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mardi 9 août 2016

Le revenu de base universel en 6 questions

​Le revenu d'existence ou revenu de base universel fait petit à petit son chemin dans les débats sociaux, économiques et politiques.

En 2016, la Suisse a organisé un référendum à son sujet et la Finlande annoncé une prochaine mise en oeuvre expérimentale.

Cette idée mérite, a minima, d'être examinée attentivement.
En effet, un concept promu simultanément par les libéraux et des fractions très différentes de la gauche et combattu par les conservateurs de toutes obédiences ne saurait être entièrement stupide.

Le revenu de base universel c'est quoi donc ?

Le principe est simple : remplacer toutes les prestations sociales existantes par une seule, à la fois forfaitaire et inconditionnelle.

Par exemple, en France, la protection sociale coûte grosso modo 700 milliards d'euros annuels pour une population de 65 millions d'habitants.
Cela représente sensiblement 900 € mensuels par personne.

Le revenu universel consisterait à verser cette somme automatiquement à chacun, sans distinction, du berceau au cercueil.
En contrepartie, toute la couverture sociale actuelle - sécurité sociale maladie, allocations familiales, allocation chômage, pensions de retraite et aides diverses notamment pour le logement - serait supprimée.

Chacun serait entièrement libre de choisir l'usage de cette pension : dépense immédiate et/ou épargne notamment pour la retraite et/ou cotisation à des assurances ou mutuelles garantissant les risques liés à la santé ou à la perte d'emploi.

Des propositions suggèrent, dans un souci de protection de l'enfance, que le revenu de base versé aux mineurs ne puisse être employé que pour leur assurance santé et la constitution d'une épargne disponible à leur majorité.

Le revenu d'existence pour quoi faire ?

Les supporters de cette allocation unique, lorsqu'ils sont issus des rangs de la gauche, apprécient une protection sociale qui deviendrait réellement universelle et totalement égalitaire.
Les plus modernistes soulignent que le revenu de base crée un "droit à l'accès" et non pas un "droit à des droits".

Les libéraux y voient un système associant libre choix individuel avec solidarité collective.
Ils insistent aussi sur la meilleure efficacité économique procurée, d'une part, par la l'extrême simplicité de ce mécanisme social et, d'autre part, par la mise en concurrence des assurances maladie et retraite ouvertes au secteur privé.
D'après eux, le revenu universel ferait disparaître moult usines à gaz et rentes de situation.

De surcroît, certains estiment qu'une telle réforme, en France - par le biais de la suppression des régimes sociaux existants - faciliterait la refonte des prélèvements obligatoires, en les faisant moins porter sur le travail et plus sur la valeur ajoutée, voire sur les revenus.

Le revenu universel : une prime à la fainéantise ?

Cet argument est aussi ancien que les premiers embryons de protection sociale.
Depuis plus d'un siècle et demi, les milieux conservateurs l'ont brandi à chaque fois qu'une solidarité collective organisée est venue substituer une aléatoire charité.

En pratique, une somme inférieure au salaire minimum ne permet guère de mener une existence de nabab tout en bénéficiant d'une couverture santé acceptable.
Je suggère à ceux qui pensent le contraire de pratiquer l'exercice pendant quelques semaines.

Toutefois, d'autres objections éthiques et pratiques au revenu de base s'avèrent plus problématiques.


Faut-il soigner un malade non assuré ?

Avec le revenu universel, la collectivité mettrait à disposition de chacun la possibilité de se protéger contre les principaux accidents de la vie, mais sans aucun caractère obligatoire.

Rapidement après la mise en place du revenu de base, les hôpitaux devraient recevoir des patients souffrant d'affections graves et n'ayant pas employé leur allocation universelle pour assurer leur santé.
Sans possibilité d'acquitter le coût de leur traitement, devront-ils être quand même pris en charge ?

L'éthique de la médecine prescrit de soigner les personnes le nécessitant indépendamment de leur condition pécuniaire.

Toutefois, dans ce cas, beaucoup d'entre nous - en suivant un raisonnement économique rationnel - se comporteront en passagers clandestins obtenant des prestations médicales gratuites.
Les infirmières et médecins ne vivant pas de l'air du temps, le système de santé ne pourra survivre longtemps sans financement...

