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samedi 29 avril 2017

3 raisons de voter Emmanuel Macron

Le premier tour de l'élection présidentielle française a eu le mérite de dégager - y compris au sens tunisien du terme - une alternative claire pour le second round.
Emmanuel Macron et Marine Le Pen représentent deux visions opposées de notre société.
Ce choix est crucial et même dangereux, aussi mon suffrage ira, sans état d'âme, à Emmanuel Macron.
Voici pourquoi.



1) Marine Le Pen souhaite une économie fermée et administrée

Taxation, douane, contrôles en tous genres, possible sortie de l'euro et de l'Europe, planche à billets...
Bien que floues, les orientations économiques du Front National ont le mérite de la cohérence dans l'irréalisme.

Ces idées méconnaissent que l'économie est d'abord un circuit, que ce qui est dépensé quelque part a du être gagné ailleurs et vice-versa.
Par exemple, freiner les importations, c'est simultanément s'exposer à la pénalisation de nos exportations.

De surcroît, en 250 ans de révolutions industrielles et de capitalismes, il n'existe aucun exemple réussi et durable de pays raisonnablement développé ayant pratiqué les politiques économiques invoquées par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.
Par contre, nombres de catastrophes ont été provoquées par ces méthodes, le Vénézuela étant la dernière en date.

2) Marine Le Pen propose des réponses simples

Quel que soit le sujet, l'héritière Le Pen formule des propositions lapidaires.
Se débarrasser des étrangers, surtout ceux du sud, des bureaucrates et des oligarques capitalistes suffirait à créer le jardin d'Eden sur notre belle terre de France.

Ce simplisme est inadapté à notre société actuelle que les sociologues qualifient d'horizontale.
Nous sommes plus autonomes que nos parents et nos grand-parents. Nous décidons, par nous-même, de nos vies, de nos envies, de nos façons d'être, de nos consommations, de nos métiers, de nos conjoints...
Les déterminismes familiaux, sociaux, religieux et politiques ont de moins en moins de prise sur nous.

De ce fait, notre monde est devenu singulièrement imbriqué.
Nous sommes tous désormais de petits décideurs.
Les sommets des pyramides politiques ou économiques ne parviennent plus à nous imposer leurs choix.
Atténuer les maux dont souffre notre pays exige une approche complexe.

3) Marine Le Pen aspire à moins de démocratie

En se présentant comme la candidate du peuple et en revendiquant un lien exclusif direct entre les français et le pouvoir qu'elle incarnerait, la dirigeante frontiste montre le peu cas qu'elle fait de la démocratie libérale.

Des centaines d'années ont été nécessaires, depuis la magna carta anglaise du 14ème siècle jusqu'à la déclaration universelle des droits de l'Homme en 1945, en passant par l'indépendance américaine et la révolution française, pour mettre au point par tâtonnements notre système démocratique.
Il repose non seulement sur un gouvernement désigné par une majorité de citoyens mais aussi par ce que les américains appellent les "checks & balances" (contrôles et équilibres), c'est à dire le respect des minorités, la séparation des pouvoirs et l'état de droit, à commencer par les droits fondamentaux.

Tout cette organisation subtile nous paraît naturelle et, comme nous y sommes habitués, nous y accordons aussi peu de valeur qu'à l'air que nous respirons.

Aussi, je recommande à tous les hésitants de s'entourer, pendant une minute, la tête d'un sac en plastique, afin d'expérimenter la différence entre l'air libre - même chargé de micro-particules - et l'asphyxie.

Bien qu'ayant effectué mon service militaire dans la Royale, je voterai résolument contre la Marine !




Républicainement votre

Post-scriptum 29 avril 2017 15H00
J'ai publié cette chronique aujourd'hui en fin de matinée alors que n'avais pas eu connaissance du piteux ralliement de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen.
Ce dernier épisode en date ne fait que rajouter à la confusion des esprits et des valeurs que j'essaie de combattre dans cette chronique.
Qu'un gaulliste auto-proclamé fraie avec un parti dont la filiation politique, historique et sociologique rejoint les pires ennemis de Charles de Gaulle, Vichy et l'OAS, devrait nous inciter encore plus à voter massivement contre cette imposture.

