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samedi 19 décembre 2015

Comment sexuer sans sexualiser ?

​Contrairement à ce que pense le grand public, la profession de dessinateur de pictogrammes est une des plus exigeantes qui soit, bien plus que commando parachutiste, astronaute ou chirurgien cardiaque.
Je vous propose d'en juger par vous-même avec un exemple vécu récemment.

Alors que, dans ma bonne ville de Grenoble, j'étais de passage dans un bâtiment public tout neuf "dédié à l'enseignement supérieur et à la recherche", un appel peu répressible de la nature m'a conduit à rechercher des toilettes.
Assez rapidement, j'ai dégotté, au fond d'un hall - plaisamment baptisé agora - deux portes identiques ornées de quelques traits du meilleur aloi.


Si manifestement, les chiottes se trouvaient bien là, comprendre quel huis je devais franchir pour satisfaire mes besoins sans heurter les bonnes mœurs n'a pas été immédiat.
Les WC réservés aux hommes se situaient-ils derrière un V à l'envers surmonté d'un O et reposant sur deux L minuscules ou bien derrière le même hiéroglyphe avec un U retourné ?

Fort heureusement, une étudiante aux cheveux courts, en manteau et en pantalon a franchi la vantail orné d'un V tête bêche m'indiquant ainsi que je devais suivre le U inversé.

Une fois ma vessie soulagée, mon esprit ainsi libéré a pu prendre la mesure du défi auquel fait face l'auteur de pictogrammes.

Le plus simple, pour lui, serait de désigner les genres par une reproduction plus ou moins stylisée des organes génitaux.
Cela aurait le mérite de la simplicité et de l'efficacité mais risquerait de mettre en péril pudeur et ordre public.
Pire même, cela rabaisserait le designer au niveau du collégien tourmenté taguant le mur des gogues avec des graffitis de braquemarts et de nichons.

Remplacer les dessins par les mentions écrites hommes et femmes serait une fausse bonne idée.
Les personnes ne maîtrisant pas la langue de George Sand seraient désorientées et le dessinateur perdrait sa raison d'être.

La manière employée de longue date par les créateurs de pictogrammes consiste à ne conserver que la représentation des signes extérieurs de genre que la société a développé au fil du temps.
Cheveux longs ainsi que jupes ou robes signent la féminité et leur absence la masculinité.
Bizarrement, barbes et moustaches sont rarement retenues, probablement parce que trop anatomiques.

Un coup d'œil rapide dans l'agora de cette université suffit à relever l'inadaptation de cette symbolique ancestrale.
Les cheveux masculins et féminins sont moins différenciés qu'auparavant et le pantalon est bien adapté, pour tous les sexes, au climat des Alpes en décembre.

J'en ai donc déduit que les portes de chiottes avaient été décorées de pictogrammes prévus pour l'été lorsque les filles sont en mini-jupes et que les T-shirts des mecs recouvrent leurs shorts.
Seul inconvénient de ce choix météorologique, la période estivale est celle des vacances universitaires.

Pictogrammo-sexuellement votre

lundi 31 août 2015

L'avenir est à la séparation des sexes

En Tunisie, depuis que les kamikazes sur deux roues ont abandonné le port du casque intégral, la croyance du même type connaît un certain succès, voire un succès certain.
Les tenants de cette hyper-théologie se livrent, avec opiniâtreté, à une ségrégation sexuelle d'excellente facture.
À chaque instant et en tout lieu, il leur importe qu'hommes et femmes soient strictement séparés.

Au risque de surprendre, je tiens à souligner que les promoteurs de ce comportement sont résolument modernistes et révolutionnaires.
Malheureusement, afin de ne pas choquer les trop nombreuses personnes à la morale étriquée, ils sont obligés d'avancer masqués en se faisant passer pour d'incurables conservateurs.
Pourtant, la justification principale de cette pratique novatrice est la nécessité d'une osmose et, même, d'une fusion intime entre les deux genres de l'humanité.

Beaucoup trop de pays comme la France, ou, pire encore, l'Europe du Nord, s'avachissent dans un égalitarisme débilitant.
Sous le prétexte fallacieux de ne discriminer personne, les deux sexes n'y ont plus aucun secret l'un pour l'autre, donc plus aucune véritable attirance.
Le commerce charnel, totalement banalisé, s'il est encore pratiqué par habitude, n'intéresse plus guère.

À l'inverse, établir un strict apartheid entre mecs et gonzesses décuple les envies des unes ou des uns vis à vis des autres.
Rien ne vaut la rareté, voire la pénurie, pour susciter le besoin !
Rien ne vaut la prohibition pour décupler l'obsession de la transgression !
Contrairement à ce que la prétendue sagesse des nations occidentales voudrait nous faire croire, la décence, loin de la réduire, génère la concupiscence.

