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samedi 29 avril 2017

3 raisons de voter Emmanuel Macron

Le premier tour de l'élection présidentielle française a eu le mérite de dégager - y compris au sens tunisien du terme - une alternative claire pour le second round.
Emmanuel Macron et Marine Le Pen représentent deux visions opposées de notre société.
Ce choix est crucial et même dangereux, aussi mon suffrage ira, sans état d'âme, à Emmanuel Macron.
Voici pourquoi.



1) Marine Le Pen souhaite une économie fermée et administrée

Taxation, douane, contrôles en tous genres, possible sortie de l'euro et de l'Europe, planche à billets...
Bien que floues, les orientations économiques du Front National ont le mérite de la cohérence dans l'irréalisme.

Ces idées méconnaissent que l'économie est d'abord un circuit, que ce qui est dépensé quelque part a du être gagné ailleurs et vice-versa.
Par exemple, freiner les importations, c'est simultanément s'exposer à la pénalisation de nos exportations.

De surcroît, en 250 ans de révolutions industrielles et de capitalismes, il n'existe aucun exemple réussi et durable de pays raisonnablement développé ayant pratiqué les politiques économiques invoquées par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.
Par contre, nombres de catastrophes ont été provoquées par ces méthodes, le Vénézuela étant la dernière en date.

2) Marine Le Pen propose des réponses simples

Quel que soit le sujet, l'héritière Le Pen formule des propositions lapidaires.
Se débarrasser des étrangers, surtout ceux du sud, des bureaucrates et des oligarques capitalistes suffirait à créer le jardin d'Eden sur notre belle terre de France.

Ce simplisme est inadapté à notre société actuelle que les sociologues qualifient d'horizontale.
Nous sommes plus autonomes que nos parents et nos grand-parents. Nous décidons, par nous-même, de nos vies, de nos envies, de nos façons d'être, de nos consommations, de nos métiers, de nos conjoints...
Les déterminismes familiaux, sociaux, religieux et politiques ont de moins en moins de prise sur nous.

De ce fait, notre monde est devenu singulièrement imbriqué.
Nous sommes tous désormais de petits décideurs.
Les sommets des pyramides politiques ou économiques ne parviennent plus à nous imposer leurs choix.
Atténuer les maux dont souffre notre pays exige une approche complexe.

3) Marine Le Pen aspire à moins de démocratie

En se présentant comme la candidate du peuple et en revendiquant un lien exclusif direct entre les français et le pouvoir qu'elle incarnerait, la dirigeante frontiste montre le peu cas qu'elle fait de la démocratie libérale.

Des centaines d'années ont été nécessaires, depuis la magna carta anglaise du 14ème siècle jusqu'à la déclaration universelle des droits de l'Homme en 1945, en passant par l'indépendance américaine et la révolution française, pour mettre au point par tâtonnements notre système démocratique.
Il repose non seulement sur un gouvernement désigné par une majorité de citoyens mais aussi par ce que les américains appellent les "checks & balances" (contrôles et équilibres), c'est à dire le respect des minorités, la séparation des pouvoirs et l'état de droit, à commencer par les droits fondamentaux.

Tout cette organisation subtile nous paraît naturelle et, comme nous y sommes habitués, nous y accordons aussi peu de valeur qu'à l'air que nous respirons.

Aussi, je recommande à tous les hésitants de s'entourer, pendant une minute, la tête d'un sac en plastique, afin d'expérimenter la différence entre l'air libre - même chargé de micro-particules - et l'asphyxie.

Bien qu'ayant effectué mon service militaire dans la Royale, je voterai résolument contre la Marine !




Républicainement votre

Post-scriptum 29 avril 2017 15H00
J'ai publié cette chronique aujourd'hui en fin de matinée alors que n'avais pas eu connaissance du piteux ralliement de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen.
Ce dernier épisode en date ne fait que rajouter à la confusion des esprits et des valeurs que j'essaie de combattre dans cette chronique.
Qu'un gaulliste auto-proclamé fraie avec un parti dont la filiation politique, historique et sociologique rejoint les pires ennemis de Charles de Gaulle, Vichy et l'OAS, devrait nous inciter encore plus à voter massivement contre cette imposture.