Références et compléments
En lien avec cette prise de position, je suggère quatre autres de mes chroniques
- Mes valeurs
- Tentative d'explication de la laïcité en France à mes amis hors de l'Hexagone
- Ma visite impromptue chez Charles de Gaulle
Seul, bras croisés, au milieu des saluts nazis

La photographie d'Emmanuel Macron discutant, sous l'oeil des officiers de sécurité et des caméras, avec Caroline Schreiber (candidate de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon dans l'Isère) a été prise par mes soins le 14 avril 2017 devant le centre INRIA de Montbonnot, lors de la visite du candidat d'En Marche.
Ce blog reflétant mes points de vue personnels, il va sans dire que cette chronique et sa photo n'ont reçu l'aval ni de Caroline Schreiber, ni même d'Emmanuel Macron.

La citation de Raymond Aron "le choix en politique n'est pas entre le bien et le mal mais entre le préférable et le détestable" et l'image associée ont été trouvées au hasard de Twitter.

mercredi 18 mars 2015

Nouveau plaidoyer pour la Tunisie de toujours

Une fois de plus, une fois de trop, ma patrie de coeur, la Tunisie, est endeuillée par un attentat terroriste.
Au moment où j'écris ces lignes, au moins 19 morts sont à déplorer.
Depuis 2012, j'ai le sentiment de bégayer et de réécrire plusieurs fois la même chronique.

Bégayer c'est exprimer, une fois de plus, une fois de trop, compassion et condoléances pour les victimes et leurs familles.

Bégayer, c'est souligner, une fois de plus, une fois de trop, le vide abyssal de la pensée des terroristes.
Tirer lâchement sur des personnes sans défense, dans un lieu triplement symbolique - ancien palais beylical, siège du parlement démocratiquement élu et musée national - démontre l'incapacité pathologique des barbares à poil long à construire une argumentation.

Bégayer, c'est relever, une fois de plus, une fois de trop,  qu'en plus des 19 victimes et de la quarantaine de blessés par balles, il y a aussi 12 millions de blessés par ricochet.
Qu'un petit pays - la Tunisie de toujours - réussisse tant bien que mal son développement économique et sa transition démocratique, qu'il soit fier de ses racines diverses et, surtout, qu'il continue de cultiver, envers et contre tout, son sens de l'accueil est probablement insupportable quand on a le front bas et les idées courtes.

Bégayer, c'est rappeler, une fois de plus, une fois de trop, que l'immense majorité des tunisiens que j'ai plaisir, et même fierté, à fréquenter depuis plus de 35 ans n'ont rien en commun avec les assaillants du Bardo.
Ces tristes événements ne doivent pas nous conduire à modifier notre point de vue et nos dispositions vis à vis de la Tunisie. Le faire serait procurer une victoire trop facile aux assassins du musée.

Bégayer, c'est affirmer, une fois de plus, mais pas une fois de trop, que des brutes sanguinaires peuvent nous heurter et nous toucher mais, que malgré notre tristesse et leurs sinistres efforts, ils ne réussiront pas à nous faire changer d'avis et de valeurs.

Plus que jamais tunisiquement votre !

#JesuisTunis
#JesuisCharlie
Tahia Tounes !
No pasaran



Références et compléments
Voir aussi :
- mon premier plaidoyer de 2012 pour la Tunisie de toujours
- "Ich bin ein Tunisier" de 2013

mardi 2 septembre 2014

3 questions d'actualité pour rafraîchir notre mémoire courte

Nul ne contestera tes droits
Tu pourras crier “vive le Roi !”
Sans intrigue,
Si l'envie te prend de changer
Tu pourras crier sans danger
“Vive la Ligue !”.
D'après Georges Brassens

Au cœur de l'Europe, et même désormais au sud de la Méditerranée, crise et désenchantement nous poussent à dédaigner la démocratie et ses jeux politiques.

