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samedi 17 septembre 2016

Avez-vous appris le mot apprenance ?

La formation professionnelle permanente recèle parfois d’étonnantes surprises.
Récit d’une expérience récente.

L'apprentissage de l'apprenance

Sur mon lieu de travail, un recyclage de sécurité incendie est organisé chaque année.
À cette fin, un camion d’une entreprise spécialisée se rend sur le parking du site. Ce véhicule est aménagé pour réaliser des exercices pédagogiques avec des flammes réelles, sans préparation préalable, ni périmètre de sécurité.


Ce magnifique semi-remorque est plaisamment baptisé CAPSI : Centre d'Apprenance et de Perfectionnement à la Sécurité Incendie.

Une langue carbonisée

Intrigué par le vocable "apprenance" et soucieux de perfectionner mon français, j'ai d'abord constaté que dictionnaires classiques, Trésor de la Langue Française informatisé et correcteurs orthographiques ignorent ce terme.

Toutefois, quelques pages sur internet expliquent que ce néologisme désigne une tournure d'esprit favorable à l'apprentissage de nouvelles pratiques.
En quelque sorte, une formattitude...

Désireux d'accroître un bagage sémantique par trop réduit, j’ai supposé que la société propriétaire du semi-remorque d'apprenance devait abriter dans ses stocks un riche vocabulaire .

La visite de son site web s'est avérée décevante.
Une terminologie banale est assaisonnée de mots manquants ainsi que d'orthographe et de grammaire approximatives.
Jugez sur pièces.
La santé et ❲?❳ sécurité au travail désigne diverses disciplines visant à supprimer ou à limiter certains effets nuisibles du travail sur l'être humain (santé physique ou mentale) et sur son environnement (santé environnementale).
Tout employeur est tenu d'organiser les moyens nécessaire afin de préserver la santé et la sécurité dans son établissement. La formalisation de l'organisation, incluant l'identifications des rôles de chacun et la formation de ses équipes aux bons comportement est incontournable.
Afin de répondre aux obligations du code du travail, le chef d'établissement doit prendre les mesures pour sécuriser le personnel par le biais de d'actions de prévention, d'information et formation sensibilisation et ❲?❳ premier témoin.
J’espère que la formation anti-incendie délivrée dans le CAPSI est plus rigoureuse que la langue de ses promoteurs et qu'elle permet à ceux qui la suivent de ne pas aller au casse-pipes en cas de feu.

Quant aux responsables de l'entreprise, je peux, s'ils le souhaitent, leur présenter des personnes susceptibles d'apurer leurs publications, voire même de les faire entrer en apprenance linguistique.

Incendiairement votre

Références et compléments
J'invite les lecteurs qui nourriraient des doutes sur l’authenticité du texte rapporté ci-dessus à parcourir la rubrique formation incendie du site web de la société objet de cette chronique.

Les amoureux du français sont invités à user sans limite du TLFi Trésor de la Langue Française informatisé, le meilleur outil en ligne sur l'idiome de Molière et de Charles De Gaulle, fruit des travaux du CNRS.

Photographie réalisée par l'auteur le 15 septembre 2016.

jeudi 11 août 2016

Pépites francophones en Tunisie

​La Tunisie possède une grande richesse linguistique.
À côté des multiples déclinaisons de l'arabe, le français reste d'usage fréquent.
Mieux même, les tunisiens réinventent sans cesse la langue d'Eugène Ionesco.
Jugez sur pièces.

Pas de pizza réussie sans chompinon, artichoux et ognion !

La médecine quantique, nouvelle discipline prometteuse, est expérimentée en Tunisie. Grâce à elle, votre santé va posséder un sacré spin.

La firme automobile de Sochaux à l'emblème du lion devrait se méfier de sa nouvelle compétitrice bretonne PEUGOET.

L'état américain de l'Oregon est le premier producteur mondial d'origan.

Pour former un couple fusionnel, rien ne vaut un thé partagé avec l'élu(e) de votre cœur.

Ce fait historique est méconnu mais la Tunisie a joué un rôle déterminant lors des débuts de la seconde guerre mondiale.
En effet, le 18 juin 1940, à Londres, pour s'éclaircir la voix et se donner du courage, le général De Gaulle, avant de lancer son fameux appel sur les ondes de la BBC, s'est envoyé derrière la cravate un petit godet d'eau minérale tunisienne.


Francophono-tunisiquement votre

Références et compléments
Voir aussi mes autres chroniques au sujet de la Tunisie.

Toutes les photos ont été prises par mes soins en 2015 et 2016 en Tunisie, principalement à Kelibia.

dimanche 7 février 2016

​Mon écriture est-elle trop peu féminine ?

Une twittonaute a récemment souligné que la langue de mes chroniques est indubitablement et péjorativement sexuée.

À l'en croire, je biaiserais souvent avec les femmes, en les affublant de qualifications dévalorisantes.
Elle relevait ainsi l'expression "effarouché comme une première communiante" et me demandait pourquoi j'associais systématiquement l'hystérie à la féminité.

Bien qu'un peu surprise, je décidais, fidèle aux habitudes de mes bafouilles sur la toile, de vérifier par les statistiques la pertinence de cette interpellation.

Remarque sur une de mes saillies postée par la twittonaute "Chica guisante / @laburlanegra" à la fin de la troisième semaine de l'année 2016

Ambiguïtés sexo-linguistiques

Les personnes ou les choses neutres n'existent officiellement pas dans la langue de Simone de Beauvoir.
Mais, en pratique, beaucoup de tournures françaises ne permettent pas d'exercer une sélection entre femmes et non-femmes.

Si "la cycliste a triomphé" désigne, sans hésitation, une sportive ; l'affirmation "les cyclistes grimpent la butte" ne permet pas, sans informations complémentaires, de savoir si ces amies de la pédale sont des meufs, des non-meufs ou une mixture.

Soucieuse de complaire à mes lectrices, j'ai relevé et dénombré dans mes 100 dernières publications, les expressions masculines, féminines et indéterminées.

Les gonzesses à la trappe !


Part des expressions masculines, féminines et indéterminées dans les 100 dernières chroniques Humeurs Mondialisées

À ma grande honte, bien que la qualification "Humeurs Mondialisées" appartienne à la féminitude, je dois reconnaître que mes chroniques sont assurément mâles.
La gent masculine y est évoquée 4 fois plus fréquemment que la féminine !

Pour rétablir la parité, il faudrait que j'abandonne plusieurs de mes matières de prédilection, notamment la politique, la terreur, la guerre et les religions, spécialités où les femmes brillent surtout par leur heureuse absence.

Toutefois, seule une minorité de ma prose est sexuée. Ma production n'est genrée qu'à hauteur de 40%.
Toutes additions faites, je suis peut-être plus politiquement correcte que je ne le crois.

Louanges aux greluches !


Connotations négatives ou positives dans les différentes familles d'expressions des 100 dernières chroniques Humeurs Mondialisées

Je m'exprime peu sur les femmes, mais c'est pour en faire l'apologie.
En ce qui concerne les connotations, les filles d'Ève mènent nettement à la marque, tant vis à vis des non-femmes que des indéterminées.

Ces statistiques sémantiques relancent, en quelque sorte, la sempiternelle dialectique entre la quantité et la qualité.

De surcroît, cette chronique pourrait bien devenir l'ébauche d'une démasculinisation allègre de ma production. J'y ai réussi la prouesse de n'y employer que des expressions féminines.

