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samedi 29 avril 2017

3 raisons de voter Emmanuel Macron

Le premier tour de l'élection présidentielle française a eu le mérite de dégager - y compris au sens tunisien du terme - une alternative claire pour le second round.
Emmanuel Macron et Marine Le Pen représentent deux visions opposées de notre société.
Ce choix est crucial et même dangereux, aussi mon suffrage ira, sans état d'âme, à Emmanuel Macron.
Voici pourquoi.



1) Marine Le Pen souhaite une économie fermée et administrée

Taxation, douane, contrôles en tous genres, possible sortie de l'euro et de l'Europe, planche à billets...
Bien que floues, les orientations économiques du Front National ont le mérite de la cohérence dans l'irréalisme.

Ces idées méconnaissent que l'économie est d'abord un circuit, que ce qui est dépensé quelque part a du être gagné ailleurs et vice-versa.
Par exemple, freiner les importations, c'est simultanément s'exposer à la pénalisation de nos exportations.

De surcroît, en 250 ans de révolutions industrielles et de capitalismes, il n'existe aucun exemple réussi et durable de pays raisonnablement développé ayant pratiqué les politiques économiques invoquées par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.
Par contre, nombres de catastrophes ont été provoquées par ces méthodes, le Vénézuela étant la dernière en date.

2) Marine Le Pen propose des réponses simples

Quel que soit le sujet, l'héritière Le Pen formule des propositions lapidaires.
Se débarrasser des étrangers, surtout ceux du sud, des bureaucrates et des oligarques capitalistes suffirait à créer le jardin d'Eden sur notre belle terre de France.

Ce simplisme est inadapté à notre société actuelle que les sociologues qualifient d'horizontale.
Nous sommes plus autonomes que nos parents et nos grand-parents. Nous décidons, par nous-même, de nos vies, de nos envies, de nos façons d'être, de nos consommations, de nos métiers, de nos conjoints...
Les déterminismes familiaux, sociaux, religieux et politiques ont de moins en moins de prise sur nous.

De ce fait, notre monde est devenu singulièrement imbriqué.
Nous sommes tous désormais de petits décideurs.
Les sommets des pyramides politiques ou économiques ne parviennent plus à nous imposer leurs choix.
Atténuer les maux dont souffre notre pays exige une approche complexe.

3) Marine Le Pen aspire à moins de démocratie

En se présentant comme la candidate du peuple et en revendiquant un lien exclusif direct entre les français et le pouvoir qu'elle incarnerait, la dirigeante frontiste montre le peu cas qu'elle fait de la démocratie libérale.

Des centaines d'années ont été nécessaires, depuis la magna carta anglaise du 14ème siècle jusqu'à la déclaration universelle des droits de l'Homme en 1945, en passant par l'indépendance américaine et la révolution française, pour mettre au point par tâtonnements notre système démocratique.
Il repose non seulement sur un gouvernement désigné par une majorité de citoyens mais aussi par ce que les américains appellent les "checks & balances" (contrôles et équilibres), c'est à dire le respect des minorités, la séparation des pouvoirs et l'état de droit, à commencer par les droits fondamentaux.

Tout cette organisation subtile nous paraît naturelle et, comme nous y sommes habitués, nous y accordons aussi peu de valeur qu'à l'air que nous respirons.

Aussi, je recommande à tous les hésitants de s'entourer, pendant une minute, la tête d'un sac en plastique, afin d'expérimenter la différence entre l'air libre - même chargé de micro-particules - et l'asphyxie.

Bien qu'ayant effectué mon service militaire dans la Royale, je voterai résolument contre la Marine !




Républicainement votre

Post-scriptum 29 avril 2017 15H00
J'ai publié cette chronique aujourd'hui en fin de matinée alors que n'avais pas eu connaissance du piteux ralliement de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen.
Ce dernier épisode en date ne fait que rajouter à la confusion des esprits et des valeurs que j'essaie de combattre dans cette chronique.
Qu'un gaulliste auto-proclamé fraie avec un parti dont la filiation politique, historique et sociologique rejoint les pires ennemis de Charles de Gaulle, Vichy et l'OAS, devrait nous inciter encore plus à voter massivement contre cette imposture.