Certes les organisations de nos sociétés sont très loin d’être parfaites. De nombreux ajustements seraient fort utiles, je m'en fait souvent l'écho au fil de ce blog.
Mais vouloir jeter notre bulletin de vote avec l'eau de notre bain est une attitude d'enfant gâté qui trouve sa soupe trop chaude et ses frites trop salées.

Pourtant, aujourd'hui 2 septembre 2014, comme trop de jours ces derniers temps, l'actualité immédiate nous interpelle sur la valeur de notre système.
  • Pour former un nouvel état, préférons-nous la méthode éclatante de Poutine et de ses lascars militaires dans l'est de l’Ukraine ou bien le terne référendum prévu en Écosse sous quinzaine ?
     
  • Pour rendre inopérantes des options politiques, préférons-nous le fracassant tir au pistolet sur député, comme en Tunisie, ou bien le traditionnel passage par l'isoloir ?
     
  • Pour promouvoir idées ou  croyances, préférons-nous terroriser avec entrain des populations civiles, à l'instar des barbus noirs d’Irak et Syrie, ou bien jauger tranquillement des points de vue contradictoires sur Facebook ou dans des journaux ?
     
No pasaran

Démocratiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les trois chroniques
. L'islamisme ne vient pas du sous-développement
. Éloge de la Sainte Guerre
. Bosnie, Bâmiyân, Tombouctou … Chronique de la barbarie et de l'espoir

- L'exergue est un extrait légèrement adapté de la chanson "Oncle Archibald" de Georges Brassens.
  

dimanche 15 juin 2014

Notre système politique date des diligences

La démocratie parlementaire représentative qui, au fil de l’histoire, s'est imposée en Europe, en Amérique du Nord et dans bon nombre d’autres pays est désormais à bout de souffle. La montée généralisée des populismes en est le symptôme le plus flagrant.

Ce système, après de longues prémisses en Islande et surtout en Angleterre, s'est généralisé au XVIIIème siècle à partir de la Suède, des tous neufs États-Unis et de la France.
Sa forme actuelle a émergé grosso modo entre 1720 et 1800. Le XIXème siècle a raffiné et stabilisé les modes de fonctionnement qui n’ont plus guère évolué par la suite.

Beaucoup d'états, à l’instar de la France, ont connu plusieurs constitutions successives.
Toutefois, ces différentes moutures ont toujours conservé l'architecture générale du parlementarisme, se contentant de modifier à la marge les modes de scrutin et la répartition exacte des pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires.

Vers 1780, lors de la naissance des régimes parlementaires, l’Europe était encore très proche du Moyen-Âge.

L'économie, essentiellement agricole, reposait sur les grands propriétaires fonciers et les corporations.
Le capitalisme moderne restait encore balbutiant et la Révolution Industrielle n'avait véritablement commencé qu’en Grande-Bretagne.

Les médias se limitaient aux gazettes et aux livres, à la diffusion lente et coûteuse.
En France, ils ne pouvaient toucher que 4 hommes et 2 femmes sur 10. Le reste de la population ne savait ni lire, ni écrire.
Moins d'un homme sur 100 accédait à ce que nous nommons aujourd'hui l'éducation supérieure.

Le cheval et la diligence étaient les seuls moyens de transport sur longue distance. Lyon et Marseille se situaient alors respectivement à 5 et 9 jours de Paris. Les communications étaient limitées à la malle-poste qui utilisait les même moyens d’acheminement.

La France comptait alors entre 20 et 25 millions d’habitants, dont plus de 4 sur 5 vivaient à la campagne. Désormais, 5 français sur 6 habitent en zone urbaine.
L'espérance de vie à la naissance oscillait entre 30 et 40 ans, contre presque 85 maintenant.

Dans les familles, épouse et enfants se soumettaient à l’autorité du chef de famille qui décidait de la vie de tous ceux qui logeaient sous son toit.
Domesticité ainsi que fermages et métayages aux conditions très dures mettaient plus des deux tiers des français en situation de sujétion et de dépendance.
Si la Révolution Française a beaucoup fait évoluer le droit dans ces domaines, elle n'a que peu changé la réalité quotidienne. Ce n'est qu’au XXème siècle que le salariat et le travail industriel sont devenus majoritaires.

