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mercredi 18 janvier 2017

L'achat de pneus un art délicat

De quelle manière prenons-nous nos décisions d’achat ?
Avec quels éléments implicites ou explicites ?
Sommes-nous toujours rationnels dans nos décisions ?
Le prix a-t-il de l’importance ?
A qui et à quoi accordons-nous confiance ?
Est-il possible tout savoir d’un produit ?
Quelles répercussions pour le client ? pour les entreprises ?
Cette vidéo de la série "Le Projet Fait Rage" décortique ces fondamentaux marketing depuis un exemple peu glamour.


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Sur un sujet très proche, voir aussi l'épisode n°10 "Quelles questions poser pour définir un besoin client ?"

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LPFR Le Projet Fait Rage

samedi 3 septembre 2016

Peut-on faire son beurre dans le lait ?

La couverture médiatique du récent conflit entre les agriculteurs français et la multinationale Lactalis sur le prix du lait n'a guère permis de se forger une opinion éclairée.

Nos gazettes utilisaient les centimes par litre pour évoquer les éleveurs.
Le chiffre d'affaire ou bien les marges ou encore les bénéfices de l'industrie laitière étaient présentés, sans distinguo, en milliards ou millions, suivant l'humeur du journaliste.
Quand à la distribution, pour une fois, personne ou presque ne l'a évoqué.


Je vous propose d'examiner de près le contenu d'une bouteille de lait.

Des consommateurs qui consomment tout et n'importe quoi

Ne buvant que très peu de lait, j'ai, pour complaire aux fidèles lecteurs de ce blog, payé de ma personne en passant un long moment à détailler le rayon ad hoc de mon hypermarché favori au doux nom d'intersection routière.

Le nombre de modèles différents de briques et de bouteilles de lait est exorbitant.
Il semble y avoir un lait pour chaque sensibilité : "entier", "bio", "demi-écrémé", "de ferme", "vitaminé", "de montagne", "grand"...
Je regrette toutefois l'absence de lait pour gauchers ainsi qu'une version pour daltoniens.

Les prix reflètent ce festival de diversité. Ils s'échelonnent de 67 centimes à 2.12 € par litre, un ratio de valeur supérieur à 3 pour un aliment réputé basique !
La moyenne se situe grosso modo à 80 centimes le litre.

Les petits contenants méritent une mention spéciale.
Le demi-litre est vendu sensiblement 70 centimes, presque autant que le litre !

Des éleveurs qui s'enfoncent

Depuis une très grande lurette, nous n'achetons plus notre lait au jour le jour chez un voisin paysan.
En France, les éleveurs vendent en vrac l'essentiel du produit de leurs vaches à des industriels - Lactalis et Danone, mais aussi Sodiaal, sont les plus connus - qui le collectent dans les fermes.

La forte production mondiale - beaucoup de pays, à l'instar de la Tunisie, ont augmenté leurs capacités laitières ces deux dernières décennies - et l'atomisation des agriculteurs poussent les prix à la baisse.
Le lait standard est devenu une "commodité", c'est à dire une matière première à faible valeur ajoutée dont le cours fluctue avec l'offre et la demande.

En France, le lait est payé aux éleveurs entre 25 et 30 centimes le litre, un gros tiers de ce que nous déboursons.
Les organisations syndicales agricoles estiment que, pour couvrir les coûts de production, 33 centimes - 10% à 30% de plus qu'aujourd'hui - seraient nécessaires.

Peu d'entreprises peuvent supporter durablement des déficits aussi profonds.
Sauf improbable retournement de tendance, le nombre d'élevages - et pas obligatoirement le nombre de vaches - va continuer sa chute libre, une division par 6 en 30 ans.

Répartition du prix de vente d'un litre de lait en France à la rentrée 2016

Des industriels qui industrialisent

Lactalis, Danone et consorts ne se contentent pas de ramasser le lait.
Celui-ci subit une ribambelle de transformations pour en faire une boisson de longue conservation ou bien des fromages et des yaourts.

Les entreprises agro-alimentaires ajoutent aussi une composante marketing.
Collectivement, nous apprécions et sommes prêts à payer afin de nous lever pour un dessert lacté, d'avaler un fromage présidentiel ou d'ingurgiter un breuvage blanc et vivant.
La production de ces images est aussi l'oeuvre du transformateur.

Comme dans toute industrie, ces opérations sur le produit, son apparence et sa perception sont réalisées avec une grande productivité qui compresse les coûts.
La valeur ajoutée par les transformateurs dans un litre de lait est un peu inférieure au prix payé à l'éleveur, de l'ordre de 24 centimes pour un litre.

Des distributeurs qui distribuent

Depuis les usines, le lait est pris en charge par une chaîne logistique complexe qui approvisionne en continu hypermarchés et épiceries de quartier.

Une fois arrivé en magasin, les produits laitiers sont soumis à notre bon vouloir.
En fonction de nos envies, des propositions commerciales et de l'argent disponible dans notre portefeuille, nous choisissons d'acheter ou de ne plus acheter tel ou tel produit, dans ou tel point de vente.

Notre consommation directe de lait à beaucoup diminué. Désormais, packs et bouteilles n'occupent plus qu'un demi-rayon dans mon hypermarché de prédilection alors que fromages et yaourts en colonisent six.

Ce travail de distribution requiert un coût non négligeable, grosso modo deux tiers de la rémunération de l'éleveur, environ 19 centimes par litre.

Des marges à la marge

Les actionnaires des transformateurs et distributeurs - qui financent usines et stocks - souhaitent être payés en échange de cette prestation capitalistique.
Ils reçoivent sensiblement 3 centimes par litre, un dixième de ce que touchent les éleveurs, à peine 4% du prix de vente final.
Deux tiers vont aux Carrefour, Leclerc et autres distributeurs alors que seulement un tiers rétribue les industriels de l'alimentation.

Tout le long du parcours du lait, du pis de la vache à notre gosier, le fisc guette.
TVA et impôts sur les entreprises représentent un septième du prix versé au fermier, 5 centimes par litre.
L’état reçoit beaucoup plus que les actionnaires d'Auchan et Lactalis réunis.

Au total, les marges privées et surtout publiques représentent un quart du prix versé à l'agriculteur, mais seulement 10% de ce que nous déboursons.

