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samedi 8 octobre 2016

Elon Musk nouveau Christophe Colomb ?

L'entrepreneur américain Elon Musk a affirmé que sa société SpaceX opérera des vols habités vers Mars dès 2024, avec des billets presque abordables.
Aussitôt, réseaux sociaux et gazettes ont vu dans cette grande gueule le Christophe Colomb du 21ème siècle.
Fidèle aux traditions de ce blog, j'ai comparé ces deux novateurs.

L'Amérique une découverte low cost

En 1492, le financement de la première expédition de Christophe Colomb - la location et l'affrètement des trois caravelles Nina, Pinta et Santa Maria ainsi que la solde des 90 marins - s'est élevé à 1.7 millions de maravédis, la monnaie espagnole d'alors.
Le découvreur de l’Amérique a apporté environ le quart de cette somme et la monarchie hispanique a fourni le complément.

À cette époque, le produit intérieur brut de l'Espagne avoisinait les 18 milliards de maravédis annuels.
La découverte de l'Amérique n'a donc mobilisé qu'un petit dix millième de la production de la péninsule ibérique.

Christophe Colomb

La fusée martienne plus chère que la caravelle

Elon Musk prétend n'avoir besoin que de 10 milliards de dollars pour développer ses engins spatiaux.

Le produit intérieur brut des USA approche 18 000 milliards de dollars par an.
Le cosmonaute 2.0 souhaite mobiliser deux gros millièmes de l'économie américaine pour rejoindre Mars.
Soit 6 fois plus que Christophe Colomb en son temps !

Elon Musk

Comparaison n'est pas toujours raison

L'Espagne du 15ème siècle, à l'instar du reste de l'Europe, était presque exclusivement agricole. L'immense majorité de la population était tout juste au niveau de subsistance.
Aussi, l'essentiel de l'économie n'était pas monétisé et la finance balbutiait.
Si l'entreprise de Colomb représentait une part microscopique de la production espagnole, elle a toutefois nécessité plusieurs pourcents des capitaux effectivement disponibles.
Ainsi, la reine Isabelle de Castille a du vendre plusieurs de ses bijoux pour sponsoriser les caravelles.
En le disant avec les mots anachroniques d'aujourd'hui, Christophe Colomb a plus sollicité les marchés financiers que SpaceX ne devrait le faire.

De son côté, Elon Musk, en bon bateleur, sous-estime sciemment le coût de son programme martien.
10 milliards de dollars représentent la moitié du développement de l'Airbus A380.
Il manque un zéro, voire plus, à cette évaluation optimiste.
Le magnat californien devrait, sans trop de soucis, conserver son avance sur le marin génois.

Le monument de Colomb à Barcelone.
Dans quelques années, y aura-t-il une oeuvre similaire à l'effigie d'Elon Musk à Los Angeles ?

Comparativement votre

Références et compléments
Voir aussi la chronique « la batterie Tesla Powerwall va-t-elle bouleverser l’électricité ? » sur une des autres entreprises futuristes d’Elon Musk.

Le coût de l'expédition de Christophe Colomb provient de l'article scientifique paru en 2007 "Columbus's First Voyage: Profit Or Loss - From A Historical Accountant's Perspective" de David Satava de l'Université de Houston-Victoria.

La valeur du PIB espagnol à l'orée de la Renaissance est issue de la base de données Clio Infra et de l'article Wikipedia "liste historique des régions et pays par PIB (PPA)".

Articles Wikipedia sur Christophe Colomb et Elon Musk.

Le portrait de Christophe Colomb a été peint par Ridolfo Ghirlandaio. La photo d'Elon Musk a été prise par Heisenberg Media. Ces deux images proviennent de Wikimedia Commons.
Le monument barcelonais de Colomb a été photographié par l'auteur en juin 2016.

lundi 1 août 2016

​À Barcelone, les héritiers de Gaudí ne se soucient guère des daltoniens

​Quand un gaucher daltonien se rend dans la capitale de la Catalogne...

Gaudí l'ergonome

L'architecte Antoni Gaudí est emblématique de Barcelone.
Ses œuvres qui parsèment le tissu urbain sont désormais inscrites au patrimoine mondial.

Dans chacune de ses réalisations, ce novateur - prototype des designers - a porté une attention particulière à l'esthétique mais aussi, simultanément, à l'usage et à l'ergonomie, jusque dans les plus petits détails.

Ainsi les poignées de porte très originales de la Casa Batlló - grande maison bourgeoise en centre-ville entièrement conçue par Antoni Gaudí - permettent indifféremment à un gaucher ou à un droitier de pousser ou tirer, sans réflexion ni effort.



Des bus pour pompiers écolos

Malheureusement, l'industrie touristique barcelonaise, dont, pourtant, une part de la prospérité est due au génial créateur, ne fait guère montre de préoccupations ergonomiques.