Dans les années 1800, la réunion d’assemblées parlementaires en sessions régulières et leurs mécanismes d'élection, d'élaboration des textes législatifs, de décision et de censure représentaient une vraie modernité bien adaptée à la société et au rythme d'alors.
Ils mirent fin, avec beaucoup de cahots et de chaos, à l'absolutisme féodal et permirent aux libertés et aux protections sociales de se développer.

Aujourd'hui, nous évoluons dans un univers très différent, en mutation constante, marqué par l’explosion urbaine, l'universalité du capitalisme, l'abolition des distances, l'accélération du temps, l'abondance de l’information et la montée de l’individu.
L'ADN du parlementarisme traditionnel ne recèle que peu de maillons aptes à relever ces défis.

Une mise à jour en profondeur du code génétique de nos institutions s'avère indispensable.
Je souhaite de tout cœur que la génération des “digital natives” ne se limite pas à mettre notre société cul par dessus tête mais en profite aussi pour inventer, dare-dare, de nouvelles organisations politiques adaptées à notre temps. Nous en avons un urgent besoin.

Démofuturiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
. Une voiture est-elle moins chère qu'un cheval sous Louis XV ?
La nourriture est-elle moins chère que sous Louis XV ?
Généalogie de la croissance. Quand l'histoire familiale raconte l'économie et la démographie
Quelles sont les professions menacées par la troisième révolution industrielle ?
Quelles sont les racines de l'extrême-droite populiste ? Comment la faire reculer ?

vendredi 2 août 2013

Ich bin ein Tunesier

Il y a 50 ans, John Fitzgerald Kennedy, au meilleur de sa forme, prononçait son célèbre Ich bin ein Berliner.
Sous les effets conjugués des événements récents et de l'hypoglycémie ramadanesque, j'ai imaginé un Kennedy ayant échappé aux balles de Lee Harvey Oswald, sortant de sa retraite bien méritée et reprenant du service pour venir exalter les tunisiens actuellement rassemblés tous les soirs parvis du Bardo à Tunis.
Voici en exclusivité pour les lecteurs du blog Humeurs Mondialisées, ce nouveau discours historique.

Je suis fier d'être ici, parmi vous, à Tunis, cette ville qui symbolise aux yeux du monde, depuis le 14 janvier 2011, la liberté, la démocratie et le progrès.

Il y a 2000 ans, la fierté suprême était de dire civis romanus sum.
Aujourd'hui, dans notre ère de liberté, la fierté suprême est de proclamer Ich bin ein Tunesier أنا تونسي 

Excusez-moi, mais à mon âge, j'ai tendance à mélanger les langues allemandes et arabes !

Il y a beaucoup de personnes de part le monde qui ne comprennent pas, ou disent ne pas comprendre, quel est le problème entre la liberté et le sectarisme.
Qu'ils viennent à Tunis ! يأتون إلى تونس 

Il y en a aussi qui proclament que le sectarisme nous ouvre le futur.
Qu'ils viennent à Tunis ! يأتون إلى تونس 

Il y en a d'autres qui disent qu'en Méditerranée et ailleurs, nous pouvons coopérer avec les tenants du sectarisme.
Qu'ils viennent à Tunis ! يأتون إلى تونس 

Il y en a même quelques uns qui disent qu'il est exact que le sectarisme est un mauvais système, mais qu'il permet de résorber les injustices socio-économiques.
Qu'ils viennent à Tunis ! Laßt sie nach Tunis kommen ! أتون إلى تونس 

La liberté rencontre de nombreux obstacles et la démocratie n'est jamais parfaite.
Mais, en démocratie, il n'est nul besoin de violence, de meurtres et d'intimidations policières pour obtenir le soutien des citoyens.

Vous êtes aux avant-postes du combat pour la liberté et vous avez payé un lourd tribut.
Malgré tout, je vous demande de regarder, par delà les dangers d'aujourd'hui, en direction des espoirs de demain et d'envisager, au delà de la liberté de la seule Tunisie, les avancées de la liberté partout dans le monde.