Références et compléments
En lien avec cette prise de position, je suggère quatre autres de mes chroniques
- Mes valeurs
- Tentative d'explication de la laïcité en France à mes amis hors de l'Hexagone
- Ma visite impromptue chez Charles de Gaulle
Seul, bras croisés, au milieu des saluts nazis

La photographie d'Emmanuel Macron discutant, sous l'oeil des officiers de sécurité et des caméras, avec Caroline Schreiber (candidate de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon dans l'Isère) a été prise par mes soins le 14 avril 2017 devant le centre INRIA de Montbonnot, lors de la visite du candidat d'En Marche.
Ce blog reflétant mes points de vue personnels, il va sans dire que cette chronique et sa photo n'ont reçu l'aval ni de Caroline Schreiber, ni même d'Emmanuel Macron.

La citation de Raymond Aron "le choix en politique n'est pas entre le bien et le mal mais entre le préférable et le détestable" et l'image associée ont été trouvées au hasard de Twitter.

lundi 27 octobre 2014

Élections de Tunisie : démonter quelques idées reçues

Depuis sa révolution de janvier 2011, la Tunisie ne cesse de m'étonner et, je l'espère, de vous étonner.
Malgré les vicissitudes et un climat sécuritaire dégradé, pour la seconde fois en trois ans, les tunisiennes et tunisiens ont choisi, dans les urnes et sans violence, leur représentation politique. Ils viennent même de s'offrir le luxe d'une alternance et d'un vote sanction.

Malheureusement, les reportages et commentaires dans les médias du nord de la Méditerranée ne reflètent guère la réalité tunisienne.
Je vais essayer, modestement, de tordre le coup à quelques idées reçues beaucoup trop véhiculées ces dernières heures.

Les laïcs ont gagné → FAUX
Il n'y a quasiment pas d'offre politique laïque en Tunisie.
Très peu de personnes revendiquent ouvertement une stricte séparation entre état et religion telle qu'elle existe en France.
À ma connaissance, contrairement à l'Hexagone, dans l'ancienne Carthage, aucun politique d'envergure n'affiche publiquement, et même ne laisse supposer, une quelconque velléité d'athéisme.
Nidaa Tounes, le parti arrivé en tête, est un rassemblement hétéroclite dont le jeune leader de 88 ans se revendique ouvertement “bon musulman”. Sa différence avec Ennadha, parti islamiste en seconde position, porte sur le modèle de société.
Nidaa Tounes se dit parfois séculier et défend un modèle ouvert mais non déconnecté de la religion, à l'instar de l'Italie ou de l'Irlande catholiques des années 1950 à 1970.
Ennadha, nettement plus conservateur, voudrait islamiser encore plus la société et l’état.

Les opposants aux islamistes étaient unis → FAUX
Au contraire, le champ politique était, comme en 2011, pléthorique.
Les tunisiens pouvaient choisir entre des orientations incroyable variées. Plus de 1300 listes étaient en lice.
Nidaa Tounes remporte les élections mais ne bénéficie pas d'un raz de marée. Les résultats provisoires le créditent d'environ 37% des voix et 40% des députés. Ce parti devra négocier et faire alliance avec des formations au score nettement moins flatteur pour former une majorité. À cette heure, ces jeux politiciens commencent à peine. Les tunisiens ont nettement opté pour cette formation car, à tort ou raison l'avenir nous le dira, ils y voient la meilleure alternative aux islamistes.
Ennadha recule mais reste un solide second avec grosso modo le quart des suffrages et des sièges.
Le mode de scutin étant assez singulier et les scores pas encore définitifs, l'écart entre Nidaa Tounes et Ennadha pourrait même s'avérer plus faible qu'annoncé actuellement.
Le premier parti de Tunisie est le NNNN Ni Nidaa Ni (E)Nnadha avec 4 votes sur 10.
À noter aussi que les deux formations séculières qui s'étaient, en 2011, alliées avec les islamistes pour leur fournir une majorité de gouvernement, ressortent totalement essorées du scrutin d'hier.

