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jeudi 11 août 2016

Pépites francophones en Tunisie

​La Tunisie possède une grande richesse linguistique.
À côté des multiples déclinaisons de l'arabe, le français reste d'usage fréquent.
Mieux même, les tunisiens réinventent sans cesse la langue d'Eugène Ionesco.
Jugez sur pièces.

Pas de pizza réussie sans chompinon, artichoux et ognion !

La médecine quantique, nouvelle discipline prometteuse, est expérimentée en Tunisie. Grâce à elle, votre santé va posséder un sacré spin.

La firme automobile de Sochaux à l'emblème du lion devrait se méfier de sa nouvelle compétitrice bretonne PEUGOET.

L'état américain de l'Oregon est le premier producteur mondial d'origan.

Pour former un couple fusionnel, rien ne vaut un thé partagé avec l'élu(e) de votre cœur.

Ce fait historique est méconnu mais la Tunisie a joué un rôle déterminant lors des débuts de la seconde guerre mondiale.
En effet, le 18 juin 1940, à Londres, pour s'éclaircir la voix et se donner du courage, le général De Gaulle, avant de lancer son fameux appel sur les ondes de la BBC, s'est envoyé derrière la cravate un petit godet d'eau minérale tunisienne.


Francophono-tunisiquement votre

Références et compléments
Voir aussi mes autres chroniques au sujet de la Tunisie.

Toutes les photos ont été prises par mes soins en 2015 et 2016 en Tunisie, principalement à Kelibia.

lundi 18 août 2014

Les annonces automobiles en Tunisie ultime refuge du surréalisme

André Breton, Salvador Dali, Raymond Queneau, Jacques Prévert et quelques autres surréalistes, nous ont prématurément quitté.
Fort heureusement, ils ont laissé des successeurs qui, chaque jour, rédigent des petites annonces de vente de voitures d'occasion en Tunisie.

Jugez sur pièces garanties d’origine.
  • A vendre Mercedes... BEN
  • Avec GPS 6 vitesses
  • A vendre opel cadette
  • Sièges chauffants [...] voiture disponible à Zarsis
  • En parfait état tout les barebrises sont d'origine
  • 2CV presque neuve, son prix est inestimable
  • Moteur en bon état mais naicessitte un peu de travail
  • Chevrolet coupée
  • Golfe 6 avec salle cuire noire
  • A vendre r9 on bonnne etat n'est pas ratee
  • Hayndai sonata toute option turbou
  • Une belle voitures blanche qui a 4 portes qui travaille avec l'ussance
  • Voiture d'une femme en tres bonne etat
  • Très économique et stable sur la route !
  • 5 CheVaux mazout, 90 cheval vapeur
  • Clio chipé essence date de mise en circulation le 07/09/1995 vers la nuit moteur en marche
  • 305 en bon état, moteurs irréprochables bien entretenus
  • Intérieur en semi cuire
  • A vendre voiture ford fiesta essence 5 ch [...] la voiture existe
  • Le mantant n'est pas fix
  • Meganne casquette gasoil bleu bon etat en general
  • Double cle d'origine(codé) et son livre de la maison disponible
  • A vendre une belle Clio bombe cable montage français très propre et en bon état et d'origine moteur et carrosserie très confortables
  • Usage familliale, mouteur mazout jamais coucher, tolla trés propre vente pour besoins d'argent très urgent
  • Super 5 blanche 5 portes 5 ch 5 vitese
  • Phare anti-boyard
  • Voiture d'une dame de prémiere main rouge
Les deux dernières devraient, respectivement, faire plaisir au Père Fouras et au regretté Farhat Hached.

Occasionnellement votre

Références et compléments
- Les textes reproduits dans cette chronique sont certifiés authentiques. Ils proviennent du site tunisien d'annonces en ligne tayara.tn.
L'orthographe et la typographie sont de 1ère main.
- Articles Wikipedia sur l'émission de télévision Fort Boyard et sur Farhat Hached tué peu avant l'indépendance tunisienne par l'organisation terroriste Main Rouge
- Zarsis est une localité du sud de la Tunisie non loin de Djerba où les températures sont rarement scandinaves.

samedi 30 novembre 2013

Plaidoyer pour Philippe Varin qui aurait mérité de garder son chapeau

Philippe Varin, présentement futur-ex PDG de la maison automobile Peugeot Citroën, à l'issue d'un lynchage syndicalo-politico-médiatique, a été contraint, cette semaine, de renoncer à une pension dite chapeau que la famille gouvernant l'entreprise s'était engagé à lui verser.

Trop peu de voix se sont élevées pour défendre cet infortuné patron.
Refusant de me joindre au chœur des hyènes, je vais tenter, à ma façon, de plaider la cause de cet éminent polytechnicien en vous proposant de vous mettre dans la peau de Philippe Varin et d'imaginer l'extrême complication de sa vie professionnelle mais aussi personnelle.

En 2009, ayant restructuré et vendu à un conglomérat indien la dernière compagnie sidérurgique européenne indépendante, Philippe Varin est recruté par la tribu Peugeot pour diriger ses fabriques de voitures.
Il prend alors la tête d'une entreprise dans la tourmente dont les pertes avoisinent 1 000 000 000 €.
Très rapidement, son action est couronnée de succès. En 2010 et 2011, les marques au lion ou aux chevrons repassent dans le vert.

Toutefois, le 8 août 2012, franchissant le cap symbolique de la soixantaine, Philippe Varin se met à envisager sa retraite.
Mu par un sens aigu de la moralité et de la probité tout à son honneur, il se met en ordre de bataille pour rendre la société à ses actionnaires dans l'état où il l'avait trouvé en y arrivant : en déficit !
Compétiteur dans l'âme et perfectionniste compulsif, ce PDG réussit même à exploser la pâle performance de son prédécesseur et termine l'année avec un trou total de 5 000 000 000 €, 25 000 € par salarié.
Creuser aussi rapidement et aussi profondément suppose une activité hors pair, un excellente agilité intellectuelle et une mobilisation de tous les instants.
Au regard de tous ces efforts, le salaire annuel de 1 300 000 € de Philippe Varin me parait plus qu'amplement justifié. Les critiques de ce type de rémunération méconnaissent l'ampleur des défis auxquels sont confrontés les dirigeants des grands groupes.

