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mardi 27 septembre 2016

J’ai testé le site internet de campagne électorale de François Hollande

Aujourd’hui, des sympathisants ont mis en ligne un site à la gloire de l’actuel président français, baptisé « notre idée de la France ».

Ce media clame « oui ça va mieux » et nous invite à le vérifier, chiffres à l’appui, département par département.
Les résultats pour l’Isère, où je réside, sont, pour le moins, maigrelets.

Extrait du site « notre idée de la France »

Chômage

« 611 créations nettes d’emplois depuis 2012 »
La population active de l’Isère avoisine 800 000 personnes.
Le gouvernement en place a donc accru l’emploi en 5 ans dans une proportion de 1 pour 1 300.
Mon professeur de physique de terminale aurait qualifié cet exploit d’épaisseur du trait.

Jeunesse

« 1 171 jeunes ont bénéficié d’un emploi d’avenir »
La phrase complète n’étant pas très claire, il est difficile de déterminer si cette valeur se rapporte à la seule année 2015 ou à l’ensemble du mandat présidentiel.
Le trait a bien grossi, un jeune isérois sur 200 est concerné.

Enseignement

« 1 304 postes créés depuis 2012 dans l’académie de Grenoble »
Le territoire départemental étant un peu étriqué, il a été étendu à l’académie, c’est à dire à 4 autres départements limitrophes.
Le trait devient poutre. Les effectifs de l’Éducation Nationale ont augmenté de 2% en 5 ans !

Entreprises

« 2 562 entreprises sont soutenues par BPI France », la banque publique d’investissement.
La poutre se confirme à 2% des sociétés dauphinoises.

Retraites

« 8 972 retraités ont bénéficié d’un départ anticipé depuis 2012 »
Le compteur s’emballe à 3.5% des pensionnés isérois !

Impôts

« 174 618 foyers ont bénéficié d’une baisse d’impôt sur le revenu en 2015 »
Cette fois, le match se joue presque à guichets fermés. Près d’un ménage sur trois a été moins ponctionné par les percepteurs de l’Isère l’an dernier.
Il manque toutefois la statistique des augmentations de prélèvements obligatoires de 2012 à 2016.

Supporter une équipe reléguable ressemble parfois à un sacerdoce.

Factuellement votre

Références et compléments
L’image et les citations sont issues du site « notre idée de la France » le mardi 27 septembre 2016 vers 18 heures.

Les valeurs ayant permis l’étalonnage des données hollandaises proviennent de l’INSEE et de l’Académie de Grenoble.

lundi 4 novembre 2013

Une planche à billets pour la Marine : l'ingénieux programme économique du Front National

Au risque de surprendre beaucoup de fidèles lecteurs, je dois avouer que je suis en accord avec plus de 80% du programme politique du Front National. Aucune autre formation française ne s'intéresse aussi complètement au bonheur universel.

Cet épais document de 106 pages est une pure merveille. Sa lecture a illuminé ma journée.
Il nous promet, simultanément et en vrac, une hausse de nos revenus, une baisse de nos impôts et taxes, un accroissement de nos exportations concomitant avec une diminution de nos importations, une amélioration de notre sécurité, des progrès éducatifs notables, une diplomatie éclairant le monde ainsi que le renforcement du bien-être animal et, cerise sur l'ausweis, le renvoi dans leurs foyers des métèques qui abusent et salissent notre belle république laïque.

À la réflexion, je trouve même ce sympathique parti, désormais situé à l'hyper-centre de l'échiquier politique français, presque trop timoré.
Pour un peu, M. L. P. (désolé mais j'ai toujours mon souci récurrent de crampe aux doigts) pourrait s'allier avec les duettistes mous Bayrou et Borloo.
Il manque quand même dans ses engagements la promesse de la garantie pour tous d'une sexualité épanouie, d'une météo perpétuellement au beau fixe et de l'abolition de la mortalité, sauf pour les délinquants multi-récidivistes.

Sur le plan économique, les nationo-frontistes taquinent le chef d'œuvre, peut-être même le prix Nobel.

