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jeudi 18 août 2016

Interdiction du burkini : haute police ou police du haut ?

​En France, conjoncture compliquée et soleil estival nous font collectivement perdre la tête.
Levons le voile sur le dernier épisode en date.

Années 1970 : le haut impérativement

L'été, lorsque j'étais gamin, sur le littoral de Charente Maritime, les CRS - plaisant acronyme désignant dans l'Hexagone la police anti-émeutes - chargés de sécuriser la baignade délaissaient leur surveillance pour faire la chasse aux rares estivantes qui bronzaient discrètement seins nus.

Au grand dam du pré-adolescent que j'étais, les flics en slip obligeaient les naïades à ragrafer leur soutien-gorge et les menaçaient d'une amende en cas de réapparition inopinée de leurs nichons.

Quelques saisons plus tard, ce conflit des hauts se dénouait et les tétons féminins gagnaient droit de cité sur les plages françaises.

2016 : le haut impérativement pas trop haut

Autres temps, autres mœurs, dans plusieurs communes, les pandores balnéaires doivent désormais s'assurer que les femmes ne sont pas trop vêtues sur le rivage et sanctionner les contrevenantes.

Des arrêtés municipaux ont été pris pour obliger les voiles à être exclusivement sur l'eau et en aucun cas sur le sable.
Le haut doit être bas et - comme on dit à Rio de Janeiro - sans bas.

Bien que le président en exercice de la république française vienne de Tulle, les tissus éponymes ainsi que mousselines et Lycra™ sont interdits de corps féminins aux abords de la Croisette.
Celles qui, pour complaire à leur Très Haut, arborent un haut vraiment très haut sont priées d'aller barboter ailleurs.
Plutôt des meufs à poil qu'à voile !

De hautes interrogations

Ce récent allongement des textes réglementaires pour raccourcir les maillots soulève moult questions dont je suis bien en peine de vous dévoiler les réponses.
  • Une tolérance existe-t-elle pour les jours où le ciel est voilé ?
  • Quelles différences entre robe de bure et bure-kini ?
  • Les hommes ont-ils le droit de venir à la plage couverts des pieds à la tête ?
    Y compris les gauchers moustachus ?
  • Moniales catholiques, bonzes bouddhistes et soudeuses à l'arc peuvent-ils profiter de la mer en tenue de travail ?
  • Le port par les françaises du passe-montagne et du cache-col est-il autorisé sur le littoral ou bien est-il limité aux Alpes et aux Pyrénées ?
  • Les très recouvrantes et très sombres combinaisons de plongée en néoprène conservent-elles leur caractère légal au pays du Commandant Cousteau ?
    Même pour les scaphandrières ?
  • Est-ce possible de parcourir les rues de Cannes sur une bicyclette aux roues voilées ?
  • Les rumeurs selon lesquelles le syndicat des dermatologues, en manque de mélanomes, aurait soudoyé plusieurs mairies sont-elles fondées ?
  • Comment le gouvernement français va-t-il traiter la protestation officielle de son homologue américain ?
    En effet, la firme Invista - anciennement Dupont de Nemours - se dit victime de barrières non tarifaires à l'encontre du Lycra™ sa fibre vedette, le bure-kini en requérant nettement plus que le monokini.
  • Les tuberculeux avec un voile au poumon ont-ils le droit de se soigner par balnéothérapie ?
  • Le costume et le soutien-gorge croisés seraient-ils seuls de mise sur la Croisette ?
  • Est-il exact que les manuels scolaires de français vont comporter une version remaniée du Tartuffe de Molière "montrez ce sein que je ne saurais ne pas voir" ?

La France n'est pas seulement le pays de Voltaire, c'est aussi celui d'Alfred Jarry.

Mono-bure-kiniquement votre

Références et complément
Voir aussi d'autres chroniques et facéties sur la vêture intégrale des femmes à la croyance similaire.
- Rire du voile ?
- L’oppor-Tunis « je retourne mon voile » – Facétie tunisienne d’après Jacques Dutronc
Molière chez Ennadha : le malade islamistaginaire
- L'avenir est à la séparation des sexes
- Le Commandant Cousteau honoré par Moncef Marzouki
- Omniprésence du voile

Télécharger gratuitement en version électronique le Traité de la Tolérance de Voltaire.

