura moins d'une chance sur 15 d'être pincé par les brigades de Valls, s'il est quasiment le seul à braver la loi.
Bien entendu, si son manque de conscience civique et écologiste est partagé par beaucoup de ses congénères, la probabilité de se faire gauler pourrait descendre à une chance sur 30.

L'utilisation des technologies modernes, avec des applications comme Waze qui indiquent la position des contrôles de police, diminue drastiquement les possibilités d'être pris en infraction en changeant légèrement d'itinéraire.

Probabilo-inciviquement votre

samedi 30 novembre 2013

Plaidoyer pour Philippe Varin qui aurait mérité de garder son chapeau

Philippe Varin, présentement futur-ex PDG de la maison automobile Peugeot Citroën, à l'issue d'un lynchage syndicalo-politico-médiatique, a été contraint, cette semaine, de renoncer à une pension dite chapeau que la famille gouvernant l'entreprise s'était engagé à lui verser.

Trop peu de voix se sont élevées pour défendre cet infortuné patron.
Refusant de me joindre au chœur des hyènes, je vais tenter, à ma façon, de plaider la cause de cet éminent polytechnicien en vous proposant de vous mettre dans la peau de Philippe Varin et d'imaginer l'extrême complication de sa vie professionnelle mais aussi personnelle.

En 2009, ayant restructuré et vendu à un conglomérat indien la dernière compagnie sidérurgique européenne indépendante, Philippe Varin est recruté par la tribu Peugeot pour diriger ses fabriques de voitures.
Il prend alors la tête d'une entreprise dans la tourmente dont les pertes avoisinent 1 000 000 000 €.
Très rapidement, son action est couronnée de succès. En 2010 et 2011, les marques au lion ou aux chevrons repassent dans le vert.

Toutefois, le 8 août 2012, franchissant le cap symbolique de la soixantaine, Philippe Varin se met à envisager sa retraite.
Mu par un sens aigu de la moralité et de la probité tout à son honneur, il se met en ordre de bataille pour rendre la société à ses actionnaires dans l'état où il l'avait trouvé en y arrivant : en déficit !
Compétiteur dans l'âme et perfectionniste compulsif, ce PDG réussit même à exploser la pâle performance de son prédécesseur et termine l'année avec un trou total de 5 000 000 000 €, 25 000 € par salarié.
Creuser aussi rapidement et aussi profondément suppose une activité hors pair, un excellente agilité intellectuelle et une mobilisation de tous les instants.
Au regard de tous ces efforts, le salaire annuel de 1 300 000 € de Philippe Varin me parait plus qu'amplement justifié. Les critiques de ce type de rémunération méconnaissent l'ampleur des défis auxquels sont confrontés les dirigeants des grands groupes.

Malheureusement pour eux, les top managers ne doivent pas se contenter d'exploits professionnels. Leurs trop rares moments de loisirs ne leur appartiennent guère.
Recevoir une rémunération de 3 500 € par jour, dimanches et jours fériés inclus, est aisé. La dépenser est une autre paire de manches !

Prenons quelques instants la place de ce pauvre Philippe Varin, chaque soir vers 22 heures, après une journée harassante consacrée à imaginer comment fermer usines ou services et faire racheter sa boîte par des chinois sans qu'Arnaud Montebourg et les Peugeot y trouvent à redire.
Au lieu de nous affaler dans notre canapé et de siroter une camomille au Canderel en regardant un épisode du commissaire Navarro récupéré sur YouTube, nous voilà forcé de planifier comment, le lendemain, notre famille et nous-même allons pouvoir claquer plus de trois SMIC mensuels et demi avant le coucher du soleil. Cette tâche est d'autant plus ardue que notre contrat de travail nous interdit l'achat de BMW, Porsche et autres Rolls-Royce et que notre entreprise finance l'essentiel de nos repas, voyages et hébergements.

Au bord du burnout, Philippe Varin aurait confié cette semaine à ses confrères du MEDEF qu'il avait accueilli la hollandaise et arlésienne taxe à 75% avec soulagement et qu'il regrettait même son taux bien trop faible et sa mise tardive en application.

Richement votre.

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "hôpital Montebourg vs charité PSA ?"  et "face au CAC, le SMIC prend une claque !".
Le billet "les constructeurs automobiles devraient cesser de faire des voitures" revient sur la méforme actuelle des constructeurs automobiles français.

