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samedi 29 avril 2017

3 raisons de voter Emmanuel Macron

Le premier tour de l'élection présidentielle française a eu le mérite de dégager - y compris au sens tunisien du terme - une alternative claire pour le second round.
Emmanuel Macron et Marine Le Pen représentent deux visions opposées de notre société.
Ce choix est crucial et même dangereux, aussi mon suffrage ira, sans état d'âme, à Emmanuel Macron.
Voici pourquoi.



1) Marine Le Pen souhaite une économie fermée et administrée

Taxation, douane, contrôles en tous genres, possible sortie de l'euro et de l'Europe, planche à billets...
Bien que floues, les orientations économiques du Front National ont le mérite de la cohérence dans l'irréalisme.

Ces idées méconnaissent que l'économie est d'abord un circuit, que ce qui est dépensé quelque part a du être gagné ailleurs et vice-versa.
Par exemple, freiner les importations, c'est simultanément s'exposer à la pénalisation de nos exportations.

De surcroît, en 250 ans de révolutions industrielles et de capitalismes, il n'existe aucun exemple réussi et durable de pays raisonnablement développé ayant pratiqué les politiques économiques invoquées par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.
Par contre, nombres de catastrophes ont été provoquées par ces méthodes, le Vénézuela étant la dernière en date.

2) Marine Le Pen propose des réponses simples

Quel que soit le sujet, l'héritière Le Pen formule des propositions lapidaires.
Se débarrasser des étrangers, surtout ceux du sud, des bureaucrates et des oligarques capitalistes suffirait à créer le jardin d'Eden sur notre belle terre de France.

Ce simplisme est inadapté à notre société actuelle que les sociologues qualifient d'horizontale.
Nous sommes plus autonomes que nos parents et nos grand-parents. Nous décidons, par nous-même, de nos vies, de nos envies, de nos façons d'être, de nos consommations, de nos métiers, de nos conjoints...
Les déterminismes familiaux, sociaux, religieux et politiques ont de moins en moins de prise sur nous.

De ce fait, notre monde est devenu singulièrement imbriqué.
Nous sommes tous désormais de petits décideurs.
Les sommets des pyramides politiques ou économiques ne parviennent plus à nous imposer leurs choix.
Atténuer les maux dont souffre notre pays exige une approche complexe.

3) Marine Le Pen aspire à moins de démocratie

En se présentant comme la candidate du peuple et en revendiquant un lien exclusif direct entre les français et le pouvoir qu'elle incarnerait, la dirigeante frontiste montre le peu cas qu'elle fait de la démocratie libérale.

Des centaines d'années ont été nécessaires, depuis la magna carta anglaise du 14ème siècle jusqu'à la déclaration universelle des droits de l'Homme en 1945, en passant par l'indépendance américaine et la révolution française, pour mettre au point par tâtonnements notre système démocratique.
Il repose non seulement sur un gouvernement désigné par une majorité de citoyens mais aussi par ce que les américains appellent les "checks & balances" (contrôles et équilibres), c'est à dire le respect des minorités, la séparation des pouvoirs et l'état de droit, à commencer par les droits fondamentaux.

Tout cette organisation subtile nous paraît naturelle et, comme nous y sommes habitués, nous y accordons aussi peu de valeur qu'à l'air que nous respirons.

Aussi, je recommande à tous les hésitants de s'entourer, pendant une minute, la tête d'un sac en plastique, afin d'expérimenter la différence entre l'air libre - même chargé de micro-particules - et l'asphyxie.

Bien qu'ayant effectué mon service militaire dans la Royale, je voterai résolument contre la Marine !




Républicainement votre

Post-scriptum 29 avril 2017 15H00
J'ai publié cette chronique aujourd'hui en fin de matinée alors que n'avais pas eu connaissance du piteux ralliement de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen.
Ce dernier épisode en date ne fait que rajouter à la confusion des esprits et des valeurs que j'essaie de combattre dans cette chronique.
Qu'un gaulliste auto-proclamé fraie avec un parti dont la filiation politique, historique et sociologique rejoint les pires ennemis de Charles de Gaulle, Vichy et l'OAS, devrait nous inciter encore plus à voter massivement contre cette imposture.

Références et compléments
En lien avec cette prise de position, je suggère quatre autres de mes chroniques
- Mes valeurs
- Tentative d'explication de la laïcité en France à mes amis hors de l'Hexagone
- Ma visite impromptue chez Charles de Gaulle
Seul, bras croisés, au milieu des saluts nazis

La photographie d'Emmanuel Macron discutant, sous l'oeil des officiers de sécurité et des caméras, avec Caroline Schreiber (candidate de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon dans l'Isère) a été prise par mes soins le 14 avril 2017 devant le centre INRIA de Montbonnot, lors de la visite du candidat d'En Marche.
Ce blog reflétant mes points de vue personnels, il va sans dire que cette chronique et sa photo n'ont reçu l'aval ni de Caroline Schreiber, ni même d'Emmanuel Macron.

La citation de Raymond Aron "le choix en politique n'est pas entre le bien et le mal mais entre le préférable et le détestable" et l'image associée ont été trouvées au hasard de Twitter.

mardi 27 septembre 2016

J’ai testé le site internet de campagne électorale de François Hollande

Aujourd’hui, des sympathisants ont mis en ligne un site à la gloire de l’actuel président français, baptisé « notre idée de la France ».

Ce media clame « oui ça va mieux » et nous invite à le vérifier, chiffres à l’appui, département par département.
Les résultats pour l’Isère, où je réside, sont, pour le moins, maigrelets.

Extrait du site « notre idée de la France »

Chômage

« 611 créations nettes d’emplois depuis 2012 »
La population active de l’Isère avoisine 800 000 personnes.
Le gouvernement en place a donc accru l’emploi en 5 ans dans une proportion de 1 pour 1 300.
Mon professeur de physique de terminale aurait qualifié cet exploit d’épaisseur du trait.

Jeunesse

« 1 171 jeunes ont bénéficié d’un emploi d’avenir »
La phrase complète n’étant pas très claire, il est difficile de déterminer si cette valeur se rapporte à la seule année 2015 ou à l’ensemble du mandat présidentiel.
Le trait a bien grossi, un jeune isérois sur 200 est concerné.

Enseignement

« 1 304 postes créés depuis 2012 dans l’académie de Grenoble »
Le territoire départemental étant un peu étriqué, il a été étendu à l’académie, c’est à dire à 4 autres départements limitrophes.
Le trait devient poutre. Les effectifs de l’Éducation Nationale ont augmenté de 2% en 5 ans !

Entreprises

« 2 562 entreprises sont soutenues par BPI France », la banque publique d’investissement.
La poutre se confirme à 2% des sociétés dauphinoises.

Retraites

« 8 972 retraités ont bénéficié d’un départ anticipé depuis 2012 »
Le compteur s’emballe à 3.5% des pensionnés isérois !

Impôts

« 174 618 foyers ont bénéficié d’une baisse d’impôt sur le revenu en 2015 »
Cette fois, le match se joue presque à guichets fermés. Près d’un ménage sur trois a été moins ponctionné par les percepteurs de l’Isère l’an dernier.
Il manque toutefois la statistique des augmentations de prélèvements obligatoires de 2012 à 2016.

Supporter une équipe reléguable ressemble parfois à un sacerdoce.

Factuellement votre

Références et compléments
L’image et les citations sont issues du site « notre idée de la France » le mardi 27 septembre 2016 vers 18 heures.

Les valeurs ayant permis l’étalonnage des données hollandaises proviennent de l’INSEE et de l’Académie de Grenoble.

samedi 13 août 2016

​La politique française vue de Tunisie

​J'ai repéré, en Tunisie, sur un site d'annonces, un intriguant message.
Élysée toute neuve
Direction assistée
Vitres électrique
Climatiseur en marche
Antibrouillard
Jantes alliage
Double clé origine
Prix négociable pour les sérieux
L'auteur de cette offre semble être un meilleur connaisseur des arcanes de la politique française que de l'orthographe et de la syntaxe.
Jugez sur pièces garanties d'origine.