La participation a été mauvaise → VRAI
Voici les chiffres que je vous laisse juger.
- Inscrits : environ 2 personnes sur 3 en âge de voter.
- Votants : 60% des inscrits, soit 40% des électeurs potentiels.
Toutefois, abstention et retrait du vote sont le fruit d'actes délibérés. Les inscriptions et la campagne électorale ont été très médiatisées.

La situation économique et sociale a été déterminante → FAUX
Les difficultés économiques, fortes depuis le milieu des années 2000 et qui furent l’étincelle qui alluma la révolution de 2011, n'ont eu aucune place dans la campagne électorale.
Les deux partis arrivés en tête ont publié dans leurs programmes des chiffres irréalistes et des propositions qui auraient été modernes en 1970.
Les mois et années à venir vont demander des décisions difficiles pour lesquelles les tunisiens n'ont donné, à ce jour, aucun mandat clair.
De mon point de vue, c'est, avec le rétablissement de la sécurité, le plus grand défi que les nouveaux élus vont devoir affronter.

Tahia Tounes !
Tunisiquement votre

Chronique dédiée à Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi ainsi qu'aux autres victimes civiles et militaires du terrorisme.
Publiée le lundi 27 octobre 2014 à 22:00

lundi 26 mai 2014

Allons-nous renoncer encore longtemps ? Réaction épidermique aux élections européennes

Le résultat en France des récentes élections européennes me désespère.
Plus d’un de mes compatriotes sur deux n’a pas jugé utile de se rendre aux urnes et un votant sur quatre a donné son suffrage à l'extrême-droite xénophobe, protectionniste et anti-Europe, dotée d’un programme économique qu'un lycéen n'oserait même pas recopier.

Politiquement, nous ne sommes plus qu’à une ou deux petites étapes d’une catastrophe d’ampleur.
Ce sinistre état de fait est la conséquence de nos renoncements.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à envisager les opportunités avant les menaces.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à imaginer le futur au lieu de de ressasser le passé.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à ne pas nous bercer d'illusions.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé, face aux mutations de la troisième révolution industrielle et à la crise dans laquelle nous sommes englués depuis 2008, à affronter le vent du large.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à exiger de nos représentants politiques imagination, efficacité et probité.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à n'écouter et ne suivre que des chefs d’entreprise, syndicalistes, médias, intellectuels et artistes de tous poils, eux aussi, efficaces, imaginatifs et honnêtes.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à être, dans notre quotidien, efficaces, imaginatifs, honnêtes ...

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à se souvenir que chacun est co-responsable de la situation de tous.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à agir, à notre modeste échelle, pour améliorer, ne serait-ce qu’un peu, le monde.

Il est grand temps que, collectivement, nous réagissions et n'acceptions plus l’idée de déclin.

À défaut, nous pourrions rapidement être conduit à paraphraser le célèbre texte attribué au pasteur luthérien allemand Martin Niemöller, un temps compagnon de route passif des nazis dans les années 1930, avant d’être arrêté par eux puis déporté.
Lorsqu'ils sont venus chercher les communistes,
Je me suis tu, je n'étais pas communiste.
Lorsqu'ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je me suis tu, je n'étais pas syndicaliste.
Lorsqu'ils sont venus chercher les juifs,
Je me suis tu, je n'étais pas juif.
Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait plus personne pour protester.

Réactiquement votre

Références et compléments
Voir aussi les chroniques :

dimanche 11 mai 2014

Plaidoyer pour un vote europhile

À en croire les sondeurs de nos cœurs et de nos âmes, les prochaines élections européennes devraient déboucher, un peu partout et particulièrement en France, sur la victoire des eurosceptiques, des europhobes et des pêcheurs à la ligne.
Le désintérêt, le désamour et même la franche détestation de l'Union Européenne tendent à devenir majoritaires.

Beaucoup d'entre nous estiment que, sans Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg, les difficultés et les mutations que nous traversons seraient nettement moins pénibles, voire inexistantes.

Autant le dire nettement, mon opinion est strictement inverse.
Les institutions communautaires pourraient, certes, fonctionner nettement mieux. Mais vouloir se débarrasser du bébé en même temps que de l'eau savonneuse de la baignoire est rarement une bonne politique.