Par exemple, de flamboyants autobus rouges, à impériale décapotable, permettent au visiteur de découvrir rapidement et sans se fatiguer l'essentiel des points d'intérêts de la ville.

Deux circuits sont proposés.
Le premier est sensé arborer la même couleur que les bus.
Le second est soit-disant vert, mais d'une nuance que votre serviteur peine à distinguer de celle de la carosserie des fourgons anti-incendie.


Extrait du plan des bus "Barcelona City Tour".
En haut l'image d'origine, en bas la simulation de la perception visuelle par un daltonien deutéranope.
[Cliquez sur l'image pour zoomer]

Un métro pastel

Le réseau ferroviaire barcelonais est encore plus perturbant.
Les multiples lignes de métro sont repérées par des couleurs suaves qui, à mes yeux, se valent à peu près toutes.

De surcroît, peu est fait par ailleurs pour assister le Dalton désorienté.

La signalétique sur les quais et dans les couloirs est moins fréquente qu'à Paris ou à Berlin et manque parfois de cohérence.

Le souffle d'Antoni Gaudí a aussi omis de passer sur l'application pour smartphone de TMB, la régie barcelonaise de transports en commun.
La seule manière de vérifier son trajet lorsqu'on n'entrave rien aux pastels serait de pouvoir passer rapidement du plan général du réseau au diagramme d'une seule ligne pour vérifier le nom des stations.
Hélas, cela relève de l'exploit olympique. Pas étonnant dans ces conditions que Barcelone ait accueilli les Jeux en 1992 !

Extrait du plan de métro de TMB.
En haut l'image d'origine, en bas la simulation de la perception visuelle par un daltonien deutéranope.
[Cliquez sur l'image pour zoomer]

La règle de la photocopie

Pour être utile à chacun, une signalétique devrait rester compréhensible après une distorsion de ses couleurs et même après une photocopie monochrome.

La compagnie de bus qui n'a que 2 trajets à distinguer aurait tout simplement pu utiliser le blanc et le noir plutôt que le rouge et le vert.
De surcroît, l'un des deux parcours pourrait être rehaussé d'un élégant pointillé.

Faciliter la navigation des daltoniens dans le métro barcelonais sans changer la palette de couleurs est aisé.
Adjoindre à la représentation de chaque ligne une forme différente de trait (épais, maigre, double, triple, pointillé...) ajoute un élément de repérage indépendant des couleurs qui ne gêne en rien les personnes dotées d'une vision standard.

Modernismement votre

Références et compléments
Antoni Gaudí a vécu de 1852 à 1926.
Il est le principal représentant du courant artistique et architectural dit du modernisme catalan. Plus de détails sur sa vie et ses réalisation sur Wikipedia.
Site web et article Wikipedia sur la Casa Batlló construite entre 1904 et 1906.

La dyschromatopsie, couramment baptisée daltonisme, est une anomalie de la vision dans laquelle un ou plusieurs des 3 types de cônes de la rétine oculaire, responsables de la perception des couleurs, sont déficients.
Environ 1 homme sur 12 et seulement 1 femme sur 200 ont les cônes qui déconnent. Ces statistiques diffèrent toutefois grandement en fonction des origines ethniques.
Pour plus de détails se reporter aux articles Wikipedia sur le daltonisme en français et en anglais.

Voir aussi les autres chroniques de ce blog traitant du daltonisme.
 
Les images simulant la perception visuelle d'un daltonien deutéranope (c'est à dire avec une vision déficiente de la couleur verte) ont été réalisées avec l'application pour smartphone iDaltonizer.

Site web de Barcelona City Tour.
Le plan des bus touristiques vient de ce site.
​À l'exclusion de la couleur de ses lignes, je recommande cette excursion bien conçue et bien opérée.

Site web de TMB l'exploitant du métro de Barcelone.
Le plan de métro est issu de ce service peu ergonomique et tout aussi peu polyglotte.

lundi 1 juin 2015

Si on mettait les immigrés dans des bus ?

En France, l'immigration est devenue une obsession nationale.
J'ai déjà utilisé vis à vis de cette fixette le froid étalon des statistiques.

Toutefois, de bons esprits, de gauche comme de droite, m'ont rétorqué que nous n'étions pas dans le domaine des chiffres mais dans celui de l'identité, des perceptions et des sensations.

Soucieux de me conformer à l'air du temps et - comme aurait dit le regretté Georges Brassens - de complaire aux sycophantes, j'ai choisi d'illustrer l'immigration au fil du temps plutôt de la décompter.

Les transports en commun étant des endroits de brassage de la population, j'ai fait monter dans des bus une cinquantaine de personnes représentatives de la France de leur époque.

