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samedi 29 avril 2017

3 raisons de voter Emmanuel Macron

Le premier tour de l'élection présidentielle française a eu le mérite de dégager - y compris au sens tunisien du terme - une alternative claire pour le second round.
Emmanuel Macron et Marine Le Pen représentent deux visions opposées de notre société.
Ce choix est crucial et même dangereux, aussi mon suffrage ira, sans état d'âme, à Emmanuel Macron.
Voici pourquoi.



1) Marine Le Pen souhaite une économie fermée et administrée

Taxation, douane, contrôles en tous genres, possible sortie de l'euro et de l'Europe, planche à billets...
Bien que floues, les orientations économiques du Front National ont le mérite de la cohérence dans l'irréalisme.

Ces idées méconnaissent que l'économie est d'abord un circuit, que ce qui est dépensé quelque part a du être gagné ailleurs et vice-versa.
Par exemple, freiner les importations, c'est simultanément s'exposer à la pénalisation de nos exportations.

De surcroît, en 250 ans de révolutions industrielles et de capitalismes, il n'existe aucun exemple réussi et durable de pays raisonnablement développé ayant pratiqué les politiques économiques invoquées par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.
Par contre, nombres de catastrophes ont été provoquées par ces méthodes, le Vénézuela étant la dernière en date.

2) Marine Le Pen propose des réponses simples

Quel que soit le sujet, l'héritière Le Pen formule des propositions lapidaires.
Se débarrasser des étrangers, surtout ceux du sud, des bureaucrates et des oligarques capitalistes suffirait à créer le jardin d'Eden sur notre belle terre de France.

Ce simplisme est inadapté à notre société actuelle que les sociologues qualifient d'horizontale.
Nous sommes plus autonomes que nos parents et nos grand-parents. Nous décidons, par nous-même, de nos vies, de nos envies, de nos façons d'être, de nos consommations, de nos métiers, de nos conjoints...
Les déterminismes familiaux, sociaux, religieux et politiques ont de moins en moins de prise sur nous.

De ce fait, notre monde est devenu singulièrement imbriqué.
Nous sommes tous désormais de petits décideurs.
Les sommets des pyramides politiques ou économiques ne parviennent plus à nous imposer leurs choix.
Atténuer les maux dont souffre notre pays exige une approche complexe.

3) Marine Le Pen aspire à moins de démocratie

En se présentant comme la candidate du peuple et en revendiquant un lien exclusif direct entre les français et le pouvoir qu'elle incarnerait, la dirigeante frontiste montre le peu cas qu'elle fait de la démocratie libérale.

Des centaines d'années ont été nécessaires, depuis la magna carta anglaise du 14ème siècle jusqu'à la déclaration universelle des droits de l'Homme en 1945, en passant par l'indépendance américaine et la révolution française, pour mettre au point par tâtonnements notre système démocratique.
Il repose non seulement sur un gouvernement désigné par une majorité de citoyens mais aussi par ce que les américains appellent les "checks & balances" (contrôles et équilibres), c'est à dire le respect des minorités, la séparation des pouvoirs et l'état de droit, à commencer par les droits fondamentaux.

Tout cette organisation subtile nous paraît naturelle et, comme nous y sommes habitués, nous y accordons aussi peu de valeur qu'à l'air que nous respirons.

Aussi, je recommande à tous les hésitants de s'entourer, pendant une minute, la tête d'un sac en plastique, afin d'expérimenter la différence entre l'air libre - même chargé de micro-particules - et l'asphyxie.

Bien qu'ayant effectué mon service militaire dans la Royale, je voterai résolument contre la Marine !




Républicainement votre

Post-scriptum 29 avril 2017 15H00
J'ai publié cette chronique aujourd'hui en fin de matinée alors que n'avais pas eu connaissance du piteux ralliement de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen.
Ce dernier épisode en date ne fait que rajouter à la confusion des esprits et des valeurs que j'essaie de combattre dans cette chronique.
Qu'un gaulliste auto-proclamé fraie avec un parti dont la filiation politique, historique et sociologique rejoint les pires ennemis de Charles de Gaulle, Vichy et l'OAS, devrait nous inciter encore plus à voter massivement contre cette imposture.

Références et compléments
En lien avec cette prise de position, je suggère quatre autres de mes chroniques
- Mes valeurs
- Tentative d'explication de la laïcité en France à mes amis hors de l'Hexagone
- Ma visite impromptue chez Charles de Gaulle
Seul, bras croisés, au milieu des saluts nazis

La photographie d'Emmanuel Macron discutant, sous l'oeil des officiers de sécurité et des caméras, avec Caroline Schreiber (candidate de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon dans l'Isère) a été prise par mes soins le 14 avril 2017 devant le centre INRIA de Montbonnot, lors de la visite du candidat d'En Marche.
Ce blog reflétant mes points de vue personnels, il va sans dire que cette chronique et sa photo n'ont reçu l'aval ni de Caroline Schreiber, ni même d'Emmanuel Macron.

La citation de Raymond Aron "le choix en politique n'est pas entre le bien et le mal mais entre le préférable et le détestable" et l'image associée ont été trouvées au hasard de Twitter.

samedi 13 août 2016

​La politique française vue de Tunisie

​J'ai repéré, en Tunisie, sur un site d'annonces, un intriguant message.
Élysée toute neuve
Direction assistée
Vitres électrique
Climatiseur en marche
Antibrouillard
Jantes alliage
Double clé origine
Prix négociable pour les sérieux
L'auteur de cette offre semble être un meilleur connaisseur des arcanes de la politique française que de l'orthographe et de la syntaxe.
Jugez sur pièces garanties d'origine.

Élysée toute neuve

Vu les piteuses prestations de ses trois - voire de ses quatre - derniers locataires, l'Élysée a certainement besoin d'une sérieuse rénovation.

Direction assistée

Le prochain occupant du 55 rue du Faubourg Saint Honoré à Paris gagnerait à se faire correctement assister dans la direction du pays.

Vitres électrique

Faire rentrer un peu d'air frais dans les sphères gouvernementales serait plus que nécessaire.

Climatiseur en marche

Le poste présidentiel étant particulièrement chaud, recevoir en permanence un bon souffle glacé permettrait à son titulaire de garder la tête froide.

Antibrouillard

Les partis français cumulant programmes flous et fonctionnements opaques, éclairer leur route ne serait pas un luxe.

Jantes alliage

Allier les principales tendances politiques pourrait éviter à la France de rouler sur la jante.

Double clé origine

Prévoir une doublure au vainqueur de la prochaine élection présidentielle afin de pouvoir le changer en cas de mauvaises prestations nous épargnerait bien des désillusions.

Prix négociable pour les sérieux

Sans commentaire.

Tuniso-Citroënement votre

Références et compléments
Voir aussi deux autres billets portant sur les petites annonces en Tunisie
- Chercher l'âme soeur en Tunisie
- Les annonces automobiles en Tunisie ultime refuge du surréalisme

L'annonce a été publiée sur le site tunisien tayara.tn fin juillet 2016. Je l'ai recopiée scrupuleusement.
Selon toute vraisemblance, son auteur souhaitait vendre une voiture Citroën C-Elysée, qualifiée par les spécialistes (dont je ne suis pas) de berline low-cost.

lundi 25 juillet 2016

Quiz : connaissez-vous vraiment le Front National ?

Partout en Europe, les opinions nationalistes et populistes, voire xénophobes, prospèrent. 
En témoignent les succès électoraux des pro-Brexit en Grande Bretagne, de Marine Le Pen en France et de multiples autres.

Dans le même temps, des positions ouvertes et européennes - en un mot rapide et étymologique, libérales - continuent à être partagées par une fraction importante de la population, dont votre serviteur ne se cache pas de faire partie.

Cette coupure idéologique est d'abord le symptôme d'une rupture sociale.
Désormais, deux sociétés distinctes coexistent côte à côte, avec peu de points de rencontre.

Je vous propose un quiz rapide pour toucher du doigt cette nouvelle ségrégation française.

Première série de questions 

Parmi les 30 villes et bourgades françaises citées ci-après, combien en connaissez-vous ?
Durant les 5, 10, 20 dernières années, combien de temps y avez-vous séjourné ?
Combien de personnes de votre entourage y résident ?
  • Arles (Bouches du Rhône)
  • Arras (Pas de Calais)
  • Bar sur Aube (Aube)
  • Beauvais (Oise)
  • Béziers (Hérault)
  • Brignoles (Var)
  • Carpentras (Vaucluse)
  • Cavaillon (Vaucluse)
  • Chateaurenard (Bouches du Rhône)
  • Chaumont en Vexin (Oise)
  • Forbach (Moselle)
  • Habsheim (Haut Rhin)
  • Hénin-Beaumont (Pas de Calais)
  • Héricourt (Haute Saône)
  • Hirson (Aisne)
  • Liévin (Pas de Calais)
  • Orange (Vaucluse)
  • Péronne (Somme)
  • Perpignan (Pyrénées Orientales)
  • Saint Dié des Vosges (Vosges)
  • Saint Dizier (Haute Marne)
  • Saint-Avold (Moselle)
  • Saint Pol sur Ternoise (Pas de Calais)
  • Sarrebourg (Moselle)
  • Sarreguemines (Moselle)
  • Soissons (Aisne)
  • Vauvert (Gard)
  • Vitrolles (Bouches du Rhône)
  • Vitry le François (Marne)
  • Wissembourg (Bas Rhin)
     

