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mardi 15 mars 2016

Le livre va-t-il connaître le sort enviable du balai ?

Un dessin circulant sur le web a retenu mon attention.

Un balai et un livre légèrement éméchés sont accoudés à un bar devant des bières.
À l’arrière plan, des passants dans la rue ont le regard vissé sur leur smartphone.
Le balai dit à son camarade manifestement dubitatif « relax mon ami, ils ont inventé l’aspirateur et pourtant je suis encore là … ».

Ce croquis illustre la difficulté de transformer une nouvelle technologie en succès commercial.



L’aspirateur n’a pas su balayer le balai

Jusqu’au début du XXème siècle, le balai jouissait depuis des lustres immémoriaux d’une exclusivité sur le marché de la lutte contre la poussière.

L’aspirateur électrique, invention des ingénieurs britanniques Booth et Griffiths, a changé la donne. Plumeaux et autres brosses ont du céder du terrain.
Toutefois, un bon siècle plus tard, force est de constater qu’il n’y a toujours pas un aspirateur par logement, à l’inverse des balais.

La résistance des écouvillons s’explique aisément.
Pour être acheté, un produit doit persuader ses futurs clients que les avantages d’usage, d’image ou d’estime qu’il va leur procurer dépasseront les inévitables inconvénients, au premier rang d’entre eux le prix.

À cette aune, le balai excelle.
Il rend un service basique avec une mise en route instantanée et un espace de stockage réduit pour un coût modique.
En quelque sorte, du nettoyage low cost, l’EasyJet de la chasse aux moutons !

Son concurrent électrique est plus extrémiste.
Bien qu’étant un véritable aimant à poussière, il vaut toutefois 10 à 100 fois plus cher que son compétiteur ancestral.
Plus lourd à manier, il doit être branché ou rechargé mais aussi vidé régulièrement. De surcroît, il requiert un rangement.
Le bilan avantages - inconvénients n’est pas aisé à établir. L’efficacité de nettoyage est contrebalancée par un usage moins aisé et un prix plus élevé.
Tous comptes faits, Dyson ressemble plus à Audi qu’à Google.

L’automobile a aspiré les fiacres

Nombreux sont les produits ou services ancestraux que les révolutions industrielles successives ont expédié aux oubliettes.

Lorsque l’automobile sort des limbes à la fin du XIXème siècle, les véhicules hippomobiles ont à leur actif sensiblement 3 000 ans de bons et loyaux services dans le transport.
Dans les grandes villes, les fiacres, particulièrement bien adaptés aux boulevards nouvellement tracés connaissent le succès d’Uber aujourd’hui.
Et pourtant, en peu de temps, les taxis les balaient. En 1914, ils jouent même un rôle décisif à la bataille de la Marne, acheminant en un temps record des troupes au plus près de la ligne de feu.

La raison de cette victoire par KO est là encore à rechercher dans le bilan avantages - inconvénients.

La voiture a provoqué une rupture en termes de vitesse et de rayon d’action.
Si la bagnole est plus chère à l’achat qu’un bourrin et une carriole, son entretien est beaucoup plus frugal que celui d’un canasson. Pour le dire avec les anglicismes actuels, le total cost of ownership a été très rapidement en faveur de l’automobile.
De plus, l’auto a contribué à rehausser le statut de son conducteur.
Ajoutons aussi au rayon des avantages le ramassage du crottin dans les rue devenu inutile.
Excepté les émissions de CO2 qui ne nous intéressent que depuis peu, le cheval n’a rien eu à opposer à la voiture, d’où sa relégation.

Le livre papier, future lampe à pétrole ou futur balai ?

Les becs de gaz, le papier carbone, les porteurs d’eau ainsi que bien d’autres produits et professions ont connu des coups de balai tragiquement analogues.

Quel sera le sort du livre face aux alternatives digitales ?
Difficile à dire mais il est probable que si les prix des e-books ne baisse pas plus et que les verrous numériques qui plombent la facilité d’usage subsistent, la bibliothèque rejoindra le placard à balai.

Balayagiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique « l'irrésistible attrait du livre électronique » qui propose un éclairage très différent voire contradictoire.

- Je n’ai pas réussi à déterminer avec certitude l’origine du dessin. Il semblerait qu’il s’agisse du site espagnol chistes21.com.