En 1930, en moyenne, un bus Renault TN6 emportait 47 français, 2 italiens et 1 polonais

En 1960, un bus Renault TN6 véhiculait 47 français, 1 italien et 2 européens d'autres origines


En 2015, un très moderne autobus MAN NG313 transbahute 46 français, 1 européen, 1 algérien, 1 marocain et 1 personne venant du reste du monde

Mélangiquement votre

Références et compléments
- Pour voir les illustrations en plus grand format, cliquer dessus.

- Voir aussi la chronique “Combien d'immigrés musulmans en France ?”

- J'ai beaucoup de plaisir à indiquer que le daltonien que je suis peine à distinguer les "badges drapeaux" français et italiens.
Le myope-presbyte que je suis aussi confond les autres !

- Le nombre de passagers est issu des très sérieuses statistiques de l'INSEE que je me suis contenté d'arrondir avant de les faire grimper dans les autobus.

- Les photos des bus de la RATP proviennent de Wikimedia Commons
. bus Renault TN6
. bus Somua OP5
. bus MAN NG313

- Les "badges drapeaux" sont l'oeuvre de Nordic Factory

jeudi 16 mai 2013

Dans le Nord de l'Espagne, j'ai été victime d'un accident spatio-temporel

Lors de mon récent séjour ibérique, en traversant le village de Ramales de la Victoria, j'ai brutalement été ballotté par un séisme temporel.
Brusquement, le GPS s'est mis à indiquer "Av. General Franco".
Extrait de Google Maps
Mu par un réflexe salvateur, je me précipitais illico en dehors de la voiture et réussissait, in extremis, à reprendre pied au XXIème siècle. Des plaques de rues relativement neuves annonçaient "Paseo Barón de Adzaneta".
Manifestement si Google Maps était resté scotché avant 1975, le conseil municipal avait fini par se décider, certes un peu tardivement, de se débarrasser des restes toponymiques du regretté caudillo.

Désireux de retrouver ma sérénité, j'eus la mauvaise idée d'opter pour une promenade pédestre dans cette bourgade assoupie. A quelques encablures du parking, je fus assailli par des répliques de la secousse franquiste.
J'ai, tour à tour, parcouru une "Calle del General Mola" - inoubliable déclencheur de la guerre civile espagnole en 1936, surnommé El Director -, traversé une "Plaza de José Antonio Primo de Riveira" - prototype de Franco dans les années 1920 - et évité de justesse une "Calle del General Sanjurjo" - alias le lion du Rif, instigateur de plusieurs soulèvements nationalistes.
A Ramales de la Victoria, le Paseo Barón de Adzaneta croise la Calle del General Mola.
Terrorisé par ces attaques perfides d'un passé normalement révolu, je mis le cap sur l'église afin d'y être protégé par la bienveillance divine.
C'était oublier qu'épiscopat et clergé s'étaient très majoritairement opposés aux républicains durant la guerre d'Espagne. Aussi, l'édifice religieux abrite un monument aux morts fort seyant en l'honneur des compagnons d'armes de Primo de Riveira et, surtout, conserve, sur sa façade est, une plaque proclamant fièrement "Avenida de Franco".
La plaque de rue "Avenida de Franco" apposée sur une des façades de l'église de Ramales de la Victoria.
Vaincu par des ondes temporelles maléfiques, je repris mon véhicule pour aller retrouver la très contemporaine et très bétonnée cité balnéaire de Laredo sur la côte cantabrique. En chemin, pour me remonter le moral, j'écoutais quelques chansons de Georges Brassens.
Le barde de Sète m'affirma d'abord que "l'on a requinqué, dans le ciel de Verdun, les étoiles ternies du maréchal Pétain". Puis il me rasséréna en assurant qu'il avait "conspué Franco, la guitare en bataille, durant pas mal d'années, durant pas mal d'années" ...

No pasaran !

Spatio-temporellement votre

Références et compléments
- En guise d'exorcisme et de désinfectant, je vous propose la chronique "L'Estaca grande chanson et petit air entêtant de liberté" consacrée à l'hymne anti-franquiste du catalan Lluis Llach, repris par la suite en Pologne et en Tunisie.

- Les résidus franquistes évoqués dans cette chronique se situent dans le village de Ramales de la Victoria à la lisière entre la Cantabrie et la province de Biscaye (Communauté Autonome Basque) au Nord de l'Espagne. Bilbao est à environ 80 km.
Fort heureusement, le territoire de cette bourgade abrite aussi la grotte ornée de Covalanas inscrite au Patrimoine Mondial de l'Humanité et évoquée dans la chronique "nos ancêtres taguaient les murs de leurs grottes".

- Le Barón de Adzaneta semble être, en tous les cas au sein de Google, un illustre inconnu.
Le titre a été porté par un obscur cardinal aragonais à la fin du XVème siècle. Tombé en désuétude, la baronnie ne fut rétablie qu'en 1916 et confiée à un hidalgo tout aussi peu saillant. Toute information supplémentaire est la bienvenue.

