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lundi 29 janvier 2018

L'agilité est à la portée de tous

Trop souvent, depuis que ce terme est devenu à la mode, l'agilité est vue comme une méthodologie quelque peu ésotérique ou bien comme une recette miracle pouvant résoudre tous les soucis d'une entreprise.

Il n'en est rien !
L'agilité, ce sont 3 éléments : du bon sens, du bon sens et du bon sens !

Dans une série de 10 questions / réponses publiées sur le site de innotelos, mon cabinet de conseil en agilité, je décortique, en langage de tous les jours, ce qu'est l'agilité et ce qu'elle peut et ne peut pas apporter.

Rejoindre la première partie ou la seconde partie de ces 10 question sur l'agilité.





mardi 27 septembre 2016

J’ai testé le site internet de campagne électorale de François Hollande

Aujourd’hui, des sympathisants ont mis en ligne un site à la gloire de l’actuel président français, baptisé « notre idée de la France ».

Ce media clame « oui ça va mieux » et nous invite à le vérifier, chiffres à l’appui, département par département.
Les résultats pour l’Isère, où je réside, sont, pour le moins, maigrelets.

Extrait du site « notre idée de la France »

Chômage

« 611 créations nettes d’emplois depuis 2012 »
La population active de l’Isère avoisine 800 000 personnes.
Le gouvernement en place a donc accru l’emploi en 5 ans dans une proportion de 1 pour 1 300.
Mon professeur de physique de terminale aurait qualifié cet exploit d’épaisseur du trait.

Jeunesse

« 1 171 jeunes ont bénéficié d’un emploi d’avenir »
La phrase complète n’étant pas très claire, il est difficile de déterminer si cette valeur se rapporte à la seule année 2015 ou à l’ensemble du mandat présidentiel.
Le trait a bien grossi, un jeune isérois sur 200 est concerné.

Enseignement

« 1 304 postes créés depuis 2012 dans l’académie de Grenoble »
Le territoire départemental étant un peu étriqué, il a été étendu à l’académie, c’est à dire à 4 autres départements limitrophes.
Le trait devient poutre. Les effectifs de l’Éducation Nationale ont augmenté de 2% en 5 ans !

Entreprises

« 2 562 entreprises sont soutenues par BPI France », la banque publique d’investissement.
La poutre se confirme à 2% des sociétés dauphinoises.

Retraites

« 8 972 retraités ont bénéficié d’un départ anticipé depuis 2012 »
Le compteur s’emballe à 3.5% des pensionnés isérois !

Impôts

« 174 618 foyers ont bénéficié d’une baisse d’impôt sur le revenu en 2015 »
Cette fois, le match se joue presque à guichets fermés. Près d’un ménage sur trois a été moins ponctionné par les percepteurs de l’Isère l’an dernier.
Il manque toutefois la statistique des augmentations de prélèvements obligatoires de 2012 à 2016.

Supporter une équipe reléguable ressemble parfois à un sacerdoce.

Factuellement votre

Références et compléments
L’image et les citations sont issues du site « notre idée de la France » le mardi 27 septembre 2016 vers 18 heures.

Les valeurs ayant permis l’étalonnage des données hollandaises proviennent de l’INSEE et de l’Académie de Grenoble.

samedi 22 novembre 2014

10 questions sur l'agilité

L'agilité est désormais, en entreprise mais aussi désormais en dehors, un terme à la mode.
Cet engouement est à l'origine de messages contradictoires semant le doute sur les pratiques agiles.

Ayant eu le bonheur et la chance d'être membre d'équipes agiles de projet avant que cela soit tendance, j'ai voulu démystifier ces méthodes en répondant à 10 questions simples et sans jargon.

  • I) D'où vient l'agilité ?
  • II) L'agilité est-elle applicable dans n'importe quel domaine ?
  • III) Quels sont les principes de l'agilité ?
  • IV) Les projets agiles ont-ils des analogies dans d'autres types d'activité ?
  • V) Concrètement, comment se déroule un projet agile ?
  • VI) Agilité n'est-il pas le dernier synonyme en date de pagaille ?
  • VII) Comment le management peut-il s'assurer du bon déroulement d'un projet agile ?
  • VIII) Qu'est-ce que le scrum ?
  • IX) Y a-t-il des contre-indications à l'agilité ?
  • X) Qu'apporte l'agilité ?
Retrouvez les réponses dans le billet "l'agilité en 10 questions" du site kelibia.eu

mardi 29 avril 2014

L'état français est-il un bon stratège économique et industriel ?

