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dimanche 3 juillet 2016

À Berlin entre anciens et nouveaux démons

Berlin est une de ces villes qui portent en elles un trop-plein d'histoire.
Impressions fugaces captées lors d'une brève escapade dans la capitale allemande.

Avions



En 1948, les USA, aidés par la Grande Bretagne et la France, organisaient un pont aérien pour ravitailler Berlin-Ouest que le blocus mis en place par l'URSS avait mis en grande difficulté.
Des photos mythiques montrent des civils saluant des avions à hélices rasant les immeubles avant de se poser sur une piste aménagée à la hâte par les militaires occidentaux.

Désormais, les habitations berlinoises sont toujours survolées...
L'aéroport de Tegel déborde de passagers venus du monde entier.

Checkpoints



Quelques checkpoints, dont le célèbre Charlie, assuraient les trop rares passages entre les deux parties de Berlin.

Désormais, il y a toujours autant d’obstacles et de chicanes dans les environs de l’avenue « Unter den Linden »...
Une nouvelle ligne de métro y est en construction.

Mur



La porte de Brandebourg, construite au 18ème siècle, fut le symbole de la division de Berlin.
Le « mur de la honte » bloquait son accès ouest et barrait la perspective.

Désormais, la porte de Brandebourg est toujours bouchée...
Un écran géant et une « fan zone » y ont été implantés pour l'euro de football.

Départs



En 1963, le président américain John Fitzgerald Kennedy, dans son célèbre discours « Ich bin ein Berliner », s'exclamait :
« La liberté connaît beaucoup de difficultés et la démocratie n'est pas parfaite.
Mais nous n'avons jamais eu besoin d'ériger un mur pour conserver nos citoyens, pour les empêcher de s'enfuir. »

Désormais, il y a toujours de longues files d'attente à l'aéroport de Berlin...
Des touristes court vêtus - après avoir acheté un fragment réputé authentique du « mur de la honte » à la boutique de souvenirs - s'apprêtent à se rendre à Moscou, à bord d'un Airbus plaisamment baptisé Youri Gagarine.

Pressentiments

Je suis né, en Europe de l'ouest, l'année de la construction du mur de Berlin.
Marcher, tranquillement et librement, au petit matin, à l'est de la porte de Brandebourg est une joie symbolique.

Comment, durant cette promenade, ne pas remercier Vaclav Havel, Adam Michnik, Jean-Paul II, Lech Walesa, Mikhaïl Gorbatchev et, surtout, les anonymes qui ont expédié aux oubliettes la division européenne ?
Comment ne pas réécouter Kennedy ?
Comment ne pas se remémorer les images inouïes du 9 novembre 1989 ?

Comment, dans le même temps, ne pas avoir un pincement au cœur ?

Face aux menaces, ma génération - qui devrait se réjouir d'avoir été comblée par l'histoire - préfère se replier sur elle-même plutôt que d’affirmer et défendre des valeurs positives.

Des nuages grisâtres s'accumulent.
De nouveaux murs s'élèvent dans nos têtes et, désormais, dans nos urnes.
Nous sommes passés du mauvais coté des barbelés qui resurgissent à nos frontières...

Let's remember Berlin!
Souvenons-nous de Berlin !

Librement votre

Références et compléments
Voir aussi les chroniques :
- Mes valeurs
- Ich bin ein Tunesier

La vidéo de ce chef d'oeuvre d'éloquence et de réthorique qu'est le discours "Ich bin ein Berliner" de John Fitzgerald Kennedy à Berlin le 26 juin 1963 (avec sous-titres en français) :
- Texte original en anglais
- Traduction en français par Wikisource
- Article Wikipedia

Article Wikipedia sur le mur de Berlin

Les photos ont été prises par mes soins à Berlin les 22 et 23 juin 2016.
J'avoue avoir succombé à la tentation en achetant mon petit morceau de mur.

jeudi 14 janvier 2016

​La Pravda ressuscite à Meylan

Imaginez que le maire de votre ville se présente à votre logis familial en fin d'année, au moment où pompiers et facteurs proposent leurs calendriers, exige que vous lui remettiez 50 € et vous promette la livraison d'un bon demi kilo de papier dans les semaines à venir.

Contrairement aux apparences, je ne suis pas devenu gâteux ou alcoolique car cette scène improbable se répète - à l'exclusion du déplacement domiciliaire de l'élu - depuis une grande lurette à Meylan, commune de la banlieue de Grenoble où je réside.


Une tonne de paplard pour l'ensemble de la commune

En effet, tous les 2 mois, ma boîte aux lettres reçoit "Meylan ma ville", le journal de la municipalité.

Ce canard de 24 pages en couleur propose 90 grammes d'informations municipales de haute volée.

Pesée avec une balance de cuisine du n°117 de "Meylan ma ville" : 91 grammes

Une ode au maire

Pas moins de 17 mentions ou photographies de Damien Guiguet, actuel maire de Meylan, apparaissent au fil des articles.
Son action désintéressée et novatrice au service du bien commun est mise en valeur dans ses moindres détails.

