Affichage des articles dont le libellé est tourisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est tourisme. Afficher tous les articles

mercredi 2 novembre 2016

Impressions marocaines

Marrakech, piscine d'un hôtel haut de gamme, dimanche après-midi.
Soleil légèrement voilé, 31°C. 




La ville si proche et si lointaine.

Clientèle internationale, européens, marocains, arabes du golfe, expatriés...

Personnel de service nombreux, à l'affût des sollicitations.

Mélange des langues, arabe, français, anglais, allemand...

Un couple arabe fume et sirote du rosé en écoutant la mythique Fairuz, libanaise chrétienne, chanter « Al Bint el Chalabiya » qui évoque un quartier branché de Bagdad à une époque révolue.
Je fredonne la chanson, le monsieur la connaît par cœur.

Une jeune fille enterre sa vie éponyme en compagnie de deux amies, tout aussi bronzées qu'elle.
Juive francophone, elle disserte, diadème en toc sur la tête, d'Israël et de rites religieux.
Puis la conversation bascule sur pilule contraceptive et stérilet.

Des émiratis Armani, arborant une barbe à la taille du meilleur aloi, éclusent bière sur bière.

Des gamins variés barbotent joyeusement.

Trois hommes à la mine sévère font une apparition, marcel blanc et serviette assortie nouée autour des reins.
Ils longent la piscine et font demi tour.

Deux blacks magnifiques, en vêtements moulants révélant leur anatomie sculpturale, parcourent le jardin puis bavardent en anglais avec les émiratis.
« Nice to meet you! ».

Deux jeunes femmes, huppées et voilées, boivent du thé, à quelques mètre de deux amoureux marocains testant, main dans la main, la production viticole locale.

Un peu en retrait, je termine, de conserve, mon Coca Light et cette chronique.

Cosmopolitement votre


mercredi 14 septembre 2016

Quand les émirs du pétrole régnaient sur l'Europe

Les monarques d'Arabie et du Golfe, avec leur train de vie fastueux et kitsch ainsi que leur autoritarisme teinté de religion nous choquent.
Pourtant, l'essentiel du patrimoine culturel européen est l'œuvre de souverains aussi peu exemplaires.

Des monarchies archaïques et pourtant prospères

Avec la Renaissance, au 16ème siècle, a débuté, en Europe, une ère de progrès agricoles, techniques et sanitaires qui, pas à pas et dans la douleur, a boosté productions, villes et populations.

Ces changements économiques ont toutefois tardé à se transformer en évolutions politiques.
Clergé et noblesse s'empressaient de rappeler au bon peuple que cet ordre des choses pyramidal et inégalitaire était, pour l'éternité, un don de Dieu.
Aussi les monarchies absolues et leurs cortèges de féodaux ont bénéficié, pendant presque trois siècles, des fruits juteux à souhait de la rente foncière et des multiples taxes.

Peu soucieux de redistribution sociale, les rois et leurs obligés s'ingéniaient à dépenser illico ces sommes prodigieuses en guerres mais aussi en constructions ostentatoires, tant civiles que religieuses.

Palais royal de Turin

Paraitre pour être 

Le 18ème siècle fut l'apogée de ce système.
Les styles baroques et rococo, avec leurs cargaisons de dorures et de décorations, reflètent de goûts et envies de nouveaux riches.
Un palais royal ou ducal devait d'abord en mettre plein la vue !

Mobilier rococo au pavillon de chasse de Stupinigi

Le roi de France Louis XIV - alors souverain le plus puissant d'Europe - fit bâtir le gigantesque château de Versailles pour montrer qui était le patron en impressionnant ses sujets et ses voisins.

Dans le même temps, les émirs de Savoie, qui régnaient, depuis Turin, sur la province éponyme mais aussi sur le nord de l'Italie actuelle, voulurent se mettre en évidence. Pourtant la première garnison française n'était qu'à une trentaine de kilomètres de leur capitale.
Les rois de Piémont-Sardaigne - comme ils aimaient se faire appeler - érigèrent en un temps record une multitude de palais non loin du Pô ainsi qu'un pavillon de chasse somptuaire à quelques encablures.

