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jeudi 18 août 2016

Interdiction du burkini : haute police ou police du haut ?

​En France, conjoncture compliquée et soleil estival nous font collectivement perdre la tête.
Levons le voile sur le dernier épisode en date.

Années 1970 : le haut impérativement

L'été, lorsque j'étais gamin, sur le littoral de Charente Maritime, les CRS - plaisant acronyme désignant dans l'Hexagone la police anti-émeutes - chargés de sécuriser la baignade délaissaient leur surveillance pour faire la chasse aux rares estivantes qui bronzaient discrètement seins nus.

Au grand dam du pré-adolescent que j'étais, les flics en slip obligeaient les naïades à ragrafer leur soutien-gorge et les menaçaient d'une amende en cas de réapparition inopinée de leurs nichons.

Quelques saisons plus tard, ce conflit des hauts se dénouait et les tétons féminins gagnaient droit de cité sur les plages françaises.

2016 : le haut impérativement pas trop haut

Autres temps, autres mœurs, dans plusieurs communes, les pandores balnéaires doivent désormais s'assurer que les femmes ne sont pas trop vêtues sur le rivage et sanctionner les contrevenantes.

Des arrêtés municipaux ont été pris pour obliger les voiles à être exclusivement sur l'eau et en aucun cas sur le sable.
Le haut doit être bas et - comme on dit à Rio de Janeiro - sans bas.

Bien que le président en exercice de la république française vienne de Tulle, les tissus éponymes ainsi que mousselines et Lycra™ sont interdits de corps féminins aux abords de la Croisette.
Celles qui, pour complaire à leur Très Haut, arborent un haut vraiment très haut sont priées d'aller barboter ailleurs.
Plutôt des meufs à poil qu'à voile !

De hautes interrogations

Ce récent allongement des textes réglementaires pour raccourcir les maillots soulève moult questions dont je suis bien en peine de vous dévoiler les réponses.
  • Une tolérance existe-t-elle pour les jours où le ciel est voilé ?
  • Quelles différences entre robe de bure et bure-kini ?
  • Les hommes ont-ils le droit de venir à la plage couverts des pieds à la tête ?
    Y compris les gauchers moustachus ?
  • Moniales catholiques, bonzes bouddhistes et soudeuses à l'arc peuvent-ils profiter de la mer en tenue de travail ?
  • Le port par les françaises du passe-montagne et du cache-col est-il autorisé sur le littoral ou bien est-il limité aux Alpes et aux Pyrénées ?
  • Les très recouvrantes et très sombres combinaisons de plongée en néoprène conservent-elles leur caractère légal au pays du Commandant Cousteau ?
    Même pour les scaphandrières ?
  • Est-ce possible de parcourir les rues de Cannes sur une bicyclette aux roues voilées ?
  • Les rumeurs selon lesquelles le syndicat des dermatologues, en manque de mélanomes, aurait soudoyé plusieurs mairies sont-elles fondées ?
  • Comment le gouvernement français va-t-il traiter la protestation officielle de son homologue américain ?
    En effet, la firme Invista - anciennement Dupont de Nemours - se dit victime de barrières non tarifaires à l'encontre du Lycra™ sa fibre vedette, le bure-kini en requérant nettement plus que le monokini.
  • Les tuberculeux avec un voile au poumon ont-ils le droit de se soigner par balnéothérapie ?
  • Le costume et le soutien-gorge croisés seraient-ils seuls de mise sur la Croisette ?
  • Est-il exact que les manuels scolaires de français vont comporter une version remaniée du Tartuffe de Molière "montrez ce sein que je ne saurais ne pas voir" ?

La France n'est pas seulement le pays de Voltaire, c'est aussi celui d'Alfred Jarry.

Mono-bure-kiniquement votre

Références et complément
Voir aussi d'autres chroniques et facéties sur la vêture intégrale des femmes à la croyance similaire.
- Rire du voile ?
- L’oppor-Tunis « je retourne mon voile » – Facétie tunisienne d’après Jacques Dutronc
Molière chez Ennadha : le malade islamistaginaire
- L'avenir est à la séparation des sexes
- Le Commandant Cousteau honoré par Moncef Marzouki
- Omniprésence du voile

Télécharger gratuitement en version électronique le Traité de la Tolérance de Voltaire.

Pour les lecteurs, notamment ceux résidant hors de l'Hexagone, qui auraient manqué le débordement de passions en France au sujet du burkini, l'article du journal Les Echos "comment la polémique sur les burkinis a-t-elle enflé ?" fournit un résumé du meilleur aloi.
Le maire de Cannes a ouvert ce bal des faux-culs.

CRS signifie Compagnies Républicaines de Sécurité.

Site de la marque Lycra™ la fibre préférée des burkinis.

lundi 31 août 2015

L'avenir est à la séparation des sexes

En Tunisie, depuis que les kamikazes sur deux roues ont abandonné le port du casque intégral, la croyance du même type connaît un certain succès, voire un succès certain.
Les tenants de cette hyper-théologie se livrent, avec opiniâtreté, à une ségrégation sexuelle d'excellente facture.
À chaque instant et en tout lieu, il leur importe qu'hommes et femmes soient strictement séparés.