Dans la dernière livraison en date, on apprend que l'édile en chef a le 11 novembre dernier, "célébré le 97ème anniversaire de l'armistice de 1918".
Puis, le 16 novembre, il remettait le couvert pour honorer les "victimes des attentats de Paris".

Un peu plus loin, l'élu nous prie de ne "pas minimiser la délinquance" et proclame qu'il est "résolu à amplifier la fermeté".

Toutefois, probablement pour rester dans une veine patriote mais en aucun cas nationaliste, Damien Guiguet annonce, en page 3, cliché à l'appui, s'être débarrassé en Angleterre de son écharpe tricolore.

Un magazine littéraire

Le maire, aux talents polymorphes, est aussi critique de livres.
Il recommande, dans l'éditorial, la lecture du roman de Boualem Sansal intitulé 2084.

Pour un prochain numéro, je lui signale que je connais personnellement au moins un excellent auteur meylanais et que je peux, s'il le souhaite, les mettre en relation.

Des écologistes gaspillant du papier

Comme aux meilleures heures de la regrettée URSS ou du non moins regretté Ben Ali, l'opposition municipale reste bouche bée face aux réalisations indépassables de la majorité.
Aussi l'espace "d'expression politique" qui lui est réservé est tout simplement vide.

Dans la rubrique "expression politique" du n°117 de "Meylan ma ville" l'opposition est aphone

Une coûteuse propagande

Cette réclame politique aux ficelles usées jusqu'à la corde serait risible et dérisoire si elle n'était financée avec notre argent.

La feuille de chou de Damien Guiguet coûte grosso modo 200 000 € par an en deniers publics, soit 12 € par habitant, quasiment 50 € pour une famille de 4 personnes.

Ces chiffres sont reconstruits et approximatifs car, à ce jour, le site web de la mairie de Meylan ne propose pas de documents économiques détaillés explicitant l'emploi de nos taxes et impôts.
Malgré tout, je suis confiant dans l'ordre de grandeur de mon calcul.

Et si la réduction des dépenses publiques c'était maintenant ?

Qui à Meylan est prêt à débourser quelques dizaines d'euros annuels pour s'abonner à une réincarnation soft de la Pravda ?

Aussi, je met au défi la municipalité de réaliser, grandeur nature, une expérience de contraction budgétaire.
Pour ce faire, je lui propose de cesser, pendant un semestre, la publication et la diffusion de "Meylan ma ville" et de relever combien des 17 500 meylanais vont se plaindre de la disparition de cet Everest de la presse.

De surcroît, avec les sommes économisées, Damien Guiguet pourrait inviter les Chœurs de l'Armée Rouge à se produire dans notre ville !


Soviétiquement votre

Références et compléments
Voir aussi les autres chroniques sur Meylan, notamment "tout savoir (ou presque) des finances municipales".

L'auteur rappelle qu'il n'a aucune affiliation politique locale ou nationale. Cette chronique est celle d'un citoyen, contribuable et électeur ordinaire.

Le chiffre approximatif de 200 000 € annuels pour le journal "Meylan ma ville" a été obtenu comme suit :
  • Coûts de rédaction : 8 personnes sont citées dans "l'ours" du journal municipal (sans compter les photographes et l'élu chapeautant la publication).
    Elles ne travaillent certainement pas à plein temps pour cette publication. J'ai donc considéré l'équivalent de 2.5 personnes au coût salarial complet de 70 k€/an.
  • Coûts d'impression : j'ai consulté les sites de Saxoprint et Grandes Imprimeries.
    Leurs devis sont similaires, autour de 3 000 € pour un tirage à 11 000 exemplaires.
    Au passage, le lecteur attentif notera qu'il y a environ 10 000 foyers fiscaux à Meylan.
  • Coûts de distribution : les devis en ligne sont très variables.
    J'ai effectué une moyenne à 1 000 € par parution.
Je propose aux élus de Meylan (majorité et opposition) un droit de réponse sur ce blog à la condition impérative qu'ils en profitent pour diffuser des chiffres économiques fiables et vérifiables sur le coût de l'organe municipal de propagande.

La livraison de "Meylan ma ville" citée dans cette chronique est le n°117 (décembre 2015 - janvier 2016).
Les 8 élus d'opposition à l'expression politique vide sont Aurélie Alfonsi, Christophe Batailh, Philippe Cardin, Mélina Herenger, Antoine Jammes, Marie-Odile Novelli, Christel Refour, Michel Bernard.
Pour la majorité, en plus du maire Damien Guiguet, Jean-Claude Pétrone, Françoise Balas, Chantal Allouis et Jean-Claude Peyrin sont cités dans la Pravda meylanaise.

J'ai conscience que les deux photos de "Meylan ma ville" que j'ai réalisé ne respectent pas pleinement les règles de propriété intellectuelle en vigueur.
Toutefois comme je participe à l'insu de mon plein gré au financement de cette gazette, toute remarque sur ce point serait particulièrement déplacée.

La photo de la une de la Pravda de mai 1919 provient de Wikimedia Commons et est issue des archives de RIA Novosti.

mardi 17 mars 2015

Les 30 glorieuses étaient-elles si glorieuses ?

