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dimanche 17 août 2014

La route, l'autre terrorisme en Tunisie

Depuis 25 ans, je circule en voiture en Tunisie.
Si le pays du jasmin n'a jamais été un modèle d'organisation automobile, ces dernières années, les routes sont passées de folkloriques à inquiétantes.

Effet de l'élévation du niveau de vie, le parc automobile tunisien a plus que triplé en un quart de siècle.
Malheureusement, l'hécatombe routière a augmenté encore plus et atteint 4 morts journaliers, 1 500 par an.
En 8 jours seulement, les victimes de la circulation dépassent celles des sinistres salafistes du mont Chaambi.

Ramené à un nombre équivalent de véhicules, ce triste score est 10 fois plus élevé qu'en France.
Si les habitants de l'Hexagone conduisaient comme ceux du l'antique Carthage, 40 000, et non 4 000, décès routiers seraient annuellement à déplorer au pays de Louis Renault.

Il n'y a aucune fatalité dans cette épidémie.
De trop nombreux conducteurs tunisiens - véritables kamikazes routiers - ont décidé de terroriser leurs concitoyens par la pratique délibérée de l'homicide et des blessures volontaires.
La prudence la plus élémentaire - ne parlons pas du code de la route - est méprisée par une large fraction des automobilistes. Vitesses excessives, dépassements sans visibilité, non respect des distances de sécurité et positionnements approximatifs sur la route sont monnaie courante.

Bien évidemment, le terroriste du volant ainsi que ses passagers ont leur petite fierté.
Ils ne consentent qu'exceptionnellement à boucler leur ceinture de sécurité ou à se couvrir d'un casque. Ces accessoires futiles sont juste bons pour les pleutres.

La brutalité automobile est majoritairement acceptée et n'est l'objet d'aucune réelle réprobation sociale.
Les forces de l'ordre - peu motivées pour lutter contre la guérilla routière - ne font même pas semblant de vouloir endiguer le phénomène. Elles pourraient y perdre le peu de popularité qu'il leur reste.
Les policiers et gardes nationaux, postés de façon statique au bord des routes, aux mêmes points depuis plusieurs décennies, regardent, blasés, passer le flot des véhicules.
Tout automobiliste qui consent à rouler au pas à la vue d'une casquette, est de facto autorisé à écraser le champignon partout ailleurs.

Cette barbarie intentionnelle, fruit de l'ignorance et de l'irresponsabilité, est délétère.
Cet été, j'ai été le témoin d'un accident à chaque aller-retour effectué entre Kelibia et Tunis (200 km).
À ce rythme, chaque famille tunisienne aura le sombre privilège de compter au moins un martyr dans ses rangs.
Jusqu'à quand la société supportera ce massacre sans réagir ?

Tuniso-tristement votre

Références et compléments
- La Tunisie, comme n’importe quel pays, ne possède pas que des cotés sombres, loin de là.
Pour contrebalancer cette chronique négative, je suggère la lecture du billet "Petit rayon de soleil en Tunisie".

- D'après Wikipedia, les barbares à poil long retranchés dans le mont Chaambi seraient, à ce jour, responsables de 33 morts parmi les civils et les forces de sécurité.

jeudi 10 juillet 2014

Automobilistes préférez-vous les carrefours libéraux ou administrés ?

Dans de nombreux domaines - professionnels, politiques, économiques, sociaux et même personnels - nous avons tendance, pour venir à bout de dysfonctionnements réels ou supposés, à imaginer puis mettre en place des procédures et des règlements toujours plus ingénieux.

Malheureusement, le remède est souvent pire que le mal.
Face à un problème, nous préférons fréquemment théorie et contrôle plutôt que pratique et confiance.

Pour tenter de vous en convaincre, je vous propose d’examiner le fonctionnement des carrefours routiers en zone urbaine.

Au début de l'automobile, une seule règle existait pour régir le passage des voitures à un croisement de voies, la priorité à droite.
Ce système qui a le mérite de la simplicité fonctionne parfaitement lorsque le nombre de véhicules reste faible mais peine lorsque le trafic devient soutenu. Les conducteurs souhaitant tourner à gauche ou traverser le croisement bloquent les autres voitures.

Pour supprimer cet inconvénient, sens uniques et interdictions de tourner ont été inventés.
Ils résolvent ponctuellement la difficulté en la reportant ailleurs, les automobilistes souhaitant aller dans une direction prohibée étant obligés d'effectuer un détour.