Au risque de surprendre, je tiens à souligner que les promoteurs de ce comportement sont résolument modernistes et révolutionnaires.
Malheureusement, afin de ne pas choquer les trop nombreuses personnes à la morale étriquée, ils sont obligés d'avancer masqués en se faisant passer pour d'incurables conservateurs.
Pourtant, la justification principale de cette pratique novatrice est la nécessité d'une osmose et, même, d'une fusion intime entre les deux genres de l'humanité.

Beaucoup trop de pays comme la France, ou, pire encore, l'Europe du Nord, s'avachissent dans un égalitarisme débilitant.
Sous le prétexte fallacieux de ne discriminer personne, les deux sexes n'y ont plus aucun secret l'un pour l'autre, donc plus aucune véritable attirance.
Le commerce charnel, totalement banalisé, s'il est encore pratiqué par habitude, n'intéresse plus guère.

À l'inverse, établir un strict apartheid entre mecs et gonzesses décuple les envies des unes ou des uns vis à vis des autres.
Rien ne vaut la rareté, voire la pénurie, pour susciter le besoin !
Rien ne vaut la prohibition pour décupler l'obsession de la transgression !
Contrairement à ce que la prétendue sagesse des nations occidentales voudrait nous faire croire, la décence, loin de la réduire, génère la concupiscence.

Naguère, les communistes soviétiques avaient sous-estimé ces ressorts puissants de l'âme humaine.
Leur grande erreur a été de construire le Mur de Berlin.
Résultat des courses, les allemands de l'est n'ont eu de cesse de vouloir goûter aux joies de l'autre versant du Rideau de Fer.
Si le regretté Erich Honecker s'était contenté d'une simple frontière traditionnelle gardée par de bedonnants douaniers, les habitants de Leipzig rouleraient encore en Trabant et les nageuses aux hormones continueraient leur razzia sur les médailles olympiques.

Toutefois pour maintenir en permanence un désir irrépressible d'un sexe pour son complémentaire, la ségrégation doit être absolue. Tout relâchement dans la discipline crée, sans délai, un affadissement préjudiciable.
La distance est la clef de l'attirance.

La vie moderne urbaine n'est, hélas, guère propice à une disjonction des genres digne de ce nom.
À croire, que des "bougres, asexués sans doute, aux charmes de Vénus absolument rétifs" s'ingénient à favoriser une détestable promiscuité.
Transports, guichets, bureaux, commerces et autres endroits de corruption des mœurs - à l'instar des mobylettes tunisiennes et des Trabant d'Erich Honecker - carburent au mélange.

Fort heureusement, les fans de l'intégralité ne sont pas à court de ressources pour relever ce défi récurrent.
Dès que leur radar détecte la potentialité d'un homme, les nénettes se transforment illico en disciples zélées du regretté Commandant Cousteau, toutefois sans les bouteilles et le masque.
Cette tenue aquatique, grâce à l'aura de mystère dont elle enveloppe la femme, agit comme un aimant vis à vis des mâles.
Quelque part, les scaphandres génèrent les gendres.

Certaines circonstances particulières exigent des mesures encore plus drastiques qu'à l'ordinaire.
Par exemple, lors des fêtes de mariage - insidieux festivals du brassage qu'on croirait sponsorisés par Heineken - la digue des sexes risque, à tout moment, de se rompre.
Pour éviter de réduire à néant des semaines entières d'effort ségrégationniste, il convient - pendant que les nanas profitent des réjouissances, de la musique assourdissante et du henné - de cantonner les mecs dans des zones certifiées gonzesses-free.
Lieux et bâtiments sont mis à profit pour faciliter ce parcage. Arrière-cours, dessous d'escalier et tous les terrains pas trop bosselés permettent, sans trop de mal, de remiser les hommes loin des meufs.

Le futur marié est particulièrement surveillé car son impatience, certes légitime, pourrait gâcher, à quelques heures près, une apothéose prévue de longue date.
Aussi, comme les taureaux de combat avant la corrida, il est soigneusement tenu à l'écart et sous bonne garde pour qu'il conserve intégralement son influx.

Conformément aux habitudes de ce blog et n'hésitant à payer de ma personne, j'ai récemment testé, à l'attention de mes fidèles lecteurs, cette pratique à l'avenir prometteur.

J'ai participé, du début à la fin, à une longue soirée ségréguée de mariage dont je remercie chaleureusement les organisateurs - qui se reconnaîtront - pour leur aimable invitation.
J'ai vécu une expérience mémorable sur un parking chichement éclairé et réservé aux porteurs de chromosomes Y, à plusieurs dizaines de mètres de la zone féminine.

Depuis mon service militaire - et encore ! - j'avais perdu l'habitude des sociétés exclusivement masculines.
Passés les premiers moments de découverte, cette séparation sexuée s'avère, à l'usage, agréable et même fructueuse.
Mon épouse étant opportunément retenue pour un bivouac sous le chapiteau pour femmes, j'ai réussi à nouer, aisément et à son insu, une relation tout aussi subreptice que prometteuse avec un superbe et avenant ...

... véhicule Citroën stationné à proximité !!!