Élysée toute neuve

Vu les piteuses prestations de ses trois - voire de ses quatre - derniers locataires, l'Élysée a certainement besoin d'une sérieuse rénovation.

Direction assistée

Le prochain occupant du 55 rue du Faubourg Saint Honoré à Paris gagnerait à se faire correctement assister dans la direction du pays.

Vitres électrique

Faire rentrer un peu d'air frais dans les sphères gouvernementales serait plus que nécessaire.

Climatiseur en marche

Le poste présidentiel étant particulièrement chaud, recevoir en permanence un bon souffle glacé permettrait à son titulaire de garder la tête froide.

Antibrouillard

Les partis français cumulant programmes flous et fonctionnements opaques, éclairer leur route ne serait pas un luxe.

Jantes alliage

Allier les principales tendances politiques pourrait éviter à la France de rouler sur la jante.

Double clé origine

Prévoir une doublure au vainqueur de la prochaine élection présidentielle afin de pouvoir le changer en cas de mauvaises prestations nous épargnerait bien des désillusions.

Prix négociable pour les sérieux

Sans commentaire.

Tuniso-Citroënement votre

Références et compléments
Voir aussi deux autres billets portant sur les petites annonces en Tunisie
- Chercher l'âme soeur en Tunisie
- Les annonces automobiles en Tunisie ultime refuge du surréalisme

L'annonce a été publiée sur le site tunisien tayara.tn fin juillet 2016. Je l'ai recopiée scrupuleusement.
Selon toute vraisemblance, son auteur souhaitait vendre une voiture Citroën C-Elysée, qualifiée par les spécialistes (dont je ne suis pas) de berline low-cost.

lundi 25 juillet 2016

Quiz : connaissez-vous vraiment le Front National ?

Partout en Europe, les opinions nationalistes et populistes, voire xénophobes, prospèrent. 
En témoignent les succès électoraux des pro-Brexit en Grande Bretagne, de Marine Le Pen en France et de multiples autres.

Dans le même temps, des positions ouvertes et européennes - en un mot rapide et étymologique, libérales - continuent à être partagées par une fraction importante de la population, dont votre serviteur ne se cache pas de faire partie.

Cette coupure idéologique est d'abord le symptôme d'une rupture sociale.
Désormais, deux sociétés distinctes coexistent côte à côte, avec peu de points de rencontre.

Je vous propose un quiz rapide pour toucher du doigt cette nouvelle ségrégation française.

Première série de questions 

Parmi les 30 villes et bourgades françaises citées ci-après, combien en connaissez-vous ?
Durant les 5, 10, 20 dernières années, combien de temps y avez-vous séjourné ?
Combien de personnes de votre entourage y résident ?
  • Arles (Bouches du Rhône)
  • Arras (Pas de Calais)
  • Bar sur Aube (Aube)
  • Beauvais (Oise)
  • Béziers (Hérault)
  • Brignoles (Var)
  • Carpentras (Vaucluse)
  • Cavaillon (Vaucluse)
  • Chateaurenard (Bouches du Rhône)
  • Chaumont en Vexin (Oise)
  • Forbach (Moselle)
  • Habsheim (Haut Rhin)
  • Hénin-Beaumont (Pas de Calais)
  • Héricourt (Haute Saône)
  • Hirson (Aisne)
  • Liévin (Pas de Calais)
  • Orange (Vaucluse)
  • Péronne (Somme)
  • Perpignan (Pyrénées Orientales)
  • Saint Dié des Vosges (Vosges)
  • Saint Dizier (Haute Marne)
  • Saint-Avold (Moselle)
  • Saint Pol sur Ternoise (Pas de Calais)
  • Sarrebourg (Moselle)
  • Sarreguemines (Moselle)
  • Soissons (Aisne)
  • Vauvert (Gard)
  • Vitrolles (Bouches du Rhône)
  • Vitry le François (Marne)
  • Wissembourg (Bas Rhin)
     

Seconde série de questions

Mêmes questions pour cette autre liste de 30 localités.
  • Antony (Hauts de Seine)
  • Bordeaux (Gironde)
  • Boulogne Billancourt (Hauts de Seine)
  • Clamart (Hauts de Seine)
  • Colombes (Hauts de Seine)
  • Courbevoie (Hauts de Seine)
  • Epinay sur Seine (Seine Saint Denis)
  • Grenoble (Isère)
  • Issy les Moulineaux (Hauts de Seine)
  • Ivry sur Seine (Val de Marne)
  • La Celle Saint-Cloud (Yvelines)
  • Levallois Perret (Hauts de Seine)
  • Lyon (Rhône)
  • Maisons-Laffitte (Yvelines)
  • Marly le Roi (Yvelines)
  • Meudon (Hauts de Seine)
  • Montreuil (Seine Saint Denis)
  • Montrouge (Hauts de Seine)
  • Nanterre (Hauts de Seine)
  • Nantes (Loire Atlantique)
  • Neuilly sur Seine (Hauts de Seine)
  • Orsay (Essonne)
  • Paris (intra muros)
  • Rennes (Ille et Vilaine)
  • Rueil-Malmaison (Hauts de Seine)
  • Saint Denis (Seine Saint Denis)
  • Strasbourg (Bas Rhin)
  • Toulouse (Haute Garonne)
  • Versailles (Yvelines)
  • Vincennes (Val de Marne)
     

Décryptage

La première liste est celle des 30 territoires ayant le plus voté pour Marine Le Pen lors du scrutin présidentiel de 2012.

La seconde est son exact opposé. Ce sont les zones ayant le moins choisi le Front National.

Les 30 circonscriptions électorales ayant le plus voté pour Marine Le Pen en 2012, par rapport au nombre d'inscrits, sont illustrées par les symboles rouges.
Les 30 ayant le moins choisi le Front National suivant le même critère apparaissent en jaune.
Voir aussi une version interactive de cette carte.

Résultats personnels

Personnellement, je connais moins de la moitié des bourgades penchant à l'extrême-droite.
Aucun de mes proches n'y vit.
Je n'ai séjourné que dans une seule d'entre elles, une huitaine de jours, il y a nettement plus de 5 ans.

À l'inverse, je connais toutes les villes de la seconde liste.
J'habite l'une d'elles.
J'ai déjà visité une grande majorité des autres. Ainsi, depuis le 1er janvier, je me suis rendu dans une moitié d'entre elles.
Une forte part de mon entourage y réside.

De surcroît, chaque année, je passe entre 30 et 50 jours hors des frontières françaises.

Et vous ?

Sociologiquement votre

Références et compléments
Chronique inspirée par la conférence TED d'Alexander Betts "pourquoi le Brexit est survenu et que faire désormais ?" (en anglais)

Précisions méthodologiques
  • Version interactive de la carte du vote Marine Le Pen en 2012.
    J'ai symbolisé chaque circonscription par sa localité la plus importante.
     
  • Le regroupement des résultats électoraux par circonscriptions a de multiples avantages.
    D'une part, les données sont facilement accessibles et très détaillées.
    D'autre part, malgré les imperfections flagrantes du découpage électoral, les circonscriptions sont une maille suffisamment fine, mais pas trop, avec des populations comparables en nombre.
     
  • J'ai choisi de classer le vote en faveur de Marine Le Pen en fonction du pourcentage des inscrits qui reflète l'attachement à une option politique.
    Par définition, les abstentionnistes, exclus du décompte des votes exprimés, ne font pas montre de penchants bien établis.
     
  • Marine Le Pen au niveau national a atteint 14% des inscrits en 2012.
    Elle a fait plus de 22% - une fois et demi plus - dans les zones les plus en sa faveur.
    Par contre, les territoires votant le moins pour elle sont tous en dessous de 8% des inscrits, presque moitié moins que la moyenne.
    Pour faire simple, on vote 3 fois plus Front National autour des symboles rouges sur la carte que près des jaunes.
     