- Mes remerciements chaleureux et amicaux aux deux détonateurs de cette chronique consacrée aux malheurs des riches, Alain et Jean, très élégant dans sa nouvelle nuisette.

- Les chiffres, arrondis pour faciliter la compréhension, sont issus des rapports financiers officiels de la maison PSA Peugeot Citroën.

- D'après Wikipedia, Philippe Varin serait né le 8 août 1952 à Reims.
  

dimanche 17 novembre 2013

Les constructeurs automobiles devraient cesser de faire des voitures

Depuis 2008, la construction automobile européenne, et tout particulièrement française, connait une très mauvaise passe, avec pour conséquences de multiples restructurations et pertes d'emplois.
Au delà de la conjoncture difficile, cette méforme, sur le vieux continent, du secteur emblématique de la seconde révolution industrielle semble être appelé à durer.
Les fabricants de voitures, à l'exclusion des trois allemands spécialisés dans les véhicules de luxe, peinent à s'adapter aux évolutions de leur clientèle.
Pour modeste preuve, mon récent et décevant contact avec un concessionnaire.

La semaine dernière, le commercial d'une marque française à l'emblème géométrique m'a appelé pour me proposer découvrir un modèle susceptible de m'intéresser. Le bonhomme étant sympathique et m'ayant vendu ma voiture actuelle, je me suis rendu à son invitation.

Le marchand d'autos débuta le rendez-vous en m'annonçant fièrement qu'il m'imaginait aisément conducteur et propriétaire d'une bagnole appartenant à l'étrange catégorie des crossover dont j'ignorais jusqu'alors l'existence.
Cet engin bizarre, nettement plus grand que mon petit monospace urbain actuel, possède un style agressif, rehaussé par des coloris voyants, une calandre massive ainsi que des roues hautes et larges. De surcroît, il est affublé d'un nom fleurant bon la chasse et l'univers carcéral.

Je dépitais mon hôte en lui expliquant que je n'envisageais pas une seule seconde de consacrer une quelconque fraction des revenus familiaux dans l'acquisition et l'entretien d'un tel cheval de rodéo.

Soucieux d'atteindre son objectif commercial personnel, le vendeur me suggéra alors un autre modèle, baptisé du prénom de la muse grecque de l'Histoire et entièrement repensé par le constructeur l'année dernière.
Les déconvenues continuaient.
Je découvrais une petite berline manifestement conçue par la même équipe de designers à haute teneur en testostérone que le crossover, avec des teintes tout aussi peu agréables pour un daltonien, sans compter des flancs et une calandre sortis d'un tonneau de dopants pour cyclistes.

Malgré ma répulsion esthétique, j'acceptais, à contrecœur, d'essayer ce véhicule au patronyme mythologique.
Dans son argumentaire, le commercial losangé mettait en avant "l'équipement haut de gamme" comprenant notamment une "centrale de bord avec tout : bluetooth, GPS et USB !"
Aussi, m'étant rendu compte très rapidement que volant, pédales, levier de vitesse et clignotants fonctionnaient à merveille, je m'arrêtais deux pâtés de maisons plus loin pour connecter mon smartphone au système audio de la voiture.
Je mis en marche la dent bleue de mon téléphone à tête de pomme et enjoignis l'autoradio de s'y relier.
Ce dernier, pendant trois minutes d'horloge, m'assura d'être en train "d'établir la connexion avec un nouveau périphérique" avant de jeter l'éponge et de m'inviter à réitérer l'opération.
À l'issue de la troisième tentative, à l'instar de la "centrale de bord", je jetais ma propre éponge et ramenais le véhicule de démonstration à la concession où j'annonçais au vendeur déçu que je ne lui passerais pas commande dans un terme prévisible.

Perturbé par cette expérience, en rentrant chez moi, j'observais attentivement les voitures autour de moi, ce que je ne fais plus depuis de nombreuses années.
À ma grande surprise, j'ai découvert que les autos récentes ornées d'un lion ou de deux chevrons ont subi la même dérive machiste et m'as-tu-vu que celles frappées d'un losange. Ne parlons pas d'Audi, BMW et Mercedes dont c'est la déprimante marque de fabrique.
La crise semble avoir poussé les constructeurs à revenir à ce qu'ils savent faire de mieux : créer des voitures pour les personnes intéressées, voire passionnées, par l'automobile.
Malheureusement, leur nombre est en constante diminution.

