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mercredi 10 mai 2017

Comment la calculatrice a pulvérisé la règle à calcul : histoire d'une innovation de rupture

Entre 1975 et 1980, alors que naissait Emmanuel Macron le nouveau président français, les règles à calcul ont été rayées de la carte par l'émergence des calculatrices électroniques.

L’histoire de cette rupture révèle 3 aspects essentiels de l’innovation, singulièrement qu’un développement réussi ne cible jamais les clients du produit qu’il veut mettre à mal.

Cette vidéo de la série "Le Projet Fait Rage" détaille cette révolution dans les méthodes de calcul.


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Compléments
Voir aussi l'épisode n°10 qui relate les façons d'appréhender les besoins des clients


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LPFR Le Projet Fait Rage

lundi 30 janvier 2017

mercredi 18 janvier 2017

L'achat de pneus un art délicat

De quelle manière prenons-nous nos décisions d’achat ?
Avec quels éléments implicites ou explicites ?
Sommes-nous toujours rationnels dans nos décisions ?
Le prix a-t-il de l’importance ?
A qui et à quoi accordons-nous confiance ?
Est-il possible tout savoir d’un produit ?
Quelles répercussions pour le client ? pour les entreprises ?
Cette vidéo de la série "Le Projet Fait Rage" décortique ces fondamentaux marketing depuis un exemple peu glamour.


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Compléments

Sur un sujet très proche, voir aussi l'épisode n°10 "Quelles questions poser pour définir un besoin client ?"

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LPFR Le Projet Fait Rage

dimanche 13 novembre 2016

Vidéos Le Projet Fait Rage

Je débute aujourd'hui de nouvelles chroniques - cette fois en vidéo - intitulées "Le Projet Fait Rage".

Ces petits films, publiés sur YouTube, traiteront d'innovation, de marketing et de développement de produits ou services.
Avec un parti-pris résolu : l'agilité, c'est à dire l'humain et l'imagination plutôt que les procédures préétablies !

Pour cette première livraison, un avant-goût du programme.



Références et compléments
LPFR Le Projet Fait Rage

samedi 3 septembre 2016

Peut-on faire son beurre dans le lait ?

La couverture médiatique du récent conflit entre les agriculteurs français et la multinationale Lactalis sur le prix du lait n'a guère permis de se forger une opinion éclairée.

Nos gazettes utilisaient les centimes par litre pour évoquer les éleveurs.
Le chiffre d'affaire ou bien les marges ou encore les bénéfices de l'industrie laitière étaient présentés, sans distinguo, en milliards ou millions, suivant l'humeur du journaliste.
Quand à la distribution, pour une fois, personne ou presque ne l'a évoqué.


Je vous propose d'examiner de près le contenu d'une bouteille de lait.

Des consommateurs qui consomment tout et n'importe quoi

Ne buvant que très peu de lait, j'ai, pour complaire aux fidèles lecteurs de ce blog, payé de ma personne en passant un long moment à détailler le rayon ad hoc de mon hypermarché favori au doux nom d'intersection routière.

Le nombre de modèles différents de briques et de bouteilles de lait est exorbitant.
Il semble y avoir un lait pour chaque sensibilité : "entier", "bio", "demi-écrémé", "de ferme", "vitaminé", "de montagne", "grand"...
Je regrette toutefois l'absence de lait pour gauchers ainsi qu'une version pour daltoniens.

Les prix reflètent ce festival de diversité. Ils s'échelonnent de 67 centimes à 2.12 € par litre, un ratio de valeur supérieur à 3 pour un aliment réputé basique !
La moyenne se situe grosso modo à 80 centimes le litre.

Les petits contenants méritent une mention spéciale.
Le demi-litre est vendu sensiblement 70 centimes, presque autant que le litre !

Des éleveurs qui s'enfoncent

Depuis une très grande lurette, nous n'achetons plus notre lait au jour le jour chez un voisin paysan.
En France, les éleveurs vendent en vrac l'essentiel du produit de leurs vaches à des industriels - Lactalis et Danone, mais aussi Sodiaal, sont les plus connus - qui le collectent dans les fermes.

La forte production mondiale - beaucoup de pays, à l'instar de la Tunisie, ont augmenté leurs capacités laitières ces deux dernières décennies - et l'atomisation des agriculteurs poussent les prix à la baisse.
Le lait standard est devenu une "commodité", c'est à dire une matière première à faible valeur ajoutée dont le cours fluctue avec l'offre et la demande.

En France, le lait est payé aux éleveurs entre 25 et 30 centimes le litre, un gros tiers de ce que nous déboursons.
Les organisations syndicales agricoles estiment que, pour couvrir les coûts de production, 33 centimes - 10% à 30% de plus qu'aujourd'hui - seraient nécessaires.

Peu d'entreprises peuvent supporter durablement des déficits aussi profonds.
Sauf improbable retournement de tendance, le nombre d'élevages - et pas obligatoirement le nombre de vaches - va continuer sa chute libre, une division par 6 en 30 ans.