L'Europe, avec sa construction bancale et erratique, son jargon, son manque de leaders visibles et ses compromis tièdes, est compliquée à "vendre" et à aimer.
Le retour à un passé national mythique et les promesses de lendemains qui chantent une partition mal définie sont plus émotionnelles, mais aussi totalement illusoires.

Les "preuves silencieuses" ne sautent pas aux yeux.
Nous percevons plus nettement les problèmes de l'heure - chômage, inégalités, manque d'entrain et de croissance - que les catastrophes qui ne sont jamais survenues grâce à la construction européenne.

Daniel Cohn-Bendit, lors de son discours d'adieu au parlement européen en avril dernier, a exprimé, avec sa fougue et son talent oratoire, les arguments que je cherchais à rassembler dans une chronique depuis plusieurs semaines.

Plutôt que de continuer à écrire, je préfère céder la parole à un des rares hommes politiques transnationaux et polyglottes que l'Europe ait connu.
Son intervention dure une dizaine de minutes et mérite d'être écoutée d'un bout à l'autre.
Si vous ne disposez pas de ce laps de temps, je vous suggère le passage situé entre 3'30'' et 5'00'' où Daniel Cohn-Bendit raconte son histoire personnelle franco-allemande et rappelle que l'Union Européenne a "réussi l'invraisemblable" de rendre les guerres mondiales au cœur de notre continent impossibles.


Merci monsieur Cohn-Bendit, votre voix sincèrement européenne va nous manquer.

Toujours européennement votre

Références et compléments
- Deux autres vidéos sur les interventions de Daniel Cohn-Bendit au parlement européen de Strasbourg :
. le très beau discours de janvier 2011 sur la révolution de Tunisie où, emporté par l'émotion, Daniel Chn-Bendit appelle Mohamed Bouazizi "Monsieur Sidi Bouzid",
. un medley réalisé par le journal belge Le Soir de ses meilleures saillies au fil des ans.

- Sur le thème des prochaines élections européennes, voir aussi la chronique "lettre à Elżbieta Łukacijewska".

- L'expression "preuve silencieuse" provient du livre "the black swan / le cygne noir" de Nassim Nicholas Taleb.

lundi 7 avril 2014

La politique française à marée basse

C'est à marée basse qu'on découvre ceux qui nagent sans maillot.
Warren Buffet
Les récentes élections municipales françaises sont un formidable désaveu de la classe politique dans son ensemble, avant d'être une défaite pour la majorité de gauche ou une victoire de la droite et de l'extrême-droite .

Pour en juger, j'ai recalculé les résultats, non pas en fonction des suffrages exprimés, mais d'après le nombre d'inscrits. J'ai aussi regroupé tous ceux qui se sont mis hors vote, soit en s'abstenant, soit en votant blanc ou nul.

Nationalement, au premier tour, 2 électeurs sur 5 ont déserté le scrutin.
La droite et le centre, qui se sont autoproclamés premier parti de France, n'ont rallié qu'un citoyen sur 3.
Les tenants de François Hollande n'ont pas dépassé 1 sur 6.
Les extrêmes et inclassables de tous poils n'ont attiré qu'une personne sur 10.

Résultats du 1er tour des élections municipales françaises de 2014

Dans presque chaque commune, les scores sont similaires et aux antipodes des titres de la presse.

Ainsi, en Isère, à Meylan où je réside, l'amère maire sortante a été réélue par un tout petit tiers des électeurs, presque autant que la liste de gauche.
Les hors vote ont représenté plus d'un inscrit sur 3.

Résultats du 2nd tour des élections municipales 2014 à Meylan (Isère)

À Grenoble, à écouter gazettes et gagnants, un raz de marée daltonien - vert et rouge - redessinerait les contours d'une nouvelle gauche.
Ce n'est pourtant qu'une vague vaguelette !
Seul un petit quart des grenoblois a soutenu la liste menée par Eric Piolle, alors que plus de 4 électeurs sur 10 ont boudé les urnes.
L'équipe sortante, totalement déconfite, n'a convaincu qu'un citoyen sur 6.
Quant aux candidats de droite, ils ont obtenu un résultat inversement proportionnel à leur performance judiciaire.