- Article Wikipedia en anglais sur l’histoire de l’aspirateur.

- Les premières traces archéologiques de voitures à cheval sont celtiques. Elles datent du premier âge du fer, un sympathique millier d'années avant notre ère.

lundi 6 avril 2015

Copinages, concubinages, compagnonnages - Petit lexique du couple

La défiance des français pour les institutions est devenue si forte que beaucoup d'entre nous n'éprouvent plus le besoin de comparaître devant Monsieur le Maire et Monsieur le Curé pour officialiser, à la ville et au monde, leur union.
Tout au plus, certains consentent à se présenter subrepticement à un greffier de tribunal d'instance pour enregistrer leur pacte civil de solidarité, mieux connu sous son acronyme PACS.

Ces changements sociologiques profonds ont des conséquences lexicales insoupçonnées.

Personne ne parle plus de concubinage.
Ce terme vieillot a notoirement succombé à ses connotations péjoratives. Qui oserait encore désigner l'homme ou la femme de sa vie (de couple, du moment) avec les termes concubins et concubines ?

Malgré l'évocatrice expression camarade de jeux et une origine commune avec le mot chambre, le et la camarade sont partis avec le Mur de Berlin et l'URSS peupler les poubelles de l'Histoire.
Dommage, car ce terme, invariable quel que soit le genre, est porteur d'une symétrie homme-femme très moderne.

Pour sa part, connaissance, vieilli et biblique, a subi les lents et irrémédiables déclins de la noblesse française et de l'imparfait du subjonctif.

Conjoint, très juridique, est réservé à certains formulaires ou actes administratifs où, manque de place et politiquement correct aidant, ce vocable a le bon goût d'afficher une neutralité du meilleur aloi.
Son féminin, conjointe, peine à se faire une place en dehors des analyses statistiques et du Scrabble.

Le PACS n'a pacs suscité d'autres néologismes que lui-même et l'hideux verbe se pacser.
Pourtant, mutualiser gîte, couvert et couche avec une pacsette, une pacssoire, un pacssif ou un pacssant constitue un palpitant objectif de vie.

Les jeunes couples allergiques aux greffiers de tribunaux d'instance optent résolument pour les termes copain et copine précédés d'un déterminant possessif.
Manifestement, l'intimité avec sa copine est plus prononcée qu'avec une copine quelconque.
Le terme copain est issu du latin cum panis, celui avec qui l'on partage le pain. Par voie de conséquences, je me suis toujours interrogé sur l'étymologie du mot copine, surtout si cette dernière est employée par un centre équestre.

Ami et amie, bien que toujours usités, tendent à revenir vers leur acception originelle et platonique.
Petit ami et petite amie sont franchement ringards. Bonne amie, définitivement datée, s'enfonce dans la désuétude.
Ces appellations métaphoriques s'avèrent trop fleur bleue pour notre époque décomplexée.

Le seul intérêt des termes amant et amante est de garantir un coup de vieux.
Évoquer son amant ou son amante vous inscrit d'office au fan club d'Honoré de Balzac ou de Stendahl.
Ces deux vocables sont désormais réservés aux échange strictement horizontaux et inavoués, donc inavouables.
Maîtresse les a précédé dans le magasin des accessoires hors d'usage.

Au fil de la vie, le copinage fait place au compagnonnage. L'âge aidant, la copine devient compagne et le copain compagnon.
Étrangement, la compagnonne ne fait pacs recette. Serait-ce parce que la gent masculine préfère ses partenaires en pagne plutôt que lionnes ?
Dans mon entourage, aucune paire notoire ayant franchi le cap de la quarantaine n'utilise plus les expressions mon copain et ma copine.
Toutefois, même si cette séparation sémantique est nette, je n'ai pacs réussi à déterminer la date de péremption de copine.
Y aurait-il, un jour précis, une cérémonie initiatique, dans l'intimité de l'alcôve, durant laquelle la femme se débarrasserait de ses oripeaux usés de copine en un strip-tease torride pendant que son concubin revêtirait une parure neuve et seyante de compagnon ?
N'ayant pacs eu l'opportunité de pratiquer personnellement cette transformation, j'apprécierais que les lecteurs éclairent ma lanterne sur ce point.