La liberté est indivisible.
Si un seul homme est entravé alors personne n'est libre.
Quand la démocratie sera durablement installée, ici à Tunis, et que la liberté aura progressé partout, vous pourrez, tunisiennes et tunisiens, avoir la satisfaction tranquille des personnes qui ont fait, en première ligne, ce que leur cœur leur commandait.

Tous les hommes libres, où qu'ils vivent, sont aujourd'hui, et pour longtemps, citoyens de Tunisie.
Aussi, en homme libre, je suis fier de proclamer ici, sur le parvis du Bardo à Tunis, Ich bin ein Tunesier أنا تونسي 

Toujours tunisiquement votre

Références et compléments
- Chronique très spécialement dédiée à Majdi Khan @MajdiKhan le plus valeureux des twittonautes tunisiens. Si vous ne le suivez pas encore, précipitez-vous !
- Dans le discours original, après s'être exclamé "Ich bin ein Berliner", Kennedy enchaînait par "I appreciate my interpreter translating my German!".
Aujourd'hui le twittonaute Zarzouki @ja3far2012 a rempli cette fonction et m'a suggéré de modifier mon titre afin qu'il soit plus agréable à des yeux et des oreilles germanophones. Danke schön !
- Refusant les prises d'otages sémantiques, j'ai volontairement préféré le vocable sectarisme à celui d'islamisme.
L'Islam est une des grandes religions de l'Humanité que l'islamisme dévoie à des fins politiques et sectaires.
- L'expression latine civis romanus sum signifie je suis citoyen romain.
- L'original, en anglais, du discours "Ich bin ein Berliner" de John Fitzgerald Kennedy le 26 juin 1963 à Berlin.

jeudi 25 juillet 2013

Triste bégaiement en Tunisie

Aujourd'hui, Mohamed Brahmi, figure de l'opposition politique en Tunisie, a été assassiné par balles devant son domicile.
Les circonstances sont étonnamment semblables à celles, il y a près de 6 mois, du meurtre de Chokri Belaïd, autre leader de la gauche.

Une fois de plus, ceux qui ont tiré, mais surtout ceux qui ont commandité la fusillade, ont fait preuve de l'inanité barbare de leur pensée politique. Lorsque l'on n'est pas capable de réfuter des arguments, le Colt devient une sinistre échappatoire.

Une fois de plus, le risque de réaction en chaine est maximal.

Une fois de plus, la barbarie stupide de quelques uns endeuille et frappe un pays entier.
L'immense majorité des tunisiens que je fréquente, connais et aime depuis plus de trente ans exècrent le recours au meurtre comme méthode de gouvernement. Ils aspirent, au contraire, à ce que les différents politiques se règlent dans les urnes, les hémicycles et les prétoires.
Beaucoup d'entre eux, y compris dans les rangs conservateurs, souhaitent avoir une ou des droites, un ou des centres et une ou des gauches pouvant être en désaccord sur presque tout sauf sur un socle démocratique et républicain commun.

Une fois de plus, j'espère que ma patrie de coeur trouvera l'énergie de se ressaisir, de terminer sa transition démocratique et de ne pas céder à la loi du plus fort qui est aussi, hélas, celle du plus con.

Il y a quelques années, suite à une bousculade à l'embarquement à l'aéroport de Carthage, un vieux monsieur tunisien m'avait retenu par la manche et m'avait enjoint de ne pas considérer les fauteurs de trouble comme représentatifs de son pays.
Aujourd'hui, amis lecteurs, je me permet, à mon tour, la gorge serrée, de vous demander de croire que la vraie Tunisie n'est pas celle qui a tiré ou fait tirer sur Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi.

No pasaran

Envers et contre tout, tunisianiquement votre !

mercredi 6 février 2013

Mercredi noir en Tunisie

Aujourd'hui, 6 février 2013, Chokri Belaïd, figure de l'opposition politique tunisienne, a été assassiné par balles devant son domicile.