Honnie soit qui mal y pense !
Genriquement votre

Références et additions
Voir aussi sur des thématiques proches deux chroniques malheureusement peu fémininement titrées :

La phrase complète relevée par la twittonaute "Chica guisante / @laburlanegra" et qui a déclenché ces statistiques sexuées de mon écriture est "histoire de brouiller les pistes, j'ai même déjà expérimenté le divin plaisir de me faire passer pour un adorateur de Satan auprès d'un intégriste devenu aussi effarouché qu'une première communiante".
Elle figure dans la chronique à la nomination semi-indéterminée "les musulmans en France, combien de divisions ?".

mercredi 20 mai 2015

La vraie réforme du collège : une bonne tranche quotidienne de rosbif au curry

When you select, you reject!
Choisir c'est renoncer !
Les débats actuels, en France, à propos de la réforme des collèges me paraissent surannés, voire surréalistes.
Ministres et députés en tête, tenants et opposants du latin, du grec ancien, de l'allemand et, dans une moindre mesure, de l'italien et du chinois s'écharpent ex cathedra pour savoir si l'apprentissage de ces magnifiques idiomes doivent débuter à 12, 13 ou 14 ans.

Malgré l'adage ancestral contra factum non datur argumentum (contre un fait, il n'est point d'arguties), nos bons esprits semblent ignorer l'anglais est, nolens volens, devenu, de facto, la lingua franca mondiale et que nos chères têtes blondes, même 5 ans après le bac, continuent d'ânonner la langue de Steve Jobs.

Le système éducatif hexagonal fait semblant d'enseigner l'anglais.
Pour ne fâcher aucun lobby, les heures de cours au collège et en primaire sont saupoudrées sur de trop nombreuses matières.
A contrario, les concentrer sur 3 indispensables basiques - français, mathématiques et anglais - serait plus efficace, tant pour les bons que pour les mauvais élèves.
Ainsi le parler des deux derniers prix Nobel de la paix, n'est enseigné que 3 à 4 heures par semaine aux gamins d'une douzaine d'années. C'est insuffisant pour acquérir des bases solides en y prenant du plaisir et de l'intérêt.

Grosso modo, 6 à 8 heures par semaine sont indispensables.
Le nec plus ultra serait que d'autres disciplines relaient l'apprentissage de l'anglais.
E.g. un prof de sport, à la place d'une initiation à la lutte gréco-romaine, pourrait effectuer une sensibilisation aux méfaits du dopage avec les mots et les intonations de Lance Armstrong.

Bien entendu, cet accroissement horaire doit s'accompagner d'une réorientation géographique.
Oxford, son accent et sa pureté grammaticale doivent s'effacer au profit de la pragmatique Californie et de la créative Bangalore. Bref, laisser tomber le pudding pour le curry !
A fortiori, l'apprentissage d'une seconde langue ne pourrait débuter qu'après avoir acquis une maîtrise correcte de l'anglais.

Effectuer ex abrupto ce changement serait une véritable réforme, utile socialement et économiquement, mais qui nécessiterait beaucoup de courage politique, face aux conservatismes et aveuglements de tout poil.
Imposer la réduction des horaires des matières non indispensables ainsi que mettre en branle un vaste plan de reconversion des professeurs non anglophones - via des formations et des reclassements ad hoc - suppose un gouvernement et un parlement à l'image de Churchill et de la Chambre des Communes de 1940.

Le modus operandi de ce bouleversement ne sera pas facile à mettre au point et à appliquer.
In fine et in petto, je crains que, pour longtemps encore, nous préférions le latin à l'emploi et le grec au rosbif.
Heureusement, nulla tenaci invia est via, nulle route n'est infranchissable ...

Latiniquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Rosbif au curry : le charme de l'anglais en Inde"
- E.g. est l'abréviation du latin exempli gratia plus usitée en anglais qu'en français. Elle signifie par exemple.

dimanche 29 mars 2015

Combien de gaulois entravent le rosbif ?

Depuis les attentats à Paris en janvier dernier, politiciens en panne d'idées et experts autoproclamés nous rebattent, à nouveau, les oreilles avec l'établissement de statistiques ethniques en France.

Il est pourtant un domaine voisin, les pratiques linguistiques, qu'il est possible et légal de mesurer aisément.
Or, après avoir longuement fourragé dans Google, à ma grande surprise, il n'existe pratiquement aucun chiffre fiable sur les langues employées en France, au travail, dans la vie sociale ou en famille.

Pourtant, capter et parler d'autres jargons que le sien est un immense avantage.
Économique tout d’abord, dans toute exportation ou importation, l'échange linguistique précède toujours l'échange commercial et monétaire.
Humain ensuite, comprendre les autres est une bonne manière de ne pas les craindre.

Fidèle aux habitudes de ce blog, je suis parti à la recherche des chiffres manquants.

La seule enquête un peu fouillée que j’ai réussi à dégotter concerne exclusivement la pratique de l’anglais chez les cadres.
Réalisée conjointement par un site d’offres d'emploi en ligne et un organisme de formation … à la langue de Bill Gates, sa méthode laisse à désirer. Néanmoins, il nous faut faire contre mauvaise fortune bon coeur car il s'agit de la seule base disponible.

J'ai étendu ces données, en faisant l'hypothèse optimiste que l'idiome d’Henry Ford était légèrement, mais pas drastiquement, moins utilisé et donc maîtrisé dans les autres catégories professionnelles.

Les résultats obtenus sont accablants.
Plus de 8 compatriotes de Molière sur 10 peinent avec Shakespeare.
Estimation de la pratique de l'anglais en France
Environ deux tiers des français sont coupés du monde anglophone. Un gros quart baragouine.
Seulement 1 sur 7 réussit à converser et écrire dans la langue mondiale.

Amis politiciens et électeurs, en ce jour de vote, il y a peut-être des préoccupations plus essentielles pour faire repartir la France d'un bon pied que la présence de porc dans les cantines scolaires et le régime légal de la prostitution ...

Anglophoniquement votre

Références et compléments
- Voir aussi "My tailor writes a mail - Anglais international tous terrains".
- Les chiffres présentés ont été déterminés par mes soins à partir d'une enquête linguistique réalisée début 2015 par Cadremploi et 1to1English et des statistiques socio-profesionnelles de l'INSEE.
 

vendredi 13 mars 2015

My tailor writes a mail - Anglais international tous terrains

L'anglais est la lingua franca du business et du travail.

Malheureusement, converser et écrire, en milieu professionnel, dans la langue de Bill Gates ou de Lakshmi Mittal, est souvent, pour les francophones, un pénible parcours d'obstacles.

Notre bagage scolaire, pourtant péniblement acquis, résiste mal à la réalité de la globalisation.
Il est rare, au boulot, d'échanger avec un présentateur de la BBC.
Fréquemment, nous devons interagir avec des personnes dont l'accent, le vocabulaire et la grammaire, à l'instar des nôtres mais différemment, feraient perdre son flegme à Sa Très Gracieuse Majesté britannique.
Je vous propose de retrouver sur mon site kelibia.eu quelques astuces, expérimentées "on the field" par votre serviteur, pour mieux négocier les haies anglophones les plus hautes.

Ces petits dopants linguistiques hérisseront les défenseurs de la pureté du parler d'Oxford, mais permettent d'éviter de grosses bévues en contexte international.

Lien

lundi 31 mars 2014

Lettre ouverte à Barack Obama sur le rattachement de la Crimée de l'Isère aux USA

Très cher Barack Obama

Vous l'ignorez probablement mais dans la banlieue nord-est de Grenoble, la petite commune de Montbonnot Saint Martin pratique une anglophonie et une américanophilie du meilleur aloi.
À l'instar des citoyens de Crimée qui se sont auto-rattachés à leur mère-patrie russe avec l'assistance musclée et bienveillante de Vladimir Poutine, les bonimontains aimeraient rallier vos glorieux États-Unis d'Amérique et devenir leur quatorzième territoire non incorporé.

Je vous propose de découvrir en images cette étonnante enclave.
À peine franchi le chemin des Chartreux qui marque la limite avec Meylan, les langues latines chères à Saint Bruno s'effacent pour laisser place à l'idiome d'Alan Turing et de John Von Neuman.

