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samedi 8 octobre 2016

Elon Musk nouveau Christophe Colomb ?

L'entrepreneur américain Elon Musk a affirmé que sa société SpaceX opérera des vols habités vers Mars dès 2024, avec des billets presque abordables.
Aussitôt, réseaux sociaux et gazettes ont vu dans cette grande gueule le Christophe Colomb du 21ème siècle.
Fidèle aux traditions de ce blog, j'ai comparé ces deux novateurs.

L'Amérique une découverte low cost

En 1492, le financement de la première expédition de Christophe Colomb - la location et l'affrètement des trois caravelles Nina, Pinta et Santa Maria ainsi que la solde des 90 marins - s'est élevé à 1.7 millions de maravédis, la monnaie espagnole d'alors.
Le découvreur de l’Amérique a apporté environ le quart de cette somme et la monarchie hispanique a fourni le complément.

À cette époque, le produit intérieur brut de l'Espagne avoisinait les 18 milliards de maravédis annuels.
La découverte de l'Amérique n'a donc mobilisé qu'un petit dix millième de la production de la péninsule ibérique.

Christophe Colomb

La fusée martienne plus chère que la caravelle

Elon Musk prétend n'avoir besoin que de 10 milliards de dollars pour développer ses engins spatiaux.

Le produit intérieur brut des USA approche 18 000 milliards de dollars par an.
Le cosmonaute 2.0 souhaite mobiliser deux gros millièmes de l'économie américaine pour rejoindre Mars.
Soit 6 fois plus que Christophe Colomb en son temps !

Elon Musk

Comparaison n'est pas toujours raison

L'Espagne du 15ème siècle, à l'instar du reste de l'Europe, était presque exclusivement agricole. L'immense majorité de la population était tout juste au niveau de subsistance.
Aussi, l'essentiel de l'économie n'était pas monétisé et la finance balbutiait.
Si l'entreprise de Colomb représentait une part microscopique de la production espagnole, elle a toutefois nécessité plusieurs pourcents des capitaux effectivement disponibles.
Ainsi, la reine Isabelle de Castille a du vendre plusieurs de ses bijoux pour sponsoriser les caravelles.
En le disant avec les mots anachroniques d'aujourd'hui, Christophe Colomb a plus sollicité les marchés financiers que SpaceX ne devrait le faire.

De son côté, Elon Musk, en bon bateleur, sous-estime sciemment le coût de son programme martien.
10 milliards de dollars représentent la moitié du développement de l'Airbus A380.
Il manque un zéro, voire plus, à cette évaluation optimiste.
Le magnat californien devrait, sans trop de soucis, conserver son avance sur le marin génois.

Le monument de Colomb à Barcelone.
Dans quelques années, y aura-t-il une oeuvre similaire à l'effigie d'Elon Musk à Los Angeles ?

Comparativement votre

Références et compléments
Voir aussi la chronique « la batterie Tesla Powerwall va-t-elle bouleverser l’électricité ? » sur une des autres entreprises futuristes d’Elon Musk.

Le coût de l'expédition de Christophe Colomb provient de l'article scientifique paru en 2007 "Columbus's First Voyage: Profit Or Loss - From A Historical Accountant's Perspective" de David Satava de l'Université de Houston-Victoria.

La valeur du PIB espagnol à l'orée de la Renaissance est issue de la base de données Clio Infra et de l'article Wikipedia "liste historique des régions et pays par PIB (PPA)".

Articles Wikipedia sur Christophe Colomb et Elon Musk.

Le portrait de Christophe Colomb a été peint par Ridolfo Ghirlandaio. La photo d'Elon Musk a été prise par Heisenberg Media. Ces deux images proviennent de Wikimedia Commons.
Le monument barcelonais de Colomb a été photographié par l'auteur en juin 2016.

dimanche 3 juillet 2016

À Berlin entre anciens et nouveaux démons

Berlin est une de ces villes qui portent en elles un trop-plein d'histoire.
Impressions fugaces captées lors d'une brève escapade dans la capitale allemande.

Avions



En 1948, les USA, aidés par la Grande Bretagne et la France, organisaient un pont aérien pour ravitailler Berlin-Ouest que le blocus mis en place par l'URSS avait mis en grande difficulté.
Des photos mythiques montrent des civils saluant des avions à hélices rasant les immeubles avant de se poser sur une piste aménagée à la hâte par les militaires occidentaux.

Désormais, les habitations berlinoises sont toujours survolées...
L'aéroport de Tegel déborde de passagers venus du monde entier.

Checkpoints



Quelques checkpoints, dont le célèbre Charlie, assuraient les trop rares passages entre les deux parties de Berlin.

Désormais, il y a toujours autant d’obstacles et de chicanes dans les environs de l’avenue « Unter den Linden »...
Une nouvelle ligne de métro y est en construction.

Mur



La porte de Brandebourg, construite au 18ème siècle, fut le symbole de la division de Berlin.
Le « mur de la honte » bloquait son accès ouest et barrait la perspective.

Désormais, la porte de Brandebourg est toujours bouchée...
Un écran géant et une « fan zone » y ont été implantés pour l'euro de football.

Départs



En 1963, le président américain John Fitzgerald Kennedy, dans son célèbre discours « Ich bin ein Berliner », s'exclamait :
« La liberté connaît beaucoup de difficultés et la démocratie n'est pas parfaite.
Mais nous n'avons jamais eu besoin d'ériger un mur pour conserver nos citoyens, pour les empêcher de s'enfuir. »

Désormais, il y a toujours de longues files d'attente à l'aéroport de Berlin...
Des touristes court vêtus - après avoir acheté un fragment réputé authentique du « mur de la honte » à la boutique de souvenirs - s'apprêtent à se rendre à Moscou, à bord d'un Airbus plaisamment baptisé Youri Gagarine.

Pressentiments

Je suis né, en Europe de l'ouest, l'année de la construction du mur de Berlin.
Marcher, tranquillement et librement, au petit matin, à l'est de la porte de Brandebourg est une joie symbolique.

Comment, durant cette promenade, ne pas remercier Vaclav Havel, Adam Michnik, Jean-Paul II, Lech Walesa, Mikhaïl Gorbatchev et, surtout, les anonymes qui ont expédié aux oubliettes la division européenne ?
Comment ne pas réécouter Kennedy ?
Comment ne pas se remémorer les images inouïes du 9 novembre 1989 ?