Enfant, les adultes de mon entourage débattaient passionnément sur les mérites respectifs de la Renault R16, de la Citroën DS et de la Peugeot 504. Je participais parfois à ces joutes verbales et était alors incollable sur les différents modèles proposés à la vente.
Plus tard, jeune salarié, mes deux premières voitures, une Renault R5 puis une Peugeot 205, me procurèrent une vraie joie. D'ailleurs, jusqu'aux années 1990, l'achat d'un nouveau véhicule entraînait inévitablement l'organisation d'un pot pour ses collègues de travail.
Petit à petit, mon intérêt pour l'automobile a fondu, sans que je sache très bien expliquer pourquoi.
Aujourd'hui, j'utilise ma voiture quotidiennement tant pour me rendre à mon travail que pour ma vie personnelle et mes loisirs. C'est un indéniable et indispensable élément de liberté, de praticité et de confort, mais plus du tout un objet d'enthousiasme.

Les constructeurs automobiles devraient se rappeler que crossover signifie mot à mot "croix dessus". C'est la décision que trop de leurs clients prennent au moment de renouveler leur véhicule.
Si ces entreprises veulent regagner les cœurs et les faveurs commerciales des gens dans mon style, elles devraient focaliser plus sur l'usage et son imaginaire plutôt que sur l'objet.
C'est à dire ne plus créer de voitures, pour, à la place, inventer et nous vendre des mobilités dont nous avons, tous, différemment, envie et besoin.
Je crains que, comme la plupart des grosses organisations, elles n'aient ni l'agilité ni la sociologie pour changer radicalement de point de vue.

Les catastrophes industrielles et sociales risquent donc, hélas, de se poursuivre encore longtemps.
Les innovations qui bousculent et détruisent un secteur économique établi commencent toujours par séduire subrepticement les non-clients et les mal-clients, bien avant de convaincre et d'emporter, dans un second temps, le cœur du marché traditionnel.

Mobilement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "canassons et chevaux fiscaux, même combat !" consacrée à la comparaison entre le coût actuel d'une voiture et celui d'un cheval sous Louis XV.

- Les 3 véhicules dont il est question dans ce billet sont, par ordre d'entrée en scène, les Renault Captur, Modus et Clio IV.

- La traduction non littérale de crossover est croisement ou hybridation. Je n'ai franchement pas compris en quoi cette métaphore génétique s'appliquait à des automobiles trop voyantes et d'un autre âge.
  

jeudi 30 mai 2013

Une voiture est-elle moins chère qu'un cheval sous Louis XV ?

Jusqu'à l'invention du chemin de fer puis du moteur à explosion au XIXème siècle, le cheval était le seul mode de transport terrestre un tant soit peu efficace.

Si, du point de vue des performances, la voiture a surpassé sans conteste le canasson, en est-il de même sur le plan économique ?

Je vous propose d'emprunter la machine à remonter le temps pour examiner cette question.

Vers 1750, dans la région de Rouen, alors que les techniques agricoles commençaient à évoluer et annonçaient la révolution industrielle, les salaires quotidiens des ouvriers s'établissaient à environ une demi livre pour 10 heures de travail, 6 jours par semaine.
Un cheval "d'entrée de gamme" coûtait alors entre 60 et 100 livres, soit 5 à 8 mois de revenu ouvrier.
En "haut de gamme", un destrier avec la force et la prestance pour tirer un carrosse ou transbahuter un officier de cavalerie s'achetait entre 200 et 500 livres, c'est à dire de 1.5 à 3.5 années de travail d'un manœuvre.
Pour posséder un carrosse et sa motorisation équestre, il fallait disposer de 3 000 à 5 000 livres -  20 à 35 ans de labeur ouvrier - suivant que l'on se contentait d'un simple et familial "4 chevaux" ou d'un luxueux "6 chevaux".

Les prix actuels des voitures ne diffèrent guère de ceux pratiqués pour les transports équestres sous le règne de Louis XV.
Renault vend ses Twingo - "4 chevaux fiscaux" - sensiblement 8 000 €, un peu plus de 5 mois de SMIC.
Les berlines s'étagent de 15 000 à 35 000 €, de 1 à 3 ans de salaire ouvrier.
Un Ferrari F12 Berlinetta et une Rolls-Royce Phantom qui valent respectivement 270 000 et 480 000 € - 22 et 40 ans de smicard - s'alignent peu ou prou sur le niveau des carrosses de l'ancien régime.