Dans la même veine, une liberté complète des assurances maladie conduira à d'importantes inégalités, à l'instar de celles existant aujourd'hui pour les risques automobiles.
Un trentenaire non fumeur, sportif, marié avec enfants se verra proposer des primes modiques, alors que le revenu de base d'un septuagénaire isolé, cardiaque et diabétique ne lui permettra pas de s'assurer.

Pour éviter ces effets pervers, des promoteurs du revenu d'existence suggèrent de le transformer en "chèque-protection sociale" à l'instar des "tickets-restaurant" et d'imposer des régulations strictes aux assurances maladie privées.
Les libéraux craignent, non sans raison, le retour des usines à gaz et des rentes de situation...

Faut-il payer un revenu de base aux immigrés ? aux expatriés ?

Le revenu d'existence serait financé par la fiscalité nationale qui taxe, en proportions diverses selon les états, salaires, bénéfices, valeur ajoutée, travail et patrimoine.

Son versement aux personnes vivant durablement dans un pays - quelle que soit leur nationalité - et en règle avec la législation, notamment fiscale, ne pose aucun problème de principe.

Par contre, cette allocation universelle doit-elle être donnée aux arrivants de fraîche date ?
Que faire s'ils sont en situation irrégulière ?
Comment éviter l'afflux des "chasseurs de prime" ?
900 € mensuels inconditionnels apparaissent depuis beaucoup de pays en voie de développement, voire émergents, comme un pactole...

De même, les nationaux vivant à l'étranger sont imposés là où ils habitent. Logiquement, ils ne devraient pas bénéficier du revenu de base de leur pays d'origine.
Mais comment limiter la très tentante fraude à la résidence ?

Comment payer la retraite des vieux ?

En France, mais aussi par exemple en Tunisie, en Italie ou en Allemagne, les retraites sont essentiellement financées par un système dit de répartition.
Chaque mois, les cotisations des actifs sont immédiatement employées à payer les retraités.
L'accumulation, au fil de la vie professionnelle, de ces cotisations génère, petit à petit, des droits à la retraite.

Ce système ressemble en apparence à une épargne mais n'en est pas une.
De surcroît, il ne tient que par son caractère obligatoire.
Les pensions de retraite sont garanties par le fait que tous les travailleurs du moment sont forcés de les financer, en échange de la promesse qu'il en sera de même pour eux plus tard.

Dans d'autres pays, comme les USA, les retraites fonctionnent avec des régimes dits de capitalisation.
Chacun épargne ce qu'il souhaite via des organismes financiers, les fameux "fonds de pension".
Ces sommes sont placées en actions et obligations afin de fructifier et d'assurer une rente quand leur titulaire cessera de travailler.

Le revenu universel est bien adapté au système par capitalisation car il confère à chacun une possibilité minimale d'épargne.

Par contre, l'allocation d'existence qui supprime l'obligation individuelle de protection sociale est incompatible avec les retraites par répartition.
Pour les jeunes générations, cela ne serait guère un souci. Les deux systèmes ont leurs avantages et inconvénients et nécessitent chacun du temps long.
Pour les retraités ou pour ceux - comme votre serviteur - qui s'approchent de la fin de leur carrière, le nouveau régime social serait une catastrophe. Leurs longues décennies de cotisations n'ayant pas été employées à bâtir une épargne, le revenu de base les priverait de retraite...

Pour surmonter ces difficultés, des propositions de transition longue d'un système à l'autre, voire même de maintien des retraites par répartition sont évoquées.
Là encore, la pureté virginale du revenu de base universel risque de s'évaporer dans des usines à gaz...

Socialement et universellement votre

Références et compléments
Merci à Jean et Bernard qui ont, depuis plusieurs mois, insisté pour que je rédige ce billet.

samedi 30 novembre 2013

Plaidoyer pour Philippe Varin qui aurait mérité de garder son chapeau

Philippe Varin, présentement futur-ex PDG de la maison automobile Peugeot Citroën, à l'issue d'un lynchage syndicalo-politico-médiatique, a été contraint, cette semaine, de renoncer à une pension dite chapeau que la famille gouvernant l'entreprise s'était engagé à lui verser.