Résultats du 2nd tour des élections municipales 2014 à Grenoble (Isère)

À Béziers, le triomphe de l'extrême-droite n'est qu'une petite victoire aux points.
Robert Ménard, le reporter du front d'hier, n'a attiré que 2 biterrois sur 7.
Même dans cette ville où l'enjeu symbolique était élevé et où quatre listes se disputaient le second tour, un tiers des habitants a refusé le vote.

Résultats du 2nd tour des élections municipales 2014 à Béziers (Hérault)

Abstentionniquement votre

Références et compléments
- Les graphiques et pourcentages ont été déterminés à partir des chiffres officiels du ministère de l'intérieur français.

lundi 25 juin 2012

Innovation électorale

Cher internaute, avant que vous entamiez la lecture de ce billet, je tiens à vous avertir que son contenu peut être particulièrement choquant à l'aune de la pensée conventionnelle et que j'y emploie des vocables tabous chez la plupart des politiques. Pour vous éviter les surprises désagréables, j'ai indiqué ces gros mots en italique.

Au soir du second tour des élections législatives, j'ai débattu avec deux twittonautes de mes amis sur la comptabilisation des votes blancs comme suffrages exprimés.
Cette évolution électorale permettrait de mettre en exergue les personnes soucieuses de citoyenneté mais non motivées par le choix leur étant proposé. Le pourcentage de chaque candidat serait revu à la baisse mais, avec le système actuel, les gagnants demeureraient inchangés.

Dans le même temps, les commentateurs des gazettes glosaient sur le taux historique d'abstention, signe, parait-il, d'un désenchantement du politique. Certains soulignaient que, depuis environ un quart de siècle, aucune sensibilité nouvelle n'avait émergé et que les six principaux partis étaient devenus des cartels électoraux.

En partant de ces deux points, j'ai mis en pratique les méthodes créatives en usage en entreprise pour rechercher des innovations en matière électorale.

Quel est le problème à résoudre ?
Imaginer un système électoral répondant simultanément aux cinq exigences ci-dessous :
- 1) Etre démocratique et représentatif, c'est à dire désigner des élus incarnant équitablement la palette des opinions politiques du pays.
- 2) Permettre aux abstentions et aux votes blancs d'avoir un effet non symbolique.
- 3) Dégager une majorité pouvant former un gouvernement stable afin de na pas revenir errements des républiques n°3 et n°4.
- 4) Etre réellement paritaire avec des proportions sensiblement équilibrées de candidats mais surtout d'élus des deux sexes.
- 5) Contribuer à l'éclosion de nouvelles tendances politiques.

Pour satisfaire des critères en apparence incompatibles, une façon efficace en développement de produits innovants consiste à choisir la contradiction la plus difficile et chercher à passer outre en "sortant du cadre". Les autres critères sont ensuite pris en compte en mixant dans un "cocktail" l'ébauche de solution nouvelle avec des éléments provenant de systèmes préexistants.

Aiguillonné par mes deux amis, j'ai choisi de retenir comme contradiction "dure" l'opposition entre les deux premières exigences : assurer une représentativité démocratique tout en donnant un impact effectif aux abstentions et votes blancs.
Cette équation semble insoluble dans l'organisation parlementaire actuelle où un nombre fixe de députés est élu indépendamment de la participation. Il suffit de supposer variable l'effectif de l'assemblée nationale pour que la difficulté s'estompe.
La constitution pourrait définir un nombre maximal de députés correspondant à l'intégralité du corps électoral. Le nombre réel d'hôtes du Palais Bourbon serait déterminé à chaque élection au prorata des suffrages exprimés.
Par exemple, dimanche dernier, seuls environ 320, et non pas 577, députés auraient été désignés.
Les postulants à la députation auraient ainsi une vraie incitation à nous intéresser à leurs propositions et actions. A défaut, leur nombre rétrécirait comme peau de chagrin. Quand les places deviennent chères, l'imagination s'aiguise !
La façon la plus simple de mettre en place un tel système est un scrutin avec des listes nationales. L'exigence démocratique serait aussi renforcée puisque l'égalité de pouvoir électoral entre tous les citoyens que le découpage actuel par circonscription ne respecte pas serait automatiquement assurée.