Naguère, les communistes soviétiques avaient sous-estimé ces ressorts puissants de l'âme humaine.
Leur grande erreur a été de construire le Mur de Berlin.
Résultat des courses, les allemands de l'est n'ont eu de cesse de vouloir goûter aux joies de l'autre versant du Rideau de Fer.
Si le regretté Erich Honecker s'était contenté d'une simple frontière traditionnelle gardée par de bedonnants douaniers, les habitants de Leipzig rouleraient encore en Trabant et les nageuses aux hormones continueraient leur razzia sur les médailles olympiques.

Toutefois pour maintenir en permanence un désir irrépressible d'un sexe pour son complémentaire, la ségrégation doit être absolue. Tout relâchement dans la discipline crée, sans délai, un affadissement préjudiciable.
La distance est la clef de l'attirance.

La vie moderne urbaine n'est, hélas, guère propice à une disjonction des genres digne de ce nom.
À croire, que des "bougres, asexués sans doute, aux charmes de Vénus absolument rétifs" s'ingénient à favoriser une détestable promiscuité.
Transports, guichets, bureaux, commerces et autres endroits de corruption des mœurs - à l'instar des mobylettes tunisiennes et des Trabant d'Erich Honecker - carburent au mélange.

Fort heureusement, les fans de l'intégralité ne sont pas à court de ressources pour relever ce défi récurrent.
Dès que leur radar détecte la potentialité d'un homme, les nénettes se transforment illico en disciples zélées du regretté Commandant Cousteau, toutefois sans les bouteilles et le masque.
Cette tenue aquatique, grâce à l'aura de mystère dont elle enveloppe la femme, agit comme un aimant vis à vis des mâles.
Quelque part, les scaphandres génèrent les gendres.

Certaines circonstances particulières exigent des mesures encore plus drastiques qu'à l'ordinaire.
Par exemple, lors des fêtes de mariage - insidieux festivals du brassage qu'on croirait sponsorisés par Heineken - la digue des sexes risque, à tout moment, de se rompre.
Pour éviter de réduire à néant des semaines entières d'effort ségrégationniste, il convient - pendant que les nanas profitent des réjouissances, de la musique assourdissante et du henné - de cantonner les mecs dans des zones certifiées gonzesses-free.
Lieux et bâtiments sont mis à profit pour faciliter ce parcage. Arrière-cours, dessous d'escalier et tous les terrains pas trop bosselés permettent, sans trop de mal, de remiser les hommes loin des meufs.

Le futur marié est particulièrement surveillé car son impatience, certes légitime, pourrait gâcher, à quelques heures près, une apothéose prévue de longue date.
Aussi, comme les taureaux de combat avant la corrida, il est soigneusement tenu à l'écart et sous bonne garde pour qu'il conserve intégralement son influx.

Conformément aux habitudes de ce blog et n'hésitant à payer de ma personne, j'ai récemment testé, à l'attention de mes fidèles lecteurs, cette pratique à l'avenir prometteur.

J'ai participé, du début à la fin, à une longue soirée ségréguée de mariage dont je remercie chaleureusement les organisateurs - qui se reconnaîtront - pour leur aimable invitation.
J'ai vécu une expérience mémorable sur un parking chichement éclairé et réservé aux porteurs de chromosomes Y, à plusieurs dizaines de mètres de la zone féminine.

Depuis mon service militaire - et encore ! - j'avais perdu l'habitude des sociétés exclusivement masculines.
Passés les premiers moments de découverte, cette séparation sexuée s'avère, à l'usage, agréable et même fructueuse.
Mon épouse étant opportunément retenue pour un bivouac sous le chapiteau pour femmes, j'ai réussi à nouer, aisément et à son insu, une relation tout aussi subreptice que prometteuse avec un superbe et avenant ...

... véhicule Citroën stationné à proximité !!!

L'avenant véhicule Citroën rencontré sur un parking masculin de mariage durant l'été 2015.
Le lecteur attentif remarquera que ce bel engin, pour pouvoir stationner au milieu de la zone des hommes, est exempt de roues voilées.
On notera aussi, sur la gauche du cliché, fixé sur un poteau, un coffret électrique du meilleur aloi. Trop absorbé par ma relation automobile et enivré par les mâles gravitant autour de moi, je n'ai pas eu la présence d'esprit de nouer aussi des liens avec ce superbe appareil.
Intégralo-parkinguement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
- Merci à F. qui lui aussi se reconnaîtra. Au cours du mariage relaté ici, nous avons échangé et conforté nos points de vue respectifs.