L'avenant véhicule Citroën rencontré sur un parking masculin de mariage durant l'été 2015.
Le lecteur attentif remarquera que ce bel engin, pour pouvoir stationner au milieu de la zone des hommes, est exempt de roues voilées.
On notera aussi, sur la gauche du cliché, fixé sur un poteau, un coffret électrique du meilleur aloi. Trop absorbé par ma relation automobile et enivré par les mâles gravitant autour de moi, je n'ai pas eu la présence d'esprit de nouer aussi des liens avec ce superbe appareil.
Intégralo-parkinguement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
- Merci à F. qui lui aussi se reconnaîtra. Au cours du mariage relaté ici, nous avons échangé et conforté nos points de vue respectifs.

- La citation entre guillemets et en italique est extraite de la chanson "le blason" de Georges Brassens aux résonances avec cette chronique.
Je vous invite à la (re)découvrir intégralement derrière ce lien.

samedi 31 janvier 2015

Le Vatican : des Saouds bien de chez nous

Je vous propose, pendant quelques instants, d'imaginer ensemble un état.
  • Cet état, aux origines anciennes, serait, à la fois, partie prenante des affaires du monde et vivant avec ses règles et coutumes propres, la plupart ancestrales.
     
  • Ses dirigeants, tous issus de la même classe sociale, se reproduiraient - le terme renouveler n'étant guère approprié - par un mécanisme proche de la cooptation.
    Le premier d'entre eux serait nommé à vie par ses pairs et jouirait même d'un pouvoir absolu, tant exécutif que législatif et judiciaire.
     
  • Les forces de défense et de police seraient exclusivement composées de mercenaires venus de l'extérieur et répondant à des critères ethniques stricts.
     
  • L'économie se distinguerait par ses spécificités et son opacité, à tel point que les banques des autres pays ne pourraient pas légalement y opérer.
     
  • La citoyenneté - ou plutôt le passeport, le terme citoyen n'ayant guère de sens dans une société féodale - ne s'obtiendrait que très difficilement.
    Pour décrocher le précieux sésame, outre être dans les petits papiers du chef suprême, il faudrait avoir des parents l'ayant déjà, être âgé de plus de 25 ans et, pour les femmes, être mariée.
     
  • Plus des trois quarts de la main d'oeuvre travaillant dans ce pays seraient étrangère.
     
  • Les hommes monopoliseraient la vie publique. Les femmes y seraient peu visibles et reléguées à des rôles subalternes.
     
  • L'habillement, pour des yeux occidentaux, passerait pour éminemment folklorique et manquant de fantaisie.
    La plupart des hommes revêtirait une espèce de grande robe tombante.
    Beaucoup de femmes n'apparaîtraient en public que dûment voilées.
     
  • Il va sans dire que cette monarchie de droit divin n'organiserait jamais d'élections et imposerait sa religion d'état à tous ses sujets.
    Le prototype de la théocratie en quelque sorte ...
     
Que pensez-vous de cet état ?
Avez-vous envie d'y vivre ?
Souhaitez-vous qu'il devienne un modèle ou un guide spirituel pour le pays où vous résidez ?

Cet état existe.
Il est situé par 41° 54' de latitude Nord et 12° 27' de longitude Est.
Il s'agit du Vatican.


Ce micro-état aux mœurs si particulières est-il représentatif de la diversité de 1.7 milliards de chrétiens et de leurs comportements ?
Le pape et ses cardinaux dirigent-ils l'esprit et la conduite du milliard de catholiques ?
Guident-ils aussi les 700 millions d'autres chrétiens, qu'ils soient protestants, orthodoxes ou anglicans ?

Dans cette perspective, je m'interroge sur qui est inspiré par l'archaïque Arabie Saoudite, les barbares de Daech ou les sinistres frères pois chiche et qui ne l'est pas ...

Amalgamiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques
- Tous les faits relatés au sujet du Vatican et du Saint-Siège sont rigoureusement exacts. Pour en savoir plus, se reporter, entre autres, aux nombreux articles de Wikipedia.

- Pour plus de détails sur les coordonnées géographiques du Vatican, je conseille l'album de Tintin “le trésor de Rackham le Rouge”.

samedi 18 octobre 2014

Molière chez Ennadha : le malade islamistaginaire

Si le regretté Molière était encore parmi nous, les islamistes auraient, presque à coup sur, une place de choix parmi ses têtes, si j'ose dire, de turc.
L'obsession de ces nouveaux Tartuffe pour les poils et cheveux - que les unes devraient voiler et les autres arborer de manière horticole - pourrait lui inspirer une version remaniée du Malade Imaginaire.

Le grand maître du théâtre français refusant obstinément de se réincarner ou de ressusciter, j'ai, très immodestement, glissé mon clavier dans le sillage de sa plume.

VOILETTE
Qui vous guide ?

BARBAN
Monsieur Akoibon.

VOILETTE
Cet homme là n'est point écrit sur mes tablettes entre les grands savants.
Que vous conseille-t-il ?

BARBAN
Il me dit de respecter autrui et d’autres me disent de ne point faire le mal.

VOILETTE
Ce sont tous des ignorants. C'est le pileux qui doit guider votre conduite.

BARBAN
Le pileux ?

VOILETTE
Oui.
De quoi est fait votre quotidien ?

BARBAN
Je sens de temps en temps des douleurs de tête.

VOILETTE
Justement, le pileux !
Une barbe adéquate est un excellent rempart contre les névralgies.

BARBAN
Il me semble parfois que j'ai un voile devant les yeux et que mon épouse en a un sur la tête.

