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samedi 13 août 2016

​La politique française vue de Tunisie

​J'ai repéré, en Tunisie, sur un site d'annonces, un intriguant message.
Élysée toute neuve
Direction assistée
Vitres électrique
Climatiseur en marche
Antibrouillard
Jantes alliage
Double clé origine
Prix négociable pour les sérieux
L'auteur de cette offre semble être un meilleur connaisseur des arcanes de la politique française que de l'orthographe et de la syntaxe.
Jugez sur pièces garanties d'origine.

Élysée toute neuve

Vu les piteuses prestations de ses trois - voire de ses quatre - derniers locataires, l'Élysée a certainement besoin d'une sérieuse rénovation.

Direction assistée

Le prochain occupant du 55 rue du Faubourg Saint Honoré à Paris gagnerait à se faire correctement assister dans la direction du pays.

Vitres électrique

Faire rentrer un peu d'air frais dans les sphères gouvernementales serait plus que nécessaire.

Climatiseur en marche

Le poste présidentiel étant particulièrement chaud, recevoir en permanence un bon souffle glacé permettrait à son titulaire de garder la tête froide.

Antibrouillard

Les partis français cumulant programmes flous et fonctionnements opaques, éclairer leur route ne serait pas un luxe.

Jantes alliage

Allier les principales tendances politiques pourrait éviter à la France de rouler sur la jante.

Double clé origine

Prévoir une doublure au vainqueur de la prochaine élection présidentielle afin de pouvoir le changer en cas de mauvaises prestations nous épargnerait bien des désillusions.

Prix négociable pour les sérieux

Sans commentaire.

Tuniso-Citroënement votre

Références et compléments
Voir aussi deux autres billets portant sur les petites annonces en Tunisie
- Chercher l'âme soeur en Tunisie
- Les annonces automobiles en Tunisie ultime refuge du surréalisme

L'annonce a été publiée sur le site tunisien tayara.tn fin juillet 2016. Je l'ai recopiée scrupuleusement.
Selon toute vraisemblance, son auteur souhaitait vendre une voiture Citroën C-Elysée, qualifiée par les spécialistes (dont je ne suis pas) de berline low-cost.

jeudi 1 mai 2014

Les nouvelles technologies entretiennent la spéculation immobilière

J'ignore qu'elles vont être les décisions du groupe PSA et de la municipalité d'Aulnay sous Bois à propos du devenir des terrains de l'ancienne usine Citroën.
Si, comme il est probable, des bureaux prennent la place des ateliers, les emplois dans cette banlieue de Paris seront paradoxalement plus nombreux et mieux payés que du temps de la fabrication de voitures.
Quelques kilomètres plus au sud, les alentours du Stade de France, naguère territoire ouvrier, sont devenus l'apanage des cols blancs.

Alors qu'informatique et télécommunications ont "tertiarisé" une bonne part de l'activité économique et qu'il est désormais possible d'accomplir ces tâches à peu près n'importe où sur la planète, le travail à distance ou nomade peine à prendre un essor définitif.
Si quelques sages et pionniers opèrent depuis la Corrèze ou le Zambèze, en pratique, une cinquantaine de très grands centres urbains concentrent mondialement l'essentiel des nouveaux emplois.
Les meilleurs informaticiens, ingénieurs, communiquants ou financiers semblent avoir une allergie planétaire à la province.
Les facilités offertes par les réseaux connectent les mégapoles plutôt que de de faire travailler ensemble des individus éparpillés.
Les fonctions sociales et créatives de la machine à café et des tableaux désormais blancs semblent n'avoir pas encore trouvé leur substitut en ligne.

Les salaires sans cesse plus élevés offerts par les firmes high tech pour attirer les meilleurs talents réels ou supposés font d'abord flamber les prix des logements des très grandes villes avant d'augmenter le reste du train de vie de leurs heureux récipiendaires.
Par effet de contagion et de manque, la cote des bureaux suit le même mouvement.

Ce n'est pas le moindre des paradoxes induits par les mutations en cours : une très grande part de la productivité des nouvelles technologies alimente deux secteurs ancestraux, low tech et à la moralité parfois chancelante : spéculation immobilière et construction.
Alors que les intermédiaires en tous genres vacillent sous les coups d'internet, promoteurs et agences continuent de prospérer autour de cette nouvelle ressource rare que sont les terrains des mégapoles.

Bétoniquement votre

samedi 30 novembre 2013

Plaidoyer pour Philippe Varin qui aurait mérité de garder son chapeau

Philippe Varin, présentement futur-ex PDG de la maison automobile Peugeot Citroën, à l'issue d'un lynchage syndicalo-politico-médiatique, a été contraint, cette semaine, de renoncer à une pension dite chapeau que la famille gouvernant l'entreprise s'était engagé à lui verser.

Trop peu de voix se sont élevées pour défendre cet infortuné patron.
Refusant de me joindre au chœur des hyènes, je vais tenter, à ma façon, de plaider la cause de cet éminent polytechnicien en vous proposant de vous mettre dans la peau de Philippe Varin et d'imaginer l'extrême complication de sa vie professionnelle mais aussi personnelle.

En 2009, ayant restructuré et vendu à un conglomérat indien la dernière compagnie sidérurgique européenne indépendante, Philippe Varin est recruté par la tribu Peugeot pour diriger ses fabriques de voitures.
Il prend alors la tête d'une entreprise dans la tourmente dont les pertes avoisinent 1 000 000 000 €.
Très rapidement, son action est couronnée de succès. En 2010 et 2011, les marques au lion ou aux chevrons repassent dans le vert.