Répartition du prix de vente d'un litre lait en France en fonction de la rémunération de l'éleveur

Éco-lactiquement votre

Références et compléments
Voir aussi sur le thème de l'économie, de l’agriculture et de l’alimentation les chroniques

Précisions méthodologiques
  • Les prix de vente du lait ont été relevés par l’auteur les 29 et 30 août 2016 à Carrefour et Carrefour Drive à Meylan (Isère).
  • Les sommes payées aux éleveurs laitiers sont celles relayées par les médias en août 2016.
  • Pour estimer les valeurs ajoutées et marges des transformateurs et distributeurs, je me suis appuyé sur les rapports annuels récents de Danone et Carrefour ainsi que sur les comptes de Lactalis de 2010, seule année où ils ont été publiés.
    Les chiffres indiqués dans cette chronique sont par nature globaux et approximatifs tout en restant dans des ordres corrects de grandeur.
    Il est d’ailleurs intéressant de relever que Danone et Lactalis - bien que le premier soit absent du lait et focalisé sur les produits frais et que le second soit d'abord un leader des fromages - dégagent, tous deux,  une marge opérationnelle et un résultat net du même ordre de grandeur en pourcentage.
  • Les "prélèvements obligatoires" sont plus importants que les seuls impôts reportés ici.
    De l'éleveur au distributeur, de nombreuses cotisations sociales, assises sur les salaires, sont versées.
    Elles sont difficiles à déterminer avec le peu de données publiques à disposition. Un bon ordre de grandeur des cotisations sociales se situe entre 3 et 9 centimes par litre, à soustraire essentiellement des valeurs ajoutées de transformation et distribution.

Je remercie les participants, qui se reconnaitront, à la récente discussion enflammée sur la crise du lait qui a servi de déclencheur à ce billet ainsi qu'au précédent sur le prix des terres agricoles.

Je m'excuse auprès des lecteurs ne résidant pas en France pour mes allusions à peu près incompréhensibles hors de l'Hexagone à des marques et publicités : "on se lève pour Danette" (Danone), camembert Président (groupe Lactalis) et lait Viva de Candia (groupe Sodiaal).
Outre Candia, qui signifie blancheur en latin, le groupe laitier coopératif Sodiaal est aussi connu par ses marques Yoplait et Entremont.

samedi 26 mars 2016

Easyjet sévissait déjà sous Napoléon III

Le journal « Le Dauphiné - revue littéraire et artistique - courrier des eaux thermales de la région » est une mine d’information sur le quotidien du second empire, alors que la première révolution industrielle battait son plein.


Ainsi le numéro du jeudi 25 juillet 1867, nous annonce que l’établissement thermal d’Uriage à une douzaine de kilomètres de Grenoble pratique désormais, à l’instar de nos compagnies aériennes ou ferroviaires modernes, une tarification flexible des bains.
« Sous le régime de l’ancien tarif, le prix du bain était invariable.
Il en résultait un encombrement inévitable aux heures préférées du public. de là des plaintes et des récriminations.
[…]
Avec le nouveau tarif, cet inconvénient doit disparaitre.
Et nous nous hâtons de dire que l’expérience de ces vingt jours a déjà suffi pour confirmer la justesse de la prévision.
La légère augmentation de prix aux heures plus commodes a suffi pour en écarter un certain nombre de baigneurs plus soucieux de l’équilibre de leur budget que de leur commodité.
Le service moins encombré se fait mieux et en définitive tout le monde y gagne. »


Bien entendu, cette introduction du yield management est encore timide.
Loin des excès de Ryanair et Easyjet, la différence de prix entre heures creuses et heures de pointe n’est que de 17%.

Cette innovation marketing s’accompagne d’un petit cadeau destiné à faire passer la pilule auprès d’une clientèle rétive au changement : une serviette gratuite est incluse dans la prestation.

Le prix du bain - 1.5 francs - équivalait en 1867 à 8 heures de salaire ouvrier.
Autant dire que seuls quelques privilégiés pouvaient se permettre de barboter dans les eaux revigorantes d’Uriage .
D’ailleurs, chaque exemplaire du Dauphiné publie la listes des « étrangers », presque tous français, en villégiature. En pleine saison, leur effectif oscillait entre 150 et 200.

Désormais, les spas sont nettement plus abordables.
Une séance de piscine « thermo-forme » à Uriage coûte aux alentours de 7 €, trois quart d’heures de SMIC, 10 fois moins que sous le règne du regretté Napoléon III.

Il faut recourir aux soins du corps et massages qui se sont beaucoup développés pour atteindre les prix acquittés par les « baigneurs » du second empire.
Débourser 8 heures de SMIC permet de s’offrir en 2016 une heure de massage « modelage aux pierres chaudes vocaniques » ou bien une épilation poussée « sourcils + aisselles + maillot intégral + jambes complètes ».

Jacuzziquement votre

Références et compléments
Voir aussi d'autres billets sur l'évolution des prix au fil du temps :

Merci à Roland qui a dégotté la collection complète du journal Le Dauphiné de 1867.

Les tarifs de 2016 de l'Établissement Thermal d'Uriage proviennent de sa brochure en ligne intitulée "Centre d'Hydrothérapie".

L'idée d'étalonner les prix dans la longue durée avec les temps salariaux provient du livre de Jean Fourastié et Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).

samedi 20 février 2016

Les Trains Express Régionaux étaient bien pires sous Napoléon III

​Aux dires de beaucoup de leurs passagers, les Trains Express Régionaux de Rhône-Alpes - plaisamment acronymisés TER - sont un modèle de service déplorable et d'irrégularité.

Toutefois un coup d'œil vers le passé permet de relativiser quelque peu ...


Le numéro du dimanche 12 mai 1867 du journal "Le Dauphiné - revue littéraire et artistique - courrier des eaux thermales de la région" nous informe en dernière page des horaires et tarifs de train entre Grenoble et Lyon.

Un train de sénateur

Relier par le rail la capitale des Alpes à celle des Gaules grâce à une locomotive à vapeur émettant des doses conséquentes de CO2 et de particules demandait alors près de 4.5 heures.

Aujourd'hui, lorsque la voie est libre de conflits sociaux et d'incidents, 80 minutes suffisent à des trains électriques décarbonés, presque exclusivement nucléaires et hydrauliques.

Sous le second empire, il n'y avait que 4 départs depuis la gare de Grenoble : 6H00, 10H05, 15H42 et 17H45.
Désormais, pas moins de 30 circulations ferroviaires quotidiennes sont assurées.



Des tarifs prohibitifs

Vers 1867, un ouvrier était rémunéré 2 francs pour une journée de travail de 10 heures qui se répétait 6 fois par semaine.
Il va sans dire que les charges sociales et l'impôt sur le revenu étaient inexistants et qu'ainsi ce salaire était vraiment "net net".

Le ticket de troisième classe coûtait 7.45 francs, c'est à dire 37 heures de labeur, presque 4 jours !
Pas étonnant qu'avec de tels prix, le départ des habitants des Alpes vers Paris - comme le fit mon arrière-arrière-grand-mère - prenaient des allures d'émigration définitive.

La première classe était le refuge des riches. Les tarifs doublés éloignaient efficacement les prolétaires des banquettes en velours.

En 2016, le billet de seconde classe de TER sans aucune réduction ou abonnement vaut 22.5 €, c'est à dire 2.3 heures de SMIC, 16 fois moins que sous Napoléon III.