VOILETTE
Justement le pileux !

BARBAN
J'ai quelquefois des peines de coeur.

VOILETTE
Le pileux.
Couvrir les objets de vos désirs, vous éviterait bien des tracas.

BARBAN
Je sens parfois la lassitude me gagner.

VOILETTE
Le pileux.

BARBAN
Et quelquefois il me prend des chatouillements dans le bas-ventre.

VOILETTE
Le pileux.
Vous avez appétit à ce que vous mangez ?

BARBAN
Oui, monsieur.

VOILETTE
Le pileux.
Vous aimez à boire un peu de vin ?

BARBAN
Euh… oui, monsieur.

VOILETTE
Nous seulement vous ne maîtrisez pas le pileux mais vous m'apparaissez n'être pas assez pieux.

BARBAN
Pourtant, j'y vais faire un petit sommeil après le repas !

VOILETTE
Seul ?

BARBAN
Euh… non, monsieur… avec mon épouse.

VOILETTE
La maîtrise stricte du pileux pourrait vous éviter cela.
Le pileux, le pileux, vous dis-je !

Poiliquement votre

Références et compléments
- Facétie très (trop ?) librement inspirée du dialogue entre Toinette et Argan de la scène 10 de l'acte III du Malade Imaginaire de Molière.
- Voir aussi la chronique “Le Malade Twimaginaire - Molière 2.0”.

samedi 16 août 2014

L'islamisme ne vient pas du sous-développement

Les sociétés arabes sont le siège depuis une quarantaine d'années de la montée d'une religiosité aux rites rigoureux et aux pratiques normées dans les moindre détails.
Voiles et barbes en sont les éléments les plus saillants vus d'Europe, mais peut-être pas les plus significatifs.
Ces manières ostensibles et peu flexibles de pratiquer la foi islamique sont, usuellement et par facilité, nommées intégrisme ou islamisme.
En Tunisie, par exemple, cette dévotion voyante, anecdotique dans les années 1980, est aujourd'hui devenue majoritaire.

Les explications usuelles ne rendent pas compte de la réalité de l'islamisme
Couramment, la montée de l'intégrisme musulman est attribuée à trois causes principales : accroissement du sentiment religieux, propagande assourdissante d'imams survitaminés et sous-développement.
Aucune de ces origines supposées ne résiste à l'analyse.

La croyance en Dieu n'est pas plus forte actuellement dans les pays dits musulmans qu'il y a 50 ou 100 ans.
Au contraire, même si très peu ont le courage de le confesser publiquement, il existe désormais une faible minorité d'agnostiques et d'athées qui était quasi-inexistante à l'orée du vingtième siècle.

Les religions, perpétuellement soucieuses de leur expansion, ont toujours fait de la propagande. C'est une des missions principales du clergé. Si prosélytisme et endoctrinement étaient efficaces alors le monde serait confit en dévotion depuis la nuit des temps.
Les publicitaires expliquent d'ailleurs qu'une opération de promotion ne peut être efficace qu'auprès de personnes préalablement réceptives. La prédication intégriste rencontre effectivement un grand succès, mais exclusivement auprès de fidèles prêts à l'entendre.

L'islamisme n'est pas non plus le fruit du faible développement économique.
En Tunisie, par exemple, depuis 1980, le PIB moyen par habitant a doublé. Même si les inégalités sont criantes, elles ne le sont pas plus qu'il y a 30 ans et le niveau de vie de toutes les catégories de la population s'est notablement amélioré.
De surcroît, l'intégrisme touche autant, voire plus, les classes moyennes et aisées que les couches populaires.
Ainsi, les leaders d'Ennadha, le parti islamiste tunisien actuellement au pouvoir, sont presque tous des enfants de cadres ou de bourgeois.


L'islamisme, fruit du passage brutal à la modernité
Le Maghreb et le Machrek, à l'issue de la décolonisation, ont absorbé en moins de 50 ans ce que l'Europe et l'Amérique du Nord ont mis plus de deux siècles et demi à digérer avec des convulsions terribles : fin du mode de vie rural traditionnel, alphabétisation et éducation, essor urbain, transition démographique, industrialisation, mass médias et technologies de l'information, développement des transports, flux migratoires, montée du sentiment national, construction d'états modernes...
Le tout sans passage par la case révolution industrielle.
De tels changements modifient radicalement les perceptions du monde et les rapports aux autres.

Les sociétés rurales peinaient à nourrir, vêtir et loger leurs membres. Néanmoins elles étaient homogènes, prévisibles et tissaient des liens sociaux forts.
Le cycle des saisons rythmait la vie. Le travail très physique dans les champs était une nécessité vitale peu discutable et laissait peu de place aux interrogations existentielles.
L'appartenance à une famille, un village, une communauté était évidente et se transmettait au fil des générations, particulièrement en Afrique du Nord où l'endogamie était très forte.