Seconde série de questions

Mêmes questions pour cette autre liste de 30 localités.
  • Antony (Hauts de Seine)
  • Bordeaux (Gironde)
  • Boulogne Billancourt (Hauts de Seine)
  • Clamart (Hauts de Seine)
  • Colombes (Hauts de Seine)
  • Courbevoie (Hauts de Seine)
  • Epinay sur Seine (Seine Saint Denis)
  • Grenoble (Isère)
  • Issy les Moulineaux (Hauts de Seine)
  • Ivry sur Seine (Val de Marne)
  • La Celle Saint-Cloud (Yvelines)
  • Levallois Perret (Hauts de Seine)
  • Lyon (Rhône)
  • Maisons-Laffitte (Yvelines)
  • Marly le Roi (Yvelines)
  • Meudon (Hauts de Seine)
  • Montreuil (Seine Saint Denis)
  • Montrouge (Hauts de Seine)
  • Nanterre (Hauts de Seine)
  • Nantes (Loire Atlantique)
  • Neuilly sur Seine (Hauts de Seine)
  • Orsay (Essonne)
  • Paris (intra muros)
  • Rennes (Ille et Vilaine)
  • Rueil-Malmaison (Hauts de Seine)
  • Saint Denis (Seine Saint Denis)
  • Strasbourg (Bas Rhin)
  • Toulouse (Haute Garonne)
  • Versailles (Yvelines)
  • Vincennes (Val de Marne)
     

Décryptage

La première liste est celle des 30 territoires ayant le plus voté pour Marine Le Pen lors du scrutin présidentiel de 2012.

La seconde est son exact opposé. Ce sont les zones ayant le moins choisi le Front National.

Les 30 circonscriptions électorales ayant le plus voté pour Marine Le Pen en 2012, par rapport au nombre d'inscrits, sont illustrées par les symboles rouges.
Les 30 ayant le moins choisi le Front National suivant le même critère apparaissent en jaune.
Voir aussi une version interactive de cette carte.

Résultats personnels

Personnellement, je connais moins de la moitié des bourgades penchant à l'extrême-droite.
Aucun de mes proches n'y vit.
Je n'ai séjourné que dans une seule d'entre elles, une huitaine de jours, il y a nettement plus de 5 ans.

À l'inverse, je connais toutes les villes de la seconde liste.
J'habite l'une d'elles.
J'ai déjà visité une grande majorité des autres. Ainsi, depuis le 1er janvier, je me suis rendu dans une moitié d'entre elles.
Une forte part de mon entourage y réside.

De surcroît, chaque année, je passe entre 30 et 50 jours hors des frontières françaises.

Et vous ?

Sociologiquement votre

Références et compléments
Chronique inspirée par la conférence TED d'Alexander Betts "pourquoi le Brexit est survenu et que faire désormais ?" (en anglais)

Précisions méthodologiques
  • Version interactive de la carte du vote Marine Le Pen en 2012.
    J'ai symbolisé chaque circonscription par sa localité la plus importante.
     
  • Le regroupement des résultats électoraux par circonscriptions a de multiples avantages.
    D'une part, les données sont facilement accessibles et très détaillées.
    D'autre part, malgré les imperfections flagrantes du découpage électoral, les circonscriptions sont une maille suffisamment fine, mais pas trop, avec des populations comparables en nombre.
     
  • J'ai choisi de classer le vote en faveur de Marine Le Pen en fonction du pourcentage des inscrits qui reflète l'attachement à une option politique.
    Par définition, les abstentionnistes, exclus du décompte des votes exprimés, ne font pas montre de penchants bien établis.
     
  • Marine Le Pen au niveau national a atteint 14% des inscrits en 2012.
    Elle a fait plus de 22% - une fois et demi plus - dans les zones les plus en sa faveur.
    Par contre, les territoires votant le moins pour elle sont tous en dessous de 8% des inscrits, presque moitié moins que la moyenne.
    Pour faire simple, on vote 3 fois plus Front National autour des symboles rouges sur la carte que près des jaunes.
     
  • Mon classement s'est intéressé exclusivement à la France métropolitaine.
    La France dite d'outre-mer a très peu voté pour le Front National.
     
  • J'ai aussi regroupé toutes les circonscriptions parisiennes en une seule, les résultats étant spectaculairement homogènes.
     
  • Le choix des couleurs des symboles de la carte est le fruit du daltonisme de votre serviteur et n'a aucune signification politique ou syndicale. 

Les statistiques électorales proviennent de data.gouv.fr.

dimanche 3 avril 2016

Syndicats et patronat français consternantes coquilles vides

L’actuel débat stérile sur la loi dite « travail El Khomri » illustre, jusqu’à la nausée, l’absence de dialogue social et sociétal constructif en France.
Ce vide abyssal vient pour bonne part de la faiblesse des organisations syndicales et patronales qui, dépourvues de bases sur lesquelles s’appuyer, sont incapables d’une quelconque négociation.

Comme à l’habitude, je vous propose d’employer la froide rigueur des chiffres pour aborder ce sujet passionnel.

Des syndicats non représentatifs

Les organisations françaises de salariés s’illustrent par le nombre microscopique de leurs adhérents.

Le derniers chiffre à peu près fiable - vieux de presque 15 ans - est de 790 000 syndiqués dans le secteur privé, toutes obédiences confondues.
En le rapportant aux 2.9 millions de chômeurs additionnés aux 17.8 millions de salariés, on obtient un ratio de syndicalisation inférieur à 4%.

Les dirigeants syndicaux minimisent l’impact de ce score rachitique en arguant d’une spécificité hexagonale. Leur légitimé, à l’instar de celles des politiques, proviendrait des élections professionnelles et non des adhésions.

Les faits contredisent ce discours lénifiant.
4 salariés du privé sur 10 sont privés de démocratie sociale puisque seuls 12 millions sur 20 peuvent voter pour désigner des représentants.
Le taux d’abstention de ces heureux inscrits dépasse 60%

Tous comptes faits, plus de 3 français concernés sur 4 se situent involontairement ou délibérément en dehors du fait syndical.
À titre de comparaison, 8 électeurs sur 10 ont participé à la présidentielle de 2012.

Participation aux élections professionnelles dans les entreprises françaises entre 2011 et 2013 ramenée au total des chômeurs et des salariés du secteur privé

Les suffrages exprimés par le quart des salariés du privé se dispersent sur 7 syndicats principaux.

CGT et CFDT arrivent en tête et représentent chacune 1 salarié sur 15.
Quand Laurent Berger (CFDT) est présenté dans les gazettes comme le ministère du travail bis et son compère Philippe Martinez (CGT) comme le principal opposant à la casse sociale, cela laisse songeur.

La très vocale FO n’attire les suffrages que d’un travailleur sur 25. Avec un tel soutien, son lider maximo Jean-Claude Mailly serait bien inspiré de baisser d’un ton.

Les rachitiques CFE-CGC et CFTC se situent à environ 1 sur 45. Une loupe permet de détecter UNSA et Solidaires autour du pour-cent.

Résultats des élections professionnelles dans les entreprises françaises entre 2011 et 2013 ramenés au total des chômeurs et des salariés du secteur privé

Le roi patronal encore plus nu que le roi syndical

Pour éviter soigneusement toute contestation, les organisations patronales françaises - MEDEF, CGPME, UPA - ne publient aucun chiffre vérifiable d’adhésion.

Leurs organisations - probablement issues des amours incestueuses entre raffineries et usines à gaz - semblent construites pour permettre à une bureaucratie de prospérer sans jamais rendre de comptes.

Des sondages réalisés par le ministère du travail peinent à établir des données acceptables.
Leurs résultats observés avec des lunettes très roses donneraient un taux d’adhésion autour de 40%. Un regard moins amène situe le score entre 10% et 20% avec de fortes disparités sectorielles.
Le plus étrange est que certaines entreprises sont simultanément membres de plusieurs organisations patronales. On n’est jamais trop prudent !

Les élections aux chambre de commerce et d’industrie (CCI) pourraient constituer une mesure de l’audience du MEDEF et de ses acolytes.
Les 17% de participation - 1 établissement employeur privé sur 6 - sont cohérents avec les adhésions.
Pour éviter d’exposer au grand jour la faible représentativité des syndicats patronaux, les candidats et les élus aux CCI restent discrets sur leur(s) appartenance(s) et aucune analyse post-électorale n’est effectuée.

Le ton péremptoire de Pierre Gattaz (MEDEF) est un rideau de fumée camouflant les maigres effectifs de chefs d'entreprise qui le soutiennent.

Participation aux dernières élections aux chambres de commerce et d'industrie (CCI) de 2010 ramenée au nombre d'établissements employeurs privés en France

Et dire que ce petit monde étriqué - syndical et patronal - est officiellement jugé « représentatif » et apte à signer des accords modifiant nos conditions professionnelles et personnelles de vie  ...

Démocratiquement et énerviquement votre

Références et compléments
Voir aussi la chronique « les syndicats derniers bastion du surréalisme ».
Je remercie les fidèles lecteurs qui, à l’issue de sa publication, m’ont incité à écrire celle-ci.

Les chiffres, arrondis pour faciliter leur compréhension, ont été obtenus en croisant et recoupant de multiples données et rapports de l’INSEE, de l’ACOSS, du ministère du travail, de Wikipedia et du réseau des CCI de France.
Seul le secteur privé a été analysé dans ce billet.