Comment, dans le même temps, ne pas avoir un pincement au cœur ?

Face aux menaces, ma génération - qui devrait se réjouir d'avoir été comblée par l'histoire - préfère se replier sur elle-même plutôt que d’affirmer et défendre des valeurs positives.

Des nuages grisâtres s'accumulent.
De nouveaux murs s'élèvent dans nos têtes et, désormais, dans nos urnes.
Nous sommes passés du mauvais coté des barbelés qui resurgissent à nos frontières...

Let's remember Berlin!
Souvenons-nous de Berlin !

Librement votre

Références et compléments
Voir aussi les chroniques :
- Mes valeurs
- Ich bin ein Tunesier

La vidéo de ce chef d'oeuvre d'éloquence et de réthorique qu'est le discours "Ich bin ein Berliner" de John Fitzgerald Kennedy à Berlin le 26 juin 1963 (avec sous-titres en français) :
- Texte original en anglais
- Traduction en français par Wikisource
- Article Wikipedia

Article Wikipedia sur le mur de Berlin

Les photos ont été prises par mes soins à Berlin les 22 et 23 juin 2016.
J'avoue avoir succombé à la tentation en achetant mon petit morceau de mur.

mardi 14 juin 2016

7 milliards de nuances de gris contre Daech

Les tueries d'Orlando et de Magnanville viennent encore d'accroître la trop longue liste des victimes du terrorisme de Daech.

À croire ces salopards, il n'y a ici-bas que deux engeances : les bons autodésignés et les mauvais, c'est à dire tous les autres.
Bien entendu, les bons ont le devoir, afin de hausser le niveau général, de soumettre les mauvais et d'éliminer les plus toxiques d'entre eux.

Face à cette conception morbide, les proies de Daech représentent notre diversité.
Un gay de Floride, un touriste, un militaire tunisien, un policier français, un dessinateur satirique danois, un visiteur japonais de musée, une jeune femme yezidie et tous les autres martyres n'ont qu'un seul point commun : leur humanité.
C'est pourquoi l'existence de chacun d'entre eux - c'est à dire, en pratique, l'existence de chacun d'entre nous - est insupportable aux cerveaux étriqués de l'axe autoproclamé du bien.

La quasi-totalité des 7 milliards d’humains qui peuplent notre planète doit continuer à opposer l'ensemble de ses nuances de gris au trop noir et blanc Daech.
À défaut, le piège que les terroristes nous tendent se refermerait sur nous.

La flamme de la vie ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas !

We shall never surrender! Never! Never!

Tristement votre

Références et compléments
Voir aussi les chroniques :
- 10 citations contre le terrorisme et la barbarie
Daech s'est déjà implanté deux fois en Europe

Je me suis appuyé, pour ce billet écrit dans l'émotion, sur des auteurs bien plus qualifiés que moi :
- Charles de Gaulle qui, le 18 juin 1940, depuis Londres, appelait à raviver la flamme de la résistance française.
- Son compère Winston Churchill qui sensiblement au même moment promettait de ne jamais se rendre !
- E.L. James qui a titré son best-seller érotique mondial "50 nuances de gris".
- Maxime le Forestier qui a cité "les deux engeances" dans une chanson.

dimanche 4 octobre 2015

​Les Hautes-Alpes détiennent le record mondial des homicides

​En France, un des sports nationaux consiste à saisir la moindre circonstance permettant de dénigrer les Etats-Unis d'Amérique.
L'évènement le plus insignifiant est prétexte à railleries.
Ainsi, cette semaine, une fusillade ordinaire dans une université rurale de l'Oregon a permis de dauber, une fois de plus, un pays de cow-boys mal dégrossis et psychotiques, à la gâchette beaucoup trop facile.

Pourtant, les statistiques, rapportées dans un précédent billet, sont formelles. On n'homicide annuellement aux USA qu'une personne pour 20 000 habitants.
Certaines régions de France atteignent des taux nettement plus élevés qui devraient nous conduire à mettre en sourdine notre anti-américanisme spontané.

Pour preuve, une série de trois émissions télévisées, baptisée "Alex Hugo", diffusée au mois de septembre 2015 sur la chaîne publique France 2, média de haute qualité et fiabilité, puisque financé par nos impôts et ne dépendant pas d'industriels milliardaires de la téléphonie, du luxe ou de l'armement en mal de lobbying et de prêts bancaires.

Trois semaines d'affilée, durant 90 minutes, le téléspectateur a pu suivre le difficile travail des policiers ruraux au coeur des villages d'altitude des Hautes-Alpes.

Contrairement aux gardes champêtres de mon enfance, ces protecteurs montagnards de la loi consacrent l'essentiel de leur temps, non pas à la lutte contre le maraudage et le braconnage, mais à empêcher de nuire les auteurs d'homicides alpestres.
En une vingtaine de jours, pas moins de dix meurtres, ainsi que quelques coups et blessures notables, ont été, grâce à la redevance audiovisuelle, retransmis sur les écrans de France 2.

Pourtant, le charmant département des Hautes Alpes ne compte que 140 000 habitants, dont 60 000 dans l'agglomération de Gap.
10 assassinats en 3 semaines au sein d'une population de 80 000 personnes conduisent à l'exorbitant taux annuel d'un homicide pour 500 habitants.
Le record mondial du Honduras et le ruban bleu français de la Guyane avec, par année, respectivement, un zigouillage pour 1 200 et 7 000 têtes de pipe sont très largement enfoncés.

Comme le chantait le regretté Jean Ferrat, la montagne est belle mais peut s'avérer, à en croire mon téléviseur, très meurtrière !
Aussi, je m'étonne que le conseil départemental des Hautes Alpes ait contribué au financement de cette série mettant en valeur l'insécurité régnant dans un territoire à vocation touristique.

Samuel Le Bihan, héros éponyme de la série TV policière Alex Hugo
Homicido-alpestrement votre

Références et compléments
- Pour une vision numériquement plus posée sur les meurtres et assassinats, se reporter au billet "les nombres qui tuent - chronique statistique des homicides".

- Je profite de cette chronique pour saluer Franck des Hautes Alpes qui se reconnaîtra.