 

  
   
  

Afin de répondre à l'appel pressant de la majorité anglophone de Montbonnot cernée de toute part par d'agressifs et minoritaires francophones, je vous suggère de parachuter quelques GIs pour prendre possession de la base militaire française située au cœur de l'enclave.
Vos soldats ne devraient guère rencontrer d'opposition. À part un feu d'artifice annuel, les troupes qui occupent Montbonnot ne font guère montre d'esprit belliqueux.


Vos régiments devraient être accueillis en libérateurs par une très forte majorité de bonimontains. Néanmoins, vos hommes devront rester attentifs à ne pas succomber aux provocations de rares éléments asociaux très minoritaires.
Quelques crypto-basques risquent de faire de la résistance passive et les fameux Tatars de Saint Martin pourraient bien hisser encore plus haut leur vert étendard. Dès que votre autorité sera clairement établie sur Montbonnot, ces trublions rentreront dans le rang ou s'exileront à Meylan et Grenoble.


Afin de limiter les risques de réactions diplomatiques défavorables, les chancelleries raffolant du poisson, je vous suggère d'intervenir dès demain 1er avril.
Pour faire bonne mesure, un référendum le week-end de Pâques démontrerait la ferveur populaire vis à vis de l'Amérique et entérinerait définitivement la situation.

Je sais pouvoir compter sur votre détermination ainsi que sur votre sens des responsabilités et espère vous saluer très bientôt sur l'ex-avenue de l'Europe, rebaptisée USA avenue, lors de votre triomphal défilé marquant la fusion de la Crimée du Dauphiné avec le pays de Georges Washington.

Annexiquement votre

Références et compléments
- Billet spécialement dédié à Jean de Bayonne et de Montbonnot réunis.
- Les photos (non retouchées) ont toutes été réalisées par l'auteur samedi 29 mars 2014 dans la zone d'activités "Inovallée" de Montbonnot Saint Martin.
- Dans la même veine, voir aussi mon reportage photo aux confins de l'Union Européenne.
- Le drapeau de l'Arabie Saoudite n'est qu'à quelques encablures de ce prytanesque pensionnat militaire.

samedi 15 mars 2014

Un désagréable fumet de XIXème siècle

À la fin des années 1700, la Grande Bretagne, les USA, la Corse et la France inventèrent, sous l'influence du mouvement dit des Lumières, la démocratie représentative et libérale moderne.

Cette incontestable avancée a presque aussitôt été accompagnée de son coté obscur, le nationalisme.
À peine l'encre du Congrès de Vienne eut-elle fini de sécher que, partout en Europe, des peuples se sont soulevés pour obtenir une nation bien à eux, le plus souvent au détriment d'autres ethnies et religions que les systèmes féodaux avaient négligemment entrelacées.
Au XXème siècle, la décolonisation, à son tour, a propagé les fièvres nationales à l'ensemble du globe.

Cette face détestable de nos systèmes politiques modernes est responsable, depuis deux siècles, d'innombrables massacres et contre-massacres. Écrasement du printemps des peuples de 1848, guerres balkaniques et les deux conflits mondiaux ne sont, hélas, que les plus saillants.

L'expansion du communisme et la guerre froide entre USA et URSS a, un temps, gelé les passions nationales.
L'écroulement du mur de Berlin en 1989 a sifflé le début de la seconde mi-temps.
Ex-Yougoslavie, ex-Tchécoslovaquie, Flandres, Écosse, Catalogne, Pays Basque, Irlande, Italie du Nord ... Rien qu'en Europe, la liste est longue des territoires où les velléités indépendantistes ou régionalistes ont (re)surgi.
Même dans les démocraties les plus établies, France en tête, des mouvements populistes et xénophobes occupent durablement le paysage politique avec des accents qui rappellent Déroulède, voire Mussolini.

Dernier épisode en date, l'Ukraine où deux légitimités historiques et linguistiques s'affrontent sans recherche de compromis.
Le pouvoir provisoire issu de la révolution de la place Maidan, au mépris de sa profession de foi européenne, s'est empressé, à peine en place, de bloquer l'usage du russe comme langue officielle.
Dans le même temps, le pouvoir et l'armée de Poutine préparent tranquillement l'annexion de la Crimée majoritairement russophone.
Le référendum prévu ce week-end par les autorités fantoches de Simferopol n'est pas sans rappeler celui qui permit à la France de Napoléon III d'annexer impunément en 1860 la Savoie et Nice. Le score d'approbation dépassa 99% et, dans plusieurs localités, les votants excédèrent les inscrits.

Le plus choquant dans la résurgence des nationalismes est que 2014 n'est ni 1848, ni 1922. Le monde actuel est beaucoup plus instruit, petit et interconnecté que naguère.
Partout, les niveaux d'enseignement n'ont jamais été aussi élevés et massifs.
Hommes et marchandises peuvent rejoindre n'importe quel point de la planète en moins de deux jours à des coûts de plus en plus abordables.
Télécommunications et informatique, à tout instant, nous relient les uns aux autres et donnent un accès immédiat à des océans de connaissance.
Comme le dit Michel Serres, le lointain a disparu, nous n'avons plus que des prochains.

Dans un tel contexte, combien de temps allons-nous encore tolérer que l'anachronique tentation de Verdun hante les esprits de nombreux dirigeants ou militants et que des personnes se sacrifient pour défendre quelques arpents du territoire soit-disant sacré d'une amère patrie ?

Il est grand temps que nos démocraties passent à l'age adulte et se débarrassent de leurs sombres oripeaux.
La nationalité est un concept éculé et délétère que la citoyenneté devrait remplacer. L'usage des fanions patriotiques n'a de sens que lors des manifestations folkloriques appelées rencontres sportives.

Fort heureusement, les mutations en cours ont, bon an mal an, de bonnes chances de nous aider à franchir rapidement ce cap nécessaire.
Par exemple, la belle initiative numérique "Israël loves Iran" de Ronny Edry démontre que les colombes peuvent maintenant court-circuiter les faucons (et aussi les vrais).

Mondialo-numérico-métissiquement votre

Références et compléments
- Le site histoirepostale.net relate la montée et les déchirements des nationalismes européens au XIXème siècle. Les pages consacrées à Nice et à la Savoie rappellent l'annexion française de 1860 au cours du Risorgimento italien.
- La conférence "l'innovation et le numérique" donnée par Michel Serres à la Sorbonne en 2013.
- La vidéo publiée par TED de Ronny Edry qui proclame "Israël loves Iran".
  

vendredi 22 novembre 2013

Bizarreries sémantiques de la fiscalité locale

Hier, mon percepteur favori s'est rappelé à mon bon souvenir en m'enjoignant de payer dans les meilleurs délais une "taxe d'habitation".

D'après la neuvième et très officielle édition du dictionnaire de l'Académie Française, "habitation", nom féminin, signifie "action d'habiter un lieu, lieu où l'on habite, domicile, maison".
Or, l'objet de cet appel fiscal est un garage en sous-sol, sans aération, ni eau courante, ni électricité et régulièrement inondé par temps d'orage.
Si d'aventure, il me venait l'idée saugrenue de loger quelqu'un dans mon cagibi souterrain, à coup sur, services sociaux et maréchaussée me tomberaient illico sur le paletot.
J'envisage donc d'adresser une réclamation au service des impôts car asseoir une "taxe d'habitation" sur un local inhabitable me parait être simultanément une gaucherie lexicale et un abus de droit.

Quelques semaines en arrière, le même collecteur de dîmes avait prescrit aux copropriétaires de l'immeuble où je crèche d'acquitter la "taxe foncière".
"Foncier", adjectif, toujours d'après les sages du quai de Conti, est relatif à tout ce "qui consiste en un bien-fonds et, plus particulièrement, en une propriété terrienne".
Le Trésor de la Langue Française Informatisé nous apprends que "bien-fonds", nom masculin généralement au pluriel, est une "propriété comprenant le sol et tout ce qui en dépend en superficie et en profondeur".
Le "sol", nom masculin, est, suivant la même source, la "partie de la croûte terrestre, à l'état naturel ou aménagée, sur laquelle on se tient et se déplace".
En toute logique linguistique, la "taxe foncière" ne peut donc être demandée qu'aux infortunés détenteurs d'appartements situés en rez de chaussée.
Par voie de conséquence, les heureux occupants des étages supérieurs devraient être exonérés de cette gabelle immobilière.