Pour sortir de la mouise dans laquelle nous pataugeons, d'excellents esprits - l'impayable Eric Zemmour en tête - nous suggèrent de ressusciter les années 1960.

Je vous propose, fidèle aux traditions de ce blog, d'examiner cela de plus près.

Forte croissance et plein emploi

Les “30 glorieuses” - grosso modo de 1955 à 1975 - furent le siège d'une activité économique florissante.
La France et l'ouest de l'Europe, abondamment financés par les États-Unis, s'échinaient à se reconstruire puis à rattraper leurs libérateurs et modèles.
Chaque année, la richesse nationale française augmentait de 5% à 8%. Actuellement, nous sablons le champagne quand cet indicateur dépasse péniblement 1%.
Seul, 1 français sur 50 souhaitant travailler était au chômage, contre 1 sur 10 désormais.

Des frontières économiques ouvertes

Les traités de libre échange de la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier) en 1952 puis de Rome en 1957 ont fait tomber les barrières douanières à l'ouest de l'Europe.
La constitution d'un vaste espace économique a procuré un grand coup de doping à une activité déjà soutenue.

Une époque calme

Les sixties n'étaient guère criminelles. Annuellement, 1 personne sur 75 était victime d'une agression, d'un vol ou d'un délit déclarés aux forces de l'ordre.
Ce ratio s'est dégradé à partir du début des années 1970. De 1980 à 2000, il a même atteint des pics à 1 personne sur 15.
Depuis une petite dizaine d'années, le taux de criminalité s'est stabilisé. Environ un français sur 20 est touché chaque année par la délinquance.

Un monde dangereux avec deux blocs face à face

La fin de la seconde guerre mondiale a accouché de deux superpuissances, USA et URSS, qui, rapidement, divisèrent l'Europe en deux zones d'influence séparées par l'imperméable rideau de fer.
Le dispendieux équilibre de la terreur nucléaire a, petit à petit, transformée la guerre froide en paix aussi peu chaleureuse.
Jusqu'au milieu des années 1970, le risque de conflit est resté maximal. Des milliers de chars, prêts à se fracasser, se faisaient face dans les plaines d'Europe centrale. La sympathique Armée Rouge n'était, comme le disait Charles de Gaulle, qu'à une étape du Tour de France de l'Alsace.
Le reste de la planète, qualifié de tiers monde, était sommé de s'aligner sur l'un ou l'autre camp et peinait à se développer.

Service militaire obligatoire et risque de guerre

La confrontation est-ouest reposait sur des appareils militaires pléthoriques nourris par la conscription.
La France, après avoir sacrifié sa jeunesse dans deux conflits mondiaux, n'a pas su lâcher assez vite son empire colonial. De 1954 à 1962, les appelés du contingent se sont battus et sont morts pour rien en Algérie.
Leurs successeurs, dont une part importante était stationnée en Allemagne, étaient incorporés dans des unités dont la mission était d'arrêter les forces soviétiques.

Forte immigration

Durant la décennie 1960, le nombre d'étrangers venant s'installer dans notre bel Hexagone était sensiblement identique à aujourd'hui, 200 000 chaque année.
Toutefois, la population totale était moindre, 45 millions de français contre 65 actuellement.
Aussi le taux d'immigration annuel était de sensiblement 1 pour 200, alors qu'il a diminué à 1 pour 325.

Les hommes aux hauts fourneaux, les femmes à la cuisine

L'éventail des emplois était largement peu qualifié.
Vers 1960, 1 actif sur 4 était toujours paysan, moins de 3% désormais.
1 sur 3 était ouvrier, principalement en usine, souvent avec des conditions de travail très physiques et des horaires autour de 45 heures hebdomadaires. Aujourd'hui, les ouvriers ne représentent plus qu'un actif sur 5, employés surtout dans l'artisanat et la logistique. Les usines ne font plus travailler directement qu'un français sur 20.
Enfin, 4 personnes sur 10 oeuvraient dans les services, avec des paies maigrichonnes. Ce secteur occupe désormais presque 85% d'entre nous.
À peine 1 personne sur 10 exerçait un métier requérant des études supérieures, 60% maintenant.
Grandes absentes des usines, moins de 4 femmes sur 10 avaient une activité hors de leur domicile, à comparer aux 85% actuels.

Baby boom

Cause ou conséquence, difficile à dire, mais le faible taux d'emploi des femmes s'accompagnait d'une très forte fertilité.
La natalité était presque une fois et demie plus dynamique qu'actuellement : 2.85 enfants par femme en 1960, 2 désormais.
Parallèlement, notre espérance de vie a gagné 11 ans, 82 ans contre 71.