Les nouveaux bus impulsés par Emmanuel Macron, le sémillant ministre français de l'économie, font encore mieux. La plupart de leurs billets sont à 9 €, juste en dessous de l'heure de travail ouvrier.
Une économie d'un facteur 40 par rapport aux débuts du chemin de fer.

Empiriquement votre

Références et compléments
Voir aussi la chronique "un destin français : Françoise Arbenne-Reinier migrante" ainsi que d'autres billets sur l'évolution des prix au fil du temps :

Merci à Roland qui a dégotté la collection complète du journal Le Dauphiné de 1867.

L'idée d'étalonner les prix dans la longue durée avec les temps salariaux provient du livre de Jean Fourastié et Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).

vendredi 1 mai 2015

Combien d'énergie contient une pièce de 1 Euro ?

Des siècles, voire des millénaires, d'éclairage à la bougie, de cuisson au bois et de chauffage au charbon ont durablement biaisés notre perception de l'énergie.
Souvent, nous confondons allègrement ce concept, aussi vital qu'impalpable, avec température ou puissance.
Aussi, nous peinons à attribuer une valeur économique à nos consommations énergétiques habituelles.

Afin d'y voir un peu plus clair - sans pour autant dépenser trop d'éclairage - j'ai calculé ce qu'un Euro permet de s'offrir en électricité, eau et gazole.

image Banque Centrale Européenne

  • 11 jours de fonctionnement d'un réfrigérateur-congélateur de 300 litres
  • 10 fournées de lave-vaisselle
  • 20 lessives à 30°C, mais seulement 9 à 60°C
  • 165 litres d'eau chaude domestique, soit une agréable douche de 20 à 30 minutes permettant de cogiter tranquillement une chronique d'ampleur moyenne
  • 65 litres d'eau bouillante
  • L'éclairage durant 2 mois de longues soirées d'hiver avec une ampoule dite économique de 20 watts
  • Trois poulets et demi rotis au four électrique
  • 9 heures de four à micro-ondes, grosso modo 500 bols tièdes de café au lait
  • Un tiers de marathon, soit 14 km, dans une voiture citadine diesel
  • 17 jours de fonctionnement d'un PC de bureau
  • Un an et demi de recharge de smartphone
  • Un petit millier d'expressos italiens sortant serrés et brûlants d'un vrai percolateur tout aussi italien. À ce tarif économique, il devient urgent de refuser le jus de chaussettes américain nettement plus dispendieux !
  • Sensiblement de quoi fabriquer une grosse centaine de pièces de 1 Euro, de l'extraction des minerais à la frappe.
Éco-énergétiquement votre

Références et compléments
- Merci à Benoît de m'avoir soufflé le dernier item de la liste.

- Les références économiques sont celles de mes dernières factures :
  • Électricité en heures creuses : 0.10 Euro / kWh
  • Électricité en heures pleines : 0.15 Euro / kWh
  • Eau : 0.61 Euro / m3
  • Gazole : 1.20 Euro / litre
- Pour les consommations des appareils électroménagers, je me suis référé aux valeurs des modèles les plus vendus sur le site de Darty, en recoupant avec des observations effectuée à mon domicile.

- La citadine diesel est supposée consommer 6 litres de gazole pour 100 km.

- La longue soirée d'hiver dure 5 heures.

- Un poulet et même le demi-poulet se rôtissent au four en une heure et quart. Le bol de café au lait tiédit sensiblement 1 minute dans un four à micro-ondes du meilleur aloi.

- L'ordinateur de bureau possède un écran de 23 pouces et une alimentation de 150 W. Il fonctionne sensiblement 10 heures par jour.

- Un smartphone à la marque fruitée refait le plein en environ en une heure avec un chargeur de 10 W.

- Les calculs n'intègrent ni l'amortissement des appareils, ni les différents consommables.

- Pour faciliter le calcul, la pièce de 1 Euro a été approximée à 80% de cuivre et 20% de Nickel. Les valeurs énergétiques proviennent du site Ecoinfo CNRS et le kilowatt-heure électrique industriel a été shooté à 5 centimes.

- L'image de la pièce de 1 Euro provient du site de la Banque Centrale Européenne

jeudi 1 mai 2014

Les nouvelles technologies entretiennent la spéculation immobilière

J'ignore qu'elles vont être les décisions du groupe PSA et de la municipalité d'Aulnay sous Bois à propos du devenir des terrains de l'ancienne usine Citroën.
Si, comme il est probable, des bureaux prennent la place des ateliers, les emplois dans cette banlieue de Paris seront paradoxalement plus nombreux et mieux payés que du temps de la fabrication de voitures.
Quelques kilomètres plus au sud, les alentours du Stade de France, naguère territoire ouvrier, sont devenus l'apanage des cols blancs.

Alors qu'informatique et télécommunications ont "tertiarisé" une bonne part de l'activité économique et qu'il est désormais possible d'accomplir ces tâches à peu près n'importe où sur la planète, le travail à distance ou nomade peine à prendre un essor définitif.
Si quelques sages et pionniers opèrent depuis la Corrèze ou le Zambèze, en pratique, une cinquantaine de très grands centres urbains concentrent mondialement l'essentiel des nouveaux emplois.
Les meilleurs informaticiens, ingénieurs, communiquants ou financiers semblent avoir une allergie planétaire à la province.
Les facilités offertes par les réseaux connectent les mégapoles plutôt que de de faire travailler ensemble des individus éparpillés.
Les fonctions sociales et créatives de la machine à café et des tableaux désormais blancs semblent n'avoir pas encore trouvé leur substitut en ligne.

Les salaires sans cesse plus élevés offerts par les firmes high tech pour attirer les meilleurs talents réels ou supposés font d'abord flamber les prix des logements des très grandes villes avant d'augmenter le reste du train de vie de leurs heureux récipiendaires.
Par effet de contagion et de manque, la cote des bureaux suit le même mouvement.

Ce n'est pas le moindre des paradoxes induits par les mutations en cours : une très grande part de la productivité des nouvelles technologies alimente deux secteurs ancestraux, low tech et à la moralité parfois chancelante : spéculation immobilière et construction.
Alors que les intermédiaires en tous genres vacillent sous les coups d'internet, promoteurs et agences continuent de prospérer autour de cette nouvelle ressource rare que sont les terrains des mégapoles.

Bétoniquement votre

lundi 16 septembre 2013

Humeurs Économiques - Déchiffrer les mutations

Face au monde qui bouge, mieux vaut penser le changement que changer le pansement !
Francis Blanche


- Combien coûte une loi ?
- Pourquoi autant de déficit public ?
- Un cheval sous Louis XV était-il moins cher qu'une voiture aujourd'hui ? Et la nourriture ?
- Pourquoi le livre électronique va-t-il devenir irrésistible ?
- Un monde sans droits d'auteur ni brevets est-il possible ?
Voici quelques unes des interrogations qui composent mon nouveau livre Humeurs Économiques.