Foncièrement lexicalement votre

Références et compléments
- Je recommande aux curieux et amoureux de la langue de Molière la visite du portail du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales du CNRS, véritable mine d'informations linguistiques et sémantiques avec notamment plusieurs dictionnaires en ligne.

mercredi 19 juin 2013

En pyjama dans la véranda du bungalow - Exercice de style franco-indien

La langue française, réceptacle quasi-universel, recèle quelques mots venus d’Inde, beaucoup d’origine tamoule, certains autres issus du sanskrit  La plupart de ces vocables ont transité par l’arabe, le portugais ou l’anglais avant d’atterrir dans le langage de Molière.
Afin de clôturer une longue et belle série, entamée il y a plus de deux ans, de déplacements professionnels au pays de Gandhi et de rendre hommage à mes hôtes, voici un court récit imaginaire reprenant l’essentiel du glossaire indo-français.

Désireux d’expérimenter le nirvana en ce bas monde et de ne plus être traité en paria, je quittais sans regret l’Europe aux anciens parapets et rejoignais en catamaran un atoll indien.

Délaissant ma chemise, je ne m’habillais que de châles et de pyjamas et passait le plus clair de mon temps dans la véranda d’un bungalow ombragé. Sirotant un punch frais et sucré et grignotant quelques biscuits au tapioca, je savourais les senteurs de patchouli et de vétiver de la jungle toute proche.

L'excès d’alcool troubla un peu ma vision, je crus apercevoir l'avatar d’un tank, ce n’était qu’une pagode construite par d’anciens coolies, en haut de laquelle sifflaient, menaçants, quelques anacondas. Me prenant pour un barde, voire pour un gourou, j'agitais un calicot pour tenter de mettre en fuite ces inquiétants serpents.

Furieux de mon imprudence, mes voisins me passèrent un savon, pardon un shampoing au camphre !
Pour faire cesser ce vigoureux traitement, je dus promettre d’aller m'inscrire à une séance de yoga afin de retrouver ma sérénité et d’améliorer mon karma.

Indiennement votre

अलविदा बंगलौर   ಗುಡ್ಬೈ ಬೆಂಗಳೂರು   Goodbye Bangalore

Références et compléments
- A part chemise, je n'ai pas cité dans cette chronique les mots indo-européens très anciens que l'on retrouve tant en sanskrit que dans les langues européennes. Je me suis limité aux vocables originaires de l'Inde et passés en français depuis la Renaissance.
- Dans la même veine linguistique : "du satin sur le divan du toubib : il y a de l'arabe dans le français" et "la braguette du druide : il reste du gaulois dans le français".
- Voir aussi les autres chroniques indiennes
- Principale source : article sur les mots français d'origine indienne du Wiktionnaire.

mardi 14 août 2012

Survie linguistique en Tunisie

Le français et l’arabe dialectal tunisien partagent des mots phonétiquement proches qui risquent d’abuser le francophone en villégiature du coté de Carthage.
Quelques conseils pour éviter les quiproquos au pays d’Ibn Khaldoun

Si vous êtes né au « Chili », les tunisiens vous trouverons « mesquin » d’être soumis en permanence à la canicule.
Pas de panique ! Les autochtones sont parfois bizarres. Montrez que votre robuste constitution vous permet de résister à tout

Si vous venez de Sarajevo ou de l’Herzégovine, évitez de parler de votre patrie en présence de jeunes filles.
En entendant le mot « Bosnie », certaines tunisiennes émoustillées risquent de se jeter à votre cou quand d’autres, croyant être harcelées, voudront vous gifler voire pire.

Si on vous propose du « fric », ne vous réjouissez pas trop vite.
Votre portefeuille ne va pas subitement se rembourrer, par contre vous serez obligé d’ingurgiter un épi de maïs grillé.
Vous vous consolerez en pensant que cet aliment légèrement cramé contient beaucoup de sucres lents et probablement quelques vitamines.

Si un tunisien vous parle des « boules », surtout s’il accompagne son propos de gestes pressants, sachez qu’il ne nourrit aucun énervement vis-à-vis de votre personne, pas plus qu’il ne vous invite à une partie de pétanque. Il veut juste trouver rapidement des toilettes.
Contrairement à la région lyonnaise, il n’y a pas de « bars à boules » en Tunisie, seulement de jeunes enfants dont on souhaite canaliser les débordements.

Si on vous convie à partager un « brique » acceptez sur le champ, surtout pendant le mois de ramadan !
Inutile d'être karateka pour venir à bout, à mains nues, de cette croustillante spécialité culinaire, généralement au thon ou à l’œuf.

Si vous êtes invité à une séance « d’outillage », allez-y sans crainte.
Il ne s’agit pas d’un rituel satanique dans l’arrière-boutique d’une quincaillerie mais d’un match de poule de cette compétition sportive très spéciale qu’est le mariage tunisien.
Pour « l’outillage », l’équipe, mais aussi le public, sont presque exclusivement féminins. L’avant-centre a les pieds et les mains peints aux couleurs de son club et les supportrices manifestent bruyamment leur joie de voir leur championne mener au score.

Franco-tunisiennement votre

Références et compléments
- Extraits du dictionnaire phonétique tunisien – français :
. Chili = très chaud !
. Mesquin / miskine = pauvre, malchanceux
. Bosnie / bousni = embrasse-moi
. Fric = épi de maïs
. Boules = pisser
. Bar à boules ! = va pisser !
. Brique = brick
. Outillage / outia = « fête de la mariée » qui a lieu généralement deux jours avant la véritable cérémonie de mariage. Souvent, l’outia est l’occasion de finaliser la « peinture » au henné des mains et des pieds de la future mariée.

- Il y a désormais une seconde livraison de ces conseils phonétiques, sans oublier la toute première chronique tunisienne "Un après-midi chez Marthe".
Voir aussi la chronique « Du satin sur le divan du toubib » consacrée aux mots français d’origine arabe ainsi que « les 16 tweets qui ont fait l’histoire de la Tunisie ».

- « Je suis né au Chili » est une chanson du regretté Bobby Lapointe.

samedi 11 août 2012

La braguette du druide : du gaulois dans le français !

Suite à la récente chronique sur les mots d’étymologie arabe présent dans le français, @Lourcine – un twittonaute de mes relations – m’a rappelé que la langue de Molière comportait aussi des vocables d’origine gauloise.
Jules César et ses légions latines ne sont pas totalement venus à bout du parler de Vercingétorix.
Pour preuve, ce nouveau dialogue, toujours un brin érotique, où nous retrouvons le médecin et sa patiente, naguère étendus sur un divan et qui, désormais, se passent le celte.