Qui aime bien, châtie et rigole bien !
L’auteur - réservoir ambulant de contradictions - adhère à un des fort peu représentatifs syndicats cités dans cette chronique statistique.

lundi 21 décembre 2015

Les conseils régionaux à la pointe de l'innovation politique

La récente poussée électorale du Front National a éclipsé le vent de rénovation que font souffler, en France, les élus régionaux sur un système politique anémié.
Je vous propose de juger sur pièces en prenant l'exemple de Rhône Alpes où je vis et qui va bientôt fusionner avec l'Auvergne.

Homéopathie budgétaire

Quotidiennement, chaque français, quel que soit son âge et sa condition, verse aux différentes collectivités publiques, en moyenne, un peu plus de 35 €.

Si une très grosse moitié est réservée à la sécurité sociale, la région ne récupère qu'un seul petit euro.
Les communes et départements, à titre de comparaison, dépensent au delà de 10 fois plus.

Privilégiant la qualité plutôt que la quantité, nos conseillers régionaux, à en croire leurs dernières professions de foi, réussissent l'exploit, avec des sommes aussi modestes, de simultanément relancer l'économie, doper la cohésion sociale, améliorer notre sécurité, porter le savoir au pinacle et développer les transports publics ainsi que promouvoir sports, tourisme et culture.

Une telle efficacité budgétaire devrait inspirer nos autres représentants autrement plus dispendieux.

Des élus au plus près des réalités

La micro-politique régionale, à l'instar de la médecine de précision dont elles s'inspire, suppose une parfaite connaissance des populations et de leurs attentes.
Exactement l'inverse des pratiques des entreprises ou des associations institutionnelles qui font trop souvent fi de la réalité et de l'humain.

C'est pourquoi, jusqu'alors, Rhône Alpes ne comptait pas moins de 156 élus.
La fusion à partir de janvier 2016 des Allobroges avec les Arvernes ne changera rien sur ce point. La nouvelle région AURA sera dirigée par autant de conseillers que ses deux parents réunis.

Ainsi chaque édile territorial peut suivre au plus près le travail de 43 employés de la région ainsi qu'un peu moins de 16 millions d'euros de dépenses.

Bien évidemment, pour permettre aux élus de conserver leur regard de géologue braqué sur le terrain, de nombreux agents régionaux sont des cadres chargés de manager leurs collègues et les budgets.

Un quasi-bénévolat

L'attention de tous les instants au développement de la région et le souci constant du détail dont font preuve nos élus régionaux de tous bords sont fort mal indemnisés.

Ces héros méconnus qui démontrent, par leurs actes quotidiens, qu'une autre politique est possible, ne reçoivent, financés par nos impôts, qu'environ 2 700 € bruts mensuels, à peine agrémentés de menus défraiements.

Laurent Wauquiez, probable futur réformateur inspiré et méconnu de la politique française, à l'instar de ses prédécesseurs à la tête de la région Rhône Alpes Auvergne

Un pari en guise de conclusion

Ayant le goût du risque, je parie ici publiquement une bière et un couscous que Laurent Wauquiez, le sémillant quadragénaire tout juste placé à la tête de Rhône Alpes Auvergne par le suffrage universel, malgré son beau sourire et ses promesses tout aussi séduisantes, ne changera rien d'essentiel au torrent impétueux de réformes instauré par ses prédécesseurs.

Les colonnes de ce blog lui sont ouvertes s'il souhaite un droit de réponse et je me ferai un plaisir de lui offrir ces diététiques céréales solides et liquides si, par extraordinaire, les faits venaient à me démentir.

Énerviquement votre

Références et compléments
- Pour plus de détails sur les chiffres, voir les deux chroniques :
. Que coûte vraiment la politique locale en France ?
. Tout savoir (ou presque) sur les impôts et taxes en France

- Le site du conseil régional Rhône Alpes fournit, sans trop de donner de détails, quelques éléments sur son budget et son nombre d'employés.
J'ignore le devenir de ce beau site creux payé par nos impôts après le 4 janvier 2016 date officielle de mise en service de la nouvelle grande région AURA (AUvergne Rhône Alpes).

- Crédit photo : « Wauquiez lepuy10 » par Alesclar, travail personnel sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

vendredi 13 mars 2015

Que coûte vraiment la politique locale en France ?

Imaginez que chaque jour de l'année - dimanches, fêtes et vacances inclus - quatre vigiles fassent le planton devant l'entrée de votre domicile et réclament pour vous laisser passer que chaque membre de votre foyer - y compris les bébés et grabataires - leur verse quotidiennement un peu d'argent.
  • Le premier cerbère, vêtu aux couleurs de votre région, exige 1 € par personne et par jour.
    En échange, il vous promet de s'occuper de transports, d'éducation, de voirie, d'emploi, de protection sociale, de sécurité, de culture et de quelques autres missions assez peu définies, parmi lesquelles le sponsoring d'équipes sportives, la distribution mensuelle dans votre boîte à lettre d'un journal inepte ainsi que le défraiement d'élus et de leurs cabinets.
     
  • Pour faire bonne mesure, la seconde sentinelle, vêtue aux couleurs de votre département, exige 3 € par personne et par jour.
    En échange, il vous promet de s'occuper de transports, d'éducation, de voirie, d'emploi, de protection sociale, de sécurité, de culture et de quelques autres missions assez peu définies, parmi lesquelles le sponsoring d'équipes sportives, la distribution mensuelle dans votre boîte à lettre d'un journal inepte ainsi que le défraiement d'élus et de leurs cabinets.
     
  • Pour ne pas être en reste, le troisième garde, vêtu aux couleurs de votre communauté de communes ou de votre métropole, exige aussi 3 € par personne et par jour.
    En échange, il vous promet de s'occuper de transports, d'éducation, de voirie, d'emploi, de protection sociale, de sécurité, de culture et de quelques autres missions assez peu définies, parmi lesquelles le sponsoring d'équipes sportives, la distribution mensuelle dans votre boîte à lettre d'un journal inepte ainsi que le défraiement d'élus et de leurs cabinets.
     
  • Enfin, le quatrième guichetier, survitaminé et vêtu aux couleurs de votre ville, exige le double, 6 € par personne et par jour.
    En échange, il vous promet de s'occuper de transports, d'éducation, de voirie, d'emploi, de protection sociale, de sécurité, de culture et de quelques autres missions assez peu définies, parmi lesquelles le sponsoring d'équipes sportives, la distribution mensuelle dans votre boîte à lettre d'un journal inepte ainsi que le défraiement d'élus et de leurs cabinets.
Au total, 13 € par jour. Avec ce système, une famille de 4 personnes débourserait en péages individuels chaque année, de l'ordre de 18 mois de SMIC.

Si une telle situation se produisait en France, à n'en pas douter, l'esprit de 1789, des 3 glorieuses de 1830, de 1848, de la Résistance et de mai 68 renaîtrait de ses cendres et balaierait, dans un grand soulèvement populaire, ces iniques percepteurs.

Pourtant, nous vivons chaque jour cet état de fait.
Les chiffres et les missions sont ceux de l'actuel mille-feuille administratif français, plus précisément de la région Rhône-Alpes, du département de l’Isère, de Grenoble-Alpes-Métropole et de la commune de Meylan où je réside.
Les ordres de grandeurs ailleurs dans l'Hexagone sont identiques ...

Localo-énerviquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique “Comment politiques et institutions pourraient sortir de leur discrédit ?”
- Mes remerciements sincères à l'internaute pieveml qui a su rectifier mes chiffres initialement déficients.

lundi 23 février 2015

Lettre à mes compatriotes tentés de voter Front National

Chers amies et amis

Je me permet - et j'espère que vous l'accepterez - de vous appeler amis car nous vivons dans le même pays et nous nous fréquentons au quotidien dans nos lieux de vie, dans les transports, au travail, dans les commerces ou encore lors de nos loisirs.

Vous avez une envie très forte - et peut-être l'avez-vous déjà fait - de voter Front National au cours des prochaines élections.
Par beaucoup de côtés, je vous comprends.

Le chômage massif et la croissance atone avec leur cortège de difficultés sont une détestable réalité qui dure depuis le premier choc pétrolier de 1973.
Désormais, presque deux générations sont nées avec aux oreilles ce mot lancinant de “crise”.
Notre situation économique, sociale et même sociétale s'est encore plus aggravée depuis 2008. Voici bientôt 7 ans, qu'aucune accalmie n'est en vue.

Pour comble de malheur, nos partis politiques traditionnels - et d'une manière plus générale ce qu'il est convenu d'appeler nos “élites” - semblent incapables de prendre la mesure de l'état réel de notre pays et du monde.
Leurs imaginations sont en berne, leurs propositions convenues et leurs gestions successives prévisibles et inefficaces. L'incantation et la tambouille électoraliste ont remplacé la réflexion et la stratégie.

Face à ce manque de boussole, Marine Le Pen et son parti ont le mérite de chercher à simplifier un univers devenu trop complexe et d'apparaître neufs vis-à-vis d'un échiquier politique usé jusqu'à la corde.
Toutefois, à trop simplifier, le risque est de confondre la proie et l'ombre, les causes et les effets.

Aussi, si votre inclination personnelle est de voter aux prochaines échéances électorales pour le Front National, avant que votre choix devienne définitif, je vous invite à l'examiner sous quatre angles peu évoqués dans le débat médiatique.

Souhaitons-nous mettre en danger 1 emploi français sur 3 ?