Régulièrement depuis Colbert - Alstom est le dernier avatar en date - les gouvernements français de gauche et de droite nous expliquent qu'une des vocations de l'état est d'être un stratège entrepreneurial doté d'une politique industrielle afin d'accroître l'emploi et la prospérité économique dans notre bel hexagone.

Dans le même temps, quelques rares économistes et chefs d'entreprise dits libéraux clament que l'état aurait meilleure part à s'occuper de ses oignons, c'est à dire des affaires régaliennes et laisser le libre marché faire son œuvre salvatrice.

Ne goûtant guère les dogmes et les écoles de pensée, j'ai cherché, selon l'habitude de ce blog, à juger sur pièces et à laisser le lecteur tirer ses propres conclusions.
Pour ce faire, j'ai comparé les performances des 32 entreprises françaises figurant parmi les 500 plus grandes firmes mondiales, en fonction du degré d'implication de l'état dans leur gestion, leur carnet de commandes et leurs coûts.

Taille
Malgré les discours ambiants, les entreprises à forte implication étatique sont minoritaires.
Sensiblement, un tiers de grosses boîtes françaises est, peu ou prou, sous ombrelle de l'administration, que ce soit en nombre (10 sur 32) ou en chiffre d'affaire (650 milliards d'euros sur 1 600).

Chiffre d'affaire 2013 des 32 plus grandes entreprises françaises en fonction de l'emprise de l'état.

Rentabilité
L'état français, en dépit des dénis la main sur le cœur des gouvernements successifs, reste un piètre gestionnaire et investisseur.
Les firmes où il intervient dégagent 2 fois moins de bénéfices que la moyenne et 3 fois moins que les entreprises non dépendantes de l'action publique.
Ces mauvais chiffres deviennent encore moins flatteurs si l'on soustrait EDF Électricité de France, seule société à très forte emprise étatique avec des résultats honorables.
On notera au passage que les bénéfices des plus grandes boîtes françaises, toutes catégories confondues, ne représentent, en moyenne, que 2.7% de leurs ventes, ce qui n'est ni glorieux, ni excessif.

Rentabilité (bénéfice net / chiffre d'affaire 2013) des 32 plus grandes entreprises françaises en fonction de l'emprise de l'état.

Emploi
Les tenants de la ligne colbertiste argumentent que la rentabilité réduite est la contrepartie d'une stratégie résolument de long terme et d'un accent mis sur l'emploi.
Les chiffres, au premier abord, leur donnent raison. Les firmes où l'état intervient salarient sensiblement 20% de personnel en plus, à taille comparable.
Toutefois, les nuances sont parfois diaboliques. Les 11 entreprises quasiment sans dépendance à l'état font jeu égal dans le domaine de l'emploi avec les champions toutes catégories que sont La Poste, EDF et SNCF.
Cette comparaison n'est hélas pas parfaite. L'état français cherche, en théorie, à privilégier emploi et activité sur son sol. Malheureusement, il n'y a aucune statistique fiable de chiffres d'affaire et de personnels hexagonaux pour les très grandes entreprises.

Ratio employés / chiffre d'affaire des 32 plus grandes entreprises françaises en fonction de l'emprise de l'état.

Libéralo-colbertiquement votre

Références et compléments
- Les 32 entreprises évoquées dans ce déchiffrage sont, par ordre décroissant d'emplois à travers le monde :
Sodexo, Carrefour, Foncière Euris (Rallye), Auchan, La Poste, SNCF, Veolia Environnement, GDF Suez, Peugeot, Saint Gobain, Vinci, BNP Paribas, France Telecom Orange, EDF Électricité de France, Société Générale, EADS Airbus, Schneider Electric, Bouygues, Renault, BPCE Banques Populaires Caisse d'Epargne, Sanofi, Michelin, Danone, Air France KLM, Total, Axa, Christian Dior, Alstom, Crédit Agricole, L'Oréal, Vivendi, CNP Assurances.

mercredi 29 janvier 2014

Combien de salaires, d'impôts et d'importations dans 100 € d'achats ?

Les récentes déclarations de François Hollande ont ranimé le débat jamais éteint entre partisans de la politique de l'offre et de celle de la demande.

Les tenants de la première clament sur l'air des lampions que la baisse des coûts est le meilleur moyen de tonifier une croissance anémique.
Les supporters de la seconde chantent en chœur que seules des hausses de salaire et de prestations sociales peuvent faire tourner la machine à plein régime.