Trop peu de voix se sont élevées pour défendre cet infortuné patron.
Refusant de me joindre au chœur des hyènes, je vais tenter, à ma façon, de plaider la cause de cet éminent polytechnicien en vous proposant de vous mettre dans la peau de Philippe Varin et d'imaginer l'extrême complication de sa vie professionnelle mais aussi personnelle.

En 2009, ayant restructuré et vendu à un conglomérat indien la dernière compagnie sidérurgique européenne indépendante, Philippe Varin est recruté par la tribu Peugeot pour diriger ses fabriques de voitures.
Il prend alors la tête d'une entreprise dans la tourmente dont les pertes avoisinent 1 000 000 000 €.
Très rapidement, son action est couronnée de succès. En 2010 et 2011, les marques au lion ou aux chevrons repassent dans le vert.

Toutefois, le 8 août 2012, franchissant le cap symbolique de la soixantaine, Philippe Varin se met à envisager sa retraite.
Mu par un sens aigu de la moralité et de la probité tout à son honneur, il se met en ordre de bataille pour rendre la société à ses actionnaires dans l'état où il l'avait trouvé en y arrivant : en déficit !
Compétiteur dans l'âme et perfectionniste compulsif, ce PDG réussit même à exploser la pâle performance de son prédécesseur et termine l'année avec un trou total de 5 000 000 000 €, 25 000 € par salarié.
Creuser aussi rapidement et aussi profondément suppose une activité hors pair, un excellente agilité intellectuelle et une mobilisation de tous les instants.
Au regard de tous ces efforts, le salaire annuel de 1 300 000 € de Philippe Varin me parait plus qu'amplement justifié. Les critiques de ce type de rémunération méconnaissent l'ampleur des défis auxquels sont confrontés les dirigeants des grands groupes.

Malheureusement pour eux, les top managers ne doivent pas se contenter d'exploits professionnels. Leurs trop rares moments de loisirs ne leur appartiennent guère.
Recevoir une rémunération de 3 500 € par jour, dimanches et jours fériés inclus, est aisé. La dépenser est une autre paire de manches !

Prenons quelques instants la place de ce pauvre Philippe Varin, chaque soir vers 22 heures, après une journée harassante consacrée à imaginer comment fermer usines ou services et faire racheter sa boîte par des chinois sans qu'Arnaud Montebourg et les Peugeot y trouvent à redire.
Au lieu de nous affaler dans notre canapé et de siroter une camomille au Canderel en regardant un épisode du commissaire Navarro récupéré sur YouTube, nous voilà forcé de planifier comment, le lendemain, notre famille et nous-même allons pouvoir claquer plus de trois SMIC mensuels et demi avant le coucher du soleil. Cette tâche est d'autant plus ardue que notre contrat de travail nous interdit l'achat de BMW, Porsche et autres Rolls-Royce et que notre entreprise finance l'essentiel de nos repas, voyages et hébergements.

Au bord du burnout, Philippe Varin aurait confié cette semaine à ses confrères du MEDEF qu'il avait accueilli la hollandaise et arlésienne taxe à 75% avec soulagement et qu'il regrettait même son taux bien trop faible et sa mise tardive en application.

Richement votre.

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "hôpital Montebourg vs charité PSA ?"  et "face au CAC, le SMIC prend une claque !".
Le billet "les constructeurs automobiles devraient cesser de faire des voitures" revient sur la méforme actuelle des constructeurs automobiles français.

- Mes remerciements chaleureux et amicaux aux deux détonateurs de cette chronique consacrée aux malheurs des riches, Alain et Jean, très élégant dans sa nouvelle nuisette.

- Les chiffres, arrondis pour faciliter la compréhension, sont issus des rapports financiers officiels de la maison PSA Peugeot Citroën.

- D'après Wikipedia, Philippe Varin serait né le 8 août 1952 à Reims.
  

mercredi 27 novembre 2013

Rétablissons les niches fiscales d'antan

Les heurs et malheurs des niches fiscales ne sont pas sans rappeler la compétition jamais achevée entre le canon et le blindage.

En 1997, les partisans de l'artillerie ont réussi à abattre un des remparts les plus solides du code français des impôts en faisant la peau aux "déductions supplémentaires de frais professionnels".
Jusqu'à cette date, le percepteur diminuait sa note d'une vingtaine de pourcents pour une kyrielle de métiers qu'au fil du temps, les parlementaires, dans leur grande sagesse, avaient choisi de privilégier.

