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samedi 8 octobre 2016

Elon Musk nouveau Christophe Colomb ?

L'entrepreneur américain Elon Musk a affirmé que sa société SpaceX opérera des vols habités vers Mars dès 2024, avec des billets presque abordables.
Aussitôt, réseaux sociaux et gazettes ont vu dans cette grande gueule le Christophe Colomb du 21ème siècle.
Fidèle aux traditions de ce blog, j'ai comparé ces deux novateurs.

L'Amérique une découverte low cost

En 1492, le financement de la première expédition de Christophe Colomb - la location et l'affrètement des trois caravelles Nina, Pinta et Santa Maria ainsi que la solde des 90 marins - s'est élevé à 1.7 millions de maravédis, la monnaie espagnole d'alors.
Le découvreur de l’Amérique a apporté environ le quart de cette somme et la monarchie hispanique a fourni le complément.

À cette époque, le produit intérieur brut de l'Espagne avoisinait les 18 milliards de maravédis annuels.
La découverte de l'Amérique n'a donc mobilisé qu'un petit dix millième de la production de la péninsule ibérique.

Christophe Colomb

La fusée martienne plus chère que la caravelle

Elon Musk prétend n'avoir besoin que de 10 milliards de dollars pour développer ses engins spatiaux.

Le produit intérieur brut des USA approche 18 000 milliards de dollars par an.
Le cosmonaute 2.0 souhaite mobiliser deux gros millièmes de l'économie américaine pour rejoindre Mars.
Soit 6 fois plus que Christophe Colomb en son temps !

Elon Musk

Comparaison n'est pas toujours raison

L'Espagne du 15ème siècle, à l'instar du reste de l'Europe, était presque exclusivement agricole. L'immense majorité de la population était tout juste au niveau de subsistance.
Aussi, l'essentiel de l'économie n'était pas monétisé et la finance balbutiait.
Si l'entreprise de Colomb représentait une part microscopique de la production espagnole, elle a toutefois nécessité plusieurs pourcents des capitaux effectivement disponibles.
Ainsi, la reine Isabelle de Castille a du vendre plusieurs de ses bijoux pour sponsoriser les caravelles.
En le disant avec les mots anachroniques d'aujourd'hui, Christophe Colomb a plus sollicité les marchés financiers que SpaceX ne devrait le faire.

De son côté, Elon Musk, en bon bateleur, sous-estime sciemment le coût de son programme martien.
10 milliards de dollars représentent la moitié du développement de l'Airbus A380.
Il manque un zéro, voire plus, à cette évaluation optimiste.
Le magnat californien devrait, sans trop de soucis, conserver son avance sur le marin génois.

Le monument de Colomb à Barcelone.
Dans quelques années, y aura-t-il une oeuvre similaire à l'effigie d'Elon Musk à Los Angeles ?

Comparativement votre

Références et compléments
Voir aussi la chronique « la batterie Tesla Powerwall va-t-elle bouleverser l’électricité ? » sur une des autres entreprises futuristes d’Elon Musk.

Le coût de l'expédition de Christophe Colomb provient de l'article scientifique paru en 2007 "Columbus's First Voyage: Profit Or Loss - From A Historical Accountant's Perspective" de David Satava de l'Université de Houston-Victoria.

La valeur du PIB espagnol à l'orée de la Renaissance est issue de la base de données Clio Infra et de l'article Wikipedia "liste historique des régions et pays par PIB (PPA)".

Articles Wikipedia sur Christophe Colomb et Elon Musk.

Le portrait de Christophe Colomb a été peint par Ridolfo Ghirlandaio. La photo d'Elon Musk a été prise par Heisenberg Media. Ces deux images proviennent de Wikimedia Commons.
Le monument barcelonais de Colomb a été photographié par l'auteur en juin 2016.

mercredi 31 octobre 2012

Les patrons de presse sont les nouveaux fabricants de lampes à pétrole

Autant vous le dire de but en blanc, ami lecteur vous devriez avoir honte !
Rassurez-vous, il ne s'agit pas de mon opinion personnelle plutôt réjouie voire flattée que vous accordiez quelques instants à mes élucubrations.
Par contre, les dirigeants de la presse écrite payante française, défenseurs autoproclamés de la démocratie, s'autorisent à penser que vous n'avez rien à faire sur ce blog, qui plus est hébergé gratuitement sur une plateforme américaine.
Si, au lieu d'être un complice objectif de l'hydre malfaisant Google, vous étiez un bon français, ou même un bon étranger, vous furèteriez sur ces garants du pluralisme que sont les sites du Monde, du Figaro ou de Libération ou, encore mieux, vous achèteriez un exemplaire papier de ces canards.

La presse française, y compris celle défendant des idées libérales, a vécu après la seconde guerre mondiale dans un modèle économique soviétique, peu propice à la lutte concurrentielle et aux innovations.
Ce système, très confortable durant un demi-siècle, explose sous nos yeux. Audiovisuel, internet et surtout conformisme des dirigeants se liguent pour que, probablement, aucun titre actuel ne voie la prochaine décennie.
Examinons cela en détail.