Malheureusement pour eux, les top managers ne doivent pas se contenter d'exploits professionnels. Leurs trop rares moments de loisirs ne leur appartiennent guère.
Recevoir une rémunération de 3 500 € par jour, dimanches et jours fériés inclus, est aisé. La dépenser est une autre paire de manches !

Prenons quelques instants la place de ce pauvre Philippe Varin, chaque soir vers 22 heures, après une journée harassante consacrée à imaginer comment fermer usines ou services et faire racheter sa boîte par des chinois sans qu'Arnaud Montebourg et les Peugeot y trouvent à redire.
Au lieu de nous affaler dans notre canapé et de siroter une camomille au Canderel en regardant un épisode du commissaire Navarro récupéré sur YouTube, nous voilà forcé de planifier comment, le lendemain, notre famille et nous-même allons pouvoir claquer plus de trois SMIC mensuels et demi avant le coucher du soleil. Cette tâche est d'autant plus ardue que notre contrat de travail nous interdit l'achat de BMW, Porsche et autres Rolls-Royce et que notre entreprise finance l'essentiel de nos repas, voyages et hébergements.

Au bord du burnout, Philippe Varin aurait confié cette semaine à ses confrères du MEDEF qu'il avait accueilli la hollandaise et arlésienne taxe à 75% avec soulagement et qu'il regrettait même son taux bien trop faible et sa mise tardive en application.

Richement votre.

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "hôpital Montebourg vs charité PSA ?"  et "face au CAC, le SMIC prend une claque !".
Le billet "les constructeurs automobiles devraient cesser de faire des voitures" revient sur la méforme actuelle des constructeurs automobiles français.

- Mes remerciements chaleureux et amicaux aux deux détonateurs de cette chronique consacrée aux malheurs des riches, Alain et Jean, très élégant dans sa nouvelle nuisette.

- Les chiffres, arrondis pour faciliter la compréhension, sont issus des rapports financiers officiels de la maison PSA Peugeot Citroën.

- D'après Wikipedia, Philippe Varin serait né le 8 août 1952 à Reims.
  

dimanche 17 novembre 2013

Les constructeurs automobiles devraient cesser de faire des voitures

Depuis 2008, la construction automobile européenne, et tout particulièrement française, connait une très mauvaise passe, avec pour conséquences de multiples restructurations et pertes d'emplois.
Au delà de la conjoncture difficile, cette méforme, sur le vieux continent, du secteur emblématique de la seconde révolution industrielle semble être appelé à durer.
Les fabricants de voitures, à l'exclusion des trois allemands spécialisés dans les véhicules de luxe, peinent à s'adapter aux évolutions de leur clientèle.
Pour modeste preuve, mon récent et décevant contact avec un concessionnaire.

La semaine dernière, le commercial d'une marque française à l'emblème géométrique m'a appelé pour me proposer découvrir un modèle susceptible de m'intéresser. Le bonhomme étant sympathique et m'ayant vendu ma voiture actuelle, je me suis rendu à son invitation.

Le marchand d'autos débuta le rendez-vous en m'annonçant fièrement qu'il m'imaginait aisément conducteur et propriétaire d'une bagnole appartenant à l'étrange catégorie des crossover dont j'ignorais jusqu'alors l'existence.
Cet engin bizarre, nettement plus grand que mon petit monospace urbain actuel, possède un style agressif, rehaussé par des coloris voyants, une calandre massive ainsi que des roues hautes et larges. De surcroît, il est affublé d'un nom fleurant bon la chasse et l'univers carcéral.

Je dépitais mon hôte en lui expliquant que je n'envisageais pas une seule seconde de consacrer une quelconque fraction des revenus familiaux dans l'acquisition et l'entretien d'un tel cheval de rodéo.

Soucieux d'atteindre son objectif commercial personnel, le vendeur me suggéra alors un autre modèle, baptisé du prénom de la muse grecque de l'Histoire et entièrement repensé par le constructeur l'année dernière.
Les déconvenues continuaient.
Je découvrais une petite berline manifestement conçue par la même équipe de designers à haute teneur en testostérone que le crossover, avec des teintes tout aussi peu agréables pour un daltonien, sans compter des flancs et une calandre sortis d'un tonneau de dopants pour cyclistes.

Malgré ma répulsion esthétique, j'acceptais, à contrecœur, d'essayer ce véhicule au patronyme mythologique.
Dans son argumentaire, le commercial losangé mettait en avant "l'équipement haut de gamme" comprenant notamment une "centrale de bord avec tout : bluetooth, GPS et USB !"
Aussi, m'étant rendu compte très rapidement que volant, pédales, levier de vitesse et clignotants fonctionnaient à merveille, je m'arrêtais deux pâtés de maisons plus loin pour connecter mon smartphone au système audio de la voiture.
Je mis en marche la dent bleue de mon téléphone à tête de pomme et enjoignis l'autoradio de s'y relier.
Ce dernier, pendant trois minutes d'horloge, m'assura d'être en train "d'établir la connexion avec un nouveau périphérique" avant de jeter l'éponge et de m'inviter à réitérer l'opération.
À l'issue de la troisième tentative, à l'instar de la "centrale de bord", je jetais ma propre éponge et ramenais le véhicule de démonstration à la concession où j'annonçais au vendeur déçu que je ne lui passerais pas commande dans un terme prévisible.

Perturbé par cette expérience, en rentrant chez moi, j'observais attentivement les voitures autour de moi, ce que je ne fais plus depuis de nombreuses années.
À ma grande surprise, j'ai découvert que les autos récentes ornées d'un lion ou de deux chevrons ont subi la même dérive machiste et m'as-tu-vu que celles frappées d'un losange. Ne parlons pas d'Audi, BMW et Mercedes dont c'est la déprimante marque de fabrique.
La crise semble avoir poussé les constructeurs à revenir à ce qu'ils savent faire de mieux : créer des voitures pour les personnes intéressées, voire passionnées, par l'automobile.
Malheureusement, leur nombre est en constante diminution.