Pour doper notre économie, Marine Le Pen envisage de rétablir droits de douane et obstacles réglementaires aux frontières de la France.
Le Front National évoque aussi une sortie de l'Euro et un retour au Franc, de manière à améliorer notre compétitivité par une dévaluation monétaire.

En apparence, ces mesures paraissent séduisantes puisqu'elles protégeraient, au moins partiellement, les usines hexagonales concurrencées par des entreprises étrangères au faible coût de main d'oeuvre.
Malheureusement, il faut s'attendre à des mesures de rétorsion, au moins équivalentes, de la part des pays empêchés d'exporter en France.

Or, actuellement, entre un gros quart et un petit tiers de tout ce qui est produit en France est vendu hors de nos frontières.
Autrement dit, sensiblement 1 emploi sur 3, à commencer par celui de votre serviteur, est directement dépendant des exportations.

Barrières douanières et dévaluation comportent même un second effet kiss cool.
Une grande part de ce que nous exportons, notamment nos productions industrielles le plus élaborées, intègre des composants fabriqués à l'étranger. Droits de douane et sortie de l'euro accroîtraient le coût, non seulement de nos importations, mais aussi de ce que nous exportons.

Souhaitons-nous vraiment plomber, encore plus qu'aujourd'hui, ce qui reste de nos fleurons industriels nationaux, Peugeot, Renault, Airbus et consorts ?

Souhaitons-nous l'augmentation du prix du carburant, des vêtements et des téléphones ?

Le fonctionnement de notre économie est très dépendant de l'étranger.
La France ne possède pas d'hydrocarbures dans son sous-sol et, donc, importe tout son pétrole et son gaz.
De même, les usines textiles ou électroniques ont presque complètement déserté notre pays.

Créer ou recréer de telles industries, même en supposant que nous ayons simultanément le financement et la volonté de le faire, nécessiterait de très longues années.

Dans l'intervalle, douane et dévaluation obligent, les prix de nos vêtements et de notre matériel informatique ou télévisuel ainsi que celui du carburant partiraient au plafond, une augmentation probablement de l'ordre du quart, voire du tiers, de leurs valeurs actuelles.
Il en irait de même pour toutes les autres importations non substituables à court terme.

Souhaitons-nous vraiment encore plus diminuer notre niveau de vie ?

Souhaitons-nous la diminution du nombre de touristes ?

Le Front National, en plus des barrières économiques, projette de rompre les flux migratoires par une politique stricte de visas et de contrôles aux frontières.

Outre la mise en place, à l'étranger, de mesure identiques vis-à-vis de nos compatriotes, il faut s'attendre à ce que ces restrictions ternissent sérieusement l'image de la France, notamment dans les pays libéraux, à monnaie forte et à hauts revenus d'où viennent, chaque année, l'essentiel des 85 millions de touristes - 250 000 étrangers chaque jour - qui visitent notre bel Hexagone.

Souhaitons-nous vraiment vider nos plages, nos aéroports, nos hôtels et nos musées ?

Souhaitons-nous faciliter la tâche des djihadistes ?

Les mesures économiques et migratoires prônées par Marine Le Pen, si elles étaient mises en oeuvre, couperaient assez nettement la France de ses voisins européens et de ses partenaires dits occidentaux ainsi que des pays africains et arabes.

Très difficile, dans ces conditions, de faire partie d'une alliance militaire destinée à lutter contre les guérillas terroristes, comme récemment au Mali ou actuellement en Irak et Syrie.

Impossible aussi d'y aller seul car nos moyens diplomatiques, militaires et budgétaires ne le permettent déjà pas.
Pourtant l'armée française, au niveau mondial, fait partie du cercle très fermé de la dizaine de forces capables d'être décisives sur le terrain.

Souhaitons-nous vraiment faire un cadeau inespéré aux djihadistes en leur enlevant un de leurs meilleurs ennemis ?

Le sort de la France dépend de notre bulletin de vote

Chers amies et amis, l'avenir de notre pays - le mot n'est pas trop fort - se décidera au cours des prochains scrutins nationaux.

Vous espérez, autant que moi, le meilleur pour notre patrie, je n'ai aucun doute à ce sujet.
Notre pays possède beaucoup d'atouts que quelques coups de pouce pourraient aisément mettre au premier plan, à condition d'accepter la complexité et l'interdépendance du monde actuel.

Aussi, humblement, je vous demande, avant d'arrêter votre choix, de réfléchir aux quatre questions évoquées dans ce billet.
Êtes-vous certains, au fond de vous-même - au delà de l'énervement, voire du dégoût, que nous sommes nombreux à ressentir - d'agir, à moyen terme, en faveur de vos convictions et aussi des intérêts de la France et des français ?

Ou, autre manière de formuler les mêmes interrogations, êtes-vous certains que le Charles de Gaulle de juin 1940 - symbole du refus de la débâcle et du renoncement national - soutiendrait aujourd'hui le programme de Marine Le Pen ?

Franchement votre

Références et compléments
- Voir aussi :
Une chronique détaillant le programme économique du Front National et ses effets de bord
La chronique "Made in France : où sont vraiment les emplois ?"
Un billet symétrique à propos du vote Ennadha en Tunisie

- Pour se remémorer les ordres de grandeur de l'économie des finances publiques françaises, les 4 chroniques :
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les dépenses publiques françaises
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les impôts et les taxes en France
Tout ce que vous toujours voulu savoir sur le déficit public de la France
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les pistes de sortie de crise

lundi 22 décembre 2014

Forces et faiblesses de la Tunisie 4 ans après sa révolution

Avec le second tour de l'élection présidentielle qui a vu la victoire du jeune espoir de 88 ans, Beji Caïd Essebsi, la Tunisie vient de tourner la page de sa transition démocratique.
Presque 4 ans après la révolution de janvier 2011, je vous propose d'examiner ce qui rend le verre de thé tunisien simultanément à moitié plein et à moitié vide.

Les aspects positifs


Une grande liberté d’expression
Depuis 4 ans, la parole s’est libérée, non seulement dans les institutions, mais aussi, et surtout, dans la vie quotidienne.
Ce bouillonnement est un excellent rempart contre beaucoup de bêtises.

Une vraie maturité électorale
En un peu plus de 3 ans, la Tunisie a organisé 4 élections qui se sont déroulé correctement, sans incidents majeurs.
Les tunisiens se sont emparés, sans coup férir, du processus électoral dans toutes ses dimensions, y compris l'abstention et le vote blanc.
Les délices de l'alternance politique tranquille peuvent aussi se goûter au soleil.

Une alternance nette mais pas écrasante
En mettant Nidaa Tounes nettement en tête des législatives d'octobre dernier et en élisant son leader Beji Caïd Essebsi à la présidence, les tunisiens ont choisi de clore l'expérience menée par les islamistes d'Ennadha et leurs alliés suite au scrutin de fin 2011.
Toutefois, si la sanction est nette - le vainqueur emporte la présidentielle avec 55% des voix - Ennadha et ses sympathisants restent une force avec laquelle il faut compter.

La violence et la pagaille sont restées contenues durant la phase transitoire
Malgré les trop nombreuses victimes du terrorisme, un processus chaotique et la crise économique mondiale, la Tunisie a traversé sa révolution et sa transition avec des dommages minimaux.
La résilience et l'inventivité économique des tunisiens mérite d’être relevée. Bon an, mal an, malgré de nombreuses vicissitudes, l'économie s’est maintenue à flot, à défaut de croître.

Les points négatifs


La situation sécuritaire est mauvaise
Même si, fort heureusement, les djihadistes n'ont pas réussi à perturber les élections, ils sont responsables de l'assassinat de deux figures politiques, Chokri Belaïd et Mohammed Brahmi, et de dizaines de membres des forces de l'ordre.
Depuis deux ans, l'armée ne réussit pas à venir à bout du maquis terroriste implanté dans le centre du pays, près de la frontière algérienne.
À ce sombre tableau, s'ajoute une petite délinquance très active aux effets détestables au quotidien.

L'économie a besoin d'un sérieux coup de boost
Des réformes en profondeur s’imposent pour relancer la machine et obtenir la croissance à 2 chiffres que la Tunisie devrait avoir. Le chômage est stratosphérique et mine la société.
Pour plus de détails, je vous recommande la récente interview d’Habib Sayah.

Les disparités régionales sont excessives
Le centre et le sud de la Tunisie sont en déshérence.
Ces régions sont un concentré de difficultés : faible attractivité économique et touristique, chômage très au dessus de la moyenne nationale, infrastructures et équipements publics déficients, corruption et clientélisme endémiques…
Le nouveau gouvernement va devoir s’attaquer à ce problème aussi peu soluble que celui dit des banlieues en France.

Les interrogations


Le parti vainqueur des élections est un rassemblement flou
Nidaa Tounes s'est construit autour de l'opposition aux islamistes d’Ennadha et rassemble des personnes très dissemblables.
La question de l'islamisme a confisqué le débat électoral qui aurait du porter sur les stratégies économiques et sociales ainsi que sur la place de l'état.
La majorité des récents élus de tous bords au parlement ne brille pas par ses compétences économiques et sociales.
De surcroît, beaucoup de cadres de Nidaa Tounes, à commencer par leur boss, ne sont pas vraiment des perdreaux de l’année.

Combien de temps chômeurs et travailleurs pauvres vont-ils encore accepter de patienter ?
La Tunisie est une poudrière sociale.
Le redressement de la situation impose des réformes exigeantes qu'une grande partie de la population aura du mal à supporter. Aussi les marges de manœuvre du futur gouvernement sont très étroites.