- La citation entre guillemets et en italique est extraite de la chanson "le blason" de Georges Brassens aux résonances avec cette chronique.
Je vous invite à la (re)découvrir intégralement derrière ce lien.

lundi 15 juin 2015

Prostitution, alcool & cannabis, la France est-elle vraiment le pays de Descartes ?

Autant l'affirmer d'emblée, la traite des êtres humains ainsi que l'abus de substances addictives sont, à mes yeux, deux fléaux qui doivent être jugulés autant que faire se peut.

Toutefois, la législation française actuelle et ses probables futures évolutions contribuent à renforcer les aspects les plus malsains du travail sexuel et de la consommation de stupéfiants.
De surcroît, les motivations et la cohérence de l'arsenal judiciaire sont difficiles à distinguer.
Jugez sur pièces :
  • Le cannabis est interdit de vente en France.
    Paradoxalement, l'alcool dont les effets sur la santé et le psychisme sont grosso modo similaires est parfaitement légal.
    Sans oublier les cigarettes qui goudronnent les voies respiratoires avec la même célérité que les joints.
     
  • Fumer des pétards, dont la vente est pourtant illégale, est judiciairement accepté et fiscalement exempté.
    Sous peu, il en sera de même pour les injections d'héroïne, grâce aux salles de shoot qui bénéficieront d'un statut proche de celui des ambassades.
     
  • À l'inverse, prochainement, acheter une prestation à une prostituée sera pénalement répréhensible.
    Alors que vendre ou promouvoir des services sexuels restera ou redeviendra autorisé.
     
  • Cerise à l'eau de vie sur le baba au rhum, les vannes de la publicité pour l'alcool ont de grandes chances de s'ouvrir encore plus.
     
À n‘en pas douter, ce n'est pas le regretté René Descartes - père du rationalisme et icône nationale - qui a inspiré les parlementaires français lors de l'élaboration de telles réglementations mais plutôt le monde des bisounours agrémenté de zestes de morale.
Dans la tête de nos représentants, le buveur semble être un défenseur actif d'un art de vivre séculaire ; le fumeur de cannabis un brave type ayant besoin de relâcher un peu la pression ; l'héroïnomane une victime d'un système trop lourd à supporter ; la prostituée une pauvre créature aux mains de mafias sans foi ni loi et le micheton un immonde salopard machiste.

Pourtant au vu des chiffres, la réalité est autrement plus complexe.
  • Même si au fil de ces 50 dernières années la consommation d'alcool par tête a été divisée par 2 en France, 7 millions de français adultes ont été ivres au moins une fois dans l'année écoulée.
    Plus de 2 millions de compatriotes de Paul Ricard sont affectés par l'alcoolisme chronique.
    La bibine est la cause de 50 000 décès prématurés par an, soit 12 fois plus que la route.
    Les vins et spiritueux représentent environ 1% de la production nationale, 6 fois moins que le tourisme.
    Ils rapportent annuellement en taxes et impôts grosso modo 2 jours de prestations sociales, mais coûtent en frais de santé 5 jours de ces mêmes dépenses !
     
  • Le cannabis, de plus en plus tendance, a déjà été expérimenté par une quinzaine de millions de français. 4 millions tâtent du joint au moins une fois par an, 2 millions a minima mensuellement.
    Quelque part, il semblerait que moins on picole dans notre bel Hexagone, plus on y fume d'alcaloïdes !
     
  • La cocaïne et ses variantes ont déjà traversé les narines de 2 millions de personnes.
    Les amphétamines et l'ectasy ont fait voir des éléphants roses à un effectif sensiblement identique.
    Quant à l'héroïne, elle a coulé dans les veines de 400 000 français.
     
  • Les statistiques de la prostitution sont plus difficiles à établir.
    Environ 30 000 péripatéticiennes et péripatéticiens officient en France.
    Une part non négligeable d'entre eux est au mains de réseaux d'exploitation et de traite, mais aucun chiffre raisonnablement étayé n'existe.
    De rapides calculs d'ordre de grandeur permettent de cuber leur clientèle entre 2 et 8 millions de personnes.
     
Plonger dans le stupre et la fornication - comme aurait dit le non moins regretté Georges Brassens - est profondément ancré dans la nature humaine.
Tout laisser faire, sans aucune restriction, ouvre la porte aux pires dérives.
Si la liberté de débauche et d'intoxication fait incontestablement partie des droits humains inaliénables, elle doit cesser lorsqu'elle menace la liberté ou l'intégrité d'autrui.

Mais espérer dissuader par la répression des millions de délinquants répétitifs est illusoire.
Ainsi, l'an dernier, en France, à peine 1 personne sur 15 ayant abusé de la dive bouteille est passée dans le radar des forces de l'ordre, le plus souvent avec des conséquences judiciaires nulles ou minimes.
Une méthode semi-saoudienne consisterait à expédier quelques semaines à l'ombre chaque ivrogne repéré par les pandores. Seul hic à ce traitement de choc, il nécessiterait la multiplication par 2 à 3 des places de prison.