Enfant, les adultes de mon entourage débattaient passionnément sur les mérites respectifs de la Renault R16, de la Citroën DS et de la Peugeot 504. Je participais parfois à ces joutes verbales et était alors incollable sur les différents modèles proposés à la vente.
Plus tard, jeune salarié, mes deux premières voitures, une Renault R5 puis une Peugeot 205, me procurèrent une vraie joie. D'ailleurs, jusqu'aux années 1990, l'achat d'un nouveau véhicule entraînait inévitablement l'organisation d'un pot pour ses collègues de travail.
Petit à petit, mon intérêt pour l'automobile a fondu, sans que je sache très bien expliquer pourquoi.
Aujourd'hui, j'utilise ma voiture quotidiennement tant pour me rendre à mon travail que pour ma vie personnelle et mes loisirs. C'est un indéniable et indispensable élément de liberté, de praticité et de confort, mais plus du tout un objet d'enthousiasme.

Les constructeurs automobiles devraient se rappeler que crossover signifie mot à mot "croix dessus". C'est la décision que trop de leurs clients prennent au moment de renouveler leur véhicule.
Si ces entreprises veulent regagner les cœurs et les faveurs commerciales des gens dans mon style, elles devraient focaliser plus sur l'usage et son imaginaire plutôt que sur l'objet.
C'est à dire ne plus créer de voitures, pour, à la place, inventer et nous vendre des mobilités dont nous avons, tous, différemment, envie et besoin.
Je crains que, comme la plupart des grosses organisations, elles n'aient ni l'agilité ni la sociologie pour changer radicalement de point de vue.

Les catastrophes industrielles et sociales risquent donc, hélas, de se poursuivre encore longtemps.
Les innovations qui bousculent et détruisent un secteur économique établi commencent toujours par séduire subrepticement les non-clients et les mal-clients, bien avant de convaincre et d'emporter, dans un second temps, le cœur du marché traditionnel.

Mobilement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "canassons et chevaux fiscaux, même combat !" consacrée à la comparaison entre le coût actuel d'une voiture et celui d'un cheval sous Louis XV.

- Les 3 véhicules dont il est question dans ce billet sont, par ordre d'entrée en scène, les Renault Captur, Modus et Clio IV.

- La traduction non littérale de crossover est croisement ou hybridation. Je n'ai franchement pas compris en quoi cette métaphore génétique s'appliquait à des automobiles trop voyantes et d'un autre âge.
  

lundi 15 avril 2013

J'ai tué la librairie Arthaud de Grenoble

La semaine dernière, stupéfait, j'ai appris, que la librairie Arthaud - le temple du livre au centre-ville de Grenoble - allait prochainement fermer ses portes et licencier son personnel. Sur l'ensemble de la France, le groupe Chapitre s'apprête à supprimer 12 points de vente sur 57, c'est à dire 257 emplois.
D'après la presse, la librairie Decitre - autre institution grenobloise située à quelques encablures - ferait aussi face à des difficultés économiques.

Sous le coup de l'émotion, j'ai été à deux doigts de signer une pétition en ligne demandant à l'actionnaire principal d'Arthaud de revenir sur ses décisions. Toutefois, je me suis rapidement ravisé.

Lecteur compulsif, il y a une décennie, je fréquentais ces deux librairies une à deux fois par mois.
Je n'ai plus effectué d'achat chez Arthaud depuis environ 3 ans et je n'entre plus chez Decitre qu'annuellement.
Trois raisons m'ont poussé, petit à petit, à ce changement :

- J'achète désormais mes livres essentiellement sur internet.
Le web ne ferme jamais, je peux effectuer mes emplettes quand bon me semble, surtout le soir et le week-end.
Le choix y est immense, même les titres les plus rares se trouvent aisément. En outre, le moteur de suggestion d'Amazon fournit d'excellents conseils.
Cerise sur le gâteau, le système du "neuf d'occasion" offre des rabais substantiels très en deçà du classique 5% sur le prix facial.
Et, comble du luxe, les bouquins me sont livrés à domicile.

- Depuis l'été dernier, j'ai commencé à prendre l'habitude de lire des versions électroniques.
J'ai désormais dans ma poche une bibliothèque conséquente. Fini les bagages pesants lors des voyages !
Grâce à quelques échanges et un peu de malignité, j'ai obtenu une bonne centaine de livres immatériels pour trois francs, six sous.

- J'habite et travaille dans deux banlieues de Grenoble. L'accès au centre-ville où sont situées les deux librairies-phare est de plus en plus malaisé. Se rendre place Grenette est devenu une corvée à laquelle je me soustrait autant que faire ce peut.

Au fil du temps, conjointement avec beaucoup d'autres personnes se conduisant peu ou prou comme moi, je me suis transformé en assassin de la librairie Arthaud.
Un commerce, même culturel, a besoin de clients pour vivre. Si nous devenons trop nombreux à déserter les rayonnages, l'issue tragique est malheureusement inéluctable.

A bien y penser, j'ai, au cours de ma vie adulte, contribué au déclin ou à la disparition de nombreux autres emblèmes.
Trois exemples au sein d'une liste immense de crimes économiques :

- Étudiant, j'ai eu un compte en banque puis une voiture au moment où les automates se développaient. J'ai ainsi concouru, avec ardeur, à l'élimination des guichetiers et des pompistes.

- Jeune père de famille, dès que mes moyens me l'ont permis, je me suis acheté la berline de mes rêves d'alors, une Renault R21 5 portes !
Aujourd'hui, lorsque j'en croise une, je m'interroge sur la mouche bizarre qui m'avait piqué à l'époque.
Je roule maintenant en petite citadine, je consacre à la voiture une part de mon budget plus faible qu'il y a 20 ans et ne m'intéresse plus du tout à l'actualité automobile.
Ce faisant, j'ai précipité l'agonie de Peugeot, de Renault et des équipementiers.
Roulant moins, avec un véhicule nettement plus économe, j'ai saigné au passage quelques raffineries.