Invariablement optimiste vis à vis de ma patrie de coeur, je reste tunisiquement votre.

Tahia Tounes !

Références et compléments
- Tunisie pays de l'année selon The Economist, 3 questions à Habib Sayah
- Mes différentes chroniques sur la Tunisie notamment :


lundi 27 octobre 2014

Élections de Tunisie : démonter quelques idées reçues

Depuis sa révolution de janvier 2011, la Tunisie ne cesse de m'étonner et, je l'espère, de vous étonner.
Malgré les vicissitudes et un climat sécuritaire dégradé, pour la seconde fois en trois ans, les tunisiennes et tunisiens ont choisi, dans les urnes et sans violence, leur représentation politique. Ils viennent même de s'offrir le luxe d'une alternance et d'un vote sanction.

Malheureusement, les reportages et commentaires dans les médias du nord de la Méditerranée ne reflètent guère la réalité tunisienne.
Je vais essayer, modestement, de tordre le coup à quelques idées reçues beaucoup trop véhiculées ces dernières heures.

Les laïcs ont gagné → FAUX
Il n'y a quasiment pas d'offre politique laïque en Tunisie.
Très peu de personnes revendiquent ouvertement une stricte séparation entre état et religion telle qu'elle existe en France.
À ma connaissance, contrairement à l'Hexagone, dans l'ancienne Carthage, aucun politique d'envergure n'affiche publiquement, et même ne laisse supposer, une quelconque velléité d'athéisme.
Nidaa Tounes, le parti arrivé en tête, est un rassemblement hétéroclite dont le jeune leader de 88 ans se revendique ouvertement “bon musulman”. Sa différence avec Ennadha, parti islamiste en seconde position, porte sur le modèle de société.
Nidaa Tounes se dit parfois séculier et défend un modèle ouvert mais non déconnecté de la religion, à l'instar de l'Italie ou de l'Irlande catholiques des années 1950 à 1970.
Ennadha, nettement plus conservateur, voudrait islamiser encore plus la société et l’état.

Les opposants aux islamistes étaient unis → FAUX
Au contraire, le champ politique était, comme en 2011, pléthorique.
Les tunisiens pouvaient choisir entre des orientations incroyable variées. Plus de 1300 listes étaient en lice.
Nidaa Tounes remporte les élections mais ne bénéficie pas d'un raz de marée. Les résultats provisoires le créditent d'environ 37% des voix et 40% des députés. Ce parti devra négocier et faire alliance avec des formations au score nettement moins flatteur pour former une majorité. À cette heure, ces jeux politiciens commencent à peine. Les tunisiens ont nettement opté pour cette formation car, à tort ou raison l'avenir nous le dira, ils y voient la meilleure alternative aux islamistes.
Ennadha recule mais reste un solide second avec grosso modo le quart des suffrages et des sièges.
Le mode de scutin étant assez singulier et les scores pas encore définitifs, l'écart entre Nidaa Tounes et Ennadha pourrait même s'avérer plus faible qu'annoncé actuellement.
Le premier parti de Tunisie est le NNNN Ni Nidaa Ni (E)Nnadha avec 4 votes sur 10.
À noter aussi que les deux formations séculières qui s'étaient, en 2011, alliées avec les islamistes pour leur fournir une majorité de gouvernement, ressortent totalement essorées du scrutin d'hier.

La participation a été mauvaise → VRAI
Voici les chiffres que je vous laisse juger.
- Inscrits : environ 2 personnes sur 3 en âge de voter.
- Votants : 60% des inscrits, soit 40% des électeurs potentiels.
Toutefois, abstention et retrait du vote sont le fruit d'actes délibérés. Les inscriptions et la campagne électorale ont été très médiatisées.

La situation économique et sociale a été déterminante → FAUX
Les difficultés économiques, fortes depuis le milieu des années 2000 et qui furent l’étincelle qui alluma la révolution de 2011, n'ont eu aucune place dans la campagne électorale.
Les deux partis arrivés en tête ont publié dans leurs programmes des chiffres irréalistes et des propositions qui auraient été modernes en 1970.
Les mois et années à venir vont demander des décisions difficiles pour lesquelles les tunisiens n'ont donné, à ce jour, aucun mandat clair.
De mon point de vue, c'est, avec le rétablissement de la sécurité, le plus grand défi que les nouveaux élus vont devoir affronter.

Tahia Tounes !
Tunisiquement votre

Chronique dédiée à Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi ainsi qu'aux autres victimes civiles et militaires du terrorisme.
Publiée le lundi 27 octobre 2014 à 22:00

dimanche 7 septembre 2014

Lettre à mes amis tunisiens tentés de voter Ennadha

Chères amies, chers amis.

Je me permet - j'espère que vous l'accepterez - de vous appeler amis car, depuis le début des années 1980, je fréquente assidûment votre attachant pays.
Chez vous, j'ai vécu des moments très intenses, des joies, mais aussi des peines.
J'ai, au fil du temps, tissé un vaste réseau de relations familiales, amicales, sociales que j'ai plaisir à rencontrer et étoffer. Vous êtes nombreux à faire partie de ces cercles.

Vous êtes profondément croyants et vous adhérez à une vision stricte de votre religion que vous pratiquez de manière rigoureuse.

Ce choix - qui ne correspond pas à mes façons d'être et de penser, je ne l'ai jamais caché et l'ai plusieurs fois évoqué sur ce blog - est le votre et, en tant que tel, je le respecte.
Je ne suis en aucune façon fondé à vous suggérer ce que vous devez croire et faire.

Vous avez la chance de vivre dans un pays où le respect vis-à-vis de l'Islam est élevé.
De surcroît, depuis la révolution, aucun obstacle ne s'oppose plus à votre pratique.

La Tunisie va, en octobre prochain, être appelée aux urnes. Votre inclination naturelle est probablement de voter pour Ennadha, le parti islamiste.
Avant que votre choix devienne définitif, je vous invite à l'examiner sous deux angles.

Qui pour relancer l’économie tunisienne ? Comment ?

Tout d'abord, votre pays se débat dans de graves difficultés sociales et économiques qui ont, d'ailleurs, été à l'origine de la révolution de janvier 2011.

La Tunisie, comme le monde alentour, subit de plein fouet les très violentes mutations de la troisième révolution industrielle.
L'économie, longtemps statique, est devenue furieusement dynamique. L'autarcie et la focalisation sur l'agriculture ne sont plus des options.
4 emplois sur 10 en Tunisie proviennent directement ou indirectement des échanges avec l'étranger. La majorité des tunisiens est désormais urbaine.

Les consommateurs, que nous sommes tous, et les changements technologiques créent un jeu difficile à maîtriser.
Pour petite preuve, je suis presque certain que vous possédez de l'électroménager asiatique ainsi qu'un smartphone, que vous surfez régulièrement sur le web ou les réseaux sociaux et aussi que plusieurs membres de votre famille travaillent dans l'informatique ou dans des sociétés exportatrices.
Google, Haier, LG, Samsung et les usines chinoises n'ont que faire de la Tunisie et ne vont pas patienter le temps que les turbulences post-révolutionnaires s'estompent.

Le symptôme le plus flagrant de ces changements est le chômage stratosphérique des jeunes diplômés. Alors que peu de temps en arrière, les étudiants post-bac avaient une vie professionnelle et, même, un statut quasiment garantis.

Les gouvernements d'Hamadi Jebali puis d'Ali Larayedh, deux leaders d'Ennadha, ont malheureusement échoué dans ce domaine.
Sous leur houlette, le chômage n'a pas diminué, les prix ont grimpé, la croissance a stagné et le déficit public a été multiplié par 7.
Désormais, lorsque l'état tunisien récupère 4 dinars en impôts, taxes et cotisations, il en dépense 5 !
Chaque mois, 30 nouveaux dinars de dettes - c'est à dire d'emprunts avec intérêts - sont gagés sur la tête de chaque tunisien, du bébé au vieillard.
La Tunisie va mettre beaucoup de temps à sortir de ce piège à retardement.

Êtes-vous certains que cette approche budgétaire laxiste soit durablement soutenable ?
Compte tenu de sa récente contre-performance, Ennadha est-il le parti le mieux placé pour guider la barque tunisienne sur les flots houleux de l'économie mondiale ?
A-t-il fait des annonces novatrices dans ce domaine ?
Un nouvel échec économique et social ne serait-il pas la meilleure contre-publicité à l'encontre de vos idées ?

Comment mieux promouvoir votre pratique religieuse ?

Ensuite, je comprends que vos convictions spirituelles vous poussent à vouloir rallier le plus grand nombre à votre foi et vos pratiques.
Cela n'est point choquant. Depuis que le monde est monde, les religions ont toujours voulu accroître les effectifs de leur fidèles.

Toutefois, quelle est la meilleure façon de convaincre et de rassembler ?

Si, demain, beaucoup plus de prescriptions religieuses devenaient légalement obligatoires en Tunisie, extérieurement le pays serait plus conforme à vos vœux.
Mais cette belle façade ne serait qu'un trompe-l'œil.

Personnellement, je me conformerais, en apparence, aux nouvelles normes mais mon cerveau et, plus encore, mon cœur, seraient en rébellion permanente. Je pratiquerais ce que les anglophones appellent le service des lèvres.