La ou les factions qui ont tiré ou fait tirer sur un homme politique signent un formidable aveu de faiblesse.
La démocratie est beaucoup plus exigeante que l'exercice de la force. En permanence, les actes et opinions de la majorité y sont mises en cause par l'opposition et jaugées par l'ensemble de l'opinion. Quand arguments et résultats rétrécissent comme peau de chagrin, la tentation devient très forte de museler, voire de supprimer, ses adversaires. C'est ce qui est survenu ce matin à Tunis.

Ce crime, naguère inimaginable, est gros de menaces. Les opposants aux partis dits de la Troïka peuvent légitimement être inquiets et le risque de réaction en chaîne est élevé.

Pourtant, cet acte barbare et la cohorte d'incidents de plus en plus violents qui l'a précédé depuis l'été dernier ne ressemblent pas à la Tunisie et aux tunisiens que je fréquente et apprécie depuis plus de 30 ans.

Profondément attristé par cette mort odieuse, je forme le vœu que la Tunisie se ressaisisse rapidement et renoue avec les espoirs apparus lors de la révolution de janvier 2011. Ma patrie de coeur, habituellement accueillante et ouverte, ne peut et ne doit pas se laisser à nouveau soumettre par la loi du plus fort.
Je souhaite aussi que les lecteurs européens de ce blog ne se détournent pas des tunisiens. Dans les difficultés actuelles, la Tunisie a plus que jamais besoin de sympathie et de soutiens.

No pasaran !

Envers et contre tout, tunisianiquement votre !

lundi 23 juillet 2012

Bronzer idiot en Tunisie ?

Lors de sa récente visite en France, Moncef Marzouki, le provisoire et binoclard président de la république tunisienne, a déclaré en réponse à une interrogation sur l'importance économique du tourisme, "il ne faut plus venir bronzer idiot en Tunisie".

Jusqu'alors, naïvement, je pensais que la priorité de la "troïka" - coalition tripartite issue des premières élections libres de l'automne 2011 - était de créer le plus possible d'emplois pour résorber le chômage massif. Il n'en est rien, le bien-être des hôtes du pays du jasmin ne saurait céder le pas à aucune autre préoccupation !

Les consignes présidentielles sont claires.
Dans chaque aéroport, les agents en charge du contrôle des passeports questionneront chaque touriste fraichement débarqué sur son projet de vacances.
Si son intention est de se relaxer et de mettre ses neurones au repos, il sera immédiatement mis à l'ombre par la police nouvellement démocratique. Les forces de l'ordre lui éviteront ainsi mélanomes et autres maladies de peau induites par une exposition prolongée aux ultra-violets. Pour ce faire, les sinistres brigades d'intervention seront bientôt dotées de parasols, beaucoup plus efficaces pour abriter les visiteurs que les boucliers anti-émeutes.
A l'inverse, le vacancier souhaitant utiliser son séjour tunisien pour écluser quelques romans policiers ou écrire des chroniques sera sommé par la même police récemment réformée d'aller illico sur une plage en plein cagnard. Désormais plus question de bouquiner sous les claies ombragées de Jammoulti - le bistrot de la plage de Kelibia - le bronzage intelligent, fruit de la volonté populaire, s'impose !

Après la saillie marzoukienne, la saison touristique tunisienne, contrairement aux discours officiels, s'annonce difficile.
Les amateurs de plage qui n'apprécient pas plus que n'importe qui de se faire traiter d'idiots, préfèreront probablement aller combler la dette de la Grèce, de Chypre ou de l'Espagne plutôt que celle de la Tunisie.
Quant à moi, j'appréhende mon prochain départ vers le Cap Bon.
Moncef Marzouki va-t-il réussir là où Habib Bourguiba et Zine el Abidine Ben Ali alliés à l'ensemble de ma famille ont piteusement échoué ?
Vais-je, démocratiquement mais fermement, être obligé de passer mon séjour durablement allongé au soleil sur le sable du "Petit Paris" ou du "Belge" ?

