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dimanche 29 mai 2016

Daech s'est déjà implanté deux fois en Europe

Daech nous sidère par sa barbarie, aussi bien au Moyen Orient que loin de sa base. Nous peinons à comprendre les ressorts de cette cruauté, ne serait-ce que pour mieux la combattre.

Pourtant des bouffées délirantes simultanément religieuses et totalitaires sont déjà survenues dans le passé.
Ainsi, à la renaissance, l'Europe, alors exclusivement chrétienne, a connu deux théocraties aux accents contemporains.
Jugez sur pièces.

Saison 1- Épisode 1 - Florence / Italie - 1494 / 1498

En 1494, Florence - ville des Médicis et coeur de la renaissance italienne - est conquise par les troupes du roi de France Charles VIII.

Magnanime, le souverain français décide que les florentins doivent se gouverner eux-mêmes. Il confie le pouvoir à un moine dominicain exalté et prophétique, Jérôme Savonarole / Girolamo Savonarola.
Depuis de nombreuses années, ce religieux ascétique s'opposait aux Médicis et à la hiérarchie catholique qu'il jugeait dépravés et corrompus.

Savonarole - appuyé par la foule galvanisée par ses sermons - met en place un Grand Conseil pour administrer la ville.

Les premières mesures de cette sorte de soviet sont plutôt sympathiques.
L'impôt est modifié pour être plus équitable et un embryon de sécurité sociale est établi pour aider les plus pauvres.
De surcroît, la justice n'est plus autorisée à recourir à la torture.

Jérôme Savonarole par Fra Bartolomeo

Toutefois, revers de la médaille pieuse, une dictature religieuse est instaurée.
Jésus Christ est intronisé roi de Florence et chaque habitant est tenu de respecter les enseignements de la bible, en public et en privé.
Crédit et jeux sont illico interdits, les tavernes mettent la clef sous la porte et l'homosexualité devient punie de mort immédiate.
Les jeunes sont organisés en escouades vêtues de robes blanches. Ainsi affublés, ils parcourent les rues pour inciter par la force les florentins à la charité volontaire.
Une milice assure le maintien de cet ordre religieux rigoriste. Elle entre à toute heure dans les domiciles pour débusquer les conduites immorales qui sont sanctionnées sur le champ et sans appel.

Le jour de mardi gras 1497, dans une ultime fuite en avant, Savonarole, suivi par une partie de la population, organise le « bûcher des vanités » (« falò delle vanità »).
Les florentins - bon gré, mal gré - brûlent les objets suscitant le péché de vanité : cosmétiques, miroirs, vêtements de fête, bijoux, tapisseries, instruments de musique ...
Livres et images sont particulièrement visés. Les oeuvres licencieuses et immorales - c'est à dire non explicitement religieuses ou comportant un soupçon de nudité - sont purifiées par les flammes.
Nombres de manuscrits anciens sont réduits en cendres. Des vers d’Ovide, de Dante et de Boccace finissent en fumée.
Sandro Botticelli - peintre inspiré de la naissance de Vénus et pourtant fervent supporter de Savonarole - aurait amené lui-même plusieurs de ses tableaux d’inspiration mythologique au brasier.

Peu après ce festival de l'autodafé, la jeunesse florentine se révolte et interrompt un sermon du moine purificateur.
Les tripots rouvrent et la vie quotidienne, petit à petit, retrouve son cours habituel.

Sentant le vent tourner, le pape Alexandre VI, jusqu'alors en retrait, se résout à excommunier Savonarole qui est, en 1498, arrêté, torturé et brulé en place publique.

Saison 1 - Épisode 2 - Münster / Allemagne - 1534 / 1535

Dans les années 1530, la région de Westphalie, est, comme presque toute l’Allemagne, en proie aux turbulences religieuses entre catholiques et récents convertis à ce qu’on n’appelle pas encore le protestantisme.

En 1531, un prédicateur « réformé » luthérien très actif, Bernt Rothmann, arrive à Münster, convertit à tour de bras et voue à l’archevêque Franz von Waldeck aux gémonies.
Le combat idéologique est aisé car le prélat catholique, avec ses 8 enfants et son train de vie opulent, n’est pas un modèle de vertu et de tempérance.

Emporté par son élan, Bernt Rothmann finit par considérer trop timorées les thèses de Martin Luther.
En 1533, il se tourne vers l’anabaptisme - christianisme très radical apparu peu avant en Suisse - dont les disciples veulent suivre la bible à la lettre et croient à l’imminence de la parousie, c’est à dire du retour définitif et triomphant du Christ.

Cette dérive sectaire attire en Westphalie de nombreux anabaptistes allemands et néerlandais que catholiques et luthériens s'accordent à persécuter.
Début 1534, deux de leurs leaders, les hollandais Jan Matthijs et Jan van Leiden rejoignent Münster, soulèvent la foule, prennent le contrôle de la cité et chassent les autorités mais aussi une fraction des habitants.

Jan van Leiden - Gravure réalisée en prison quelques jours avant son exécution

Les deux Jan sont persuadés que Münster est la « nouvelle Jérusalem » décrite dans l'apocalypse de Saint Jean.
À partir de cette place forte, ils veulent conquérir et convertir le reste du monde dans le peu de temps qui reste avant que sa fin advienne.
Pour faire face à l'urgence - le come-back de Jésus est programmé le 5 avril 1534 - ils rebaptisent promptement un millier d'adultes et répriment les réfractaires.

Ils en profitent aussi pour bricoler un prototype de communisme en abolissant la monnaie et la propriété privée.
Soucieux de tout partager mais néanmoins pragmatiques, comme Münster abrite plus de femmes que d’hommes suite aux départs forcés de catholiques, les deux prophètes rendent la polygamie non seulement légale, mais obligatoire.
Montrant l’exemple, Jan van Leyden s’octroie pas moins de 16 épouses, dont une qu’il fait décapiter pour refus d’obéissance.

Les anabaptistes doivent aussi faire face à des préoccupations plus terre à terre.
L’archevêque Franz von Waldeck qui n’apprécie guère d’être privé de ses possessions en ce bas monde, recrute des mercenaires qui assiègent la cité.
Jan Matthijs est convaincu d’être le second Gédéon de la bible. Pour briser l'encerclement de la ville, il effectue, pile au moment où le Christ doit réapparaitre, une sortie avec une trentaine d’hommes non armés.
Le renfort divin ayant loupé le rendez-vous, cette petite troupe est massacrée.

Ce revers militaire et théologique ne décourage pas les assiégés et accentue leur radicalisme.
Jan van Leiden - guidé par des « visions célestes » et successeur autoproclamé du David biblique - administre la ville, ses âmes et leur défense d’une main de fer.
En dépit des privations qui se transforment en famine, les anabaptistes résistent avec acharnement et liquident ceux qui ne partagent leur enthousiasme apocalyptique.

Après un an et demi de siège, Münster finit par être reprise par les soldats de l’archevêque secondés par des princes allemands désireux de limiter la contagion révolutionnaire.
Bernt Rothmann meurt lors des derniers combats. Jan van Leyden et deux de ses lieutenants sont capturés et expédiés ad patres à l’issue d’un supplice public.
Pour marquer les esprits, leurs cadavres sont exhibés en haut d’un clocher.


Cages de fer dans lesquelles les corps des meneurs de la rébellion de Münster furent exposés.
Elles sont, comme l'atteste cette photo, toujours accrochées à la tour de l'église Saint-Lambert de la ville.