Pour les lecteurs, notamment ceux résidant hors de l'Hexagone, qui auraient manqué le débordement de passions en France au sujet du burkini, l'article du journal Les Echos "comment la polémique sur les burkinis a-t-elle enflé ?" fournit un résumé du meilleur aloi.
Le maire de Cannes a ouvert ce bal des faux-culs.

CRS signifie Compagnies Républicaines de Sécurité.

Site de la marque Lycra™ la fibre préférée des burkinis.

mercredi 21 août 2013

Un gaulois à la plage, un berbère sur le sable

Un gaulois ou un berbère du premier siècle de notre ère, qu'une machine à remonter le temps aurait parachuté cet été sur une de nos plages bondées, seraient pour le moins étonnés du tour pris par l'évolution de l'Humanité.
C'est, à coup sur, avec plus de questions que de réponses qu'ils retourneraient dans leurs villages d'origine.
Jugez sur pièces.

Pourquoi des personnes qui s'ingénient toute l'année à être occupées du matin au soir, subitement au cœur de l'été, semblent atteintes d'une maladie de langueur ?

Pourquoi, nos descendants qui, dès que le printemps survient, s'enferment dans des bâtiments où de l'air frais leur coule sur la tête, s'acharnent trois semaines par an à passer les heures les plus chaudes de la journée dehors en plein soleil ?

Pourquoi, 2000 ans après Vercingétorix, les hommes et les femmes semblent obsédés par leur lavage ?
Non seulement, ils passent de longs moments à patauger dans la mer, mais, à peine leur baignade finie, ils éprouvent le besoin de continuer avec une douche.

Pourquoi presque tous amènent sur la plage des toiles circulaires qu'il plantent dans le sol pour créer de l'ombre, alors qu'ils préfèrent s'allonger au soleil pour se faire rôtir ?

Pourquoi ces gens qui, toute l'année, évitent soigneusement de se salir, par exemple en esquivant les contacts avec la terre, se roulent frénétiquement dans le sable lorsqu'ils se rapprochent d'un rivage marin ?

Pourquoi ces lointains cousins, qui ont développé pour leur vie quotidienne des habits sophistiqués et confortables, les quittent pour aller sur la plage ?
Pourquoi les remplacent-ils par des bandes de tissus de cette nouvelle matière appelée plastique qui provoque, dès qu'on la place au contact de la peau, sudation et démangeaisons ?
Pourquoi nos successeurs, lorsqu'ils se trempent, cachent leurs organes sexuels en les mettant en valeur ?
Pourquoi, d'ailleurs, dans l'ancienne Berbèrie, beaucoup de femmes arborent à la plage des tenues très couvrantes qui, une fois mouillées, moulent et signalent parfaitement ce qu'elles masquaient auparavant ?
Pourquoi, dans l'ancienne Gaule, sur quelques portions de littoral bien délimitées, nos us et coutumes semblent avoir perduré, puisque la baignade s'y effectue à l'état de nature ?

Pourquoi, pour se rendre sur le littoral, les enfants des enfants de nos enfants utilisent-ils ces sortes de chariots métalliques appelés voitures qui évitent tout effort, pour ensuite se dépenser vigoureusement au bord de l'eau en courses, jeux de ballon et nage ?

Pourquoi ces personnes, qui clament haut et fort souhaiter calme et tranquillité, se pressent-ils, jusqu'à se toucher, chaque été, sur les mêmes littoraux ?

Pourquoi ces sociétés, qui disent s'être débarrassées de nos croyances chamaniques au profit d'une divinité unique et toute puissante, sacrifient-elles au milieu de l'été à un rite solaire que nos druides ne désavoueraient pas ?

Gauloisement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "La braguette du druide : les mots gaulois restés dans la langue française".

mardi 28 août 2012

Brassens raconte la Tunisie d'après la révolution

Georges Brassens, s’il était encore parmi nous, pourrait contribuer à réenchanter la Tunisie que nous aimons et dont la révolution patine un peu beaucoup. 
Jugez sur pièces.