Répartition du prix de vente d'un litre de lait en France à la rentrée 2016

Des industriels qui industrialisent

Lactalis, Danone et consorts ne se contentent pas de ramasser le lait.
Celui-ci subit une ribambelle de transformations pour en faire une boisson de longue conservation ou bien des fromages et des yaourts.

Les entreprises agro-alimentaires ajoutent aussi une composante marketing.
Collectivement, nous apprécions et sommes prêts à payer afin de nous lever pour un dessert lacté, d'avaler un fromage présidentiel ou d'ingurgiter un breuvage blanc et vivant.
La production de ces images est aussi l'oeuvre du transformateur.

Comme dans toute industrie, ces opérations sur le produit, son apparence et sa perception sont réalisées avec une grande productivité qui compresse les coûts.
La valeur ajoutée par les transformateurs dans un litre de lait est un peu inférieure au prix payé à l'éleveur, de l'ordre de 24 centimes pour un litre.

Des distributeurs qui distribuent

Depuis les usines, le lait est pris en charge par une chaîne logistique complexe qui approvisionne en continu hypermarchés et épiceries de quartier.

Une fois arrivé en magasin, les produits laitiers sont soumis à notre bon vouloir.
En fonction de nos envies, des propositions commerciales et de l'argent disponible dans notre portefeuille, nous choisissons d'acheter ou de ne plus acheter tel ou tel produit, dans ou tel point de vente.

Notre consommation directe de lait à beaucoup diminué. Désormais, packs et bouteilles n'occupent plus qu'un demi-rayon dans mon hypermarché de prédilection alors que fromages et yaourts en colonisent six.

Ce travail de distribution requiert un coût non négligeable, grosso modo deux tiers de la rémunération de l'éleveur, environ 19 centimes par litre.

Des marges à la marge

Les actionnaires des transformateurs et distributeurs - qui financent usines et stocks - souhaitent être payés en échange de cette prestation capitalistique.
Ils reçoivent sensiblement 3 centimes par litre, un dixième de ce que touchent les éleveurs, à peine 4% du prix de vente final.
Deux tiers vont aux Carrefour, Leclerc et autres distributeurs alors que seulement un tiers rétribue les industriels de l'alimentation.

Tout le long du parcours du lait, du pis de la vache à notre gosier, le fisc guette.
TVA et impôts sur les entreprises représentent un septième du prix versé au fermier, 5 centimes par litre.
L’état reçoit beaucoup plus que les actionnaires d'Auchan et Lactalis réunis.

Au total, les marges privées et surtout publiques représentent un quart du prix versé à l'agriculteur, mais seulement 10% de ce que nous déboursons.

Répartition du prix de vente d'un litre lait en France en fonction de la rémunération de l'éleveur

Éco-lactiquement votre

Références et compléments
Voir aussi sur le thème de l'économie, de l’agriculture et de l’alimentation les chroniques

Précisions méthodologiques
  • Les prix de vente du lait ont été relevés par l’auteur les 29 et 30 août 2016 à Carrefour et Carrefour Drive à Meylan (Isère).
  • Les sommes payées aux éleveurs laitiers sont celles relayées par les médias en août 2016.
  • Pour estimer les valeurs ajoutées et marges des transformateurs et distributeurs, je me suis appuyé sur les rapports annuels récents de Danone et Carrefour ainsi que sur les comptes de Lactalis de 2010, seule année où ils ont été publiés.
    Les chiffres indiqués dans cette chronique sont par nature globaux et approximatifs tout en restant dans des ordres corrects de grandeur.
    Il est d’ailleurs intéressant de relever que Danone et Lactalis - bien que le premier soit absent du lait et focalisé sur les produits frais et que le second soit d'abord un leader des fromages - dégagent, tous deux,  une marge opérationnelle et un résultat net du même ordre de grandeur en pourcentage.
  • Les "prélèvements obligatoires" sont plus importants que les seuls impôts reportés ici.
    De l'éleveur au distributeur, de nombreuses cotisations sociales, assises sur les salaires, sont versées.
    Elles sont difficiles à déterminer avec le peu de données publiques à disposition. Un bon ordre de grandeur des cotisations sociales se situe entre 3 et 9 centimes par litre, à soustraire essentiellement des valeurs ajoutées de transformation et distribution.

Je remercie les participants, qui se reconnaitront, à la récente discussion enflammée sur la crise du lait qui a servi de déclencheur à ce billet ainsi qu'au précédent sur le prix des terres agricoles.

Je m'excuse auprès des lecteurs ne résidant pas en France pour mes allusions à peu près incompréhensibles hors de l'Hexagone à des marques et publicités : "on se lève pour Danette" (Danone), camembert Président (groupe Lactalis) et lait Viva de Candia (groupe Sodiaal).
Outre Candia, qui signifie blancheur en latin, le groupe laitier coopératif Sodiaal est aussi connu par ses marques Yoplait et Entremont.

samedi 26 mars 2016

Easyjet sévissait déjà sous Napoléon III

Le journal « Le Dauphiné - revue littéraire et artistique - courrier des eaux thermales de la région » est une mine d’information sur le quotidien du second empire, alors que la première révolution industrielle battait son plein.