- Soucieux d'économies mais parfois aussi de consommation dite responsable et de recyclage, le contenu en acier de mes achats baisse au fil des ans.
En conséquence, mes forfaits incluent quelques coups de poignards appuyés à la sidérurgie lorraine et nordiste.

Contrairement au discours ambiant, nous sommes, par nos comportements d'achat, les premiers responsables de la crise persistante débutée avec le premier choc pétrolier de 1974.
Préserver coûte que coûte les activités traditionnelles n'empêche pas leur dépérissement.
Les clients, que nous sommes tous, sont des êtres impitoyables qui, d'un simple coup de tête, peuvent mettre à terre une industrie séculaire.

Criminellement votre

Post Scriptum août 2016
Cette chronique a été rédigée au printemps 2013. Après de nombreuses vicissitudes la librairie Arthaud de Grenoble n'a pas été fermée mais reprise. À ce jour, elle continue à fonctionner.
Même si le titre de ce billet n'est plus approprié, cela ne change rien sur le fond de cette analyse ni sur l'avenir très sombre des grandes librairies de centre-ville.


Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "l'attrait irrésistible du livre électronique", "le coût de l'écrit s'effondre !" et "l'édition s'industrialise".

- Une fois de plus, mes remerciements à Jean le détonateur.

lundi 25 février 2013

Un monde sans droits d'auteur, ni brevets est possible

La propriété intellectuelle, c'est le vol !
Daniel Cohen (d'après P.J. Proudhon)
La protection apportée aux créateurs par les droits de propriété intellectuelle craque de toutes parts.
La profusion de téléchargements prétendument illégaux sur internet, mais aussi le succès des médicaments génériques ou la multiplication des contrefaçons en tous genres n'en sont que les exemples les plus flagrants.

Ce superbe système, né dans l'Italie de la Renaissance et développé avec la Révolution Industrielle, est à bout de souffle car les moyens de copie sont devenus simples et bon marché.
Données et informations sont presque totalement dématérialisées ce qui rend leur duplication quasi-gratuite.
Mais même, dans le monde physique, les moyens d'analyse et de reproduction sont sans cesse plus performants. Ainsi, le coût des imprimantes 3D s'écroule. Investissement industriel onéreux dans les années 1980, une machine à contretyper des objets en plastique ou en métal ne vaut plus que quelques milliers d'euros l'unité.

Face à cette déferlante, plutôt que de tenter de vaines opérations de colmatage, les acteurs et entreprises concernés devraient délibérément se projeter dans un monde sans aucun brevet, ni droit d'auteur, ni marque déposée où chacun pourra, impunément, copier ce que bon lui semble !
Une partie du secteur informatique a su saisir la balle au bond et créer des business rentables autour du logiciel libre.
A l'inverse, l'édition musicale ou littéraire refuse de voir cette réalité en face et s'empêche de faire évoluer son modèle entré en dégénérescence.

Imaginons ensemble quatre pistes permettant d'innover et de prospérer lorsque, dans un futur très proche, la propriété industrielle et artistique aura définitivement disparu.

Première piste : baisser les prix
Même si les opérations de reproduction deviennent de plus en plus faciles, elles ne seront jamais totalement gratuites en temps et en argent. Personne de rationnel ne prendra la peine de copier quelque chose qu'il est aisé et peu onéreux d'acquérir.
Cette méthode recèle une contrainte digne de Monsieur de la Palice : pour vendre durablement bon marché, il est impératif de produire très peu cher. Autrement dit, pour éviter que vos fidèles cassent trop vos marges, vous devez avoir des coûts bas !
Pour réussir ce tour de force, des méthodes de production très innovantes par leur économie de moyens et des circuits de distribution courts et frugaux sont indispensables.
Un avis de tempête plane donc au dessus de la tête des intermédiaires traditionnels. Grossistes et éditeurs ont du mouron à se faire. Demain, les écrivains ou les musiciens qui sauront s'auto-éditer ou s'auto-produire disposeront d'un avantage compétitif décisif sur leurs confrères devant rémunérer coachs et imprésarios.