  • Mon classement s'est intéressé exclusivement à la France métropolitaine.
    La France dite d'outre-mer a très peu voté pour le Front National.
     
  • J'ai aussi regroupé toutes les circonscriptions parisiennes en une seule, les résultats étant spectaculairement homogènes.
     
  • Le choix des couleurs des symboles de la carte est le fruit du daltonisme de votre serviteur et n'a aucune signification politique ou syndicale. 

Les statistiques électorales proviennent de data.gouv.fr.

samedi 18 juin 2016

Ma visite impromptue chez Charles de Gaulle

Cette semaine, un accident ayant fermé l'autoroute que je devais emprunter, je me suis retrouvé fortuitement aux environs de Colombey les Deux Églises.

Mu par une sorte d'appel, j'ai fait halte quelques instants dans le village du général de Gaulle.

Humilité

Vastes, frustes et tristes horizons ; bois, prés, cultures et friches mélancoliques ; relief d'anciennes montagnes très usées et résignées ; villages tranquilles et peu fortunés dont rien, depuis des millénaires, n'a changé l'âme, ni la place...


Le minuscule village de Colombey est toujours pareil à la description qu'en donnait Charles de Gaulle dans ses mémoires.
Maisons et rues ne semblent pas avoir changé depuis la retransmission télévisée des obsèques du "général" en novembre 1970.

Le cimetière - modeste par sa taille mais aussi par la simplicité et l'absence d'ornements des tombes - jouxte l'église.
La sépulture du général de Gaulle, de son épouse et de sa fille cadette ne se distingue en aucune façon de ses voisines.
À quelques pas, dans une tombe très similaire, reposent son autre fille et son gendre.




Afin de ne pas dénaturer ce lieu de recueillement, les innombrables plaques commémoratives ainsi que les fleurs sont reléguées, en vrac, dans un coin du cimetière, à l'écart des tombes.
Parmi elles, la gerbe tricolore déposée par François Hollande trois jours plus tôt.




Grandeur

Au sommet d'une colline, face au cimetière et à "la Boisserie" - la propriété des de Gaulle - se dresse une croix de Lorraine en granit de 45 mètres de haut, symbole de la France Libre et du gaullisme.

Plusieurs kilomètres avant Colombey, le regard du visiteur est accroché par ce monument incongru émergeant de la forêt.



Contraste

La mise en scène de la mémoire de Charles de Gaulle à Colombey reflète les contradictions intérieures de ce personnage singulier.

La vie personnelle simple ainsi que le goût pour la solitude et l'austérité sont illustrés par le dépouillement de sa tombe.

À l'opposé, l'attachement viscéral à la France et l'obsession, à la limite de la mégalomanie, de sa "grandeur" s'incarnent dans la gigantesque croix de Lorraine.



Nostalgie

En quittant Colombey les Deux Églises, je ne peux m'empêcher de regretter que les politiciens français actuels - y compris dans le parti se réclamant encore vaguement du gaullisme - aient inversé l'équation du "grand Charles".

Obsédés par leur propre destin, ils semblent avoir oublié celui du pays.
Pourquoi changeraient-ils puisque nous les élisons et réélisons inlassablement ?



Historiquement votre

Références et compléments
Les photos ont toutes été effectuées par mes soins à Colombey les Deux Églises en Haute Marne le 17 juin 2016 (j'ai, en quelque sorte, devancé l'appel).
Pour agrandir les images, cliquer dessus.

Voir aussi les autres chroniques traitant de près ou de loin de Charles de Gaulle.

Pour aller plus loin, les articles Wikipedia

La citation décrivant Colombey les Deux Églises est extraite des mémoires de guerre de Charles de Gaulle.

La croix de Lorraine est une croix avec deux barres horizontales.
Elle a été choisie comme emblème de la France libre en juillet 1940 par l'amiral Muselier, militaire lorrain qui fut un des premiers compagnons du général de Gaulle en Grande Bretagne, en opposition à la croix gammée des nazis.

dimanche 3 avril 2016

Syndicats et patronat français consternantes coquilles vides

L’actuel débat stérile sur la loi dite « travail El Khomri » illustre, jusqu’à la nausée, l’absence de dialogue social et sociétal constructif en France.
Ce vide abyssal vient pour bonne part de la faiblesse des organisations syndicales et patronales qui, dépourvues de bases sur lesquelles s’appuyer, sont incapables d’une quelconque négociation.

Comme à l’habitude, je vous propose d’employer la froide rigueur des chiffres pour aborder ce sujet passionnel.

Des syndicats non représentatifs

Les organisations françaises de salariés s’illustrent par le nombre microscopique de leurs adhérents.

Le derniers chiffre à peu près fiable - vieux de presque 15 ans - est de 790 000 syndiqués dans le secteur privé, toutes obédiences confondues.
En le rapportant aux 2.9 millions de chômeurs additionnés aux 17.8 millions de salariés, on obtient un ratio de syndicalisation inférieur à 4%.

Les dirigeants syndicaux minimisent l’impact de ce score rachitique en arguant d’une spécificité hexagonale. Leur légitimé, à l’instar de celles des politiques, proviendrait des élections professionnelles et non des adhésions.

Les faits contredisent ce discours lénifiant.
4 salariés du privé sur 10 sont privés de démocratie sociale puisque seuls 12 millions sur 20 peuvent voter pour désigner des représentants.
Le taux d’abstention de ces heureux inscrits dépasse 60%

Tous comptes faits, plus de 3 français concernés sur 4 se situent involontairement ou délibérément en dehors du fait syndical.
À titre de comparaison, 8 électeurs sur 10 ont participé à la présidentielle de 2012.

Participation aux élections professionnelles dans les entreprises françaises entre 2011 et 2013 ramenée au total des chômeurs et des salariés du secteur privé

Les suffrages exprimés par le quart des salariés du privé se dispersent sur 7 syndicats principaux.

CGT et CFDT arrivent en tête et représentent chacune 1 salarié sur 15.
Quand Laurent Berger (CFDT) est présenté dans les gazettes comme le ministère du travail bis et son compère Philippe Martinez (CGT) comme le principal opposant à la casse sociale, cela laisse songeur.

La très vocale FO n’attire les suffrages que d’un travailleur sur 25. Avec un tel soutien, son lider maximo Jean-Claude Mailly serait bien inspiré de baisser d’un ton.

Les rachitiques CFE-CGC et CFTC se situent à environ 1 sur 45. Une loupe permet de détecter UNSA et Solidaires autour du pour-cent.

Résultats des élections professionnelles dans les entreprises françaises entre 2011 et 2013 ramenés au total des chômeurs et des salariés du secteur privé

Le roi patronal encore plus nu que le roi syndical

Pour éviter soigneusement toute contestation, les organisations patronales françaises - MEDEF, CGPME, UPA - ne publient aucun chiffre vérifiable d’adhésion.

Leurs organisations - probablement issues des amours incestueuses entre raffineries et usines à gaz - semblent construites pour permettre à une bureaucratie de prospérer sans jamais rendre de comptes.

Des sondages réalisés par le ministère du travail peinent à établir des données acceptables.
Leurs résultats observés avec des lunettes très roses donneraient un taux d’adhésion autour de 40%. Un regard moins amène situe le score entre 10% et 20% avec de fortes disparités sectorielles.
Le plus étrange est que certaines entreprises sont simultanément membres de plusieurs organisations patronales. On n’est jamais trop prudent !

Les élections aux chambre de commerce et d’industrie (CCI) pourraient constituer une mesure de l’audience du MEDEF et de ses acolytes.
Les 17% de participation - 1 établissement employeur privé sur 6 - sont cohérents avec les adhésions.
Pour éviter d’exposer au grand jour la faible représentativité des syndicats patronaux, les candidats et les élus aux CCI restent discrets sur leur(s) appartenance(s) et aucune analyse post-électorale n’est effectuée.