La polémique entre ces deux camps est aussi vieille que la théorie économique et ressemble souvent aux querelles théologiques de l'antique Byzance sur le sexe des anges ou le nombril d'Adam et Ève.

D'ailleurs, à l'issue de la conférence de presse présidentielle, les adeptes de l'offre ont accueilli le changement de pied du leader social-libertin avec le mélange d'enthousiasme et de scepticisme réservé aux nouveaux convertis.
Dans le même temps, les disciples de la demande commençaient à instruire un procès en hérésie, voire en apostasie.

Ne prisant guère les chapelles et les sectes, cette chronique est consacrée à résumer quelques ordres de grandeur afin que chacun puisse se forger sa propre opinion.
Pour ce faire, nous allons prendre, tour à tour, la position des responsables d'entreprises puis celle des consommateurs.

Point de vue d'un chef d'entreprise
En France, une PME moyenne emploie sensiblement 30 personnes et le total de ses ventes annuelles avoisine 6 millions d'euros hors taxes.
Les entreprises plus conséquentes étant généralement très décentralisées, chaque secteur autonome peut être assimilé à une petite société.

Les achats effectués par notre PME type - 4 millions d'euros par an - représentent les deux tiers de son chiffre d'affaire
Vient ensuite la rémunération nette des salariés, un gros sixième de ses ventes, 900 000 €.
Les cotisations sociales, celles des employeurs additionnées à celles des employés, s'élèvent à 600 000 €, un dixième du chiffre d'affaire.
Enfin, la fameuse "marge brute" n'atteint que 500 000 €, 8% des ventes. Cet "excédent d'exploitation" finance à parts sensiblement égales les investissements, la rémunération des actionnaires et l'impôt sur les sociétés.

Répartition du chiffre d'affaire annuel d'une PME française type
Une entreprise qui veut abaisser ses prix pour séduire ou conserver ses clients face à la concurrence, a d'abord intérêt à améliorer ses achats.
Pour vendre 5% moins cher, elle peut, en théorie :
- soit trouver des fournisseurs en moyenne 7.5% meilleur marché,
- soit baisser ses salaires de 30%,
- soit stopper ses investissements et, dans le même temps, cesser de verser des dividendes à ses actionnaires.

Cette équation explique en grande partie, l'ampleur des délocalisations et des fermetures en cascade de nombreuses usines.
Chaque société se tourne vers des fournisseurs moins chers, souvent dans des pays à bas salaires, et, par voie de conséquence, assèche le carnet de commande de ses partenaires traditionnels.
Actuellement, environ un quart de ce qui est consommé en France est importé.

Point de vue d'un consommateur
Les produits plus ou moins périssables et les services plus ou moins utiles que nous achetons proviennent de la production des entreprises décrite ci-dessus à laquelle il faut adjoindre les taxes sur la consommation, essentiellement la TVA et la fiscalité des carburants.

Reprendre les comptes de notre PME type et décomposer ses achats en importations, salaires et prélèvements sociaux ou fiscaux permet de déterminer où va notre argent à chaque fois que nous sortons 100 € de notre poche pour payer des achats.
Ce sont évidemment des chiffres moyennés qui regroupent la totalité de notre consommation : nourritures, logements, coiffures, informatiques, meubles, services bancaires, loisirs, voitures, vêtements, énergies, livres, maquillages, vacances, téléphonies, boissons alcoolisées ou non, assurances, scooters, casques, presse people, que sais-je encore sans oublier le raton-laveur de Jacques Prévert.

Le ruban bleu est aisément remporté par la fiscalité. Cotisations sociales, impôts sur les sociétés et taxes payés en France atteignent 40 €.
Suivent les salaires et les importations qui s'élèvent chacun à un quart de nos achats, 25 €.
Bon derniers, les investissements, c'est à dire la préparation du futur, et la rémunération des actionnaires ferment la marche avec 5 €.

Répartition moyenne de 100 € d'achats de consommation en finale en France
Ces ordres de grandeur facilitent l'évaluation rapide des propositions et contre-propositions des politiques de tout poil.
Bizarrement, ceux-ci oublient trop souvent l'usage de la règle de 3 et de la preuve par 9 que l'École de la République s'est pourtant échinée à nous enseigner grâce aux impôts de nos parents ...

Économiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Le pacte de responsabilité de François Hollande peut-il réussir ?".
- Les chiffres proviennent des statistiques officielles de l'INSEE et ont été arrondis par mes soins pour plus de lisibilité.
  

samedi 13 avril 2013

Innovation et agilité - Chronique vidéo

La web-télévision TVDMA, spécialisée en management et droit des affaires, m'a fait récemment intervenir sur deux de mes thèmes de prédilection - l'innovation et l'agilité - qui constituent la trame de mon livre "Développer un produis innovant avec les méthodes agiles" publié l'an dernier.