Je passerais rapidement sur les difficultés techniques de la sortie de l'euro, évoquées mais pas détaillées. Pourquoi s'encombrer avec l'intendance quand le volontarisme est là ?
La dévaluation monétaire de 10% à 20% et la fuite des capitaux qu'une telle mesure provoqueraient sont pareillement escamotées car, probablement comme disait Boris Vian, elles se résolvent en un quart d'heure.

Glissons aussi sur le blocage des taux des prêts octroyés par les banques dont le principal effet serait d'assécher le crédit et de permettre aux mafias de renouer avec la lucrative et ancestrale activité d'usurier.

Intéressons-nous plutôt au budget public.
M. L. P. et ses comparses annoncent pas moins de 75 milliards annuels de baisses d'impôts et de nouvelles dépenses, 1 100 € par français.

La mesure la plus coûteuse, mais aussi la plus charmante, consiste à abonder de 200 € par mois la feuille de paie de chaque salarié touchant moins de 1.4 SMIC.
12 millions de personnes seraient concernés par cette subvention de près de 30 milliards par an, sensiblement ce que nous consacrons chaque année pour la police et la justice réunies.

Soucieux de la félicité de chacun, les nationo-frontistes envisagent aussi une quinzaine de milliards, 200 € annuels par français, dans les domaines de la santé et de l'action sociale.
De surcroît, un salaire parental de 80% du SMIC durant 3 ans viendrait rajouter de l'ordre de 5 milliards. La plénitude familiale n'a pas de prix !

Bien entendu, notre sécurité intérieure et extérieure est aussi une priorité nécessitant un effort d'une vingtaine de milliards, presque 300 € annuels par tête de pipe.
Notons que, bizarrement, le programme du Front National ne détaille pas les sommes consacrées à la marine.

Enfin, les taxes sur les carburants, ponctions iniques, seraient amputées de 20%, soit 5 petits milliards supplémentaires.

Bien entendu, le parti hyper-centriste a prévu des économies budgétaires et une fiscalité remaniée pour équilibrer ces nouvelles dépenses.

La clef de voûte de ce bel édifice est un droit de douane de 3% sur toutes les importations.
Le retour des gabelous sur nos frontières aurait comme conséquence, outre de mettre la France au ban de l'Union Européenne, d'augmenter les prix de 1% puisque les importations représentent un tiers de l'activité économique française.
Par ailleurs, il est probable que des rétorsions s'exerceraient sur nos exportations qui emploient un gros quart de la main d'œuvre hexagonale.
Sur le plan financier, cette taxe ne rapporterait que 20 milliards annuels, 300 € par français.
Le Front National indique sans vergogne être prêt à plonger la France dans l'isolement autarcique alors que même François Mitterrand, champion jusqu'alors de l'hermétisme aux choses économiques, ne l'a pas osé en 1983.

Pour tenter de boucler les fins de mois étatiques, M. L. P. veut aussi supprimer la niche fiscale dite "Copé", 3 milliards, et toutes les aides aux sans-papiers et demandeurs d'asile, chiffrées allègrement à 1.5 milliards.

Tous comptes faits, 75 milliards de dépenses nouvelles et à peine 25 milliards de recettes additionnelles conduisent mécaniquement à une augmentation du déficit public d'environ 50 milliards d'euros annuels, 750 € par français, plus de la moitié du montant actuel pourtant déjà abyssal.

Qu'à cela ne tienne, lorsque l'argent manque, il suffit d'en fabriquer. Courageusement, un mouvement qui fait de la lutte implacable contre la criminalité un de ses chevaux de bataille, semble prêt à tout pour améliorer notre vie, y compris éditer de la fausse monnaie.
Les stratèges nationo-frontistes souhaitent, en effet, autoriser, voire forcer, la Banque de France à imprimer les billets nécessaires pour colmater les trous étatiques dont ils auront augmenté la profondeur.

Cette excellente recette a déjà été expérimentée dans les années 1920 en Allemagne par d'autres centristes qui gouvernaient la république de Weimar. Elle a plongé la population dans la misère et a conduit l'extrême-droite nazie au pouvoir ...
Fort heureusement, de tels événements funestes n'ont aucune chance de survenir au pays de Charles Maurras et de Philippe Pétain puisque, depuis la rentrée, il n'y existe plus de parti politique d'extrême-droite.

No pasaran !