- Article Wikipedia sur la série télévisée Alex Hugo

mardi 22 septembre 2015

​Plaidoyer d'un chauffard en faveur de Volkswagen

​Tel un bachelier pris en flagrant délit de stockage d'anti-sèches dans ses sous-vêtements, le constructeur de voitures populaires "Volkswagen" vient de se faire pincer à traficoter les mesures de pollution.
Depuis la révélation de ce passe-passe normatif, partout dans le monde, médias, politiques et citoyens crient haro sur le baudet teuton, ami des coccinelles.



Des poursuites judiciaires viennent d'être diligentées par le Département de la Justice du gouvernement américain.
Pourtant, il n'y a pas si longtemps, ce même gouvernement n'a pas hésité à affirmer, urbi et orbi, que le regretté Sadam Hussein possédait un puissant arsenal chimique et bactériologique.

En France, Ségolène Royal, ci-devant ministre de la verdure, est apparue outrée et a exigé, sans délai, une enquête approfondie.
Pourtant, il n'y a pas si longtemps, cette pasionaria du carbone, n'a pas hésité, avec sa consœur Martine Aubry, à bidouiller le scrutin interne du Parti Socialiste qu'elle souhaitait diriger.

Les médias de toute nature publient moult analyses et prises de positions indignées, appelant à l'exemplarité des entreprises.
Pourtant, encore actuellement, l'essentiel de la presse en ligne n'hésite pas à recourir à différents stratagèmes, dont l'achat de clics, pour gonfler artificiellement son audience et ainsi doper les tarifs publicitaires.

Dans les conversations et sur les réseaux sociaux, Volkswagen est devenu synonyme de tricheur.
Pourtant, encore tout à l'heure, sur la rocade de Grenoble, nous étions nombreux à ralentir devant l'unique radar automatique et à réaccélérer au delà de la limite autorisée une fois ce dispositif derrière-nous.
En effet - comme, parait-il, un haut dirigeant de Volkswagen l'aurait affirmé sous serment - consommation de carburant, pollution, bruit et, surtout, risques d'accidents graves n'augmentent pas du tout avec la vitesse.

VWiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Ich bin Volkswagen"

vendredi 13 mars 2015

My tailor writes a mail - Anglais international tous terrains

L'anglais est la lingua franca du business et du travail.

Malheureusement, converser et écrire, en milieu professionnel, dans la langue de Bill Gates ou de Lakshmi Mittal, est souvent, pour les francophones, un pénible parcours d'obstacles.

Notre bagage scolaire, pourtant péniblement acquis, résiste mal à la réalité de la globalisation.
Il est rare, au boulot, d'échanger avec un présentateur de la BBC.
Fréquemment, nous devons interagir avec des personnes dont l'accent, le vocabulaire et la grammaire, à l'instar des nôtres mais différemment, feraient perdre son flegme à Sa Très Gracieuse Majesté britannique.
Je vous propose de retrouver sur mon site kelibia.eu quelques astuces, expérimentées "on the field" par votre serviteur, pour mieux négocier les haies anglophones les plus hautes.

Ces petits dopants linguistiques hérisseront les défenseurs de la pureté du parler d'Oxford, mais permettent d'éviter de grosses bévues en contexte international.

Lien

dimanche 7 septembre 2014

Lettre à mes amis tunisiens tentés de voter Ennadha

Chères amies, chers amis.

Je me permet - j'espère que vous l'accepterez - de vous appeler amis car, depuis le début des années 1980, je fréquente assidûment votre attachant pays.
Chez vous, j'ai vécu des moments très intenses, des joies, mais aussi des peines.
J'ai, au fil du temps, tissé un vaste réseau de relations familiales, amicales, sociales que j'ai plaisir à rencontrer et étoffer. Vous êtes nombreux à faire partie de ces cercles.

Vous êtes profondément croyants et vous adhérez à une vision stricte de votre religion que vous pratiquez de manière rigoureuse.

Ce choix - qui ne correspond pas à mes façons d'être et de penser, je ne l'ai jamais caché et l'ai plusieurs fois évoqué sur ce blog - est le votre et, en tant que tel, je le respecte.
Je ne suis en aucune façon fondé à vous suggérer ce que vous devez croire et faire.

Vous avez la chance de vivre dans un pays où le respect vis-à-vis de l'Islam est élevé.
De surcroît, depuis la révolution, aucun obstacle ne s'oppose plus à votre pratique.

La Tunisie va, en octobre prochain, être appelée aux urnes. Votre inclination naturelle est probablement de voter pour Ennadha, le parti islamiste.
Avant que votre choix devienne définitif, je vous invite à l'examiner sous deux angles.

Qui pour relancer l’économie tunisienne ? Comment ?

Tout d'abord, votre pays se débat dans de graves difficultés sociales et économiques qui ont, d'ailleurs, été à l'origine de la révolution de janvier 2011.

La Tunisie, comme le monde alentour, subit de plein fouet les très violentes mutations de la troisième révolution industrielle.
L'économie, longtemps statique, est devenue furieusement dynamique. L'autarcie et la focalisation sur l'agriculture ne sont plus des options.
4 emplois sur 10 en Tunisie proviennent directement ou indirectement des échanges avec l'étranger. La majorité des tunisiens est désormais urbaine.

Les consommateurs, que nous sommes tous, et les changements technologiques créent un jeu difficile à maîtriser.
Pour petite preuve, je suis presque certain que vous possédez de l'électroménager asiatique ainsi qu'un smartphone, que vous surfez régulièrement sur le web ou les réseaux sociaux et aussi que plusieurs membres de votre famille travaillent dans l'informatique ou dans des sociétés exportatrices.
Google, Haier, LG, Samsung et les usines chinoises n'ont que faire de la Tunisie et ne vont pas patienter le temps que les turbulences post-révolutionnaires s'estompent.

Le symptôme le plus flagrant de ces changements est le chômage stratosphérique des jeunes diplômés. Alors que peu de temps en arrière, les étudiants post-bac avaient une vie professionnelle et, même, un statut quasiment garantis.