Le ton péremptoire de Pierre Gattaz (MEDEF) est un rideau de fumée camouflant les maigres effectifs de chefs d'entreprise qui le soutiennent.

Participation aux dernières élections aux chambres de commerce et d'industrie (CCI) de 2010 ramenée au nombre d'établissements employeurs privés en France

Et dire que ce petit monde étriqué - syndical et patronal - est officiellement jugé « représentatif » et apte à signer des accords modifiant nos conditions professionnelles et personnelles de vie  ...

Démocratiquement et énerviquement votre

Références et compléments
Voir aussi la chronique « les syndicats derniers bastion du surréalisme ».
Je remercie les fidèles lecteurs qui, à l’issue de sa publication, m’ont incité à écrire celle-ci.

Les chiffres, arrondis pour faciliter leur compréhension, ont été obtenus en croisant et recoupant de multiples données et rapports de l’INSEE, de l’ACOSS, du ministère du travail, de Wikipedia et du réseau des CCI de France.
Seul le secteur privé a été analysé dans ce billet.

Qui aime bien, châtie et rigole bien !
L’auteur - réservoir ambulant de contradictions - adhère à un des fort peu représentatifs syndicats cités dans cette chronique statistique.

dimanche 6 mars 2016

Lettre à Laurent Wauquiez politicien cumulatif

​Monsieur le président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes,
Monsieur le député du département de la Haute Loire,
Monsieur le vice-président du parti "Les Républicains",
Monsieur le conseiller municipal de la commune du Puy en Velay,
Monsieur le premier vice-président de la communauté d'agglomération du Puy en Velay,
Monsieur Laurent Marie Wauquiez.

Une récente tribune radiophonique de Dany Cohn-Bendit a mis en lumière une de vos déclarations où vous fustigiez les français binationaux : "ce n’est pas la même chose de garder deux nationalités et de faire le choix total de la France".

Apparemment, autant le cumul des mandats vous convient, autant le cumul des passeports vous énerve.

Intrigué par vos propos, j'ai cherché des illustrations historiques de personnes n'ayant pas fait le choix total de la France.

Les exemples abondent, y compris en dehors du sport et de la politique.

Ainsi sur les 61 français ayant reçu, toutes disciplines confondues, le prix Nobel, 11 ne possèdent pas le pedigree exclusivement bleu-blanc-rouge cher à votre cœur.
Au premier rang d'entre eux, Maria Salomea Skłodowska alias Marie Curie, simultanément polonaise et française et - excusez du peu - cumulant prix Nobel de physique et prix Nobel de chimie.

Marie Curie

Je peux aussi évoquer Roman Kacew alias Romain Gary, simultanément russo-polono-judéo-lituanien et français et ayant cumulé l'écriture de quelques unes des plus belles pages de la littérature francophone du XXème siècle, la représentation diplomatique de notre pays à l'ONU et aux USA ainsi que l'engagement combattant dans la France Libre dès juin 1940.
Charles de Gaulle - dont votre parti se réclame vaguement encore un peu - le décora, à la fin du second conflit mondial, de l'Ordre de la Libération.

Romain Gary

Si je ne craignais de lasser les fidèles lecteurs de ce blog, je pourrais, sans peine, continuer cette énumération et cumuler 4 ou 5 chroniques sur ce thème.

J'aimerais, pour conclure au plus vite cette pénible lettre, vous soumettre une suggestion et vous poser une question.

D'après l'INSEE, sensiblement 5% des français n'ont pas fait le choix total de leur pays.
Or, ces nationaux approximatifs sont de complets contribuables dont les impôts financent - au même titre que les contributions de leurs compatriotes totaux - le fonctionnement de l'état et des collectivités locales.
Un vingtième des émoluments que vous rapportent vos multiples postes électifs est donc de provenance douteuse.
Pour vous éviter d'être accusé de blanchiment d'argent à peine tricolore, je vous conseille de renoncer illico à 5% de vos substantielles indemnités.

Vous approchez du trimestre à la tête de la nouvelle région Auvergne-Rhône-Alpes et vous poursuivez allègrement votre troisième mandat de député.
Dans ces deux postes, quelles actions concrètes avez-vous effectué pour améliorer l'emploi, la sécurité et la cohésion sociale en France ?

Ayant fait le choix total de rester poli, je vous prie de recevoir mes cosmopolites salutations.

Cumulativement votre

Références et compléments
Cette chronique a été suscitée par l'excellente tribune radiophonique présentée par Dany Cohn-Bendit - binational de son état - sur Europe 1 le jeudi 3 mars 2016 "déchéance de nationalité : stop à la surenchère !"

Les propos complets de Laurent Wauquiez ainsi qu'une analyse juridique montrant la stupidité de sa proposition figurent dans un article de la rubrique "désintox" de Libération du 29 février 2016 "binationalité : l'impossible renoncement".

Un article du Progrès en date du 4 mars 2016 nous apprend, que contrairement à ses promesses énoncées lors de la campagne des élections régionales, Laurent Wauquiez n'a toujours pas démissionné du conseil municipal du Puy en Velay.
Le 6 mars 2016 vers 19:00 au moment où je publie cette chronique, Google Actualité et Le Progrès ne mentionnent toujours pas de démission de Laurent Wauquiez de ses mandats au Puy en Velay.

Pour aller plus loin, les articles Wikipedia sur :

La photo de Marie Curie provient de Wikimedia Commons, celle de Romain Gary de Babelio.

jeudi 14 janvier 2016

​La Pravda ressuscite à Meylan

Imaginez que le maire de votre ville se présente à votre logis familial en fin d'année, au moment où pompiers et facteurs proposent leurs calendriers, exige que vous lui remettiez 50 € et vous promette la livraison d'un bon demi kilo de papier dans les semaines à venir.

Contrairement aux apparences, je ne suis pas devenu gâteux ou alcoolique car cette scène improbable se répète - à l'exclusion du déplacement domiciliaire de l'élu - depuis une grande lurette à Meylan, commune de la banlieue de Grenoble où je réside.


Une tonne de paplard pour l'ensemble de la commune

En effet, tous les 2 mois, ma boîte aux lettres reçoit "Meylan ma ville", le journal de la municipalité.

Ce canard de 24 pages en couleur propose 90 grammes d'informations municipales de haute volée.

Pesée avec une balance de cuisine du n°117 de "Meylan ma ville" : 91 grammes

Une ode au maire

Pas moins de 17 mentions ou photographies de Damien Guiguet, actuel maire de Meylan, apparaissent au fil des articles.
Son action désintéressée et novatrice au service du bien commun est mise en valeur dans ses moindres détails.

Dans la dernière livraison en date, on apprend que l'édile en chef a le 11 novembre dernier, "célébré le 97ème anniversaire de l'armistice de 1918".
Puis, le 16 novembre, il remettait le couvert pour honorer les "victimes des attentats de Paris".

Un peu plus loin, l'élu nous prie de ne "pas minimiser la délinquance" et proclame qu'il est "résolu à amplifier la fermeté".

Toutefois, probablement pour rester dans une veine patriote mais en aucun cas nationaliste, Damien Guiguet annonce, en page 3, cliché à l'appui, s'être débarrassé en Angleterre de son écharpe tricolore.

Un magazine littéraire

Le maire, aux talents polymorphes, est aussi critique de livres.
Il recommande, dans l'éditorial, la lecture du roman de Boualem Sansal intitulé 2084.

Pour un prochain numéro, je lui signale que je connais personnellement au moins un excellent auteur meylanais et que je peux, s'il le souhaite, les mettre en relation.

Des écologistes gaspillant du papier

Comme aux meilleures heures de la regrettée URSS ou du non moins regretté Ben Ali, l'opposition municipale reste bouche bée face aux réalisations indépassables de la majorité.
Aussi l'espace "d'expression politique" qui lui est réservé est tout simplement vide.