Références et compléments
En lien avec cette prise de position, je suggère quatre autres de mes chroniques
- Mes valeurs
- Tentative d'explication de la laïcité en France à mes amis hors de l'Hexagone
- Ma visite impromptue chez Charles de Gaulle
- Seul, bras croisés, au milieu des saluts nazis

La photographie d'Emmanuel Macron discutant, sous l'oeil des officiers de sécurité et des caméras, avec Caroline Schreiber (candidate de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon dans l'Isère) a été prise par mes soins le 14 avril 2017 devant le centre INRIA de Montbonnot, lors de la visite du candidat d'En Marche.
Ce blog reflétant mes points de vue personnels, il va sans dire que cette chronique et sa photo n'ont reçu l'aval ni de Caroline Schreiber, ni même d'Emmanuel Macron.

La citation de Raymond Aron "le choix en politique n'est pas entre le bien et le mal mais entre le préférable et le détestable" et l'image associée ont été trouvées au hasard de Twitter.

samedi 13 août 2016

​La politique française vue de Tunisie

​J'ai repéré, en Tunisie, sur un site d'annonces, un intriguant message.
Élysée toute neuve
Direction assistée
Vitres électrique
Climatiseur en marche
Antibrouillard
Jantes alliage
Double clé origine
Prix négociable pour les sérieux
L'auteur de cette offre semble être un meilleur connaisseur des arcanes de la politique française que de l'orthographe et de la syntaxe.
Jugez sur pièces garanties d'origine.

Élysée toute neuve

Vu les piteuses prestations de ses trois - voire de ses quatre - derniers locataires, l'Élysée a certainement besoin d'une sérieuse rénovation.

Direction assistée

Le prochain occupant du 55 rue du Faubourg Saint Honoré à Paris gagnerait à se faire correctement assister dans la direction du pays.

Vitres électrique

Faire rentrer un peu d'air frais dans les sphères gouvernementales serait plus que nécessaire.

Climatiseur en marche

Le poste présidentiel étant particulièrement chaud, recevoir en permanence un bon souffle glacé permettrait à son titulaire de garder la tête froide.

Antibrouillard

Les partis français cumulant programmes flous et fonctionnements opaques, éclairer leur route ne serait pas un luxe.

Jantes alliage

Allier les principales tendances politiques pourrait éviter à la France de rouler sur la jante.

Double clé origine

Prévoir une doublure au vainqueur de la prochaine élection présidentielle afin de pouvoir le changer en cas de mauvaises prestations nous épargnerait bien des désillusions.

Prix négociable pour les sérieux

Sans commentaire.

Tuniso-Citroënement votre

Références et compléments
Voir aussi deux autres billets portant sur les petites annonces en Tunisie
- Chercher l'âme soeur en Tunisie
- Les annonces automobiles en Tunisie ultime refuge du surréalisme

L'annonce a été publiée sur le site tunisien tayara.tn fin juillet 2016. Je l'ai recopiée scrupuleusement.
Selon toute vraisemblance, son auteur souhaitait vendre une voiture Citroën C-Elysée, qualifiée par les spécialistes (dont je ne suis pas) de berline low-cost.

lundi 25 juillet 2016

Quiz : connaissez-vous vraiment le Front National ?

Partout en Europe, les opinions nationalistes et populistes, voire xénophobes, prospèrent. 
En témoignent les succès électoraux des pro-Brexit en Grande Bretagne, de Marine Le Pen en France et de multiples autres.

Dans le même temps, des positions ouvertes et européennes - en un mot rapide et étymologique, libérales - continuent à être partagées par une fraction importante de la population, dont votre serviteur ne se cache pas de faire partie.

Cette coupure idéologique est d'abord le symptôme d'une rupture sociale.
Désormais, deux sociétés distinctes coexistent côte à côte, avec peu de points de rencontre.