Seconde piste : (re)créer des exclusivités appréciées
Une fois encore, Monsieur de La Palice nous indique la marche à suivre. Pour ne pas être copié, il suffit de se débrouiller pour que chaque production soit originale.
Le meilleur exemple que je connaisse est celui des tableaux "noirs" du peintre Pierre Soulages. Cet artiste a éclos vers 1950 au moment où la photographie et l'impression en couleur s'amélioraient nettement en qualité et en coût. En jouant avec la texture et le relief de sa peinture monochrome, Soulages a su créer un style strictement impossible à reproduire. Pour apprécier ses œuvres, il est nécessaire se trouver physiquement devant elles. De la peinture-théâtre en quelque sorte.
L'éphémère est une façon ancestrale d'obtenir de l'exclusivité.
Le sport professionnel est désormais l'industrie de divertissement la plus florissante et n'a aucun souci de piraterie. Chaque compétition est unique et le suspens vis à vis du résultat fait partie intégrante du spectacle. Regarder un match en différé en connaissant le résultat n'a pas le même charme que de le suivre en direct. Les vidéos de meilleurs buts, abondantes sur internet, ne posent aucun problème aux producteurs sportifs, leur fonction principale est de servir de bande-annonce pour les rencontres à venir.
La diffusion numérique de musiques et de films étant devenue, de facto, totalement gratuite, chanteurs et acteurs vont devoir monter beaucoup plus fréquemment sur scène où le spectacle de chaque soir est, par essence, différent de celui de la veille. Cela leur permettra de gagner leur vie et celle de leurs assistants mais aussi de financer leurs enregistrements qui resteront clef pour leur notoriété. Dans un avenir très proche, au lieu que les musiciens soient produits par les maisons de disque, ce sont eux qui décideront de rémunérer les services de support dont ils estimeront avoir besoin.
De même, le genre littéraire du feuilleton pourrait bien connaître une seconde jeunesse. Les auteurs distilleront, chaque jour, à des fans ayant payé pour une "avant-première", quelques paragraphes de leur dernier opus.
Personnaliser le produit pour chacun des clients est une autre manière de s'assurer une exclusivité. Là encore, seuls des moyens de productions et de circuits de distribution très agiles permettront ce tour de force.
Demain ou après-demain, au lieu de commander une "deux cent quelque chose" à Peugeot, je m'adresserai à l'usine de Sochaux pour obtenir une petite berline avec autant de places que de portes et qui possédera un arrière de Lada afin que je passe pour un type de gauche sur le parking du boulot et une calandre de BMW mâtinée de Mercedes pour faire enrager mes voisins. Il est peu probable que cette merveilleuse création attire envieux et copieurs. Les fabrications du Doubs auront d'autant plus de clients qu'elles seront capables de proposer des cocktails automobiles très variés. Bien entendu, dans le même temps, d'autres personnes préféreront une voiture générique à prix très bas.
Toutefois, être exclusif n'entraîne pas automatiquement le succès. Par exemple, en France, les compétitions de cricket rassemblent nettement moins de téléspectateurs que les matchs de football. En Inde, c'est nettement l'inverse. Dans les deux cas, l'immédiateté et le suspens sont identiques mais les goûts diffèrent entre Grenoble et Bangalore. S'adapter aux besoins et envies des clients potentiels est et restera le moteur du commerce.
Bientôt, l'image, reproductible à l'envi, ne permettra plus la différentiation et l'attractivité qu'elle assure aujourd'hui. Imprimer une virgule ou trois bandes sur un T-shirt sera bientôt inutile pour pousser prix et ventes vers le haut puisque chacun pourra le faire sans risque. Les arguments de vente devront se focaliser de plus en plus sur l'usage et l'expérience des clients.

Troisième piste : se recommander de tiers de confiance
Les marques se sont développées parallèlement à l'avènement de la consommation de masse car leur fonction est, en théorie, de garantir les caractéristiques que les clients ne peuvent facilement vérifier par eux-même.
Par exemple, je choisis pour la voiture évoquée ci-dessus des pneumatiques ornés d'une figurine obèse au nom latin car je suis persuadé, à tort ou à raison, qu'ils assurent un meilleur freinage d'urgence. Je n'ai à ma disposition aucun moyen pratique de tester cette prouesse et, en l'absence d'accident grave, rien ne vient contredire ma conviction.
Si les marques ne peuvent plus être déposées, des alternatives devront attester les performances essentielles, notamment la sécurité, des produits qui nous tiennent à cœur.
Ce besoin émerge déjà. En effet, comment, aujourd'hui, croire les promesses de marques qui confondent bœuf et cheval, qui font appel à une cascade de sous-traitance ou dont les génériques sont vendus bien meilleur marché ?
Traçabilité et certifications effectués par des tiers de confiance, comme AFNOR ou Veritas, jalonnent et jalonneront de plus en plus de fabrications, grignotant ainsi, petit à petit, une valeur ajoutée jusqu'alors dévolue aux titulaires des droits de propriété intellectuelle.
Malheureusement, ces contrôles sont matérialisés la plupart du temps par une marque spéciale. Comment procéder lorsque tous les logo deviendront recopiables ?
Le problème est en fait déjà résolu. Les opérateurs de réseaux d'électricité, de télécommunications et de banque savent parfaitement adresser leur prestations. Hélas cent fois, je reçois tout aussi rarement sur mon compte en banque le salaire d'un de mes collègues que dans ma boîte mail des mots d'amour ne m'étant pas destinés.
Ces entreprises de réseaux sont donc parfaitement armées pour devenir les tiers de confiance d'un monde sans marques déposées. Elles pisteront les productions et elles nous expédieront de façon certaine les résultats de leurs suivis.
Il donc est probable que, pas à pas, l'adresse remplacera la marque.
L'héraldique, très vieille pratique de la noblesse consistant à nommer une "maison" par son lieu d'origine, pourrait bien connaître une seconde jeunesse, sous une forme plus commerciale et électronique, une e-héraldique 2.0 !

Quatrième piste : faire appel à des sponsors
A l'époque où l'héraldique était reine, c'est à dire grosso modo jusqu'à la fin du XVIIIème siècle, des œuvres impérissables ont vu le jour malgré un marché de l'art presque inexistant.
Mozart et Mansard ont pu exercer leurs talents grâce à des soutiens royaux. De même, vu le temps nécessaire pour orner des grottes, la pitance des peintres de Lascaux était probablement assurée par des chasseurs aux dons picturaux moins développés.
Le sponsoring est à peu près aussi ancien que la création. Il n'y a aucune raison que l'abolition de la propriété intellectuelle modifie cette pratique ancestrale.
Mieux même, internet la rend même accessible au plus grand nombre. Des plateformes dites de crowd-funding (financement par la foule) permettent à chacun de donner ou d'investir quelques euros dans les projets les plus divers.

Demain, l'adresse au lieu de la marque, les flux plutôt que les stocks !
Les perspectives, non limitatives, que je viens de brosser montrent que la fin inéluctable des brevets, droits d'auteur et marques n'en est rien la catastrophe annoncée par les tenants de l'ordre séculaire.
Bien entendu, de formidables bouleversements sont en marche et vont mettre à bas beaucoup de situations établies.
Les droits de propriété intellectuelle fournissent à leurs titulaires une rente sur de nombreuses années. La légalisation de la copie va supprimer ce privilège. Les stocks de créations ou d'innovations auront de moins en moins de valeur. Celle-ci sera en grande partie transférée à de nouveaux intermédiaires capables de gérer, d'agréger et d'enrichir en temps réel des flux d'informations, sans cesse plus nombreux.
Il y de l'avenir dans le futur !