Des mœurs surannées

Les libertés privées ou sexuelles et l'égalité entre hommes et femmes ont mis beaucoup de temps à s'imposer au niveau législatif :
  • Suppression de l'autorisation de l'époux pour permettre à une femme mariée de travailler ou d'ouvrir un compte en banque : 1965
  • Légalisation de la contraception : 1967
  • Suppression de la notion de chef de famille : 1970
  • Légalisation de l'avortement : 1974
  • Divorce par consentement mutuel : 1975
  • Dépénalisation de l'adultère : 1975
  • Dépénalisation de l'homosexualité : 1981
  • Gestion commune du foyer par les deux époux : 1985
Conséquence, il y avait annuellement, lors de la décennie 1960, 7 à 8 mariages pour 1 000 personnes. Ce ratio a chuté à moins de 4, malgré la forte augmentation des divorces qui, pourtant, mécaniquement, favorisent les remariages.

Rareté de l'information

Bien évidemment dans les sixties et seventies, il n'y avait ni internet, ni téléphone portable.
Un proverbe disait même que la moitié de la France attendait le téléphone et l'autre moitié la tonalité. En 1970, à l'issue d'un effort national, le ministre des “PTT” se vantait d'avoir atteint 10 millions d'abonnés au téléphone, fixe et hors de prix.
La première chaîne de télévision, en noir et blanc et aux mains exclusives de l'état, a vu le jour en 1949. Il faudra toutefois attendre la fin des années 1950 pour que sa couverture et son audience décollent.
La seconde chaîne de télévision est née en 1964. Son passage à la couleur débuta en 1967.
Le paysage radiophonique était nettement plus diversifié.
Les trois radios publiques - France Inter, France Culture, France Musique - faisaient face à une forte concurrence. Trois stations dites périphériques - elles émettaient hors de France pour échapper au monopole - bousculaient les voix officielles de l'état gaulliste.
Ces rebelles, dont le son grésillant ne pouvait être capté qu'en “grandes ondes”, étaient Radio Luxembourg devenue RTL, Europe n°1 qui diffusait depuis la Sarre et Radio Monte-Carlo, inaudible au nord de la Loire.

L'histoire, telle une médaille, possède deux faces, difficiles à séparer.

Glorieusement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Généalogie de la croissance - L'histoire familiale raconte l'économie et la démographie"
- L'évolution du taux de criminalité provient du blog Actualitix
- Les "30 glorieuses" est une expression due à Jean Fourastié

samedi 15 mars 2014

Un désagréable fumet de XIXème siècle

À la fin des années 1700, la Grande Bretagne, les USA, la Corse et la France inventèrent, sous l'influence du mouvement dit des Lumières, la démocratie représentative et libérale moderne.

Cette incontestable avancée a presque aussitôt été accompagnée de son coté obscur, le nationalisme.
À peine l'encre du Congrès de Vienne eut-elle fini de sécher que, partout en Europe, des peuples se sont soulevés pour obtenir une nation bien à eux, le plus souvent au détriment d'autres ethnies et religions que les systèmes féodaux avaient négligemment entrelacées.
Au XXème siècle, la décolonisation, à son tour, a propagé les fièvres nationales à l'ensemble du globe.

Cette face détestable de nos systèmes politiques modernes est responsable, depuis deux siècles, d'innombrables massacres et contre-massacres. Écrasement du printemps des peuples de 1848, guerres balkaniques et les deux conflits mondiaux ne sont, hélas, que les plus saillants.

L'expansion du communisme et la guerre froide entre USA et URSS a, un temps, gelé les passions nationales.
L'écroulement du mur de Berlin en 1989 a sifflé le début de la seconde mi-temps.
Ex-Yougoslavie, ex-Tchécoslovaquie, Flandres, Écosse, Catalogne, Pays Basque, Irlande, Italie du Nord ... Rien qu'en Europe, la liste est longue des territoires où les velléités indépendantistes ou régionalistes ont (re)surgi.
Même dans les démocraties les plus établies, France en tête, des mouvements populistes et xénophobes occupent durablement le paysage politique avec des accents qui rappellent Déroulède, voire Mussolini.

Dernier épisode en date, l'Ukraine où deux légitimités historiques et linguistiques s'affrontent sans recherche de compromis.
Le pouvoir provisoire issu de la révolution de la place Maidan, au mépris de sa profession de foi européenne, s'est empressé, à peine en place, de bloquer l'usage du russe comme langue officielle.
Dans le même temps, le pouvoir et l'armée de Poutine préparent tranquillement l'annexion de la Crimée majoritairement russophone.
Le référendum prévu ce week-end par les autorités fantoches de Simferopol n'est pas sans rappeler celui qui permit à la France de Napoléon III d'annexer impunément en 1860 la Savoie et Nice. Le score d'approbation dépassa 99% et, dans plusieurs localités, les votants excédèrent les inscrits.

Le plus choquant dans la résurgence des nationalismes est que 2014 n'est ni 1848, ni 1922. Le monde actuel est beaucoup plus instruit, petit et interconnecté que naguère.
Partout, les niveaux d'enseignement n'ont jamais été aussi élevés et massifs.
Hommes et marchandises peuvent rejoindre n'importe quel point de la planète en moins de deux jours à des coûts de plus en plus abordables.
Télécommunications et informatique, à tout instant, nous relient les uns aux autres et donnent un accès immédiat à des océans de connaissance.
Comme le dit Michel Serres, le lointain a disparu, nous n'avons plus que des prochains.