Les gouvernements d'Hamadi Jebali puis d'Ali Larayedh, deux leaders d'Ennadha, ont malheureusement échoué dans ce domaine.
Sous leur houlette, le chômage n'a pas diminué, les prix ont grimpé, la croissance a stagné et le déficit public a été multiplié par 7.
Désormais, lorsque l'état tunisien récupère 4 dinars en impôts, taxes et cotisations, il en dépense 5 !
Chaque mois, 30 nouveaux dinars de dettes - c'est à dire d'emprunts avec intérêts - sont gagés sur la tête de chaque tunisien, du bébé au vieillard.
La Tunisie va mettre beaucoup de temps à sortir de ce piège à retardement.

Êtes-vous certains que cette approche budgétaire laxiste soit durablement soutenable ?
Compte tenu de sa récente contre-performance, Ennadha est-il le parti le mieux placé pour guider la barque tunisienne sur les flots houleux de l'économie mondiale ?
A-t-il fait des annonces novatrices dans ce domaine ?
Un nouvel échec économique et social ne serait-il pas la meilleure contre-publicité à l'encontre de vos idées ?

Comment mieux promouvoir votre pratique religieuse ?

Ensuite, je comprends que vos convictions spirituelles vous poussent à vouloir rallier le plus grand nombre à votre foi et vos pratiques.
Cela n'est point choquant. Depuis que le monde est monde, les religions ont toujours voulu accroître les effectifs de leur fidèles.

Toutefois, quelle est la meilleure façon de convaincre et de rassembler ?

Si, demain, beaucoup plus de prescriptions religieuses devenaient légalement obligatoires en Tunisie, extérieurement le pays serait plus conforme à vos vœux.
Mais cette belle façade ne serait qu'un trompe-l'œil.

Personnellement, je me conformerais, en apparence, aux nouvelles normes mais mon cerveau et, plus encore, mon cœur, seraient en rébellion permanente. Je pratiquerais ce que les anglophones appellent le service des lèvres.

Pire, si l'atmosphère devenait trop pesante et les contraintes trop fortes, je pourrais - et je ne serais sûrement pas seul dans ce cas - ne plus venir en Tunisie, la mort dans l’âme et quoi qu'il m'en coûte.
De même, les départs vers l'étranger de tunisiens ne partageant pas vos façons d’être devraient aussi augmenter.

Il n'y a pas de précédent historique où imposer les signes extérieurs d’une foi ait durablement consolidé croyances et pratiques religieuses.

La sinistre inquisition catholique en Europe, malgré plusieurs siècles de contraintes barbares, n'a pas réussi à éradiquer le judaïsme et l'Islam, ni même à contenir la sorcellerie ou les pratiques sexuelles jugées déviantes.

Dernier exemple en date, en Iran, après 35 ans de pouvoir islamiste, beaucoup bravent clandestinement les interdits.
À en croire témoins et reportages, malgré une répression sanglante, protégés par un épais nuage de corruption, alcool, drogues et sexe débridé sont devenus du dernier chic.

Transgresser un interdit imposé est terriblement attractif, surtout pour la jeunesse.
Paradoxalement, malgré une apparence irréprochable, les mollahs de Téhéran ont obtenu, en une grosse génération, les mœurs inverses de ce qu'ils souhaitaient.
Depuis toujours, les prohibitions en tous genres n'ont eu pour seul effet que de permettre aux mafias de prospérer en fournissant en sous-main les biens ou services défendus à prix d’or.
On n'a jamais autant bu aux USA que durant les années 1920 où l'alcool était pourtant strictement interdit, mais abondamment fourni illégalement par Al Capone et consorts.

Souhaitez-vous vraiment favoriser les croyances de façade ? Les mœurs que vous reprouvez ? La corruption et la criminalité ?
En matière de morale et de religion, exemplarité et dialogue ne sont-ils pas plus efficaces que les règlements et la contrainte ?

Le sort de la Tunisie dépend de votre bulletin de vote

Chers amies et amis de plus de 30 ans, l'avenir de notre Tunisie - la votre surtout, mais aussi un tout petit peu la mienne - est, le 26 octobre prochain, au sens strict, entre vos mains.
Vous souhaitez, autant que moi, le meilleur pour votre patrie, je n'ai aucun doute à ce sujet.

Ce pays possède beaucoup d'atouts que quelques coups de pouce pourraient aisément mettre en avant.
Aussi, humblement, je vous demande, avant d'arrêter votre choix, de vous questionner au sujet des deux thèmes abordés dans ce billet.

Êtes-vous certains, en votre âme et conscience, d'agir, à moyen terme, en faveur de vos convictions et aussi des intérêts de la Tunisie et de tous les tunisiens ?

Tahia Tounes

Tunisiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique “Tout savoir (ou presque) sur l'économie chancelante de la Tunisie”.
- Le site d'actualité Rue 89 consacre de nombreux articles originaux au sujet de l'Iran réel.

dimanche 15 juin 2014

Notre système politique date des diligences

La démocratie parlementaire représentative qui, au fil de l’histoire, s'est imposée en Europe, en Amérique du Nord et dans bon nombre d’autres pays est désormais à bout de souffle. La montée généralisée des populismes en est le symptôme le plus flagrant.

Ce système, après de longues prémisses en Islande et surtout en Angleterre, s'est généralisé au XVIIIème siècle à partir de la Suède, des tous neufs États-Unis et de la France.
Sa forme actuelle a émergé grosso modo entre 1720 et 1800. Le XIXème siècle a raffiné et stabilisé les modes de fonctionnement qui n’ont plus guère évolué par la suite.

Beaucoup d'états, à l’instar de la France, ont connu plusieurs constitutions successives.
Toutefois, ces différentes moutures ont toujours conservé l'architecture générale du parlementarisme, se contentant de modifier à la marge les modes de scrutin et la répartition exacte des pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires.

Vers 1780, lors de la naissance des régimes parlementaires, l’Europe était encore très proche du Moyen-Âge.

L'économie, essentiellement agricole, reposait sur les grands propriétaires fonciers et les corporations.
Le capitalisme moderne restait encore balbutiant et la Révolution Industrielle n'avait véritablement commencé qu’en Grande-Bretagne.

Les médias se limitaient aux gazettes et aux livres, à la diffusion lente et coûteuse.
En France, ils ne pouvaient toucher que 4 hommes et 2 femmes sur 10. Le reste de la population ne savait ni lire, ni écrire.
Moins d'un homme sur 100 accédait à ce que nous nommons aujourd'hui l'éducation supérieure.