Saison 2 : vivaces nostalgies

Malgré un recul de cinq siècles, ces épisodes théocratiques au coeur de l’Europe bénéficient toujours d’une aura positive chez moult personnes.

Nombre de protestants, de tendance luthérienne mais aussi calviniste, considèrent Savonarole comme un précurseur et même un martyre de leur réforme religieuse.
Sa statue voisine celle de douze autres figures protestantes qui constituent le très officiel monument à la mémoire de Martin Luther à Worms.

Les catholiques ne sont pas en reste.
Plusieurs personnalités de cette église ont, au fil du temps, conservé, publié et diffusé la pensée du religieux au profil en lame de couteau.
En 1996, son ordre monastique, les dominicains, a même officiellement demandé sa béatification.

Statue de Savonarole du monument à la mémoire de Martin Luther et de la réforme protestante à Worms

Les anabaptistes ont perduré après leur écrasement à Münster.
Si presque tous ont abandonné la violence, leur histoire tortueuse est celle de multiples groupes repliés sur eux mêmes et en conflits théologiques permanents.

Une de ces branches, après un séjour en Alsace, a émigré en Amérique du Nord vers 1730 où elle vit depuis en autarcie en fonction de leur règle « tu ne te conformeras pas au monde qui t’entoure ».
Nous les connaissons sous l’appellation « amish » dérivée du nom de leur fondateur, le suisse Jakob Amman.

Bon an, mal an, les anabaptistes de Münster, leur révolte et leurs leaders suscitent toujours des sympathies dans la très diverse galaxie protestante.

Jan van Leiden baptisant une jeune fille - Tableau de Johann Bähr de 1840

Plus étonnant, la rébellion de Münster a aussi été célébrée par la très communiste, très athée et désormais très défunte République Démocratique Allemande.

Cette révérence envers une théocratie persiste dans une part de la gauche radicale.
Gommant les aspects religieux et interprétant la polygamie comme une rupture du carcan sexuel traditionnel, une lecture marxisante voit dans les évènements de 1534 / 1535 le soulèvement du peuple opprimé contre ses possédants, d’inspiration prolétaire et même libertaire.
Ainsi, la regrettée Marguerite Yourcenar, dans son roman « l’oeuvre au noir », a projeté l’image d’un groupe de sympathiques idéalistes pratiquant l’amour libre et réprimés sans pitié par le conservatisme des puissants.

Saison 3 : fracassantes résonances

Les parallèles avec Daech abondent.
Dans le récit ci-dessus, il suffit de remplacer Florence par Racca, Münster par Mossoul et bible par coran pour décrire la barbarie du prétendu état islamique.

Plus troublant encore, la renaissance a été le siège de multiples mutations se nourrissant les unes les autres.
Citons en vrac : invention de l’imprimerie, début d’amélioration des rendements agricoles, invention de la comptabilité et de la banque, naissance d’une proto-industrie, croissance urbaine, amélioration ténue mais réelle des transports, explorations maritimes lointaines, prémisses du capitalisme, bouillonnements culturels mais aussi religieux …

Comment ne pas faire le lien avec notre époque agitée ?

Historiquement votre

Références et compléments
Voir aussi la chronique « la mondialisation ne date pas de la dernière mousson » qui relate l’expansion maritime mondiale du Portugal sensiblement à la même époque.

Articles Wikipedia pour aller plus loin

L'article dans la revue en ligne "Clio - Femmes, Genre, Histoire" de Catherine Dejeumont "la réforme du mariage dans la communauté anabaptiste de Münster : quelle utopie ?" m'a fait connaître les liens entre la rébellion de Münster et la gauche radicale.

Le demande de béatification de Savonarole par l'ordre monastique des dominicains est référencée à plusieurs reprises, notamment dans cette note du site Regesta Imperii.

Crédits images

samedi 23 janvier 2016

2 français sur 3 hors religion

​Le terrorisme et l'augmentation des migrants ont déchaîné en France un maelström de passions religieuses et anti-religieuses.
Désormais, bistrots, médias et politiques s'enflamment à propos d'islam, de laïcité, de catholicisme, d'identité et de judaïsme. Au point, je pense, de rendre jaloux bouddhistes et protestants.

Fidèle aux rites de ce blog, je vous propose d'examiner les croyances et incroyances hexagonales avec le regard distancié des statistiques.

Le pays de Voltaire, Pascal et Diderot

Les français, pris dans leur ensemble, ont un positionnement varié et équilibré vis à vis des religions.

Un tiers s'énonce non religieux, c'est à dire qu'il doute ou encore que la métaphysique ne l'intéresse pas.
Dans le même temps, un copieux tiers affirme être croyant et un petit tiers ne placer aucune foi en Dieu.

Proportions de français se déclarant religieux, non religieux ou athées

Le pays du petit père Combes

Toutefois, en rassemblant athées et non religieux, les fidèles apparaissent nettement minoritaires.
Les français qui dédaignent le Ciel sont presque deux fois plus nombreux que ceux qui s'y réfèrent.

Proportions de français se situant "hors religion" et de français religieux

Le pays de Charles de Gaulle, Abd al Malik et André Chamson

2 croyants sur 3 - soit 1 français sur 4 - sont catholiques.

L'islam, deuxième foi hexagonale, est clairement distancé avec environ 1 français sur 20, un peu plus d'un croyant sur 7.
Les tenants du catholicisme gallican sont 5 fois plus nombreux que les musulmans bleu-blanc-rouge.

Bien que la France soit la patrie de Jean Calvin, à peine 1 français sur 25 s'énonce protestant, un gros dixième des croyants.

Les autres confessions pèsent sensiblement autant que le protestantisme.
Parmi elles, le judaïsme - pourtant plus ancienne religion française avec plus de 2 000 ans de présence ininterrompue - n'atteint pas 1% de la population hexagonale, grosso modo 1 croyant sur 40.


Paysage religieux et spirituel français

Le pays de 2 traditions

L'histoire religieuse complexe, turbulente et ensanglantée de la France a créé deux fortes traditions structurantes.

D'une part, le catholicisme, autrefois religion d'état et longtemps dominateur, tient une solide seconde place sur le podium de la foi.

D'autre part, pour faire simple, les Lumières, la Révolution Française et les Républicains sont à l'origine d'un courant difficile à qualifier alliant athées, agnostiques, libre-penseurs et anti-cléricaux plus ou moins virulents.
Depuis les années 1960-1970, cette mouvance a décroché la médaille d'or et va, probablement, la conserver un très long moment.

Jointes l'une à l'autre, ces deux traditions françaises écrasent aujourd'hui la scène spirituelle avec l'adhésion de presque 9 français sur 10.

Les autres religions, même si certaines affichent de sympathiques taux de croissance, sont loin derrière.
Si musulmans sunnites et chiites, protestants de toutes dénominations, juifs, orthodoxes, bouddhistes, hindous et de nombreux autres que je n'ai pas la place de citer se réunissaient, ils n'atteindraient qu'un septième du collectif groupant libres-penseurs et catholiques.

Proportion de français d'une part "hors religion" ou catholiques et, d'autre part, adeptes d'une autre spiritualité.

Coexisto-diversement votre

Références et compléments
Cliquer sur les graphiques pour les agrandir.