Le monde moderne, et maintenant post-moderne, est strictement inverse.
Les besoins matériels sont de mieux en mieux servis et demandent moins de labeur.
Par contre, la diversité est devenue la norme, l'imprévisibilité règne et l'individu domine.
Le progrès économique s'effectue en dents de scie, les crises succédant aux booms. La valse des technologies assure une amélioration moyenne du bien-être physique au prix de beaucoup d'essais et d'erreurs ainsi que de la disparition, parfois très rapide, d'activités ancestrales. Nul ne peut plus être certain que son métier existera encore dans cinq ou dix ans.
Ce sont, de plus en plus, des personnes, et non des groupes, qui sont les moteurs de ce maelström.
Chacun, désormais, décide de ce qu'il veut faire et être, de comment il veut vivre et avec qui. Sa famille, ses voisins, ses amis, ses collègues n'ont pratiquement plus voix au chapitre. L'augmentation du temps libre et la moindre dépendance aux autres pour sa propre subsistance accroissent ces possibilités d'autonomie individuelle.

De telles évolutions, menées à un train d'enfer, sont profondément anxiogènes. De surcroît, moins courir après son pain quotidien suscite des attentes nouvelles.
Comment faire face, seul, à ces changements rapides et, surtout, à ces choix de vie ? Que faire de loisirs désormais prédominants ? Quel sens donner à tout cela ?
L'amélioration des conditions matérielles de vie et la progression des choix individuels procurent d'indéniables satisfactions mais répondent mal aux besoins de sécurité et d'appartenance, chers au psychologue Abraham Maslow et à sa célèbre pyramide.

L'intégrisme exploite ce créneau en déshérence.
Balayant doutes et interrogations, il apporte des réponses simples et opérationnelles qui évitent de se poser des questions.
D'après les tenants de cette doctrine, la marche incohérente du monde provient tout simplement d'un affadissement de la foi et du non suivi de prescriptions religieuses strictes et terre à terre.
A l'inverse, il suffit d'honorer ces injonctions à la lettre pour gagner, simultanément, le respect immédiat de ses semblables et une vie éternelle accomplie.
La stabilité sociale perdue reviendra avec l'accroissement du nombre de "bons" croyants, ce qui pousse, pour le bien de tous, à faire rentrer les récalcitrants dans le rang.
Le présent et l'avenir des fidèles est ainsi assuré aussi longtemps qu'ils partagent les rites d'une communauté englobante.
Les signes extérieurs de religiosité remplissent la même fonction que les maillots des supporters du football, afficher aux yeux de tous son adhésion et son allégeance au groupe.


Un éventuel reflux de l'islamisme ne pourra venir que de l'intérieur des sociétés arabes
Contrer l'intégrisme suppose d'être capable de le contrer sur le terrain des besoins immatériels de sécurité, de prévisibilité et d'appartenance que la société post-moderne peine à satisfaire.

C'est ce que Nasser et Bourguiba tentèrent de faire en leur temps avec un mélange de nationalisme, d'étatisme et de culte de la personnalité.
Leur système devait conduire le peuple arabe enfin libéré de ses entraves vers un avenir radieux où il serait le phare de l'humanité.
Hélas, ni la machine économique, ni les succès militaires, ni même les événements symboliques ne furent au rendez-vous, ces leaders visionnaires étant d'exécrables managers.
Leurs successeurs, moins charismatiques, obtinrent, par le libéralisme économique, le développement tant attendu. Mais, crispés sur leur pouvoir dictatorial et leurs réseaux de corruption, ils furent incapables de faire respirer leurs sociétés.
Le choc en retour fut la croissance de l'intégrisme.

Ce ne sont pas des actions venues "d'en haut" ou de je ne sais quelle avant-garde éclairée du peuple ou, encore moins, de l'extérieur qui pourront venir à bout de l'intégrisme.
De même, la répression, comme celle de l'été 2013 en Égypte, peut masquer, par le sang et la terreur, les symptômes mais, en aucune manière, traiter les causes.

C'est aux sociétés arabes de construire, par elles mêmes et dans la durée, des représentations du monde moins délétères conjuguant liberté individuelle, responsabilité, confiance et sens du collectif.
Cette maturation risque d'être lente car les récentes révolutions ont sérieusement épaissi la soupe et n'ont pas ralenti le rythme du monde alentour.

Toutefois, l'émergence de symboles pourraient accélérer le mouvement. Les pays musulmans manquent cruellement d'icônes internationalement reconnues. Les rares sportifs, artistes, penseurs, politiques ou chefs d'entreprise arabes célèbres mondialement sont des expatriés. Ces peuples méritent d'autres effigies que Saddam Hussein et Ben Laden.

Le vaccin peut-être déjà à l'oeuvre en Tunisie
Pour conclure, un brin d'optimisme paradoxal : l'exercice calamiteux du pouvoir en Tunisie par Ennadha, parti résolument islamiste, a déboussolé et déçu une partie de sa base.
Sous la pression de ses propres échecs et de l'opinion, Ennadha a du se résoudre à céder le pouvoir, à accepter une constitution décente et à jouer le jeu des élections de l'automne 2014.
Cet exercice pédagogique, dangereux et meurtrier à court terme, pourrait s'avérer salutaire sur une plus longue période.
Embryons de réponse lors de la prochaine consultation électorale...

Intégralement votre

Références et compléments
- Cette chronique a été initialement publiée le 27 août 2013 et a été très légèrement retouchée les 16 & 17 août 2014.