Les couples mariés compensent leurs chaînes légales, et parfois religieuses, par une richesse lexicale sans égale. L'ancienneté et le prestige du statut matrimonial officiel confère de menus privilèges qu'il convient de savoir savourer.
Les termes mari, époux, femme, ou épouse, avec ou sans déterminant possessif, sont parfaitement interchangeables.
Fort heureusement, les vocables légitime et bourgeoise n'ont plus cours pour caractériser la moitié du marié.
Néanmoins, dernier reste de machisme ancestral, trop peu d'épouses appellent leur conjoint mon homme.

Copinement votre

Chronique rédigée le lundi de PACS

dimanche 15 juin 2014

Notre système politique date des diligences

La démocratie parlementaire représentative qui, au fil de l’histoire, s'est imposée en Europe, en Amérique du Nord et dans bon nombre d’autres pays est désormais à bout de souffle. La montée généralisée des populismes en est le symptôme le plus flagrant.

Ce système, après de longues prémisses en Islande et surtout en Angleterre, s'est généralisé au XVIIIème siècle à partir de la Suède, des tous neufs États-Unis et de la France.
Sa forme actuelle a émergé grosso modo entre 1720 et 1800. Le XIXème siècle a raffiné et stabilisé les modes de fonctionnement qui n’ont plus guère évolué par la suite.

Beaucoup d'états, à l’instar de la France, ont connu plusieurs constitutions successives.
Toutefois, ces différentes moutures ont toujours conservé l'architecture générale du parlementarisme, se contentant de modifier à la marge les modes de scrutin et la répartition exacte des pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires.

Vers 1780, lors de la naissance des régimes parlementaires, l’Europe était encore très proche du Moyen-Âge.

L'économie, essentiellement agricole, reposait sur les grands propriétaires fonciers et les corporations.
Le capitalisme moderne restait encore balbutiant et la Révolution Industrielle n'avait véritablement commencé qu’en Grande-Bretagne.

Les médias se limitaient aux gazettes et aux livres, à la diffusion lente et coûteuse.
En France, ils ne pouvaient toucher que 4 hommes et 2 femmes sur 10. Le reste de la population ne savait ni lire, ni écrire.
Moins d'un homme sur 100 accédait à ce que nous nommons aujourd'hui l'éducation supérieure.

Le cheval et la diligence étaient les seuls moyens de transport sur longue distance. Lyon et Marseille se situaient alors respectivement à 5 et 9 jours de Paris. Les communications étaient limitées à la malle-poste qui utilisait les même moyens d’acheminement.

La France comptait alors entre 20 et 25 millions d’habitants, dont plus de 4 sur 5 vivaient à la campagne. Désormais, 5 français sur 6 habitent en zone urbaine.
L'espérance de vie à la naissance oscillait entre 30 et 40 ans, contre presque 85 maintenant.

Dans les familles, épouse et enfants se soumettaient à l’autorité du chef de famille qui décidait de la vie de tous ceux qui logeaient sous son toit.
Domesticité ainsi que fermages et métayages aux conditions très dures mettaient plus des deux tiers des français en situation de sujétion et de dépendance.
Si la Révolution Française a beaucoup fait évoluer le droit dans ces domaines, elle n'a que peu changé la réalité quotidienne. Ce n'est qu’au XXème siècle que le salariat et le travail industriel sont devenus majoritaires.

Dans les années 1800, la réunion d’assemblées parlementaires en sessions régulières et leurs mécanismes d'élection, d'élaboration des textes législatifs, de décision et de censure représentaient une vraie modernité bien adaptée à la société et au rythme d'alors.
Ils mirent fin, avec beaucoup de cahots et de chaos, à l'absolutisme féodal et permirent aux libertés et aux protections sociales de se développer.

Aujourd'hui, nous évoluons dans un univers très différent, en mutation constante, marqué par l’explosion urbaine, l'universalité du capitalisme, l'abolition des distances, l'accélération du temps, l'abondance de l’information et la montée de l’individu.
L'ADN du parlementarisme traditionnel ne recèle que peu de maillons aptes à relever ces défis.

Une mise à jour en profondeur du code génétique de nos institutions s'avère indispensable.
Je souhaite de tout cœur que la génération des “digital natives” ne se limite pas à mettre notre société cul par dessus tête mais en profite aussi pour inventer, dare-dare, de nouvelles organisations politiques adaptées à notre temps. Nous en avons un urgent besoin.

Démofuturiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
. Une voiture est-elle moins chère qu'un cheval sous Louis XV ?
. La nourriture est-elle moins chère que sous Louis XV ?
. Généalogie de la croissance. Quand l'histoire familiale raconte l'économie et la démographie
. Quelles sont les professions menacées par la troisième révolution industrielle ?
. Quelles sont les racines de l'extrême-droite populiste ? Comment la faire reculer ?

mardi 1 octobre 2013

Banc d'essai des textes réglementant le travail du dimanche

Ma récente chronique consacrée au labeur de nuit et du dimanche en France ayant suscité de nombreux débats parmi mes fidèles lecteurs, j'ai eu l'idée saugrenue d'aller fureter sur l'excellent site web Legifrance - "service public de diffusion du droit" - pour y examiner les textes législatifs et réglementaires traitant du repos dominical des travailleurs.
Le résultat est édifiant et je vous invite à le juger sur pièces.

Le titre III du Code du Travail commence de façon élégante et limpide avec l'article L3132-3 chef d'œuvre de concision "dans l'intérêt des salariés, le repos hebdomadaire est donné le dimanche".

Toutefois, avant même que l'encre ayant servi à rédiger ce joli principe soit sèche, les législateurs ont attaqué l'absinthe et les champignons mexicains à forte dose et se sont empressés de créer illico une kyrielle d'exceptions que Prévert et son raton-laveur n'auraient pas désavoué.

La liste des salariés publics et privés qui ont le droit, et souvent même le devoir, de ne pas travailler le dimanche est longue comme plusieurs jours sans pain.
En voici un très court extrait, n'ayant pas réussi à repérer la totalité des décrets, arrêtés et circulaires autorisant des personnes nommément désignées à sauter la messe, le repas de famille et l'émission de Michel Drucker pour le plus grand bien de la croissance économique.

- Les exécutants de travaux nécessaires pour organiser des mesures de sauvetage, pour prévenir des accidents imminents ou réparer des accidents survenus au matériel, aux installations ou aux bâtiments (article L3132-4).
Il ne faut évidemment pas confondre ces travailleurs avec les exécutants de travaux dans les ports, débarcadères et stations qui ont tout autant le droit d'échapper au repos dominical mais en vertu de l'article L3132-6.
Par solidarité, les inspecteurs de la sécurité des navires et de la prévention des risques professionnels maritimes effectuant des visites de sécurité des navires au titre du contrôle par l'Etat du port sont soumis au même régime (décret n° 2012-671 du 4 mai 2012).
Patriotiquement et selon l'article L3132-9, les exécutants de travaux intéressant la Défense Nationale rejoignent le dernier jour de la semaine la cohorte de leurs collègues cités précédemment. J'en déduis que Jean-Yves Le Drian, actuel ministre de la guerre au Mali, n'est nullement intéressé par le bricolage, sinon Castorama pourrait ouvrir toute la semaine.

- Les équipes de suppléance comme leur nom l'indique sont là pour suppléer, y compris le jour du Seigneur (article L3132-14).

- Les personnels présents sur les stands des exposants dans l'enceinte des expositions, foires ou salons figurant sur une liste déterminée (par qui ?) peuvent s'exposer le dimanche comme la semaine (article L3132-29).

- Les employés des industries traitant des matières périssables ou ayant à répondre à un surcroît extraordinaire de travail (article L3132-5).
Avec une telle définition, les trois quarts du peu qu'il reste de l'industrie française peuvent se préparer au 7/7.

- Les salariés des industries ne fonctionnant que pendant une partie de l'année et dans certains établissements appartenant aux branches d'activité à caractère saisonnier et n'ouvrant en tout ou partie que pendant une période de l'année (article L3132-7).

- Le décret n°2007-1600 du 12 novembre 2007 autorise, exclusivement à Mayotte au beau milieu de l'Océan Indien, le travail dominical des jeunes travailleurs de moins de 18 ans et des apprentis de moins de 18 ans les dimanches et jours fériés.
Ce texte bizarrement omet le cas pourtant essentiel des vieux travailleurs de plus de 62 ans de Saint Pierre et Miquelon.