Historiquement, aucune prohibition n'a jamais obtenu de baisse durable du nombre d'usagers du “vice” qu'elle était sensée combattre.
Proscrire alcool, joints et prostitution supposerait, en France, de mettre sous surveillance policière serrée une bonne dizaine de millions de personnes.
Les 250 000 gendarmes et policiers actuels - même renforcés par les 150 000 viticulteurs frappés par l'impossibilité d'écouler leur production - ne parviendraient pas à accomplir cette tâche plus faite pour Hercule que pour Bacchus.
Le risque serait même élevé que les flics se mettent à la coke pour tenter d'échapper au burn-out.

La seule réussite des politiques d'interdiction - fussent-elles euphémisées en “pénalisation des clients” - est d'enrichir les mafias.
Le grand banditisme profite d'une demande très peu modifiable - et donc très peu modifiée - pour fournir, sous le manteau, à prix d'or et avec les pires méthodes, ce que le marché officiel n'est plus en mesure de livrer au grand jour.

Pour limiter réellement les effets néfastes de l'alcool, des drogues et du sexe tarifé, sans en créer de pires, seules des politiques pragmatiques, dénuées de tout moralisme, sont efficaces.
Transformer le marché noir en marché blanc ou, à défaut, gris recèle plus d'avantages que d'inconvénients.
Pour ce faire, une combinaison de plusieurs actions s'impose :
  • Très fortes doses d'information, de prévention et de réinsertion.
     
  • Légalisation réglementée et fiscalisée des pratiques à la dangerosité raisonnable.
    Autrement dit, donner au cannabis un statut proche de celui de l'alcool et organiser la prostitution comme dans la majorité des pays européens.
     
  • Répression accrue en moyens et en sanctions des trafics de personnes et de produits à haute toxicité.
     
Alcoolo-cannabiquo-sexuellement votre

Références et compléments
- Laurent m'a soufflé, il y a une grande lurette, le thème de cette chronique.

- Ce billet a probablement énervé de fidèles lecteurs. Pour me faire pardonner, je leur ouvre les colonnes de ce blog où ils pourront me porter la contradiction.

- Voir aussi, sur des thèmes voisins, les chroniques :
- Si beaucoup de monde a un avis sur l'alcool, les drogues et la prostitution, peu d'études chiffrées et dûment documentées existent.
Pour les chiffres de cette chronique, j'ai utilisé trois sources principales, toutes parfaitement officielles :
- Pour calculer la clientèle de la prostitution en France, j'ai effectué le raisonnement suivant :
  • 30 000 prostituées actives en France.
    Les chiffres varient entre 10 000 et 40 000 suivant les sources.
    30 000 est la valeur faisant - sans jeu de mot - consensus.
  • En moyenne, on peut supposer qu'une prostituée travaille 20 jours par mois et fournit des prestations à environ 10 clients quotidiens.
  • Parallèlement, on peut estimer que chaque client de prostituée recourt à des services sexuels mensuellement.
  • On aboutit ainsi à 6 millions de clients.
  • En faisant varier les hypothèses, on déduit la fourchette de 2 à 8 millions.

dimanche 7 septembre 2014

Lettre à mes amis tunisiens tentés de voter Ennadha

Chères amies, chers amis.

Je me permet - j'espère que vous l'accepterez - de vous appeler amis car, depuis le début des années 1980, je fréquente assidûment votre attachant pays.
Chez vous, j'ai vécu des moments très intenses, des joies, mais aussi des peines.
J'ai, au fil du temps, tissé un vaste réseau de relations familiales, amicales, sociales que j'ai plaisir à rencontrer et étoffer. Vous êtes nombreux à faire partie de ces cercles.

Vous êtes profondément croyants et vous adhérez à une vision stricte de votre religion que vous pratiquez de manière rigoureuse.

Ce choix - qui ne correspond pas à mes façons d'être et de penser, je ne l'ai jamais caché et l'ai plusieurs fois évoqué sur ce blog - est le votre et, en tant que tel, je le respecte.
Je ne suis en aucune façon fondé à vous suggérer ce que vous devez croire et faire.

Vous avez la chance de vivre dans un pays où le respect vis-à-vis de l'Islam est élevé.
De surcroît, depuis la révolution, aucun obstacle ne s'oppose plus à votre pratique.

La Tunisie va, en octobre prochain, être appelée aux urnes. Votre inclination naturelle est probablement de voter pour Ennadha, le parti islamiste.
Avant que votre choix devienne définitif, je vous invite à l'examiner sous deux angles.