Libriquement votre

Références et compléments
Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Mes remerciements à Jean, Jean-Claude, Jean-Philippe et au twittonaute @lamericaprod pour les échanges m'ayant permis d'affiner cette chronique.
- Les lecteurs soucieux de se documenter sur les mystères du cricket et de ses règles trouveront bénéfice à relire la chronique indienne "six fois six trente-sept !"
     

dimanche 30 septembre 2012

Combien coûte une loi ?

Viscéralement attaché à la démocratie représentative, je suis pourtant au regret de constater que les parlementaires français coûtent une fortune et produisent peu !
Jugez sur pièces.

Le budget de l'institution législative est exorbitant et sans contrôle.
L'assemblée nationale et le sénat étant, d'après la constitution, les seuls représentants légitimes du peuple souverain, ces deux chambres jouissent d'une autonomie financière absolue.
Nos 925 parlementaires s'octroient donc pour leur fonctionnement annuel 860 millions d'Euros, 900 000 Euros par élu, 13 Euros par français !
Cette année, les dépenses du parlement représenteront à peu près autant que l'ensemble des Peugeot 207 vendues neuves en France.
13 Euros : coût annuel pour chaque français de l'assemblée nationale et du sénat
Ce petit milliard d'Euros finance une production anémique.
Peu ou prou, chaque année, une centaine de textes législatifs est adoptée.
Toutefois, 40% d'entre eux sont des ratifications de conventions internationales négociées par le ministère des affaires étrangères. Dans ce cas, la loi comporte un article unique autorisant le gouvernement à signer un traité.
Les textes réellement fabriqués et débattus à l'assemblée nationale et au sénat sont annuellement de l'ordre de 60, environ un par semaine.
Une règle de trois rapide valorise donc nos lois à 15 millions d'Euros l'unité.
En moyenne, chaque loi - y compris le filandreux texte budgétaire de la loi de finance - comporte 60 articles et 11 500 mots. Par an, chaque parlementaire émet donc 4 articles législatifs, soit 750 mots, à peine plus qu'une seule chronique de ce blog !
Tout mot officialisé par nos parlementaires coûte aux contribuables 1.25 €.

Le comble est que beaucoup des lois votées au parlement sont inapplicables en l'état.
Députés et sénateurs ont une propension forte à ne jamais finir leur travail et à déléguer les détails - appelés plaisamment modalités d'application - au pouvoir exécutif qui devra compléter le texte législatif par des décrets. Chaque loi renvoie habituellement 15 fois à des décrets.
Dans un cas sur deux, histoire de lutter contre le chômage, le législateur exige du gouvernement qu'il consulte le conseil d'état avant la promulgation d'un décret. Toutefois, l'exécutif n'est légalement tenu ni de suivre, ni même de publier les avis de la haute juridiction administrative qui, pourtant, emploie de l'ordre de 300 fonctionnaires à relire les brouillons de la bande à François Fillon ou à Jean-Marc Ayrault.

Dans notre situation actuelle de chômage massif, de déficit public abyssal et de hausse des prélèvements, les partis politiques des deux bords seraient bien inspirés de réviser leurs pratiques, d'améliorer leur efficacité et de diminuer leurs coûts qui sont d'abord les nôtres.
S'ils ne savent pas comment s'y prendre, je peux leur présenter d'excellents spécialistes des méthodes industrielles.

Politico-productivement votre

Références et compléments
Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Les chiffres cités ont été obtenus par recoupement de multiples documents des sites de l'assemblée nationale, du sénat, du conseil d'état et du ministère du budget.
Inutile de préciser qu'aucune synthèse officielle claire n'existe sur la productivité du parlement. Seul le rapport d'activité 2011 de l'assemblée nationale rassemble et résume une quantité honorable de données.
Le contenu des lois en articles, mots et renvois à des décrets a été obtenu par sondage dans le recueil des lois définitivement adoptées entre octobre et décembre 2008. Malgré son budget colossal, depuis cette date, le parlement ne publie plus de récapitulatif de ses travaux.

- Les immatriculations de voitures neuves se trouvent sur le site du Comité des Constructeurs Français d'Automobiles.
  

vendredi 27 juillet 2012

Je me souviens ... la Tunisie

A la manière de Georges Perec, quelques souvenirs personnels remémorés de mes premiers séjours en Tunisie dans les années 1980 ...

#1 Je me souviens d'être descendu du ferry à La Goulette devant des réservoirs de gaz

#2 Je me souviens d'avoir vu des palmiers pour la première fois

#3 Je me souviens des ânes devant une banque

#4 Je me souviens que notre anniversaire de mariage était férié car c'était aussi celui d'Habib Bourguiba

#5 Je me souviens des machmoums

#6 Je me souviens des Peugeot, 404 bâchées mais aussi 203 et 403

#7 Je me souviens d'une crevaison entre Sfax et Sousse, réparée avec une plaque de métal insérée à l'intrieur du pneu

#8 Je me souviens de sandwiches avec des frites

#9 Je me souviens de Kelibia et de son fort

#10 Je me souviens des bricks à Sidi El Bahri

#11 Je me souviens de l'inévitable excursion à Sidi Bou Saïd mais aussi des ruines puniques de Kerkouane

#12 Je me souviens des chants et des darboukas

#13 Je me souviens de Moknine

#14 Je me souviens de l'aspect pitoyable de Bourguiba à la télévision

#15 Je me souviens de RAI Uno et des dossiers de l'écran

#16 Je me souviens des paroles de bienvenue

#17 Je me souviens des journaux La Presse et Le Monde vendus sur les marches de la gare de Tunis

#18 Je me souviens que le terme espadrille ne désignait pas des espadrilles

#19 Je me souviens de scènes incroyables dans les souks de Tunis et à l'aéroport

#20 Je me souviens de la gare d'Hammam Lif

#21 Je me souviens d'une sortie en barque de pêche à Kelibia

#22 Je me souviens des pastèques

#23 Je me souviens des fanfares hassinya

#24 Je me souviens avoir perdu ma barbe suite à un pari sur de l'orthographe française

#25 Je me souviens des panneaux routiers bilingues

#26 Je me souviens que le thé rouge s'avère être noir

#27 Je me souviens de la source du bouc à Korbous

#28 Je me souviens avoir joué et perdu à la belote, au grand dam de mon beau-frère

#29 Je me souviens d'une enseigne "haute couturière à Ezzahra" et d'une autre proclamant que "la bonne conduite fait partie de la culture de l'homme moderne"

#30 Je me souviens de l'assimil arabe et des éclats de rire qu'il provoquait : "Sayidati, anisati, sadati, ahlan wa shalan. Intabihou min fadlikoum ..."