Humeurs Economiques - Déchiffrer les mutations

L'économie, avec ou sans É majuscule, au singulier comme au pluriel, a une influence prépondérante sur nos vies.
Les médias s'en font d'ailleurs massivement l'écho en nous abreuvant de chiffres et d'informations brutes. Malheureusement, trop souvent, la prise de recul et la mise en référence manquent.

Trouvant rarement les réponses aux questions que je me pose, je me suis attelé à rechercher données et éléments permettant de les éclairer.

Afin de rester le plus possible concret, j'ai transcrit les chiffres astronomiques dont raffolent les économistes en valeurs proches de notre quotidien. Par exemple, les impôts collectés par l'état ne sont pas exprimés en milliards mais en euros par personne et par mois, comme nos salaires, nos bourses ou nos retraites.

Chaque billet d'Humeurs Économiques prend pour point de départ notre vie courante ou l'actualité et s'amuse à les décortiquer sous l'angle économique et dans la longue période. Cette méthode, d'apparence assez froide, possède l'avantage du regard détaché sur les changements qui nous touchent.
Sont abordés, tour à tour et avec un léger soupçon de mauvaise foi, les évolutions technologiques et sociétales, l'amélioration insoupçonnée de notre pouvoir d'achat au fil du temps et les coûts, souvent absurdes, de la machine étatique.

Ce livre n'échappe pas aux mutations dans lesquelles nous sommes plongés.
Il est édité par Leanpub, plateforme d'édition en ligne, qui souhaite remettre auteurs et lecteurs au cœur des processus de création et de commercialisation des livres par le pari de l'agilité, de la commercialisation directe et des systèmes ouverts.

Disponible exclusivement sous forme électronique, Humeurs Économiques peut être téléchargé sous les 3 formats les plus courants :
- EPUB version optimisée pour iPhone, iPad & la plupart des liseuses,
- MOBI adapté aux liseuses Kindle d'Amazon
- PDF format universel lisible sur n'importe quelle machine, notamment PC & Mac, et aisé à imprimer.

Quel que soit le format, le livre ne comporte aucun verrou électronique, les trop fameux et stupides DRM. Vous pouvez ainsi lire Humeurs Économiques, sans aucune opération préalable ou paiement additionnel, sur plusieurs appareils simultanément ou bien le prêter à qui vous le souhaitez.

Le lecteur, qui est le client de l'auteur et de l'éditeur, est au cœur de l'ADN de Leanpub.
Il décide librement du prix de son achat et connait avec exactitude ce que l'auteur va gagner. L'achat donne droit aux trois formats du fichier qui peuvent être téléchargés à tout instant.
De surcroît, quand l'auteur effectue des évolutions de son livre, les lecteurs sont avertis et ont accès gratuitement à la nouvelle version.
Les Éditions Leanpub proposent aussi sur tous leurs livres une garantie de satisfaction à 100%. Dans les 45 jours suivant votre achat, vous pouvez être remboursé intégralement, quelle qu'en soit la raison et sans justificatif.

Je vous invite donc, via le livre Humeurs Économiques et à l'instar du regretté Francis Blanche, à penser (panser ?) le changement et, pourquoi pas, à en rire un peu ...

Références et compléments
- Page d'accueil et d'achat du livre Humeurs Économiques
- Lire en ligne un extrait d'Humeurs Économiques
 
- Le "making of" du livre électronique Humeurs Économiques

- Le site des Éditions Leanpub


lundi 12 août 2013

France ? Tunisie ? Quel est le pays où la vie est moins chère ?

Comparer le coût de la vie entre la Tunisie et la France est l'objet de discussions sans fin entre les résidents des deux pays.
Les uns se plaignent de la cherté généralisée, "surtout depuis la révolution".
Les autres, encouragés par l'écroulement du dinar face à l'euro, trouvent que ce qui incorpore de la main d'œuvre est peu onéreux.

La macro-économie tranche ce débat de manière brutale.
La production intérieure brute tunisienne par habitant est 10 fois inférieure à la française, c'est à dire au niveau de l'Hexagone dans les années 1950.
Malheureusement, cette moyenne générale omet le secteur informel très important en Tunisie et surtout se transcrit mal dans la réalité quotidienne.

Afin de donner une tournure plus concrète à cette question, fidèle à la méthode employée à plusieurs reprises dans ce blog, j'ai évalué, dans les deux pays, le coût de 24 produits et services du quotidien en heures de salaire d'un professeur de lycée en fin de carrière.
Les résultats sont très contrastés.

Les services requièrent généralement moins de temps de travail à un enseignant tunisien qu'à son collègue français.
Le coiffeur est presque 3 fois moins coûteux, la garde d'enfant et le ménage un peu plus d'une fois et demi.
Les transports publics sont aussi une fois et demi meilleur marché au pays du jasmin.
Enfin, plus surprenant, gagner son pain est 10% plus rapide en Tunisie, en raison de subventions étatiques élevées.

Quelques biens et services moins chers en Tunisie qu'en France
Ratios entre prix en Tunisie & France, exprimés en temps de travail d'un professeur.
Un deuxième groupe de produits et services demande nettement moins de boulot au pédagogue payé par François Hollande qu'à celui salarié par Moncef Marzouki.
Avaler un café dans un bistrot est un peu plus cher à Hammam-Lif qu'à Grenoble.
L'accès à internet et l'immobilier nécessitent deux fois plus d'heures de cours au pays d'Ibn Khaldoun.
La viande, l'électricité, le médecin généraliste, les vêtements standards et l'essence sont grosso modo 3 fois plus chers à Béja qu'à Tulle.

Biens et services "raisonnablement" plus onéreux en Tunisie qu'en France
Ratios entre prix en Tunisie & France, exprimés en temps de travail d'un professeur.
Enfin, un inventaire hétéroclite d'articles, que Prévert n'aurait pas désavoué, est littéralement hors de prix en Tunisie.
Automobiles, lessive, ciment et lait exigent quatre à cinq fois plus de cours d'arabe que de français.
Un prof de physique doit expliquer 6 fois plus longtemps les vases communicants pour acheter de l'eau en bouteille à Kelibia qu'à Meylan.
Au rayon luxe, on trouve, en vrac, le petit et le gros électroménager, 7 à 9 fois plus onéreux, le chocolat en poudre presque 10 fois plus cher et la téléphonie mobile 20 fois plus coûteuse depuis que Free a écroulé les prix en France.

Biens et services aux prix stratosphériques en Tunisie par rapport à la France
Ratios entre prix en Tunisie & France, exprimés en temps de travail d'un professeur.
La téléphonie mobile avec un ratio de plus de 20 sort de l'échelle.
Cet exercice de comparaison n'a pas de valeur scientifique. De nombreuses consommations habituelles manquent dans ma liste, ce blog n'ayant pas la vocation de concurrencer les catalogues de Carrefour.