Coupole du pavillon de chasse de Stupinigi

Les fastes royaux en héritage 

En bon touriste, j'ai récemment arpenté Turin et visité plusieurs de ses monuments.
Désormais, cet imposant patrimoine - les anglo-saxons disent heritage - procure émotions et plaisir à ses hôtes tout en propulsant l'activité économique.
Pourtant, ces palais et églises ont été commandités par des monarques dépensiers aux motivations douteuses et financés une paysannerie miséreuse essorée par l'impôt.

Pavillon de chasse de la maison de Savoie à Stupinigi
Peut-être, dans quelques années, irons-nous, de même, à Riyadh ou Dubaï admirer en flânant les oeuvres des rois du pétrole...

Baroquement votre

Références et compléments
Voir aussi les chroniques :
Rimbaud + McDo + Dubaï = le plateau ivre
Le Vatican : des Saouds bien de chez nous
Daech s'est déjà implanté deux fois en Europe

Site web de l'office du tourisme de Turin / Torino

Photos prises par l'auteur à Turin / Torino et Stupinigi le 10 septembre 2016.

lundi 1 août 2016

​À Barcelone, les héritiers de Gaudí ne se soucient guère des daltoniens

​Quand un gaucher daltonien se rend dans la capitale de la Catalogne...

Gaudí l'ergonome

L'architecte Antoni Gaudí est emblématique de Barcelone.
Ses œuvres qui parsèment le tissu urbain sont désormais inscrites au patrimoine mondial.

Dans chacune de ses réalisations, ce novateur - prototype des designers - a porté une attention particulière à l'esthétique mais aussi, simultanément, à l'usage et à l'ergonomie, jusque dans les plus petits détails.

Ainsi les poignées de porte très originales de la Casa Batlló - grande maison bourgeoise en centre-ville entièrement conçue par Antoni Gaudí - permettent indifféremment à un gaucher ou à un droitier de pousser ou tirer, sans réflexion ni effort.



Des bus pour pompiers écolos

Malheureusement, l'industrie touristique barcelonaise, dont, pourtant, une part de la prospérité est due au génial créateur, ne fait guère montre de préoccupations ergonomiques.

Par exemple, de flamboyants autobus rouges, à impériale décapotable, permettent au visiteur de découvrir rapidement et sans se fatiguer l'essentiel des points d'intérêts de la ville.

Deux circuits sont proposés.
Le premier est sensé arborer la même couleur que les bus.
Le second est soit-disant vert, mais d'une nuance que votre serviteur peine à distinguer de celle de la carosserie des fourgons anti-incendie.


Extrait du plan des bus "Barcelona City Tour".
En haut l'image d'origine, en bas la simulation de la perception visuelle par un daltonien deutéranope.
[Cliquez sur l'image pour zoomer]

Un métro pastel

Le réseau ferroviaire barcelonais est encore plus perturbant.
Les multiples lignes de métro sont repérées par des couleurs suaves qui, à mes yeux, se valent à peu près toutes.

De surcroît, peu est fait par ailleurs pour assister le Dalton désorienté.

La signalétique sur les quais et dans les couloirs est moins fréquente qu'à Paris ou à Berlin et manque parfois de cohérence.

Le souffle d'Antoni Gaudí a aussi omis de passer sur l'application pour smartphone de TMB, la régie barcelonaise de transports en commun.
La seule manière de vérifier son trajet lorsqu'on n'entrave rien aux pastels serait de pouvoir passer rapidement du plan général du réseau au diagramme d'une seule ligne pour vérifier le nom des stations.
Hélas, cela relève de l'exploit olympique. Pas étonnant dans ces conditions que Barcelone ait accueilli les Jeux en 1992 !

Extrait du plan de métro de TMB.
En haut l'image d'origine, en bas la simulation de la perception visuelle par un daltonien deutéranope.
[Cliquez sur l'image pour zoomer]

La règle de la photocopie

Pour être utile à chacun, une signalétique devrait rester compréhensible après une distorsion de ses couleurs et même après une photocopie monochrome.

La compagnie de bus qui n'a que 2 trajets à distinguer aurait tout simplement pu utiliser le blanc et le noir plutôt que le rouge et le vert.
De surcroît, l'un des deux parcours pourrait être rehaussé d'un élégant pointillé.

Faciliter la navigation des daltoniens dans le métro barcelonais sans changer la palette de couleurs est aisé.
Adjoindre à la représentation de chaque ligne une forme différente de trait (épais, maigre, double, triple, pointillé...) ajoute un élément de repérage indépendant des couleurs qui ne gêne en rien les personnes dotées d'une vision standard.