Dans la rubrique "expression politique" du n°117 de "Meylan ma ville" l'opposition est aphone

Une coûteuse propagande

Cette réclame politique aux ficelles usées jusqu'à la corde serait risible et dérisoire si elle n'était financée avec notre argent.

La feuille de chou de Damien Guiguet coûte grosso modo 200 000 € par an en deniers publics, soit 12 € par habitant, quasiment 50 € pour une famille de 4 personnes.

Ces chiffres sont reconstruits et approximatifs car, à ce jour, le site web de la mairie de Meylan ne propose pas de documents économiques détaillés explicitant l'emploi de nos taxes et impôts.
Malgré tout, je suis confiant dans l'ordre de grandeur de mon calcul.

Et si la réduction des dépenses publiques c'était maintenant ?

Qui à Meylan est prêt à débourser quelques dizaines d'euros annuels pour s'abonner à une réincarnation soft de la Pravda ?

Aussi, je met au défi la municipalité de réaliser, grandeur nature, une expérience de contraction budgétaire.
Pour ce faire, je lui propose de cesser, pendant un semestre, la publication et la diffusion de "Meylan ma ville" et de relever combien des 17 500 meylanais vont se plaindre de la disparition de cet Everest de la presse.

De surcroît, avec les sommes économisées, Damien Guiguet pourrait inviter les Chœurs de l'Armée Rouge à se produire dans notre ville !


Soviétiquement votre

Références et compléments
Voir aussi les autres chroniques sur Meylan, notamment "tout savoir (ou presque) des finances municipales".

L'auteur rappelle qu'il n'a aucune affiliation politique locale ou nationale. Cette chronique est celle d'un citoyen, contribuable et électeur ordinaire.

Le chiffre approximatif de 200 000 € annuels pour le journal "Meylan ma ville" a été obtenu comme suit :
  • Coûts de rédaction : 8 personnes sont citées dans "l'ours" du journal municipal (sans compter les photographes et l'élu chapeautant la publication).
    Elles ne travaillent certainement pas à plein temps pour cette publication. J'ai donc considéré l'équivalent de 2.5 personnes au coût salarial complet de 70 k€/an.
  • Coûts d'impression : j'ai consulté les sites de Saxoprint et Grandes Imprimeries.
    Leurs devis sont similaires, autour de 3 000 € pour un tirage à 11 000 exemplaires.
    Au passage, le lecteur attentif notera qu'il y a environ 10 000 foyers fiscaux à Meylan.
  • Coûts de distribution : les devis en ligne sont très variables.
    J'ai effectué une moyenne à 1 000 € par parution.
Je propose aux élus de Meylan (majorité et opposition) un droit de réponse sur ce blog à la condition impérative qu'ils en profitent pour diffuser des chiffres économiques fiables et vérifiables sur le coût de l'organe municipal de propagande.

La livraison de "Meylan ma ville" citée dans cette chronique est le n°117 (décembre 2015 - janvier 2016).
Les 8 élus d'opposition à l'expression politique vide sont Aurélie Alfonsi, Christophe Batailh, Philippe Cardin, Mélina Herenger, Antoine Jammes, Marie-Odile Novelli, Christel Refour, Michel Bernard.
Pour la majorité, en plus du maire Damien Guiguet, Jean-Claude Pétrone, Françoise Balas, Chantal Allouis et Jean-Claude Peyrin sont cités dans la Pravda meylanaise.

J'ai conscience que les deux photos de "Meylan ma ville" que j'ai réalisé ne respectent pas pleinement les règles de propriété intellectuelle en vigueur.
Toutefois comme je participe à l'insu de mon plein gré au financement de cette gazette, toute remarque sur ce point serait particulièrement déplacée.

La photo de la une de la Pravda de mai 1919 provient de Wikimedia Commons et est issue des archives de RIA Novosti.

lundi 11 janvier 2016

Tentative d'explication de la laïcité en France à mes amis hors de l'Hexagone

"Ceux qui suivent leur conscience sont de ma religion et je suis de la religion de ceux qui agissent bien"
Henri IV, vers 1598
Les attentats en série et leurs séquelles à travers le monde ont remis au premier plan la "laïcité".
Cette singularité française, peu traduisible dans une autre langue, est souvent mal connue, donc peu comprise, en dehors - et parfois au sein - des frontières du pays de Voltaire.

Aussi amis lecteurs de Tunisie, d'Italie et d'un peu partout ailleurs, je vais essayer, avec mes modestes moyens, de vous initier à ce mystère insondable.

Le fruit d'une histoire religieuse tourmentée


Diversité religieuse et athéisme

Depuis des lustres, la France est un grand bazar de la bonne et de la mauvaise foi.

De multiples communautés juives sont établies dans l'Hexagone depuis l'époque romaine.
À la Renaissance, l'éclosion du protestantisme a rompu le monopole du catholicisme.
Et de 1815 à aujourd'hui, les vagues successives d'immigration ont singulièrement élargi la palette religieuse.

De surcroît, dès le 18ème siècle, la non croyance a grignoté des parts de marché de plus en plus conséquentes.
Ainsi, de 1750 à la Révolution française, de multiples curés d'Île de France indiquaient, dans leurs rapports à l'évêché, que présence à la messe et confessions diminuaient sans véritable réprobation sociale.
La toponymie urbaine est d'ailleurs le reflet de cette propension nationale à l'incroyance.
Beaucoup de rues et de places portent le nom de personnages illustres à l'athéisme et, parfois même, à la haine de la religion revendiqués : Robespierre, Jules Ferry, Jean Jaurès, Georges Clémenceau, Léon Gambetta, Émile Zola, Victor Hugo, Léon Blum, Jean Moulin, Pierre et Marie Curie, Louise Michel, Marcellin Berthelot ...
Aujourd'hui, près de 2 français sur 3 se déclarent hors religion.

Violents conflits

Les sinistres guerres de religion entre protestants et catholiques, symbolisées par le massacre de la Saint Barthélémy en 1572, ont ensanglanté le 16ème siècle.
Quelques décennies plus tard, Louis XIV tenta avec ses "dragonnades" d'en finir par la violence avec les disciples de Calvin. Une fraction importante des protestants quitta alors la France pour les Pays-Bas, l'Allemagne ou l'Afrique du Sud.

Lors de la Révolution française, puis sous la Commune de Paris en 1871, l'église catholique et une partie de ses fidèles furent victimes de persécutions, dont la guerre civile en Vendée dans les années 1790 fut l'apogée.
La séparation des églises et de l'état après 1905 s'est accompagnée de bruits de bottes et de sérieuses échauffourées.

Un antisémitisme grandissant a entaché la fin du 19ème siècle et la première partie du 20ème. Il a débouché sur la déportation en masse de juifs par Pétain, Laval et les nazis durant le second conflit mondial.

Agnostiques, incroyants et déviants ont été pourchassés par l'inquisition et la monarchie jusqu'au milieu du 18ème siècle.
La torture et l'exécution publiques, dénoncées par Voltaire, du chevalier de la Barre en 1766 furent le dernier emblème d'une longue série à laquelle il faudrait ajouter la persécution des cathares, vaudois et sorciers de toutes obédiences.

Longue marche en zigzag vers la laïcité

Heureusement, des porteurs de paix et de tolérance ont, à plusieurs reprises, interrompu cette litanie de massacres et malheurs.