Je vous propose un quiz rapide pour toucher du doigt cette nouvelle ségrégation française.

Première série de questions 

Parmi les 30 villes et bourgades françaises citées ci-après, combien en connaissez-vous ?
Durant les 5, 10, 20 dernières années, combien de temps y avez-vous séjourné ?
Combien de personnes de votre entourage y résident ?
  • Arles (Bouches du Rhône)
  • Arras (Pas de Calais)
  • Bar sur Aube (Aube)
  • Beauvais (Oise)
  • Béziers (Hérault)
  • Brignoles (Var)
  • Carpentras (Vaucluse)
  • Cavaillon (Vaucluse)
  • Chateaurenard (Bouches du Rhône)
  • Chaumont en Vexin (Oise)
  • Forbach (Moselle)
  • Habsheim (Haut Rhin)
  • Hénin-Beaumont (Pas de Calais)
  • Héricourt (Haute Saône)
  • Hirson (Aisne)
  • Liévin (Pas de Calais)
  • Orange (Vaucluse)
  • Péronne (Somme)
  • Perpignan (Pyrénées Orientales)
  • Saint Dié des Vosges (Vosges)
  • Saint Dizier (Haute Marne)
  • Saint-Avold (Moselle)
  • Saint Pol sur Ternoise (Pas de Calais)
  • Sarrebourg (Moselle)
  • Sarreguemines (Moselle)
  • Soissons (Aisne)
  • Vauvert (Gard)
  • Vitrolles (Bouches du Rhône)
  • Vitry le François (Marne)
  • Wissembourg (Bas Rhin)
     

Seconde série de questions

Mêmes questions pour cette autre liste de 30 localités.
  • Antony (Hauts de Seine)
  • Bordeaux (Gironde)
  • Boulogne Billancourt (Hauts de Seine)
  • Clamart (Hauts de Seine)
  • Colombes (Hauts de Seine)
  • Courbevoie (Hauts de Seine)
  • Epinay sur Seine (Seine Saint Denis)
  • Grenoble (Isère)
  • Issy les Moulineaux (Hauts de Seine)
  • Ivry sur Seine (Val de Marne)
  • La Celle Saint-Cloud (Yvelines)
  • Levallois Perret (Hauts de Seine)
  • Lyon (Rhône)
  • Maisons-Laffitte (Yvelines)
  • Marly le Roi (Yvelines)
  • Meudon (Hauts de Seine)
  • Montreuil (Seine Saint Denis)
  • Montrouge (Hauts de Seine)
  • Nanterre (Hauts de Seine)
  • Nantes (Loire Atlantique)
  • Neuilly sur Seine (Hauts de Seine)
  • Orsay (Essonne)
  • Paris (intra muros)
  • Rennes (Ille et Vilaine)
  • Rueil-Malmaison (Hauts de Seine)
  • Saint Denis (Seine Saint Denis)
  • Strasbourg (Bas Rhin)
  • Toulouse (Haute Garonne)
  • Versailles (Yvelines)
  • Vincennes (Val de Marne)
     

Décryptage

La première liste est celle des 30 territoires ayant le plus voté pour Marine Le Pen lors du scrutin présidentiel de 2012.

La seconde est son exact opposé. Ce sont les zones ayant le moins choisi le Front National.

Les 30 circonscriptions électorales ayant le plus voté pour Marine Le Pen en 2012, par rapport au nombre d'inscrits, sont illustrées par les symboles rouges.
Les 30 ayant le moins choisi le Front National suivant le même critère apparaissent en jaune.
Voir aussi une version interactive de cette carte.

Résultats personnels

Personnellement, je connais moins de la moitié des bourgades penchant à l'extrême-droite.
Aucun de mes proches n'y vit.
Je n'ai séjourné que dans une seule d'entre elles, une huitaine de jours, il y a nettement plus de 5 ans.