Ainsi le numéro du jeudi 25 juillet 1867, nous annonce que l’établissement thermal d’Uriage à une douzaine de kilomètres de Grenoble pratique désormais, à l’instar de nos compagnies aériennes ou ferroviaires modernes, une tarification flexible des bains.
« Sous le régime de l’ancien tarif, le prix du bain était invariable.
Il en résultait un encombrement inévitable aux heures préférées du public. de là des plaintes et des récriminations.
[…]
Avec le nouveau tarif, cet inconvénient doit disparaitre.
Et nous nous hâtons de dire que l’expérience de ces vingt jours a déjà suffi pour confirmer la justesse de la prévision.
La légère augmentation de prix aux heures plus commodes a suffi pour en écarter un certain nombre de baigneurs plus soucieux de l’équilibre de leur budget que de leur commodité.
Le service moins encombré se fait mieux et en définitive tout le monde y gagne. »


Bien entendu, cette introduction du yield management est encore timide.
Loin des excès de Ryanair et Easyjet, la différence de prix entre heures creuses et heures de pointe n’est que de 17%.

Cette innovation marketing s’accompagne d’un petit cadeau destiné à faire passer la pilule auprès d’une clientèle rétive au changement : une serviette gratuite est incluse dans la prestation.

Le prix du bain - 1.5 francs - équivalait en 1867 à 8 heures de salaire ouvrier.
Autant dire que seuls quelques privilégiés pouvaient se permettre de barboter dans les eaux revigorantes d’Uriage .
D’ailleurs, chaque exemplaire du Dauphiné publie la listes des « étrangers », presque tous français, en villégiature. En pleine saison, leur effectif oscillait entre 150 et 200.

Désormais, les spas sont nettement plus abordables.
Une séance de piscine « thermo-forme » à Uriage coûte aux alentours de 7 €, trois quart d’heures de SMIC, 10 fois moins que sous le règne du regretté Napoléon III.

Il faut recourir aux soins du corps et massages qui se sont beaucoup développés pour atteindre les prix acquittés par les « baigneurs » du second empire.
Débourser 8 heures de SMIC permet de s’offrir en 2016 une heure de massage « modelage aux pierres chaudes vocaniques » ou bien une épilation poussée « sourcils + aisselles + maillot intégral + jambes complètes ».

Jacuzziquement votre

Références et compléments
Voir aussi d'autres billets sur l'évolution des prix au fil du temps :

Merci à Roland qui a dégotté la collection complète du journal Le Dauphiné de 1867.

Les tarifs de 2016 de l'Établissement Thermal d'Uriage proviennent de sa brochure en ligne intitulée "Centre d'Hydrothérapie".

L'idée d'étalonner les prix dans la longue durée avec les temps salariaux provient du livre de Jean Fourastié et Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).

mardi 15 mars 2016

Le livre va-t-il connaître le sort enviable du balai ?

Un dessin circulant sur le web a retenu mon attention.

Un balai et un livre légèrement éméchés sont accoudés à un bar devant des bières.
À l’arrière plan, des passants dans la rue ont le regard vissé sur leur smartphone.
Le balai dit à son camarade manifestement dubitatif « relax mon ami, ils ont inventé l’aspirateur et pourtant je suis encore là … ».

Ce croquis illustre la difficulté de transformer une nouvelle technologie en succès commercial.



L’aspirateur n’a pas su balayer le balai

Jusqu’au début du XXème siècle, le balai jouissait depuis des lustres immémoriaux d’une exclusivité sur le marché de la lutte contre la poussière.

L’aspirateur électrique, invention des ingénieurs britanniques Booth et Griffiths, a changé la donne. Plumeaux et autres brosses ont du céder du terrain.
Toutefois, un bon siècle plus tard, force est de constater qu’il n’y a toujours pas un aspirateur par logement, à l’inverse des balais.

La résistance des écouvillons s’explique aisément.
Pour être acheté, un produit doit persuader ses futurs clients que les avantages d’usage, d’image ou d’estime qu’il va leur procurer dépasseront les inévitables inconvénients, au premier rang d’entre eux le prix.

À cette aune, le balai excelle.
Il rend un service basique avec une mise en route instantanée et un espace de stockage réduit pour un coût modique.
En quelque sorte, du nettoyage low cost, l’EasyJet de la chasse aux moutons !

Son concurrent électrique est plus extrémiste.
Bien qu’étant un véritable aimant à poussière, il vaut toutefois 10 à 100 fois plus cher que son compétiteur ancestral.
Plus lourd à manier, il doit être branché ou rechargé mais aussi vidé régulièrement. De surcroît, il requiert un rangement.
Le bilan avantages - inconvénients n’est pas aisé à établir. L’efficacité de nettoyage est contrebalancée par un usage moins aisé et un prix plus élevé.
Tous comptes faits, Dyson ressemble plus à Audi qu’à Google.