Vinrent ensuite les stops et les cédez le passage.
Un des axes, décrété prioritaire, se voit accorder tous les droits.
Les véhicules venant des rues adjacentes, à l'instar du tiers-état cédant le pas à la noblesse avant 1789, doivent se contenter d'attendre que le trafic dominant daigne se clairsemer.
Comble de l'ironie, les quelques nobles attirés par la gauche suscitent l'ire de leurs condisciples mainstream qu'ils empêchent d'aller de l'avant.

Peu à peu, les feux tricolores se sont imposés.
Cette solution technocratique - savant mélange de technique et de démocratie - est un précurseur de la discrimination positive.
Par l'entremise d'astucieuses modifications chromatiques, les minoritaires possèdent un quota réservé de droits de passage soustraits à la majorité contrainte de s'arrêter.
Certains ingénieurs, ayant constaté que les minoritaires, non contents de fuir les usages établis, sont aussi fantasques et changeants, ont équipé les feux rouges de capteurs et de processeurs. En théorie, ces systèmes dernier cri adaptent le fonctionnement des carrefours aux variations de trafic. En pratique, il s'agit d'exercices en vraie grandeur de discrimination aléatoire.

Enfin, derniers avatars en date, sont apparus les ronds-points dits à l'anglaise.
Ils doivent leur appellation au fait que la Grande Bretagne s'est dotée de tels carrefours dès les années 1960, alors qu'il a fallu attendre les règnes éclairés de François Mitterrand et Zine el Abidine Ben Ali pour que France et Tunisie en équipent leurs voirie.
Comme les priorités à droite, ces croisements circulaires fonctionnent avec une règle simpliste : priorité au véhicule engagé.
Paradoxalement, c'est la diversité des intervenants qui assure la fluidité de la circulation sur un rond-point. La présence simultanée de majoritaires orthodoxes et hétérodoxes ainsi que de minoritaires de tout poil garantit le bon fonctionnement de l'ensemble en alternant les trajectoires.

Je ne peux malheureusement poursuivre plus avant cette analyse routière car je dois, sans délai, franchir un stop, quatre ronds-points et un feu tricolore afin d'aller quérir le ravitaillement familial dans un hypermarché dont vous aurez aisément deviné le nom.

Aussi je laisse chaque lecteur, au vu de sa propre expérience de conducteur, définir le type de carrefour qu'il préfère et, éventuellement, en déduire quelques enseignements applicables en dehors de la route.

Carrefouriquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "les ronds-points du Téléthon".
  

mercredi 7 novembre 2012

Les sites d'information trafic co-lauréats du Dalton d'or

Je suis particulièrement fier de décerner le second Dalton d'or conjointement aux principaux services d'information en ligne sur la circulation routière.
Les cartes qu'ils proposent sont censées aider l'automobiliste à prendre des décisions rapides et pertinentes sur son trajet.
Malheureusement, le résultat est souvent déroutant pour les daltoniens et même aussi parfois pour les personnes dotées d'une vision des couleurs dite "standard". Détecter un bouchon sur un site cartographique ou dans une meule de foin, même combat !
Jugez sur pièces avec ces quelques cartes de l'agglomération de Grenoble.

Open Street Map est un service géographique libre et collaboratif. Cette initiative sympathique, à défaut de recenser les encombrements, fournit gratuitement des tests de dépistage de stupéfiants. Seul quelqu'un ayant copieusement abusé du génépi ou de champignons mexicains est susceptible de trouver sa voie dans un tel enchevêtrement de couleurs. Même le grenoblois de souche peine à reconnaître la rocade "U2" sur la carte ci-dessous.

Dans le genre initiative bizarre, Station Mobile n'est pas mal non plus. Ce "machin", financé par nos impôts via tous les acteurs publics imaginables, a pour mission d'informer le public sur les déplacements dans et autour de la capitale des Alpes. Sa carte de trafic routier, outre quelques soucis de mise à jour, laisse perplexe. Un filet microscopique d'une couleur indéterminable se superpose vaguement au dessin de certaines routes. Une poignée de pictogrammes complète plaisamment le tableau. J'aimerais que mon percepteur soit aussi approximatif.