- Les deux photos et la copie d'écran ont été réalisées par l'auteur à Ramales de la Victoria le 9 mai 2013.

- Les chansons de Brassens citées sont "les deux oncles" et "tant qu'il y a des Pyrénées".

mardi 14 mai 2013

Le Guggenheim de Bilbao, musée du paradoxe

Le musée Guggenheim est aussi peu contournable à Bilbao que la fête de la bière à Munich ou le téléphérique de la Bastille à Grenoble.
Néanmoins, cet emblème de l'art moderne n'est pas avare de contradictions.

Au rez de chaussée, trône une composition monumentale de Richard Serra, baptisée la "matière du temps".
Huit groupes de plaques d'acier incurvées, d'environ 4 mètres de haut et 15 centimètres d'épaisseur, s'étalent dans une immense galerie du plus de 100 mètres de long. Le tout, d'après des sources généralement bien informées, pèse plusieurs centaines de tonnes.
Les visiteurs déambulent à l'intérieur des boyaux assez sombres que forment les espaces entre les pans de tôle copieusement rouillés.
La robustesse du système est telle que chacun, au mépris d'une tradition muséographique pourtant bien établie, peut en profiter pour toucher du fer à satiété.

Richard Serra a produit une œuvre qui, par ses caractéristiques hors normes, est rigoureusement non copiable, à l'instar des tableaux "noirs" du peintre Pierre Soulage évoqués dans une chronique précédente.
Cette sculpture est trop grande pour être embrassée d'un seul regard. Les photos officielles ou la maquette exposée dans une salle annexe montrent la composition de dessus, point de vue dont le visiteur ne peut bénéficier. Ces représentations expliquent la technique plus qu'elles ne transmettent l'émotion de l'œuvre.
De surcroît, l'impression ressentie au sein de la "matière du temps" est difficilement capturable par un objectif comme le montre le cliché ci-dessous.
Au coeur de la "matière du temps" de Richard Serra
Musée Guggenheim de Bilbao
Pourtant l'administration du Guggenheim, s'alignant sur la pratique des grands musées mondiaux, interdit de prendre des photos lors de la visite.
Ce temple du modernisme pourchasse les preneurs d'images numériques alors qu'il expose des artistes s'étant délibérément situés au delà des possibilités de reproduction et de duplication !
Apparemment, tout groupement humain - même d'avant-garde - dès qu'il s'institutionnalise tend à devenir conservateur. C'est d'ailleurs ainsi qu'on nomme managers des musées.

La sculpture de Richard Serra est implantée dans un espace plaisamment baptisé galerie Mittal. Cette sympathique entreprise multinationale a en effet eu l’extrême gentillesse de financer l'œuvre à la gloire de la sidérurgie.
Dans le même temps, à une dizaine de kilomètres, la grande usine Mittal agonise lentement mais surement !
Son dernier haut-fourneau est en cours de démontage. Il ne deviendra même pas un vestige du patrimoine industriel basque.

Dans la même veine, au second étage du Guggenheim, l'exposition "l'art en guerre" sur les artistes présents en France entre 1938 et 1947 est sponsorisée par la banque basque BBVA.
Durant la décennie 2000, cet établissement de crédit, comme la plupart de ses confrères ibériques, a prêté à tours de bras à n'importe qui pour financer n'importe quoi, creusant ainsi le trou dans lequel l'Espagne et l'Europe sombrent !

J'adore l'art et les musées. Aussi j'apprécie quand de généreux donateurs contribuent gracieusement à leur fonctionnement.
Toutefois, ne vaudrait-il pas mieux - sur le plan de l'efficacité économique mais surtout de la morale - que Mittal privilégie d'abord ses salariés et BBVA ses clients surendettés ?

Muséo-paradoxalement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "un monde sans droits d'auteur, ni brevets, ni marques" et "la crise vue de Bilbao". Dans cette dernière, j'épinglais déjà Mittal et la banque BBVA.
- J'ai pris la photo ci-dessus avec mon téléphone la semaine dernière au mépris de la réglementation stupide du musée Guggenheim. Je n'aurais probablement jamais effectué ce cliché s'il avait été possible de photographier normalement sans encourir les foudres des vigiles.
- Pages consacrées à la "matière du temps" de Richard Serra et à l'exposition "l'art en guerre" sur le site du musée Guggenheim de Bilbao. Ces pages comportent des photos plus explicatives que mon cliché volé.

lundi 13 mai 2013

Nos ancêtres taguaient les murs de leurs grottes

La créativité est indissociable de l'essor de l'Humanité.
Au fil des âges, nos anciens ont inventé outils, techniques et concepts qui ont permis notre développement. Armes et outils en bois puis en pierre, agriculture, écriture, métallurgie ... La liste est immense !
Plus étonnant encore, nos prédécesseurs ont su produire et partager des représentations du monde qui nous entoure, afin de le rendre plus intelligible mais aussi plus beau.