Pire, si l'atmosphère devenait trop pesante et les contraintes trop fortes, je pourrais - et je ne serais sûrement pas seul dans ce cas - ne plus venir en Tunisie, la mort dans l’âme et quoi qu'il m'en coûte.
De même, les départs vers l'étranger de tunisiens ne partageant pas vos façons d’être devraient aussi augmenter.

Il n'y a pas de précédent historique où imposer les signes extérieurs d’une foi ait durablement consolidé croyances et pratiques religieuses.

La sinistre inquisition catholique en Europe, malgré plusieurs siècles de contraintes barbares, n'a pas réussi à éradiquer le judaïsme et l'Islam, ni même à contenir la sorcellerie ou les pratiques sexuelles jugées déviantes.

Dernier exemple en date, en Iran, après 35 ans de pouvoir islamiste, beaucoup bravent clandestinement les interdits.
À en croire témoins et reportages, malgré une répression sanglante, protégés par un épais nuage de corruption, alcool, drogues et sexe débridé sont devenus du dernier chic.

Transgresser un interdit imposé est terriblement attractif, surtout pour la jeunesse.
Paradoxalement, malgré une apparence irréprochable, les mollahs de Téhéran ont obtenu, en une grosse génération, les mœurs inverses de ce qu'ils souhaitaient.
Depuis toujours, les prohibitions en tous genres n'ont eu pour seul effet que de permettre aux mafias de prospérer en fournissant en sous-main les biens ou services défendus à prix d’or.
On n'a jamais autant bu aux USA que durant les années 1920 où l'alcool était pourtant strictement interdit, mais abondamment fourni illégalement par Al Capone et consorts.

Souhaitez-vous vraiment favoriser les croyances de façade ? Les mœurs que vous reprouvez ? La corruption et la criminalité ?
En matière de morale et de religion, exemplarité et dialogue ne sont-ils pas plus efficaces que les règlements et la contrainte ?

Le sort de la Tunisie dépend de votre bulletin de vote

Chers amies et amis de plus de 30 ans, l'avenir de notre Tunisie - la votre surtout, mais aussi un tout petit peu la mienne - est, le 26 octobre prochain, au sens strict, entre vos mains.
Vous souhaitez, autant que moi, le meilleur pour votre patrie, je n'ai aucun doute à ce sujet.

Ce pays possède beaucoup d'atouts que quelques coups de pouce pourraient aisément mettre en avant.
Aussi, humblement, je vous demande, avant d'arrêter votre choix, de vous questionner au sujet des deux thèmes abordés dans ce billet.

Êtes-vous certains, en votre âme et conscience, d'agir, à moyen terme, en faveur de vos convictions et aussi des intérêts de la Tunisie et de tous les tunisiens ?

Tahia Tounes

Tunisiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique “Tout savoir (ou presque) sur l'économie chancelante de la Tunisie”.
- Le site d'actualité Rue 89 consacre de nombreux articles originaux au sujet de l'Iran réel.

dimanche 15 juin 2014

Notre système politique date des diligences

La démocratie parlementaire représentative qui, au fil de l’histoire, s'est imposée en Europe, en Amérique du Nord et dans bon nombre d’autres pays est désormais à bout de souffle. La montée généralisée des populismes en est le symptôme le plus flagrant.

Ce système, après de longues prémisses en Islande et surtout en Angleterre, s'est généralisé au XVIIIème siècle à partir de la Suède, des tous neufs États-Unis et de la France.
Sa forme actuelle a émergé grosso modo entre 1720 et 1800. Le XIXème siècle a raffiné et stabilisé les modes de fonctionnement qui n’ont plus guère évolué par la suite.

Beaucoup d'états, à l’instar de la France, ont connu plusieurs constitutions successives.
Toutefois, ces différentes moutures ont toujours conservé l'architecture générale du parlementarisme, se contentant de modifier à la marge les modes de scrutin et la répartition exacte des pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires.

Vers 1780, lors de la naissance des régimes parlementaires, l’Europe était encore très proche du Moyen-Âge.

L'économie, essentiellement agricole, reposait sur les grands propriétaires fonciers et les corporations.
Le capitalisme moderne restait encore balbutiant et la Révolution Industrielle n'avait véritablement commencé qu’en Grande-Bretagne.

Les médias se limitaient aux gazettes et aux livres, à la diffusion lente et coûteuse.
En France, ils ne pouvaient toucher que 4 hommes et 2 femmes sur 10. Le reste de la population ne savait ni lire, ni écrire.
Moins d'un homme sur 100 accédait à ce que nous nommons aujourd'hui l'éducation supérieure.

Le cheval et la diligence étaient les seuls moyens de transport sur longue distance. Lyon et Marseille se situaient alors respectivement à 5 et 9 jours de Paris. Les communications étaient limitées à la malle-poste qui utilisait les même moyens d’acheminement.

La France comptait alors entre 20 et 25 millions d’habitants, dont plus de 4 sur 5 vivaient à la campagne. Désormais, 5 français sur 6 habitent en zone urbaine.
L'espérance de vie à la naissance oscillait entre 30 et 40 ans, contre presque 85 maintenant.

Dans les familles, épouse et enfants se soumettaient à l’autorité du chef de famille qui décidait de la vie de tous ceux qui logeaient sous son toit.
Domesticité ainsi que fermages et métayages aux conditions très dures mettaient plus des deux tiers des français en situation de sujétion et de dépendance.
Si la Révolution Française a beaucoup fait évoluer le droit dans ces domaines, elle n'a que peu changé la réalité quotidienne. Ce n'est qu’au XXème siècle que le salariat et le travail industriel sont devenus majoritaires.

Dans les années 1800, la réunion d’assemblées parlementaires en sessions régulières et leurs mécanismes d'élection, d'élaboration des textes législatifs, de décision et de censure représentaient une vraie modernité bien adaptée à la société et au rythme d'alors.
Ils mirent fin, avec beaucoup de cahots et de chaos, à l'absolutisme féodal et permirent aux libertés et aux protections sociales de se développer.

Aujourd'hui, nous évoluons dans un univers très différent, en mutation constante, marqué par l’explosion urbaine, l'universalité du capitalisme, l'abolition des distances, l'accélération du temps, l'abondance de l’information et la montée de l’individu.
L'ADN du parlementarisme traditionnel ne recèle que peu de maillons aptes à relever ces défis.

Une mise à jour en profondeur du code génétique de nos institutions s'avère indispensable.
Je souhaite de tout cœur que la génération des “digital natives” ne se limite pas à mettre notre société cul par dessus tête mais en profite aussi pour inventer, dare-dare, de nouvelles organisations politiques adaptées à notre temps. Nous en avons un urgent besoin.

Démofuturiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
. Une voiture est-elle moins chère qu'un cheval sous Louis XV ?
La nourriture est-elle moins chère que sous Louis XV ?
Généalogie de la croissance. Quand l'histoire familiale raconte l'économie et la démographie
Quelles sont les professions menacées par la troisième révolution industrielle ?
Quelles sont les racines de l'extrême-droite populiste ? Comment la faire reculer ?

vendredi 30 mai 2014

Quelles sont les racines de l'extrême-droite populiste ? Comment la faire reculer ?

La montée de l’extrême-droite populiste en France coïncide avec les mutations de la troisième révolution industrielle

La société industrielle, qui connut son apogée durant les "trente glorieuses", réussissait le tour de force d'accroître nettement le niveau et le confort de vie tout en préservant l'essentiel de l'homogénéité, de la prévisibilité et des liens sociaux forts caractéristiques des sociétés rurales.

Notamment, les grandes usines, malgré leurs travers, créaient un fort sentiment d'appartenance, à l'entreprise bien sur, mais aussi à une communauté plus large via les œuvres sociales ainsi que les adhésions syndicales, politiques et, parfois même, religieuses.
Ces collectivités humaines stratifiées et hiérarchisées, où le travail était souvent très dur, produisaient aussi un avenir facile à dessiner via la promotion interne et, surtout, l'embauche des enfants des employés.
Dans ce contexte, les trajectoires individuelles étaient souvent prévisibles et peu diverses.

Quelque part entre mai 1968 et les années 1980, cette belle machine s'est grippée. L'univers d'Henri Ford et de Louis Renault a craqué sous les coups de boutoir de celui de Bill Gates et Steve Jobs.


Le monde post-moderne a cassé les codes des usines tayloriennes

Certes, nos besoins et envies matériels sont toujours de mieux en mieux servis et demandent moins de labeur.
Toutefois, depuis la fin des trente glorieuses, notre vie quotidienne change, en apparence, moins vite et avec plus de dents de scie.

Informatique et télécommunications qui bouleversent notre vécu personnel et professionnel, sont immatérielles, donc peu perceptibles.
La très forte automatisation qu'elles induisent, couplée à l'abaissement des coûts de transport, ont condamné au chômage des cohortes entières d'ouvriers ainsi que leur encadrement. Qui parle d'ailleurs encore d'agents de maîtrise ?

La valse des technologies assure une amélioration moyenne du bien-être physique au prix de beaucoup d'essais et d'erreurs, ainsi que de la disparition, parfois très rapide, d'activités ancestrales.
Nul ne peut plus être certain que son métier existera encore dans cinq ou dix ans.
En très peu d'années, l'horizon professionnel est devenu, a minima, brumeux et, fréquemment, obscur pour la quasi-totalité des personnes en âge de travailler.