Voir aussi sur des thèmes connexes les chroniques :
Brève présentation des personnalités citées :
  • Charles de Gaulle (1890 - 1970) n'a jamais dissimulé sa foi catholique. Toutefois, en bon laïque, il n'en a jamais fait de démonstration publique dans ses fonctions officielles
  • Emile Combes (1835 - 1921), surnommé le "petit père Combes", fut un homme politique emblématique du combat laïc et anticlérical aux alentours de 1900.
  • André Chamson (1900 - 1983) écrivain, conservateur de musée et résistant français.
    Protestant engagé, il prit plusieurs fois la parole lors de l'Assemblée annuelle du Désert dans les Cévennes.
    Un extrait d'un de ces discours fait partie des "10 citations contre le terrorisme et la barbarie".
  • Abd al Malik, alias Régis Fayette-Mikano, est un rappeur, compositeur, écrivain et réalisateur français né en 1975.
    Converti à la foi musulmane, initialement très proche des milieux tabligh, il revendique désormais, notamment dans son livre "Qu'Allah bénisse la France", une pratique soufie ainsi qu'un islam "des Lumières" compatible avec la laïcité française.
  • Les trois grands écrivains des XVIIème et XVIIIème siècles représentent la diversité spirituelle française.
    - Voltaire (1694 -1778) était un déiste non religieux à la pointe du combat pour le respect de toutes les croyances.
    Ce lien permet de télécharger le traité sur la tolérance de Voltaire, texte splendide, aisé à aborder et, hélas, toujours d'actualité.
    - Denis Diderot (1713 - 1784) s'affirmait athée.
    - Blaise Pascal (1623 - 1662) clamait son catholicisme tendance janséniste, nous dirions aujourd'hui rigoriste, voire intégriste.
  • Jean Calvin - à ne pas confondre avec les jeans Calvin Klein - est né à Noyon en Picardie en 1509 et est mort à Genève en 1564.
    Ce théologien est, avec l'allemand Martin Luther, un des deux principaux instigateurs de la réforme protestante. Calvin transforma Genève en rigoriste république religieuse, un prototype du Téhéran des ayatollahs en quelque sorte.
    L'auteur s'enorgueillit toutefois d'avoir étudié au lycée pourtant public et laïc de Noyon, plaisamment baptisé, si j'ose dire, Calvin.
     
Les données proposées dans ce billet sont les mêmes, avec une autre présentation notamment graphique, que dans la chronique de janvier 2015 "Les musulmans en France combien de divisions ?".

Principales sources :
  • Deux sondages CSA & IFOP de 2013, intitulés chacun “le catholicisme en France”
  • Sondage WinGallup & REDC de 2012 “global index of religion and atheism” employé aussi dans la chronique "Les religions combien de divisions ? Statistiques de la foi"
  • Sondage IFOP de 2011 “les français et la croyance religieuse”
  • Sondage IFOP de 2009 “étude sur l'implantation et l'évolution de l'islam en France”
  • Sondage CSA de 2004 “les français et la religion”
Ces enquêtes ont des questions et des méthodes très disparates, difficiles à réconcilier. Aussi j'ai procédé avec la méthode dite "des manifestations" consistant à moyenner les chiffres des organisateurs et ceux de la police.

Ce nouveau billet statistique sur les religions et l'athéisme en France doit beaucoup à la twittonaute Bee / @ElisabethBelloc ainsi qu'aux échanges caféinés avec Jean. Un grand merci à tous les deux.

lundi 11 janvier 2016

Les religions combien de divisions ? Statistiques de la foi

Régulièrement, des événements à connotation religieuse font la une de l'actualité, trop souvent à cause d'exactions commises par des fanatiques.

Afin de prendre un peu de hauteur et fidèle - le terme est particulièrement approprié - aux habitudes de ce blog, je vous propose de porter un regard statistique et distancié sur les religions et les croyances.

Un marché mal connu

Première surprise, peu de chiffres sont disponibles sur les religions et il est difficile de donner foi à beaucoup d'entre eux. À croire que nous n'avons pas envie de savoir qui croit quoi.

Une partie des rares sources sont des organisations prosélytes qui cherchent, par le biais de grands nombres, à montrer que les croyances qu'elles promeuvent progressent à la vitesse de la marée au Mont Saint-Michel.

Les pays à religion d'état ne sont pas non plus avares de chiffres montrant l'alignement spirituel de la quasi-unanimité de leurs citoyens.
Ainsi, dans la plupart des pays musulmans, les autorités affirment, sans aucune vérification, que toute la population est de confession islamique, à l'exclusion des personnes issues de familles ancestralement chrétiennes ou juives.

La seule façon de surmonter cette difficulté est d'utiliser la méthode dite des manifestations.
La moins mauvaise estimation du nombre de participants à un défilé consiste à moyenner les valeurs fournies par la police avec celles proclamées victorieusement par les organisateurs.

2 multinationales omniprésentes

En recoupant les différentes sources, il ressort que catholicisme et islam sunnite dominent nettement la sphère religieuse.

En moyenne mondiale, un peu plus d'un croyant sur 5 est un fidèle de chacune de ces deux grandes confessions.

La clientèle du Christ nettement en tête

Par contre, en tenant compte des filiales, le christianisme est nettement leader.
Un fidèle sur 6 place sa foi en Jésus sans pour autant reconnaître l'autorité du pape romain.
Réunis, protestants, orthodoxes, anglicans, coptes et ouailles d'autres dénominations chrétiennes occupent la troisième place sur le podium de la dévotion.

L'islam est plus monolithique.
Aux 21% de croyants musulmans sunnites viennent seulement s'adjoindre 3% supplémentaires de chiites de toutes obédiences.

Un marché qui reste fractionné

L'hindouisme, avec son ancienneté trois fois supérieure à celle de l'islam ou du christianisme, obtient une très honorable quatrième place, avec légèrement moins d'un fidèle sur 6.

À l'inverse, le bouddhisme peine dans la côte avec un peu glorieux 7%, seulement un croyant sur 14 !

Le reste du marché religieux est dispersé.
Environ 15% des fidèles suivent une myriade de religions tribales, chamaniques ou chinoises mais aussi le judaïsme, le jaïnisme, le sikhisme, le zoroastrisme, la scientologie ou encore le rastafarianisme cher au regretté Bob Marley.
J'arrête ici une énumération qui pourrait occuper de nombreuses lignes.

Répartition mondiale des croyants des différentes religions

4 personnes sur 10 hors marché

Ces chiffres sont fort sympathiques mais oublient allègrement que nombres d'entre nous ne peuvent ou ne veulent se définir vis à vis d'une religion ou d'une foi.

Un célèbre institut de sondages pose régulièrement, dans 57 pays représentant trois quarts de la population mondiale, la question "indépendamment de votre fréquentation de lieux de dévotion, diriez-vous que vous êtes une personne religieuse, une personne non religieuse ou un athée convaincu ?".

Les résultats de la dernière livraison datée de 2012 changent la perspective.
Un petit quart de l'humanité se considère non religieux, 13% s'affichent athées et une personne sur 20 ne sais même pas se situer.

Répartition mondiale des attitudes vis à vis de la foi

Un marché spatialement mal réparti

Ces moyennes internationales recouvrent de fortes disparité géographiques.

La palme de la croyance revient au Ghana qui bat, sur le fil, le Nigeria, l'Arménie et les Îles Fidji.
Dans chacun de ces états, plus de 90% de la population s'affirme religieuse.

A l'autre bout du spectre, Chine, Japon et République Tchèque sont médaillés en mécréance avec de l'ordre de 8 de leurs ressortissants sur 10 à l'écart de la foi.