Ce dernier point apparaît nettement lors de la visite de la grotte espagnole de Covalanas, en Cantabrie, à environ une heure de voiture de Bilbao.
Les parois de cette petite cavité sont ornées des représentations d'une dizaine de biches, d'un taureau et d'un cheval.
Ces dessins ont été exécutés il y a environ 20 000 ans par un artiste droitier et dont la taille dépassait probablement 1.75 m. Il a appliqué, sur les murs de la grotte, son pouce préalablement enduit d'ocre afin d'obtenir des traits et des points de couleur rouge.
Ce procédé très simple, mais ne donnant guère le droit à l'erreur, a pour résultat des silhouettes qui, bien que stylisées, permettent, à des yeux d'aujourd'hui, de reconnaître aisément les animaux et de ressentir une impression de mouvement.
Biches et cheval de la grotte de Covalanas (Cantabrie - Espagne)
Photo de Pedro Saura issue du site web de la grotte [droits réservés]
Quotidiennement, nous sommes exposés à des dessins qui, en quelques traits, campent une scène ou des personnages. 
Toutefois, 20 à 30 millénaires en arrière, nos ancêtres les premiers peintres rupestres ont du concevoir, sans aucune référence préexistante, cette manière de symboliser la réalité. Ce type de représentation nous parait aujourd'hui parfaitement naturel mais c'était loin d'être le cas au paléolithique.
Jugez sur pièces :

- D'un point de vue pratique, les habitants de Covalanas ont du trouver comment dessiner alors que leur environnement ne s'y prêtait pas.
Vivant dans une zone de moyenne montagne calcaire quasi-exclusivement couverte de forêts, ils disposaient de peu de possibilités évidentes pour tracer des traits avec des doigts ou des brindilles car le sol était rarement sableux ou poussiéreux. Seuls les graffitis sur la roche étaient possibles.

- Un dessin est par nature bidimensionnel alors que la nature est d'apparence tridimensionnelle.
Cette restriction de l'espace est un saut conceptuel majeur qui facilite l'expression et la transmission de l'information mais qui suppose de, littéralement, voir le monde autrement.
Pour preuve, les enfants mettent longtemps à produire des dessins à peu près compréhensibles. De même, les cartes routières ou le dessin technique restent de véritables défis pour beaucoup d'entre nous.

- Esquisser des silhouettes est rapide et économe de moyens.
Toutefois, cela suppose que ceux qui verront l'œuvre soient capable de faire le lien entre le symbole - des traits et des points symbolisant le contour externe des animaux - et la réalité de la biche ou du cheval.
Ce sont donc des groupes humains entiers - les peintres rupestres mais aussi leur public - qui, d'abord en taguant des rochers mais, surtout, en les regardant, ont fait entrer l'Humanité dans l'ère du symbole graphique qui perdure encore aujourd'hui.
Étonnamment, cette technique de graffitis monochromes serait apparue au minimum 10 000 ans avant les fresques "remplies" et "coloriées" plus réalistes qui font la réputation des grottes de Lascaux et d'Altamira.
La symbolique semble, au moins en art, avoir précédé le réalisme.

- Dans la même veine, les animaux de Covalanas sont figurés à échelle réduite, approximativement entre 1/8 et 1/20.
Les contraintes matérielles en sont certainement la cause. Très peu de parois sont suffisamment vastes pour accueillir la silhouette à taille réelle d'un ruminant et le temps d'éclairage fourni par des torches est limité.
Là encore, peintres et public ont du, ensemble, créer et comprendre ce principe d'homothétie qui est un des piliers de notre façon actuelle de symboliser et d'interpréter la réalité.

La vie de chasseur-cueilleur troglodyte dans les montagnes de Cantabrie vers -20 000 ne devait pas être une sinécure.
La survie du groupe dépendait surtout des aléas de la nature. Les caprices de la météo soumettaient corps et esprits à rude épreuve. Quant à la capture des animaux, nécessaire à l'alimentation, elle requérait patience, énergie et astuce.
Malgré tout, dans ces conditions hostiles, une poignée de personnes a su trouver le temps et l'inventivité pour symboliser de façon très moderne les animaux de son époque et rendre cette représentation durable.
Encore aujourd'hui, nous vivons de leur héritage.