L’automobile a aspiré les fiacres

Nombreux sont les produits ou services ancestraux que les révolutions industrielles successives ont expédié aux oubliettes.

Lorsque l’automobile sort des limbes à la fin du XIXème siècle, les véhicules hippomobiles ont à leur actif sensiblement 3 000 ans de bons et loyaux services dans le transport.
Dans les grandes villes, les fiacres, particulièrement bien adaptés aux boulevards nouvellement tracés connaissent le succès d’Uber aujourd’hui.
Et pourtant, en peu de temps, les taxis les balaient. En 1914, ils jouent même un rôle décisif à la bataille de la Marne, acheminant en un temps record des troupes au plus près de la ligne de feu.

La raison de cette victoire par KO est là encore à rechercher dans le bilan avantages - inconvénients.

La voiture a provoqué une rupture en termes de vitesse et de rayon d’action.
Si la bagnole est plus chère à l’achat qu’un bourrin et une carriole, son entretien est beaucoup plus frugal que celui d’un canasson. Pour le dire avec les anglicismes actuels, le total cost of ownership a été très rapidement en faveur de l’automobile.
De plus, l’auto a contribué à rehausser le statut de son conducteur.
Ajoutons aussi au rayon des avantages le ramassage du crottin dans les rue devenu inutile.
Excepté les émissions de CO2 qui ne nous intéressent que depuis peu, le cheval n’a rien eu à opposer à la voiture, d’où sa relégation.

Le livre papier, future lampe à pétrole ou futur balai ?

Les becs de gaz, le papier carbone, les porteurs d’eau ainsi que bien d’autres produits et professions ont connu des coups de balai tragiquement analogues.

Quel sera le sort du livre face aux alternatives digitales ?
Difficile à dire mais il est probable que si les prix des e-books ne baisse pas plus et que les verrous numériques qui plombent la facilité d’usage subsistent, la bibliothèque rejoindra le placard à balai.

Balayagiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique « l'irrésistible attrait du livre électronique » qui propose un éclairage très différent voire contradictoire.

- Je n’ai pas réussi à déterminer avec certitude l’origine du dessin. Il semblerait qu’il s’agisse du site espagnol chistes21.com.

- Article Wikipedia en anglais sur l’histoire de l’aspirateur.

- Les premières traces archéologiques de voitures à cheval sont celtiques. Elles datent du premier âge du fer, un sympathique millier d'années avant notre ère.

lundi 10 août 2015

L'Amazon des médocs ou comment uberiser les pharmacies

Comme le montre l'exemple caricatural des taxis, aucune activité économique n'est à l'abri d'une attaque de la "nouvelle économie".

Les clients sont des êtres versatiles capables, du jour au lendemain, d'un simple clic, de changer des habitudes d'achat établies depuis des lustres.
Les règlements protégeant certaines professions ne sont pas plus fiables car ils dépendent du politique soumis à la triple pression des électeurs, des contraintes budgétaires et des lobbys.

Face à ces menaces, plutôt que, résigné, attendre Uber en espérant que ce soit le plus tard possible, chaque business serait bien inspiré de se transformer de et par lui-même.

Pour ce faire, deux familles d'interrogations sont indispensables :
  • Qu'est-ce qui ne satisfait pas, énerve, exaspère les clients actuels ? Si on leur confiait une baguette magique, que choisiraient-ils de changer ?
    Spécialement les clients les plus jeunes encore plus fantasques que leurs anciens.
  • Comment un parfait inconnu, ne connaissant rien à notre activité mais féru de nouvelles technologies, résidant à Saint Chély d'Apcher, La Houaria ou Kuala Lumpur et décidé à expédier notre business aux oubliettes s'y prendrait-il ?
Des scénarios peuvent être construits à partir de ce questionnement qui, ensuite, aident à définir les transformations à enclencher.

Je vous propose que nous faisions ensemble l'exercice pour les pharmacies françaises.

Des commerces devenus inefficaces

Les pharmacies ne sont pas un modèle d'horaires flexibles.
Ces boutiques sont rarement ouvertes tôt le matin, souvent fermées pendant midi, pratiquent peu les nocturnes et respectent scrupuleusement le jour du Seigneur.
Certes, en dehors des heures de bureau, des tours de garde sont assurés. Mais l'officine de permanence est, comme par hasard au moment où vous en avez besoin, à l'autre extrémité de l'agglomération ou du canton.
Bref, le strict contraire des drugstores américains ou brésiliens.

Bien que ces magasins soient généralement peu bondés, obtenir des antibiotiques ou un collyre requiert a minima 10 à 15 minutes.
L'essentiel de ce temps est consacré à regarder passivement le vendeur exécuter des actions administratives sans rapport direct avec la vente. À croire que l'apothicaire se plait à faire ses comptes en public.
Bref, le strict contraire des hypermarchés où le traitement des bons d'achat est très automatisé et surtout masqué au client.