Modernismement votre

Références et compléments
Antoni Gaudí a vécu de 1852 à 1926.
Il est le principal représentant du courant artistique et architectural dit du modernisme catalan. Plus de détails sur sa vie et ses réalisation sur Wikipedia.
Site web et article Wikipedia sur la Casa Batlló construite entre 1904 et 1906.

La dyschromatopsie, couramment baptisée daltonisme, est une anomalie de la vision dans laquelle un ou plusieurs des 3 types de cônes de la rétine oculaire, responsables de la perception des couleurs, sont déficients.
Environ 1 homme sur 12 et seulement 1 femme sur 200 ont les cônes qui déconnent. Ces statistiques diffèrent toutefois grandement en fonction des origines ethniques.
Pour plus de détails se reporter aux articles Wikipedia sur le daltonisme en français et en anglais.

Voir aussi les autres chroniques de ce blog traitant du daltonisme.
 
Les images simulant la perception visuelle d'un daltonien deutéranope (c'est à dire avec une vision déficiente de la couleur verte) ont été réalisées avec l'application pour smartphone iDaltonizer.

Site web de Barcelona City Tour.
Le plan des bus touristiques vient de ce site.
​À l'exclusion de la couleur de ses lignes, je recommande cette excursion bien conçue et bien opérée.

Site web de TMB l'exploitant du métro de Barcelone.
Le plan de métro est issu de ce service peu ergonomique et tout aussi peu polyglotte.

dimanche 4 novembre 2012

Les Baux de Provence récompensés par le Dalton d'or

Je suis heureux de décerner le premier Dalton d'or à la municipalité des Baux de Provence pour la qualité exceptionnelle de ses parcmètres.

Ce village perché sur un rocher se parcourant exclusivement à pied, le visiteur doit parquer son véhicule dans l'une des zones prévues à cet effet et s'acquitter d'un droit de stationnement.
Seul hic, le daltonien touriste que je suis a du s'y reprendre à deux fois pour pour payer son dû.

Voici l'heureux gagnant du premier Dalton d'or.
Parcmètre peu amical envers les daltoniens photographié le 3 novembre 2012 le long de la route départementale 27 aux Baux de Provence (Bouches du Rhône - France)

L'horodateur baussenc, outre une fente pour glisser des pièces, comporte six boutons répartis sur deux lignes horizontales et possédant chacun une collerette colorée.
La dyschromatopsie de votre serviteur l'empêche de différencier les couleurs des deux boutons de droite qui ont pourtant des fonctions très différentes. L'un annule la transaction et provoque le remboursement des pièces préalablement insérées alors que l'autre imprime le ticket à apposer dans sa voiture.
La légende située à droite des boutons n'est d'aucun secours. Elle comporte seulement quatre items représentés sur une seule ligne. Comment dans ces conditions savoir sur quelle touche appuyer pour imprimer le sésame autorisant à stationner ? La disposition géométrique ne correspond pas et les daltoniens ne peuvent relier les couleurs.
Je vous laisse imaginer, face à un tel appareil, la perplexité du daltonien non francophone qui ne peut comprendre que le blabla dans la langue de Molière n'apporte aucun éclairage sur les couleurs !

Avec exactement la même taille d'appareil et le même nombre de boutons, il est de multiples manières pour réaliser une interface pratique pour tous les utilisateurs.
Par exemple, il suffit de réduire voire de supprimer la zone de légende, d'agrandir les collerettes colorées et d'écrire dans chacune d'elles, à l'instar des signes moins et plus inscrits autour de deux boutons, la fonction de la touche en français et en anglais.

Je me tiens à la disposition de Monsieur Michel Fenard, maire des Baux de Provence, pour remettre à sa commune le Dalton d'or bien mérité.

Coloriquement votre

Références et compléments
- Le Dalton d'or est un trophée nouvellement créé, destiné à récompenser les systèmes cassant les pieds aux daltoniens dans leur vie quotidienne.
Afin d'éviter tout risque de mélange de couleurs, seul le Dalton d'or existe. Il est hors de question de décerner un Dalton d'argent ou de bronze.
Les candidatures au Dalton d'or sont les bienvenues et peuvent être envoyées à l'auteur de ce blog qui délibérera en son âme et rétine.