Le cheval et la diligence étaient les seuls moyens de transport sur longue distance. Lyon et Marseille se situaient alors respectivement à 5 et 9 jours de Paris. Les communications étaient limitées à la malle-poste qui utilisait les même moyens d’acheminement.

La France comptait alors entre 20 et 25 millions d’habitants, dont plus de 4 sur 5 vivaient à la campagne. Désormais, 5 français sur 6 habitent en zone urbaine.
L'espérance de vie à la naissance oscillait entre 30 et 40 ans, contre presque 85 maintenant.

Dans les familles, épouse et enfants se soumettaient à l’autorité du chef de famille qui décidait de la vie de tous ceux qui logeaient sous son toit.
Domesticité ainsi que fermages et métayages aux conditions très dures mettaient plus des deux tiers des français en situation de sujétion et de dépendance.
Si la Révolution Française a beaucoup fait évoluer le droit dans ces domaines, elle n'a que peu changé la réalité quotidienne. Ce n'est qu’au XXème siècle que le salariat et le travail industriel sont devenus majoritaires.

Dans les années 1800, la réunion d’assemblées parlementaires en sessions régulières et leurs mécanismes d'élection, d'élaboration des textes législatifs, de décision et de censure représentaient une vraie modernité bien adaptée à la société et au rythme d'alors.
Ils mirent fin, avec beaucoup de cahots et de chaos, à l'absolutisme féodal et permirent aux libertés et aux protections sociales de se développer.

Aujourd'hui, nous évoluons dans un univers très différent, en mutation constante, marqué par l’explosion urbaine, l'universalité du capitalisme, l'abolition des distances, l'accélération du temps, l'abondance de l’information et la montée de l’individu.
L'ADN du parlementarisme traditionnel ne recèle que peu de maillons aptes à relever ces défis.

Une mise à jour en profondeur du code génétique de nos institutions s'avère indispensable.
Je souhaite de tout cœur que la génération des “digital natives” ne se limite pas à mettre notre société cul par dessus tête mais en profite aussi pour inventer, dare-dare, de nouvelles organisations politiques adaptées à notre temps. Nous en avons un urgent besoin.

Démofuturiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
. Une voiture est-elle moins chère qu'un cheval sous Louis XV ?
La nourriture est-elle moins chère que sous Louis XV ?
Généalogie de la croissance. Quand l'histoire familiale raconte l'économie et la démographie
Quelles sont les professions menacées par la troisième révolution industrielle ?
Quelles sont les racines de l'extrême-droite populiste ? Comment la faire reculer ?

lundi 31 mars 2014

Lettre ouverte à Barack Obama sur le rattachement de la Crimée de l'Isère aux USA

Très cher Barack Obama

Vous l'ignorez probablement mais dans la banlieue nord-est de Grenoble, la petite commune de Montbonnot Saint Martin pratique une anglophonie et une américanophilie du meilleur aloi.
À l'instar des citoyens de Crimée qui se sont auto-rattachés à leur mère-patrie russe avec l'assistance musclée et bienveillante de Vladimir Poutine, les bonimontains aimeraient rallier vos glorieux États-Unis d'Amérique et devenir leur quatorzième territoire non incorporé.

Je vous propose de découvrir en images cette étonnante enclave.
À peine franchi le chemin des Chartreux qui marque la limite avec Meylan, les langues latines chères à Saint Bruno s'effacent pour laisser place à l'idiome d'Alan Turing et de John Von Neuman.

 

  
   
  

Afin de répondre à l'appel pressant de la majorité anglophone de Montbonnot cernée de toute part par d'agressifs et minoritaires francophones, je vous suggère de parachuter quelques GIs pour prendre possession de la base militaire française située au cœur de l'enclave.
Vos soldats ne devraient guère rencontrer d'opposition. À part un feu d'artifice annuel, les troupes qui occupent Montbonnot ne font guère montre d'esprit belliqueux.


Vos régiments devraient être accueillis en libérateurs par une très forte majorité de bonimontains. Néanmoins, vos hommes devront rester attentifs à ne pas succomber aux provocations de rares éléments asociaux très minoritaires.
Quelques crypto-basques risquent de faire de la résistance passive et les fameux Tatars de Saint Martin pourraient bien hisser encore plus haut leur vert étendard. Dès que votre autorité sera clairement établie sur Montbonnot, ces trublions rentreront dans le rang ou s'exileront à Meylan et Grenoble.


Afin de limiter les risques de réactions diplomatiques défavorables, les chancelleries raffolant du poisson, je vous suggère d'intervenir dès demain 1er avril.
Pour faire bonne mesure, un référendum le week-end de Pâques démontrerait la ferveur populaire vis à vis de l'Amérique et entérinerait définitivement la situation.

Je sais pouvoir compter sur votre détermination ainsi que sur votre sens des responsabilités et espère vous saluer très bientôt sur l'ex-avenue de l'Europe, rebaptisée USA avenue, lors de votre triomphal défilé marquant la fusion de la Crimée du Dauphiné avec le pays de Georges Washington.

Annexiquement votre

Références et compléments
- Billet spécialement dédié à Jean de Bayonne et de Montbonnot réunis.
- Les photos (non retouchées) ont toutes été réalisées par l'auteur samedi 29 mars 2014 dans la zone d'activités "Inovallée" de Montbonnot Saint Martin.
- Dans la même veine, voir aussi mon reportage photo aux confins de l'Union Européenne.
- Le drapeau de l'Arabie Saoudite n'est qu'à quelques encablures de ce prytanesque pensionnat militaire.

samedi 15 mars 2014

Un désagréable fumet de XIXème siècle

À la fin des années 1700, la Grande Bretagne, les USA, la Corse et la France inventèrent, sous l'influence du mouvement dit des Lumières, la démocratie représentative et libérale moderne.

Cette incontestable avancée a presque aussitôt été accompagnée de son coté obscur, le nationalisme.
À peine l'encre du Congrès de Vienne eut-elle fini de sécher que, partout en Europe, des peuples se sont soulevés pour obtenir une nation bien à eux, le plus souvent au détriment d'autres ethnies et religions que les systèmes féodaux avaient négligemment entrelacées.
Au XXème siècle, la décolonisation, à son tour, a propagé les fièvres nationales à l'ensemble du globe.