Le fameux conseil qui, paraît-il, serait la véritable valeur ajoutée du pharmacien et qui sert à justifier son monopole, se limite - quand il survient - à réciter votre ordonnance.
Lorsque les médecins étaient d'abord des producteurs de hiéroglyphes manuscrits, cela était d'un grand secours.
Maintenant que logiciels et imprimantes ont vaincu les gribouillis, cette tirade soporifique ralentit un peu plus la transaction.
Bref, le strict contraire des épiceries où le caissier, plutôt que de vous débiter le ticket de caisse, s'acharne à débiter votre carte bancaire.

Fréquemment, la totalité de votre besoin en médicaments n'est pas disponible, rendant indispensable une seconde visite.
Un vrai plaisir ! Beaucoup des clients des pharmacies étant, par essence, malades.
Bref, le strict contraire d'un magasin "drive" avec commande en ligne et information réactualisée sur d'éventuelles indisponibilités.

Amazonifier les médocs

Une entreprise qui souhaiterait remédier à ces insatisfactions pourrait utiliser le business model d'Amazon : commander ses médicaments en ligne depuis tout type de terminal et se les faire livrer à l'adresse ou au relais de son choix.
En zone urbaine, les remèdes urgents seraient fournis sous quelques heures, les autres en environ une journée.

Outre le classique suivi de commande, des services additionnels spécifiques seraient offerts gratuitement pour satisfaire et fidéliser les clients :
  • Scan et lecture automatisée de l'ordonnance.
  • Traitement simplifié au maximum du remboursement et du tiers payant.
  • Insertion automatique de rappels dans votre agenda électronique des heures de prise de médicaments.
  • Vérification automatique des posologies et des incompatibilités entre molécules.
    Le client qui aurait accepté de renseigner sur le site ses principaux paramètres médicaux (âge, poids, allergies, maladies chroniques ...) bénéficierait d'un surcroît de contrôles et de conseils réellement personnalisés, y compris en dehors du strict champ médical, par exemple sur la diététique.
    Les conseils concernant les médicament en vente libre pour l'automédication seraient particulièrement soignés.
  • En fonction des affections et traitements, un message quelques heures ou jours après le début du traitement permettrait de s'assurer de l'absence d'effets indésirables.
  • Possibilité de dialoguer par chat ou par téléphone avec de véritables pharmaciens, voire des médecins, dûment diplômés pour aplanir toute interrogation supplémentaire.
Bien entendu, histoire de dorer un peu plus la pilule, à l'instar de ses concurrents en officine, "l'Amazon des médocs" proposerait aussi de la parapharmacie et de la parfumerie avec toutes les techniques promotionnelles de l'e-commerce et des prix attractifs.

Se mettre dans la poche les acteurs de la santé

Les pharmaciens, profession séculaire, constituent un groupe de pression retranché sur ses positions monopolistiques.
La meilleure manière de s'affranchir de cet obstacle serait de le contourner en transformant la plupart des parties prenantes de la santé en alliés objectifs de "l'Amazon des médocs".

Afin de ne pas attendre un hypothétique changement de réglementation mais plutôt de le provoquer, le moyen le plus aisé de démarrer "l'Amazon des médocs" serait de s'associer avec quelques pharmaciens volontaires, déjà propriétaires d'une boutique physique et ayant donc légalement le droit de vendre des remèdes.
En quelque sorte, trouver une petite minorité prête à donner le baiser de la mort au reste de ses confrères.

Pour vendre des prescriptions, rien de tel que de se faire aider par le prescripteur, c'est à dire le médecin.
Dans un pays où les garagistes facturent plus cher que les toubibs, proposer aux thérapeutes un surcroît de rémunération fonction du chiffre d'affaire qu'ils généreraient chez "l'Amazon des médocs" peut en convaincre plus d'un.
Afin de respecter les convenances, la réglementation, voire la déontologie, la manière indirecte est recommandée.
Par exemple, en payant des frais de facilitation de saisie à tout docteur qui imprimerait sur ses ordonnances des QR codes aidant le scan.
Le format de ces QR codes pourrait même être libre et ouvert afin de ne pas prêter le flan aux accusations de pratiques déloyales et pour faciliter leur intégration dans les logiciels médicaux. Les éditeurs complaisants de logiciels devraient, bien entendu, recevoir aussi leur petite obole.
En quelque sorte, transformer les médecins en commerciaux.

Les systèmes de livraison rapide "à la Amazon" - même si cela peut paraître contre-intuitif - sont moins chers à opérer qu'un réseau de magasins. Les coûts fonciers sont minimaux, les différentes tâches y sont très industrialisées et la somme des stocks est réduite.
Désormais, plusieurs sociétés proposent des services logistiques clefs en main aux e-commerçants dont l'augmentation des volumes livrés abaisse continûment tarifs et délais.
Aussi, il serait parfaitement possible d'être rentable en vendant sur internet de la pharmacie tout en diminuant d'au moins 10% à 20% le prix des médicaments, c'est à dire en rétrocédant aux clients une sérieuse part de la marge brute de l'apothicaire.
En quelque sorte, du médicament discount.