La fille aînée de l'Église est d'abord mécréante

La France, vieux pays catholique, n'affiche qu'un gros tiers de personnes religieuses, autant qu'en Australie ou à Hong Kong.

Le pays de Voltaire se distingue toutefois par son fort taux d'athéisme (29%).
Sur ce dernier point, Paris, Prague et Tokyo se valent.
Ils sont toutefois largement dépassés par Pékin qui explose l'agnostimat avec une petite moitié d'athées déclarés, les célèbres athées de Chine.

Près d'un tunisien sur 4 à l'écart de la religion

En Tunisie, trois quarts des habitants se déclarent religieux.

Dans le même temps, 22% des tunisiens s'énoncent non religieux, 2% ne répondent pas et un microscopique pourcent s'affirme même athée.

Ces valeurs sont comparables à celles relevées en Arabie Saoudite.

L'absence de religion première religion mondiale

Combiner et agréger mondialement les types de croyances avec les attitudes vis à vis des religions débouche sur une troisième image.

Le groupe de loin le plus nombreux - 4 humains sur 10 - est formé par les personnes en dehors des religions.

Les chrétiens, tous dossards confondus, obtiennent la médaille d'argent avec un petit quart de la population planétaire.

Suivent ensuite les musulmans et les hindous avec, respectivement, 1 personne sur 7 et 1 sur 10.

L'ensemble de toutes les autres religions recueille l'adhésion d'un citoyen du monde sur 8.

Répartition mondiale des attitudes vis à vis de la foi et des religions

Cette exposition chiffrée de la réalité mondiale de la foi a peu de chances de plaire aux zélateurs de tous poils, longs ou ras, à qui elle rappelle que l'univers de nos croyances, non-croyances et incroyances est divers.
Un hymne statistique au respect mutuel en quelque sorte ...


Humainement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
- Les données sur l'attitude vis à vis de la religion et de l'athéisme proviennent du Global Index of Religion and Atheism 2012 réalisé par REDC et Win-Gallup International.

- Les valeurs du nombre de croyants ont été moyennées d'après les 3 sources principales citées par Wikipedia dans son article sur la religion :
. Status of Global Mission 2013
. adherents.com
. chartsbin.com
La première source est éditée annuellement par des missionnaires chrétiens.
Les deux autres sont des compilations de multiples données réalisées collaborativement par des amateurs de statistiques.

- Ce billet sur le comptage des religions et de l'athéisme a été initialement publié sous une forme légèrement différente mais avec les mêmes chiffres en août 2013.

- Je n'ai pas su résister au calembour "athées de Chine". Je prie, si j'ose dire, les âmes sensibles de me pardonner.

Tentative d'explication de la laïcité en France à mes amis hors de l'Hexagone

"Ceux qui suivent leur conscience sont de ma religion et je suis de la religion de ceux qui agissent bien"
Henri IV, vers 1598
Les attentats en série et leurs séquelles à travers le monde ont remis au premier plan la "laïcité".
Cette singularité française, peu traduisible dans une autre langue, est souvent mal connue, donc peu comprise, en dehors - et parfois au sein - des frontières du pays de Voltaire.

Aussi amis lecteurs de Tunisie, d'Italie et d'un peu partout ailleurs, je vais essayer, avec mes modestes moyens, de vous initier à ce mystère insondable.

Le fruit d'une histoire religieuse tourmentée


Diversité religieuse et athéisme

Depuis des lustres, la France est un grand bazar de la bonne et de la mauvaise foi.

De multiples communautés juives sont établies dans l'Hexagone depuis l'époque romaine.
À la Renaissance, l'éclosion du protestantisme a rompu le monopole du catholicisme.
Et de 1815 à aujourd'hui, les vagues successives d'immigration ont singulièrement élargi la palette religieuse.

De surcroît, dès le 18ème siècle, la non croyance a grignoté des parts de marché de plus en plus conséquentes.
Ainsi, de 1750 à la Révolution française, de multiples curés d'Île de France indiquaient, dans leurs rapports à l'évêché, que présence à la messe et confessions diminuaient sans véritable réprobation sociale.
La toponymie urbaine est d'ailleurs le reflet de cette propension nationale à l'incroyance.
Beaucoup de rues et de places portent le nom de personnages illustres à l'athéisme et, parfois même, à la haine de la religion revendiqués : Robespierre, Jules Ferry, Jean Jaurès, Georges Clémenceau, Léon Gambetta, Émile Zola, Victor Hugo, Léon Blum, Jean Moulin, Pierre et Marie Curie, Louise Michel, Marcellin Berthelot ...
Aujourd'hui, près de 2 français sur 3 se déclarent hors religion.

Violents conflits

Les sinistres guerres de religion entre protestants et catholiques, symbolisées par le massacre de la Saint Barthélémy en 1572, ont ensanglanté le 16ème siècle.
Quelques décennies plus tard, Louis XIV tenta avec ses "dragonnades" d'en finir par la violence avec les disciples de Calvin. Une fraction importante des protestants quitta alors la France pour les Pays-Bas, l'Allemagne ou l'Afrique du Sud.

Lors de la Révolution française, puis sous la Commune de Paris en 1871, l'église catholique et une partie de ses fidèles furent victimes de persécutions, dont la guerre civile en Vendée dans les années 1790 fut l'apogée.
La séparation des églises et de l'état après 1905 s'est accompagnée de bruits de bottes et de sérieuses échauffourées.

Un antisémitisme grandissant a entaché la fin du 19ème siècle et la première partie du 20ème. Il a débouché sur la déportation en masse de juifs par Pétain, Laval et les nazis durant le second conflit mondial.

Agnostiques, incroyants et déviants ont été pourchassés par l'inquisition et la monarchie jusqu'au milieu du 18ème siècle.
La torture et l'exécution publiques, dénoncées par Voltaire, du chevalier de la Barre en 1766 furent le dernier emblème d'une longue série à laquelle il faudrait ajouter la persécution des cathares, vaudois et sorciers de toutes obédiences.

Longue marche en zigzag vers la laïcité

Heureusement, des porteurs de paix et de tolérance ont, à plusieurs reprises, interrompu cette litanie de massacres et malheurs.

En 1598, en signant l'Édit de Nantes, Henri IV mit fin aux guerres de religion.
En garantissant aux protestants la liberté de conscience, ce texte, très moderne dans son essence, créait la distinction entre le sujet politique, qui doit obéissance à son roi, et le croyant, libre de ses choix spirituels remisés dans la sphère privée.
Même, si une soixantaine d'années plus tard, Louis XIV, petit-fils d'Henri IV, tenta de revenir en arrière, le ver était dans le fruit et le droit divin catholique de la monarchie était irrémédiablement fêlé.
“Henry par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre [...] ordonnons [...] à tous nos sujets [de] se contenir et vivre paisiblement ensemble comme frères, amis et concitoyens, sur peine aux contrevenants d'être punis comme infracteurs de paix et perturbateurs du repos public”.
Henri IV - Extrait de l'article 2 de l'Édit général de Nantes d'avril 1598
Original de l'Édit Général de Nantes proclamé par Henri IV en avril 1598

La Révolution française a instauré la citoyenneté pour tous.
Les religions minoritaires acquirent définitivement droit de cité et les agnostiques furent nombreux parmi les leaders du nouveau régime.
"Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.
Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses."
Extraits des articles 1 & 10 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen d'août 1789, désormais intégrée à la constitution française
Deux mesures symbolisent cette autonomisation de l'individu par rapport aux communautés religieuses.
D'une part, les registres d'état-civil furent soustraits aux curés, pasteurs et rabbins pour être confiés aux mairies. D'autre part, le mariage civil fut institué et rendu non seulement obligatoire mais aussi préalable à tout mariage religieux.
Les régimes monarchiques qui se succédèrent ensuite, malgré leurs envies, ne réussirent pas, au grand dam du Vatican, à faire rentrer le dentifrice dans le tube.