Si le cheval se compare à l'automobile au niveau de l'investissement, il manque de compétitivité en ce qui concerne les frais de fonctionnement.
Le meilleur ami de l'homme doit se nourrir tous les jours même s'il reste au garage, pardon à l'écurie.
De surcroît, malgré une puissance musculaire que seuls quelques cyclistes professionnels au mieux de leur forme pharmaceutique réussissent à égaler, un bourrin ne peut guère parcourir plus de 30 kilomètres quotidiens.
A l'inverse, une voiture ne consomme que si l'on s'en sert et son rayon d'action n'est limité que par l'épuisement de son conducteur.

Au XVIIIème siècle, suivant l'abondance des récoltes, la ration journalières de paille ou d'avoine pour un canasson valait entre 0.1 et 0.3 livre, soit de 2 à 6 heures de travail ouvrier.
Désormais, une petite voiture nécessite à peu près 2 litres d'essence pour un déplacement de 30 km, soit grosso modo 3 € ou 30 minutes de SMIC, 4 à 12 fois moins qu'un cheval au siècle des Lumières !

Turfico-lasagniquement votre

Références et compléments
Dans la même veine, sur l'évolution des prix et des coûts au fil du temps, les chroniques :

Les données anciennes proviennent du livre "Salaires et revenus dans la généralité de Rouen au 18ème siècle comparés avec les dépenses" publié en 1886 par A. Lefort et reproduit sur le site archive.org.

L'idée d'étalonner (sic) les prix dans la longue durée par des temps salariaux est inspirée du livre de Jean Fourastié & Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).

lundi 15 avril 2013

J'ai tué la librairie Arthaud de Grenoble

La semaine dernière, stupéfait, j'ai appris, que la librairie Arthaud - le temple du livre au centre-ville de Grenoble - allait prochainement fermer ses portes et licencier son personnel. Sur l'ensemble de la France, le groupe Chapitre s'apprête à supprimer 12 points de vente sur 57, c'est à dire 257 emplois.
D'après la presse, la librairie Decitre - autre institution grenobloise située à quelques encablures - ferait aussi face à des difficultés économiques.

Sous le coup de l'émotion, j'ai été à deux doigts de signer une pétition en ligne demandant à l'actionnaire principal d'Arthaud de revenir sur ses décisions. Toutefois, je me suis rapidement ravisé.

Lecteur compulsif, il y a une décennie, je fréquentais ces deux librairies une à deux fois par mois.
Je n'ai plus effectué d'achat chez Arthaud depuis environ 3 ans et je n'entre plus chez Decitre qu'annuellement.
Trois raisons m'ont poussé, petit à petit, à ce changement :

- J'achète désormais mes livres essentiellement sur internet.
Le web ne ferme jamais, je peux effectuer mes emplettes quand bon me semble, surtout le soir et le week-end.
Le choix y est immense, même les titres les plus rares se trouvent aisément. En outre, le moteur de suggestion d'Amazon fournit d'excellents conseils.
Cerise sur le gâteau, le système du "neuf d'occasion" offre des rabais substantiels très en deçà du classique 5% sur le prix facial.
Et, comble du luxe, les bouquins me sont livrés à domicile.

- Depuis l'été dernier, j'ai commencé à prendre l'habitude de lire des versions électroniques.
J'ai désormais dans ma poche une bibliothèque conséquente. Fini les bagages pesants lors des voyages !
Grâce à quelques échanges et un peu de malignité, j'ai obtenu une bonne centaine de livres immatériels pour trois francs, six sous.

- J'habite et travaille dans deux banlieues de Grenoble. L'accès au centre-ville où sont situées les deux librairies-phare est de plus en plus malaisé. Se rendre place Grenette est devenu une corvée à laquelle je me soustrait autant que faire ce peut.

Au fil du temps, conjointement avec beaucoup d'autres personnes se conduisant peu ou prou comme moi, je me suis transformé en assassin de la librairie Arthaud.
Un commerce, même culturel, a besoin de clients pour vivre. Si nous devenons trop nombreux à déserter les rayonnages, l'issue tragique est malheureusement inéluctable.

A bien y penser, j'ai, au cours de ma vie adulte, contribué au déclin ou à la disparition de nombreux autres emblèmes.
Trois exemples au sein d'une liste immense de crimes économiques :

- Étudiant, j'ai eu un compte en banque puis une voiture au moment où les automates se développaient. J'ai ainsi concouru, avec ardeur, à l'élimination des guichetiers et des pompistes.