Dans ces conditions, la sécurité sociale et les mutuelles - qui sont les véritables acheteurs de nos remèdes - seraient soumises à des sirènes dont le chant sonnant et trébuchant serait quasi irrésistible.
Une approche relationnelle et commerciale sur mesure pourrait transformer les "complémentaires santé" en excellents promoteurs de "l'Amazon des médocs".
A l'autre bout de la chaîne, nos politiques, coincés par les déficits, pourraient bien ne pas défendre très longtemps le monopole des officines face aux économies proposées.
En quelque sorte, provoquer ses adversaires sur leur terrain de prédilection : le lobbying.

Pour pousser la sphère publique à évoluer, rien de tel que de s'approprier l'opinion publique avec l'aide des médias et des réseaux sociaux.
Les méthodes de communication d'Apple, de Leclerc ou de Free, qui réussissent à passer pour des chevaliers blancs défenseurs de la veuve et de l'orphelin, sont des modèles à imiter.
De surcroît, vendre en ligne des médicaments génère naturellement des myriades de données d'une grande valeur pour la santé publique et la recherche. Le chevalier, pour renforcer sa blancheur éclatante, pourrait, grand seigneur, en faire cadeau aux épidémiologistes et économistes de la santé friands d'en disposer. Bien entendu, en le faisant délicatement savoir urbi et orbi.
En quelque sorte, se faire offrir sa publicité.

Une fois ses premiers volumes de vente établi, "l'Amazon des médocs" commencera à disposer d'une capacité de négociation forte auprès des laboratoires pharmaceutiques. Ses équipes d'achat pourront s'en donner à coeur joie et abaisser ses coûts.
A l'instar du véritable Amazon qui vend de la connectique et des liseuses sous sa propre marque, les médicaments génériques pourraient être proposés sous la marque du distributeur qui mettrait en concurrence plusieurs fabricants.
Pour ne pas casser la dynamique, une partie de ces gains seraient rétrocédés à la clientèle.
En quelque sorte, des médicaments toujours plus discount.

Si vous doutez encore ...

Je souligne pour les lecteurs qui estiment que l'analyse et le scénario développés ici sont une aimable fiction un brin cynique que je n'ai pas été inventif.
La santé n'étant pas mon domaine de prédilection, je me suis contenté de proposer un cocktail d'éléments tous existants actuellement.

Je leur propose aussi d'aller fureter sur le site web de l'entreprise Point Vision.
Cette startup française, bien réelle et aux investisseurs prestigieux, industrialise - au sens étymologique du mot - les ophtalmologistes afin de faire baisser les délais d'attente des clients et mieux rémunérer les professionnels de santé adhérant à son système, tout en restant strictement dans les tarifs conventionnés de la Sécurité Sociale ...

Mutationnellement votre

Références et compléments
Cette chronique a été reprise le 6 septembre 2015 par le magazine en ligne Contrepoints sous le titre "bientôt des « uber » pharmacies en ligne ?"

Je tiens à préciser que, pas plus qu'envers les pédicures ou les bouchers, je ne nourris d'inimitié ciblée ou de ressentiment personnel vis à vis des apothicaires.
Une telle chronique pourrait être répétée pour chaque profession traditionnelle ou réglementée.
Les colonnes de ce blog sont ouvertes aux pharmaciens, mais plus généralement à toute personne, qui souhaiteraient proposer un scénario alternatif.

mercredi 29 juillet 2015

Cochonou vs éleveurs : dans le cochon tout est bon mais tout n’a pas la même valeur

Ces dernières semaines, en France, les manifestations chroniques de colère des éleveurs de porc et de bœuf contre la précarisation de leur situation ont repris de l'ampleur.
Dans le même temps, les 2CV à damiers rouges et blancs de la marque de charcuterie Cochonou continuaient à connaître un vrai succès populaire au coeur de la caravane publicitaire du Tour de France.
Ces faits concomitants illustrent, à la limite de la caricature, les rouages de l’économie concurrentielle.
Voyons cela de plus près.

La viande c'est surtout du service

Qu'on le regrette ou non, le mode de vie rural a beaucoup perdu de son attrait et de sa démographie. Désormais, peu d'entre nous ont encore le temps et surtout l'envie de mettre à mort, découper et charcuter un cochon ou un bœuf.

Par voie de conséquence, la valeur de la préparation et de la distribution de la viande est beaucoup plus élevée que celle qui revient à l’éleveur.
Nos choix collectifs débouchent sur un rapport de 1 à 10 entre le cochon entier vendu en masse et aux enchères autour de 1.30 €/kg et le saucisson prêt à l’usage disponible au détail dans mon hypermarché préféré le mercredi 29 juillet à 18H47 tarifé autour de 12 à 16 €/kg.