- La dyschromatopsie, appelée couramment daltonisme, est une anomalie de la vision dans laquelle un ou plusieurs des trois types de cônes de la rétine oculaire, responsables de la perception des couleurs sont déficients.
Environ un homme sur douze et une femme sur deux cent en sont atteints.
Pour plus de détails se reporter aux articles Wikipedia sur le daltonisme en français et en anglais.

- Voir aussi les chroniques :
- Article Wikipedia et site officiel des Baux de Provence village dont, malgré ses parcmètres peu avenants pour les daltoniens, je recommande la visite. Ce site historique perché sur un rocher est réellement exceptionnel.
Les habitants des Baux de Provence s'appellent les baussencs ou baussenques.

mardi 21 août 2012

Survie linguistique en Tunisie (suite)

Contrairement aux apparences, arabe dialectal tunisien et français sont deux langues phonétiquement proches.
Voici une seconde livraison des précieux conseils d’Humeurs Mondialisées à destination des francophones pour éviter les quiproquos au pays d’Hannibal.

Si vous entendez, à l’insu de votre plein gré, quelqu’un dire à votre conjoint, de façon péremptoire, « jette » suivi de votre prénom, ne paniquez pas !
Personne ne souhaite briser votre couple. Bien au contraire, il y a au moins une âme bien intentionnée qui s’enquiert de votre venue.

Si on annonce près de vous « dis Léa ! », ne vous mettez pas bêtement à répéter ce joli prénom un peu passé de mode mais savourez la pastèque qui arrive.

Si on vous dit « souris », ne cherchez pas à faire risette à une hypothétique caméra.  Inutile aussi de grimper sur une chaise, il n’y a aucun rongeur à l’horizon.
Votre interlocuteur souhaite savoir si vous êtes français.

Si, au restaurant, le serveur termine sa prise de commande par « chou crâne », ce n’est pas pour autant que vous aurez en dessert une surprise locale du chef à mi-chemin entre la tête de veau ravigote et le chou farci.
Il s’agit d’un remerciement de bon aloi pour votre contribution à la réussite de ses objectifs commerciaux.
Si le garçon préfère s’exclamer « baraque à la ouf ! hic ! », sachez qu’il ne nourrit aucune ire vis-à-vis de l’architecte de sa gargote mais qu’il redouble de politesse à votre égard, signe que votre participation à son bonus semble prometteuse.

Franco-tunisiennement votre

Références et compléments
- A propos de phonétique franco-tunisienne voir aussi la première fournée de ces conseils linguistiques ainsi que la toute première chronique tunisienne « Un après-midi chez Marthe ».
Les deux chroniques « Du satin sur le divan du toubib - mots français d’origine arabe » et « Les 16 tweets qui ont fait l’histoire de la Tunisie » complètent les recommandations ci-dessus.

- Extraits du dictionnaire phonétique tunisien – français :
. Jette [+ nom ou prénom] ? = [nom ou prénom] est-il venu ?
. Dis Léa = pastèque
. Souris = français
. Chou crâne = merci
. Baraque à la ouf ! hic ! = merci (forme très polie, littéralement que la grâce de Dieu soit sur vous)

mardi 14 août 2012

Survie linguistique en Tunisie

Le français et l’arabe dialectal tunisien partagent des mots phonétiquement proches qui risquent d’abuser le francophone en villégiature du coté de Carthage.
Quelques conseils pour éviter les quiproquos au pays d’Ibn Khaldoun

Si vous êtes né au « Chili », les tunisiens vous trouverons « mesquin » d’être soumis en permanence à la canicule.
Pas de panique ! Les autochtones sont parfois bizarres. Montrez que votre robuste constitution vous permet de résister à tout

Si vous venez de Sarajevo ou de l’Herzégovine, évitez de parler de votre patrie en présence de jeunes filles.
En entendant le mot « Bosnie », certaines tunisiennes émoustillées risquent de se jeter à votre cou quand d’autres, croyant être harcelées, voudront vous gifler voire pire.

Si on vous propose du « fric », ne vous réjouissez pas trop vite.
Votre portefeuille ne va pas subitement se rembourrer, par contre vous serez obligé d’ingurgiter un épi de maïs grillé.
Vous vous consolerez en pensant que cet aliment légèrement cramé contient beaucoup de sucres lents et probablement quelques vitamines.