- Voir aussi à propos des désillusions de beaucoup de tunisiens vis à vis du parti islamiste Ennadha la chronique "4 semaines au cœur de la Tunisie morose".
Le billet "La Tunisie rattrapera la France le 12 mai 2041" détaille la croissance du PIB et du niveau de vie entre le pays de Molière et celui d'Ibn Khaldoun.

- Un exemple parmi beaucoup d'autres de la mauvaise appréhension de l'islamisme, le récent article de Michel Rocard "l'Islam et le printemps" paru au Cercle des Echos.

- Merci à Omar de m'avoir remémoré la pyramide de Maslow dont vous trouverez le détail dans l'article que Wikipedia lui consacre.

mercredi 10 octobre 2012

Rire du voile ?

Une étonnante vidéo, sous-titrée en français, de Gamal Abdel Nasser fait ces jours-ci le tour du web.
Dans ce film, probablement enregistré au début des années 1960, le raïs y explique, en arabe dialectal égyptien, sur le ton de la conversation, comment, après le coup d'état de 1952, ses tentatives d'associer les frères musulmans au nouveau pouvoir ont fait chou blanc.
Les islamistes de l'époque conditionnaient, selon Nasser, leur soutien à l'imposition du voile à toutes les égyptiennes.
Le président de feue la République Arabe Unie, très en verve, termine son récit avec une chute humoristique ponctuée d'un geste éloquent de la main. La salle, à coup sur remplie de courtisans, éclate de rire et interpelle l'orateur à plusieurs reprises.
Nasser plaisante sur le voile et les frères musulmans devant un auditoire acquis et hilare.

Il y a une cinquantaine d'années, le voile et l'islamisme étaient un thème de rigolade officielle dans l'Egypte d'alors. Pourquoi, depuis, un voile est-il retombé sur le voile ?

Le monde de Nasser, de Bourguiba et de leurs consorts était simple.
Le rideau, pardon le voile, se levait sur un avenir prometteur. Débarrassé du fardeau de la colonisation, le monde arabe allait se développer à vive allure grâce à un savant mélange de modernisme, d'étatisme, de marxisme et de nationalisme. Les succès économiques et symboliques seraient très vite au rendez-vous.

Depuis, la roue voilée du temps a tourné et les lendemains ont cessé de chanter les mélodies d'Oum Kalthoum.
Sous la pression des réalités, les inefficaces idéologies des luttes nationales ont été remisées et les régimes initialement dynamiques se sont enkystés dans la dictature.
La manne pétrolière n'a profité qu'à la poigne d'airain d'opulentes monarchies d'opérette et d'impudents généraux.
Grâce à un libéralisme économique mais pas politique, l'essor économique a fini par survenir, hélas accompagné d'un cortège d'inégalités.
Transition démographique, exode rural, croissance urbaine et déferlement technologique ont secoué les bases des sociétés civiles.
Et, surtout, aucune réussite emblématique n'est à mettre au crédit des nations arabes. Qui peut citer, au niveau mondial, des vedettes, sportifs, prix Nobel, chefs d'entreprise, leaders d'opinion du Maghreb ou du Machrek ? Les rares individualités qui viennent à l'esprit sont, soit décédées à l'instar de Naguib Mahfouz, soit expatriées comme Carlos Ghosn.

Comment s'étonner que beaucoup cachent leurs frustrations derrière des attitudes rétrogrades trop simplistes ?
Le retour du voile recouvre d'abord les exorbitantes promesses non tenues de Nasser et Bourguiba.

Nasser conclut son intervention filmée en expliquant qu'il n'a ni les moyens, ni la volonté d'imposer aux égyptiennes un voile que même la fille d'un dignitaire islamiste refuse. Ce que le raïs, pourtant peu avare de méthodes musclées, ne pouvait exiger, les sociétés arabes se le sont, au fil du temps, infligées elles-mêmes.

Toutefois, les révolutions de Tunisie et de d'Egypte de début 2011 ont montré que le pire n'est jamais certain.
Aussi, malgré des élections libres ayant produit un personnel politique âgé et déçu du bourguibisme ou du nassérisme, je persiste à espérer que la jeunesse arabe saura faire tomber ses voiles et les hisser en direction du grand large !

Bientôt, pour paraphraser Pierre Desproges, il sera à nouveau possible de rire de tout à Tunis ou au Caire, mais peut-être pas avec toutes les vieilles barbes !

Voiliquement votre.

dimanche 26 août 2012

L’oppor-Tunis « je retourne mon voile » – Facétie tunisienne d’après Jacques Dutronc

En 1968, Jacques Dutronc captait l’ambiance de la période qui suivit la révolte avortée du mois de mai avec sa chanson « l’opportuniste » dans laquelle « il retournait sa veste ».
En 2012, cette chanson est toujours d’actualité. En changeant très peu mots et en adaptant son titre, elle s’applique parfaitement à la phase actuelle de la révolution de Tunisie qui peine à trouver un second souffle.
Jugez sur pièces.