Si cette décision courageuse a incontestablement permis à l'équité de progresser, elle a insidieusement diminué la poésie et le folklore qui se nichaient naguère au cœur des réglementations économiques les plus austères.
Pour vous permettre d'apprécier ce patrimoine législatif et fiscal perdu, voici quelques unes des professions auxquelles l'administration des finances avait accordé un substantiel discount.

- Armuriers et limeurs de cadres de bicyclettes du département de la Loire.

- Ouvriers bonnetiers de la région de Ganges (Hérault).

- Brodeurs de la région lyonnaise utilisant des métiers pantographes, sans oublier les brodeurs de l'Aisne.

- Les internes des hôpitaux de Paris, que d'aucuns qualifient de brodeurs de l'aine.

- Émouleurs, polisseurs et trempeurs de la région de Thiers (Puy de Dôme).

- Tisseurs à bras de gaze de soie à bluter de la région de Panissières (Loire).

- Fabricants d'éponges métalliques du département de l'Ain.

- Ourdisseurs, bobineurs et caneteurs employés dans les tissages de la région de Fourmies, de Cambrai et du Cambrésis.

- Forgerons à domicile de la région de Hautes-Rivières (Ardennes).
Je tiens à préciser que les boulonniers de Levrézy et Braux, bourgades situées à quelques kilomètres de Hautes-Rivières, n'ont jamais bénéficié d'une quelconque mansuétude de la part du fisc.

- Ouvriers mineurs travaillant au fond des mines.
Hors de question d'exonérer ceux qui, détournés de leur art géologique, oseraient exercer leur travail dans un aéronef.

- Chauffeurs et receveurs convoyeurs de cars à services réguliers ou occasionnels ainsi que les conducteurs démonstrateurs et conducteurs convoyeurs des entreprises de construction d'automobiles.

- Choristes.

- Pilotes et mécaniciens employés par les maisons de construction d'avions et de moteurs pour l'essai de prototypes.
Personnellement, je regrette quelque peu que les libéralités fiscales n'aient jamais été étendues aux essayeurs de prototypes de matériel électrique.

- Forgerons, mouleurs, monteurs et polisseurs employant un outillage mécanique dans le cadre des fabrications de matériels médico-chirurgical et dentaire et de coutellerie de la région de Nogent-en-Bassigny (Haute-Marne).

- Speakers de la radiodiffusion télévision française.

- Ouvriers scaphandriers.

- Piqueurs non propriétaires de leurs machines et monteurs employés dans la fabrication de galoches de la région de Laventie (Pas-de-Calais).

- Éclaircisseuses, polisseurs et monteurs de pipes de la région de Saint-Claude (Jura).
Le lecteur attentif aura remarqué que les parlementaires, comme le prouve encore une actualité récente, sont, de tout temps, restés intraitables à l'encontre des travailleurs et travailleuses chargés du découpage et du chantournage de ces instruments pour fumeurs.

Fiscalement votre

Références et compléments
- Je remercie Laurence qui héberge son cheval, non pas dans une niche, mais dans une écurie d'avoir initié l'idée de cette chronique que je lui dédie.
- Le liste à la Prévert des professions ayant bénéficié jusqu'en 1997 d'une réduction substantielle d'impôt sur le revenu est consultable dans son intégralité à l'article 9 du rapport du Sénat de la République Française numéro 85 de 1997 rédigé par Alain Lambert.
  

jeudi 12 septembre 2013

Liberté, Inégalité, Fraternité

A l'occasion du récent dévoilement de la charte de la laïcité à l'école, Vincent Peillon, le sémillant et philosophe ministre français de l'éducation, a souhaité que les Valeurs de la République inspirent nos comportements.
Celles-ci sont brillamment synthétisées par la devise qui orne le fronton de la plupart des mairies : Liberté, Égalité, Fraternité.

Pouvoir sur ce blog me gausser de ministres en exercice ou publier des statistiques religieuses sans craindre d'être tiré matutinalement du lit par l'équivalent tricolore de la Stasi prouve que le rayon Liberté est très correctement achalandé.