En 1598, en signant l'Édit de Nantes, Henri IV mit fin aux guerres de religion.
En garantissant aux protestants la liberté de conscience, ce texte, très moderne dans son essence, créait la distinction entre le sujet politique, qui doit obéissance à son roi, et le croyant, libre de ses choix spirituels remisés dans la sphère privée.
Même, si une soixantaine d'années plus tard, Louis XIV, petit-fils d'Henri IV, tenta de revenir en arrière, le ver était dans le fruit et le droit divin catholique de la monarchie était irrémédiablement fêlé.
“Henry par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre [...] ordonnons [...] à tous nos sujets [de] se contenir et vivre paisiblement ensemble comme frères, amis et concitoyens, sur peine aux contrevenants d'être punis comme infracteurs de paix et perturbateurs du repos public”.
Henri IV - Extrait de l'article 2 de l'Édit général de Nantes d'avril 1598
Original de l'Édit Général de Nantes proclamé par Henri IV en avril 1598

La Révolution française a instauré la citoyenneté pour tous.
Les religions minoritaires acquirent définitivement droit de cité et les agnostiques furent nombreux parmi les leaders du nouveau régime.
"Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.
Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses."
Extraits des articles 1 & 10 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen d'août 1789, désormais intégrée à la constitution française
Deux mesures symbolisent cette autonomisation de l'individu par rapport aux communautés religieuses.
D'une part, les registres d'état-civil furent soustraits aux curés, pasteurs et rabbins pour être confiés aux mairies. D'autre part, le mariage civil fut institué et rendu non seulement obligatoire mais aussi préalable à tout mariage religieux.
Les régimes monarchiques qui se succédèrent ensuite, malgré leurs envies, ne réussirent pas, au grand dam du Vatican, à faire rentrer le dentifrice dans le tube.

Le catholicisme ayant marqué fort peu d'entrain au rétablissement de la démocratie et de la république après la chute de Napoléon III en 1871, la partie athée de la classe politique et de l'opinion bascula dans l'anticléricalisme, plus souvent agressif que modéré.
Le projet laïc était clairement de supprimer l'emprise de la religion catholique sur la société.

Caricature anticléricale de la fin du 19ème siècle

Beaucoup de protestants et de juifs s'associèrent aux anticléricaux car ils y virent l'opportunité de sortir de leur position plus tolérée qu'acceptée ainsi que de la tutelle de l'état.
Quelques rares catholiques “non cléricaux”, autour de Marc Sangnier et de son mouvement le Sillon, se sont aussi joints au camp dit laïque.

La laïcité française est donc issue d'un compromis politique improbable entre toutes les nuances de la gauche et du centre de la fin du 19ème siècle, liguées contre le conservatisme catholique aux importants relents monarchistes.
Dans ce rassemblement disparate, les anticléricaux virulents voisinaient des républicains abstraits, des libéraux et des minorités religieuses.

Lettre du 31 janvier 1849 adressée depuis une zone protestante dans le sud de l'Isère au Sous Directeur des Cultes non catholiques au Ministère de l'Instruction Publique et des Cultes.
Au milieu du 19ème siècle, l'état français conservait une vraie mainmise sur les religions, que ce soit le catholicisme majoritaire, mais aussi le protestantisme et le judaïsme minoritaires.

Le débat - ou plutôt le combat - fut alors acide et acéré. Cette période de très fortes convulsions est appelée par les historiens "la guerre des deux France".
Polémistes et caricaturistes faisaient feu de tout bois, maniant plus le premier que le second degré.
Par rapport à leurs prédécesseurs du 19ème siècle, les regrettés dessinateurs de Charlie Hebdo font figure de doux rédacteurs d'albums pour jeunes filles.

Caricature anticléricale de la fin du 19ème siècle

En 1881-1882 fut créé, sous la houlette du très colonialiste Jules Ferry, l'enseignement public, laïc - le mot est lâché - et obligatoire de manière à ancrer le régime républicain et, surtout, à diminuer l'influence de l'église sur la jeunesse.

Dans les années qui suivirent, les textes législatifs anticléricaux se sont succédés à un rythme soutenu.
En 1901, une loi emblématique institua la liberté d'association, sauf pour les congrégations religieuses dont la plupart furent réputées dissoutes. En conséquence, 30 000 des 160 000 moines et moniales s'exilèrent hors de France.
En 1903, les congrégations catholiques rescapées furent interdites d'enseignement.

Ce mouvement vers la laïcité culmina le 9 décembre 1905 avec le vote de la loi de séparation des églises et de l'état, toujours en vigueur.

Dessin de presse paru au moment de la séparation des églises et de l'état en 1905

La querelle dite religieuse resta vivace jusque dans les années 1920 et ne s'est définitivement éteinte que dans les années 1970-1980.
Je me souviens que, dans le village de l'Oise où j'habitais enfant dans les années 1960, lors des enterrements, une partie importante du cortège - essentiellement des hommes - ne rentrait pas dans l'église et allait ostensiblement au bistrot d'en face pendant la messe pour le défunt.

Un principe très simple : état et religions, chacun chez soi !

La laïcité française est la stricte distinction entre, d'une part, les religions et croyances et, d'autre part, l'état et le politique.

Ce concept repose sur deux piliers exprimés de façon lapidaire au début de la loi de 1905.
“La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes.
La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.”

Extraits des articles 1 et 2 de la loi de 1905, toujours en vigueur
Ces principes sont désormais intégrés dans l'actuelle constitution française.
“La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.”
Article 1 de la constitution du 4 octobre 1958, toujours en vigueur
La première mouture de la loi de 1905 était franchement anti-religieuse dans ses détails ou, plus exactement, anti-catholique.

Couverture de "la Lanterne" - journal républicain anticlérical" - fin du 19ème siècle

L'état est devenu, séance tenante, propriétaire de tous les édifices ecclésiastiques et a utilisé la force pour appliquer la nouvelle législation.
Les religions ont été sommées d'adopter une organisation dite en "association cultuelle", copiée sur celle du protestantisme et destinée à casser la hiérarchie pyramidale du catholicisme.
Ces dispositions, refusées en masse par les catholiques, ont suscité une forte résistance et des bouffées de violence avec plusieurs victimes.

Affrontements entre soldats et émeutiers catholiques autour de l'église de Quessoy dans les Côtes d'Armor en Bretagne, le 10 mars 1906, lors de la "querelle des inventaires".

Petit à petit, une politique "d'apaisement" et "d'accommodements raisonnables" se mit en place. La loi de 1905 fut retouchée plusieurs fois et devint, comme le dit à l'époque Aristide Briand, areligieuse.

Une pratique en 5 points

Au delà des principes généraux, 5 axes concrets fondent la laïcité française au jour le jour.

1) Liberté absolue de conscience

Tout un chacun est totalement libre de croire ou de ne pas croire à ce qu'il souhaite et de changer d'avis autant qu'il lui sied.

Symétriquement, tout un chacun est aussi tenu de respecter et de ne pas entraver les pratiques et les croyances religieuses de ses concitoyens.
Les articles 31 & 32 de la loi de 1905 sont très clairs et détaillés sur ces derniers points. Ils punissent d'emprisonnement toute tentative de pression directe sur des individus en faveur ou contre une religion.

Toutefois, la liberté de conscience suppose aussi la liberté complète d'expression.
Aussi la critique et l'apologie publiques de croyances sont autorisées, sans autre restriction que les menaces ou appels à la haine à destination de personnes.

Autrement dit, je peux, dans les colonnes de ce blog, de manière parfaitement légale, chanter les louanges d'Ahura Mazda, le Dieu du zoroastrisme.
Je peux aussi clamer que cette divinité et son prophète Zarahoustra, au même titre que tous les autres d'un acabit identique, sont des inventions humaines sans message crédible.
Je peux même blasphémer en affirmant qu'un dieu - sans majuscule - qui possède un nom de pile électrique et de voiture japonaise manque de sérieux. Je peux, semblablement, soutenir qu'il faut être sacrément ahuri pour suivre Ahura.
Par contre, je ne peux, en aucun cas, appeler les fidèles lecteurs de ces chroniques à aller perturber une cérémonie du naojote. Je ne peux pas plus, afin de complaire au sympathique régime théocratique des ayatollahs iraniens, vous inciter à casser la figure du premier zoroastrien qui passe.

Bien entendu, ce que je viens d'énoncer pour le zoroastrisme vaut pour toutes les formes et variantes d'athéisme, de christianisme, de judaïsme, d'islam, de bouddhisme, d'hindouisme, de confucianisme, de taoïsme, de chamanisme, de rose-croix, j'en passe et des meilleures ...