- Jeune père de famille, dès que mes moyens me l'ont permis, je me suis acheté la berline de mes rêves d'alors, une Renault R21 5 portes !
Aujourd'hui, lorsque j'en croise une, je m'interroge sur la mouche bizarre qui m'avait piqué à l'époque.
Je roule maintenant en petite citadine, je consacre à la voiture une part de mon budget plus faible qu'il y a 20 ans et ne m'intéresse plus du tout à l'actualité automobile.
Ce faisant, j'ai précipité l'agonie de Peugeot, de Renault et des équipementiers.
Roulant moins, avec un véhicule nettement plus économe, j'ai saigné au passage quelques raffineries.

- Soucieux d'économies mais parfois aussi de consommation dite responsable et de recyclage, le contenu en acier de mes achats baisse au fil des ans.
En conséquence, mes forfaits incluent quelques coups de poignards appuyés à la sidérurgie lorraine et nordiste.

Contrairement au discours ambiant, nous sommes, par nos comportements d'achat, les premiers responsables de la crise persistante débutée avec le premier choc pétrolier de 1974.
Préserver coûte que coûte les activités traditionnelles n'empêche pas leur dépérissement.
Les clients, que nous sommes tous, sont des êtres impitoyables qui, d'un simple coup de tête, peuvent mettre à terre une industrie séculaire.

Criminellement votre

Post Scriptum août 2016
Cette chronique a été rédigée au printemps 2013. Après de nombreuses vicissitudes la librairie Arthaud de Grenoble n'a pas été fermée mais reprise. À ce jour, elle continue à fonctionner.
Même si le titre de ce billet n'est plus approprié, cela ne change rien sur le fond de cette analyse ni sur l'avenir très sombre des grandes librairies de centre-ville.


Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "l'attrait irrésistible du livre électronique", "le coût de l'écrit s'effondre !" et "l'édition s'industrialise".

- Une fois de plus, mes remerciements à Jean le détonateur.

jeudi 30 août 2012

Le prix de l'essence et des voitures en forte baisse !

Le nez sur notre volant, emportés par notre vie quotidienne, nous avons l'impression que "tout augmente", surtout dans le domaine automobile.
Le gouvernement français vient d'ailleurs de conforter cette idée en mobilisant l'endettement public pour diminuer le carburant de quelques centimes par litre.
Sans méconnaitre les difficultés économiques des personnes devant régulièrement effectuer de longs trajets, je suis au regret de constater que, dans la durée, les coûts de l'essence et des voitures chutent !
Jugez sur pièces.

En 1980, 18 minutes de SMIC étaient nécessaires pour acquérir un litre de super.
Aujourd'hui, en 2012, le même achat ne requiert plus que 10 minutes de salaire minimum, soit une baisse de 44% !

Prix de l'essence super de 1980 a 2012 exprimé en minutes de salaire minimum SMIC
Prix d'un litre de super de 1980 à 2012 exprimé en minutes de SMIC

Comme le montre le graphique ci-dessus, de 1980 à 1987, le carburant a connu une diminution très sérieuse. Depuis 25 ans, le super oscille autour de 9 minutes de SMIC par litre. 2012 est un point haut, sans atteindre toutefois les pics de 1989 et 2000 où l'essence a atteint 10.5 minutes de SMIC le litre.

Il est en de même pour les automobiles.
Ma première voiture, la Renault R5 3 portes, valait neuve en 1980 environ 27 500 Francs (4 200 €), soit 11 mois de SMIC.
La Twingo entrée de gamme qui désormais lui succède, coûte sensiblement 8 000 €, c'est à dire un peu plus de 5 mois de salaire minimum. La baisse est de l'ordre de la moitié.
Cette décroissance du prix réel s'est accompagnée d'un progrès notable de la qualité. Les émissions polluantes se sont estompées, les attaques de rouille ont disparu, la sécurité s'est renforcée et la longévité des véhicules s'est accrue.

La consommation s'est aussi notablement améliorée.
En cycle normalisé dit "urbain", ma R5 consommait officiellement 7.4 litres de super pour 100 km.
Ce même ratio s'est réduit à 5.9 litres / 100 km pour une Twingo, une amélioration de 20%.

La combinaison de toutes ces données permet d'obtenir un ordre de grandeur du coût d'un trajet de 100 km.
A la fin du septennat de Valery Giscard d'Estaing, 210 minutes de SMIC étaient nécessaires pour relier Chamalières à Montluçon en Renault 5.
Désormais, sous la houlette de François Hollande, 82 minutes de salaire minimum suffisent pour aller en Twingo de Tulle à Périgueux, c'est à dire une diminution de presque deux tiers ...