Cette face détestable de nos systèmes politiques modernes est responsable, depuis deux siècles, d'innombrables massacres et contre-massacres. Écrasement du printemps des peuples de 1848, guerres balkaniques et les deux conflits mondiaux ne sont, hélas, que les plus saillants.

L'expansion du communisme et la guerre froide entre USA et URSS a, un temps, gelé les passions nationales.
L'écroulement du mur de Berlin en 1989 a sifflé le début de la seconde mi-temps.
Ex-Yougoslavie, ex-Tchécoslovaquie, Flandres, Écosse, Catalogne, Pays Basque, Irlande, Italie du Nord ... Rien qu'en Europe, la liste est longue des territoires où les velléités indépendantistes ou régionalistes ont (re)surgi.
Même dans les démocraties les plus établies, France en tête, des mouvements populistes et xénophobes occupent durablement le paysage politique avec des accents qui rappellent Déroulède, voire Mussolini.

Dernier épisode en date, l'Ukraine où deux légitimités historiques et linguistiques s'affrontent sans recherche de compromis.
Le pouvoir provisoire issu de la révolution de la place Maidan, au mépris de sa profession de foi européenne, s'est empressé, à peine en place, de bloquer l'usage du russe comme langue officielle.
Dans le même temps, le pouvoir et l'armée de Poutine préparent tranquillement l'annexion de la Crimée majoritairement russophone.
Le référendum prévu ce week-end par les autorités fantoches de Simferopol n'est pas sans rappeler celui qui permit à la France de Napoléon III d'annexer impunément en 1860 la Savoie et Nice. Le score d'approbation dépassa 99% et, dans plusieurs localités, les votants excédèrent les inscrits.

Le plus choquant dans la résurgence des nationalismes est que 2014 n'est ni 1848, ni 1922. Le monde actuel est beaucoup plus instruit, petit et interconnecté que naguère.
Partout, les niveaux d'enseignement n'ont jamais été aussi élevés et massifs.
Hommes et marchandises peuvent rejoindre n'importe quel point de la planète en moins de deux jours à des coûts de plus en plus abordables.
Télécommunications et informatique, à tout instant, nous relient les uns aux autres et donnent un accès immédiat à des océans de connaissance.
Comme le dit Michel Serres, le lointain a disparu, nous n'avons plus que des prochains.

Dans un tel contexte, combien de temps allons-nous encore tolérer que l'anachronique tentation de Verdun hante les esprits de nombreux dirigeants ou militants et que des personnes se sacrifient pour défendre quelques arpents du territoire soit-disant sacré d'une amère patrie ?

Il est grand temps que nos démocraties passent à l'age adulte et se débarrassent de leurs sombres oripeaux.
La nationalité est un concept éculé et délétère que la citoyenneté devrait remplacer. L'usage des fanions patriotiques n'a de sens que lors des manifestations folkloriques appelées rencontres sportives.

Fort heureusement, les mutations en cours ont, bon an mal an, de bonnes chances de nous aider à franchir rapidement ce cap nécessaire.
Par exemple, la belle initiative numérique "Israël loves Iran" de Ronny Edry démontre que les colombes peuvent maintenant court-circuiter les faucons (et aussi les vrais).

Mondialo-numérico-métissiquement votre

Références et compléments
- Le site histoirepostale.net relate la montée et les déchirements des nationalismes européens au XIXème siècle. Les pages consacrées à Nice et à la Savoie rappellent l'annexion française de 1860 au cours du Risorgimento italien.
- La conférence "l'innovation et le numérique" donnée par Michel Serres à la Sorbonne en 2013.
- La vidéo publiée par TED de Ronny Edry qui proclame "Israël loves Iran".
  

jeudi 22 août 2013

La Tunisie victime collatérale d'un complot international

La révolution tunisienne et les printemps arabes n'auraient de révolutionnaires que le nom.
Les événements qui se succèdent en Tunisie, Égypte, Libye et Syrie depuis fin 2010 ne seraient pas le fruit des actions des populations, politiques, syndicats, militaires et policiers locaux mais l'aboutissement d'un vaste complot international aux ramifications insoupçonnées.
J'ai profité de mon séjour au pays du jasmin pour enquêter sur le volet tunisien de ces aspects méconnus de l'histoire récente. Voici, en exclusivité, le résultat de mes recherches sur le terrain.

Tout commence avec Israël.
L'entité sioniste et son lobby militaire, ulcérés de ne plus avoir en face d'eux d'adversaires dignes de ce nom, ont œuvré pour remplacer des dictateurs arabes mous et complaisants à leur égard par des gouvernements énergiques décidés à en découdre.

Pour ce faire, le Mossad prit contact avec la CIA qui s'en ouvrit au président américain.
Ce dernier ordonna à ses diplomates de prendre langue avec les partis islamistes de tout poil afin de les sortir de la torpeur mystique où ils se complaisaient.

Dans le même temps, la CIA instrumentalisa Bradley Manning et Julian Assange afin qu'ils fassent connaître urbi et orbi via Wikileaks tout le mal que l'oncle Sam pensait de Ben Ali et Mubarak.
D'ailleurs, les ennuis judiciaires et diplomatiques récurrents de ces deux maîtres manipulateurs (maîtresses manipulatrices ?) ne servent qu'à donner le change afin que leurs couvertures ne soient pas éventées.

Un peu plus tard, la CIA impliqua aussi le MI6 britannique dans cette aventure.
De concert, ces deux services choisirent d'utiliser leurs confrères belges, profitant que ces derniers étaient livrés à eux-mêmes en l'absence de gouvernement à Bruxelles.
Les sbires d'Albert II réveillèrent, pour fomenter des troubles, un réseau dormant, implanté de longue date au cœur de la Tunisie profonde, constitué de binationaux belgo-tunisiens et de supporters du Standard de Liège.
L'anecdote est peu connue mais, avant de s'immoler, Mohammed Bouazizi a entonné une dernière fois la Brabançonne pour se donner du courage.

La DGSE française, prise de court par ses homologues d'Outre-Quiévrain et sommée par Michèle Alliot-Marie de reprendre la main, téléphona à des généraux tunisiens approchés lors de leurs études militaires à Saint Cyr.
Il fut convenu avec eux d'expédier Ben Ali au Qatar, histoire d'encombrer un peu l'encombrant émir gazier et télévisuel.
Malheureusement, les pompistes de Carthage, téléguidés par le FSB russe, ne ravitaillèrent pas suffisamment l'avion qui dût, faute de carburant, se poser en Arabie Saoudite.