Paléolithiquement votre

Références et compléments
- La grotte de Covalanas, comme toutes les grottes ornées du Nord de l'Espagne, est inscrite au Patrimoine Mondial de l'Humanité.
Elle est située sur le territoire du village de Ramales de la Victoria, à la lisière entre la Cantabrie et la province de Biscaye (Communauté Autonome Basque).
Je ne saurais trop recommander la visite de cet émouvant chef d'oeuvre.
Afin de préserver les peintures rupestres, le nombre de visiteur de Covalanas est contingenté. De ce fait, la réservation en ligne est indispensable.
- La photo reproduite ci-dessus est de Pedro Saura et provient du site web de la grotte de Covalanas.
- Article du Wikipedia espagnol sur la grotte de Covalanas
- Je suggère aussi la visite sur le web de "From Cave Paintings to the Internet", base de données en ligne sur les différentes dates du développement de l'Humanité, de ses techniques informationnelles et de ses médias (en anglais).

samedi 11 mai 2013

La crise vue de Bilbao

À Bilbao et dans ses alentours, la crise qui ravage actuellement l'Espagne est partout. Même en jouant au touriste en goguette, il est impossible d'y échapper.

Exceptées deux ou trois artères de l'hyper-centre, chaque rue possède son lot de commerces fermés, à louer ou à vendre. Les banlieues ouvrières ont des allures de villes sinistrées et même les villages de campagne ne respirent pas la santé.
Beaucoup d'appartements et de maison sont aussi à céder.

Sur la côte cantabrique, de nombreuses constructions récentes ont pris la place des anciennes mines de fer et défigurent la façade maritime de la route de Compostelle.
Des pavillons et des chalets aux dimensions cossues ont poussé un peu partout, y compris devant des décharges ou des usines chimiques qui, elles aussi, contemplent la baie de Biscaye.
Plusieurs de ces hameaux d'un nouveau style sont entièrement inoccupés. A l'entrée de ces lotissements fantômes, petit à petit, la pluie lessive les affiches aux promesses fallacieuses des promoteurs immobiliers.

Le port de Bilbao, pourtant très étendu le long d'un estuaire, a une activité anémique. Peu de bateaux sont à quai, beaucoup de zones de stockage sont vides et les grues de chargement sont à l'arrêt.
Les parages, jadis couverts d'usines, sont désormais des friches industrielles. Le grand site sidérurgique, dont une partie appartient à Mittal, agonise : parkings désertés, façades défraîchies et peu de fumées.
Même les bordels kitsch - pourtant grande spécialité ibérique - piquent du nez. Au milieu des usines fermées, un château-fort en carton-pâte défendu par des naïades nues en plâtre est à vendre ...

Les commerces survivants m'ont presque procuré un bain de jouvence.
De nombreux magasins sont des boutiques familiales aux saveurs d'autrefois : drogueries, merceries, chapelleries, "articles de mode", corseterie, bonneterie ...
Disparus en France durant les années 1970 et 1980, ces commerces traditionnels représentent encore sensiblement un bon tiers des magasins basques.
Autre relent traditionnel, le centre de Bilbao est totalement fermé durant la pause de la mi-journée, c'est à dire entre 14 et 16 heures. Du coup, bars et restaurants, très nombreux, sont relativement pleins. Que faire d'autre que de picoler et fumer en attendant que bureaux et boutiques veuillent bien rouvrir ?
Bien entendu, entreprises de grande distribution, chaînes de franchise et marques internationales font nettement plus que pointer le bout de leur nez. En banlieue, les centres commerciaux commencent à succéder aux usines et tentent d'attirer non-stop le chaland.
L'issue de ce combat inégal est connu et risque de prolonger la crise. La transformation, qui a eu lieu en France durant les années de croissance échevelée baptisées trente glorieuses, va survenir en Espagne en période de dépression.

Un seul type de commerce sort bizarrement du lot. Les agences de banques et d'institutions financières sont pléthoriques. Je n'ai pas réussi à en repérer une seule de fermée.
Ces officines, qui sont les responsables majeurs du marasme ambiant, semblent s'être multipliées. J'estime qu'elles sont grosso modo deux à quatre fois plus nombreuses qu'en France.
Heureusement, beaucoup de ces agences sont recouvertes de graffitis et d'affiches syndicaux pointant leurs responsabilités dans le déclenchement de la crise.
Au cœur de Bilbao, une magnifique statue de Mercure trône au sommet d'un bâtiment historique de la banque BBVA. Cette divinité romaine est le dieu du commerce et des voyages. C'est aussi celui des voleurs ...

Criso-basquement votre

dimanche 5 mai 2013

Les aéroports, nouvelles frontières et nouvelles féodalités

Les frontières telles que nous les connaissons - une ligne bien délimitée séparant deux états - sont historiquement récentes.