À l'inverse, je connais toutes les villes de la seconde liste.
J'habite l'une d'elles.
J'ai déjà visité une grande majorité des autres. Ainsi, depuis le 1er janvier, je me suis rendu dans une moitié d'entre elles.
Une forte part de mon entourage y réside.

De surcroît, chaque année, je passe entre 30 et 50 jours hors des frontières françaises.

Et vous ?

Sociologiquement votre

Références et compléments
Chronique inspirée par la conférence TED d'Alexander Betts "pourquoi le Brexit est survenu et que faire désormais ?" (en anglais)

Précisions méthodologiques
  • Version interactive de la carte du vote Marine Le Pen en 2012.
    J'ai symbolisé chaque circonscription par sa localité la plus importante.
     
  • Le regroupement des résultats électoraux par circonscriptions a de multiples avantages.
    D'une part, les données sont facilement accessibles et très détaillées.
    D'autre part, malgré les imperfections flagrantes du découpage électoral, les circonscriptions sont une maille suffisamment fine, mais pas trop, avec des populations comparables en nombre.
     
  • J'ai choisi de classer le vote en faveur de Marine Le Pen en fonction du pourcentage des inscrits qui reflète l'attachement à une option politique.
    Par définition, les abstentionnistes, exclus du décompte des votes exprimés, ne font pas montre de penchants bien établis.
     
  • Marine Le Pen au niveau national a atteint 14% des inscrits en 2012.
    Elle a fait plus de 22% - une fois et demi plus - dans les zones les plus en sa faveur.
    Par contre, les territoires votant le moins pour elle sont tous en dessous de 8% des inscrits, presque moitié moins que la moyenne.
    Pour faire simple, on vote 3 fois plus Front National autour des symboles rouges sur la carte que près des jaunes.
     
  • Mon classement s'est intéressé exclusivement à la France métropolitaine.
    La France dite d'outre-mer a très peu voté pour le Front National.
     
  • J'ai aussi regroupé toutes les circonscriptions parisiennes en une seule, les résultats étant spectaculairement homogènes.
     
  • Le choix des couleurs des symboles de la carte est le fruit du daltonisme de votre serviteur et n'a aucune signification politique ou syndicale. 

Les statistiques électorales proviennent de data.gouv.fr.

mardi 29 octobre 2013

L'impopularité de François Hollande n'est pas arithmétiquement aussi forte qu'on veut bien le dire

Le 6 mai 2012, 18 000 668 électeurs, pas un de plus, pas un de moins, donnaient leur vote à François Hollande qui devenait par la même occasion le 24ème président de la république française.

Près de 18 mois plus tard, rien ne semble plus aller pour notre magistrat suprême.
À en croire gazettes et politologues, l'impopularité de l'ancien maire de Tulle crèverait tous les plafonds. Mister Flamby aurait même dépassé dans le rejet ses prédécesseurs Mitterrand, Chirac et Sarkozy qui, pourtant, avaient su placer la barre à très haut niveau.

Pourtant les chiffres, comme souvent, méritent d'être examinés avec attention.

Si François Hollande a remporté la dernière élection présidentielle avec 51% des suffrages, il convient de noter que seuls 75% des électeurs inscrits ont alors jugé utile de se déplacer et de déposer un bulletin valide dans l'urne.
Ainsi en mai 2012, seulement 39 français sur 100, et non pas la moitié plus epsilon, avaient une bonne opinion du leader socialiste.
Les 61 restants soit préféraient le challenger, soit n'avaient guère de point de vue.

Cette semaine, l'institut de sondages BVA annonce que 26 français sur 100 ont une "bonne ou très bonne opinion" de l'actuel locataire de l'Élysée.
En supposant que cette valeur soit fiable - ce qui reste à démontrer - la chute est spectaculaire mais pas catastrophique.
Passer de 39 à 26 personnes sur 100 qui vous soutiennent signifie qu'une sur trois a changé défavorablement d'avis en un an et demi. Les deux tiers des soutiens présidentiels restent, pour le moment, fidèles au poste contre vents et marées.