Si un tunisien vous parle des « boules », surtout s’il accompagne son propos de gestes pressants, sachez qu’il ne nourrit aucun énervement vis-à-vis de votre personne, pas plus qu’il ne vous invite à une partie de pétanque. Il veut juste trouver rapidement des toilettes.
Contrairement à la région lyonnaise, il n’y a pas de « bars à boules » en Tunisie, seulement de jeunes enfants dont on souhaite canaliser les débordements.

Si on vous convie à partager un « brique » acceptez sur le champ, surtout pendant le mois de ramadan !
Inutile d'être karateka pour venir à bout, à mains nues, de cette croustillante spécialité culinaire, généralement au thon ou à l’œuf.

Si vous êtes invité à une séance « d’outillage », allez-y sans crainte.
Il ne s’agit pas d’un rituel satanique dans l’arrière-boutique d’une quincaillerie mais d’un match de poule de cette compétition sportive très spéciale qu’est le mariage tunisien.
Pour « l’outillage », l’équipe, mais aussi le public, sont presque exclusivement féminins. L’avant-centre a les pieds et les mains peints aux couleurs de son club et les supportrices manifestent bruyamment leur joie de voir leur championne mener au score.

Franco-tunisiennement votre

Références et compléments
- Extraits du dictionnaire phonétique tunisien – français :
. Chili = très chaud !
. Mesquin / miskine = pauvre, malchanceux
. Bosnie / bousni = embrasse-moi
. Fric = épi de maïs
. Boules = pisser
. Bar à boules ! = va pisser !
. Brique = brick
. Outillage / outia = « fête de la mariée » qui a lieu généralement deux jours avant la véritable cérémonie de mariage. Souvent, l’outia est l’occasion de finaliser la « peinture » au henné des mains et des pieds de la future mariée.

- Il y a désormais une seconde livraison de ces conseils phonétiques, sans oublier la toute première chronique tunisienne "Un après-midi chez Marthe".
Voir aussi la chronique « Du satin sur le divan du toubib » consacrée aux mots français d’origine arabe ainsi que « les 16 tweets qui ont fait l’histoire de la Tunisie ».

- « Je suis né au Chili » est une chanson du regretté Bobby Lapointe.

lundi 23 juillet 2012

Bronzer idiot en Tunisie ?

Lors de sa récente visite en France, Moncef Marzouki, le provisoire et binoclard président de la république tunisienne, a déclaré en réponse à une interrogation sur l'importance économique du tourisme, "il ne faut plus venir bronzer idiot en Tunisie".

Jusqu'alors, naïvement, je pensais que la priorité de la "troïka" - coalition tripartite issue des premières élections libres de l'automne 2011 - était de créer le plus possible d'emplois pour résorber le chômage massif. Il n'en est rien, le bien-être des hôtes du pays du jasmin ne saurait céder le pas à aucune autre préoccupation !

Les consignes présidentielles sont claires.
Dans chaque aéroport, les agents en charge du contrôle des passeports questionneront chaque touriste fraichement débarqué sur son projet de vacances.
Si son intention est de se relaxer et de mettre ses neurones au repos, il sera immédiatement mis à l'ombre par la police nouvellement démocratique. Les forces de l'ordre lui éviteront ainsi mélanomes et autres maladies de peau induites par une exposition prolongée aux ultra-violets. Pour ce faire, les sinistres brigades d'intervention seront bientôt dotées de parasols, beaucoup plus efficaces pour abriter les visiteurs que les boucliers anti-émeutes.
A l'inverse, le vacancier souhaitant utiliser son séjour tunisien pour écluser quelques romans policiers ou écrire des chroniques sera sommé par la même police récemment réformée d'aller illico sur une plage en plein cagnard. Désormais plus question de bouquiner sous les claies ombragées de Jammoulti - le bistrot de la plage de Kelibia - le bronzage intelligent, fruit de la volonté populaire, s'impose !

Après la saillie marzoukienne, la saison touristique tunisienne, contrairement aux discours officiels, s'annonce difficile.
Les amateurs de plage qui n'apprécient pas plus que n'importe qui de se faire traiter d'idiots, préfèreront probablement aller combler la dette de la Grèce, de Chypre ou de l'Espagne plutôt que celle de la Tunisie.
Quant à moi, j'appréhende mon prochain départ vers le Cap Bon.
Moncef Marzouki va-t-il réussir là où Habib Bourguiba et Zine el Abidine Ben Ali alliés à l'ensemble de ma famille ont piteusement échoué ?
Vais-je, démocratiquement mais fermement, être obligé de passer mon séjour durablement allongé au soleil sur le sable du "Petit Paris" ou du "Belge" ?