En pratique, appartenance religieuse et croyances ne peuvent être demandées dans la vie courante.
Toutes les démarches administratives sont strictement areligieuses. Depuis 1872, les recensements officiels ne font plus mention de religion.

De même, employeurs, hôpitaux, banques, assurances et autres organismes ne peuvent s'enquérir de votre spiritualité ou vous traiter différemment en fonction de celle qu'ils vous supposent.
Ainsi, au contraire de l'Italie ou de l'Inde, il est très rare de trouver un quelconque signe religieux dans les locaux d'une entreprise, à l'exception notable des boutiques des monastères ou des commerces halal et kasher.

2) L'état n'intervient pas dans les religions

Depuis 1905, l'état français ne se mêle plus de religion. Il ne rémunère plus les clergés, n'intervient plus dans les décisions des différentes confessions et s'interdit de financer tout nouveau bâtiment cultuel.

Toutefois, les pouvoirs publics sont propriétaires de tous les édifices religieux existants en 1905 et en assurent l'entretien.
Paradoxalement, cette disposition a enlevé une belle épine financière du pied du catholicisme, et, dans une moindre mesure, du protestantisme et du judaïsme. Avec la chute du nombre de fidèles, et donc des ressources monétaires, l'église serait, aujourd'hui, bien en peine d'entretenir toutes ses églises.

L'islam, absent de France métropolitaine en 1905, se plaint parfois de distorsion de concurrence. Il doit supporter, avec exclusivement ses propres moyens, investissement et entretiens immobiliers dont ses compétiteurs sont dispensés.

3) Stricte neutralité religieuse et spirituelle de l'état

Dans tous ses actes, l'état doit se tenir à égale distance de toutes les croyances et incroyances.

De ce fait, aucun bâtiment ou service public ne peut présenter de symboles religieux, à l'exception des édifices historiques antérieurs à 1905.
Impossible, par exemple, de trouver en France un crucifix dans un commissariat de police comme votre serviteur a pu l'observer en Irlande.

De même, les agents de l'état, dans l'exercice de leurs fonctions, ne peuvent arborer de signes religieux, effectuer une quelconque propagande spirituelle ou vous interviewer sur votre foi.

Pas question que les billets de banque portent une devise religieuse comme aux USA.

Pas question de permettre aux femmes sapeurs-pompiers de se voiler comme en Tunisie ou aux policiers de s'enturbanner comme en Inde.

Pas question lors d'un mariage civil en mairie d'effectuer, comme en Tunisie, une quelconque prière ou action religieuse.

Pas question, non plus, que président, ministres et élus insèrent dans un discours une référence à un texte sacré, comme aux USA ou en Tunisie. L'homme ou la femme politique d'envergure nationale qui effectuerait un signe de croix au début d'une intervention publique, signerait aussi la fin de sa carrière.

4) L'école publique, un sanctuaire inaccessible aux religions

Bien entendu, comme tous les autres services de l'état, les écoles publiques sont mises délibérément en dehors du champ religieux.

Toutefois, les fondateurs et promoteurs de l'école publique vers 1880 - majoritairement anti-religieux - ont voulu aller au delà et en faire un instrument du combat anticlérical.
Les instituteurs - surnommés les "hussards noirs de la République" - se sont longtemps confrontés aux curés dans de nombreux villages et ont été les porteurs de l'idéal laïc.

Malgré les années écoulées et l'extinction de la querelle religieuse, cette conception stricte de l'éducation publique a toujours cours aujourd'hui et fait consensus chez une majorité de français.
"Il faut que les élèves aient le plaisir d'oublier leur communauté d'origine et de penser à autre chose que ce qu'ils sont pour pouvoir penser par eux-mêmes.
Si l'on veut que les professeurs puissent les y aider, et l'école rester ce qu'elle est - un lieu d'émancipation -, les appartenances ne doivent pas faire la loi à l'école."

Appel au sujet de laïcité de 1989 signé par de nombreuses personnalités académiques
Pour permettre aux jeunes de développer leur esprit critique à l'abri de leurs familles et de leurs communautés, les cours de l'école publique doivent être strictement sans connotation spirituelle.
Il est aussi demandé aux élèves, pendant le temps scolaire, de faire abstraction de leur appartenance religieuse ou idéologique et de ne pas la montrer.
Je me souviens qu'à l'école primaire, les instituteurs obligeaient ceux de mes camarades qui portaient autour du cou une chaîne avec une croix de la rentrer dans leur chemise afin qu'elle ne soit plus visible.

Depuis 2004, suite aux furieuses polémiques à propos des voiles dits islamiques, la législation a été amendée pour refléter formellement dans un texte ces principes ancestraux.
“Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit.”
Article L141-5-1 du 15 mars 2004 du code de l'éducation, toujours en vigueur
Pour les familles ne souhaitant pas se plier aux exigences laïques, il existe de très nombreuses écoles confessionnelles privées non soumises ces règles publiques.
Il y a environ 9 000 établissements catholiques qui scolarisent 2 millions d'élèves sur un total de 12. La communauté juive opère 280 écoles recevant 30 000 élèves. Une vingtaine d'établissements islamiques accueillant 2 000 élèves sont venus s'ajouter récemment.

5) Les religions hors du champ étatique et politique

La laïcité trace une distinction nette entre le domaine spirituel, d'ordre privé et individuel, et le domaine politique, de nature publique et collective.

Au fil du temps, l'état a retiré aux cultes toutes les fonctions non directement religieuses : mariages, tenue de l'état-civil, monopole de l'enseignement…

La loi de 1905 a institué des limites encore plus nettes entre exercice de la religion et pratiques politiques.
"[Interdiction] de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l'exercice d'un culte.
[Interdiction à un] ministre d'un culte qui, dans les lieux où s'exerce ce culte, [de] publiquement, par des discours prononcés, des lectures faites, des écrits distribués ou des affiches apposées, outrager ou diffamer un citoyen chargé d'un service public.
[Interdiction des] discours prononcés ou écrits affiché ou distribués publiquement dans les lieux où s'exerce le culte, [contenant] une provocation directe à résister à l'exécution des lois ou aux actes légaux de l'autorité publique, ou [tendant] à soulever ou à armer une partie des citoyens contre les autres."

Extraits des articles 26, 34 et 35 de la loi de 1905, toujours en vigueur
Pour combattre judiciairement l'incitation au terrorisme d'inspiration religieuse, nul besoin de nouveaux textes, cette loi emblématique et séculaire suffit.

Une réalité nuancée

Souvent en France, pays de Descartes mais aussi du Système D, les beaux principes se contorsionnent pour s'adapter à des réalités sociales complexes.
La laïcité n'échappe pas à cette pesanteur.

Des jours fériés majoritairement catholiques

Sur les 11 jours officiellement chômés en France, 5 sont des dates civiles et 6 des fêtes catholiques.

Tant pis pour les protestants obligés de fêter le 15 août la Glorieuse Assomption de la Très Sainte Vierge Marie et le 1er novembre la Toussaint.

Tant pis pour les athées mondialisés, antimilitaristes et paresseux qui doivent observer le jour de l'an, la fête du travail le 1er mai, la fête nationale le 14 juillet et les commémorations de la fin des deux guerres mondiales.

Tant pis aussi pour les orthodoxes, juifs, musulmans, bouddhistes, hindous et autres zoroastriens absents du calendrier officiel.

Un enseignement confessionnel quand même très laïc

L'immense majorité des écoles privées confessionnelles sont dites "sous contrat".
Seuls 2% des enfants fréquentant l'enseignement privé - c'est à dire 3 élèves sur 1 000 tous modes d'enseignement confondus - sont accueillis par un établissement "hors contrat".

Une école "sous contrat" a passé un accord avec l'état.
Celui-ci assure la rémunération de ses enseignants et une partie de l'entretien de ses locaux, ce qui réduit nettement les frais de scolarité à la charge des familles.
En échange, l'établissement, bien que conservant son "caractère propre", garantit que l'enseignement y est dispensé "dans le respect total de la liberté de conscience" et que "tous les enfants sans distinction d'origine, d'opinion ou de croyances" peuvent s'y inscrire.