Les deux premiers critères étant surmontés, la solution peut être affinée pour respecter les trois autres exigences. Cette fois, les pistes sont recherchées dans des systèmes déjà en place.

Dégager une majorité stable avec un scrutin de liste s'obtient en donnant une prime à la liste arrivée en tête, comme pour l'élection des conseils municipaux des communes de plus de 3500 habitants. De surcroît, un seuil de représentativité, par exemple 5%, limiterait l'accès à l'Assemblée Nationale aux micro-partis.

La formule expérimentée en Tunisie lors des premières élections démocratiques d'octobre 2011 permet de respecter la parité, tant des candidats que des élus. Les listes de candidats alternent obligatoirement du début à la fin "un homme, une femme" ou bien "une femme, un homme". Avec des listes nationales - ce qui n'était pas le cas en Tunisie - la quasi-égalité des élus des deux sexes est mécanique.

Permettre à de nouvelles opinions d'apparaitre sur le devant de la scène politique s'obtient en conservant un parlement bicaméral avec un mode de scrutin pour les sénateurs proche de celui proposé pour les députés.
Le Sénat pourrait devenir la chambre de la représentation alors que l'Assemblée Nationale aurait pour vocation de dégager une majorité stable. Pour ce faire, aux élections sénatoriales, auxquelles - autre avancée démocratique - tous les électeurs seraient conviés, serait de ne pas appliquer de prime majoritaire et d'abaisser fortement le seuil de représentativité.

Bien sur d'autres réflexions créatives, partant du même énoncé, peuvent déboucher sur des systèmes très différents.
La proposition ci-dessus n'est qu'une des multiples façons d'aborder l'équation électorale. Les produits réellement innovants naissent de réflexions croisées et de l'entrechoquement de nombreuses ébauches.
Pour départager ces différentes potentialités, je ne connais qu'une seule méthode : demander aux clients - c'est à dire dans notre cas aux citoyens - ce qu'ils en pensent. L'expérimentation de prototypes est souvent la manière la plus agile et la plus efficace d'obtenir des réponses exploitables.

Compte tenu des us et coutumes du personnel politique, nous pouvons tous dormir tranquilles, ce n'est pas demain la veille de l'essai d'un nouveau système électoral.

Innovatiquement votre

Références et compléments
- Sans aucune modestie, pour aller plus loin sur l'innovation et les méthodes créatives, je suggère mon article publié par le Cercle des Echos "L'innovation une recette à quatre ingrédients" ainsi que mon livre "Développer un produit innovant avec les méthodes agiles" (Editions Eyrolles).
- Voir aussi la chronique "Ségolène charcutée".
- Cette chronique fait suite à un échange vivifiant avec les deux twittonautes @Francoisfin et @usky73.

vendredi 13 avril 2012

Cambriolages civiques

Amis voleurs, vous devez impérativement profiter des quelques jours nous séparant de l'élection présidentielle française. C'est le moment où jamais de mettre votre art en pratique !
En effet, pandores et juges ont beaucoup mieux à faire pour le moment que de vous courir après. Ils sont mobilisés exclusivement pour établir des procurations électorales.
Aussi surprenant que cela puisse paraitre, si s'inscrire comme électeur s'effectue en mairie, désigner un mandataire pour éviter de s'abstenir nécessite de "se présenter au commissariat de police, à la brigade de gendarmerie ou au tribunal d'instance de son domicile ou de son lieu de travail".

Déléguer son vote contribue aussi à creuser le déficit de l'Etat car les envois des formulaires de procuration s'effectuent en franchise postale dument remboursée à La Poste.

Plus que 998 idées à trouver pour résorber le gouffre national et améliorer l'efficacité de l'action publique ...

Electoralement votre

Références et compléments
- Site Service-Public.fr : Vote par procuration
Circulaire du 28 février 2012 relative aux élections du Président de la République et aux élections législatives : Établissement des procurations - Inscription sur les listes électorales
- Précédente chronique avec l'idée n°1000 : identité nationale déficitaire