#31 Je me souviens d'avoir traversé El Jem en compagnie d'un garde national

#32 Je me souviens d'avoir écouté Europe 1 en grandes ondes dans la nuit de Sfax

#33 Je me souviens des premières Isuzu

#34 Je me souviens de la nuit sur la plage à Kelibia

Tunisiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la seconde livraison de "Je me souviens ... la Tunisie"
- Le livre "Je me souviens" de Georges Perec est paru en 1978 et comporte 480 fragments numérotés.
- A propos des fanfares hassinya de Kelibia voir la chronique "Tunisie sur Balkans"

mercredi 25 juillet 2012

Hôpital Montebourg vs charité PSA

Suite à l'annonce par PSA Peugeot Citroën de son terrible plan de suppression d'emplois et de fermeture de sites, une avalanche de critiques s'est abattue sur cette entreprise.

Si les réactions virulentes et désabusées des salariés touchés et de leurs syndicats sont normales et compréhensibles, j'ai beaucoup plus mal avec la plupart des déclarations qui fleurissent depuis deux semaines.

Les éditorialistes de tout poil se sont lancés dans des leçons de stratégie industrielle et marketing. Quelle est leur légitimité pour parler de ces sujets ?
Ils sont employés, voire dirigeants, de médias qui, à de trop rares exceptions près, n'ont pas su négocier le virage internet.
La plupart des groupes de presse ont fortement réduit l'emploi ces dernières années, dans des proportions très supérieures à PSA. Actuellement, peu d'entre eux dépassent le seuil de rentabilité.
Ces penseurs qui n'ont pas su faire évoluer leur activité s'autoproclament spécialistes pour traiter des entreprises et même des finances publiques !

Dans une veine comparable, Arnaud Montebourg, désormais ministre du "redressement productif", est incontestablement l'homme de la situation. Je m'étonne d'ailleurs que les cousins Peugeot n'aient pas utilisé plus tôt ses talents de consultant. Il est vrai que dans leur exil fiscal suisse, le Saint-Just de Saône et Loire n'est guère connu.
Notre redresseur national est parfait pour dénoncer manque de rentabilité, errements stratégiques et transparence incertaine.
Jugeons sur pièces.

Notre viagra industriel est un membre d'un parti qui, après sa recréation par François Mitterrand, à chaque exercice du pouvoir, a voté et exécuté des budgets publics systématiquement déficitaires.

Depuis 1981, ce même parti, à la vocation gouvernementale affirmée, n'a pas su conserver la majorité parlementaire durant deux législatures d'affilée. Il a même réussi l'exploit en 2002 de laisser sa place au second tour à un histrion xénophobe, rescapé du poujadisme et des guerres coloniales.

Au chapitre transparence, les dernières élections internes du Parti Socialiste ont donné lieu à des bourrages d'urnes éhontés et les députés de gauche viennent de refuser de publier l'utilisation des fonds publics qui leur sont alloués.

Pour couronner le tout, le jour où PSA rendait publiques les réductions de personnel, le gouvernement validait le plan anti-automobile de la mairie de Paris.

Si j'étais à la place de la famille Peugeot et de Philippe Varin, j'écouterais attentivement les avis éclairés que médias et ministres dispensent gratuitement depuis deux semaines. En faisant l'inverse de ces belles paroles, ils auraient, peut-être, une chance infime de sauver l'entreprise et surtout l'emploi ...

Chomiquement votre

dimanche 22 juillet 2012

Fin d'été - Chronique nostalgique

Bien que cela ne soit mentionné dans aucun éphéméride, l'été se termine réellement aujourd'hui, aux deux tiers du juillet, lorsque le Tour de France atteint Paris.

Pendant quelques semaines encore, la belle saison va tenter de faire illusion mais le coeur n'y sera plus.
Des jours de canicule sont probablement encore à venir, les vacances d'août se profilent et les Jeux Olympiques essaieront de faire croire qu'ils sont un évènement sportif populaire.
Mais le peloton cycliste gagnant Lutèce n'est pas, si j'ose m'exprimer ainsi, le seul des signes avant-coureurs.
L'automne nous guette avec délectation :

- Des feuilles sèches ou malades commencent à se détacher des arbres.

- Après un répit allant des feux de la Saint Jean aux bals du 14 juillet, les jours se sont mis à raccourcir sérieusement. Le jeûne du Ramadan qui a l'immense mérite de nous apprendre l'astronomie, diminue quotidiennement de trois minutes.

- Pour nous préparer aux temps froids et sombres, François Hollande, le tout nouveau président de la République française, visite son prédécesseur corrèzien, le grand moderniste Jacques Chirac.
La même semaine, Moncef Marzouki, le provisoire et anémique président de la République tunisienne a certifié au Palais Bourbon que l'hiver islamiste n'avait pas (encore ?) frappé le printemps de janvier. Malheureusement pour lui, son discours est passé inaperçu car il a harangué les députés français pendant la grande étape des Pyrénées du Tour de France et la victoire de Thomas Voeckler.

- Les plus précoces des juillettistes reprennent le travail dès demain.

- Profitant du relâchement général, le parlement, comme souvent, vote quelques menus impôts supplémentaires.
Cet alanguissement est aussi propice aux fermetures d'usines. Ainsi la direction de Peugeot annonce une hémorragie d'emplois.
Pendant ce temps, pour masquer leur impuissance, les leaders syndicaux promettent, comme à l'accoutumée, une rentrée chaude, bien que de mémoire d'homme, l'été indien social n'ait jamais eu lieu.