Dans le même temps, outre l'imprévisibilité, la diversité est devenue la norme et l'individu domine.
Ce sont, presque exclusivement, des personnes, et non plus des groupes sociaux ou politiques, qui sont les moteurs du maelström ambiant.
Chacun, désormais, décide de ce qu'il veut faire et être, de comment il veut vivre et avec qui.
Sa famille, ses voisins, ses amis, ses collègues, ses relations, ses mentors n'ont pratiquement plus voix au chapitre.
L'augmentation du temps libre et la moindre dépendance aux autres pour sa propre subsistance accroissent les possibilités d'autonomie individuelle.

Causes ou conséquences, je ne sais, ce que les sociologues nomment les corps intermédiaires - partis, églises, syndicats, communautés, associations - ont perdu leur capacité de peser sur le cours des choses et attirent de moins en moins.
Même la petite minorité de catholiques pratiquants, à en croire les enquêtes d'opinion, ne se sent plus liée par les directives doctrinales du pape et des évêques.
Ne parlons pas des syndicats devenus des bureaucraties stériles et inaudibles !


L’extrême-droite populiste surfe sur l'angoisse suscitée par les évolutions en cours

Le train d'enfer des mutations bouscule nos certitudes.
De surcroît, moins courir après son pain quotidien suscite des attentes nouvelles.
Comment faire face, seul, à ces changements rapides et à ces choix de vie ?
Que faire de loisirs désormais prédominants ?
Quel sens donner à tout cela ?
Comment et avec qui surmonter les coups durs ?

L'amélioration moyenne des conditions matérielles de vie et la progression des choix individuels procurent d'indéniables satisfactions mais répondent mal aux besoins de sécurité et d'appartenance, chers au psychologue Abraham Maslow et à sa pyramide.

La famille L. P. et ses séides (je prie le lecteur de me pardonner mais j'ai une crampe récurrente aux doigts qui m'empêche d'écrire certains patronymes) exploite sans vergogne ce créneau porteur.
Balayant doutes et interrogations, elle fournit, prêtes à l'emploi, des réponses simples et, en apparence, opérationnelles qui évitent de se poser trop de questions vis à vis du monde qui change.

À l'instar de ses prédécesseurs des années 1930 qui faisaient du juif cosmopolite la source de tous les maux de notre bel Hexagone, l'extrême-droite actuelle accuse la mondialisation imposée par des élites dévoyées et anglophones et leurs chevaux de Troie immigrés du Sud ou de l'Est.

Dans ces conditions, la résorption de nos problèmes bien réels, à commencer par le chômage massif, ne peut provenir que d'un retour à un mythique ordre ancien où tout allait pour le mieux.

Renvoyons les métèques chez eux, ou, à tout le moins, coupons leurs vivres !
Fermons nos frontières aux nouveaux arrivants !
Réprimons sans mollir la petite délinquance !
Rétablissons les droits de douane !
Supprimons les impôts auxquels nous sommes les plus attentifs comme les taxes sur le carburant !
Réinstaurons la sécurité sociale d'antan ! Réservons la aux vrais nationaux !
Finançons le déficit de l'état par l'inflation en exigeant de la Banque de France quelle imprime de la vraie fausse monnaie !
Et drapons-nous dans notre bel oriflamme tricolore !

Cette analyse et ce programme ont un pouvoir de conviction hors pair car ils rendent le monde aisément lisible et explicable.
Ils ciblent nos deux besoins les plus mis à mal, la sécurité en nous promettant murs et patrouilles, ainsi que l'appartenance, sur le mode "nous et eux".


L'extrême-droite populiste ne peut être contrée que sur le terrain des besoins de sécurité, de prévisibilité et d'appartenance.

La première urgence est de remettre notre machine économique en marche.
Les façons de faire sont connues et globalement efficaces chez nos voisins du Nord et de l'Est : diminution drastique de la taxation de l'emploi, allègement des réglementations freinant l'embauche, réduction du périmètre de l'action publique et augmentation concomitante de son efficacité, notamment de sa vitesse d'exécution, désormais inadaptée aux rythmes de la société.
Ces réformes seront très désagréables et même douloureuses mais dégageront une perspective positive.
À l'inverse, l'inertie politique actuelle accroît continuellement le chômage et la pauvreté de manière tout aussi douloureuse, mais sans aucune sortie de tunnel en vue.

Ensuite, un tour de vis moral est indispensable au sein du monde politique, mais aussi, voire surtout, parmi la soit-disant "élite" syndicale, entrepreneuriale, intellectuelle, sportive, artistique ...
Ceux qui enfreignent délibérément la loi ou se goinfrent doivent quitter définitivement leurs postes ou leurs positions.
Une position élevée dans l'échelle sociale suppose une exemplarité au même niveau.
De surcroît, une réelle modération, soit volontaire, soit fiscale, des rémunérations stratosphériques aiderait à rétablir un sentiment d'équité.

Enfin, nous devons, chacun, nous tourner plus vers l'avenir que vers le passé.
Connaître son histoire est vital, commémorer en permanence est délétère.
Les mutations en cours sont grosses de nombreux risques mais elles fourmillent d'opportunités de tous niveaux. Le meilleur antidote au populisme est de s'en saisir.


Le moralisme est sans effet sur l'extrême-droite

Affubler de noms d'oiseau les sympathisants de l'extrême-droite peut défouler mais est contre-productif.
Ces réactions épidermiques, substituts trop faciles à l'analyse et à l'action, renforcent les convictions des personnes qui se sont mises en mode "nous et eux".
Les nobles sentiments de l'anti-racisme conventionnel visent les symptômes et oublient paradoxalement de traiter les causes.


Seules nos actions individuelles éviteront la catastrophe que serait la famille L. P. dirigeant la France

La levée du danger extrémiste ne viendra ni d'en haut, ni d'une quelconque avant-garde plus ou moins éclairée.
C'est à notre société dans son entier, c'est à dire à chacun d'entre nous, de construire, par elle même et dans la durée, des représentations du monde moins toxiques conjuguant liberté individuelle, responsabilité, confiance, cohésion sociale et sens du collectif

Nos actes et nos convictions individuels doivent concorder.
Honnir Jérôme Cahuzac ou Jean-François Coppé le matin et rechercher un passe-droit routier, immobilier ou scolaire l'après-midi est une contradiction qui nourrit les travers de notre collectivité.
Les petits ruisseaux font les grandes rivières, en négatif comme en positif.

Nos actions et nos interpellations personnelles, si elles sont suffisamment nombreuses et diverses, peuvent faire bouger nos inertiels élus et "élites" pour qu'ils mettent en oeuvre, sans délai, les orientations esquissées ci-dessus.

Actionniquement votre

Références et compléments
- Merci à François et Antoine. Les échanges avec eux sur internet m'ont permis d'esquisser cette chronique.
Leurs réactions m'ont fait entrevoir une parenté très forte entre l'islamisme en Tunisie et l'extrême-droite en France qui m'avais échappé jusqu'alors.
De ce fait, ce billet reprend en partie la chronique "l'islamisme ne vient pas du sous-développement".

- Voir aussi les chroniques :
. Lettre à mes compatriotes tentés de voter Front National
Une planche à billets pour la Marine : l'ingénieux programme économique du Front National
Allons-nous renoncer encore longtemps ? Réaction épidermique aux élections européennes
. Plaidoyer pour un vote europhile
Tout savoir (ou presque) sur les pistes de sortie de crise

lundi 26 mai 2014

Allons-nous renoncer encore longtemps ? Réaction épidermique aux élections européennes

Le résultat en France des récentes élections européennes me désespère.
Plus d’un de mes compatriotes sur deux n’a pas jugé utile de se rendre aux urnes et un votant sur quatre a donné son suffrage à l'extrême-droite xénophobe, protectionniste et anti-Europe, dotée d’un programme économique qu'un lycéen n'oserait même pas recopier.

Politiquement, nous ne sommes plus qu’à une ou deux petites étapes d’une catastrophe d’ampleur.
Ce sinistre état de fait est la conséquence de nos renoncements.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à envisager les opportunités avant les menaces.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à imaginer le futur au lieu de de ressasser le passé.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à ne pas nous bercer d'illusions.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé, face aux mutations de la troisième révolution industrielle et à la crise dans laquelle nous sommes englués depuis 2008, à affronter le vent du large.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à exiger de nos représentants politiques imagination, efficacité et probité.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à n'écouter et ne suivre que des chefs d’entreprise, syndicalistes, médias, intellectuels et artistes de tous poils, eux aussi, efficaces, imaginatifs et honnêtes.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à être, dans notre quotidien, efficaces, imaginatifs, honnêtes ...

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à se souvenir que chacun est co-responsable de la situation de tous.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à agir, à notre modeste échelle, pour améliorer, ne serait-ce qu’un peu, le monde.

Il est grand temps que, collectivement, nous réagissions et n'acceptions plus l’idée de déclin.

À défaut, nous pourrions rapidement être conduit à paraphraser le célèbre texte attribué au pasteur luthérien allemand Martin Niemöller, un temps compagnon de route passif des nazis dans les années 1930, avant d’être arrêté par eux puis déporté.
Lorsqu'ils sont venus chercher les communistes,
Je me suis tu, je n'étais pas communiste.
Lorsqu'ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je me suis tu, je n'étais pas syndicaliste.
Lorsqu'ils sont venus chercher les juifs,
Je me suis tu, je n'étais pas juif.
Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait plus personne pour protester.