Le catholicisme ayant marqué fort peu d'entrain au rétablissement de la démocratie et de la république après la chute de Napoléon III en 1871, la partie athée de la classe politique et de l'opinion bascula dans l'anticléricalisme, plus souvent agressif que modéré.
Le projet laïc était clairement de supprimer l'emprise de la religion catholique sur la société.

Caricature anticléricale de la fin du 19ème siècle

Beaucoup de protestants et de juifs s'associèrent aux anticléricaux car ils y virent l'opportunité de sortir de leur position plus tolérée qu'acceptée ainsi que de la tutelle de l'état.
Quelques rares catholiques “non cléricaux”, autour de Marc Sangnier et de son mouvement le Sillon, se sont aussi joints au camp dit laïque.

La laïcité française est donc issue d'un compromis politique improbable entre toutes les nuances de la gauche et du centre de la fin du 19ème siècle, liguées contre le conservatisme catholique aux importants relents monarchistes.
Dans ce rassemblement disparate, les anticléricaux virulents voisinaient des républicains abstraits, des libéraux et des minorités religieuses.

Lettre du 31 janvier 1849 adressée depuis une zone protestante dans le sud de l'Isère au Sous Directeur des Cultes non catholiques au Ministère de l'Instruction Publique et des Cultes.
Au milieu du 19ème siècle, l'état français conservait une vraie mainmise sur les religions, que ce soit le catholicisme majoritaire, mais aussi le protestantisme et le judaïsme minoritaires.

Le débat - ou plutôt le combat - fut alors acide et acéré. Cette période de très fortes convulsions est appelée par les historiens "la guerre des deux France".
Polémistes et caricaturistes faisaient feu de tout bois, maniant plus le premier que le second degré.
Par rapport à leurs prédécesseurs du 19ème siècle, les regrettés dessinateurs de Charlie Hebdo font figure de doux rédacteurs d'albums pour jeunes filles.

Caricature anticléricale de la fin du 19ème siècle

En 1881-1882 fut créé, sous la houlette du très colonialiste Jules Ferry, l'enseignement public, laïc - le mot est lâché - et obligatoire de manière à ancrer le régime républicain et, surtout, à diminuer l'influence de l'église sur la jeunesse.

Dans les années qui suivirent, les textes législatifs anticléricaux se sont succédés à un rythme soutenu.
En 1901, une loi emblématique institua la liberté d'association, sauf pour les congrégations religieuses dont la plupart furent réputées dissoutes. En conséquence, 30 000 des 160 000 moines et moniales s'exilèrent hors de France.
En 1903, les congrégations catholiques rescapées furent interdites d'enseignement.

Ce mouvement vers la laïcité culmina le 9 décembre 1905 avec le vote de la loi de séparation des églises et de l'état, toujours en vigueur.

Dessin de presse paru au moment de la séparation des églises et de l'état en 1905

La querelle dite religieuse resta vivace jusque dans les années 1920 et ne s'est définitivement éteinte que dans les années 1970-1980.
Je me souviens que, dans le village de l'Oise où j'habitais enfant dans les années 1960, lors des enterrements, une partie importante du cortège - essentiellement des hommes - ne rentrait pas dans l'église et allait ostensiblement au bistrot d'en face pendant la messe pour le défunt.

Un principe très simple : état et religions, chacun chez soi !

La laïcité française est la stricte distinction entre, d'une part, les religions et croyances et, d'autre part, l'état et le politique.

Ce concept repose sur deux piliers exprimés de façon lapidaire au début de la loi de 1905.
“La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes.
La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.”

Extraits des articles 1 et 2 de la loi de 1905, toujours en vigueur
Ces principes sont désormais intégrés dans l'actuelle constitution française.
“La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.”
Article 1 de la constitution du 4 octobre 1958, toujours en vigueur
La première mouture de la loi de 1905 était franchement anti-religieuse dans ses détails ou, plus exactement, anti-catholique.

Couverture de "la Lanterne" - journal républicain anticlérical" - fin du 19ème siècle

L'état est devenu, séance tenante, propriétaire de tous les édifices ecclésiastiques et a utilisé la force pour appliquer la nouvelle législation.
Les religions ont été sommées d'adopter une organisation dite en "association cultuelle", copiée sur celle du protestantisme et destinée à casser la hiérarchie pyramidale du catholicisme.
Ces dispositions, refusées en masse par les catholiques, ont suscité une forte résistance et des bouffées de violence avec plusieurs victimes.

Affrontements entre soldats et émeutiers catholiques autour de l'église de Quessoy dans les Côtes d'Armor en Bretagne, le 10 mars 1906, lors de la "querelle des inventaires".

Petit à petit, une politique "d'apaisement" et "d'accommodements raisonnables" se mit en place. La loi de 1905 fut retouchée plusieurs fois et devint, comme le dit à l'époque Aristide Briand, areligieuse.

Une pratique en 5 points

Au delà des principes généraux, 5 axes concrets fondent la laïcité française au jour le jour.

1) Liberté absolue de conscience

Tout un chacun est totalement libre de croire ou de ne pas croire à ce qu'il souhaite et de changer d'avis autant qu'il lui sied.

Symétriquement, tout un chacun est aussi tenu de respecter et de ne pas entraver les pratiques et les croyances religieuses de ses concitoyens.
Les articles 31 & 32 de la loi de 1905 sont très clairs et détaillés sur ces derniers points. Ils punissent d'emprisonnement toute tentative de pression directe sur des individus en faveur ou contre une religion.

Toutefois, la liberté de conscience suppose aussi la liberté complète d'expression.
Aussi la critique et l'apologie publiques de croyances sont autorisées, sans autre restriction que les menaces ou appels à la haine à destination de personnes.

Autrement dit, je peux, dans les colonnes de ce blog, de manière parfaitement légale, chanter les louanges d'Ahura Mazda, le Dieu du zoroastrisme.
Je peux aussi clamer que cette divinité et son prophète Zarahoustra, au même titre que tous les autres d'un acabit identique, sont des inventions humaines sans message crédible.
Je peux même blasphémer en affirmant qu'un dieu - sans majuscule - qui possède un nom de pile électrique et de voiture japonaise manque de sérieux. Je peux, semblablement, soutenir qu'il faut être sacrément ahuri pour suivre Ahura.
Par contre, je ne peux, en aucun cas, appeler les fidèles lecteurs de ces chroniques à aller perturber une cérémonie du naojote. Je ne peux pas plus, afin de complaire au sympathique régime théocratique des ayatollahs iraniens, vous inciter à casser la figure du premier zoroastrien qui passe.

Bien entendu, ce que je viens d'énoncer pour le zoroastrisme vaut pour toutes les formes et variantes d'athéisme, de christianisme, de judaïsme, d'islam, de bouddhisme, d'hindouisme, de confucianisme, de taoïsme, de chamanisme, de rose-croix, j'en passe et des meilleures ...