Dans un tel contexte, combien de temps allons-nous encore tolérer que l'anachronique tentation de Verdun hante les esprits de nombreux dirigeants ou militants et que des personnes se sacrifient pour défendre quelques arpents du territoire soit-disant sacré d'une amère patrie ?

Il est grand temps que nos démocraties passent à l'age adulte et se débarrassent de leurs sombres oripeaux.
La nationalité est un concept éculé et délétère que la citoyenneté devrait remplacer. L'usage des fanions patriotiques n'a de sens que lors des manifestations folkloriques appelées rencontres sportives.

Fort heureusement, les mutations en cours ont, bon an mal an, de bonnes chances de nous aider à franchir rapidement ce cap nécessaire.
Par exemple, la belle initiative numérique "Israël loves Iran" de Ronny Edry démontre que les colombes peuvent maintenant court-circuiter les faucons (et aussi les vrais).

Mondialo-numérico-métissiquement votre

Références et compléments
- Le site histoirepostale.net relate la montée et les déchirements des nationalismes européens au XIXème siècle. Les pages consacrées à Nice et à la Savoie rappellent l'annexion française de 1860 au cours du Risorgimento italien.
- La conférence "l'innovation et le numérique" donnée par Michel Serres à la Sorbonne en 2013.
- La vidéo publiée par TED de Ronny Edry qui proclame "Israël loves Iran".
  

lundi 13 janvier 2014

Le politburo du soviet suprême de Grenoble nouvelle nomenklatura

Vendredi 10 janvier 2014, le soviet suprême de Grenoble, pardon le conseil de la communauté de communes Grenoble-Alpes-Métropole alias "La Métro", pour fêter l'arrivée de 21 nouvelles municipalités, a renouvelé les cadres de son politburo.

Cet organisme, expression de la volonté populaire unanime, est dirigé par un secrétaire général, pardon président, et 40 secrétaires généraux adjoints, pardon vice-présidents, choisis parmi les plus estimables personnalités dauphinoises.

En échange de leur abnégation et de leur engagement sans limite pour l'essor de l'Y grenoblois, ces méritants citoyens-élus du peuple ne reçoivent qu'une microscopique indemnité de 1558 € mensuels.

Le scrutin municipal approchant à grands pas, le blog Humeurs Mondialisées, avant-garde toujours désireuse d'éclairer les masses, dresse ci-après la liste exhaustive de ces leaders inspirés afin que les citoyens de leurs communes leur assurent des scores électoraux à la hauteur de leurs valeureuses actions et dignes de la regrettée URSS.
Ce triomphe annoncé sera le signe indiscutable de l'attachement du peuple envers ses visionnaires dirigeants.

Habitants de Grenoble et des environs, voici l'héroïque et vaillante nomenklatura, essentiellement masculine, qui vous devez impérativement réélire massivement en mars prochain :

- Marc BAÏETTO, leader du soviet municipal d'Eybens et secrétaire général du soviet suprême de Grenoble (5845 €/mois)

- Jérôme SAFAR, leader désigné du soviet municipal de Grenoble et premier premier secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (7737 €/mois)

- Renzo SULLI, leader du soviet municipal d'Échirolles et deuxième premier secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (4979 €/mois)

- Daniel BROCARD, délégué du soviet municipal du Sappey-en-Chartreuse et troisième premier secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Norbert GRIMOUD, leader du soviet municipal de Saint Georges de Commiers et quatrième premier secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Yannik OLLIVIER, leader du soviet municipal de Saint Martin le Vinoux et deuxième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (3649 €/mois)

- Christophe FERRARI, leader du soviet municipal de Pont-de-Claix et troisième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (4029 €/mois)

- Jacques NIVON, leader du soviet municipal de Champ-sur-Drac et quatrième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Georges CLAVERI, délégué du soviet municipal de Vizille et cinquième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Jean-Philippe MOTTE, délégué du soviet municipal de Grenoble et sixième premier secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Christiane RAFFIN, leader du soviet municipal de Proveysieux et septième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Yannick BOULARD, leader du soviet municipal de Fontaine et huitième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (4979 €/mois)

- Gilles MOULIN, leader du soviet municipal de Murianette et neuvième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (3193 €/mois)

- Marcel REPELLIN, commissaire politique aux incendies, leader du soviet municipal de Seyssinet-Pariset et dixième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Gilles STRAPPAZZON, leader du soviet municipal de Saint-Barthélémy-de-Séchilienne et onzième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Michel DOFFAGNE, commissaire politique pour le Sud Grenoblois, délégué du soviet municipal de Jarrie et douzième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Olivier NOBLECOURT, délégué du soviet municipal de Grenoble et treizième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- René PROBY, leader du soviet municipal de Saint-Martin-d'Hères et quatorzième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Morad BACHIR-CHÉRIF, délégué du soviet municipal de Grenoble et quinzième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Gérard CRET, leader du soviet municipal de Séchilienne et seizième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Gérard DARCUEIL DREYFUS,  délégué du soviet municipal de Vaulnaveys-le-Bas et dix-septième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Michel BAFFERT, délégué du soviet municipal de Seyssins et dix-huitième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Eric GRASSET, délégué du soviet municipal de Grenoble et dix-neuvième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Catherine KAMOWSKI, leader du soviet municipal de Saint-Égrève et vingtième secrétaire générale adjointe du soviet suprême de Grenoble (4029 €/mois)