Essenciquement votre

Références et compléments
Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- La chronique "Timbres, iPhone et salaires ouvriers" utilise la même méthode à propos de l'évolution du coût des communications sur 150 ans.
J'ai aussi employé le même procédé provocant pour analyser le coût du logement.

- Cette chronique a été impulsée par un tweet de Rémi Godeau (@remigodeau sur Twitter).
Elle est dédiée à R. M., mon encyclopédiste automobile favori, dont j'attends les commentaires avec impatience et gourmandise.

- Les normes de consommation de carburant ont évolué pour devenir un peu plus réalistes qu'elles n'étaient naguère
 Les consommations à vitesse stabilisée qui étaient annoncées dans les années 1980 ne sont plus publiées.
Seule la consommation en cycle urbain permet des comparaisons sur longue période.

- Pour estimer le coût d'un trajet de 100 km, uniquement deux facteurs ont été pris en compte, la consommation d'essence (en cycle urbain) et l'amortissement de l'achat de la voiture.
La durée de vie de la Renault R5 a été supposée de 150 000 km, celle de la Twingo de 200 000 km.
Entretien, assurances et péages ont été négligés.

- L'idée d'exprimer les prix en temps salarial est inspirée du livre de Jean Fourastié & Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).

- Sources : ma mémoire ainsi que plusieurs forums dégottés avec Google ainsi que les sites de l'INSEE, de Renault France et www.renault-5.net.

mercredi 25 juillet 2012

Hôpital Montebourg vs charité PSA

Suite à l'annonce par PSA Peugeot Citroën de son terrible plan de suppression d'emplois et de fermeture de sites, une avalanche de critiques s'est abattue sur cette entreprise.

Si les réactions virulentes et désabusées des salariés touchés et de leurs syndicats sont normales et compréhensibles, j'ai beaucoup plus mal avec la plupart des déclarations qui fleurissent depuis deux semaines.

Les éditorialistes de tout poil se sont lancés dans des leçons de stratégie industrielle et marketing. Quelle est leur légitimité pour parler de ces sujets ?
Ils sont employés, voire dirigeants, de médias qui, à de trop rares exceptions près, n'ont pas su négocier le virage internet.
La plupart des groupes de presse ont fortement réduit l'emploi ces dernières années, dans des proportions très supérieures à PSA. Actuellement, peu d'entre eux dépassent le seuil de rentabilité.
Ces penseurs qui n'ont pas su faire évoluer leur activité s'autoproclament spécialistes pour traiter des entreprises et même des finances publiques !

Dans une veine comparable, Arnaud Montebourg, désormais ministre du "redressement productif", est incontestablement l'homme de la situation. Je m'étonne d'ailleurs que les cousins Peugeot n'aient pas utilisé plus tôt ses talents de consultant. Il est vrai que dans leur exil fiscal suisse, le Saint-Just de Saône et Loire n'est guère connu.
Notre redresseur national est parfait pour dénoncer manque de rentabilité, errements stratégiques et transparence incertaine.
Jugeons sur pièces.

Notre viagra industriel est un membre d'un parti qui, après sa recréation par François Mitterrand, à chaque exercice du pouvoir, a voté et exécuté des budgets publics systématiquement déficitaires.

Depuis 1981, ce même parti, à la vocation gouvernementale affirmée, n'a pas su conserver la majorité parlementaire durant deux législatures d'affilée. Il a même réussi l'exploit en 2002 de laisser sa place au second tour à un histrion xénophobe, rescapé du poujadisme et des guerres coloniales.

Au chapitre transparence, les dernières élections internes du Parti Socialiste ont donné lieu à des bourrages d'urnes éhontés et les députés de gauche viennent de refuser de publier l'utilisation des fonds publics qui leur sont alloués.

Pour couronner le tout, le jour où PSA rendait publiques les réductions de personnel, le gouvernement validait le plan anti-automobile de la mairie de Paris.

Si j'étais à la place de la famille Peugeot et de Philippe Varin, j'écouterais attentivement les avis éclairés que médias et ministres dispensent gratuitement depuis deux semaines. En faisant l'inverse de ces belles paroles, ils auraient, peut-être, une chance infime de sauver l'entreprise et surtout l'emploi ...

Chomiquement votre