Qui pour relancer l’économie tunisienne ? Comment ?

Tout d'abord, votre pays se débat dans de graves difficultés sociales et économiques qui ont, d'ailleurs, été à l'origine de la révolution de janvier 2011.

La Tunisie, comme le monde alentour, subit de plein fouet les très violentes mutations de la troisième révolution industrielle.
L'économie, longtemps statique, est devenue furieusement dynamique. L'autarcie et la focalisation sur l'agriculture ne sont plus des options.
4 emplois sur 10 en Tunisie proviennent directement ou indirectement des échanges avec l'étranger. La majorité des tunisiens est désormais urbaine.

Les consommateurs, que nous sommes tous, et les changements technologiques créent un jeu difficile à maîtriser.
Pour petite preuve, je suis presque certain que vous possédez de l'électroménager asiatique ainsi qu'un smartphone, que vous surfez régulièrement sur le web ou les réseaux sociaux et aussi que plusieurs membres de votre famille travaillent dans l'informatique ou dans des sociétés exportatrices.
Google, Haier, LG, Samsung et les usines chinoises n'ont que faire de la Tunisie et ne vont pas patienter le temps que les turbulences post-révolutionnaires s'estompent.

Le symptôme le plus flagrant de ces changements est le chômage stratosphérique des jeunes diplômés. Alors que peu de temps en arrière, les étudiants post-bac avaient une vie professionnelle et, même, un statut quasiment garantis.

Les gouvernements d'Hamadi Jebali puis d'Ali Larayedh, deux leaders d'Ennadha, ont malheureusement échoué dans ce domaine.
Sous leur houlette, le chômage n'a pas diminué, les prix ont grimpé, la croissance a stagné et le déficit public a été multiplié par 7.
Désormais, lorsque l'état tunisien récupère 4 dinars en impôts, taxes et cotisations, il en dépense 5 !
Chaque mois, 30 nouveaux dinars de dettes - c'est à dire d'emprunts avec intérêts - sont gagés sur la tête de chaque tunisien, du bébé au vieillard.
La Tunisie va mettre beaucoup de temps à sortir de ce piège à retardement.

Êtes-vous certains que cette approche budgétaire laxiste soit durablement soutenable ?
Compte tenu de sa récente contre-performance, Ennadha est-il le parti le mieux placé pour guider la barque tunisienne sur les flots houleux de l'économie mondiale ?
A-t-il fait des annonces novatrices dans ce domaine ?
Un nouvel échec économique et social ne serait-il pas la meilleure contre-publicité à l'encontre de vos idées ?

Comment mieux promouvoir votre pratique religieuse ?

Ensuite, je comprends que vos convictions spirituelles vous poussent à vouloir rallier le plus grand nombre à votre foi et vos pratiques.
Cela n'est point choquant. Depuis que le monde est monde, les religions ont toujours voulu accroître les effectifs de leur fidèles.

Toutefois, quelle est la meilleure façon de convaincre et de rassembler ?

Si, demain, beaucoup plus de prescriptions religieuses devenaient légalement obligatoires en Tunisie, extérieurement le pays serait plus conforme à vos vœux.
Mais cette belle façade ne serait qu'un trompe-l'œil.

Personnellement, je me conformerais, en apparence, aux nouvelles normes mais mon cerveau et, plus encore, mon cœur, seraient en rébellion permanente. Je pratiquerais ce que les anglophones appellent le service des lèvres.

Pire, si l'atmosphère devenait trop pesante et les contraintes trop fortes, je pourrais - et je ne serais sûrement pas seul dans ce cas - ne plus venir en Tunisie, la mort dans l’âme et quoi qu'il m'en coûte.
De même, les départs vers l'étranger de tunisiens ne partageant pas vos façons d’être devraient aussi augmenter.

Il n'y a pas de précédent historique où imposer les signes extérieurs d’une foi ait durablement consolidé croyances et pratiques religieuses.

La sinistre inquisition catholique en Europe, malgré plusieurs siècles de contraintes barbares, n'a pas réussi à éradiquer le judaïsme et l'Islam, ni même à contenir la sorcellerie ou les pratiques sexuelles jugées déviantes.

Dernier exemple en date, en Iran, après 35 ans de pouvoir islamiste, beaucoup bravent clandestinement les interdits.
À en croire témoins et reportages, malgré une répression sanglante, protégés par un épais nuage de corruption, alcool, drogues et sexe débridé sont devenus du dernier chic.

Transgresser un interdit imposé est terriblement attractif, surtout pour la jeunesse.
Paradoxalement, malgré une apparence irréprochable, les mollahs de Téhéran ont obtenu, en une grosse génération, les mœurs inverses de ce qu'ils souhaitaient.
Depuis toujours, les prohibitions en tous genres n'ont eu pour seul effet que de permettre aux mafias de prospérer en fournissant en sous-main les biens ou services défendus à prix d’or.
On n'a jamais autant bu aux USA que durant les années 1920 où l'alcool était pourtant strictement interdit, mais abondamment fourni illégalement par Al Capone et consorts.