En dépit de la vision romantico-écologique que nous pouvons avoir, 90% de la valeur d'un steak réside dans les services qu'il incorpore.
Cela signifie aussi que les entreprises situées en aval de l'élevage emploient nettement plus de personnes que l'agriculture.

La viande c'est aussi de l'image

Bien que piètre amateur de charcuterie, je suis prêt à parier le bob rouge et blanc glané sur le Tour de France que, lors d'un test en aveugle, rares sont les personnes qui préfèrent, sans hésitation, les charcuteries labellisées Cochonou à leurs concurrentes vendues dans les mêmes rayons de la grande distribution.

Pourtant, les sauciflards à damiers rouges et blancs sont, d'après mon dernier pointage, vendus sensiblement 10% au dessus de la moyenne des prix pratiqués.

Les actions promotionnelles de Cochonou atteignent apparemment leur cible et accroissent la valeur d'une charcuterie banale en lui ajoutant un supplément, si ce n'est d'âme, a minima d'image.
Des réminiscences d'années 1960 alliées à une vague aura d'authenticité et de convivialité valent autant pour les clients de Cochonou que le travail de l'éleveur.

Citroën 2CV de Cochonou lors de la caravane publicitaire du Tour de France 2013

La viande c'est avant tout du libre choix

Chaque année, mes étudiants à qui je présente ce type de faits me rétorquent que "le marketing nous force à acheter" et que personnellement ils ne cèdent jamais aux stupides sirènes des marques.

Le premier argument est proprement anti-démocratique.
Si nous ne possédons ni la volonté, ni le libre-arbitre pour résister à la séduction vendeuse d'une tranche de jambon, il faut d'urgence nous empêcher de succomber au racolage politique de Hollande, Sarkozy, Mélenchon et Le Pen réunis.
De la même manière, la pratique du mariage arrangé doit redevenir la norme.

La seconde objection ne survit généralement pas à une observation attentive de l'objecteur.
Il est rare qu'il n'ait pas sur ou avec lui plusieurs objets siglés d'un logo.
La justification fuse aussitôt. Ces chaussures particulières ou ces vêtements ou ces stylos ou ces téléphones ou ces lunettes ou que sais-je encore, c'est ... différent !
Quelques questions complémentaires permettent de vérifier que, sauf très rares exceptions, l'achat de ces objets de marque n'est pas le fruit de tests comparatifs détaillés ou d'études de marché approfondies.

La réalité est plus prosaïque. Nous achetons tout simplement ce qui nous plait et que nos moyens nous permettent d'acquérir.

Ce mécanisme - plaisamment baptisé libre choix - est simultanément conscient et inconscient et fait appel, en proportions très variables, à nos connaissances, valeurs et croyances, indépendamment de leur véracité factuelle.
Certes, le marketing cherche à nous influencer mais nous n'y cédons que lorsque cela nous chante, c'est à dire trop peu souvent au goût  des marques.
Le rêve de Cochonou, que nous mangions du cochon rouge et blanc matin, midi et soir, 7 jours sur 7, n'est guère exaucé.
Pire même, ces deux dernières décennies, en France, à l'instar du reste de l'Europe et même des USA, la consommation de viande par personne a diminué sensiblement d'un cinquième.
Collectivement, nous avons librement décidé de manger autrement.

La viande, pour en vivre, c'est d'abord de la stratégie

Face à ces réalités du comportement des clients, seuls les éleveurs capables de réviser de fond en comble leur stratégie se sortiront du mauvais pas actuel.
Les autres, irrémédiablement, continueront à souffrir, voire à disparaître.

Une stratégie gagnante doit d'abord être centrée sur les clients.
La question essentielle est comment différentier positivement la viande de la ferme X ou du groupe d'élevages Y à leurs yeux ? Comment les amener à acheter ce produit plutôt qu'un autre ? Comment les conduire à payer plus ?

Cela peut provenir de meilleures productions de type bio ou appellation d'origine, de création de marques à forte image comme ce que fait Cochonou ou encore de modes innovants de distribution incluant beaucoup des services que les agriculteurs ne rendent pas actuellement.

Une stratégie efficace peut aussi chercher à peser sur les coûts par un grossissement des exploitations voire, osons le mot, une plus grande industrialisation ou bien aussi par la création de groupements d'achat, notamment de nourriture animale.

Les éleveurs peuvent, en outre, s'associer ou, mieux, fusionner en groupements de vente de bétail pour changer en leur faveur le rapport de négociation avec industriels et distributeurs.

Les voies de rebond sont nombreuses.
Toutefois, aucune ne passe par le maintien d'exploitations d'élevage de taille modérée, produisant, sans autre valeur ajoutée, de la viande indifférenciée de qualité banale.

Cochonniquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique Tour de France carnaval des transgressions

dimanche 19 avril 2015

Que vaut vraiment le Big Data ? J'ai testé l'analyse de personnalité d'IBM Watson

À ma très courte honte, je dois confesser que, jusqu'alors, je n'étais guère convaincu par l'efficacité du “Big Data” pourtant vantée simultanément par de nombreux promoteurs et détracteurs.
À ce jour, les publicités ciblées sur internet sont affligeantes et la débauche de moyens déployée par la NSA et ses consorts fait un flop dans la lutte contre le terrorisme.

Toutefois, un petit test effectué cette semaine a commencé à modifier ma position.
J'ai essayé le service “Personality Insights” - littéralement aperçus de personnalité - d'IBM.

Cette application, basée sur le programme d'intelligence artificielle Watson de la firme d'Armonk, se propose d'obtenir les grandes lignes du caractère de quelqu'un à partir d'un texte écrit par lui.
Pour ce faire, il suffit d'envoyer quelques centaines ou milliers de mots au service qui retourne l'évaluation de 49 traits de personnalité ainsi qu'un portrait psychologique d'une huitaine de lignes.

Malheureusement, ce programme ne fonctionne actuellement qu'en anglais.
Aussi, pour mon essai, je lui ai soumis la version dans la langue de Bill Gates de la page sur l'innovation et l'agilité de mon site web personnel.
J'ai ensuite montré le résultat à une quinzaine de membres de mon entourage personnel et professionnel, sans révéler comment j'avais obtenu cette description de mon moi profond.
Tous, sans exception, ont estimé que mon portrait se situait dans un éventail allant d'assez concordant à très concordant.
Aucun n'a jugé que le copain virtuel de Sherlock Holmes était à coté de la plaque.

Soucieux d'accroître la statistique, j'ai ensuite donné à disséquer au logiciel d'IBM des compilations de mails professionnels rédigés par des collègues nativement anglophones.
Les résultats ont été du même acabit. Les portraits tirés par Watson sont grosso modo en phase avec ma perception des mes cobayes involontaires.

IBM explique sur son site que “Personality Insights” n'est pas un élémentaire exercice de divination mais repose sur des recherches très sérieuses en psycho-linguistique.
Pour faire simple, les mots que nous employons, même lorsque nous traitons de sujets arides ou très spécialisés, diffèrent en fonction de notre caractère et notre personnalité.
Les développeurs de Watson lui ont fait ingurgiter de nombreuses études expérimentales sur ce thème afin qu'en disséquant un texte, il puisse lever le voile sur son auteur.

Si la démonstration en ligne que j'ai utilisée est gratuite, “Personality Insights” est proposé de manière payante aux créateurs d'applications informatiques pour qu'ils l'incorporent dans leurs futurs produits.
IBM suggère de nombreuses utilisations, dont certaines soulèvent des interrogations éthiques et politiques.

Au rayon inoffensif, le marketing arrive en bonne place.
Par exemple, une chaîne de magasins pourrait proposer à ses clients de s'inscrire sur son site web à l'aide de leur compte Twitter ou Facebook.
Il serait ensuite aisé de récupérer les billets postés sur ces réseaux sociaux, de demander à ce cher Watson d'en déduire la personnalité de l'utilisateur et d'adapter en conséquence messages commerciaux et promotions.
En quelque sorte, l'automatisation et la systématisation de ce que tout bon vendeur réalise intuitivement en face à face.

Les usages en ressources humaines sont plus problématiques.
Watson pourrait scanner CV et lettres de motivation afin d'éliminer les candidats aux penchants non souhaités par le recruteur.
De même, ce docte programme pourrait, en analysant les écrits professionnels d'une personne, renseigner son manager sur sa psychologie.

Étonnamment, IBM conseille aussi un usage inverse.
“Personality Insights” pourrait m'aider à rédiger des textes laissant apparaître un profil psychologique particulier, différent du mien et sensé complaire à mes correspondants.
IBM va encore plus loin que Conan Doyle en imaginant que Watson puisse duper Watson, sans l'aide de Sherlock.

D'autres applications sont envisageables où le pire peut voisiner le meilleur.
Un professeur pourrait donner les copies de ses élèves à digérer à Watson afin de recueillir des suggestions pour mieux adapter et personnaliser son enseignement.
Cette technologie possède aussi un vrai potentiel de surveillance policière, voire politique, par le ciblage d'individus à la personnalité favorisant des comportements jugés déviants ou dangereux.
Orwell se cacherait-il derrière Watson ?

Élémentairement votre

Références et compléments
- Tous mes remerciements aux acteurs plus ou moins volontaires de cette expérimentation.

- Voir aussi les chroniques


- Pour en savoir plus sur IBM Watson et “Personality Insights”


- La page sur l'innovation et l'agilité de mon site web personnel utilisée pour tester Watson.

- À mon très grand regret, le programme Watson ne tire pas son nom du docteur John Watson, personnage imaginaire des romans policiers d'Arthur Conan Doyle, assistant de Sherlock Holmes, mais de l'industriel bien réel Thomas Watson, fondateur d'IBM.