Les 4 ingrédients de l'innovation réussie

Première partie



Seconde partie

L'agilité appliquée au développement de produits innovants


Agilement votre

Références et compléments
- TVDMA (www.tvdma.org) est une web-télévision francophone traitant du management et du droit des entreprises portée par l’Ecole de Droit et Management de l'Université de Paris II Panthéon-Assas.
Les trois vidéos ci-dessus ont été entièrement réalisées par ses soins.
Mes remerciements chaleureux à tous les étudiants qui participent à ce beau projet d'études.

- Les pages originales sur TVDMA de ces vidéos se trouvent derrière les liens ci-dessous :
. Les 4 ingrédients de l'innovation réussie (première partie)
. Les 4 ingrédients de l'innovation réussie (seconde partie)
. Les principes de l'agilité appliqués au développement de produits nouveaux

- Mon livre "Développer un produit innovant avec les méthodes agiles" aux Editions Eyrolles

- Un article dans la même veine sur le Cercle des Echos "L'innovation, une recette à quatre ingrédients".

jeudi 13 décembre 2012

Face au CAC le SMIC prend une claque

D'après une gazette économique généralement bien informée, la rémunération annuelle moyenne des dirigeants des grandes entreprises françaises de l'indice CAC 40 s'établirait en 2011 légèrement en dessous de 4.5 millions d'Euros, soit environ 400 fois le SMIC.

Comme il est parfois difficile de se représenter les nombres astronomiques, les comparaisons ci-dessous illustrent le salaire des PDG de haut vol (lecteurs espiègles, je vous laisse interpréter cette expression à votre guise).


Ce qu'un ouvrier au SMIC gagne en une année entière, un patron du CAC 40 l'obtient vers 13 heures le 2 janvier.

Si les salaires mensuels étaient payés en pièces de 1 Euro empilées les unes sur les autres, le revenu du smicard atteindrait le plafond d'un appartement habituel (2.3 m), alors que celui d'un grand patron dépasserait le Borj Khalifa de Dubai, immeuble le plus haut du monde.

Si le SMIC était la distance entre Paris et Orléans ou entre Lyon et Grenoble (100 km), alors le salaire d'un patron du CAC 40 serait le tour de la Terre au niveau de l'équateur (40 000 km).

Si le SMIC était un œuf (50 g), alors le salaire d'un patron du CAC 40 serait une basse-cour de 10 poules pondeuses (20 kg).

Si le SMIC était la vitesse d'une tortue (250 mètres par heure), alors le salaire d'un patron du CAC 40 dépasserait largement l'allure du lièvre pour atteindre celle d'une berline sur une rocade urbaine (100 km/h).

Si le SMIC était les paroles de l'Internationale, alors le salaire d'un patron du CAC 40 serait le Capital de Karl Marx.

Si le SMIC était une chanson de Georges Brassens, alors le salaire d'un patron du CAC 40 serait deux intégrales entières du Barde de Sète.

Pour terminer cette chronique sur une note d'espoir, je convie les grands capitaines d'industrie à relever d'urgence un challenge motivant : rattraper d'abord le comédien Dany Boon puis le footballeur Zlatan Ibrahimovic qui engrangent respectivement environ 2 et 3 fois plus qu'eux.

Salariquement votre

Références et compléments
- Merci à Claude qui a fourni le déclic de cette chronique salariale et à Pierre pour son inspiration au long cours.

- Article de l'Expansion du 11 décembre 2012 "Palmarès: le salaire des patrons du CAC 40 ne connaît pas la crise"

- La pile de pièces de 1 Euro (2.33 mm d'épaisseur) rémunérant le travail d'un mois d'un PDG du CAC 40 atteindrait 930 mètres de haut. Borj Khalifa culmine à 828 mètres.

- Le lièvre court à environ 70 km/h.

- Les paroles de l'Internationale ont été écrites en 1871 pendant la Commune de Paris par Eugène Potier.

- Georges Brassens a rendu publiques un peu moins de 200 chansons.

- Le pitre nordiste Dany Boon aurait empoché au dernier pointage annuel presque 8 millions d'Euros.