Je suis pour le bourguibisme
Je suis pour l’arabisme
Et même pour l'islamisme
Parce que je suis opportuniste

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Il y en a qui contestent
Qui revendiquent plus de halal
Moi je ne fais qu'un seul geste
Je retourne mon voile, je retourne mon voile
Toujours du bon côté

-----

Je n'ai pas peur des profiteurs
Ni même des agitateurs
Je fais confiance aux électeurs
Et j'en profite pour faire mon beurre

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Il y en a qui contestent
Qui revendiquent plus de halal
Moi je ne fais qu'un seul geste
Je retourne mon voile, je retourne mon voile
Toujours du bon côté

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Je suis de tous les partis
Je suis de toutes les parties
Je suis de toutes les coteries
Je suis le roi des convertis

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Il y en a qui contestent
Qui revendiquent plus de halal
Moi je ne fais qu'un seul geste
Je retourne mon voile, je retourne mon voile
Toujours du bon côté

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Je crie vive la révolution
Je crie vive la constitution
Je crie vivent les manifestations
Je crie vive la collaboration

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Non jamais je ne conteste
Ni revendique plus de halal
Je ne sais faire qu'un seul geste
Celui de retourner mon voile, celui de retourner mon voile
Mais toujours du bon côté

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Je l'ai tellement retourné
Qu'il craque de tous côtés
Et si vient un autre coup d’tabac
Je me vêtirai d'une burqa

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Chansonniquement votre

Références & compléments
- Pour les très rares lecteurs de ce blog qui, par mégarde, auraient oublié la chanson originale de Jacques Dutronc « l’opportuniste – je retourne ma veste », voici une version en public filmée au Casino de Paris en 1992.

- Si un visiteur ou une visiteuse d’Humeurs Mondialisées, doté des talents musicaux que je ne possède pas, se sent assez courageux et motivé pour enregistrer « l’oppor-Tunis – je retourne mon voile », je publierai bien volontiers la bande son ou la vidéo.
    

lundi 20 août 2012

Le Commandant Cousteau honoré par Moncef Marzouki

Ces derniers jours, presse et réseaux sociaux ont abondamment commenté la photo ci-dessus où le binoclard en chef et très provisoire président de la Tunisie Moncef Marzouki remet un cadeau à une personne dont la totalité du corps à l’exclusion des yeux est recouvert.

La tonalité générale des gazettes et des blogueurs était que, par ce symbole, Moncef Marzouki faisait fi des acquis féministes tunisiens, foulait au pied ses idéaux droit-de-l’hommistes et offrait une magnifique publicité aux tenants d’un islam intégral.

Je suis au regret de m’inscrire en faux contre ces critiques qui auraient du se souvenir que, pas plus que le moine, l’habit ne fait l’imam.
La personne célébrée par le président tunisien n’est autre que Francine Triplet, seconde et dernière épouse de feu le Commandant Cousteau. Depuis la mort de son mari, cette veuve éplorée vit en permanence revêtue d’un scaphandre afin d’honorer la mémoire du plongeur au bonnet rouge. Tout au plus, consent-elle dans certaines occasions spéciales à ne pas arborer masque, tuba et bouteilles d’oxygène.

En recevant au Palais de Carthage, la continuatrice de l’œuvre du Commandant Cousteau, Moncef Marzouki a fait d’une pierre deux coups.
D’une part, il a célébré la mémoire d’un grand humaniste, défenseur des crustacés, champion de la décroissance démographique et partisan de la stérilisation des pauvres.
D’autre part, le président tunisien a réalisé le rêve de l’enfant qu’il était naguère et qui regardait avec passion « le Monde du Silence ». A soixante-sept ans révolus, il a, enfin, pu serrer la main, fût-elle gantée, d’un membre de la prestigieuse équipe de la Calypso.

Scaphandriquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les autres chroniques mettant en scène le binoclard en chef Moncef Marzouki

jeudi 12 avril 2012

Devinettes tunisiennes

Trois histoires politiques glanées cette semaine en Tunisie.

- Pourquoi Ennadha (parti politique islamique, actuel leader de l'assemblée nationale et du gouvernement depuis le scrutin d'octobre 2011) n'a aucun état d'âme à promettre des élections générales dès 2013 ?
Pour les supporters de Rached Ghannouchi, seul le calendrier musulman est valable. Actuellement nous sommes dans l'année hégirienne 1433 ...

- Quel est le fromage préféré d'Ennadha ?
La feta salafis ...

- Après le flottement suite à la répression de la manifestation avenue Habib Bourguiba le 9 avril, à quoi voit-on qu'Ennadha a repris les choses en main ?
Aujourd'hui 12 avril, le ciel de Tunis est voilé ...

Tunisianiquement votre

Compléments et références
- Confirmation par l'agence de presse officielle tunisienne TAP du voile au dessus de Tunis le 12 avril 2012
- Article Wikipedia sur le calendrier musulman
 

dimanche 11 décembre 2011

Omniprésence du voile

Elle prit le voile à Tolède
Au grand soupir des gens du lieu.
Comme si, quand on n'est pas laide,
On n'avait droit d'épouser Dieu.
Peu s'en fallut que ne pleurassent
Les soudards et les écoliers.
Enfants, voici des bœufs qui passent,
Cachez vos rouges tabliers.
Extrait de la Légende de la Nonne - Victor Hugo + Georges Brassens

A en croire certains politiques français comme Marine L. P., Claude G. ou Nadine M. mais aussi le parti islamique Ennadha, récent vainqueur des premières élections libres tunisiennes, la question du voile serait devenue centrale.
Même si cela me déplait profondément, je dois admettre qu'ils ont raison. Jugez sur pièces.