Des écoles de l'oxymore en quelque sorte puisqu'elles sont simultanément privées, confessionnelles, publiques et laïques !

Alsace et Moselle hors laïcité

En 1905, l'Alsace et la Moselle faisaient partie de l'Empire d'Allemagne qui les avait conquises en 1870-1871.
Sur le plan religieux, ces régions conservaient alors le régime dit de concordat établi par Napoléon Ier au début des années 1800.

En 1919, après la première guerre mondiale, pour faciliter le rattachement de ces territoires à la France, il a été décidé de ne pas y appliquer la législation laïque de séparation des églises et de l'état.

Aussi, autour de Strasbourg et Metz, une sorte de délit de blasphème a toujours une existence léglemême si la mesure n'est plus appliquée.
Curés, pasteurs et rabbins continuent à être salariés par une République qui pourtant proclame haut et fort de ne jamais le faire.
Mieux même, les évêques catholiques sont officiellement nommés par le président de la république française, qui est le dernier chef d'état au monde à posséder ce privilège suranné.

Votre serviteur - pur et fier produit de l'école publique, laïque et obligatoire - est quelque peu mal à l'aise qu'une partie de ses impôts finance des clergés, même s'il s'agit des sommes minimes.

---

Voilà, chers amis lecteurs hors de l'Hexagone, ce voyage au coeur de la laïcité française touche à sa fin.
J'espère qu'il vous aura un peu éclairé sur les étranges coutumes des compatriotes de Voltaire et de Georges Clémenceau.
Vos commentaires et questions sont, par avance, les bienvenus et pourront, le cas échéant, fournir un prétexte à écrire une suite à cette chronique.

Franco-laïquement votre

Références et compléments
- D'autres chroniques sur des thèmes connexes

- Aller plus loin

- Crédits images
  • Le chêne quessoyais pour la photo des affrontements de 1906 en Bretagne lors de la querelle des inventaires
  • Wikimedia Commons pour les caricatures et l'édit de Nantes
  • histoirepostale.net pour la lettre de 1849

vendredi 8 janvier 2016

Fermer les frontières diminuerait le chômage

Les attentats et l'afflux de réfugiés ont ravivé en France le débat sur les contrôles systématiques aux frontières.
Hélas, ni les politiciens soutenant cette mesure, ni les journalistes qui les questionnent ne semblent se soucier de mise en oeuvre concrète.
Pour combler cette lacune, voici une évaluation chiffrée d'une clôture de la patrie du regretté André Maginot.

Poste de douane de Meyrin à la frontière franco-suisse près de Genève
(voir la chronique sur les confins de l'Union Européenne)

1 500 passages par minute

Tous les ans, au bas mot, 800 millions de personnes entrent ou sortent de notre bel Hexagone.

Ce gigantesque va-et-vient est comparable au départ du territoire national puis au retour, répétés tous les 2 mois, de l'intégralité de la population française, des nouveaux-nés aux centenaires.

Une illusoire fortification

Les djihadistes susceptibles de venir jusque dans nos bras égorger nos femmes et nos enfants seraient, d'après les gazettes, de l'ordre du millier.

Autrement dit, pour les bloquer, la police frontalière devrait effectuer ses vérifications avec une efficacité très nettement supérieure à 1 pour 1 million, soit 10 à 100 fois mieux que les exigences pour la pharmacopée ou les airbags.

Si nous faisons l'hypothèse optimiste que les forces de l'ordre ne se trompent qu'une fois sur 1 000 - c'est à dire que nos pandores sont aussi performants que les meilleurs examens médicaux - 800 000 personnes sans histoire seraient annuellement considérées à tort comme terroristes et devraient faire l'objet d'une enquête approfondie.
Soit, à peu près 4 suspects supplémentaires par policier ou gendarme français.
Le temps passé à dédouaner ces braves gens limiterait d'autant les investigations ciblées par effet de saturation de la police et de la justice.

Portail matérialisant la frontière France-Suisse vers Meyrin

2 fois plus de képis

Monitorer l'ensemble des passages frontaliers mobiliserait entre 20 000 et 40 000 argousins et gabelous, suivant la longueur des files d'attente que nous serions prêts à tolérer.

Ralentir la traversée des frontières provoquerait quelques menus dommages collatéraux puisque, sensiblement, un quart de notre consommation vient de l'étranger, qu'un quart de notre production quitte notre beau pays et que le tourisme emploie 1 français sur 12.

De surcroît, verrouiller les postes frontière sans surveiller étroitement les 3 000 km de limites terrestres ainsi que les 4 700 km de littoral de notre splendide métropole n'aurait aucune utilité.
Garder les pourtours de la France demanderait à peu près 50 000 patrouilleurs, c'est à dire l'équivalent de 5 dispositifs Sentinelle.

Remplir ces deux missions conduirait, grosso modo, à doubler l'actuelle gendarmerie nationale.
Toutefois, créer ces 90 000 postes de flics comblerait d'aise François Hollande à la recherche désespérée de l'inversion de la courbe des sans-emplois.

Il ne faut pas non plus oublier les passeurs basques, savoyards, jurassiens ou ardennais qui reprendraient un service, artisanal mais lucratif, de transport des personnes que le départ de la Wehrmacht et les accords de Schengen ont injustement mis à mal.

Un nouvel impôt

Selon toute vraisemblance, la gendarmerie bis affectée à la défense de nos frontières coûterait autant que sa sœur aînée, environ 8 milliards d'euros annuels.

Au 1er janvier, sous peine de déchéance de nationalité, chaque français devrait verser volontairement une obole obligatoire de 125 € pour financer ces nouveaux poulets qui transformeraient la France en camp retranché, sans pour autant diminuer le terrorisme.

Daech et consorts veulent nous faire perdre la raison.
Résister à ces crétins barbares ne sera possible que si nous ne conservons nos pieds au sol et notre clairvoyance.

Réalistement votre

Références et compléments
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Malgré une recherche fouillée sur le web, je n'ai pas réussi à trouver des statistiques fiables sur le franchissement des frontières françaises.
Mon évaluation de 800 millions de passages annuels provient de l'agrégation de :

  • 85 millions de touristes et 120 millions d'excursionnistes étrangers chaque année.
    L'excursionniste est, pour le statisticien, un visiteur venu une journée et ne passant pas de nuit sur le territoire français alors que le touriste, lui, dort au pays de Novotel.
  • Environ 700 000 frontaliers français allant quotidiennement travailler dans un pays limitrophe.
    Les chiffres concernant cette catégorie de personnes sont très flous et varient du simple au triple.
    Les frontaliers étrangers travaillant en France n'ont pas été comptés.
  • Une trentaine de millions de français non frontaliers se rendant à l'étranger.
    Les valeurs sur ce point sont encore plus vaseuses.

Au final, 800 millions de passages me paraît être proche de la valeur réelle qui se situe dans une vaste fourchette allant de 500 millions à 1.2 milliards, voire plus.

L'estimation des effectifs policiers pour garder les frontières repose sur les hypothèses plus roses que grises :

  • 1 minute en moyenne pour contrôler une personne à la frontière.
  • "Taux de service" compris entre 25% et 50% pour limiter, mais pas supprimer, les files d'attente.
  • 2 hommes au kilomètre pour surveiller les frontières terrestres et un seul pour le littoral avec une organisation en 5 équipes pour assurer la permanence.

André Maginot est un homme politique français connu pour avoir initié la construction des fortifications frontalières baptisées "ligne Maginot" qui, comme chacun sait, ont parfaitement protégé la France en 1940 des assauts de l'Allemagne nazie.

Mes principales sources sont WikipediaGoogle et l'INSEE.

Merci à Jean et Dominique qui, autour du tasse de café, m'ont aidé à finaliser cette chronique numérico-frontalière.