Idiotiquement votre

Post Scriptum du 24 juillet 2012 :
J'ai reçu de Marc, fidèle lecteur des Humeurs Mondialisées, la photo ci-dessous prise en juin de cette année à Djerba qui illustre parfaitement le bronzage idiot en Tunisie avant l'ultimatum présidentiel.

Références et compléments
- Je dédie cette chronique à Roland, Brigitte, Françoise et Benoît qui ont eu la chance de visiter la Tunisie cette année avant l'injonction de Moncef Marzouki sur le bronzage idiot.
- "Petit Paris" et le "Belge" sont les sobriquets de deux des plages de Kelibia. Pour en savoir un peu plus sur ces plages, je vous recommande les chroniques "Mieux vaut p'tard que jamais" et "Sabotage belge".
- Désormais, de nombreuses chroniques de ce blog ont pris Moncef Marzouki et ses lunettes comme sujet de prédilection.
- L'interview où Moncef Marzouki s'oppose au bronzage idiot est parue dans le journal français La Provence le 20 juillet 2012.

mercredi 21 mars 2012

Ce cheval, quel chameau !

Une quatrième chronique djerbienne où Roland, notre guest star préférée, nous fait partager sa difficulté à maîtriser les quadrupèdes pour touristes.


A Djerba, le promène-couillon n'est pas maritime mais terrestre. Dès l'arrivée à l’hôtel, un "rabatteur" aura tenté de vous inscrire pour une randonnée dans l'ile en carriole hippomobile, à cheval ou en dromadaire …

La balade en dromadaire n'étant pas une proposition fréquente sous nos latitudes européennes, j'ai fini par y succomber.
Une heure à l'aller pour rejoindre le marché de Midoun, une heure sur place à admirer les étals de dattes et à marchander deux paires de babouches et une heure pour le retour, le programme vous semblera alléchant et sans risques. Malgré les propositions de changer d'animal à mi-course, pour passer du dromadaire au cheval, vous insisterez pour garder le fier destrier du désert à l'aller comme au retour, c'est tellement plus typique …

Las, n'est pas méhariste qui veut !
Tout d'abord, lorsque l'animal est agenouillé, la "selle" - à vrai dire le bât - est à la hauteur de l'encolure d'un cheval. L'aide du chamelier (j'ai bien cherché, le vocable dromadairier reste à inventer) est précieuse pour réussir à attraper le pommeau, puis à vous hisser sur le dromadaire pourtant placide.
Ensuite, en l'absence d'étriers, il s'agit de bien s'agripper car le bestiau vous propulse d'abord à 45° de l'horizontale en se mettant sur ses pattes antérieures, puis vous assène une vive accélération verticale lorsqu'il se hisse sur ses pattes arrières.
Et là, son pas alternatif vient rapidement rappeler à vos vagues souvenirs que le dromadaire bat l'amble. Votre postérieur s'agite suivant une courbe décrivant un huit caractéristique. La seule façon de s'adapter à cette allure consiste à laisser votre colonne vertébrale osciller en opposition de phase, sans chercher à crisper ses avant-bras sur le bât. Précisons que cet exercice est déconseillé aux personnes avec des difficultés pour enfiler leurs chaussettes le matin ou ayant été tourmentées par leur nerf sciatique.

De retour, après la visite du marché mise à profit pour négocier avec un des touristes du groupe un échange dromadaire contre cheval, vous montez rasséréné et un rien goguenard sur un noble Pur Sang arabe en laissant aux autres le plaisirs de la méharée.
Plus agréables à chevaucher, ces montures sont toutefois un brin nerveuses. Le hennissement d'un congénère au lointain, le bourdonnement d'un taon ou l'arrivée inopinée d'une mobylette suffisent à leur faire prendre le mors au dents. Votre serviteur désarçonné en a fait l'amère expérience et s'est retrouvé sur le sable.

Moralité : passés cinquante ans, sans ancêtre Touareg ou cow-boy, préférez la calèche !

Camelo-djerbiquement votre

Roland Goutay

Compléments
- Contrairement au cheval qui lève en même temps son antérieur gauche et son postérieur droit, le dromadaire et le chameau lèvent simultanément les deux pattes gauches puis les deux pattes droites. Cette allure s'appelle l'amble. Pour aller plus loin : article Wikipedia sur l'amble.


lundi 20 février 2012

À l'eau, Djerba ?