– Bonjour druide !
– Bonjour chère Madame mais que dîtes vous la ? Druide ? Pourquoi pas ambassadeur ou palefrenier pendant que vous y êtes ! La dernière fois vous m’avez appelé « toubib » durant toute la consultation !
– Je vous appelle druide car vous êtes un vrai magicien ! Quel brio ! Grâce à votre traitement mes soucis de santé se sont envolés. Mon jarret est redevenu svelte et mes joues sont à nouveau roses. Envolées les tonnes de plomb qui pesaient sur mes épaules !
– Nous allons voir cela mais entrez donc ! Ne restez pas dans ce couloir malheureusement aussi sombre qu’un tunnel. Les ampoules ont grillé ce matin, je n’ai pas encore eu le temps de les changer.
– C’est vrai qu’il fait noir ici. Pour un peu on dirait un bouge empli de truands à la rouge trogne prêts à vous garroter pour un oui pour un non.
– Puis-je vous proposer une cervoise tiède que je garde dans ce pichet en étain. C’est une cuvée spéciale à base de blé que m’envoie un brasseur artisanal belge dont j’ai soigné la fille autrefois.
– Volontiers ! Une chaque visite vous me faites découvrir une nouvelle boisson. Hum ! Cette mousse est vraiment crémeuse.
– Une petite galette pour accompagner votre cervoise ?
Druide vous exagérez ! A force de me gaver ainsi je vais ressembler à un tonneau ! Moi qui étais presque chétive étant jeune !
– Allons, allons ! Un de mes slogans favori est « un petit plaisir n’est jamais gaspillé ». Et ces vacances alors ?
– Excellentes ! Mon mari a passé son temps à photographier des chamois et des bouquetins dans un parc national en montagne. Il avait trouvé une petite combe recouverte de lande parfaite pour l’observation des animaux. Malheureusement, le dernier jour, le long d'un talus, il a glissé sur une souche de sapin cachée par les bruyères et s’est brisé l’orteil. Pendant ce temps, j’ai alterné entre une cure de bains de boue le matin et des ballades sur les chemins alpestres l’après-midi à glaner quelques fleurs.
– En tous les cas, vous avez une mine superbe !
– Mais où est le divan sur lequel je me suis voluptueusement allongée la dernière fois ? Pourquoi l’avez-vous changé ?
– Un charpentier de mes amis s’est établi ébéniste. Pour l’aider à avoir un peu de boulot, je lui ai acheté ce nouveau canapé. Il l’a réalisé en n’utilisant que des essences nobles : érable, chêne, bouleau, if. Malheureusement, lors de son transport dans une camionnette encombrée, il a été rayé.
– Savez-vous qu’on peut estomper les rayures sur des panneaux de bois avec un mélange de poudre d’ardoise et de terre glaise ? Quoiqu’il en soit, le tissu lie de vin est superbe.
– Merci du conseil, je vais essayer. On m’avait suggéré de frotter avec des galets ou des cailloux mais je n’ai pas osé. Bon, assez parlé, il faudrait quand même se mettre à marner un peu ! Pourriez-vous retirer cette magnifique chemise à jabot afin que je vous examine ? Vous n’aimez guère vous vêtir de guenilles à ce que je vois !
– Où puis-je poser mes vêtements ? Sur cette claie ?
– Oui. Vous pouvez aussi les mettre sur cette vieille pièce de charrue que j’ai transformée en portemanteau.
Aaah ! A chaque visite vous me comblez ! Après le satin d’avant vos vacances, aujourd’hui sous vos braies à la gauloise jaillissent des jarretelles !
– Approchez-vous druide ! Durant mon séjour à la montagne, je me suis laissée bercer par l’idée de cette nouvelle visite. A chaque fois que je voyais mon mari, je me renfrognais et pensais à vous.
– Vos désirs sont des ordres ! Je serai votre valet !
– Venez plus près ! Il me semble que votre braguette a besoin d’être arrangée. On dirait que la fermeture éclair a déjanté.
– Je suis votre vassal !
– Couchez-vous donc sur ce drap car vous m’avez l’air d’être un sacré gaillard ! Que dis-je ? Un bouc, un bélier, une bête, une brute ! Je crains de ne pas y arriver si vous n’êtes pas allongé.
[La suite serait délectable. Malheureusement je ne peux pas la dire et c’est regrettable. Ca nous aurait fait rire un peu.]
– Afin de camoufler ces instants délicieux, de les mettre sous le boisseau, il me faudrait une nouvelle ordonnance ou, à tout le moins, une adaptation de mon régime. Sinon mon mari va flairer la magouille. S’il se met à creuser et qu’il découvre qu’ensemble nous passons les bornes, il est capable de me battre à coups de balai. Il que vous trouviez quelque chose qu’il soit capable de gober.
– Aucun problème, je vais vous rétablir la viande et le poisson dans votre régime. Je vous conseille donc le pâté de cheval et d’alouette, le mouton et le lapin de garenne. A cela vous pourrez ajouter de la limande et de la lotte. Sans oublier un peu de miel des ruches de votre cousin !
– Merci beaucoup ! Je suppose qu’il faudra que je revienne régulièrement pour un contrôle.
J’allais oublier de vous demander des nouvelles de votre fils à qui vous donniez des leçons d’algèbre. A-t-il eu son baccalauréat ?
– Oui il est bachelier désormais et s’apprête à passer le concours pour rentrer au ministère du budget.
– Bon, il se fait tard. Au revoir druide et à très très bientôt !
– Au revoir chère madame et revenez très vite. En carrosse, en luge, en chariot, en benne basculante, peu importe ! Revenez ! D’ici là je serai comme une terre en jachère, à vous attendre …

Gauloisement votre

Références et compléments
– Voir aussi la précédente chronique « Du satin sur le divan du toubib » où médecin et patiente prennent un malin plaisir à employer des mots français d’origine arabe.
– Comme le bouc – mon animal patronymique – et les bacchantes qui ornent mon visage n’ont pas suffi, je remercie le twittonaute « Olivier Dressayre / @Lourcine » de m’avoir remémoré qu’il reste du gaulois et du celte dans le français.
– Les mots indiqués en gras dans le texte ci-dessus sont d’étymologie gauloise ou celtique d’après le portail lexical du CNRTL.
Les quelques mots écrits en italique dans le dialogue ont une origine arabe et sont une réminiscence de la chronique « Du satin sur le divan du toubib ».
– Merveilles de la langue française et gauloiseries ne sauraient être évoquées sans Georges Brassens. En plus de l’extrait du « Gorille », le texte ci-dessus contient deux autres citations du barde de Sète que je vous laisse retrouver.

mardi 7 août 2012

Du satin sur le divan du toubib : il y a de l'arabe dans le français !

N’en déplaise aux sectes de tout poil, il y a de l’arabe dans le français !
La langue littéraire et l’argot contiennent de multiples mots d’origine arabe provenant des croisades, de l’espagnol, de l’italien, de la colonisation et de l’immigration. 
Pour preuve, ce dialogue vaguement érotique recueilli subrepticement dans le secret d’un cabinet médical.

– Bonjour toubib.
– Bonjour chère madame. Entrez vite ! Il pleut si fort sur la grand route ! Heureusement votre caban m’a l’air bien imperméable.
– Oui et, en plus, sa doublure en mohair le rend très agréable à porter.
– Posez votre barda ici.
– Il fait bon chez vous. Vous vous chauffez comment ? Au mazout ?
– Oui, j’ai un chauffage central qui, depuis que je me suis installé ici, n’a encore connu aucune avarie. Je l’ai fait venir du Groenland.
– N’avez-vous pas eu de problèmes avec la douane ?
– Si, ça été un peu compliqué. Les exigences des gabelous sont prohibitives. Il faut qu’ils fassent du chiffre. Heureusement, avec un petit bakchich le problème a été résolu fissa.
– La société de mon mari qui importe des raquettes du Japon a le même type d’embêtements. Les tarifs des douaniers sont exorbitants, ils se prennent pour des nababs ! Pourtant ce ne sont que des caïds de seconde zone ! Il leur fait toujours plus de flouze ! Ils disent qu’ils contrôlent au hasard mais comment les croire ?
– Je vous en prie, prenez place sur ce sofa. C’était auparavant un lit à baldaquin qui occupait une alcôve à mon domicile. J’ai fait changer le matelas, passer un petit coup de laque et, hop, désormais c’est un divan pour mes patientes. C’est quand même plus agréable que mes anciens tabourets.
– Quel confort ! Un vrai massage ! Et ce tissus ambré une pure merveille qui se marie très bien avec les coussins rouges !
– Puis-je vous offrir un petit kaoua ? J’ai dans cette carafe isotherme un moka spécial que m’envoie un petit producteur yéménite dont, autrefois, j’ai guéri la fille.
– Bien volontiers, toubib !
– Combien de sucres ? Normal ou candi ?
– Un seul, candi, s’il vous plait.
– Voici. Prenez donc aussi ce petit caramel dans cette timbale, il faut bien que mes confrères dentistes puissent assurer leur chiffre d’affaire !
- Un régal ! Un vrai sirop ce kaoua ! Que dis-je ? Un élixir divin !
– Trêve de salamalecs ! Qu’est-ce qui vous amène ? Que puis-je pour vous ?
– Une fatigue perpétuelle m’assaille. C’est comme si j’avais en permanence un fardeau sur mes épaules, qu’on me cognait sur le crâne à coups de matraque, qu’un tambour résonnait dans ma tête faisant un ramdam de tous les diables, que des dizaines de clébards aboyaient dans mes oreilles, qu’une noria de bulldozers aplanissait mes méninges … J’ai peur d’avoir quelque tare héréditaire.
– Il va falloir que je vous examine. Pourriez-vous enlever votre jaquette et votre jupe, s’il vous plait.