- Les nettoyeurs et les mainteneurs de locaux industriels (article L3132-8) ainsi que les gardiens et concierges des établissements industriels et commerciaux de plus de 18 ans (article L3132-11) sont appelés à exercer leur art de manière ininterrompue.
Si les locaux abritent des activités fonctionnant en continu alors l'article L3132-10 s'applique et tous les employés sont susceptibles de venir bosser le dimanche, y compris les jeunes.
Ces sympathiques travailleurs subissent le même sort que les personnels du ministère de l'économie, des finances et de l'industrie et du ministère du budget, des comptes publics, de la fonction publique et de la réforme de l'Etat exerçant des fonctions d'entretien, de gardiennage et de restauration (décret n° 2010-1489 du 6 décembre 2010 contresigné par moins de 4 ministres).
Pour un peu, j'en aurais oublié les personnels des services déconcentrés relevant de la direction de l'administration pénitentiaire (décret n° 2008-712 du 17 juillet 2008). Au passage, on notera que le manque de concentration des matons est probablement l'explication de la recrudescence des évasions des prisons françaises.

- Les employés des commerces de détail alimentaires ont la possibilité d'œuvrer le dimanche matin mais pas l'après-midi, Michel Drucker oblige (article L3132-14).

- Les personnels des haras nationaux, qui ne peuvent s'aligner sur les étalons des autres professions, sont, sans discontinuer, aux petits soins du meilleur ami de l'homme par l'entremise du décret n°2006-1292 du 20 octobre 2006.

- Le décret n°2006-970 du 1er août 2006 a validé le labeur dominical des agents de l'Institution nationale des invalides.

- L'article R221-4-1, véritable fourre-tout, empêche la grasse matinée du dimanche de centaines de milliers de salariés employés dans :
. les commerces et services situés dans l'enceinte des aéroports,
. les services de perception des droits d'auteurs et d'interprètes (qui ne sauraient attendre le lundi pour être réglés),
. le service de dépannage d'urgence des entreprises d'installation d'ascenseurs, monte-charge, matériels aéraulique, thermique et frigorifique,
. les bureaux de vente sur les lieux de construction ou d'exposition des promoteurs et agences immobilières,
. les activités liées à la continuité de l'aide et des soins aux personnes dépendantes dans les établissements de services d'aide et de maintien à domicile.
A mon humble avis, les rédacteurs de décrets du Conseil d'État reçoivent une formation très spéciale et imaginent des concours de phrases imprononçables sans respirer.

J'arrête ici mon énumération, elle nous mènerait jusqu'à dimanche prochain et je risquerai de rater Michel Drucker.

Dominicalement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Travail de nuit et du dimanche : camarades législateurs encore un effort !"
- Merci à Bernard, Bruno, Francis, Jean, Joseph, Jean-Claude et Pierre pour leurs discussions passionnées et passionnantes, indirectement à l'origine de ce billet et de quelques autres.
  

jeudi 30 mai 2013

Une voiture est-elle moins chère qu'un cheval sous Louis XV ?

Jusqu'à l'invention du chemin de fer puis du moteur à explosion au XIXème siècle, le cheval était le seul mode de transport terrestre un tant soit peu efficace.

Si, du point de vue des performances, la voiture a surpassé sans conteste le canasson, en est-il de même sur le plan économique ?

Je vous propose d'emprunter la machine à remonter le temps pour examiner cette question.

Vers 1750, dans la région de Rouen, alors que les techniques agricoles commençaient à évoluer et annonçaient la révolution industrielle, les salaires quotidiens des ouvriers s'établissaient à environ une demi livre pour 10 heures de travail, 6 jours par semaine.
Un cheval "d'entrée de gamme" coûtait alors entre 60 et 100 livres, soit 5 à 8 mois de revenu ouvrier.
En "haut de gamme", un destrier avec la force et la prestance pour tirer un carrosse ou transbahuter un officier de cavalerie s'achetait entre 200 et 500 livres, c'est à dire de 1.5 à 3.5 années de travail d'un manœuvre.
Pour posséder un carrosse et sa motorisation équestre, il fallait disposer de 3 000 à 5 000 livres -  20 à 35 ans de labeur ouvrier - suivant que l'on se contentait d'un simple et familial "4 chevaux" ou d'un luxueux "6 chevaux".