Toutefois, le 8 août 2012, franchissant le cap symbolique de la soixantaine, Philippe Varin se met à envisager sa retraite.
Mu par un sens aigu de la moralité et de la probité tout à son honneur, il se met en ordre de bataille pour rendre la société à ses actionnaires dans l'état où il l'avait trouvé en y arrivant : en déficit !
Compétiteur dans l'âme et perfectionniste compulsif, ce PDG réussit même à exploser la pâle performance de son prédécesseur et termine l'année avec un trou total de 5 000 000 000 €, 25 000 € par salarié.
Creuser aussi rapidement et aussi profondément suppose une activité hors pair, un excellente agilité intellectuelle et une mobilisation de tous les instants.
Au regard de tous ces efforts, le salaire annuel de 1 300 000 € de Philippe Varin me parait plus qu'amplement justifié. Les critiques de ce type de rémunération méconnaissent l'ampleur des défis auxquels sont confrontés les dirigeants des grands groupes.

Malheureusement pour eux, les top managers ne doivent pas se contenter d'exploits professionnels. Leurs trop rares moments de loisirs ne leur appartiennent guère.
Recevoir une rémunération de 3 500 € par jour, dimanches et jours fériés inclus, est aisé. La dépenser est une autre paire de manches !

Prenons quelques instants la place de ce pauvre Philippe Varin, chaque soir vers 22 heures, après une journée harassante consacrée à imaginer comment fermer usines ou services et faire racheter sa boîte par des chinois sans qu'Arnaud Montebourg et les Peugeot y trouvent à redire.
Au lieu de nous affaler dans notre canapé et de siroter une camomille au Canderel en regardant un épisode du commissaire Navarro récupéré sur YouTube, nous voilà forcé de planifier comment, le lendemain, notre famille et nous-même allons pouvoir claquer plus de trois SMIC mensuels et demi avant le coucher du soleil. Cette tâche est d'autant plus ardue que notre contrat de travail nous interdit l'achat de BMW, Porsche et autres Rolls-Royce et que notre entreprise finance l'essentiel de nos repas, voyages et hébergements.

Au bord du burnout, Philippe Varin aurait confié cette semaine à ses confrères du MEDEF qu'il avait accueilli la hollandaise et arlésienne taxe à 75% avec soulagement et qu'il regrettait même son taux bien trop faible et sa mise tardive en application.

Richement votre.

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "hôpital Montebourg vs charité PSA ?"  et "face au CAC, le SMIC prend une claque !".
Le billet "les constructeurs automobiles devraient cesser de faire des voitures" revient sur la méforme actuelle des constructeurs automobiles français.

- Mes remerciements chaleureux et amicaux aux deux détonateurs de cette chronique consacrée aux malheurs des riches, Alain et Jean, très élégant dans sa nouvelle nuisette.

- Les chiffres, arrondis pour faciliter la compréhension, sont issus des rapports financiers officiels de la maison PSA Peugeot Citroën.

- D'après Wikipedia, Philippe Varin serait né le 8 août 1952 à Reims.
  

mercredi 25 juillet 2012

Hôpital Montebourg vs charité PSA

Suite à l'annonce par PSA Peugeot Citroën de son terrible plan de suppression d'emplois et de fermeture de sites, une avalanche de critiques s'est abattue sur cette entreprise.

Si les réactions virulentes et désabusées des salariés touchés et de leurs syndicats sont normales et compréhensibles, j'ai beaucoup plus mal avec la plupart des déclarations qui fleurissent depuis deux semaines.

Les éditorialistes de tout poil se sont lancés dans des leçons de stratégie industrielle et marketing. Quelle est leur légitimité pour parler de ces sujets ?
Ils sont employés, voire dirigeants, de médias qui, à de trop rares exceptions près, n'ont pas su négocier le virage internet.
La plupart des groupes de presse ont fortement réduit l'emploi ces dernières années, dans des proportions très supérieures à PSA. Actuellement, peu d'entre eux dépassent le seuil de rentabilité.
Ces penseurs qui n'ont pas su faire évoluer leur activité s'autoproclament spécialistes pour traiter des entreprises et même des finances publiques !

Dans une veine comparable, Arnaud Montebourg, désormais ministre du "redressement productif", est incontestablement l'homme de la situation. Je m'étonne d'ailleurs que les cousins Peugeot n'aient pas utilisé plus tôt ses talents de consultant. Il est vrai que dans leur exil fiscal suisse, le Saint-Just de Saône et Loire n'est guère connu.
Notre redresseur national est parfait pour dénoncer manque de rentabilité, errements stratégiques et transparence incertaine.
Jugeons sur pièces.

Notre viagra industriel est un membre d'un parti qui, après sa recréation par François Mitterrand, à chaque exercice du pouvoir, a voté et exécuté des budgets publics systématiquement déficitaires.

Depuis 1981, ce même parti, à la vocation gouvernementale affirmée, n'a pas su conserver la majorité parlementaire durant deux législatures d'affilée. Il a même réussi l'exploit en 2002 de laisser sa place au second tour à un histrion xénophobe, rescapé du poujadisme et des guerres coloniales.

Au chapitre transparence, les dernières élections internes du Parti Socialiste ont donné lieu à des bourrages d'urnes éhontés et les députés de gauche viennent de refuser de publier l'utilisation des fonds publics qui leur sont alloués.

Pour couronner le tout, le jour où PSA rendait publiques les réductions de personnel, le gouvernement validait le plan anti-automobile de la mairie de Paris.

Si j'étais à la place de la famille Peugeot et de Philippe Varin, j'écouterais attentivement les avis éclairés que médias et ministres dispensent gratuitement depuis deux semaines. En faisant l'inverse de ces belles paroles, ils auraient, peut-être, une chance infime de sauver l'entreprise et surtout l'emploi ...

Chomiquement votre