La Fraternité est plus difficile à évaluer. Ce sentiment très personnel n'est pas aisé à détecter. De surcroît, sa mise en œuvre pose quelques problèmes. Être fraternel envers son conjoint ou ses enfants ne serait-ce pas pratiquer une sorte d'inceste inversé ?

Par contre, l'Égalité a le bon goût d'être mathématiquement mesurable.
Aussi afin d'éclairer la lanterne de Vincent Peillon et de ses collègues du gouvernement, je me suis attelé à vérifier si les revenus en France respectaient ou non nos sacro-saintes Valeurs Républicaines.

Pour ce faire, j'ai repris la classification établie par Thomas Piketty, économiste de renom dont les travaux ont inspiré François Hollande durant la primaire socialiste mais aucunement guidé son action présidentielle.

Ce spécialiste de l'étude des salaires, de la fiscalité et des patrimoines répartit les français en 4 catégories dans l'ordre croissant des revenus.
Les classes populaires sont constituées de la moitié la plus pauvre des français. Suivent ensuite, les classes moyennes avec les 40% de personnes situées au "milieu". Enfin, les français les plus riches se partagent entre le dernier pourcent qui forme les classes "très" aisées et les classes "simplement" aisées qui occupent les 9% précédents.

Répartition des classes sociales en France en fonction de leurs effectifs
L'écart de revenu entre ces catégories est gigantesque.
Les 5 millions de personnes les plus défavorisées récupèrent moins de 900 € par mois.
Le revenu moyen net,  après impôts et transferts sociaux, d'un adulte des classes populaires est de 1 500 € mensuels.
Les classes moyennes gagnent sensiblement le double et les classes aisées le quadruple.
Les 500 000 personnes très aisées émargent chacune à 30 000 € par mois, 33 fois plus que leurs concitoyens moins bien lotis. En 2 ans, ils gagnent autant qu'un travailleur des classes populaires en une vie professionnelle complète.
Les 5 millions de français les plus riches ont sensiblement le même revenu cumulé que les 25 millions les moins fortunés.

Répartition des classes sociales en France en fonction de leurs revenus nets mensuels moyens
Afin de rendre notre situation encore plus palpable, voici ce que serait la France si ces inégalités, en plus d'être sociales, devenaient aussi géographiques.
Le nord de la Loire, grosso modo les anciens pays de langue d’oïl, regrouperait les catégories populaires avec un revenu moyen de 1 500 € mensuels par personne.
Les classes moyennes, autour de 3 000 € par mois, se mettraient à l'occitan et occuperaient le sud de la Loire.
La bande littorale provençale de Marseille à Nice serait mise à disposition des français aisés disposant de 6 000 € mensuels.
L'agglomération de Grenoble, qu'il faudrait ceindre de fossés et de barbelés, serait transformée en ghetto pour ultra-riches touchant presque 400 000 € chaque année. Cette nouvelle principauté opterait pour le patois dauphinois comme langue officielle aussitôt son indépendance acquise.

Ces chiffres permettent aussi de comprendre pourquoi seules les grosses pièces de 1 et 2 € portent la devise de la république française. La faire figurer sur la menue monnaie pourrait passer pour de la publicité mensongère vis à vis des citoyens plus pauvres.

Inégalement votre

Références et compléments
Les données, que j'ai arrondi pour faciliter leur compréhension, proviennent :
. du livre de 2011 de Thomas Piketty, Camille Landais et Emmanuel Saez "Pour une révolution fiscale - Un impôt sur le revenu pour le XXIème siècle" accessible gratuitement en ligne en suivant ce lien ;
. de l'observatoire des inégalités qui fournit de très nombreuses statistiques sur les disparités de la société française.

mardi 25 juin 2013

Tout savoir (ou presque) sur les impôts et taxes en France

Après une chronique consacrée aux dépenses, nous poursuivons la série consacrée aux finances publiques de la France en détaillant ce que les spécialistes appellent joliment les prélèvements obligatoires.

Les impôts et taxes - modernes successeurs des tailles, dîmes et gabelles d'ancien régime - représentent un montant annuel de 875 milliards d'Euros.
Dit autrement, les collectivités publiques ponctionnent en moyenne par français 1 100 € par mois.
Que l'on soit jeune ou vieux, actif ou inactif, marié, pacsé ou célibataire, salarié ou entrepreneur, chacun de nous verse un gros SMIC au début de chaque mois pour le fonctionnement des systèmes étatiques et sociaux.