Furieux de la blague franco-belge dont il avait failli être victime, le monarque qatari choisit de promouvoir à grands coups de pétrodollars les islamistes d'Ennadha, pensant ainsi ennuyer USA et Israël.
Bizarrement, aucune cassette vidéo n'avait indiqué à Al Jazeera l'origine américaine-sioniste de la manœuvre. Le pétulant émir s'est, en quelque sorte, auto-intoxiqué avec sa propre télévision.

Les saoudiens, déçus par le paquet cadeau qu'ils avaient reçu et soucieux de ne pas laisser le Qatar tenir la corde, mirent en branle leurs confréries salafisto-wahhabites qui s'empressèrent d'apporter une contribution significative à l'accroissement exponentiel du bordel ambiant.

Pendant ce temps, en France, à l'insu du gouvernement, au cœur des plusieurs maisons de retraite, des vieillards pieds-noirs, nostalgiques du protectorat, s'activèrent pour remettre en selle un inconnu cacochyme, Beji Caïd Essebsi, avec les frères cadets duquel ils avaient été à l'école primaire.

Profitant de la confusion générale, des renégats du MI6, soutiens secrets de la cause indépendantiste écossaise, tirèrent moult ficelles occultes pour faire accéder à la présidence de la république le plus fervent amateur de whisky pur malt de la diaspora tunisienne.
Pour réussir cette audacieuse manœuvre, il reçurent le soutien sans faille de l'UFAB (Union des Fabricants Artisanaux de Burnous), de l'ASPL (Association de Sauvegarde du Patrimoine Lunetier) et du STPPC (Syndicat Tunisien des Producteurs de Pois Chiches).

Les deux derniers épisodes en date sont les abdications surprise d'Albert II de Belgique et de Hamad ben Khalifa al-Thani l'émir du Qatar, ces deux hommes qui, au sens presque strict, ont allumé la mèche des révolutions arabes.
Ces sémillants monarques n'ont pas réussi à assumer leur part de responsabilité dans l'enlisement actuel.
Je leur conseille d'utiliser leur récente retraite pour se rendre en Tunisie profiter des plages et surtout des prochaines péripéties du complot israélo-américano-belgo-franco-russo-qataro-saoudo-écossais au poétique nom de code de "révolution du jasmin".

Clandestinement votre

Références et compléments
- J'adresse ma profonde gratitude à mes nombreux et documentés informateurs tunisiens qui, sous le couvert d'un anonymat garantissant leur sécurité, ont fait preuve de courage et de civisme en me confiant les informations secrètes retranscrites dans cette chronique. Ils se reconnaîtront.
- Mes remerciements aussi au twittonaute @Lakbe_etc qui m'a fourni des informations de première main sur Hamad ben Khalifa al-Thani.

samedi 17 août 2013

Les tunisiens seraient-ils des américains ?

L'un des plus saisissants mystères anthropologiques est le désamour que beaucoup de tunisiens nourrissent à l'égard des États-Unis et des américains.
Pourtant la patrie d'Habib Bourguiba est culturellement et sociétalement beaucoup plus proche du pays de Georges Washington que de celui de Charles de Gaulle.
Jugez sur pièces.

Tout d'abord, depuis début 2011, les tunisiens, à l'instar des états-uniens, arborent leur drapeau et chantent leur hymne national à tout bout de champ.
La terre de Brassens n'admet ces démonstrations patriotiques qu'en cas de victoire à la coupe du monde de football, grosso modo une fois par siècle.

Les habitants de l'antique Carthage sont, comme ceux d'outre-Atlantique, des fervents du libéralisme économique.
La preuve, le marchand ambulant Mohamed Bouazizi, icône tragique de la révolution de Tunisie, était un défenseur de la libre initiative économique, injustement entravé dans son envie d'entreprendre par une représentante de l'arbitraire étatique.
Depuis le 14 janvier, des myriades d'entrepeneurs bouaziziens ont envahi les trottoirs tunisiens et même les bas-côtés des autoroutes.
À l'issue des élections d'octobre 2011, le libéralisme viscéral des tunisiens a littéralement pris son envol. Le gouvernement islamico-hétéroclite a réussi brillamment à mettre l'état en panne, alors que la population, par son auto-organisation, empêche coûte que coûte le PIB de décliner.
Nul besoin, comme en France, de faire intervenir les rouages colbertistes d'un ministère des finances ou de l'industrie pour venir à la rescousse de l'économie.

Autre point commun entre l'Oncle Sam et Ibn Khaldoun, les politiciens des deux nations partagent la même absence criante de compétences et la même méconnaissance de l'environnement international.
François Hollande, fort de son bac avec mention et de ses multi-diplômes de HEC et de l'ENA, a bien fait de se présenter aux élections à Tulle, car à Oklahoma City ou à Béja ses chances étaient nulles.

La religion rapproche aussi la Tunisie et les USA.
Dans ces deux pays, la pratique est majoritaire et visible, signe d'une foi profonde et partagée par le plus grand nombre.
À l'inverse, en France, patrie de la laïcité, deux tiers de la population déclare ne pas être croyante et moins d'un français sur vingt participe régulièrement à des rites religieux.
Comment, dans ces conditions, imaginer voir à Paris, contrairement à Tunis et San Francisco, les pare-brises des taxis arborer la mention "Dieu est grand" ou les billets de banque rappeler "qu'en Dieu nous croyons" ?

Trois éléments anecdotiques révèlent, encore plus, la profonde communion intellectuelle reliant les habitants du Cap Bon ou du Sahel à ceux du Texas ou de Californie.

La boisson préférée du pays du jasmin est le gazouze, c'est à dire le soda en canette à teneur minimale en sucre garantie dont raffolent les américains. Les meilleures ventes sont réalisées par les marques originaires d'Atlanta Coca-Cola et Fanta.

Depuis une sacrée lurette, l'automobiliste tunisien a abandonné l'ancestrale Peugeot 404 bâchée, dernier relent de la présence coloniale française, au profit de pickup trucks, emblèmes des red necks. Chaque année, la taille de ces gouffres à essence et de leurs pneus s'accroît. Les plus récents ne seraient pas ridicules dans les rues de Nashville ou de Baton Rouge.