Ouah !!! Des sous-vêtements en satin et en mousseline ! Ah ces reflets moirés ! Votre mari est un homme comblé ! Ma femme ne porte que de ternes culottes en coton qu’elle achète au magasin du coin.
Toubib, vous me gênez ! Bornez votre zèle à de plus innocents marivaudages ! Je sens que je deviens cramoisie. Je serai bientôt aussi écarlate que les coussins de votre divan.
– Que nenni ! Le carmin vous va a ravir ! Votre beauté dépasse celle d’un nénuphar !
Toubib, votre arsenal à compliments me semble contenir un peu trop de munitions ! Si vous continuez, je pourrais en faire un almanach !
– Je crains que vous ayez une allergie à des substances chimiques. Seriez-vous en contact avec de l’ammoniac ? Vous savez ce produit que nos grands-parents appelaient l’alcali volatil.
– Non ! Je n’en ai même pas un chouilla chez moi.
– Et de la cire de bougie peut-être ? du goudron ? de la soude caustique ? du benzène ? du borax ? de l’essence de tamaris ?
– Le bois de la guitoune au fond de mon jardin qui servait d’abri pour le cheval alezan de mon oncle Archibald est entièrement goudronné. Ce vieil oncle, surnommé l’amiral car il possédait un chantier naval, a utilisé les mêmes techniques de calfatage que pour ses bateaux.
– Vous y allez souvent dans ce gourbi ?
– Oui, assez, j’y entrepose dans des couffins et dans des jarres les matières premières pour mon atelier de maroquinerie. Un vrai souk !
– Dans ce cas, le diagnostic est assez simple : vous faîtes une allergie au goudron.
– Ca se soigne ? Ou bien va-t-il falloir que je me procure un talisman pour éloigner la camarde ?
– Ca se soigne très bien ! Tout d’abord, cessez d’aller dans cette guitoune, envoyez quelqu’un d’autre à votre place. Ensuite, pendant quelques temps, un régime alimentaire strict va s’imposer. Vous ne devrez plus manger que des artichauts, des épinards, des aubergines et de l’estragon ainsi que des abricots et des oranges.
– Même pas un petit kebab ou un petit méchoui de temps en temps ? Une brick au thon albacore ?
– Non, régime strict ! Zéro viande sinon c’est l’échec assuré !
– Un petit loukoum ? Une petite baklawa ?
Kif kif ! Ah ! J’oubliais, pas d’alcool ni de sorbets non plus ! Et évitez aussi de faire trop la nouba.
– Ca fait quand même pas besef d’aliments possibles ! C’est de la mesquinerie diététique !
– Un petit effort le temps de remettre à niveau votre algorithme personnel et tout ira mieux !
Toubib vous m’assassinez ! J’ai l’impression d’avoir heurté un récif !
– Si vraiment c’est trop difficile, vous pouvez essayer le camphre.
– Vous me transformez en momie ! Je ne vais plus manger que de la camelote !
– A l’extrême rigueur vous pouvez recourir au talc dans les sinus … mais surtout à doses homéopathiques ! Par contre, évitez absolument le hachich.
Je vous écris tout cela sur une ordonnance … sauf le talc, bien entendu ! Mais où ai-je mis la rame de papier à entête ? J’ai pourtant fait récemment une razzia à l’imprimerie.
Toubib, vous me prenez pour une brêle ?
– Assurément pas ! A chaque fois que vous venez me voir c’est comme si le soleil était à son zénith, se découpant sur champ azur !
Malheureusement, l’heure tourne, cessons de faire les zouaves ! Je suis au regret de devoir vous demander de vous rhabiller chère gazelle, de remettre un voile sur vos gazes.
– Pourrais-je revenir vous voir après mes vacances ? Mon mari et moi allons faire un safari photo.
– Vous êtes toujours la bienvenue. Vos dessous satinés me distraient de toute la smala qui m’attend à la maison et des exercices d’algèbre de mon second fils. Il me prend pour un cador mais je peine ! Rendez-vous compte, hier soir, j’ai du réapprendre à calculer un azimut ! Et pour aujourd’hui, il m’a promis des problèmes d’unités : convertir des quintaux en livres.
– Bien ! Au revoir toubib. Merci pour tout et bon algèbre !
Et ... comme votre divan est avenant ... peut-être que ... la prochaine fois ... vêtue seulement d’une djellaba ... me hasarderai-je à couvrir avec votre aide mon mari de safran

Arabiquement votre

Références et compléments
- Un second épisode intitulé "la braguette du druide" vient s'ajouter à ce marivaudage diététique entre un médecin et sa patiente. Dans cette deuxième livraison, ils badinent, et même un peu plus, avec des mots d'étymologie gauloise et celtique.
- L’étymologie arabe des vocables en gras est attestée dans l’article « Mots français d’origine arabe » du dictionnaire libre Wiktionnaire.
- Impossible d’évoquer les merveilles et les recoins de la langue française sans Georges Brassens. Le texte ci-dessus contient quelques citations des chansons du barde de Sète que je vous laisse retrouver.

jeudi 26 janvier 2012

Rosbif au curry : le charme de l'anglais en Inde

L'anglais en Inde diffère singulièrement de ses cousins d'Angleterre et d'Amérique.
La traduction mot à mot permet de goûter à la saveur de ce rosbif très particulier. La précision dans les chiffres et l'orthographe phonétique ne sont pas les moindres de ses charmes.

Voici quelques exemples issus de situations professionnelles.
Pour avoir une idée de la langue parlée, prononcez les phrases indiennes avec l'accent du Québec.

Français : Il y a trois semaines, je vous ai invité à une réunion fin février.
Rosbif au curry : Une unvitation a été mise à l'eau vingt-deux jours en arrièrre pour une réunnion fin fev.

Français : Nous utilisons une huitaine de vis et une dizaine de rivets.
Rosbif au curry : Nou uttilisons des visses, au nombre de neuf, et des rivaits, au nombre de dix.

Français : Vous trouverez dans les mails ci-dessous les informations concernant le changement de couleur. Il aura lieu lors du démarrage de la production.
Rosbif au curry : Sil vou plait, trouvez dans les mails tracées si-dessou la communication sur le chengemant de couleure. Ce changemant de couleur as besoin d'être unplémenté le long du démmarage de production.

Français : A partir des informations fournies par chacun d'entre vous, j'ai rédigé une synthèse envoyée au fournisseur. J'ai aussi réservé l'espace nécessaire dans l'entrepôt.
Rosbif au curry : Aprais havoir colecthé les details de vous tous, la maime chose a été consolidé et poussait o vendeur. Une fois cela fée, l'allotement de l'espace de l'entrepau a u lieue.

Français : La pièce existante en cuivre doit être adaptée pour pouvoir utiliser de l'aluminium.
Rosbif au curry : L'existant Cu doit être adopté pour AL.

Français : Chaque pièce doit être mesurée.
Rosbif au curry : Chak et toute piaisses seras mezurait.