La sécurité sociale - organismes fort peu démocratiques puisque les administrateurs ne sont plus élus depuis 1983 - s'arroge la part du lion.
600 € mensuels par français, 1 € par heure et par malade potentiel, sont prélevés de façon presque invisible, principalement sous forme de cotisations salariales et de CSG.

Comparativement à la sécu, l'état parait presque raisonnable avec 350 € par mois capté à chaque français.
Et pour faire bonne mesure, communes, départements et régions se liguent pour nous soustraire 150 € mensuels par personne.

La façon dont s'effectue cette imposition est aberrante dans un pays gangréné par le chômage. La moitié de la pression fiscale, 550 € mensuels par français, pèse sur l'emploi.
Un très gros tiers des impôts et taxes, 450 € mensuels par français, proviennent directement du travail. A l'échelle du pays, les cotisations sociales enchérissent de moitié les coûts salariaux.
Dans la même veine, un dixième des prélèvements, 100 € par mois et par tête de pipe, pèse sur les entreprises qui créent pourtant emplois et richesses.

La consommation alimente la machine étatique à raison de 250 € par mois et par personne, via essentiellement la TVA et les taxes sur les péchés que sont l'alcool, le tabac, les jeux et les carburants.

L'imposition sur le revenu, pourtant très peu populaire, ne représente qu'un sixième du total des prélèvements obligatoires, 200 € mensuels par citoyen.
A chaque fois que nous sortons avec douleur un euro de notre poche pour acquitter notre tiers provisionnel ou notre prélèvement mensuel, nous en déboursons 4.5 en cotisation sociales et 2.5 en taxes sur notre consommation.

La fiscalité du patrimoine - droits de succession, impôt sur la fortune, taxe foncière et taxe d'habitation - ferme la marche avec 100 € par mois et par personne.
A ces sommes, il convient toutefois de rajouter 50 € mensuels de taxes diverses et variées, l'imagination des technocrates de Bercy étant absolument sans limite.

Une des causes profondes de la révolution française en 1789 était un système fiscal complexe et inique, avec d'innombrables exemptions, taxant trop la véritable activité économique et insuffisamment le patrimoine dormant.
Il est plus que temps, pour éviter que l'Histoire ne bégaie, d'être collectivement courageux en diminuant la pression fiscale sur le travail et en accroissant celle frappant le patrimoine, la consommation et les revenus.

Fiscalement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Voir aussi les trois autres volets de cette série de chroniques économiques :
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les dépenses publiques françaises"
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le déficit public de la France"
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les pistes de sortie de crise"

- Les chiffres de cette chronique, que les spécialistes qualifient bizarrement de consolidés, ont été obtenus par recoupement et recalcul de données présentées dans divers documents officiels en provenance des ministères des finances et du budget, de l'INSEE, du parlement, de la sécurité sociale et de la cour des comptes.
Les données reportées ici sont celles de 2011, dernière année pour laquelle nous disposons de statistiques pas trop tartes.
Les valeurs ont volontairement été arrondies pour plus de lisibilité.

jeudi 13 décembre 2012

Face au CAC le SMIC prend une claque

D'après une gazette économique généralement bien informée, la rémunération annuelle moyenne des dirigeants des grandes entreprises françaises de l'indice CAC 40 s'établirait en 2011 légèrement en dessous de 4.5 millions d'Euros, soit environ 400 fois le SMIC.

Comme il est parfois difficile de se représenter les nombres astronomiques, les comparaisons ci-dessous illustrent le salaire des PDG de haut vol (lecteurs espiègles, je vous laisse interpréter cette expression à votre guise).


Ce qu'un ouvrier au SMIC gagne en une année entière, un patron du CAC 40 l'obtient vers 13 heures le 2 janvier.

Si les salaires mensuels étaient payés en pièces de 1 Euro empilées les unes sur les autres, le revenu du smicard atteindrait le plafond d'un appartement habituel (2.3 m), alors que celui d'un grand patron dépasserait le Borj Khalifa de Dubai, immeuble le plus haut du monde.

Si le SMIC était la distance entre Paris et Orléans ou entre Lyon et Grenoble (100 km), alors le salaire d'un patron du CAC 40 serait le tour de la Terre au niveau de l'équateur (40 000 km).