Ce mauvais score est certes très ennuyeux pour remporter des élections, notamment les prochaines municipales du printemps.
Toutefois, il n'a pas pour conséquence que le pouvoir en place soit subitement devenu illégitime ou que sa politique doive être en bloc et sine die mise au rencart.

La démocratie a ses délais que des sondages et, surtout, leur interprétation hâtive ne sauraient bousculer sans prendre le risque d'une dérive populiste voire autoritaire.

Arithmético-républicainement votre.

Références et compléments
- Sur la validité des enquêtes d'opinion, voir la chronique "quand sondage rime avec bidonnage"
- Sondage BVA "Observatoire de la politique nationale" publié le 28 octobre 2013
  

lundi 23 avril 2012

Mais où sont les neiges d'antan ?

Prince, n’enquerrez de sepmaine
Où elles sont, ne de cest an,
Qu’à ce refrain ne vous remaine :
Mais où sont les neiges d’antan ?
François Villon - La Ballade des Dames du Temps Jadis


Autant le dire nettement, les résultats du premier tour de l'élection présidentielle française m'ont déçu.
Ce vote a vu le parti de l'ordre et l'esprit de géométrie triompher sur le parti du mouvement et l'esprit de finesse.
Un raz de marée conservateur - François Hollande, Nicolas Sarkozy et M. L. P. réunis - a emporté près de trois quarts des suffrages, 73.71% pour être précis.

Je vous surprend peut être, mais Fanfan, Nico et Marine sont plus proches qu'il n'y parait. Ils symbolisent tous les trois une profonde aversion au changement.
Le conservatisme du premier, rose et compassé, évoque la nostalgie de Mitterrand. Celui du second, bleu et agité, celle de Pompidou.
Quant à la sinistre troisième, brune et xénophobe, elle se réfère à un passé mythique, comme autrefois le bon Maréchal Pétain.

Nicolas Sarkozy, en 2007, incarnait le mouvement. Après Giscard et Chirac, il décapait (karcherisait ?) la droite et bousculait les énarques. Hélas, en cinq ans, fautes de comportement, crispations politiques, erreurs de casting, usure du pouvoir et effets des crises l'ont fait basculer du coté statique de la force.
De même, Ségolène Royal, avec ses tentatives de démocratie participative, esquissait un renouvellement de la gauche. Son ex est revenu aux bonnes vieilles méthodes d'appareil, hurle dans les meetings et ne veut surtout déplaire à personne.

Deux symptômes microscopiques, parmi une myriade d'autres, illustrent le conservatisme de deux finalistes :
- Plusieurs millions d'internautes ont pris hier connaissance sur un mode "Radio Londres" des résultats dès 17 heures. Néanmoins, le gouvernement sarkoziste a refusé aujourd'hui d'harmoniser l'heure de fermeture des bureaux de vote au prétexte "qu'on ne change pas les règles du jeu entre deux tours d'une même élection". Exactement comme en football, où l'on ne change jamais une équipe qui perd.
- François Hollande s'oppose aux trois débats demandés par son adversaire, au nom d'une "tradition républicaine" qui ne compte pourtant que cinq joutes oratoires.

Les sept autres candidats - le camp du changement - qui ne rassemblent tous ensemble qu'un gros quart des voix, avaient le mérite de se placer dans une perspective de moyen ou de long terme.
Ils ont, chacun avec des options très différentes, proposé des évolutions, voire des révolutions, significatives.
Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou et Eva Joly ont abordé des thèmes autrement plus alléchants que la viande halal, le permis de conduire, le jour de paiement des retraites et le nombre de postes d'enseignants. Cela n'a malheureusement séduit qu'une minorité d'électeurs.

Un pays, pour avancer, a besoin de ses deux jambes. Si l'excès de novation peut conduire à la pagaille, immobilisme et souhaits de retour en arrière mènent immanquablement au déclin.
Dans un monde devenu "mondial" et en perpétuel changement, nous n'avons plus le luxe du repli et de l'attente. Il y a de nombreuses façons d'affronter cette réalité dérangeante. Les sept battus en soumettaient plusieurs à nos suffrages, aucune n'a réussi à rejoindre le podium.