Enfin, malgré les nombreux italiens présents durant le protectorat et la proximité de la Sicile, la Tunisie, au rayon café, a préféré délaisser le succulent expresso au profit d'un breuvage noirâtre et insipide que ne désavouerait pas un new-yorkais.

Pour conclure, je tiens à rassurer le lecteur que cette chronique aurait angoissé.
La Tunisie n'est pas encore complètement devenue le cinquante-deuxième état fédéré américain.
Pour résorber votre angoisse, il vous suffit de traverser Kelibia à pied, en voiture, ou mieux en mobylette. Vous constaterez alors deux ou trois menues différences de comportement routier par rapport à Memphis, Tennessee.

Tuniso-americainement votre

Références et compléments
- Au delà de la caricature ci-dessus, il existe, depuis le dix-neuvième siècle, d'authentiques libéraux en Tunisie, cherchant à réaliser une synthèse entre pensées arabo-musulmanes et occidentales, sur les plans politiques et économiques.
Pour aller plus loin et découvrir un courant original, peu connu et revigorant en cette période grisâtre que traverse la Tunisie, je recommande la visite du site de l'Institut Kheireddine et du compte Twitter d'Habib M. Sayah @Habsolutelyfree, son principal animateur.

samedi 15 septembre 2012

Plaidoyer pour la Tunisie de toujours

La Tunisie de toujours (image circulant sur le web)
J'ai le plaisir, oserais-je dire le privilège, de longuement fréquenter la Tunisie et, surtout, les tunisiens depuis une trentaine d'années. Au fil du temps, j'ai construit un attachement profond envers ce pays.

En janvier 2011, à distance, j'ai tour à tour tremblé, pleuré et exulté durant les journées révolutionnaires.
Toutefois, depuis quelques mois, j'enrage. Des pseudo-politiciens amateurs et des énergumènes dont l'inculture n'égale que la longueur des barbes et des scaphandres s'ingénient à pousser la Tunisie vers le bas.

Le dernier épisode en date est proprement consternant.
Hier, quelques centaines d'enragés, sous les yeux de forces de l'ordre passives et débordées voire complices, s'en sont pris à l'ambassade américaine de Tunis, au mépris d'usages séculaires.
Plusieurs morts et des dizaines de blessés sont à déplorer. Des véhicules ont été incendiés créant un spectaculaire panache de fumée noire dont les images ont fait le tour d'internet. L'école américaine située à proximité a été saccagée et pillée.

Ces émeutes ne sont pas mues une quelconque grande cause. Personne n'a attenté à l'intégrité de la Tunisie ou d'un autre pays arabe et aucun officiel dit "occidental" n'a fait de déclaration incendiaire. Ce déchaînement n'a rien à voir non plus avec le conflit persistant entre Israël et Palestine.
Les pillard poilus souhaitaient juste afficher leur réprobation vis-à-vis d'une vidéo exécrable et passée jusqu'alors inaperçue mettant en cause la religion islamique et ses fidèles.

Les radicaux islamophobes à l'origine du brulot cinématographique et les salafistes sont deux faces quasi-identiques de la même intolérance. Ils s'ingénient de concert à monter une escalade de provocations réciproques, soit disant pour promouvoir leur foi.
Pour reprendre le mot de la blogueuse tunisienne Fatma Arabicca, au lieu de croire que leur Dieu les protège, ces surexcités se croient obligés de protéger leur Dieu, par la force et la bêtise.

Il est difficile de déterminer si Ennadha, le parti politique islamique qui gouverne actuellement la Tunisie, est débordé ou bien se sert des barbus violents.
La première hypothèse suggère une inaptitude crasse. Alors que les protestations anti-américaines étaient prévisibles, ne pas réussir à protéger des bâtiments bien connus situés en terrain dégagé des assauts de quelques centaines de trublions aisément repérables dénote une incapacité à diriger une police et un état modernes.
La seconde possibilité est encore plus consternante. Elle sous-tend une volonté d'établir une nouvelle dictature avec des manœuvres dignes de Hitler et de ses sbires de la SA, au mépris des libertés mais aussi de l'économie de la Tunisie.
Ces deux hypothèses sont hélas compatibles, incompétence et inconséquence ne s'excluant pas.

Je forme le vœu que la grande majorité de tunisiens qui, je peux en témoigner, ne se reconnait pas dans la chienlit et les violences ambiantes, réussisse à trouver l'énergie du sursaut collectif et remette le pays sur les rails prometteurs que le 14 janvier 2011 laissait entrevoir.

J'invite aussi tous mes amis européens à ne surtout pas considérer ces tristes évènements comme représentatifs du peuple tunisien.
Que les salafistes l'admettent ou pas, l'histoire et la géographie ont fait de la Tunisie un pays aux multiples facettes et aux relations très diverses. Un seul exemple : les noms de famille à Kelibia montrent que la population du Cap Bon est venue de tout le pourtour méditerranéen dans le sillage des beys ottomans.
Ce melting pot, ou plutôt cette chickchouka, a créé une vraie tradition d'hospitalité, de bienveillance et de vivre-ensemble à laquelle la Tunisie doit une partie de son charme.
Cette Tunisie de toujours, plus exactement ces tunisiens et tunisiennes de toujours, n'ont pas changé même quand les volutes opaques des pneus enflammés empêchent de les voir.
L'élan de sympathie que la révolution dite du jasmin a suscité en Europe ne doit pas se tarir. Continuer à échanger avec les tunisiens et persister à se rendre en Tunisie est la meilleure et la plus agréable résistance que nous pouvons opposer aux barbus Molotov.

Tunisiennement votre
La Tunisie de toujours chantée par Syrine Ben Moussa
Références et compléments
- Cette chronique a été reprise par le journal en ligne tunisien Direct Info
- Mes (trop ?) nombreuses autres chroniques sur la Tunisie
- Dans la même veine, Karim Guellaty a publié hier un remarquable billet "un film et pas beaucoup de possibilités".
- Un article fouillé de l'Institut Kheireddine (think tank libéral tunisien) met en évidence les liens entre les leaders salafistes au passé activiste et terroriste et le parti majoritaire Ennadha.
- Fil Twitter de la blogueuse tunisienne Fatma Arabicca