En guise de conclusion, je rappelle aux pédagogues de la langue de Shakespeare de nos collèges et lycées français que le nombre d'anglophones en Inde excède celui de la Grande Bretagne et des Etats-Unis d'Amérique réunis …

Anglo-indianiquement votre

Compléments
D'après le Trésor de la Langue Française Informatisé, plusieurs graphies de rosbif sont possibles en français : la franchouillarde rosbif, la semi-britannique rosbeef, la totalement rosbif roast-beef et même la semi-francisée rostbeef.
A en croire cette référence de la langue française, l'emploi du mot rosbif pour désigner les anglais provient "des habitudes culinaires du peuple anglais".

mercredi 9 novembre 2011

Le silence me joue des tours - Chronique indienne


L'Inde est le pays des sagesses et spiritualités ancestrales.
L'hindouisme est la plus vieille religion du monde, elle est attestée depuis au moins huit mille ans.
Le judaïsme, avec ses quatre mille ans d’existence, manque encore un peu de maturité. Vus d'ici, le christianisme et l'Islam sont vraiment de jeunes freluquets.
D'ailleurs, forte de son ancienneté sur le marché du spirituel, l'hindouisme est une des rares religions à ne pas se proclamer universelle et à admettre l'existence, à ses côtés, d'autres croyances.

Bref, tout cela, pour vous annoncer que, depuis hier, j'ai cessé de médire et me suis mis, derechef, à méditer.
Je ne sais pas si j'ai trouvé la voie mais, une chose est sure, j'ai perdu la voix.
La climatisation omniprésente a eu raison de mes cordes vocales. Comme je ne peux plus causer, je pense … en tous les cas, j'essaie !

Cette situation a beaucoup d'aspects positifs. Je ne fais plus aucune faute grammaire ou de prononciation en anglais et tous mes collègues comprennent désormais ce que je dis. La Pentecôte a du passer par Bangalore car je suis capable de m'exprimer de façon identique dans tous les idiomes de la terre.

Toutefois, pour surmonter mon déficit d'expression orale, j'envisage très sérieusement de me mettre au langage des sourds-muets, notamment demain où je dois participer à une conférence téléphonique professionnellement importante. D'un coté de la ligne, l'effet apaisant doit être certain et, de l'autre, quelques sourires devraient apparaître.

Du fond de mon silence méditatif, je me pose une question existentielle : un gaucher baragouinant en langue des signes ne serait-il pas l'avatar d'un indien parlant le français comme une vache sacrée espagnole ?

Méditativement votre

Compléments
Je vous recommande l'article Wikipedia sur les "tours du silence" ainsi que le roman La Morte du Bombay Express de Sarah Dars qui évoquent ces bizarres monuments religieux et funéraires des parsis, version indienne des zoroastriens, une des cinquante et quelques religions recensées au pays de Gandhi.

vendredi 6 mai 2011

Aphorismes indiens


- Je n'ai vu, en Inde, aucun des célèbres cochons éponymes. Peut-être, les britanniques les ont-ils exfiltrés en Guinée après l'indépendance …

- J'ai mangé dans un restaurant servant de la nourriture indienne tout en diffusant de la musique grecque, mes intestins auraient peut-être préféré le contraire …

- "Parlez vous indien ?" est vraiment une question dénuée de sens.
Il y a des lakhs (voir précédente chronique) de langues et aussi d'alphabets en Inde. Aussi pour se comprendre, mes collègues utilisent surtout l'anglais …

- Le logiciel est de plus en plus une spécialité de l'Inde, et plus particulièrement de Bangalore. Cette facilité à se mouvoir dans l'immatériel et le théorique déteint apparemment sur les travaux routiers : il y a un nombre impressionnant d'autoroutes urbaines virtuelles avec des lakhs de piles de pont et aucun tablier …

- Nasik est une ville beaucoup plus petite et provinciale que la cosmopolite et hectique Bangalore, dont j'ignorais totalement l'existence quelques mois en arrière et qui ne possède que 1.153 millions d'habitants …

Indianiquement votre …

jeudi 4 novembre 2010

Au Japon, bienvenue chez les chtis

Oita, dans l'île de Kyushu, est une ville à taille beaucoup plus humaine que Tokyo, sans tourisme et avec très peu de visiteurs étrangers.
Cette situation privilégiée m'a permis de participer à un mini remake du film "lost in translation".

Afin de découvrir cette cité très étendue, je décide de louer une bicyclette municipale.
La version oitite du Velib est incarnée par un bungalow à coté de la gare devant lequel sont stationnés une dizaine de vélos. Un préposé ayant largement dépassé les nouvelles bornes de la retraite française m'invite, dans sa langue, à remplir un formulaire exclusivement nippon.

Au jugé, je devine que la première ligne nécessite mes noms et prénoms et la seconde mon adresse.
Bingo ! J'ai tout juste ! Pas besoin d'être diplômé des Langues Orientales pour maîtriser le japonais de survie !
Suit une ligne où la présence de parenthèses m'incite à mettre mon numéro de téléphone.
Et là, patatras ! Mon écriture de gaucher français et malhabile est incomprise du fonctionnaire chenu. Il me faut donc lui montrer avec les doigts chaque chiffre qu'il réécrit scrupuleusement sur le papier.
Manifestement, compter avec les doigts est différent au Japon et en France, aussi le papy note 5 au lieu de 7 et 6 au lieu de 9.

Qu'à cela ne tienne, l'exercice continue  avec une ligne couverte de caractères japonais et se terminant par les lettres latines T M H D S.
Estimant, à juste titre, que je ne comprends rien, le brave grand-père me répète plusieurs fois le mot "chti" (nous sommes pourtant au Sud du Japon).
Devant ma perplexité, il enchaine par une séance de mime : il soulève son pull over, montre son ventre avec ses deux mains puis les projette vers le haut, paumes en l'air, dans ma direction tout en continuant le mantra "chti".
A ce moment, mu par une inspiration bizarre, je me dis qu'il me demande ma taille pour me donner une bicyclette adaptée (pourtant il voit bien quelle taille je fais !). Je me mets alors à faire semblant d'enlever ma veste pour tenter de vérifier le concept, ce qui déclenche immédiatement l'approbation de l'agent municipal.
Poussé par mon instinct, je décide donc d'entourer la lettre M sur le formulaire ce qui a pour effet immédiat de déclencher chez mon interlocuteur une cascade de "chtis".
Heureusement, une jeune femme du cru survient pour louer, elle aussi, une bicyclette.
L'employé lui lance une longue tirade dans sa langue où je reconnais plusieurs fois le mot fétiche de Dany Boon.
La cliente me regarde longuement en souriant d'un air gêné puis fourrage dans son sac à main et en extrait un smartphone qu'elle tapote à une vitesse supersonique. Avec une petite courbette, elle me montre ensuite l'écran sur lequel il est marqué "please indicate your birth date" (merci d'indiquer votre date de naissance). Le tout sans échanger une parole !
Aussitôt affiché, aussitôt fait, sauf que mes chiffres manuscrits ne conviennent toujours pas !
Il me faut donc redonner ma date de naissance avec mes doigts de gaucher. Grâce à cette expérience au pays des "chtis", je découvre enfin la vérité sur mes origines : je suis né le 22 mai 1161 !

Ce nouvel état-civil est un véritable sésame. Grâce à lui, je deviens l'heureux titulaire d'un vélo au style hollandais, au poids de sumo et au développement de pistard avec lequel j'entreprends l'exploration d'Oita, ville en pente et ventée.

Cycliquement votre …

mardi 2 novembre 2010

Tokyo capitale francophone

Tous comptes faits, inutile de maîtriser l'une des trois graphies nippones pour se sentir à l'aise dans la capitale du Japon.