En vertu du principe que « les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux », en Tunisie, les « dragons de vertus » locaux ont fait pression sur les autorités pour que les pratiques du ramadan soient strictement et publiquement respectées.
Les « gens de bon conseil » ont donc décidé de « rendre des comptes » à « l’homme de la rue » et de « s’amuser à voir » tout le monde « jeûner ».
Ainsi, le « bistrot » de la plage du Petit Paris à Kelibia, « à deux pas des flots bleus », « le long de cette grève où le sable est si fin », qui, en début de ramadan, était discrètement ouvert a fini le mois saint au chômage technique. Pourtant, faute de « feuilles de vigne, fleurs de lys et fleurs d’oranger », des bâches empêchaient « les passants honnêtes », « tous ceux du commun des mortels », de « lorgner la portion » des dé-jeûneurs.

Sur une autre plage de Kelibia, « les sycophantes du pays, sans vergogne, aux gendarmes ont trahi » un jeune journaliste et blogueur au prétexte qu’il goûtait nuitamment à « la chaude liqueur de la treille » et « s’amusait à des bagatelles ». Les « chats fourrés, quand ils l’ont su, lui ont posé la patte dessus pour l’envoyer » en garde à vue « se refaire une honnêteté ». Le « folliculaire » a échappé de peu à l’inculpation d’atteinte aux « bonnes mœurs ».

De surcroît, des « fanatiques de la cause » ont, dans plusieurs villes tunisiennes, empêché, par la violence, des artistes de monter sur des « tréteaux » ou de « fredonner des chansons ».

Les « tristes bigots » et les « bons apôtres » ont, cet été, gagné une manche. Leur « zèle imbécile » a fait régresser deux des plus belles traditions tunisiennes, le vivre-ensemble et l’hospitalité.

Toutefois, l’action de ces « boutefeux » n’aura pas été vaine. « Ils ont su me convaincre et ma muse indolente, abjurant ses erreurs, se rallie à leur foi ». « Avec un soupçon de réserve toutefois » ...
Le programme des « Saint Jean Bouche d’Or » anti-bistrot, anti-théâtre et même anti-femmes vise aussi « à retirer le morceau de pain » de la « bouche du pauvre tapin » en éradiquant les maisons de tolérance.
Je leur suggère, si, par malheur, ils passaient à l’acte, de récupérer le stock de tolérance. Cela leur permettrait, sait-on jamais, de « se borner à ne pas trop emmerder leurs voisins » …

A défaut, ces « sectaires » « en bois brut », devraient se rappeler la mésaventure du « jeune juge » confronté au « gorille » « trousseur de robes ». S’ils « pensent, impassibles, que c’est complètement impossible », la « suite pourrait leur prouver que non ! ».
« Gare au gorille » surtout s'il est tunisien !

Tuniso-brassensiquement votre

Références et compléments
- Chronique tunisienne « coup de gueule » écrite et peaufinée à Kelibia en juillet et août 2012. Les faits relatés sont tous, hélas, strictement exacts.
- Le journaliste et blogueur tunisien arrêté nuitamment sur une plage de Kelibia s’appelle Sofien Chourabi. Relâché après deux jours de garde à vue, il devrait être jugé début septembre 2012 pour consommation publique d’alcool. Je vous invite à découvrir son fil Twitter @Sofien_Chourabi et, pourquoi pas, à lui manifester votre soutien.
- Les citations entre guillemets sont toutes issues, à quelques variations grammaticales près, de chansons de Georges Brassens :
mourir pour des idées, trompettes de la renommée, à l’ombre des maris, l’auvergnat, supplique pour être enterré sur la plage de Sète, dans l’eau de la claire fontaine, le cocu, le bistrot, quand les cons sont braves, Don Juan, le sceptique, je suis un voyou, concurrence déloyale, la mauvaise réputation, les quatre bacheliers, le vin, celui qui a mal tourné, le Grand Pan, le gorille, le pêcheur, les amoureux sur les bancs publics, les croquants, honte à qui peut chanter, entre la rue Didot et la rue de Vanves, le vent.
  

dimanche 5 août 2012

Je me souviens … la Tunisie (suite)

A la demande générale de mon nombreux fan club, voici une seconde livraison de "je me souviens ... la Tunisie", souvenirs personnels remémorés à la manière de Georges Perec de mes premiers séjours en Tunisie dans les années 1980.