Toute crise peut être appréhendée suivant deux angles : une maladie grave dont il faut se re-mettre le plus vite possible, ou bien, une transition pénible vers une situation nouvelle. Seul le second point de vue est porteur d'avenir.
Espérons que le fond d'optimisme de la France, démontré par notre forte natalité, reprenne rapidement vigueur, nous fasse oublier cette lamentable élection et mette François-Nicolas Sarkollande sous pression.
Du passé faisons table rase !

Electoralement votre

Compléments et références
- Sur un thème connexe, voir aussi ma récente chronique "Recréons Radio Londres"
- L'extrait de la Ballade des Dames du Temps Jadis de François Villon (qui je rappelle a été mis en musique par Georges Brassens) provient de Wikipedia. J'ai respecté soigneusement la graphie issue d'une édition de 1873.
- La citation concernant les heures de fermeture des bureaux de vote maintenues provient du Figaro. Pour faire bonne mesure, celle à propos des débat d'entre deux tours est issue de Libération.
- D'après le directeur des rédactions de la RTBF, interviewé sur France Info, son site a reçu hier après midi environ un million de visites depuis la France. En ajoutant l'audience d'autres médias belges ainsi que Twitter et Facebook, on peut, sans risque, avancer le chiffre de plusieurs millions de français informés du sort des urnes avant la fin du scrutin.
- "Du passé faisons table rase" est un extrait de l'Internationale, chant révolutionnaire composé entre 1871 et 1888 par les français Eugène Potier et Pierre Degeyter. Pierre Degeyter a pompé les célèbres quatre premières mesures "Debout ! les damnés de la terre !" dans un opéra d'Offenbach.
 

jeudi 19 avril 2012

Recréons Radio Londres : 10 tweets pour braver la loi

Dimanche soir prochain, vers 18H30, les premières estimations issues des urnes du scrutin présidentiel français seront disponibles. Les médias étrangers, notamment belges et suisses, ont promis de les relayer. Ces informations, à coup sur, seront démultipliées par les différents réseaux : téléphone, SMS, mail, Facebook, Twitter, etc.
Cette prise en main de la politique par tout un chacun déplait fortement aux élites politiques et judiciaires spoliées de leur monopole. Ainsi, le procureur de la République de Paris a fait par avance les gros yeux et menacé de foudres pénales les diffuseurs de résultats  anticipés.

Fort heureusement, les bonnes vieilles méthodes de Radio Londres durant la seconde guerre mondiale sont tout à fait compatibles avec Internet. Les "posts" en 140 signes sur Twitter ressemblent furieusement aux célèbres messages personnels.
Aussi je vous propose dix annonces, prononçables avec une voix nasillarde et facile à insérer dans des message électroniques, vous permettant dimanche soir d'annoncer les deux qualifiés pour le second tour tout en contournant l'interdiction émise par nos législateurs numériquodéficients.

- François Hollande : il y aura du Flamby au dessert, je répète, il y aura du Flamby au dessert.

- Nicolas Sarkozy : l'agité est dans son bocal, je répète, l'agité est dans son bocal.

- M. L. P. (je ne réussis toujours pas à écrire son nom) : Sieg Heil, je répète, Sieg Heil.

- Jean-Luc Mélenchon : laissez la peur du rouge aux bêtes à cornes, je répète, laissez la peur du rouge aux bêtes à cornes.

- François Bayrou : le steak est accompagné de sauce béarnaise, je répète, le steak est accompagné de sauce béarnaise.

- Eva Joly : les myopes ont un charme flou, je répète, les myopes ont un charme flou.

- Nicolas Dupont-Aignan : demain, j'irai voir le maire d'Yerres, je répète, demain j'irai voir le maire d'Yerres.

- Philippe Poutou : le facteur vous fait des gros bisous, je répète, le facteur vous fait des gros bisous.