Je suis d'ailleurs perplexe sur la manière dont les économistes établissent ce qu'ils nomment les parités de pouvoir d'achat.
Les modes et les styles de vie sont différents sur les deux rives de la Méditerranée.
Quels produits et services faut-il comparer ?
Faut-il intégrer, par exemple, le chauffage ? À quelle hauteur ?
Mêmes questions pour le tabac, l'alcool, le porc, les vêtements de l'Aïd et une multitude d'autres choses très consommées dans un pays et fort peu dans l'autre.
Histoire d'épaissir la soupe, pardon la chorba, il convient de rappeler qu'en Tunisie, par rapport à la France, la population active est presque deux fois plus réduite, qu'impôts, taxes & cotisations sont moitié plus faibles et que prestations sociales et infrastructures publiques diffèrent radicalement.

Bref, les discussions économiques enflammées autour de verres de thé ou de gazouze sont appelées à rester une valeur sûre !

Franco-tunisiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Tout savoir sur l'économie chancelante de la Tunisie".
- J'ai choisi d'exprimer les prix en temps de professeur de lycée car il s'agit d'une des rares professions nécessitant des études supérieures qui soit comparable d'un pays à l'autre car elle est, simultanément, normée et avec peu de dispersions salariales.
Les autres métiers demandant aussi des études post-bac sont plus difficiles à étalonner car les niveaux, les activités et les rémunérations sont nettement plus éparpillés.
- Mes remerciements à Moncef, Omar et Taoufik pour leur aide et leurs encouragements.
- L'idée d'exprimer les prix en temps salariaux est inspirée du livre de Jean Fourastié et Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).

jeudi 8 août 2013

La nourriture est-elle moins chère que sous Louis XV ?

Il est désormais de bon t(h)on de railler et d'exécrer l'agriculture intensive et les industries de la mal bouffe.
Toutefois, si des excès sont indéniables, un regard en arrière devrait nous inciter à ne pas jeter le bébé agro-alimentaire avec l'eau de cuisson.

Pour ce faire, je vous propose de remonter dans l'espace-temps jusque vers 1750, sous le règne du bon roi Louis XV, en Normandie, dans la région de Rouen.
Un ouvrier y gagnait sensiblement une demi livre, la monnaie d'alors, pour une journée de travail de 10 heures, répétée 6 fois par semaine.

L'équivalent d'une baguette de pain, pétri à partir de farines exemptes d'OGM, mais pas toujours d'ergot de seigle, coûtait, suivant l'abondance des récoltes, entre 0,1 et 0,2 livre, soit 2 à 4 heures de travail. La journée de labeur suffisait à peine, au sens propre, à gagner le pain familial.
En 1725, pour cause de pénurie, le kilogramme de pain atteignit, à Rouen, 2 livres, environ 4 jours de travail ouvrier. Les autorités locales furent contraintes de plafonner les prix et de verser des subventions aux meuniers. Les tensions sur les céréales suscitèrent d'ailleurs plus de 8 500 émeutes en France entre 1700 et 1789 et sont une des causes de la révolution.
Aujourd'hui, 5 à 7 minutes de SMIC suffisent pour acheter une baguette, 15 fois moins que sous l'ancien régime.

La viande, garantie sans antibiotiques, était hors de prix. Acquérir un kilo de bœuf, de veau ou de mouton, hauts et bas morceaux confondus, demandait pas moins de deux journées de travail.
Tout, absolument tout, dans une bête était consommé, une pratique somme toute pas si différente de celle des fabricants actuels de lasagnes.
Désormais, le kilo de steak à 20 € représente 3 heures de SMIC, une amélioration d'un facteur 6. La viande hachée industrielle coûte à peu près 5 € du kilo, 50 minutes de salaire minimum, 25 fois moins qu'en 1750.

La volaille suivait de près. Un poulet ou canard, élevés en plein air et sans hormones, s'échangeaient contre un peu plus de 2 jours de salaire.
Aujourd'hui 1.5 heures de SMIC y pourvoient.

Loin des côtes, seules les élites pouvaient s'offrir du poisson : 2 semaines de labeur pour une grosse truite capturée en rivière, une demi-journée maintenant pour un produit de la pisciculture.
Dans ces conditions, on comprend qu'une des revendications principales des États-Généraux de 1789 fut, non pas mariage, mais chasse et pêche pour tous.

Le fromage est la nourriture dont le prix a le moins diminué, à peine une division par 5.
Sous Louis XV, un jour d'ouvrier permettait d'acheter un kilo de fromage non pasteurisé.
En 2013, une portion équivalente de calendos ou de Saint Marcellin est vendue pour 2 heures de salaire minimal.

Un café sucré est devenu, de nos jours, une boisson habituelle. Un kilo d'arabica moulu avoisine 1.5 heures de SMIC et celui de sucre 10 minutes.
L'ouvrier normand du XVIIIème siècle ne devait pas carburer à l'expresso. Il lui fallait travailler respectivement 3 semaines et 2.5 jours pour se payer ces luxueuses denrées.

Bien entendu, les prix de 1750 sont à nuancer car l'auto-production et l'auto-consommation étaient très importantes.
Ils sont, surtout, révélateurs des faibles surplus en nourriture que les campagne généraient. Ce qui, par voie de conséquence, limitaient les populations urbaines et les employés de l'industrie. Dix générations en arrière, nos ancêtres paysans et ouvriers, subissaient disettes et carences alimentaires chroniques.

Toutefois, à partir du milieu du XVIIIème siècle, l'avènement de nouvelles techniques agricoles augmenta les rendements et donc libéra, petit à petit, des bras qui s'embauchèrent dans les usines de la révolution industrielle.
L'essor de notre alimentation et de notre niveau de vie étaient en marche.

Agro-industriellement votre

Références et compléments
Dans la même veine, sur l'évolution des prix et des coûts au fil du temps, voir aussi les chroniques :

Les données anciennes proviennent du livre "Salaires et revenus dans la généralité de Rouen au 18ème siècle comparés avec les dépenses" publié en 1886 par A. Lefort et reproduit sur le site archive.org.

L'idée de comparer les prix dans la longue durée à des temps salariaux est inspirée du livre de Jean Fourastié & Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).
   

jeudi 30 mai 2013

Une voiture est-elle moins chère qu'un cheval sous Louis XV ?

Jusqu'à l'invention du chemin de fer puis du moteur à explosion au XIXème siècle, le cheval était le seul mode de transport terrestre un tant soit peu efficace.

Si, du point de vue des performances, la voiture a surpassé sans conteste le canasson, en est-il de même sur le plan économique ?

Je vous propose d'emprunter la machine à remonter le temps pour examiner cette question.