Souhaitez-vous vraiment favoriser les croyances de façade ? Les mœurs que vous reprouvez ? La corruption et la criminalité ?
En matière de morale et de religion, exemplarité et dialogue ne sont-ils pas plus efficaces que les règlements et la contrainte ?

Le sort de la Tunisie dépend de votre bulletin de vote

Chers amies et amis de plus de 30 ans, l'avenir de notre Tunisie - la votre surtout, mais aussi un tout petit peu la mienne - est, le 26 octobre prochain, au sens strict, entre vos mains.
Vous souhaitez, autant que moi, le meilleur pour votre patrie, je n'ai aucun doute à ce sujet.

Ce pays possède beaucoup d'atouts que quelques coups de pouce pourraient aisément mettre en avant.
Aussi, humblement, je vous demande, avant d'arrêter votre choix, de vous questionner au sujet des deux thèmes abordés dans ce billet.

Êtes-vous certains, en votre âme et conscience, d'agir, à moyen terme, en faveur de vos convictions et aussi des intérêts de la Tunisie et de tous les tunisiens ?

Tahia Tounes

Tunisiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique “Tout savoir (ou presque) sur l'économie chancelante de la Tunisie”.
- Le site d'actualité Rue 89 consacre de nombreux articles originaux au sujet de l'Iran réel.

mercredi 13 août 2014

Un subtil et enivrant parfum d'apartheid

Même en conjuguant les myopies ophtalmiques et politiques de Moncef Marzouki et de François Hollande, difficile de confondre la Tunisie avec la Scandinavie.

Fort heureusement, le délétère égalitarisme nordique s'acclimate difficilement dans l'antique Carthage.
Les différences naturelles entre hommes et femmes, malgré de regrettables limitations législatives introduites après l'indépendance, y restent ancrées dans la réalité quotidienne.
Beaucoup d'activités sont logiquement sexuées. Ainsi, les cafés sont nettement masculins, alors que les tâches ménagères sont, comme il se doit, réservées au sexe faible.

En dépit de cette situation enviable, les tenants d'un islam intégral estiment, justement, le mélange des genres trop prononcé pour leur goût puriste.
Soucieux de réformer proactivement la société, ils entreprennent, par l'exemple, d'en remodeler les us et coutumes.

Le cadre familial est le lieu privilégié de cette transformation volontariste.
Il est ainsi désormais de bon ton de séparer clairement les sexes lors des fêtes de mariage.

Personnellement, j'apprécie à sa juste valeur cette innovation qui tend à remettre l'ordre naturel au centre de nos préoccupations.
Je la trouve même, à vrai dire, trop timorée.
Cette saine et morale ségrégation sexuelle devrait se poursuivre au delà des festivités, jusque durant la nuit de noces et surtout durant les suivantes.

De cette manière, en un peu moins de deux générations, l'agitation  politique tunisienne deviendrait singulièrement simplifiée et la résorption du chômage des jeunes serait facilitée par manque de troupes fraîches.

Bonne fête à toutes les femmes de Tunisie et d'ailleurs !
No pasaran !

Mélangiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "les mariages en Tunisie concurrents du Tour de France"
- En Tunisie, la Fête de la Femme a lieu le 13 août et non le 8 mars. Elle commémore l'instauration du code du statut personnel par Habib Bourguiba en 1956.

samedi 21 juin 2014

Mode d’emploi à l’usage des partisans de Mélenchon afin de passer pour des bêtes de sexe dans les sondages

Parmi les derniers sondages en date, une étude plaisamment baptisée “les français, la politique et le sexe” révèle, entre autres croustillances, que les supporters de Marine L. P. (je suis toujours affecté par ma crampe aux doigts) et de Jean-Luc Mélenchon copulent un tiers plus fréquemment que les partisans de François Bayrou ou de Cécile Duflot.

À partir de ces chiffres et de quelques autres, l'hebdomadaire ayant commandité l'enquête a réussi l'exploit littéraire de pondre cinq pages complètes d'analyses socio-sexo-politiques.

Plutôt que de commenter ces commentaires, Humeurs Mondialisées a infiltré un de ses nombreux journalistes pour qu'il assiste incognito à la fabrication du sondage.
Voici son reportage vérité.

— Allô

Bonjour monsieur.
Je travaille pour l'Institut BMC-SOFLOP qui réalise actuellement une enquête auprès des français.
Auriez-vous, s'il vous plaît, quelques minutes à m'accorder pour ce sondage d'opinion ?