Avant 1800, dans l'ensemble du monde, on recensait moins de 20 frontières terrestres délimitées, dont la moitié en Amérique du Sud.
En Europe, seules 5 limites étatiques existaient : entre Espagne et respectivement Portugal et France, entre Suède et Norvège, les contours de la Suisse et la frontière nord-est de la France.
En Afrique, uniquement les parties nord des deux frontières entre Maroc, Algérie et Tunisie étaient déjà tracées.
Les rares frontières terrestres tracées avant 1800
D'après l'article de Ceriscope "La frontière comme enjeu de droit international" de Jean-Marc Sorel [2011] - Droits réservés.
Très longtemps, ce sont les villes qui affirmaient la souveraineté féodale ou étatique. Ceintes de remparts, on ne pouvait y pénétrer ou en sortir que par quelques portes dûment gardées et fermées durant les nuits et les crises.
Les alentours - villages, champs et forêts - suivaient le mouvement tant bien que mal. D'ailleurs, les habitations en dehors des murailles ont pris, au moyen-âge, le nom de faubourg, dérivé du latin falsus burgus, "faux bourg".
Jusqu'au XVIème siècle, le roi de France concevait son domaine comme une série de villes et n'était pas capable d'en dresser une carte délimitée.
Les frontières d'alors étaient soit naturelles - un fleuve, une ligne de crête - soit épaisses.
Dans ce dernier cas, la frontière était appelée marches ou confins. Il s'agissait de zones mal définies faisant tampon entre deux féodalités.
Les paysans qui y vivaient, étaient déchirés entre des allégeances contradictoires mais bénéficiaient souvent de privilèges en remerciement de leur rôle informel de gardes-frontière.
Hormis pour assurer le ravitaillement et le repos des guerriers, conquérir une marche n'avait aucun intérêt politique ou militaire puisque la puissance d'un souverain se mesurait à l'aune des places fortes qu'il maîtrisait.
Toutefois, les romains et les chinois, peuplades innovatrices, avaient bâti des prototypes de frontière en dressant des murs - murs d'Hadrien, d'Antonin, de Trajan ou encore muraille de Chine - reliant les forteresses marquant les limites - limes en latin - de leur empire.

Les traités de Westphalie en 1648 marquent symboliquement le début des états modernes et de leur corollaire, la frontière ligne. Cette dernière mettra toutefois plus de 150 ans à s'imposer définitivement.
Par exemple, en 1680, la paix de Nimègue qui met fin aux guerres de Hollande entre France, Espagne et Pays-Bas, octroie, entre autres, à Louis XIV la forteresse de Charlemont, au dessus de Givet en Ardenne. Signe d'évolution des esprits, à cette occasion, une bande de territoire - la pointe de Givet - est aussi refilée au souverain français afin qu'il puisse tranquillement ravitailler son nouveau château-fort.
Quelques années plus tôt, seule la possession de la place aurait été négociée.
Le même traité rend d'ailleurs Maastricht aux Pays-Bas. Bien que située à 200 km des autres forts français, cette ville stratégique appartenait à Louis XIV depuis plusieurs années.

Ce n'est véritablement qu'aux XIXème et XXème siècles que les frontières linéaires et homogènes d'aujourd'hui - fruits des révolutions, des guerres et des nationalismes - seront, petit à petit, délimitées.

Toutefois, notre monde moderne a recréé une nouvelle zone de marches : les aéroports.
Cette frontière d'un nouveau genre qui aurait rendu les anciens monarques perplexes, est une limite, non plus entre deux pays, mais entre un état et le ciel.
Lors de l'embarquement ou du débarquement, le passager se trouve dans le même état indéterminé que le manant du moyen-âge ballotté entre deux forteresses.
La zone située après le contrôle de police, bien que géographiquement toujours dans le pays de départ, est un territoire juridiquement flou. Les lois en vigueur alentour cessent de s'appliquer. Il est ainsi possible de se procurer moult tabac et alcool, au mépris des règles sanitaires et fiscales les plus élémentaires.
De même, une personne qui atterrit, bien que déjà physiquement sur le territoire du pays de destination, est loin d'y être légalement admise.
La fin de la marche se situe juste après le poste de garde des gabelous, au bout de long corridors, souvent au pied d'un escalator.

Vivement que les frontières soient abolies !

Aéro-marchiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques frontalières "les confins de l'Union" et "lettre ouverte à Manuel Valls" (qui le 5 mai 2013 n'est toujours pas refermée !).
- Cette chronique doit beaucoup aux publications en ligne de Ceriscope Frontières de Sciences-Po Paris et notamment à l'article de Jean-Marc Sorel "la frontière comme enjeu de droit international".
La carte des frontières tracées avant 1800 reproduite en début de chronique est issue de cet article.
- Deux cartes anciennes du Boudjak, territoire désormais en Ukraine à la limite de la Moldavie, reproduites sur le site histoirepostale.net faisant apparaître le mur romain dit de Trajan.
  

mercredi 6 mars 2013

L'Estaca grande chanson et petit air entêtant de liberté

La musique, parfois, a des accords majeurs
Qui font rire les enfants, mais pas les dictateurs. [...]
La musique, parfois, a des accords mineurs
Qui font grincer les dents du grand libérateur.
Bernard Lavilliers
Coups de canon, tensions sociales et équilibres macroéconomiques ont plus d'influence sur la marche du monde que les ritournelles.
Néanmoins, de temps à autres, des chansons d'exception cristallisent l'ambiance d'une époque et participent, à leur manière, au mouvement des lignes.
L'Estaca de Lluís Llach est de celles-ci.