Si le SMIC était un œuf (50 g), alors le salaire d'un patron du CAC 40 serait une basse-cour de 10 poules pondeuses (20 kg).

Si le SMIC était la vitesse d'une tortue (250 mètres par heure), alors le salaire d'un patron du CAC 40 dépasserait largement l'allure du lièvre pour atteindre celle d'une berline sur une rocade urbaine (100 km/h).

Si le SMIC était les paroles de l'Internationale, alors le salaire d'un patron du CAC 40 serait le Capital de Karl Marx.

Si le SMIC était une chanson de Georges Brassens, alors le salaire d'un patron du CAC 40 serait deux intégrales entières du Barde de Sète.

Pour terminer cette chronique sur une note d'espoir, je convie les grands capitaines d'industrie à relever d'urgence un challenge motivant : rattraper d'abord le comédien Dany Boon puis le footballeur Zlatan Ibrahimovic qui engrangent respectivement environ 2 et 3 fois plus qu'eux.

Salariquement votre

Références et compléments
- Merci à Claude qui a fourni le déclic de cette chronique salariale et à Pierre pour son inspiration au long cours.

- Article de l'Expansion du 11 décembre 2012 "Palmarès: le salaire des patrons du CAC 40 ne connaît pas la crise"

- La pile de pièces de 1 Euro (2.33 mm d'épaisseur) rémunérant le travail d'un mois d'un PDG du CAC 40 atteindrait 930 mètres de haut. Borj Khalifa culmine à 828 mètres.

- Le lièvre court à environ 70 km/h.

- Les paroles de l'Internationale ont été écrites en 1871 pendant la Commune de Paris par Eugène Potier.

- Georges Brassens a rendu publiques un peu moins de 200 chansons.

- Le pitre nordiste Dany Boon aurait empoché au dernier pointage annuel presque 8 millions d'Euros.

- Zlatan Ibrahimovic, buteur patenté du Qatar-Saint Germain, émargerait à 12 millions d'Euros peu fiscalisés en France.
  

jeudi 8 mars 2012

Misère en Inde

Même après cinq voyages en un peu plus d'un an, il est impossible de s'habituer à l'écart abyssal de niveau de vie entre l'Inde et la France.

En déplacement professionnel au pays de Gandhi, salles de réunion climatisées, hôtels de luxe et focalisation sur le "business" ne suffisent pas à vous éviter le contact avec la misère absolue.
Dans les villes, des huttes discrètes sont érigées sur chaque terrain vague et, notamment à Mumbai, les trottoirs peuvent devenir des logements.
Hier, à Bangalore, devant l'usine, des travaux avaient lieu pour équiper "Electronics City" de fibres optiques afin que les entreprises disposent d'internet à haut débit. Parmi les dizaines de manœuvres, un adolescent de quinze ans creusait une tranchée avec un simple fer à béton. L'équiper d'une pelle et d'une pioche aurait probablement coûté beaucoup plus cher que son salaire.

Un ouvrier indien d'une entreprise de sous-traitance mécanique gagne, dans une grande ville, environ 90 euros par mois. Ce revenu mirobolant fait de lui un privilégié par rapport aux journaliers du secteur dit "informel" ou de l'agriculture.
Que les bons esprits économiques se rassurent, à ce prix là, ni impôts ni charges sociales ne sont exigés. Cela tombe d'ailleurs plutôt bien, car, à part des écoles à la pédagogie sommaire et une police corrompue, la majorité de la population ne bénéficie d'aucun service public ou protection sociale.

Toutefois la comparaison entre France et Inde n'est pas exempte de paradoxes.
Est-ce une conséquence du système hiérarchiques des castes, la patrie de Nehru ne semble avoir aucun problème pour étaler sa misère en tous lieux, y compris dans les zones huppées.
A l'inverse, la France, dont l'égalité figure pourtant dans la devise nationale, a un problème avec le bas de sa pyramide. Ils sont relégués dans des quartiers spécifiquement dédiés. Ils sont aussi mis à l'écart du langage officiel, les expressions "défavorisés", "rmistes" ou encore "populations fragiles" sont préférées à pauvres ou miséreux.

Indianiquement votre