- Zlatan Ibrahimovic, buteur patenté du Qatar-Saint Germain, émargerait à 12 millions d'Euros peu fiscalisés en France.
  

vendredi 16 novembre 2012

Lettre ouverte à Olivier Véran, député de Grenoble

Avertissement aux lecteurs
La chronique ci-dessous est très inhabituelle puisqu'elle dit plutôt du bien d'un homme politique. Elle risque donc de heurter les personnes sensibles ou fragiles.
Âmes délicates, passez votre chemin !


J'ai découvert sur internet, un peu par hasard, une émission de télévision où Olivier Véran, le député de ma circonscription, visite et, surtout, travaille toute une journée devant les caméras chez Clappaz et Locker, petite entreprise d'usinage de Meylan dans la banlieue de Grenoble.
Ce reportage est original et intéressant à plusieurs titres.

J'ai apprécié le courage d'Olivier Véran de se confronter publiquement et physiquement aux réalités de l'industrie et de l'entreprise. Ce médecin et député s'est littéralement sali les mains plusieurs heures d'affilée. Ce type d'attitude est suffisamment rare pour être soulignée.
La capacité d'écoute et de dialogue du parlementaire m'a agréablement surpris. Au fil de la journée, l'élu échange avec de nombreuses personnes : ouvriers usineurs, chef d'atelier, secrétaire, projeteurs du bureau d'études, dirigeant de l'entreprise. Les paroles qui lui sont adressées diffèrent sensiblement des discours convenus des appareils politiques et des syndicats de tout poil.

L'émission a surtout le mérite rarissime de montrer de manière longue et non caricaturale l'industrie. Ce coeur de l'économie dont la productivité assure le fonctionnement du reste de la société, y compris la santé et les services publics, est tragiquement absent des médias et même, désormais, des représentations collectives.
Les caméras qui suivent Olivier Véran dans l'atelier et au bureau d'études dévoilent la réalité complexe et contradictoire des entreprises industrielles.
On y voit tour à tour :

- La grande interdépendance des entreprises qui forment le tissus industriel, ainsi Clappaz et Locker a vu son chiffre d'affaire baisser de 40% lors de la crise de 2008.

- La très forte concurrence et, par voie de conséquence, la compétition permanente pour la qualité, les délais courts et les baisses de coût.

- La combinaison indispensable de travail manuel et de technologies.

- Le professionnalisme et la passion du travail bien fait qui sont le point commun entre les ouvriers, le bureau d'études, l'encadrement et la direction.

- L'écart important et ancestral, y compris dans une petite structure familiale, entre les points de vue des dirigeants, de l'encadrement et des ouvriers.
La lutte des classes n'est pas qu'un concept marxiste mais une réalité ancrée dans le quotidien des personnes travaillant dans l'industrie. Plusieurs fois dans le reportage, les paroles contraires des uns et des autres surprennent le député.

Sur ce dernier point, la position d'Olivier Véran relève, de mon point de vue, du vœu pieu puisqu'il en appelle au dialogue et au consensus entre partenaires dits sociaux, c'est à dire entre syndicats de salariés et d'employeurs.
Malheureusement, ces derniers - et c'est un sujet que je connais de l'intérieur - sont des appareils bureaucratiques sans réelle représentativité, particulièrement dans l'industrie compétitive et les petites entreprises. Messieurs Thibaut et Chérèque ainsi que Madame Parisot ne sont pas les porte-paroles des salariés et des entreprises, mais des permanents syndicaux qui les élisent.
Pour que cette situation évolue, trois conditions sont nécessaires à défaut d'être suffisantes :
- Les élections professionnelles doivent devenir véritablement démocratiques, c'est à dire ouvertes à toutes les candidatures, y compris en dehors des syndicats patentés.
- La législation sociale doit donner sur certains sujets clefs un pouvoir décisionnel, et non consultatif, aux représentants élus du personnel. Comme contrepartie, beaucoup de procédures très lourdes où seul un avis est requis pourraient être allégées voire supprimées.
- Les accords d'entreprise, pour être applicables, devraient être réellement majoritaires et non minoritaires comme aujourd'hui.

Industriellement votre

Références et compléments
- Emission de LCP "J'aimerais vous y voir" - Episode "Olivier Véran dans une PME"
- Olivier Véran est député socialiste de la première circonscription de l'Isère (une partie de Grenoble ainsi que banlieue nord-est). Il est le suppléant de Geneviève Fioraso devenue ministre dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault.
Je précise que je ne le connais pas personnellement et que je ne fais pas (encore ???) partie de ses électeurs. Si Olivier Véran souhaite apporter un commentaire ou une réponse à cette chronique, les colonnes de ce blog lui sont naturellement ouvertes.
- Site web d'Olivier Véran