- François DIAZ, leader du soviet municipal de Saint-Paul-de-Varces et vingt-et-unième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (3193 €/mois)

- Claude GABELLE, délégué du soviet municipal de Vaulnaveys-le-Haut et vingt-deuxième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Francis CARRÉ, commissaire politique au tri sélectif, délégué du soviet municipal de Notre-Dame-de-Mésage et vingt-troisième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Guy JULLIEN, leader du soviet municipal de Veurey-Voroize et vingt-quatrième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (3193 €/mois)

- Christophe MAYOUSSIER, commissaire politique aux eaux pluviales, leader du soviet municipal du Gua et vingt-cinquième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Michel DESTOT, commissaire politique aux relations avec les pays frères, membre du soviet suprême de la république française, futur-ex-leader du soviet municipal de Grenoble et vingt-sixième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble (9857 €/mois)

- Robert MEYER, leader du soviet municipal de Brié-et-Angonnes et vingt-septième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Jean-Luc POULET, délégué du soviet municipal de Quaix-en-Chartreuse et vingt-huitième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Abderrahmane DJELLAL, délégué du soviet municipal de Grenoble et vingt-neuvième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Pierre VERRI, leader du soviet municipal de Gières et trentième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Alberte DESSARTS, commissaire politique aux sentiers,  déléguée du soviet municipal de Gières et trente-et-unième secrétaire générale adjointe du soviet suprême de Grenoble

- Georges GADUEL, délégué du soviet municipal de Saint-Paul-de-Varces et trente-deuxième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Jean-Pierre AMPHOUX, délégué du soviet municipal du Gua et trente-troisième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Fabrice HUGELÉ, commissaire politique à l'extension du territoire, leader du soviet municipal de Seyssins et trente-quatrième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Françoise GERBIER, leader du soviet municipal de Venon et trente-cinquième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Luc PUISSAT, leader du soviet municipal de Miribel-Lanchâtre et trente-sixième secrétaire général adjoint du soviet suprême de Grenoble

- Françoise CLOTEAU, commissaire politique à la biodiversité, déléguée du soviet municipal de Champagnier et trente-septième secrétaire générale adjointe du soviet suprême de Grenoble

Résidant personnellement à Meylan, je suis profondément dépité que les délégués de la commune au soviet suprême ne soit pas assez méritants pour obtenir au moins un poste de secrétaire général adjoint.
J'exhorte donc solennellement le peuple à tirer, sans faillir, les conclusions qui s'imposent lors du prochain scrutin.

En conclusion, plusieurs maires du Dauphiné ont réussi l'exploit de s'octroyer une pension alimentaire et de se la faire payer rubis l'ongle.

Soviétiquement votre

Références et compléments
- Sur l'opacité budgétaire de "La Métro" voir aussi la chronique "Merci aux élus locaux et à l'équipe de rugby de Grenoble".

- La liste des membres du bureau de la communauté de communes Grenoble-Alpes-Métropole, dite La Métro, provient du site web de cette fringante et dépensière collectivité publique. Cette chronique est conforme à la liste en ligne le 13 janvier 2014.

- Les revenus issus de leurs activités électives des principaux politiques de la région grenobloise a été publiée par Capital entre le 12 et le 15 avril 2013.

- L'élection des quarante nouveaux vice-présidents de la Métro et leur copieuse indemnité ont été rendues publiques par le site GreNews Grenoble City Local News le 11 janvier 2014.

mardi 8 octobre 2013

Rached Ghannouchi n'est pas Nelson Mandela !

En Tunisie, Houcine Jaziri, ci-devant très provisoire secrétaire d'état à l'immigration, a déclaré aujourd'hui que le leader du parti islamiste Ennadha était "notre Mandela national".
Je trouve dommage que cette noble éminence se soit arrêtée en si bon chemin. Charles de Gaulle et Mikhaïl Gorbatchev n'auraient pas déparé le tableau.

Certes, un très fragile "dialogue national" vient de débuter à Tunis qui laisse timidement augurer d'une possible sortie de la crise politique et sociale dans laquelle le pays du jasmin se débat depuis de trop longs mois.
Usés jusqu'à la corde par un pouvoir qu'ils ont été incapables d'assumer, les partisans d'Ennadha pourraient - rien n'est certain au moment où j'écris ces lignes - céder leurs fauteuils dans les jours à venir. Ils signeraient par ce retrait un terrible aveu d'échec.

Malgré les formidables perspectives offertes par son succès électoral de 2011, Rached Ghannouchi n'a pas su passer outre les dogmes de son camp et prendre le risque de quitter la terre ferme de ses certitudes pour le grand large des percées historiques.