Idiotiquement votre

Post Scriptum du 24 juillet 2012 :
J'ai reçu de Marc, fidèle lecteur des Humeurs Mondialisées, la photo ci-dessous prise en juin de cette année à Djerba qui illustre parfaitement le bronzage idiot en Tunisie avant l'ultimatum présidentiel.

Références et compléments
- Je dédie cette chronique à Roland, Brigitte, Françoise et Benoît qui ont eu la chance de visiter la Tunisie cette année avant l'injonction de Moncef Marzouki sur le bronzage idiot.
- "Petit Paris" et le "Belge" sont les sobriquets de deux des plages de Kelibia. Pour en savoir un peu plus sur ces plages, je vous recommande les chroniques "Mieux vaut p'tard que jamais" et "Sabotage belge".
- Désormais, de nombreuses chroniques de ce blog ont pris Moncef Marzouki et ses lunettes comme sujet de prédilection.
- L'interview où Moncef Marzouki s'oppose au bronzage idiot est parue dans le journal français La Provence le 20 juillet 2012.

mardi 2 août 2011

Iceberg démocratique tunisien

"L'air semble fait pour ce pas du prodige"
Louis Aragon - Second Intermède

Beaucoup d'européens ayant fait du tourisme en Tunisie ont été surpris en janvier 2011 de découvrir que le régime alors en vigueur n’était pas particulièrement aimable. La dictature ne sautait pas aux yeux du visiteur inattentif.
Un peu plus de six mois après le grand "dégage !" ayant mis à bas Ben Ali et sa clique, la démocratie naissante n’est guère plus apparente à l’observateur externe.
Les systèmes politiques sont comme les icebergs : l'essentiel de leur substance est dissimulé.

Les signes extérieurs visibles de la nouvelle Tunisie sont donc ténus mais toutefois bien présents et surtout inimaginables il y a peu.

Les nombreuses affiches sur lesquelles l’ancien dirigeant semblait faire la promotion d’une teinture capillaire sont désormais remplacées par des placards de "l'ISIE" incitant à l’inscription sur les listes électorales. Les bus aussi appellent au devoir civique.
Tout nouvel électeur, en plus de son attestation, se voit remettre un autocollant rouge proclamant "je suis inscrit". De plus en plus de lunettes arrière de voiture arborent cette superbe pastille.

Les vendeurs ambulants se sont multipliés ces derniers mois. Ainsi, dans notre rue, le "souk" hebdomadaire du lundi démarre désormais le dimanche.
Il est vrai que plus personne n’ose dire quoi que ce soit à ces commerçants improvisés, par peur de déclencher des bouleversements géopolitiques planétaires.

La police n’inquiétant plus personne, le respect du code de la route, autrefois minimal, voisine désormais le zéro absolu.

Beaucoup de graffitis souillent les murs. Pourtant, très peu sont politiques, il s’agit principalement d'éructations incompréhensibles d'ultras du football.
Dans un autre registre, un calicot avec une faucille et un marteau orne la maison de la culture de Kelibia. Une réunion du PCOT doit s’y tenir bientôt.
Si, en dictature, les cons se voient confier le pouvoir, la démocratie leur donne la parole … Et c'est tant mieux !

A notre arrivée à l'aéroport de Carthage, les annonces par haut-parleurs demandaient régulièrement à "la famille Ben Ali de se rendre à la porte 54". Comment aurions-nous pu soupçonner l'an dernier à la même époque qu'une administration officielle pousserait publiquement les Ben Ali à "dégager" ?

Révolutionnairement votre

Compléments
- Chronique rédigée le 2 août 2011 et non retouchée.
Sur le même thème, en plus sérieux et avec des photos, j'ai aussi publié le 10 août un article sur Rue89 intitulé "Choses vues à Kelibia, sept mois après la révolution".
- L'ISIE est l'Instance Supérieure Indépendante pour les Elections chargée du processus électoral. Sur les publicités francophones, cet organisme s’affiche avec un logo indiquant « TunISIE ».
- Le PCOT est le Parti Communiste Ouvrier de Tunisie (trotskyste) dont le leader est Hamma Hammami.