Les cartes de Bibendum ont accompagné mon enfance aussi trouver Michelin au palmarès des Dalton d'or est une grande déception, un peu comme si on avait dopé une madeleine de Proust au maïs transgénique. Pour indiquer la circulation, le pneumatologue auvergnat s'est contenté de surligner avec un feutre de couleur rougemarronverte les trajets principaux. Résultat, la route de Chamrousse totalement déserte à cette saison possède la même apparence que la rocade pourtant atteinte de thrombose aiguë.

Bison Futé, l'indien adopté par la république française depuis une quarantaine d'années, emploie la méthode dite des peintures de guerre. L'important est d'impressionner l'internaute, le renseigner est accessoire. Prenez une carte simplifiée de l'agglomération de Grenoble, inscrivez quelques noms de lieu à l'aide d'une machine à écrire rachetée d'occasion à la gendarmerie nationale, demandez au chamane le plus proche de choisir quatre ou cinq couleurs aux vertus thérapeutiques et, pour finir, recouvrez de façon aléatoire les grands axes avec ces pigments magiques. Le résultat est élégant, les bouchons introuvables.

Mappy a réutilisé le procédé de Bison Futé. Toutefois, ce site soucieux de rentabilité a fait appel à un chamane "low cost" qui lui a fourni des couleurs au rabais.

Google est lui aussi un adepte des pratiques chamaniques. Toutefois, la firme de Mountain View, manifestement soucieuse de l'accessibilité de ses services par le plus grand nombre, a ajouté une légende. L'enfer, hélas, est pavé de bonnes intentions car la plus grande difficulté pour une daltonien est de relier des couleurs qui apparaissent identiques au commun des mortels. Aussi, malgré la légende, impossible de localiser un bouchon grenoblois sur une carte de Google.

Comme beaucoup de ses confrères, TomTom est très inspiré par les indiens. Outre les peintures chamaniques, nettement plus épaisses que chez Google ou Mappy, le cartographe hollandais a cru bon d'ajouter des flèches. L'effet est plaisant mais, malgré la liste de difficultés sur la gauche de l'écran, je n'ai pas réussi à déterminer quels étaient les trajets les plus roulants.

Malheureusement, un géant emblématique des nouvelles technologies a été exclu du Dalton d'or.
Apple, en dépit d'une compétition féroce avec ses concurrents, a totalement échoué à fournir une information trafic illisible pour les daltoniens. Sa nouvelle application "Plans" propose bizarrement des cartes aisément compréhensibles par tout un chacun.
Tout d'abord, pour éviter de surcharger l'écran, seules les routes encombrées sont rehaussées d'un graphisme supplémentaire. Les voies où la circulation est normale ne sont pas mises en valeur.
Ensuite, le code couleur classique est conservé pour signifier les bouchons. Ce moyen reste le plus efficace pour les personnes dotées d'une vision dite "standard". Pour plus de lisibilité, les couleurs d'encombrement sont très contrastées par rapport à celles représentant les routes.
Enfin, des pointillés, que même une vision monochromatique permet de distinguer, renforcent le tracé des bouchons.
Des pictogrammes bien proportionnés pointent travaux et accidents.
J'ignore si Steve Jobs, en plus d'être myope et dyslexique, était aussi daltonien mais, en tous les cas, Apple a su créer le seul service d'information trafic qui prenne en compte cette particularité de vision.
Dommage, j'aurais aimé remettre un Dalton d'or à l'entreprise à la pomme ...

Coloriquement votre

Références et compléments
- Cette chronique est librement inspirée de questions soulevées par la twittonaute accessologue @Tetue.

- Voir aussi les chroniques
- Toutes les cartes de l'agglomération de Grenoble et de ses bouchons présentées dans ce billet sont des copies d'écran d'iPad réalisées le 5 novembre 2012 aux alentours de 19 heures.

- Le Dalton d'or est un trophée destiné à récompenser les systèmes cassant les pieds aux daltoniens dans leur vie quotidienne.
Les candidatures au Dalton d'or sont les bienvenues et peuvent être envoyées à l'auteur de ce blog qui démocratiquement délibérera seul en son âme et rétine.

- La dyschromatopsie, appelée couramment daltonisme, est une anomalie de la vision dans laquelle un ou plusieurs des trois types de cônes de la rétine oculaire, responsables de la perception des couleurs sont déficients.
Environ un homme sur douze et une femme sur deux cent ont les cônes qui déconnent.
Pour plus de détails se reporter aux articles Wikipedia sur le daltonisme en français et en anglais.