#35 Je me souviens, au musée du Bardo, du guide demandant à son groupe de touristes d’admirer l’expressivité du regard d’une statue aux yeux vides

#36 Je me souviens avoir conduit une Renault R5 orange et sans klaxon

#37 Je me souviens de la pose du gazoduc

#38 Je me souviens avoir découvert que Parmalat n’était pas une marque de voitures de Formule 1 mais de briques de lait pasteurisé

#39 Je me souviens des caisses en plastique jaune à l’arrière des mobylettes rouges à Kelibia

#40 Je me souviens m’être assis dans l’herbe devant le palais du Bardo

#41 Je me souviens des rampes en fer forgé sur les escaliers

#42 Je me souviens de types vaguement éméchés faisant du ski nautique à traction humaine dans une piscine d’hôtel

#43 Je me souviens du théâtre romain d’El Jem

#44 Je me souviens du bureau quasi-ministériel de ma belle-sœur

#45 Je me souviens des anciens parlant un français d’académicien bourré de subjonctifs

#46 Je me souviens de la création de la route dite agricole entre Menzel Bou Zelfa et Menzel Temime

#47 Je me souviens d’un type, dans un café de l’avenue Habib Bourguiba, me racontant ses péripéties de député lors de l’indépendance

#48 Je me souviens que Sidi el Bahri et le Goéland étaient un seul et même café près du port de Kelibia

#49 Je me souviens de mon copain Marc croquant à pleines dents dans un piment

#50 Je me souviens, au marché de Kelibia, d’une pancarte indiquant « la maison ne fait crédit qu’aux personnes de plus de soixante ans accompagnées de leurs grands-parents »

#51 Je me souviens d’un policier contrôlant mon passeport à l’aéroport et me demandant des conseils d’orientation pour sa fille

#52 Je me souviens des darboukas

#53 Je me souviens avoir ramené en France un melon « batikh » pour que mon grand-père essaie de replanter ses graines

#54 Je me souviens d’une fuite d’huile d’olive dans les coffres à bagages de l’avion du retour et du tapis roulant distributeur de couscous à l’arrivée

#55 Je me souviens que le dinar tunisien valait 11 francs français

#56 Je me souviens de la rue Pierre Mendès-France

#57 Je me souviens d'Oum Kalthoum dans le grésillement des haut-parleurs de Sidi el Bahri

#58 Je me souviens d’une jeune (future) nièce ne comprenant pas que je compte aussi lentement

#59 Je me souviens que la jetée du port de Kelibia était plus courte et la plage plus claire

#60 Je me souviens des fleuristes et de la statue avenue Bourguiba

#61 Je me souviens répondre mezzo voce « assez de fric » aux gamins criant « fricassée » sur la plage

#62 Je me souviens que, sur la plage de Kelibia, les maisons n’avaient pas d’étage

Tunisiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la première livraison de ces souvenirs "Je me souviens ... la Tunisie"
- Le livre "Je me souviens" de Georges Perec est paru en 1978 et comporte 480 fragments numérotés.
- Le dinar tunisien vaut actuellement autour de 0.5 euros, soit environ 3.3 francs français.

lundi 23 juillet 2012

Bronzer idiot en Tunisie ?

Lors de sa récente visite en France, Moncef Marzouki, le provisoire et binoclard président de la république tunisienne, a déclaré en réponse à une interrogation sur l'importance économique du tourisme, "il ne faut plus venir bronzer idiot en Tunisie".

Jusqu'alors, naïvement, je pensais que la priorité de la "troïka" - coalition tripartite issue des premières élections libres de l'automne 2011 - était de créer le plus possible d'emplois pour résorber le chômage massif. Il n'en est rien, le bien-être des hôtes du pays du jasmin ne saurait céder le pas à aucune autre préoccupation !