A l'inverse, Nelson Mandela qui fut personnellement engagé dans des actions - risquons le mot - terroristes a osé du fond de sa prison inverser ses perspectives et proposer à l'ensemble des sud-africains une paix des braves et une cohabitation minimale.
Cette transgression était particulièrement courageuse. La démographie, la lutte armée et la situation internationale auraient, dans la durée, fourni le pouvoir aux noirs au prix de nombreuses victimes.
A rebours de l'opinion majoritaire de leurs partisans, Mandela et De Klerk ont fait le pari de la négociation et de la transition entre l'ANC et le pouvoir blanc de l'apartheid.

De même, en pleine débâcle, De Gaulle, militaire de carrière, catholique, profondément nationaliste, a tourné le dos à sa formation et sa tradition en désobéissant et même en désertant pour, dès le 18 juin 1940, initier la France libre à Londres.

Pareillement, Gorbatchev, prototype de l'apparatchik communiste, arrivé en position de pouvoir absolu, a renversé la table et mis à bas l'édifice soviétique, préférant tenter une libéralisation plutôt d'attendre confortablement l'implosion du système mis en place par le regretté Staline.

Ennadha a raté une exceptionnelle opportunité historique. Rached Ghannouchi aurait pu devenir le Konrad Adenauer du monde arabe.
Il n'a été, pour l'instant, qu'un pale reflet religieux de Gamal Abdel Nasser qui parla beaucoup, promit tout autant, ne sut pas prendre la mesure de la réalité et, au final, délivra très peu.

Tahia Tounes !

Toujours autant tunisiquement votre

mercredi 31 octobre 2012

Les patrons de presse sont les nouveaux fabricants de lampes à pétrole

Autant vous le dire de but en blanc, ami lecteur vous devriez avoir honte !
Rassurez-vous, il ne s'agit pas de mon opinion personnelle plutôt réjouie voire flattée que vous accordiez quelques instants à mes élucubrations.
Par contre, les dirigeants de la presse écrite payante française, défenseurs autoproclamés de la démocratie, s'autorisent à penser que vous n'avez rien à faire sur ce blog, qui plus est hébergé gratuitement sur une plateforme américaine.
Si, au lieu d'être un complice objectif de l'hydre malfaisant Google, vous étiez un bon français, ou même un bon étranger, vous furèteriez sur ces garants du pluralisme que sont les sites du Monde, du Figaro ou de Libération ou, encore mieux, vous achèteriez un exemplaire papier de ces canards.

La presse française, y compris celle défendant des idées libérales, a vécu après la seconde guerre mondiale dans un modèle économique soviétique, peu propice à la lutte concurrentielle et aux innovations.
Ce système, très confortable durant un demi-siècle, explose sous nos yeux. Audiovisuel, internet et surtout conformisme des dirigeants se liguent pour que, probablement, aucun titre actuel ne voie la prochaine décennie.
Examinons cela en détail.

Quasi-monopoles d'embauche des imprimeurs et des journalistes par le biais de syndicats surpuissants et exclusivité de distribution via une coopérative ont assuré des salaires respectables au personnel mais aussi des coûts élevés et identiques pour tous les journaux.

Le lectorat a longtemps été stable. Publicité et petites annonces garantissaient des compléments de chiffre d'affaire fort appréciables et réguliers. Quand le business vient tout seul, inutile de se battre.
Aujourd'hui encore, un directeur de journal, à l'instar d'un agent de la SNCF évoquant les usagers, parle de lecteurs ou d'annonceurs, jamais de clients.

L'équation économique pour l'utilisateur des nouveaux médias est à l'inverse de celles des journaux.
Pour lire un quotidien, nul besoin d'une mise initiale mais chaque exemplaire nécessite un débours.
Par contre, surfer sur le web, nécessite un investissement, ordinateur ou smartphone ainsi que l'abonnement à un opérateur, mais l'usage est gratuit.
Ici, comme ailleurs, la loi d'airain du marketing s'applique : sans changement profond dans l'offre, le prix d'un produit concurrentiel ne remonte jamais.

Internet a aussi accru fortement l'offre d'informations.
Il y a peu, seule une petite centaine de personnes pouvaient commenter publiquement l'actualité politique, économique ou culturelle. Désormais, nous sommes des dizaines de milliers à le faire, sous des formats très différents. Difficile, dans ces conditions, d'expliquer que le pluralisme est menacé.
L'argument de qualité ne tient guère non plus. Comme disait le regretté Aristote, lors d'un repas, le convive est meilleur juge que le cuisinier. Si vous lisez ces lignes c'est que, je l'espère, vous y trouvez un peu d'intérêt ou de plaisir. Malheureusement pour la presse, pendant que vous parcourez mes humeurs mondialisées, vous ne lisez pas le Monde, le Figaro ou Libération. Honte à vous, fossoyeurs de la diversité d'opinion !

Internet favorise le zapping.
Autrefois, chacun choisissait le journal qu'il estimait proche de ses positions personnelles et le parcourait du début à la fin.
Désormais, nous picorons et de nombreux prescripteurs guident nos choix : des machines comme celles de Google ou des "amis" avec leurs recommandations par mail ou réseaux sociaux.
Sur le web, la concurrence est permanente et à seulement un clic de distance.