Vers 1750, dans la région de Rouen, alors que les techniques agricoles commençaient à évoluer et annonçaient la révolution industrielle, les salaires quotidiens des ouvriers s'établissaient à environ une demi livre pour 10 heures de travail, 6 jours par semaine.
Un cheval "d'entrée de gamme" coûtait alors entre 60 et 100 livres, soit 5 à 8 mois de revenu ouvrier.
En "haut de gamme", un destrier avec la force et la prestance pour tirer un carrosse ou transbahuter un officier de cavalerie s'achetait entre 200 et 500 livres, c'est à dire de 1.5 à 3.5 années de travail d'un manœuvre.
Pour posséder un carrosse et sa motorisation équestre, il fallait disposer de 3 000 à 5 000 livres -  20 à 35 ans de labeur ouvrier - suivant que l'on se contentait d'un simple et familial "4 chevaux" ou d'un luxueux "6 chevaux".

Les prix actuels des voitures ne diffèrent guère de ceux pratiqués pour les transports équestres sous le règne de Louis XV.
Renault vend ses Twingo - "4 chevaux fiscaux" - sensiblement 8 000 €, un peu plus de 5 mois de SMIC.
Les berlines s'étagent de 15 000 à 35 000 €, de 1 à 3 ans de salaire ouvrier.
Un Ferrari F12 Berlinetta et une Rolls-Royce Phantom qui valent respectivement 270 000 et 480 000 € - 22 et 40 ans de smicard - s'alignent peu ou prou sur le niveau des carrosses de l'ancien régime.

Si le cheval se compare à l'automobile au niveau de l'investissement, il manque de compétitivité en ce qui concerne les frais de fonctionnement.
Le meilleur ami de l'homme doit se nourrir tous les jours même s'il reste au garage, pardon à l'écurie.
De surcroît, malgré une puissance musculaire que seuls quelques cyclistes professionnels au mieux de leur forme pharmaceutique réussissent à égaler, un bourrin ne peut guère parcourir plus de 30 kilomètres quotidiens.
A l'inverse, une voiture ne consomme que si l'on s'en sert et son rayon d'action n'est limité que par l'épuisement de son conducteur.

Au XVIIIème siècle, suivant l'abondance des récoltes, la ration journalières de paille ou d'avoine pour un canasson valait entre 0.1 et 0.3 livre, soit de 2 à 6 heures de travail ouvrier.
Désormais, une petite voiture nécessite à peu près 2 litres d'essence pour un déplacement de 30 km, soit grosso modo 3 € ou 30 minutes de SMIC, 4 à 12 fois moins qu'un cheval au siècle des Lumières !

Turfico-lasagniquement votre

Références et compléments
Dans la même veine, sur l'évolution des prix et des coûts au fil du temps, les chroniques :

Les données anciennes proviennent du livre "Salaires et revenus dans la généralité de Rouen au 18ème siècle comparés avec les dépenses" publié en 1886 par A. Lefort et reproduit sur le site archive.org.

L'idée d'étalonner (sic) les prix dans la longue durée par des temps salariaux est inspirée du livre de Jean Fourastié & Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).

jeudi 23 mai 2013

L'irrésistible attrait du livre électronique

La chaîne de valeur du livre papier est très déséquilibrée et ouvre un boulevard à son homologue électronique.

Prenons l'exemple d'un bouquin vendu 20 € en librairie.
L'auteur ne touche pas plus de 10% soit 2 €, assez souvent nettement moins.
Le second étage de la fusée, l'éditeur, couvre ses frais et sa prise de risques avec une vingtaine de pourcents, environ 4.3 €.
L'imprimeur est rémunéré autant que l'auteur. Le système de distribution engrange pratiquement le double.
L'état, grand défenseur de la Culture, a la magnanimité de ne taxer l'écrit qu'à 5.5%.
Enfin, le libraire se voit octroyer un bon tiers du prix de vente, c'est à dire 7 €, plus que l'auteur et l'éditeur réunis.

Les vendeurs de livres ne sont pas spécialement rapaces, ils sont juste confrontés à des frais colossaux.
Pour être attractive, une librairie doit disposer de nombreux ouvrages. Cela suppose de financer un stock conséquent et de disposer d'une surface de vente confortable.
Un tiers de ce que nous payons dans un bouquin est la possibilité de pouvoir fureter, avant l'achat, dans de copieux rayonnages.

Le livre électronique bouscule cette équation établie de longue date.
Les coûts d'impression et de librairie - une bonne moitié de la valeur d'un ouvrage papier - s'évaporent purement et simplement.
Les grandes plateformes de l'internet font payer leur prestation de diffusion sensiblement un quart du prix de vente.
En reprenant l'exemple ci-dessus et en supposant l'auteur et l'éditeur rémunérés à l'identique, l'e-book peut-être vendu à 9 € au lieu de 20 € pour sa version en papier.
Ce prix massacré inclut, de surcroît, un service amélioré. Les librairies en ligne sont ouvertes en permanence, ne nécessitent aucun déplacement et livrent dans l'instant, y compris les ouvrages rarissimes.

Le livre électronique peut-être rendu encore moins coûteux par une remise en cause du rôle de l'éditeur.
De nombreuses initiatives - auto-édition et édition agile - surgissent et vont, à n'en pas douter, secouer terriblement les acteurs traditionnels dans un futur proche. Les technologies informatiques, en ce domaine comme dans beaucoup d'autres, contribuent à abaisser les coûts et les délais de sortie.
Un seule illustration : le best-seller mondial du moment, le roman érotique "50 nuances de Grey" de E. L. James, a d'abord été exclusivement un e-book auto-édité avec plusieurs versions successives remaniées avant d'être repris en papier par un éditeur traditionnel qui a du concéder à l'écrivain des droits auteurs très au-dessus des usages.
Dans l'hypothèse d'une auto-édition, l'exemple servant de fil rouge à cette chronique devient un livre électronique à 4 € - le prix psychologique de beaucoup d'applications pour smartphone - tout en rapportant 40% de plus, 2.8 €, à son concepteur.
Comparaison des facteurs de coût entre un livre papier à 20 €, un livre électronique "traditionnel" à 9 € et un e-book auto-édité à 4 €
Je ne connais pas d'exemple historique de ruptures technologiques baissant drastiquement les coûts et améliorant les services rendus qui n'aient pas fini par s'imposer, y compris face à de fortes résistances initiales au changement.
Habituellement, de telles innovations se diffusent très lentement puis brusquement s'emballent et balaient leurs concurrents traditionnels.
L'avis de tempête sur les mondes de l'édition, de l'imprimerie et de la librairie est plus que jamais d'actualité

Livresquement votre

Références et compléments
- Dans la même veine, les chroniques "j'ai tué la librairie Arthaud de Grenoble", "le coût de l'écrit s'effondre" et "l'édition s'industrialise".