Les consignes présidentielles sont claires.
Dans chaque aéroport, les agents en charge du contrôle des passeports questionneront chaque touriste fraichement débarqué sur son projet de vacances.
Si son intention est de se relaxer et de mettre ses neurones au repos, il sera immédiatement mis à l'ombre par la police nouvellement démocratique. Les forces de l'ordre lui éviteront ainsi mélanomes et autres maladies de peau induites par une exposition prolongée aux ultra-violets. Pour ce faire, les sinistres brigades d'intervention seront bientôt dotées de parasols, beaucoup plus efficaces pour abriter les visiteurs que les boucliers anti-émeutes.
A l'inverse, le vacancier souhaitant utiliser son séjour tunisien pour écluser quelques romans policiers ou écrire des chroniques sera sommé par la même police récemment réformée d'aller illico sur une plage en plein cagnard. Désormais plus question de bouquiner sous les claies ombragées de Jammoulti - le bistrot de la plage de Kelibia - le bronzage intelligent, fruit de la volonté populaire, s'impose !

Après la saillie marzoukienne, la saison touristique tunisienne, contrairement aux discours officiels, s'annonce difficile.
Les amateurs de plage qui n'apprécient pas plus que n'importe qui de se faire traiter d'idiots, préfèreront probablement aller combler la dette de la Grèce, de Chypre ou de l'Espagne plutôt que celle de la Tunisie.
Quant à moi, j'appréhende mon prochain départ vers le Cap Bon.
Moncef Marzouki va-t-il réussir là où Habib Bourguiba et Zine el Abidine Ben Ali alliés à l'ensemble de ma famille ont piteusement échoué ?
Vais-je, démocratiquement mais fermement, être obligé de passer mon séjour durablement allongé au soleil sur le sable du "Petit Paris" ou du "Belge" ?

Idiotiquement votre

Post Scriptum du 24 juillet 2012 :
J'ai reçu de Marc, fidèle lecteur des Humeurs Mondialisées, la photo ci-dessous prise en juin de cette année à Djerba qui illustre parfaitement le bronzage idiot en Tunisie avant l'ultimatum présidentiel.

Références et compléments
- Je dédie cette chronique à Roland, Brigitte, Françoise et Benoît qui ont eu la chance de visiter la Tunisie cette année avant l'injonction de Moncef Marzouki sur le bronzage idiot.
- "Petit Paris" et le "Belge" sont les sobriquets de deux des plages de Kelibia. Pour en savoir un peu plus sur ces plages, je vous recommande les chroniques "Mieux vaut p'tard que jamais" et "Sabotage belge".
- Désormais, de nombreuses chroniques de ce blog ont pris Moncef Marzouki et ses lunettes comme sujet de prédilection.
- L'interview où Moncef Marzouki s'oppose au bronzage idiot est parue dans le journal français La Provence le 20 juillet 2012.

mercredi 18 août 2010

Sabotage belgo-tunisien

Comme vous le savez certainement, la plus belle plage de Kelibia est appelée "le Belge", même si le cadastre la connait comme "Mansourah".
Le grand Jacques Brel n'aurait probablement pas hésité à déglinguer son célèbre chef d'œuvre, si, au lieu d'élire domicile aux Iles Marquises, il avait choisi de s'installer dans le Cap Bon …

Sur la plage d'Mansourah d'après et sur l'air d'Amsterdam

Sur la plage d'Mansourah
Y a des baigneurs qui bronzent
Au soleil qui les cuit
Sur la plage d'Mansourah
Sur la plage d'Mansourah
Y a des baigneurs qui dorment
Avec leur téléphone
Le long d'un sable morne

______

Sur la plage d'Mansourah
Y a des baigneurs qui luisent
Pleins de sable et de crème
Aux rayons du soleil
Mais sur la plage d'Mansourah
Y a des bébés qui jouent
Sur le sable du Belge
Aux langueurs océanes