Enfin, point très structurant pour l'avenir, internet a révolutionné la publicité.
Jusqu'alors, les médias traditionnels vendaient de l'espace : affiches sur les murs, placards dans les journaux, spots audiovisuels. L'audience de ces supports était assez aisée à évaluer mais l'impact véritable des publicités n'était pas mesurable. Faute d'alternative, les annonceurs s'en contentaient.
Internet a changé la donne en vendant de l'attention, de l'intérêt. Afficher une publicité sur le web est modique voire gratuit, seul le clic est rémunéré correctement.
Pour tirer profit du marché énorme et croissant de la publicité sur internet, les contenus doivent être repensés en fonction de cette vente d'attention et non plus d'espace. Il faut réussir le tour de force de mêler plus intimement information et publicité sans pour autant gruger le lecteur qui est toujours à un clic de la sortie. C'est ce que fait très bien Google sur son moteur de recherche et que ratent complètement les grands médias français.
Un seul exemple de la pensée étroite de la presse française, digne de celle d'un fabricant de lampes à pétrole face à Edison, sur les sites du Monde et de Libération, il est impossible d'acheter sur le champ un livre ou un film dont on vient de lire la critique.

N'ayant pas les mêmes tabous, je conclurais donc cette chronique en vous encourageant à aider la Croix Rouge, à aller vous reposer en Bourgogne à la Ferme de Lili ou encore à déguster avec modération et délectation les vins de Bordeaux de Régis Chaigne !

Googliquement votre

Références et compléments
- Pour acheter mon livre "Développer un produit innovant avec les méthodes agiles", il suffit de cliquer ici.
- Peu soucieux de prolonger inutilement l'agonie des grands journaux français en m'acquittant d'un éventuel droit d'auteur "voisin", il n'y aura plus sur ce blog de liens vers le Monde, Libération et le Figaro. Une simple mention fera désormais l'affaire.

dimanche 28 octobre 2012

Le cyclisme sport stalinien

La révolution passera par le vélo, camarades !
Julos Beaucarne

Camarades, réjouissons-nous !

Depuis la tragique chute du Mur de Berlin, le souffle puissant du marxisme-léninisme était singulièrement asthmatique. Fort heureusement, la ventoline rouge est de retour !
Au cœur même de l'hydre capitaliste et au mépris des difficultés, une valeureuse avant-garde de travailleurs perpétue les méthodes de la glorieuse Union Soviétique.

Les cyclistes professionnels sont les véritables bolcheviques du vingt-et-unième siècle. Qui, mieux que Lance Armstrong peut symboliser le formidable effort du prolétaire soucieux de mettre sa force de travail au service d'objectifs le dépassant ?
A l'instar d'Alekseï Stakhanov qui, plusieurs fois, surpassa ses propres records de production charbonnière, le cycliste texan a avalé kilomètres et cols à l'allure d'une escadrille de MIG.
Les performances du mineur soviétique furent obtenues grâce au soutien résolu de ses camarades. Il en est de même de Lance Armstrong, épaulé dans sa réussite par des postiers américains et des contremaîtres belges soucieux de ne pas apparaître comme des laquais du grand patronat.
Le mineur soviétique du Donbass Alekseï Stakhanov, inventeur du stakhanovisme et inspirateur moral de Lance Armstrong.
Les dirigeants du cyclisme ne sont pas en reste dans cette course vers le communisme. Véritables fers de lance de la classe ouvrière, ils ne sont pas sans rappeler celui qui, même après sa mort, reste notre phare au milieu des ténèbres, le camarade Joseph Staline.
Ce dirigeant éclairé et lucide n'a pas hésité, afin de conserver sa pureté à notre glorieuse révolution bolchevique, à faire disparaître tous ceux qui osèrent trahir la cause de la patrie du socialisme. Il a su gommer de toutes les archives le nom et les images de ces traîtres odieux.
En décidant de laisser vides les palmarès de sept Tour de France, l'Union Cycliste Internationale remet enfin au gout du jour une efficace pratique stalinienne malencontreusement tombée en désuétude.
En mai 1920, après presque trois ans ininterrompus de victoires bolcheviques, Lénine est récompensé sur un podium moscovite par une ovation bien méritée, en présence, à sa gauche sur l'escalier, de ses coéquipiers Léon Trotski et Lev Kamenev coiffés de la casquette de leur sponsor (image du haut).
Trotski et Kamenev ayant honteusement trahi l'Union Soviétique après la mort de Lénine, Joseph Staline les fera avantageusement disparaître du podium afin de tourner définitivement la page du dopage trotskiste (image du bas).
Soviétiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Tour de France carnaval des transgressions"
- Article Wikipedia sur le mineur soviétique survitaminé Alekseï Stakhanov. La photo de Stakhanov provient de cet article.
- Page du site "l'Histoire par l'image" consacrée à "l'Histoire soumise à l'idéologie". Les photos, avant et après retouche stalinienne, de Vladimir Illitch Oulianov dit Lénine haranguant la foule depuis son podium à Moscou en 1920 figurent dans cet article.