En pratique, appartenance religieuse et croyances ne peuvent être demandées dans la vie courante.
Toutes les démarches administratives sont strictement areligieuses. Depuis 1872, les recensements officiels ne font plus mention de religion.

De même, employeurs, hôpitaux, banques, assurances et autres organismes ne peuvent s'enquérir de votre spiritualité ou vous traiter différemment en fonction de celle qu'ils vous supposent.
Ainsi, au contraire de l'Italie ou de l'Inde, il est très rare de trouver un quelconque signe religieux dans les locaux d'une entreprise, à l'exception notable des boutiques des monastères ou des commerces halal et kasher.

2) L'état n'intervient pas dans les religions

Depuis 1905, l'état français ne se mêle plus de religion. Il ne rémunère plus les clergés, n'intervient plus dans les décisions des différentes confessions et s'interdit de financer tout nouveau bâtiment cultuel.

Toutefois, les pouvoirs publics sont propriétaires de tous les édifices religieux existants en 1905 et en assurent l'entretien.
Paradoxalement, cette disposition a enlevé une belle épine financière du pied du catholicisme, et, dans une moindre mesure, du protestantisme et du judaïsme. Avec la chute du nombre de fidèles, et donc des ressources monétaires, l'église serait, aujourd'hui, bien en peine d'entretenir toutes ses églises.

L'islam, absent de France métropolitaine en 1905, se plaint parfois de distorsion de concurrence. Il doit supporter, avec exclusivement ses propres moyens, investissement et entretiens immobiliers dont ses compétiteurs sont dispensés.

3) Stricte neutralité religieuse et spirituelle de l'état

Dans tous ses actes, l'état doit se tenir à égale distance de toutes les croyances et incroyances.

De ce fait, aucun bâtiment ou service public ne peut présenter de symboles religieux, à l'exception des édifices historiques antérieurs à 1905.
Impossible, par exemple, de trouver en France un crucifix dans un commissariat de police comme votre serviteur a pu l'observer en Irlande.

De même, les agents de l'état, dans l'exercice de leurs fonctions, ne peuvent arborer de signes religieux, effectuer une quelconque propagande spirituelle ou vous interviewer sur votre foi.

Pas question que les billets de banque portent une devise religieuse comme aux USA.

Pas question de permettre aux femmes sapeurs-pompiers de se voiler comme en Tunisie ou aux policiers de s'enturbanner comme en Inde.

Pas question lors d'un mariage civil en mairie d'effectuer, comme en Tunisie, une quelconque prière ou action religieuse.

Pas question, non plus, que président, ministres et élus insèrent dans un discours une référence à un texte sacré, comme aux USA ou en Tunisie. L'homme ou la femme politique d'envergure nationale qui effectuerait un signe de croix au début d'une intervention publique, signerait aussi la fin de sa carrière.

4) L'école publique, un sanctuaire inaccessible aux religions

Bien entendu, comme tous les autres services de l'état, les écoles publiques sont mises délibérément en dehors du champ religieux.

Toutefois, les fondateurs et promoteurs de l'école publique vers 1880 - majoritairement anti-religieux - ont voulu aller au delà et en faire un instrument du combat anticlérical.
Les instituteurs - surnommés les "hussards noirs de la République" - se sont longtemps confrontés aux curés dans de nombreux villages et ont été les porteurs de l'idéal laïc.

Malgré les années écoulées et l'extinction de la querelle religieuse, cette conception stricte de l'éducation publique a toujours cours aujourd'hui et fait consensus chez une majorité de français.
"Il faut que les élèves aient le plaisir d'oublier leur communauté d'origine et de penser à autre chose que ce qu'ils sont pour pouvoir penser par eux-mêmes.
Si l'on veut que les professeurs puissent les y aider, et l'école rester ce qu'elle est - un lieu d'émancipation -, les appartenances ne doivent pas faire la loi à l'école."

Appel au sujet de laïcité de 1989 signé par de nombreuses personnalités académiques
Pour permettre aux jeunes de développer leur esprit critique à l'abri de leurs familles et de leurs communautés, les cours de l'école publique doivent être strictement sans connotation spirituelle.
Il est aussi demandé aux élèves, pendant le temps scolaire, de faire abstraction de leur appartenance religieuse ou idéologique et de ne pas la montrer.
Je me souviens qu'à l'école primaire, les instituteurs obligeaient ceux de mes camarades qui portaient autour du cou une chaîne avec une croix de la rentrer dans leur chemise afin qu'elle ne soit plus visible.

Depuis 2004, suite aux furieuses polémiques à propos des voiles dits islamiques, la législation a été amendée pour refléter formellement dans un texte ces principes ancestraux.
“Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit.”
Article L141-5-1 du 15 mars 2004 du code de l'éducation, toujours en vigueur
Pour les familles ne souhaitant pas se plier aux exigences laïques, il existe de très nombreuses écoles confessionnelles privées non soumises ces règles publiques.
Il y a environ 9 000 établissements catholiques qui scolarisent 2 millions d'élèves sur un total de 12. La communauté juive opère 280 écoles recevant 30 000 élèves. Une vingtaine d'établissements islamiques accueillant 2 000 élèves sont venus s'ajouter récemment.

5) Les religions hors du champ étatique et politique

La laïcité trace une distinction nette entre le domaine spirituel, d'ordre privé et individuel, et le domaine politique, de nature publique et collective.

Au fil du temps, l'état a retiré aux cultes toutes les fonctions non directement religieuses : mariages, tenue de l'état-civil, monopole de l'enseignement…

La loi de 1905 a institué des limites encore plus nettes entre exercice de la religion et pratiques politiques.
"[Interdiction] de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l'exercice d'un culte.
[Interdiction à un] ministre d'un culte qui, dans les lieux où s'exerce ce culte, [de] publiquement, par des discours prononcés, des lectures faites, des écrits distribués ou des affiches apposées, outrager ou diffamer un citoyen chargé d'un service public.
[Interdiction des] discours prononcés ou écrits affiché ou distribués publiquement dans les lieux où s'exerce le culte, [contenant] une provocation directe à résister à l'exécution des lois ou aux actes légaux de l'autorité publique, ou [tendant] à soulever ou à armer une partie des citoyens contre les autres."

Extraits des articles 26, 34 et 35 de la loi de 1905, toujours en vigueur
Pour combattre judiciairement l'incitation au terrorisme d'inspiration religieuse, nul besoin de nouveaux textes, cette loi emblématique et séculaire suffit.

Une réalité nuancée

Souvent en France, pays de Descartes mais aussi du Système D, les beaux principes se contorsionnent pour s'adapter à des réalités sociales complexes.
La laïcité n'échappe pas à cette pesanteur.

Des jours fériés majoritairement catholiques

Sur les 11 jours officiellement chômés en France, 5 sont des dates civiles et 6 des fêtes catholiques.

Tant pis pour les protestants obligés de fêter le 15 août la Glorieuse Assomption de la Très Sainte Vierge Marie et le 1er novembre la Toussaint.

Tant pis pour les athées mondialisés, antimilitaristes et paresseux qui doivent observer le jour de l'an, la fête du travail le 1er mai, la fête nationale le 14 juillet et les commémorations de la fin des deux guerres mondiales.

Tant pis aussi pour les orthodoxes, juifs, musulmans, bouddhistes, hindous et autres zoroastriens absents du calendrier officiel.