- Nathalie Artaud : nous avons reçu des nouvelles de tante Arlette,  je répète, nous avons reçu des nouvelles de tante Arlette.

- Jacques Cheminade : Mars attaque, je répète, Mars attaque.

Résistiquement votre

Références et compléments
- A en croire les gazettes, Flamby serait le surnom donné par Martine Aubry, possible future premier ministre, à François Hollande.
- Le cri Sieg Heil ("Salut à la victoire", sieg signifie victoire en allemand) accompagnait souvent le salut hitlérien dans l'Allemagne nazie (voir l'article Wikipedia sur le salut fasciste).
- François Bayrou est originaire du Béarn, province plus connue pour sa sauce.
- Sur la myopie d'Eva Joly mais aussi de Moncef Marzouki, le président tunisien, voir ma chronique de novembre 2011 "Visions politiques".
- Nicolas Dupont-Aignan est le maire de la charmante commune d'Yerres dans l'Essonne.
- Philippe Poutou, qui travaille chez Ford et non pas chez Béko, appartient au Nouveau Parti Anticapitaliste, dont le facteur de Neuilly, Olivier Besancenot, était le porte-drapeau.
- Natalie Artaud est la candidate de Lutte Ouvrière dont la représentante emblématique durant trois décennies a été Arlette Laguiller.
- Jacques Cheminade avance beaucoup de propositions dans le domaine spatial, notamment l'industrialisation de la Lune (voir l'article Wikipedia sur ce politicien hétérodoxe).
- Je recommande un article juridique très fouillé du Cercle des Echos sur ce thème "Estimations diffusées avant 20h : et s'il était interdit d'interdire ?"
  

mardi 17 avril 2012

Cyclisme politique

Les analyses de la dernière vague de sondages à propos de l'élection présidentielle française mettent en avant la grande proportion d'indécis qui pourrait bien changer les qualifiés pour le second tour.

En réalité, les commentateurs politiques ont une tâche aussi ardue que leurs confrères sportifs.
Lorsqu'un match est plié, il faut à tout prix conserver les téléspectateurs jusqu'à la fin pour éviter de doper les audiences de la concurrence. Si le suspens disparait, il faut le récréer à tout prix.
Ainsi lors du dernier Paris - Roubaix, pendant une heure, France 2 a expliqué que Tom Boonen, pourtant seul en tête avec une belle avance, pouvait fort bien perdre la course voire, sait-on jamais, renoncer au cyclisme.

Et bien, cette année, le premier tour de la présidentielle ressemble à l'Enfer du Nord : les jeux sont faits ! Nicolas Sarkozy et François Hollande iront en finale.

Actuellement les sondages indiquent :
- Sarkozy et Hollande largement échappés avec environ 25%,
- Mélenchon et M. L. P. (je n'arrive pas à écrire son nom) en "chasse patate" vers 15%,
- Bayrou décroché à 10%,
- un peloton de cinq lâchés juste devant la voiture balai,
- un tiers des électeurs toujours non décidés.

Les ondoyants et les versatiles ne peuvent modifier l'issue du scrutin que si leur comportement est radicalement différent de celui des français déjà fixés sur leur choix.
Pour qu'un des deux candidats leader finisse, dimanche prochain, à 20%, il faudrait qu'il n'obtienne que 10% - deux fois et demi moins - chez les indécis.
De même, un des deux challengers à 15% n'atteindrait les mêmes 20% qu'en bondissant à 30% chez les indéterminés, deux fois leur performance actuelle.

Alors, certes, nous ne savons pas encore si l'étape du 22 avril sera gagnée au sprint par Nico ou Fanfan, ni qui de Jean-Luc ou de M. recevra le maillot à pois comme lot de consolation, mais nous devons nous faire une raison : le prochain président sera une fois de plus un mâle issu des rangs du PS ou de l'UMP.

Cycliquement votre

Références et compléments
- Merci à Laurent qui m'a donné l'idée de disserter sur les pronostics politiques