- Quelques échantillons de nouvelles pratiques d'édition :
. Leanpub entreprise canadienne qui applique les principes du lean manufacturing à l'édition (en anglais)
. Blurb plateforme d'auto-édition papier et électronique
. Les éditions Akibooks
. Le roman Continuum de Victor Déguérande (excellent au demeurant) que vous payez après l'avoir lu si l'ouvrage vous a satisfait

- L'article Wikipedia sur l'incontournable et très rébarbatif roman pseudo-pornographique "50 nuances de Grey" d'E.L. James

dimanche 19 mai 2013

Le prix de l'alcool chute, celui de la convivialité s'envole

Sur la photo ci-dessous, prise vers 1900, mon arrière-grand-père Joseph Pierre Lebouc et son épouse Constance Beaujardin posent, ainsi que leurs deux enfants, devant le café qu'ils tenaient rue de Vaugirard à Paris.
Le café Lebouc, rue de Vaugirard à Paris, vers 1900.
"Spté d'Eau de Vie de Cidre du Calvados"
"Spécialité de Rhum St Louis - Le litre 2 Frs - Qualité recommandée"
Les inscriptions sur les vitrines vantent les spécialités du bistrot.
Un catalogue complet de boissons alcoolisées allèche le chaland : "eau de vie de cidre du Calvados", "madère", "malaga", "banyuls pour quinquina", liqueurs fines Raspail", "Kummel", "chartreuse jaune", "Marie Brizard", "rhum Saint Louis", "bière".
Pour faire bonne mesure du "café" est aussi proposé dans la zone la moins exposée de la devanture.

Un accent particulier est mis sur les prix. Le litre de rhum ou de vin cuit est annoncé à 2 Francs.
A l'époque, un ouvrier parisien gagnait annuellement environ 1200 Francs pour, grosso modo, 300 journées de travail de 9 à 10 heures.
Les litres d'alcool écoulés par mon aïeul équivalaient donc, chacun, à une demi-journée de travail ouvrier.

La marge réalisée par Joseph-Pierre Lebouc et ses fournisseurs était, ramenée aux standards actuels, raisonnable.
En Martinique, le rhum en gros était acheté aux producteurs 60 centimes le litre.
Comme la grande distribution était inexistante, il est probable que le prix de la bibine dans dans les épiceries n'était guère différent de celui pratiqué dans les cafés.

Aujourd'hui, l'alcool a une valeur très différente en supermarché et dans un bar.
Le rhum coûte désormais, chez l'hyper-épicier au nom de maréchal de France, autour de 10 € du litre.
Un ouvrier de 2013 doit travailler une heure et demie, 3 fois moins longtemps qu'en 1900, pour mettre un litre de bibine dans un son caddy.
A l'inverse, consommer dans un bistrot est devenu terriblement onéreux. Le rhum y est commercialisé autour de 120 € le litre. Désormais, 10 à 20 heures de travail , deux à trois fois plus que chez mon ancêtre, sont nécessaires pour écluser une bouteille d'alcool accoudé à un zinc.

Le formidable progrès économique initié par la révolution industrielle a accru nos possibilités de consommation.
Se saouler est bien meilleur marché qu'il y a un siècle, à la condition expresse de le faire seul.
Dans le même temps, la convivialité, peu sujette à la productivité, tend à devenir un luxe hors de prix !

Bistrotiquement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Dans la même veine, sur l'évolution des prix et des coûts au fil du temps, les chroniques :
. "Le coût de l'écrit s'effondre"
. "Timbres-poste, iPhone et salaires ouvriers"
. "Des encyclopédies et de l'iPhone au fil des présidences"
. "Le prix de l'essence et des voitures en forte baisse"
. "Comme l'essence, l'immobilier baisse"

- Merci à Pascale qui a déniché le vieux cliché.

- Les fiches de mes arrière-grands-parents Joseph-Pierre Lebouc et Constance Beaujardin sur mes pages de généalogie.
Pour la petite histoire, Joseph-Pierre Lebouc est décédé d'une maladie professionnelle puisque l'alcoolisme l'a soustrait trop tôt à l'affection des siens.

- Le coût du litre de rhum dans les Antilles provient du livre "Histoire de la Martinique" d'Armand Nicolas.

- Exprimer des prix en temps de salaire d'un ouvrier est inspiré du livre de Jean Fourastié & Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).

mardi 18 septembre 2012

Comme l'essence, l'immobilier baisse !

Notre quotidien souvent compliqué et notre mauvaise mémoire nous font perdre de vue les évolutions économiques de moyen et long terme.
Après avoir examiné les prix de l'essence et des voitures en forte baisse, intéressons-nous à ceux du logement.

Une fois encore, les statistiques de l'INSEE sont sans appel.
De 1988 à 2008, l'immobilier neuf, à surfaces et prestations comparables, a vu son prix augmenter moins vite que le SMIC.


Comme le montre le graphique ci-dessus, en valeur relative par rapport au salaire minimum, les maisons individuelles ont baissé de 19% et les appartements de 12%.
Malgré l'absence de statistiques officielles, il est probable que cette diminution des prix a repris ces dernières années. La crise économique a poussé le coût du foncier vers le bas alors que le SMIC a augmenté de 8% de 2008 à 2012.

Comme toutes les moyennes, ces chiffres sont à nuancer, le marché du logement étant particulièrement hétérogène.
Tout d'abord, il s'agit de valeurs nationales regroupant des zones en très forte tension immobilière comme Paris et des zones quasi-sinistrées.
Ensuite, pour effectuer un panorama complet du logement, la même comparaison au SMIC devrait être effectuée sur les loyers et sur l'immobilier ancien. Malheureusement, l'INSEE ne publie pas de série longue de données sur ces deux thèmes.
L'immense majorité d'entre nous devant s'endetter pour acheter un logement, il faudrait aussi ajouter le coût des emprunts ainsi que la disponibilité d'offre de crédit, ce qui dépasse mes compétences de statisticien de comptoir.
De surcroît, lorsque le prix d'un bien que nous désirons baisse, souvent nous en profitons pour monter en gamme. Les logements d'aujourd'hui ne sont plus ceux des années 80. Performances énergétiques et confort se sont accrus.

Ces chiffres cachent indéniablement des cas où l'immobilier a grimpé ainsi que les abus des marchands de sommeil. Mais, comme il s'agit de moyennes, il existe aussi de nombreuses circonstances où les prix ont chuté plus que ne le disent les indices.

Chiffriquement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Voir aussi dans la même veine de comparaison de prix avec les salaires, les chroniques "le prix de l'essence et des voitures en forte baisse !" et "timbres, iPhone et salaires ouvriers".

- Je remercie d'avance les personnes en mesure de me faire parvenir des données de longue durée sur l'immobilier ancien, les loyers et le coût du crédit. Avec leur aide, je me ferai un plaisir d'écrire un complément à cette chronique.

- Chronique commanditée par mon camarade Pierre Carle.

- L'idée de comparer les prix aux salaires est inspirée du livre de Jean Fourastié & Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).

- Source : INSEE, principalement "évolution annuelle du prix de la construction".
   

jeudi 30 août 2012

Le prix de l'essence et des voitures en forte baisse !