[voix peu compréhensible en arrière-plan]

— Euh … Oui

Merci beaucoup. L'enquête comporte en tout six questions.
Première question, de quel parti politique estimez-vous être le plus proche ?
1) Front National 
2) UMP 
3) UDI - Modem 
4) PS
5) Europe Écologie Les Verts
6) Front de Gauche - Parti Communiste
7) Nouveau Parti Anticapitaliste
8) Vous ne savez pas

[en arrière-plan] Chéri, tu sais combien il nous reste d'œufs dans le frigo ?

— Euh … 6 …

Merci beaucoup.
Seconde question, au total, au cours de votre vie, avec combien de personnes différentes avez-vous eu des rapports sexuels ?
1) Aucune
2) Une
3) Deux à trois
4) Quatre à cinq
5) Six à neuf
6) Dix et plus
7) Vous ne savez pas

[en arrière-plan] Et combien il nous reste de bouteilles de jus d'orange ?

— Euh … 6 aussi …

Merci beaucoup.
Troisième question, pouvez-vous indiquer combien, approximativement, vous avez eu de rapports sexuels au cours des quatre dernières semaines ?
1) Aucun
2) Moins de un par semaine
3) De un à moins de deux par semaine
4) De deux à trois par semaine
5) De quatre à cinq par semaine
6) Plus de cinq par semaine
7) Vous ne savez pas

[en arrière-plan] Et des boîtes de céréales pour les enfants ?

— Euh … encore 6 aussi …

Merci beaucoup.
Quatrième question, il y en a six en tout. Actuellement, vous définissez-vous comme ... ?
1) Hétérosexuel
2) Bisexuel
3) Homosexuel
4) Aucun des 3 précédents
5) Vous ne savez pas

[en arrière-plan] Et des paquets de biscuits pour le goûter ?

— Euh … 2 je crois …

Merci beaucoup.
Cinquième et avant-dernière question. Êtes-vous satisfait de votre vie sexuelle actuelle ?
1) Très satisfait
2) Assez satisfait
3) Peu satisfait
4) Pas satisfait du tout
5) Vous ne savez pas

[en arrière-plan] Tu pourrais pas venir ? Qu'est-ce que tu fabriques ?

— Hein !?!

Merci beaucoup.
Sixième et dernière question. Avez-vous déjà eu des rapports sexuels avec un ou une prostitué(e) ?
1) Oui
2) Non
3) Vous ne savez pas

[en arrière-plan] Mais enfin ! Tu viens oui ou non ? Tu parles à qui d’ailleurs ?

— Hein !?!

Au nom de l’Institut BMC-SOFLOP je vous remercie pour le temps que vous m’avez accordé et vous souhaite une excellente soirée en famille.

Sondagiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique “Quand sondage rime avec bidonnage”
- Les questions sont plus que très fortement inspirées de celles posées dans le sondage “les français, la politique et le sexe / pratiques sexuelles des français” réalisé par IFOP pour l'hebdomadaire Marianne le 23 mai 2014.
   

samedi 14 décembre 2013

Les fumeurs vont payer la pénalisation des clients de la prostitution

Le récent vote par l'assemblée nationale d'une proposition de loi "renforçant la lutte contre le système prostitutionnel" illustre, à la limite de la caricature, l'essoufflement du système politique français.
Jugez sur pièces.

Déni de réalité
Peu de personnes contestent l'objectif de la nouvelle loi, lutter contre la traite des êtres humains et l'esclavage sexuel.
Toutefois sa mesure phare - la pénalisation des clients des péripatéticiennes et péripatéticiens - risque de ne pas produire l'effet escompté.
La Suède et la Norvège appliquent cette disposition depuis plus d'une dizaine d'années. Les études sérieuses et indépendantes sur son effet réel sont rares et surtout peu probantes.
Les prostituées ont disparu de l'écran radar scandinave mais personne ne peut affirmer dans quel sens leur activité et leur nombre ont évolué.
D'une manière générale, depuis que le monde est monde, les prohibitions de l'alcool, des drogues ou du sexe ont, avant tout, servi à enrichir les réseaux criminels.
Nos députés ont donc adopté un texte à l'efficacité inconnue, en se contentant de demander au gouvernement de pondre un vague rapport après deux ans d'application.