- La météo a annoncé que le ciel devrait se voiler dans la soirée alors que ce matin un léger brouillard voilait le paysage.

- Une des roues de mon vélo mais aussi les planches de ma bibliothèque sont voilées.

- Il y a quelques jours, touché par la laryngite, le voile de mon palais était victime d'une inflammation sévère, voilant ma voix.

- La frontière entre le port du voile et les voiles du port semble ténue puisque de nombreux clubs de voile peuplent les plages, probablement pour s'opposer aux bi et aux monokinis, voire à l'absence totale de kini. La planche à voile serait-elle une façon de lutter contre la blanche à poil ?

- Même l'Armée est touchée par ce phénomène. Alors que la marine à voile n'est plus, la cavalerie serait tentée d'utiliser des chars éponymes. Les pilotes de chasse résistent encore et redoutent les voiles rouges et noirs.

- Le voile se niche même dans des endroits que la morale réprouve. On peut croiser des individus à voile et à vapeur dans certains saunas interlopes.

- La délinquance aussi s'est emparé de la question puisque le vol à voile est de plus en plus prisé.

- Heureusement, l'avènement du numérique empêche de voiler les pellicules.

- La prochaine élection présidentielle française ne devrait pas être exempte du débat sur le voile puisque François Hollande, le prétendant socialiste, est l'élu de Tulle, la capitale du voilage. De surcroît, les sondages ont bien du mal à lever un coin du voile masquant le résultat de cette échéance électorale.

Bon assez d'ironie voilée, j'arrête ici cette chronique, pardon, je mets les voiles, en souhaitant que jamais vos poumons ni votre rétine n'arborent ce vilain mot de cinq lettres.

Mousseliniquement votre

dimanche 7 novembre 2010

Hauts les voiles et bas les masques !

L'avion du retour du Japon volant à une altitude propice à la réflexion d'ensemble, je propose un problème juridique nippo-français à votre sagacité.

Il y a peu, le gouvernement français, soucieux de lutter contre les dérives sectaires, a fait voter une loi interdisant le voile dit intégral - plaisamment appelé burqa en langue pachtoune - dans l'espace public.
Comme au Pays des Droits de l'Homme et de la Laïcité, il ne saurait être question de cogner directement sur une pratique religieuse, ce sont des motifs d'ordre et de sécurité qui ont été évoqués. Chacun, homme ou femme, a le devoir de ne pas dissimuler son visage en présence d'autrui afin de rester reconnaissable en permanence.

Petit souci : environ 5% des japonais portent un masque de protection couvrant tout le visage sauf les yeux, à la fois pour ne pas partager leurs miasmes avec leurs voisins et pour ne pas bénéficier d'éventuels germes en suspension.
Ainsi, le policier ayant vérifié mon passeport à Narita m'a fait l'effet d'un Zorro passé à la chaux. Autre exemple, en ce moment, mes deux voisines dans l'avion arborent une étoffe m'empêchant de détailler leur figure.

Comment la police et la justice françaises - réputées pour leur amabilité et leur efficience - vont-elles faire appliquer cette nouvelle réglementation sur la visibilité publique du visage ?

Première hypothèse : appliquer sans état d'âme cette loi récente que nul - fût-il étranger - n'est censé ignorer et renvoyer immédiatement chez eux les contrevenants nippons.
Après tout, le masque peut dissimuler un yakuza pasteurisé.
Impossible ! L'incident diplomatique avec la seconde économie mondiale serait terrible.
De surcroît, déporter de braves visiteurs venus résorber le déficit de notre commerce extérieur ne serait pas du meilleur goût en cette "période de sortie de crise mondiale d'une ampleur inégalée".

Seconde possibilité : ne pas verbaliser les touristes japonais masqués.
Ce serait faire ouvertement une application sélective à caractère racial ou religieux de la loi. Impossible au pays de l'Egalité !
Et puis, comment distinguer, sans les démasquer, les nippons aux sympathiques motivations hygiéniques d'éventuelles japonaises totalement voilées à la démarche religieuse inquiétante ? (Eh oui ! la burqa peut cacher une ninja !)

Troisième alternative : n'appliquer cette loi que dans les banlieues dites "à problèmes" car il est peu probable qu'un japonais s'y risque vu qu'il aura déjà du mal à quitter Roissy (se reporter à la chronique précédente).
Une variante serait une clause d'extraterritorialité s'appliquant aux Galeries Lafayette, aux boutiques Hermès, à la Tour Eiffel et à Versailles.
Impossible avec un gouvernement qui se targue de "faire appliquer la loi partout sur le territoire de la République" ! La ville de Louis XIV pourrait devenir à cette occasion une banlieue intégriste (peut être l'est-elle déjà ?).

Quatrième option : ne verbaliser aucune personne au visage masqué, car en plus des disciples ultra-religieuses du Commandant Cousteau et des japonais soucieux de leur santé, le carnaval de Dunkerque pourrait entrer au Guinness Book comme la plus gigantesque "garde à vue party".
Impossible car toute loi se doit d'être appliquée !

Bref, ce problème pratique de droit positif me paraît insoluble aussi vos lumières sont, par avance, les bienvenues.
Je remets mon masque afin de cesser de vous contaminer avec mes élucubrations juridiques et me courbe mentalement pour accueillir vos sagaces réflexions ...

Aériennement votre …