Réactiquement votre

Références et compléments
Voir aussi les chroniques :

dimanche 11 mai 2014

Plaidoyer pour un vote europhile

À en croire les sondeurs de nos cœurs et de nos âmes, les prochaines élections européennes devraient déboucher, un peu partout et particulièrement en France, sur la victoire des eurosceptiques, des europhobes et des pêcheurs à la ligne.
Le désintérêt, le désamour et même la franche détestation de l'Union Européenne tendent à devenir majoritaires.

Beaucoup d'entre nous estiment que, sans Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg, les difficultés et les mutations que nous traversons seraient nettement moins pénibles, voire inexistantes.

Autant le dire nettement, mon opinion est strictement inverse.
Les institutions communautaires pourraient, certes, fonctionner nettement mieux. Mais vouloir se débarrasser du bébé en même temps que de l'eau savonneuse de la baignoire est rarement une bonne politique.

L'Europe, avec sa construction bancale et erratique, son jargon, son manque de leaders visibles et ses compromis tièdes, est compliquée à "vendre" et à aimer.
Le retour à un passé national mythique et les promesses de lendemains qui chantent une partition mal définie sont plus émotionnelles, mais aussi totalement illusoires.

Les "preuves silencieuses" ne sautent pas aux yeux.
Nous percevons plus nettement les problèmes de l'heure - chômage, inégalités, manque d'entrain et de croissance - que les catastrophes qui ne sont jamais survenues grâce à la construction européenne.

Daniel Cohn-Bendit, lors de son discours d'adieu au parlement européen en avril dernier, a exprimé, avec sa fougue et son talent oratoire, les arguments que je cherchais à rassembler dans une chronique depuis plusieurs semaines.

Plutôt que de continuer à écrire, je préfère céder la parole à un des rares hommes politiques transnationaux et polyglottes que l'Europe ait connu.
Son intervention dure une dizaine de minutes et mérite d'être écoutée d'un bout à l'autre.
Si vous ne disposez pas de ce laps de temps, je vous suggère le passage situé entre 3'30'' et 5'00'' où Daniel Cohn-Bendit raconte son histoire personnelle franco-allemande et rappelle que l'Union Européenne a "réussi l'invraisemblable" de rendre les guerres mondiales au cœur de notre continent impossibles.


Merci monsieur Cohn-Bendit, votre voix sincèrement européenne va nous manquer.

Toujours européennement votre

Références et compléments
- Deux autres vidéos sur les interventions de Daniel Cohn-Bendit au parlement européen de Strasbourg :
. le très beau discours de janvier 2011 sur la révolution de Tunisie où, emporté par l'émotion, Daniel Chn-Bendit appelle Mohamed Bouazizi "Monsieur Sidi Bouzid",
. un medley réalisé par le journal belge Le Soir de ses meilleures saillies au fil des ans.

- Sur le thème des prochaines élections européennes, voir aussi la chronique "lettre à Elżbieta Łukacijewska".

- L'expression "preuve silencieuse" provient du livre "the black swan / le cygne noir" de Nassim Nicholas Taleb.

lundi 14 avril 2014

Lettre à Elżbieta Łukacijewska

Chère Madame (ou Mademoiselle, je ne sais)

À ma très courte honte, je dois avouer que, quelques heures en arrière, j'ignorais votre existence.
Fort heureusement, un site de rencontres m'a fait découvrir vos nombreux charmes.

Elżbieta Łukacijewska
Cette agence matrimoniale un peu particulière s'appelle VoteWatch Europe et s'est donnée pour mission de surveiller et de rendre publique l'action des députés européens.
En plus de nombreuses statistiques civiques, ce service internet propose un speed dating politique.
L'internaute remplit un formulaire avec onze questions politiques, économiques et sociétales. VoteWatch Europe classe ensuite les parlementaires de Strasbourg en fonction de la proximité de leurs votes avec les opinions exprimées par le visiteur.

Eh bien, chère Elżbieta, j'ai le plaisir de vous annoncer que vous arrivez première dans mon hit-parade personnel !
84% de vos suffrages dans l'hémicycle communautaire sont en accord avec mes inclinaisons personnelles.

Vous avez réussi à coiffer sur le poteau Iva Zanicchi, une chanteuse et députée italienne, ainsi qu'Artur Zasada, un de vos compatriotes polonais.
Les 10 premiers de ma liste personnelle sont 5 italiens, 4 polonais et un espagnol. Comme quoi, tropismes géographiques et généalogie ont peut-être une importance politique insoupçonnée.

Iva Zanicchi, désormais députée berlusconienne au parlement européen, a interprété en italien dans les années 1970 des chansons de Mikis Theodorakis.

L'escadron polono-italien, dont vous assurez le leadership, a relégué au diable vauvert l'équipe de France.
Le premier député bleu-blanc-rouge dans mon classement est Gilles Pargneaux. Il pointe seulement à la douzième place et semble surtout connu de sa propre famille.
Sa seconde est Bernadette Vergnaud qui n'a réussi qu'une minable trente-septième position.

Beaucoup de députés français se retrouvent dans mon grupetto personnel.
Ainsi M.L.P. (je suis toujours affecté de la même crampe aux doigts qui m'empêche d'écrire ce nom en entier) est antépénultième dans l'ordre de mes préférences. Elle n'est battue que par le libéral irlandais Brian Crowley et le populiste xénophobe britannique Godfrey Bloom.

Fasciné par notre complicité naissante, j'ai, chère Elżbieta, visité vos pages et posts sur internet.
Votre biographie révèle de nombreux points communs entre nous deux : nous sommes de la même génération, vous avez fait vos études dans un institut polytechnique et avez quelques qualifications en marketing.

Comme malheureusement je capte peu l'idiome de Lech Walesa, vos interventions à Strasbourg et vos prises de position me sont resté hermétiques. Mais vu notre osmose intellectuelle naissante, cela n'a guère d'importance.

J'ai toutefois noté une petite ombre au tableau. Vous entretenez un clientélisme du meilleur aloi en sponsorisant une compétition de football pour enfants.
Pour gagner définitivement mes faveurs, je vous suggère de laisser tomber la discipline - si j'ose m'exprimer ainsi - de Zidane et Materazzi pour introduire le beau jeu de rugby dans la patrie de Chopin.

Européo-poloniquement votre

Références et compléments
- Comme à chaque fois que j'aborde des thèmes politiques, les colonnes de ce blog sont ouvertes pour un droit de réponse. Chère Elżbieta Łukacijewska, je me ferai un plaisir de publier votre réaction, y compris dans la langue de Czesław Miłosz.
- Dans une veine proche, la chronique photographique sur les "Confins de l'Union Européenne".
- Le site VoteWatch Europe. Il m'a été signalé par Didier que je remercie.
- Site web et page Wikipedia en polonais d'Elżbieta Łukacijewska.
- La photo d'Elżbieta Łukacijewska provient de sa page Wikipedia.
  

lundi 7 avril 2014

La politique française à marée basse

C'est à marée basse qu'on découvre ceux qui nagent sans maillot.
Warren Buffet
Les récentes élections municipales françaises sont un formidable désaveu de la classe politique dans son ensemble, avant d'être une défaite pour la majorité de gauche ou une victoire de la droite et de l'extrême-droite .

Pour en juger, j'ai recalculé les résultats, non pas en fonction des suffrages exprimés, mais d'après le nombre d'inscrits. J'ai aussi regroupé tous ceux qui se sont mis hors vote, soit en s'abstenant, soit en votant blanc ou nul.

Nationalement, au premier tour, 2 électeurs sur 5 ont déserté le scrutin.
La droite et le centre, qui se sont autoproclamés premier parti de France, n'ont rallié qu'un citoyen sur 3.
Les tenants de François Hollande n'ont pas dépassé 1 sur 6.
Les extrêmes et inclassables de tous poils n'ont attiré qu'une personne sur 10.

Résultats du 1er tour des élections municipales françaises de 2014

Dans presque chaque commune, les scores sont similaires et aux antipodes des titres de la presse.

Ainsi, en Isère, à Meylan où je réside, l'amère maire sortante a été réélue par un tout petit tiers des électeurs, presque autant que la liste de gauche.
Les hors vote ont représenté plus d'un inscrit sur 3.

Résultats du 2nd tour des élections municipales 2014 à Meylan (Isère)

À Grenoble, à écouter gazettes et gagnants, un raz de marée daltonien - vert et rouge - redessinerait les contours d'une nouvelle gauche.
Ce n'est pourtant qu'une vague vaguelette !
Seul un petit quart des grenoblois a soutenu la liste menée par Eric Piolle, alors que plus de 4 électeurs sur 10 ont boudé les urnes.
L'équipe sortante, totalement déconfite, n'a convaincu qu'un citoyen sur 6.
Quant aux candidats de droite, ils ont obtenu un résultat inversement proportionnel à leur performance judiciaire.

Résultats du 2nd tour des élections municipales 2014 à Grenoble (Isère)

À Béziers, le triomphe de l'extrême-droite n'est qu'une petite victoire aux points.
Robert Ménard, le reporter du front d'hier, n'a attiré que 2 biterrois sur 7.
Même dans cette ville où l'enjeu symbolique était élevé et où quatre listes se disputaient le second tour, un tiers des habitants a refusé le vote.

Résultats du 2nd tour des élections municipales 2014 à Béziers (Hérault)

Abstentionniquement votre

Références et compléments
- Les graphiques et pourcentages ont été déterminés à partir des chiffres officiels du ministère de l'intérieur français.