Un enseignement confessionnel quand même très laïc

L'immense majorité des écoles privées confessionnelles sont dites "sous contrat".
Seuls 2% des enfants fréquentant l'enseignement privé - c'est à dire 3 élèves sur 1 000 tous modes d'enseignement confondus - sont accueillis par un établissement "hors contrat".

Une école "sous contrat" a passé un accord avec l'état.
Celui-ci assure la rémunération de ses enseignants et une partie de l'entretien de ses locaux, ce qui réduit nettement les frais de scolarité à la charge des familles.
En échange, l'établissement, bien que conservant son "caractère propre", garantit que l'enseignement y est dispensé "dans le respect total de la liberté de conscience" et que "tous les enfants sans distinction d'origine, d'opinion ou de croyances" peuvent s'y inscrire.

Des écoles de l'oxymore en quelque sorte puisqu'elles sont simultanément privées, confessionnelles, publiques et laïques !

Alsace et Moselle hors laïcité

En 1905, l'Alsace et la Moselle faisaient partie de l'Empire d'Allemagne qui les avait conquises en 1870-1871.
Sur le plan religieux, ces régions conservaient alors le régime dit de concordat établi par Napoléon Ier au début des années 1800.

En 1919, après la première guerre mondiale, pour faciliter le rattachement de ces territoires à la France, il a été décidé de ne pas y appliquer la législation laïque de séparation des églises et de l'état.

Aussi, autour de Strasbourg et Metz, une sorte de délit de blasphème a toujours une existence léglemême si la mesure n'est plus appliquée.
Curés, pasteurs et rabbins continuent à être salariés par une République qui pourtant proclame haut et fort de ne jamais le faire.
Mieux même, les évêques catholiques sont officiellement nommés par le président de la république française, qui est le dernier chef d'état au monde à posséder ce privilège suranné.

Votre serviteur - pur et fier produit de l'école publique, laïque et obligatoire - est quelque peu mal à l'aise qu'une partie de ses impôts finance des clergés, même s'il s'agit des sommes minimes.

---

Voilà, chers amis lecteurs hors de l'Hexagone, ce voyage au coeur de la laïcité française touche à sa fin.
J'espère qu'il vous aura un peu éclairé sur les étranges coutumes des compatriotes de Voltaire et de Georges Clémenceau.
Vos commentaires et questions sont, par avance, les bienvenus et pourront, le cas échéant, fournir un prétexte à écrire une suite à cette chronique.

Franco-laïquement votre

Références et compléments
- D'autres chroniques sur des thèmes connexes

- Aller plus loin

- Crédits images
  • Le chêne quessoyais pour la photo des affrontements de 1906 en Bretagne lors de la querelle des inventaires
  • Wikimedia Commons pour les caricatures et l'édit de Nantes
  • histoirepostale.net pour la lettre de 1849

mardi 8 septembre 2015

Toi le djihadiste ! - Facétie musicale et terroriste

Le chanteur désormais dégagé Maxime Le Forestier, s'il avait conservé la barbe et les indignations de ses 20 ans, reprendrait sa plume pour nous livrer une mouture actualisée de son "parachutiste".
En toute immodestie, j'ai pris sur moi de suppléer la panne d'inspiration du barde devenu glabre.

Tu avais juste dix-huit ans
Quand on t'a mis une barbe forte
Quand on t'a dit : "Rentre dedans
Tout c'qui te heurte"
C'est pas exprès qu' t'étais fasciste,
Toi l'djhadiste.

Alors au coeur des attentats
S'est formée ton intelligence.
Tu sais qu'il n'y a ici-bas
Que deux engeances :
Les impies et les djihadistes,
Toi l'djhadiste

Puis on t'a donné des galons,
Héros de toutes les horreurs
Pour toutes les bonnes actions
Où tu fais peur
Tu fusillais quelques touristes
Toi l'djhadiste.

Alors sont venus les honneurs,
Les télévisions, les journaux
Pour chaque balle au fond d'un coeur,
Ou coup d'couteau
Pour chaque point noir sur ta liste,
Toi l'djhadiste

Mais, malheureusement pour toi,
Bientôt se finira ta guerre :
Plus de tueries, plus de combats.
Que vas-tu faire ?
C'est fini les obscurantistes,
Toi l'djhadiste.

C'est pire que d'être collé au trou
Subir des femmes qui savent lire
Surtout qu't'as appris avec nous
Ce que veut dire
Le superbe mot "pluraliste"
Toi l'djhadiste.

Mais si t'es vraiment trop gêné
De ne plus faire de sacrifice
Tu peux toujours te suicider
Dans l'train Thalys
On y cogne l'fondamentaliste !
Toi l'djhadiste.

Parachutistement votre

Références et compléments
- Version originale de la chanson "parachutiste" de Maxime Le Forestier enregistrée en 1972

lundi 31 août 2015

L'avenir est à la séparation des sexes

En Tunisie, depuis que les kamikazes sur deux roues ont abandonné le port du casque intégral, la croyance du même type connaît un certain succès, voire un succès certain.
Les tenants de cette hyper-théologie se livrent, avec opiniâtreté, à une ségrégation sexuelle d'excellente facture.
À chaque instant et en tout lieu, il leur importe qu'hommes et femmes soient strictement séparés.

Au risque de surprendre, je tiens à souligner que les promoteurs de ce comportement sont résolument modernistes et révolutionnaires.
Malheureusement, afin de ne pas choquer les trop nombreuses personnes à la morale étriquée, ils sont obligés d'avancer masqués en se faisant passer pour d'incurables conservateurs.
Pourtant, la justification principale de cette pratique novatrice est la nécessité d'une osmose et, même, d'une fusion intime entre les deux genres de l'humanité.

Beaucoup trop de pays comme la France, ou, pire encore, l'Europe du Nord, s'avachissent dans un égalitarisme débilitant.
Sous le prétexte fallacieux de ne discriminer personne, les deux sexes n'y ont plus aucun secret l'un pour l'autre, donc plus aucune véritable attirance.
Le commerce charnel, totalement banalisé, s'il est encore pratiqué par habitude, n'intéresse plus guère.

À l'inverse, établir un strict apartheid entre mecs et gonzesses décuple les envies des unes ou des uns vis à vis des autres.
Rien ne vaut la rareté, voire la pénurie, pour susciter le besoin !
Rien ne vaut la prohibition pour décupler l'obsession de la transgression !
Contrairement à ce que la prétendue sagesse des nations occidentales voudrait nous faire croire, la décence, loin de la réduire, génère la concupiscence.

Naguère, les communistes soviétiques avaient sous-estimé ces ressorts puissants de l'âme humaine.
Leur grande erreur a été de construire le Mur de Berlin.
Résultat des courses, les allemands de l'est n'ont eu de cesse de vouloir goûter aux joies de l'autre versant du Rideau de Fer.
Si le regretté Erich Honecker s'était contenté d'une simple frontière traditionnelle gardée par de bedonnants douaniers, les habitants de Leipzig rouleraient encore en Trabant et les nageuses aux hormones continueraient leur razzia sur les médailles olympiques.

Toutefois pour maintenir en permanence un désir irrépressible d'un sexe pour son complémentaire, la ségrégation doit être absolue. Tout relâchement dans la discipline crée, sans délai, un affadissement préjudiciable.
La distance est la clef de l'attirance.

La vie moderne urbaine n'est, hélas, guère propice à une disjonction des genres digne de ce nom.
À croire, que des "bougres, asexués sans doute, aux charmes de Vénus absolument rétifs" s'ingénient à favoriser une détestable promiscuité.
Transports, guichets, bureaux, commerces et autres endroits de corruption des mœurs - à l'instar des mobylettes tunisiennes et des Trabant d'Erich Honecker - carburent au mélange.