______


Sur la plage d'Mansourah
Y a une moustache qui lit
Sans jamais se baigner
Sur la plage d'Mansourah
Sur la plage d'Mansourah
Y a une moustache qui pense
Sous un parasol
A des chroniques idiotes

______

A l'ombre d'Jammoulti
Y a des baigneurs qui mangent
Sur des tables peu stables
Des pizzas thon-fromage
Des escalopes grillées
Des slatas méchouaia
Et des gazouzes Carla
Et ça sent le scombri
Jusque que dans le cœur des frites
Que les convives invitent
A revenir en plus
Puis se lèvent en riant
Dans un bruit de chlika
Reprennent leur parasol
Et partent en nageant

______

Sur la plage d'Mansourah …
Sur la plage d'Mansourah …
Sur la plage d'Mansourah …

______

Belgiquement votre ...

Compléments lexicaux
- Slata méchouaia : salade de poivrons grillés
- Gazouzes carla : boissons gazeuses noires, euphémisme pour Coca Cola
- Scombri : maquereau (terme dialectal tunisien issu de l'italien)
- Chlika : mule (la chaussure, pas la brêle !)

lundi 16 août 2010

À Kelibia mieux vaut p'tard que jamais

Pour l'estivant, Kelibia a le mérite de la simplicité : une activité unique et "iézi !". La plage monopolise les esprits et les cœurs des vacanciers d'un jour ou d'un mois.

En tunisien, plage se dit "p'tard", probablement parce qu'on ne s'y rend jamais très tôt. Se précipiter à la plage avant midi est le meilleur moyen de passer pour un "toûrisste".

Il y a trois plages à Kelibia. La première, peu fréquentée, s'appelle "la plage". Viennent ensuite le "petit Paris" et le "Belge". Ces appellations sont étonnantes car confondre Kelibia avec les berges de la Seine ou Ostende révèle une sacrée myopie.
Toutefois ces désignations sont généralement changées en "bad Rafia" (du nom de la belle soeur qui a sa maison devant "la plage"), "bad Jammoulti" et "bad le Belge".
Le mot "bad" a du être emprunté, lors du passage de la Wehrmacht en Tunisie pendant la Deuxième Guerre Mondiale, au vocable allemand signifiant bain.
Ce terme ne peut pas venir de l'anglais, une plage de Kelibia, et, encore moins, une de mes belles sœurs, ne sauraient être mauvaises.

Pendant leur pic d'activité de l'après-midi, le "petit Paris" et le "Belge" arborent une configuration caractéristique : un agglutinement de voitures et de deux-roues au plus près des accès au rivage suivi par une étendue sableuse totalement vide débouchant, enfin, sur une bande de moins de cinq mètres de large où se concentrent pêle-mêle baigneurs, serviettes et parasols.
Une sortie balnéaire réussie impose de s'installer à proximité immédiate, non seulement de l'eau, mais aussi des autres estivants.
Il paraîtrait, mais c'est impossible à vérifier, que si vous parvenez, deux jours de suite, à planter votre parasol à, simultanément, plus de trois mètres de la mer et de voisins immédiats, la municipalité de Kelibia vous offre un dédommagement bien mérité.

Le kélibien, fier de son littoral et toujours soucieux du bien-être des estivants, s'enquiert chaque jour de votre appréciation de la plage.
Un véritable amateur ne répond pas immédiatement à cette question pourtant fréquente. Il laisse d'abord passer un court instant de réflexion puis lâche d'un air docte la formule séculaire "p'tard bey hi bad …" (la plage est belle devant ..., remplacez les points de suspension par l'endroit où vous vous êtes baigné).
Vous pouvez utiliser aussi la variante "p'tard mare lait" (la plage est très belle). Le doublement de "mare lait" dénote un enthousiasme total : "p'tard mare lait mare lait !".
Surtout n'ajoutez pas d'insecte, vous perdriez immédiatement l'estime de votre interlocuteur et seriez relégué à jamais dans la catégorie "toûrisste" ! Répondre "p'tard mouche bey hi" équivaut à faire peu de cas des plages kélibiennes puisque la présence d'une mouche marque la négation.

Plagiquement votre