Les prix actuels des voitures ne diffèrent guère de ceux pratiqués pour les transports équestres sous le règne de Louis XV.
Renault vend ses Twingo - "4 chevaux fiscaux" - sensiblement 8 000 €, un peu plus de 5 mois de SMIC.
Les berlines s'étagent de 15 000 à 35 000 €, de 1 à 3 ans de salaire ouvrier.
Un Ferrari F12 Berlinetta et une Rolls-Royce Phantom qui valent respectivement 270 000 et 480 000 € - 22 et 40 ans de smicard - s'alignent peu ou prou sur le niveau des carrosses de l'ancien régime.

Si le cheval se compare à l'automobile au niveau de l'investissement, il manque de compétitivité en ce qui concerne les frais de fonctionnement.
Le meilleur ami de l'homme doit se nourrir tous les jours même s'il reste au garage, pardon à l'écurie.
De surcroît, malgré une puissance musculaire que seuls quelques cyclistes professionnels au mieux de leur forme pharmaceutique réussissent à égaler, un bourrin ne peut guère parcourir plus de 30 kilomètres quotidiens.
A l'inverse, une voiture ne consomme que si l'on s'en sert et son rayon d'action n'est limité que par l'épuisement de son conducteur.

Au XVIIIème siècle, suivant l'abondance des récoltes, la ration journalières de paille ou d'avoine pour un canasson valait entre 0.1 et 0.3 livre, soit de 2 à 6 heures de travail ouvrier.
Désormais, une petite voiture nécessite à peu près 2 litres d'essence pour un déplacement de 30 km, soit grosso modo 3 € ou 30 minutes de SMIC, 4 à 12 fois moins qu'un cheval au siècle des Lumières !

Turfico-lasagniquement votre

Références et compléments
Dans la même veine, sur l'évolution des prix et des coûts au fil du temps, les chroniques :

Les données anciennes proviennent du livre "Salaires et revenus dans la généralité de Rouen au 18ème siècle comparés avec les dépenses" publié en 1886 par A. Lefort et reproduit sur le site archive.org.

L'idée d'étalonner (sic) les prix dans la longue durée par des temps salariaux est inspirée du livre de Jean Fourastié & Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).

mercredi 22 août 2012

Chevaux, acier, journaux, disques, livres … à qui le tour ?

La récente sortie de Pierre Lescure, porte-parole désigné par le gouvernement du lobby du show business, « on ne peut pas partir à vau-l'eau et tout consommer gratuit sur internet » procède d’une formidable erreur de perspective.

Le téléchargement et le partage de musiques ou de vidéos est tout, sauf gratuit.
Jusqu’à plus ample informé, ordinateurs, smartphones et abonnements internet sont rarement donnés à titre gracieux. Annuellement, chacun d’entre nous consacre quelques centaines d’euros pour être connecté sur la toile. Ces sommes ne sont pas, ou plus, consacrées à l’achat de disques ou de DVD.
L’essentiel de ce pactole profite aux entreprises dites de « la nouvelle économie ».
Intel, Microsoft, Apple, Google, Free, Orange et quelques autres ont littéralement capturé le chiffre d’affaire d’Universal Music et consorts. Un peu comme si les imprimeurs s’étaient subrepticement emparés de la marge des éditeurs et des libraires.

L’histoire économique regorge de tels glissements de valeur qui, souvent, se terminent par la mort de l’industrie ancienne trop crispée sur son existant.
Trois exemples auxquels nous pensons rarement tellement ils ont pénétré notre quotidien.

La véhicules « auto »-mobiles sont presque venus à bout de leurs concurrents hippomobiles alors que les canassons ont pourtant assuré les déplacements de l’Humanité durant neuf millénaires.

Les fabricants de matières plastiques, à partir de la fin des années 1950, ont fait un tort considérable aux sidérurgistes dont nombre d’usines ont du fermer.
A l’époque de « Lorraine cœur d’acier », je n’ai pas le souvenir que des chanteurs ou des comédiens aient proposé de taxer le plastoc pour maintenir les métallos au boulot.

Dans le domaine « culturel », à partir de l’entre-deux-guerres, la radio puis, plus tard, la télévision ont fourni massivement et « gratuitement » du divertissement et des informations. Ce bouleversement a transformé les chanteurs de rue en espèce en péril et fait fondre comme neige au soleil les effectifs des salles de cinéma et des journaux.