Lorsque j'étais lycéen, vers l'été 1976 (je ne me souviens pas de la date avec exactitude), j'étais allé en vélo à Achères, en banlieue parisienne, assister à un concert en plein air du chanteur catalan Lluís Llach.
Celui-ci, qui avait été censuré et exilé par la dictature de Franco, avait pu retourner depuis peu dans une Espagne qui commençait sa transition démocratique. Une bonne partie des spectateurs était des républicains espagnols qui avaient trouvé refuge en France.
Le récital s'est conclu avec l'Estaca, chanson écrite en 1968 et devenue l'emblème de la résistance de la Catalogne. Les paroles évoquent, en prenant l'image d'une corde attachée à un pieu - estaca en langue catalane - le combat pour la liberté :
    Si je tire fort de mon côté,
    Et que tu tires fort du tien,
    Sûr qu'il tombera, tombera, tombera,
    Et nous pourrons nous délivrer.
Immense émotion difficile à oublier, le public, debout et poings levés, chantait à l'unisson avec Lluís Llach cet hymne aux fortes connotations politiques.
Lluís Llach, lors de l'un de ses premiers concerts à Barcelone en 1976 au cours de la transition de l'Espagne vers la démocratie, entonne l'Estaca.
La salle reprend le refrain et la chanson se conclut par des slogans du public.

Peu après, à la fin des années 1970, l'Estaca fut reprise et adaptée par Jacek Kaczmarski, en Pologne alors soviétique, sous le titre Mury (les murs en polonais).
Le chant catalan devint alors un des hymnes du syndicat libre Solidarność de Lech Wałęsa. Les paroles, bien que différentes, sont dans le même esprit que les vers originaux de Lluís Llach :
    Arrache aux murs les dents des barreaux !
    Brise les chaînes, casse le fouet !
    Et les murs vont tomber, tomber, tomber
    Et ensevelir le vieux monde !
Interprétation en public de Mury par Jacek Kaczmarski, enregistrée après la chute de l'odieux mur de Berlin


Vers 2010, Yasser Jradi, musicien tunisien, s'empare à son tour de l'Estaca et propose Dima dima (toujours, toujours) une version en arabe à la fois romantique et très mélancolique :
    Je jure sur la sueur des maçons qui tombe sur la pierre et la fait fondre,
    Je jure sur ceux qui ont les pieds nus et ceux que le destin a fatigué [...]
    Non, non, je ne me lasserai jamais de t'aimer [...]
    J'écrirai ton nom avec le sang de mes mains,
    Je retournerai vers toi, toujours, toujours ...
Reprise par Emel Mathlouthi, Dima dima fut un des airs de la révolution de Tunisie de janvier 2011.
En septembre 2012, juste retour des choses, la chanteuse tunisienne Emel Mathlouthi interprète Dima dima de Yasser Jradi en public à Barcelone, sur les terres où Lluís Llach composa l'Estaca 44 ans plus tôt.
Malheureusement, le son de cet enregistrement direct n'est pas excellent. Toutefois, l'émotion du chant et des symboles font plus que pallier à la mauvaise qualité auditive.


Le propre des belles chansons est de pouvoir être chantées plusieurs fois d'affilée sur des tempos différents. C'est ce que j'espère de tout mon coeur pour la Tunisie, dont la révolution patine.
Je souhaite aussi que poètes et musiciens du Qatar, d'Arabie Saoudite, d'Iran ou encore de Chine et de quelques autres régimes autocratiques se saisissent à leur tour de l'Estaca et créent des versions locales reprises par la population. Je doute que Lluís Llach s'en formalise.

Ritournelliquement votre

Post Scriptum
Je viens de trouver sur Youtube, postérieurement à l'écriture de cette chronique, un duo où Yasser Jradi, son créateur, et Emel Mathlouthi interprètent ensemble Dima dima, la version tunisienne de l'Estaca. Je n'ai pas pu résister au plaisir d'ajouter cette vidéo à ce billet.
Emel Mathlouthi et Yasser Jradi chantent ensemble Dima dima

Références et compléments
- Pour compléter cette chronique, j'ai regroupé dans une playlist sur Youtube de nombreuses autres versions de l'Estaca dans plusieurs langues.
Cette playlist comporte notamment la version originale de Yasser Jradi de Dima dima et l'incroyable hommage du public lors du dernier concert de Lluís Llach en 2007.
- L'Estaca, ce qui gâche rien, bien au contraire, est aussi devenue l'hymne de l'USAP, l'équipe de rugby de Perpignan.
- Articles Wikipedia sur Lluís Llach, l'Estaca et sur Mury (en anglais).
- Paroles de l'Estaca de Lluís Llach en catalan et leur traduction en français.