J'espère que cette chronique ne vous a pas trop mis le bourdon mais comment regrouper autrement mes sujets de prédilection ?
Pour me faire pardonner, je vous souhaite, selon vos préférences aoûtiennes ou juillettistes, de profiter pleinement de ce début d'automne, soit en vacances, soit dans un travail épanouissant et rémunérateur.

Saisoniquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Tour de France, carnaval des transgressions".

samedi 14 juillet 2012

Tour de France, carnaval des transgressions

Autant l'avouer, j'adore le Tour de France.
Habitant dans les Alpes, je suis au bord de sa route à peu près tous les ans et, chaque jour, j'essaie de suivre l'étape autant que faire se peut.

Pourtant, en y réfléchissant, cette course cycliste regroupe beaucoup d'éléments que je n'apprécie guère dans la vie courante.

- Habituellement, je déteste la foule et les files d'attente.
Lors du Tour de France, je suis capable de faire le pied de grue quatre heures au bord d'une route pour apercevoir vingt secondes un peloton lancé à plus de 40 km/h.

- Habituellement, ma consommation télévisuelle est réduite et toujours en soirée.
Dès que le Tour de France s'élance, je me précipite chaque fin d'après-midi devant la retransmission en direct de la course.

- Habituellement, je suis réservé, voire critique, vis à vis des corps constitués.
Le Tour de France est d'abord le festival annuel de la gendarmerie nationale. Et les grandes centrale syndicales ont une place de choix dans la caravane.


- Habituellement, je n'aime pas que les intérêts ou les biens publics soient bradés.
La route du Tour de France est très officiellement, et très gracieusement, privatisée et concédée par l'Etat à ASO, la société organisatrice.

- Habituellement, je n'adresse pas aisément la parole à des personnes que je ne connais pas.
Au bord de la route du Tour de France, j'engage des débats passionnés et fort civils avec des inconnus sur la tactique des cyclistes, le dopage et la qualité de la caravane.

- Habituellement, je ne trouve aucun réconfort dans le malheur d'autrui.
Défaillances et chutes font partie intégrante du spectacle du Tour de France.

- Habituellement, j'évite les publicités.
Assister à l'étape du Tour de France perd de son charme si l'on manque le passage de la caravane publicitaire. Et quel plaisir, d'arborer maillots, casquette et gadgets attrapés au vol !

- Habituellement, j'abhorre mafias, lobbies et groupes de pression.
Au Tour de France, il est parfaitement acceptable que huit solides gaillards - tels des siciliens d'opérette - entourent leur chef, cadenassent le peloton et distribuent les bons de sortie selon leur bon plaisir.


- Habituellement, je ne prise guère le trafic de drogue.
Le Tour de France fait défiler, sous la protection des forces de l'ordre et en direct à la télévision, deux cents toxicomanes et leurs fournisseurs de dope devant quinze millions de personnes rassemblées au bord de la route.

Tout compte fait, la vraie fonction du Tour de France ne serait-elle pas d'être un rite d'inversion ?
A l'instar des carnavals du Moyen-Age où l'ordre féodal était temporairement bouleversé, tous les ans, durant trois semaines, toutes les transgressions deviennent autorisées et même souhaitées, pour mieux nous aider à supporter, le reste du temps, les contraintes de la vie en société ...

Cyclistement votre

P.S. social : En ces temps d'annonces de fermetures d'usines automobiles, je me souviens d'une époque hélas révolue où les voitures officielles du Tour de France étaient des Peugeot, pas des Skoda ...

Références et compléments
- Voir aussi, à propos du Tour de France, la chronique "Fin d'été".
- Les deux photos ont été prises le 13 juillet 2012, au bord de la route de la douzième étape du Tour de France à Izeaux en Isère. Les autres photos de cette étape du Tour de France 2012 sont regroupées dans un album.
Voir aussi mes photos du contre la montre du Tour de France 2011 à Grenoble.
- Le site officiel du Tour de France

dimanche 26 février 2012

L'essence est toujours plus verte dans le champ pétrolier du voisin - Chronique invitée

Voici une troisième chronique djerbienne rédigée par Roland, notre guest star préférée.

Depuis quelques mois, le sud de la Tunisie a vu s'installer au bord des routes de nouvelles échoppes florissantes. Pas besoin d'un bâtiment en dur, ni de droit au bail pour obtenir un pas de porte. Plus rapide à créer qu'une boutique en ligne sur eBay, moins de formalités à accomplir que pour un auto-entrepreneur. Quelques tréteaux et une planche suffisent pour ce lancer dans ce commerce d'un nouveau genre.

Les impétrants veillent cependant à appliquer scrupuleusement le précepte de Rockfeller, recommandant de prendre en compte trois critères pour l'établissement d'une boutique : en premier l'emplacement, en second l'emplacement, en troisième l'emplacement …
Les plus convoités sont les carrefours des grands axes munis d'un rond point obligeant les véhicules à ralentir, à la seule condition qu'ils ne soient pas temporairement occupés par la police ou le service des douanes.

Les fournisseurs, eux aussi, s'attachent à assurer une logistique sans faille à leurs clients à l'aide de camions citerne vert de gris arborant de mystérieuses plaques d'immatriculation libyennes, sans doute entrés à la faveur d'âpres négociations tarifées.
A peine la frontière franchie, une noria de Peugeot 404 bâchées vient siphonner les cuves de leur précieux contenu de couleur verte pour en remplir des jerrycans transparents de cinq litres, laissant entrevoir leur niveau de remplissage, bona fide du volume annoncé.

Empilés sur les étals de bord de route précités, ces bidons font le bonheur d'automobilistes trop heureux d'en remplir à leur tour leurs réservoirs, au nez et à la barbe du fisc tunisien et des stations-services acquittant dûment leurs taxes.
Bien sûr, il arrive que des vendeurs peu scrupuleux complètent, pour faire bon compte, l'essence avec de l'eau, mais au prix d'un dinar tunisien le litre (environ un demi Euro), qui s'en plaindrait …

Pétrolo-djerbiquement votre

Roland Goutay