Quelle différence entre ces trois précédents et le téléchargement sur internet aujourd’hui ?

L’establishment français de la « Culture », au lieu de s’adapter à vive allure, tente désespérément de retarder l’échéance avec des gadgets fiscalement coûteux comme l’Hadopi ou la mission de Pierre Lescure. Un château de sable n’a pourtant jamais empêché la mer de monter.
Cette attitude rétrograde dirigera, dans un futur très proche, les retombées économiques du divertissement et de la création artistique vers les héritiers de Steve Jobs plutôt que vers ceux de Charles Cros et de Thomas Edison.

Numériquement votre

Références et compléments
- Sur le même thème, mon appel à François Hollande pour qu'il gracie le premier condamné d'Hadopi
- Article de 01net du 21 août 2012 relatant les récents propos de Pierre Lescure dont est extrait la citation entre guillemets en début de chronique.

mercredi 21 mars 2012

Ce cheval, quel chameau !

Une quatrième chronique djerbienne où Roland, notre guest star préférée, nous fait partager sa difficulté à maîtriser les quadrupèdes pour touristes.


A Djerba, le promène-couillon n'est pas maritime mais terrestre. Dès l'arrivée à l’hôtel, un "rabatteur" aura tenté de vous inscrire pour une randonnée dans l'ile en carriole hippomobile, à cheval ou en dromadaire …

La balade en dromadaire n'étant pas une proposition fréquente sous nos latitudes européennes, j'ai fini par y succomber.
Une heure à l'aller pour rejoindre le marché de Midoun, une heure sur place à admirer les étals de dattes et à marchander deux paires de babouches et une heure pour le retour, le programme vous semblera alléchant et sans risques. Malgré les propositions de changer d'animal à mi-course, pour passer du dromadaire au cheval, vous insisterez pour garder le fier destrier du désert à l'aller comme au retour, c'est tellement plus typique …

Las, n'est pas méhariste qui veut !
Tout d'abord, lorsque l'animal est agenouillé, la "selle" - à vrai dire le bât - est à la hauteur de l'encolure d'un cheval. L'aide du chamelier (j'ai bien cherché, le vocable dromadairier reste à inventer) est précieuse pour réussir à attraper le pommeau, puis à vous hisser sur le dromadaire pourtant placide.
Ensuite, en l'absence d'étriers, il s'agit de bien s'agripper car le bestiau vous propulse d'abord à 45° de l'horizontale en se mettant sur ses pattes antérieures, puis vous assène une vive accélération verticale lorsqu'il se hisse sur ses pattes arrières.
Et là, son pas alternatif vient rapidement rappeler à vos vagues souvenirs que le dromadaire bat l'amble. Votre postérieur s'agite suivant une courbe décrivant un huit caractéristique. La seule façon de s'adapter à cette allure consiste à laisser votre colonne vertébrale osciller en opposition de phase, sans chercher à crisper ses avant-bras sur le bât. Précisons que cet exercice est déconseillé aux personnes avec des difficultés pour enfiler leurs chaussettes le matin ou ayant été tourmentées par leur nerf sciatique.

De retour, après la visite du marché mise à profit pour négocier avec un des touristes du groupe un échange dromadaire contre cheval, vous montez rasséréné et un rien goguenard sur un noble Pur Sang arabe en laissant aux autres le plaisirs de la méharée.
Plus agréables à chevaucher, ces montures sont toutefois un brin nerveuses. Le hennissement d'un congénère au lointain, le bourdonnement d'un taon ou l'arrivée inopinée d'une mobylette suffisent à leur faire prendre le mors au dents. Votre serviteur désarçonné en a fait l'amère expérience et s'est retrouvé sur le sable.

Moralité : passés cinquante ans, sans ancêtre Touareg ou cow-boy, préférez la calèche !

Camelo-djerbiquement votre

Roland Goutay

Compléments
- Contrairement au cheval qui lève en même temps son antérieur gauche et son postérieur droit, le dromadaire et le chameau lèvent simultanément les deux pattes gauches puis les deux pattes droites. Cette allure s'appelle l'amble. Pour aller plus loin : article Wikipedia sur l'amble.