Le nez sur notre volant, emportés par notre vie quotidienne, nous avons l'impression que "tout augmente", surtout dans le domaine automobile.
Le gouvernement français vient d'ailleurs de conforter cette idée en mobilisant l'endettement public pour diminuer le carburant de quelques centimes par litre.
Sans méconnaitre les difficultés économiques des personnes devant régulièrement effectuer de longs trajets, je suis au regret de constater que, dans la durée, les coûts de l'essence et des voitures chutent !
Jugez sur pièces.

En 1980, 18 minutes de SMIC étaient nécessaires pour acquérir un litre de super.
Aujourd'hui, en 2012, le même achat ne requiert plus que 10 minutes de salaire minimum, soit une baisse de 44% !

Prix de l'essence super de 1980 a 2012 exprimé en minutes de salaire minimum SMIC
Prix d'un litre de super de 1980 à 2012 exprimé en minutes de SMIC

Comme le montre le graphique ci-dessus, de 1980 à 1987, le carburant a connu une diminution très sérieuse. Depuis 25 ans, le super oscille autour de 9 minutes de SMIC par litre. 2012 est un point haut, sans atteindre toutefois les pics de 1989 et 2000 où l'essence a atteint 10.5 minutes de SMIC le litre.

Il est en de même pour les automobiles.
Ma première voiture, la Renault R5 3 portes, valait neuve en 1980 environ 27 500 Francs (4 200 €), soit 11 mois de SMIC.
La Twingo entrée de gamme qui désormais lui succède, coûte sensiblement 8 000 €, c'est à dire un peu plus de 5 mois de salaire minimum. La baisse est de l'ordre de la moitié.
Cette décroissance du prix réel s'est accompagnée d'un progrès notable de la qualité. Les émissions polluantes se sont estompées, les attaques de rouille ont disparu, la sécurité s'est renforcée et la longévité des véhicules s'est accrue.

La consommation s'est aussi notablement améliorée.
En cycle normalisé dit "urbain", ma R5 consommait officiellement 7.4 litres de super pour 100 km.
Ce même ratio s'est réduit à 5.9 litres / 100 km pour une Twingo, une amélioration de 20%.

La combinaison de toutes ces données permet d'obtenir un ordre de grandeur du coût d'un trajet de 100 km.
A la fin du septennat de Valery Giscard d'Estaing, 210 minutes de SMIC étaient nécessaires pour relier Chamalières à Montluçon en Renault 5.
Désormais, sous la houlette de François Hollande, 82 minutes de salaire minimum suffisent pour aller en Twingo de Tulle à Périgueux, c'est à dire une diminution de presque deux tiers ...

Essenciquement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- La chronique "Timbres, iPhone et salaires ouvriers" utilise la même méthode à propos de l'évolution du coût des communications sur 150 ans.
J'ai aussi employé le même procédé provocant pour analyser le coût du logement.

- Cette chronique a été impulsée par un tweet de Rémi Godeau (@remigodeau sur Twitter).
Elle est dédiée à R. M., mon encyclopédiste automobile favori, dont j'attends les commentaires avec impatience et gourmandise.

- Les normes de consommation de carburant ont évolué pour devenir un peu plus réalistes qu'elles n'étaient naguère
 Les consommations à vitesse stabilisée qui étaient annoncées dans les années 1980 ne sont plus publiées.
Seule la consommation en cycle urbain permet des comparaisons sur longue période.

- Pour estimer le coût d'un trajet de 100 km, uniquement deux facteurs ont été pris en compte, la consommation d'essence (en cycle urbain) et l'amortissement de l'achat de la voiture.
La durée de vie de la Renault R5 a été supposée de 150 000 km, celle de la Twingo de 200 000 km.
Entretien, assurances et péages ont été négligés.

- L'idée d'exprimer les prix en temps salarial est inspirée du livre de Jean Fourastié & Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).

- Sources : ma mémoire ainsi que plusieurs forums dégottés avec Google ainsi que les sites de l'INSEE, de Renault France et www.renault-5.net.

dimanche 8 janvier 2012

Timbres, iPhone et salaires ouvriers

En France, vers 1860, sous Napoléon III, la journée ouvrière de 10 heures est payée 2 Francs. Un kilogramme de pain s'achète 30 centimes, soit une heure et demie de travail.
A cette époque, alors que la Révolution Industrielle bat son plein, les communications sont bouleversées. Le train et le timbre ont fait exploser le trafic postal. Affranchir une lettre nécessite 20 centimes, soit une heure de travail. L'acheminement est rapide et fiable, deux jours suffisent pour traverser l'Hexagone. Beaucoup de plis sont distribués le lendemain de leur envoi, parfois le jour même.

En 2012, avec un SMIC horaire net à 7.2 € et une baguette de 250 grammes à environ 1 €, il faut travailler trois fois moins longtemps pour s'acheter du pain.
Pour le courrier, la baisse est encore plus spectaculaire, puisque la lettre standard à 0.6 € ne représente plus que 5 minutes de SMIC, une division par 12 en 150 ans.
Toutefois, la fiabilité d'acheminement s'est amenuisée. Pour obtenir le même service que sous le Second Empire, Colissimo s'avère nécessaire. Le délai de 2 jours est garanti en échange de 8.1 €, une grosse heure de SMIC, autant qu'en 1860. Ne parlons pas de Chronopost qui assure l'acheminement en une demi-journée au prix de 3 heures de travail ouvrier (22.5 €) !

Toutefois, l'usage de la lettre comme moyen de communication semble désormais révolu.
Internet et télécommunications mobiles bousculent les coûts et les usages à l'instar du timbre au XIXème siècle.
L'utilisation d'un smartphone s'établit grosso modo à 50 € par mois, soit 7 heures de SMIC. Cet engin permet d'émettre et recevoir communications téléphoniques, SMS, mails, pages web, photos, musiques, videos et bien d'autres contenus. Il nous coûte mensuellement autant que 7 lettres en 1860, avec un abonnement pour un volume de données correspondant à plus de 1000 à 2000 missives !

Timbriquement votre

Références et compléments
- La chronique "le prix de l'essence et des voitures en forte baisse !" reprend la même méthode de comparaison des prix avec le SMIC pour mettre en perspective le coût du carburants et des automobiles.
J'ai aussi appliqué le même procédé de comparaison avec les salaires au coût du logement.

- Le site histoirepostale.net, réalisé par Roland Goutay et votre serviteur, résume l'histoire postale de chaque pays d'Europe vers 1860, au moment où nait la Poste moderne et où le volume de courrier s'emballe.
La comparaison avec les communications d'aujourd'hui est très instructive notamment l'invention du premier timbre en 1840 en Grande Bretagne par Rowland Hill et la naissance du timbre "20 centimes Cérès" en France en 1849.

- L'idée de comparer les tarifs postaux aux salaires sous Napoléon III et aujourd'hui est inspirée du livre de Jean Fourastié & Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).