Extrémistement votre

Références et compléments
- Voir aussi les 3 chroniques sur la percée de l'extrême-droite populiste en France :
. Lettre à mes compatriotes tentés de voter Front National
. Quelles sont les racines de l'extrême-droite populiste ? Comment la faire reculer ?
. Allons-nous renoncer encore longtemps ? Réaction épidermique aux élections européennes de mai 2014

- Pour se remémorer les ordres de grandeur des finances publiques françaises, mes 4 chroniques :
. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les dépenses publiques françaises
. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les impôts et les taxes en France
. Tout ce que vous toujours voulu savoir sur le déficit public de la France
. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les pistes de sortie de crise

- Toutes les mesures citées sont présentées dans le document "Notre Projet - Programme Politique du Front National" téléchargé sur le site du parti d'hyper-centre le 4 novembre 2013 (ma crampe récurrente aux doigts m'empêche d'insérer un lien vers cet Everest de la pensée politico-économique).

- Les chiffres économiques ont été établis par mes soins à partir des données floues contenues dans le programme nationo-frontiste. Les valeurs ont été arrondies pour faciliter la compréhension.

samedi 11 mai 2013

La crise vue de Bilbao

À Bilbao et dans ses alentours, la crise qui ravage actuellement l'Espagne est partout. Même en jouant au touriste en goguette, il est impossible d'y échapper.

Exceptées deux ou trois artères de l'hyper-centre, chaque rue possède son lot de commerces fermés, à louer ou à vendre. Les banlieues ouvrières ont des allures de villes sinistrées et même les villages de campagne ne respirent pas la santé.
Beaucoup d'appartements et de maison sont aussi à céder.

Sur la côte cantabrique, de nombreuses constructions récentes ont pris la place des anciennes mines de fer et défigurent la façade maritime de la route de Compostelle.
Des pavillons et des chalets aux dimensions cossues ont poussé un peu partout, y compris devant des décharges ou des usines chimiques qui, elles aussi, contemplent la baie de Biscaye.
Plusieurs de ces hameaux d'un nouveau style sont entièrement inoccupés. A l'entrée de ces lotissements fantômes, petit à petit, la pluie lessive les affiches aux promesses fallacieuses des promoteurs immobiliers.

Le port de Bilbao, pourtant très étendu le long d'un estuaire, a une activité anémique. Peu de bateaux sont à quai, beaucoup de zones de stockage sont vides et les grues de chargement sont à l'arrêt.
Les parages, jadis couverts d'usines, sont désormais des friches industrielles. Le grand site sidérurgique, dont une partie appartient à Mittal, agonise : parkings désertés, façades défraîchies et peu de fumées.
Même les bordels kitsch - pourtant grande spécialité ibérique - piquent du nez. Au milieu des usines fermées, un château-fort en carton-pâte défendu par des naïades nues en plâtre est à vendre ...

Les commerces survivants m'ont presque procuré un bain de jouvence.
De nombreux magasins sont des boutiques familiales aux saveurs d'autrefois : drogueries, merceries, chapelleries, "articles de mode", corseterie, bonneterie ...
Disparus en France durant les années 1970 et 1980, ces commerces traditionnels représentent encore sensiblement un bon tiers des magasins basques.
Autre relent traditionnel, le centre de Bilbao est totalement fermé durant la pause de la mi-journée, c'est à dire entre 14 et 16 heures. Du coup, bars et restaurants, très nombreux, sont relativement pleins. Que faire d'autre que de picoler et fumer en attendant que bureaux et boutiques veuillent bien rouvrir ?
Bien entendu, entreprises de grande distribution, chaînes de franchise et marques internationales font nettement plus que pointer le bout de leur nez. En banlieue, les centres commerciaux commencent à succéder aux usines et tentent d'attirer non-stop le chaland.
L'issue de ce combat inégal est connu et risque de prolonger la crise. La transformation, qui a eu lieu en France durant les années de croissance échevelée baptisées trente glorieuses, va survenir en Espagne en période de dépression.