Fort heureusement, les fans de l'intégralité ne sont pas à court de ressources pour relever ce défi récurrent.
Dès que leur radar détecte la potentialité d'un homme, les nénettes se transforment illico en disciples zélées du regretté Commandant Cousteau, toutefois sans les bouteilles et le masque.
Cette tenue aquatique, grâce à l'aura de mystère dont elle enveloppe la femme, agit comme un aimant vis à vis des mâles.
Quelque part, les scaphandres génèrent les gendres.

Certaines circonstances particulières exigent des mesures encore plus drastiques qu'à l'ordinaire.
Par exemple, lors des fêtes de mariage - insidieux festivals du brassage qu'on croirait sponsorisés par Heineken - la digue des sexes risque, à tout moment, de se rompre.
Pour éviter de réduire à néant des semaines entières d'effort ségrégationniste, il convient - pendant que les nanas profitent des réjouissances, de la musique assourdissante et du henné - de cantonner les mecs dans des zones certifiées gonzesses-free.
Lieux et bâtiments sont mis à profit pour faciliter ce parcage. Arrière-cours, dessous d'escalier et tous les terrains pas trop bosselés permettent, sans trop de mal, de remiser les hommes loin des meufs.

Le futur marié est particulièrement surveillé car son impatience, certes légitime, pourrait gâcher, à quelques heures près, une apothéose prévue de longue date.
Aussi, comme les taureaux de combat avant la corrida, il est soigneusement tenu à l'écart et sous bonne garde pour qu'il conserve intégralement son influx.

Conformément aux habitudes de ce blog et n'hésitant à payer de ma personne, j'ai récemment testé, à l'attention de mes fidèles lecteurs, cette pratique à l'avenir prometteur.

J'ai participé, du début à la fin, à une longue soirée ségréguée de mariage dont je remercie chaleureusement les organisateurs - qui se reconnaîtront - pour leur aimable invitation.
J'ai vécu une expérience mémorable sur un parking chichement éclairé et réservé aux porteurs de chromosomes Y, à plusieurs dizaines de mètres de la zone féminine.

Depuis mon service militaire - et encore ! - j'avais perdu l'habitude des sociétés exclusivement masculines.
Passés les premiers moments de découverte, cette séparation sexuée s'avère, à l'usage, agréable et même fructueuse.
Mon épouse étant opportunément retenue pour un bivouac sous le chapiteau pour femmes, j'ai réussi à nouer, aisément et à son insu, une relation tout aussi subreptice que prometteuse avec un superbe et avenant ...

... véhicule Citroën stationné à proximité !!!

L'avenant véhicule Citroën rencontré sur un parking masculin de mariage durant l'été 2015.
Le lecteur attentif remarquera que ce bel engin, pour pouvoir stationner au milieu de la zone des hommes, est exempt de roues voilées.
On notera aussi, sur la gauche du cliché, fixé sur un poteau, un coffret électrique du meilleur aloi. Trop absorbé par ma relation automobile et enivré par les mâles gravitant autour de moi, je n'ai pas eu la présence d'esprit de nouer aussi des liens avec ce superbe appareil.
Intégralo-parkinguement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
- Merci à F. qui lui aussi se reconnaîtra. Au cours du mariage relaté ici, nous avons échangé et conforté nos points de vue respectifs.

- La citation entre guillemets et en italique est extraite de la chanson "le blason" de Georges Brassens aux résonances avec cette chronique.
Je vous invite à la (re)découvrir intégralement derrière ce lien.

samedi 4 juillet 2015

Djihadiste difficile métier en mal de reconnaissance

Au risque de surprendre les plus fidèles lecteurs de ce blog, je dois confesser ma plus vive admiration pour les Combattants du Djihad.
Ces braves types - bizarrement cette belle profession compte peu de femmes dans ses rangs - exercent un métier compliqué, dans des conditions malaisées et sans recueillir le soutien qu'ils méritent.
Voyons cela de plus près.

Tout d'abord, être Djihadiste requiert une culture générale hors pair. La maîtrise de pans entiers du savoir universel est indispensable à l'exercice serein de cette activité salvatrice.
Il faut, par exemple, être incollable en théologie comparée. En effet, avant de déposer un colis piégé dans un édifice religieux, il convient d'être sélectif et de bien distinguer, d'une part synagogues, églises, temples hindous ou encore mosquées chiites et, d'autre part, mosquées sunnites. Sinon, c'est l'accident industriel assuré.
La lecture de plans et de cartes est tout aussi nécessaire.
Aucun chauffeur de taxi ou d'Uber n'est capable de vous mener sans hésitations et zigzags dans la microscopique rue Nicolas Appert à Paris, siège du très blasphématoire Charlie Hebdo.
Vous ne pouvez compter que sur vos propres ressources pour débusquer les endroits improbables où se terrent les ennemis de la Vraie Foi.

La méthodologie n'est pas moins essentielle.
Appliquer le fameux principe du remarquable Arnaud Amaury "tuez les tous ! Dieu reconnaîtra les siens !" suppose une rigueur d'exécution peu commune.
Un travail avec une qualité garantie oblige à s'assurer, par des processus et des check-lists, que tous, vraiment tous, sans exception, sont passé à la casserole. Dans ce domaine, le zéro défaut est encore plus difficile à approcher que dans l'industrie.

Un entraînement permanent limite les loisirs, déjà peu nombreux, du Djihadiste.
Paradoxalement, rafaler au Kalachnikov des touristes allongés sur le sable est un exercice ardu.
Ces mitraillettes soviétiques sont sujettes à un recul puissant.
Ainsi, le novice peu accoutumé a tendance, dès les premiers tirs, à laisser le canon de son flingue remonter, avec pour fâcheuse conséquence d'arroser le Ciel pour Lequel on combat.
De plus, le plagiste standard, preuve de son impiété, refuse de se redresser pour faciliter sa montée en express vers le Paradis.

La belle profession de Terroriste Djihadique est, malheureusement, affectée par un taux excessif d'accidents du travail.
Pour des raisons qui m'échappent, dans la plupart des pays, l'appareil d'état refuse d'édicter des règles de sécurité qui protégeraient l'intégrité physique des Combattants de la Vraie Foi.
Au lieu de rendre le port du casque et du gilet pare-balles obligatoire pour chaque Terroriste, les politiciens, gardiens de la corruption ambiante, transforment les Énergétiques Défenseurs de la Vérité en stands de tir ambulants et gratuits pour leurs sinistres policiers.

Le Djihadiste ne fait pas non plus recette auprès du grand public qui préfère se masser devant des pelotons de cyclistes dopés plutôt que sur les lieux des saines fusillades.
Pire même, presque chaque action terroriste est entravée par des spectateurs.
Derniers cafouillages en date, à Sousse, des tunisiens non armés se sont opposés au tireur de la plage et à Saint Quentin Fallavier, un pompier, outrepassant sa mission, a ceinturé le Martyr qui voulait faire exploser une usine après avoir décapité son employeur impie.

Face à ces difficultés croissantes d'exercice d'un des métiers parmi les plus beaux et les plus utiles, j'exhorte les lecteurs de ce blog de faire amende honorable et de soutenir, comme ils le méritent amplement, les Vaillants Artisans du Djihad.

No pasaran

Sarcastico-tristement votre