Efficacité absente
Même si la menace pénale comporte un caractère dissuasif, tout nouveau délit entraîne inévitablement de nouveaux contrevenants.
A titre d'exemple, en se basant sur les annonces internet et la présence récurrente de jeunes femmes court vêtues au bord des routes et boulevards, de l'ordre de 150 à 300 prostituées exercent leur art ancestral dans la région de Grenoble.
Quelques multiplications rapides conduisent à évaluer leur activité à plus de 100 000 prestations payantes de services sexuels par an.
En 2012, à titre de comparaison, les cambriolages recensés dans l'ensemble du département de l'Isère ont été légèrement inférieurs à 45 000.
La police et la justice étant pour le moins encombrées, la pénalisation des michetons soit sera exceptionnelle, soit s'obtiendra aux dépens de la poursuite d'autres délinquants.
Nos sympathiques parlementaires ne se sont, en aucune manière, souciés de ces menues contingences matérielles, qu'il est pourtant facile d'estimer avec de simples règles de trois.

Logique peu cartésienne
Nos élus ont décidé de rendre hors la loi l'achat d'un service dont la vente reste légale.
Pourquoi ne pas faire la même chose avec l'héroïne, laisser commercer les dealers et coffrer exclusivement les toxicos ?
De surcroît, la publicité pour les amours tarifées, plaisamment appelée racolage, un temps interdite, va même être à nouveau autorisée.

Procédures législatives surannées
L'élaboration de ce brillant texte a été laborieuse.
Il est d'ailleurs dommage que Marcel Proust n'ait pas confié la rédaction de sa "recherche du temps perdu" au parlement français. Des générations de bacheliers auraient ainsi évité de disserter sur les états d'âme d'un riche oisif neurasthénique. Écrite à un train de sénateur, sa pesante œuvre de 2400 pages se serait limitée à sa première phrase.
Pour accoucher d'un texte de 2035 mots, environ deux fois cette chronique, il aura fallu réunir :
- 1 grosse centaine de députés signataires,
- 1 commission ad hoc de 88 membres,
- 1 rapporteuse se fendant d'un filandreux rapport,
- la rédaction d'un copieux et indigeste exposé des motifs,
- 66 amendements,
- 3 séances plénières,
- 1 vote solennel auquel, toutefois, 171 députés, un petit tiers de l'hémicycle, au nom probablement de l'exemplarité civique, n'ont pas participé.
Bien entendu, tout cela n'est que la première escarmouche.
La balle est désormais dans le camp du sénat qui mettra en branle, à une date non encore planifiée, le même processus qui devrait ensuite déboucher sur une commission paritaire puis sur une seconde lecture.
A ce stade, il n'est pas non plus exclu que conseil constitutionnel ajoute son grain de sel et censure une partie du texte ...

Lois illisibles
Le résultat de ce travail forcené de nos députés manque de clarté.
Ainsi le texte débute par :
"Le 7 du I de l’article 6 de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique est ainsi modifié : au troisième alinéa, après la dernière occurrence du mot : « aux », sont insérées les références : « 225-4-1, 225-5, 225-6 »."
Cependant, si cette loi démarre difficilement, elle se termine nettement mieux.
L'avant-dernier article, soucieux de lutter contre les discriminations dont sont victimes les belles de nuit tahitiennes ou kanaks, nous rassure en stipulant que :
"la présente loi est applicable à Wallis-et-Futuna, en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie".
Fumeuse augmentation des impôts
Si la pipe vénale va bientôt être hors la loi, la consommation de tabac reste, par contre, fortement encouragée.
La nouvelle loi, de la bouche du pauvre tapin retirant le morceau de pain, a prévu de soutenir les filles de joie en mal de revenus et de clientèle.
Pour ce faire, le prix des cigarettes va être accru comme le précise explicitement l'article 21 :
"les charges pour l’État, [...] les charges pour les collectivités territoriales [...] et les charges pour Pôle Emploi sont compensées à due concurrence par la création d’une taxe additionnelle aux droits mentionnés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts".
Amis fumeurs, vous l'ignoriez surement, mais la taxation de votre goudron et de vos volutes bleutées se nomme dans le langage fleuri des gabelous 575 & 575A !
Frapper dans la même réglementation le sexe et les cigarettes frise le chef d'œuvre.
J'espère ardemment que les sénateurs, afin de parachever ce bel édifice législatif, réussiront à y adjoindre une petite redevance sur le vin ainsi que sur les grosses berlines allemandes à 4 roues motrices.

Tapiniquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "racolage champêtre près de Grenoble"
- Je conseille à Jean le détonateur, que je remercie pour ses échanges vivifiants, de s'asseoir et de mettre un casque avant la lecture de cette chronique. Merci aussi à Laurent qui m'avait suggéré ce thème plusieurs semaines en arrière.
- Le lecteur attentif aura reconnu un extrait de la chanson de Georges Brassens "concurrence déloyale".
- Les chiffres de la délinquance en France sont publiés par le ministère de l'intérieur dans un rapport annuel.
- Rue89 a récapitulé et décortiqué les études sur la pénalisation des michetons suédois dans un article fouillé du 25 juillet 2013.