Humeurs Mondialisées, comme toute production digne de ce nom, accueille désormais des "guest stars".
Voici donc une première chronique djerbienne proposée, non pas par mon épicier favori, mais par mon ami Roland. Espérons qu'il nous en proposera d'autres de la même eau.

Il n'y a pas de sources sur l'île de Djerba. Les troupes espagnoles qui tentèrent en 1510 de prendre possession de l'île en firent l'amère expérience. Sur quinze mille hommes en armes, les deux tiers périrent de soif.

Par la suite les djerbiens (non, on ne dit pas djerbites) creusèrent de nombreux puits pour abreuver hommes et bétail. Ils déployèrent d'ingénieux canaux d'irrigation (seguias) pour faire pousser leurs maigres cultures vivrières.
Les puits s'asséchant tour à tour, on pensa résoudre définitivement le problème en construisant une adduction d'eau potable de fort diamètre, reliant le sud tunisien continental à Djerba par la "chaussée romaine"construite au IIIème siècle avant notre ère, puis bitumée en 1951.

Fort de ce déficit de la nappe aquifère, on pourrait penser que la politique hôtelière Ben Alienne incitât les investisseurs et clients à une utilisation raisonnée, voire économe, du précieux liquide. Las, il n'est pas d'hôtel digne de ce nom qui ne vante les mérites de son centre de thalasso-balnéo-thérapie, faisant passer la consommation d'eau par tête de touriste d'une cinquantaine à  deux cents litres par jour.
Notre hôtel, pourtant construit en 2010, n'échappe pas à cette règle. Bien que "pilote en économie d'énergie" et disposant ostensiblement à l'extérieur de trois poubelles de tri sélectif, il dispense quotidiennement moult bains moussants, hammams et douches énergisantes aux clients pressés d'en finir pour aller jouer au golf 27 trous au gazon bien vert …

Djerbiquement votre

Roland Goutay

Références
- Article Wikipedia sur l'île de Djerba
- Article Wikipedia sur Pedro Navarro, leader des troupes espagnoles ayant tenté de conquérir Djerba en 1510

mercredi 4 mai 2011

Italie, Brésil, Inde, on nous ment - Chronique indienne


A force de voyager pour des motifs professionnels, je suis parvenu à la conclusion regrettable que les géographes et les guides touristiques nous bourrent gravement le mou !

En effet, ils omettent systématiquement d'indiquer que, dans les pays de travail, le jour est beaucoup plus court qu'ailleurs sur la planète.
Je n'ai pas d'explication astronomique à ce phénomène singulier, mais si vous mettez le nez dehors, presque chaque fois, il fait nuit !
Les monuments historiques que vous croisez sont affectés souvent par une éclipse de soleil.
Il aura fallu que j'aille à Bergame, mensuellement, pendant plus de deux ans pour que l'Astre Suprême veuille bien honorer de ses rayons Citta Alta.
En Inde, c'est pareil ! La route menant du centre de Bangalore à l'aéroport n'est manifestement pas le meilleur endroit pour bronzer. Je me demande, d'ailleurs, comment mes collègues locaux font pour avoir la peau si mate.

Le patrimoine de ces contrées de labeur est aussi très surfait.
Qui sont donc les infographistes de talent qui réussissent à nous faire croire à l'existence du Taj Mahal, de la basilique Saint Marc ou du pain de sucre carioca ?
Les rares curiosités visitables et visitées sont le génie autoroutier des XXèmes et XXIèmes siècles, le manque récurrent d'harmonie des zones industrielles et l'universalité patente des immeubles de bureaux !
Les entreprises multinationales ont rendu réelle l'utopie du regretté Karl Marx : les prolétaires (et même un peu plus) de tous les pays sont désormais vraiment unis, au moins dans leur environnement de travail.

Afin de lutter contre les lamentables mensonges du complexe touristico-géographique, je vous conseille, s'il vous prend l'idée étrange de vous rendre dans les patries de Dante, de Santos-Dumont ou de Gandhi, de balancer dans la poubelle la plus proche vos guides verts, bleus ou blancs.
En contrepartie, il est prudent, avant tout départ, de se procurer un manuel de procédures industrielles du meilleur aloi qui vous facilitera grandement la communication avec les autochtones.

Professionnellement votre …