Un seul type de commerce sort bizarrement du lot. Les agences de banques et d'institutions financières sont pléthoriques. Je n'ai pas réussi à en repérer une seule de fermée.
Ces officines, qui sont les responsables majeurs du marasme ambiant, semblent s'être multipliées. J'estime qu'elles sont grosso modo deux à quatre fois plus nombreuses qu'en France.
Heureusement, beaucoup de ces agences sont recouvertes de graffitis et d'affiches syndicaux pointant leurs responsabilités dans le déclenchement de la crise.
Au cœur de Bilbao, une magnifique statue de Mercure trône au sommet d'un bâtiment historique de la banque BBVA. Cette divinité romaine est le dieu du commerce et des voyages. C'est aussi celui des voleurs ...

Criso-basquement votre

mardi 13 novembre 2012

Sommes-nous des web-justiciers ?

J'ai récemment visionné une courte vidéo où, sur un chantier de construction, un homme très en colère agonit d'injures, dans un anglais de caserne, les ouvriers présents. Les propos ont un net caractère raciste et le successeur du Capitaine Haddock finit par s'emparer d'une plaque de tôle ondulée qu'il lance en direction de la personne qui le filme.
Le site des Observateurs de France 24 qui rapporte cette vidéo, en plus de fournir une traduction française des invectives, indique que la scène a eu lieu fin octobre à Singapour et que son héros est le prototype du sale con : un expatrié français plein aux as, trader de haut vol dans une banque anglo-saxonne d'envergure internationale.
Le chantier aurait troublé la quiétude matutinale de la maison familiale de mon vociférant compatriote.
L'article se termine par la mention que la banque, citée sur internet, a licencié illico presto le golden boy gaulois.

Spontanément, en découvrant ce film, j'ai pris fait et cause en faveur des ouvriers qui ont filmé les saillies du trader. La lecture de l'article a renforcé cette opinion qui s'est transformé en exultation quand j'ai appris que l'arroseur avait terminé arrosé. Je me suis aussitôt empressé de poster un lien vers le billet de France 24 sur plusieurs réseaux sociaux.

Toutefois, quelques temps après, j'ai été pris d'un sentiment de malaise.
Qu'avais-je vraiment vu ? Une scène assez banale de la vie quotidienne où une personne très énervée en insulte d'autres dans un registre, hélas, raciste.
Que savais-je de vraiment fiable du contexte et des personnes en présence ? Pas grand chose !

En fouillant sur internet, j'ai retrouvé le site où cette vidéo a été initialement mise en ligne. Il s'agit d'un média singapourien très racoleur auquel tout un chacun peut envoyer des films scandaleux ou salaces. Environ un article sur six de ce site propose un contenu relevant le comportement "inapproprié" des étrangers à Singapour.
Le court texte qui accompagne la vidéo du trader a été écrit par le chef de chantier qui, dès la seconde phrase, souligne - peut-être pour faciliter le décryptage des images par les daltoniens - que le héros hurleur est un blanc.

Je n'ai pas réussi à trouver d'éléments rapportés par des personnes tierces sur les évènements avant et après les soixante secondes qui ont été filmées.
Il est donc possible que notre ami le trader soit véritablement un sale con raciste ayant agressé verbalement des ouvriers faisant normalement leur travail.
Mais, il est tout aussi plausible que le personnel du chantier ait provoqué, sciemment ou pas, l'expatrié français déclenchant ainsi un pétage de plomb dans les règles de l'art !

Internet, en nous amenant sur un plateau des images et des informations fortes faisant appel à nos émotions, tend à faire sauter nos digues.
Les injures racistes d'un surexcité sont choquantes. Toutefois, les livrer en pature sur le web sans aucune contre-vérification expose leur auteur à la vindicte publique sans qu'il puisse se défendre.
L'employeur du trader, très soucieux de son image, a choisi de se débarrasser du boulet de manière expéditive et l'a fait savoir dans la presse économique par le biais de commentaires courageusement anonymes.

Un justicier sommeille en chacun de nous.
Quelques images, quelques larmes ou un peu d'adrénaline suffisent à le réveiller et à nous faire jeter aux orties les principes de présomption d'innocence et de droit à une défense équitable.
Tel la langue d'Esope, internet est la meilleure et la pire des choses ...

Zorroiquement votre

La vidéo objet de cette chronique.
Oreilles sensibles et adversaires du mot anglais en F****** s'abstenir.

Références et compléments