L'alphabet latin est omniprésent : pas une marque qui ne s'affiche avec les caractères servant à rédiger cette chronique.
Ainsi, les immeubles de bureau devant l'hôtel portent fièrement les enseignes "d'AIU Insurance Company", de "BIC", de "Suntory" et de "Mory Trust". Et les taxis qui montent la garde devant la porte écrivent sur leurs flancs "Oikawa Taxis" ou "Nihon Kotzu Group".

L'inénarrable Eric Besson - le chantre essoufflé de l'identité nationale de la France - devrait venir se ressourcer au Japon car la langue de Molière y est du dernier chic.
Le français semble être un support commercial efficace, au moins pour la nourriture et la mode. Jugez sur pièces.

Le centre commercial devant la fenêtre s'appelle "belle Vie" alors qu'une boutique de croissants installée dans le métro aguiche l'usager avec un tricolore "Vie de France".

Bien entendu, il est possible de se restaurer dans de multiples "bistro" tantôt "lyonnais", tantôt à "vins et charcuterie". La palme étant détenue par le "bistrot de nord allée d'accès au temple".
A en croire les publicités dans le métro, ces "bistro" devraient connaître leur jour de gloire le 18 Novembre (et non pas le 7) avec l'arrivée annoncée du "Beaujolais Village". Il sera possible d'acheter ce nectar au magasin "Côtes du Rouge".
Dans cette même rubrique gastronomique, un "restaurant régional" accueille ses clients avec un incongru "chien méchant" et le cholestérol se renouvelle à la "maison du beurre" (sans aucun rapport avec le sinistre ministre précité).

Une "galerie La Moniale" expose des tableaux de paysage et des sculptures abstraites ne provenant visiblement pas d'une abbaye.

Les jeunes femmes en mal d'idées pour s'accoutrer - cela n'a pas l'air d'être le cas pour la plupart des nénettes tokyoïtes - trouvent dans le magazine "25 ans" d'excellentes suggestions. Elles peuvent aussi se procurer des couvre-chefs au "salon de chapeau".
Mais, au rayon mode, ma préférée est la ligne de vêtements d'intérieur "Du fond du cœur" qui proclame "Goûtez à une vie sucrée en vous souhaitant une douce nuit. Décontractez-vous, dégustez nos robes de chambres délicieuses comme un dessert" et intime un ordre dangereux par ces temps de sécurité renforcée : "Ouvrez ce paquet le plus vite possible !".

Francophoniquement votre …

lundi 16 août 2010

À Kelibia mieux vaut p'tard que jamais

Pour l'estivant, Kelibia a le mérite de la simplicité : une activité unique et "iézi !". La plage monopolise les esprits et les cœurs des vacanciers d'un jour ou d'un mois.

En tunisien, plage se dit "p'tard", probablement parce qu'on ne s'y rend jamais très tôt. Se précipiter à la plage avant midi est le meilleur moyen de passer pour un "toûrisste".

Il y a trois plages à Kelibia. La première, peu fréquentée, s'appelle "la plage". Viennent ensuite le "petit Paris" et le "Belge". Ces appellations sont étonnantes car confondre Kelibia avec les berges de la Seine ou Ostende révèle une sacrée myopie.
Toutefois ces désignations sont généralement changées en "bad Rafia" (du nom de la belle soeur qui a sa maison devant "la plage"), "bad Jammoulti" et "bad le Belge".
Le mot "bad" a du être emprunté, lors du passage de la Wehrmacht en Tunisie pendant la Deuxième Guerre Mondiale, au vocable allemand signifiant bain.
Ce terme ne peut pas venir de l'anglais, une plage de Kelibia, et, encore moins, une de mes belles sœurs, ne sauraient être mauvaises.

Pendant leur pic d'activité de l'après-midi, le "petit Paris" et le "Belge" arborent une configuration caractéristique : un agglutinement de voitures et de deux-roues au plus près des accès au rivage suivi par une étendue sableuse totalement vide débouchant, enfin, sur une bande de moins de cinq mètres de large où se concentrent pêle-mêle baigneurs, serviettes et parasols.
Une sortie balnéaire réussie impose de s'installer à proximité immédiate, non seulement de l'eau, mais aussi des autres estivants.
Il paraîtrait, mais c'est impossible à vérifier, que si vous parvenez, deux jours de suite, à planter votre parasol à, simultanément, plus de trois mètres de la mer et de voisins immédiats, la municipalité de Kelibia vous offre un dédommagement bien mérité.

Le kélibien, fier de son littoral et toujours soucieux du bien-être des estivants, s'enquiert chaque jour de votre appréciation de la plage.
Un véritable amateur ne répond pas immédiatement à cette question pourtant fréquente. Il laisse d'abord passer un court instant de réflexion puis lâche d'un air docte la formule séculaire "p'tard bey hi bad …" (la plage est belle devant ..., remplacez les points de suspension par l'endroit où vous vous êtes baigné).
Vous pouvez utiliser aussi la variante "p'tard mare lait" (la plage est très belle). Le doublement de "mare lait" dénote un enthousiasme total : "p'tard mare lait mare lait !".
Surtout n'ajoutez pas d'insecte, vous perdriez immédiatement l'estime de votre interlocuteur et seriez relégué à jamais dans la catégorie "toûrisste" ! Répondre "p'tard mouche bey hi" équivaut à faire peu de cas des plages kélibiennes puisque la présence d'une mouche marque la négation.

Plagiquement votre

dimanche 15 août 2010

Paris, Bari - Chronique tunisienne


La météorologie estivale de Kelibia est loin de posséder la complexité de celle des Iles Britanniques : point ou presque de pluie et un mercure sensiblement stable !
Seul le vent fait varier ce tableau.
Lorsqu'il souffle depuis la mer, l'humidité ambiante produit une moiteur pesante.
La répétition fréquente de la formule "srou na des niats !" (littéralement "que c'est chaud !") - éventuellement aussi de "srou na barre chat !" (littéralement "chaud beaucoup") - semble pouvoir atténuer un peu les effets de cette canicule maritime.
A l'inverse, le vent de terre est une brise sympathique qui tempère la forte chaleur.

Cette apparente simplicité recèle toutefois une difficulté périlleuse pour le tenant de la langue de Molière : les deux vents kélibiens possèdent des noms imprononçables.

Le vent de terre est pire qu'un faux ami, c'est un véritable traître. Au premier abord, il semble être plaisamment baptisé "Paris" et remplir ainsi d'aise le lutécien d'origine que je suis.
Toutefois, parlez du "Paris" à un kélibien et vous obtiendrez, au mieux, un silence poli. Au bout de quelques secondes, prenant un air affligé, il vous corrigera et vous indiquera que cet aquilon se nomme en fait "Bari". C'est effectivement beaucoup plus logique, vu que le port italien est quand même beaucoup plus près du Cap Bon que la capitale française.
Le lendemain, Eole étant toujours orienté au Nord, fier de vos récents progrès linguistiques, vous expliquez avec enthousiasme que le vent est "Bari". Malheureusement, cette nouvelle appellation suscite toujours la même consternation chez vos interlocuteurs.

Les jours suivants, plus opiniâtre que jamais, vous essayez, sans aucun succès, une ribambelle de variantes phonétiques "Bhârri", "Pahri", "Bhahrî", "Paâarrrriiii", "Bpââârrrrîî" … Rien, absolument rien, ne trouve grâce aux délicates oreilles tunisiennes.

Le vent de mer est encore plus funeste, les palais francophones étant totalement rétifs à sa première syllabe.
Grosso modo, ce zéphyr s'appelle "queue bli".
Utiliser cette prononciation en public est un moyen efficace de se ridiculiser.
Si, par malchance vous avez transgressé cette règle élémentaire de prudence linguistique, il ne vous reste plus pour soigner votre ego malmené et tenter de retrouver un peu de quiétude qu'à fumer un peu de "haschich" (littéralement herbe, par extensions algues) que le "queue bli" rabat en quantité sur les plages.
Une thalasso-chicha en quelque sorte …

Météorologiquement votre ...