Quasi-monopoles d'embauche des imprimeurs et des journalistes par le biais de syndicats surpuissants et exclusivité de distribution via une coopérative ont assuré des salaires respectables au personnel mais aussi des coûts élevés et identiques pour tous les journaux.

Le lectorat a longtemps été stable. Publicité et petites annonces garantissaient des compléments de chiffre d'affaire fort appréciables et réguliers. Quand le business vient tout seul, inutile de se battre.
Aujourd'hui encore, un directeur de journal, à l'instar d'un agent de la SNCF évoquant les usagers, parle de lecteurs ou d'annonceurs, jamais de clients.

L'équation économique pour l'utilisateur des nouveaux médias est à l'inverse de celles des journaux.
Pour lire un quotidien, nul besoin d'une mise initiale mais chaque exemplaire nécessite un débours.
Par contre, surfer sur le web, nécessite un investissement, ordinateur ou smartphone ainsi que l'abonnement à un opérateur, mais l'usage est gratuit.
Ici, comme ailleurs, la loi d'airain du marketing s'applique : sans changement profond dans l'offre, le prix d'un produit concurrentiel ne remonte jamais.

Internet a aussi accru fortement l'offre d'informations.
Il y a peu, seule une petite centaine de personnes pouvaient commenter publiquement l'actualité politique, économique ou culturelle. Désormais, nous sommes des dizaines de milliers à le faire, sous des formats très différents. Difficile, dans ces conditions, d'expliquer que le pluralisme est menacé.
L'argument de qualité ne tient guère non plus. Comme disait le regretté Aristote, lors d'un repas, le convive est meilleur juge que le cuisinier. Si vous lisez ces lignes c'est que, je l'espère, vous y trouvez un peu d'intérêt ou de plaisir. Malheureusement pour la presse, pendant que vous parcourez mes humeurs mondialisées, vous ne lisez pas le Monde, le Figaro ou Libération. Honte à vous, fossoyeurs de la diversité d'opinion !

Internet favorise le zapping.
Autrefois, chacun choisissait le journal qu'il estimait proche de ses positions personnelles et le parcourait du début à la fin.
Désormais, nous picorons et de nombreux prescripteurs guident nos choix : des machines comme celles de Google ou des "amis" avec leurs recommandations par mail ou réseaux sociaux.
Sur le web, la concurrence est permanente et à seulement un clic de distance.

Enfin, point très structurant pour l'avenir, internet a révolutionné la publicité.
Jusqu'alors, les médias traditionnels vendaient de l'espace : affiches sur les murs, placards dans les journaux, spots audiovisuels. L'audience de ces supports était assez aisée à évaluer mais l'impact véritable des publicités n'était pas mesurable. Faute d'alternative, les annonceurs s'en contentaient.
Internet a changé la donne en vendant de l'attention, de l'intérêt. Afficher une publicité sur le web est modique voire gratuit, seul le clic est rémunéré correctement.
Pour tirer profit du marché énorme et croissant de la publicité sur internet, les contenus doivent être repensés en fonction de cette vente d'attention et non plus d'espace. Il faut réussir le tour de force de mêler plus intimement information et publicité sans pour autant gruger le lecteur qui est toujours à un clic de la sortie. C'est ce que fait très bien Google sur son moteur de recherche et que ratent complètement les grands médias français.
Un seul exemple de la pensée étroite de la presse française, digne de celle d'un fabricant de lampes à pétrole face à Edison, sur les sites du Monde et de Libération, il est impossible d'acheter sur le champ un livre ou un film dont on vient de lire la critique.

N'ayant pas les mêmes tabous, je conclurais donc cette chronique en vous encourageant à aider la Croix Rouge, à aller vous reposer en Bourgogne à la Ferme de Lili ou encore à déguster avec modération et délectation les vins de Bordeaux de Régis Chaigne !

Googliquement votre

Références et compléments
- Pour acheter mon livre "Développer un produit innovant avec les méthodes agiles", il suffit de cliquer ici.
- Peu soucieux de prolonger inutilement l'agonie des grands journaux français en m'acquittant d'un éventuel droit d'auteur "voisin", il n'y aura plus sur ce blog de liens vers le Monde, Libération et le Figaro. Une simple mention fera désormais l'affaire.

dimanche 5 février 2012

Le ministre de la Justice serait-il un admirateur de Brassens ?

J'ai l'honneur de
Ne pas te demander ta main,
Ne gravons pas
Nos noms au bas
D'un parchemin.
Extrait de la non demande en mariage - Georges Brassens


Plus de trente ans après la mort de Georges Brassens, de nombreux aficionados - j'en suis - maintiennent vivace le souvenir du chanteur moustachu.

Toutefois le barde sétois ayant été allergique toute sa vie aux autorités en tous genres, notamment police et justice, il est étonnant de trouver sur le site officiel du Garde des Sceaux un écho à sa célèbre "non demande en mariage".
Jugez sur pièces.

Le titre en lettres capitales de la page consacrée au mariage civil est "espace en construction".

Cet aveu d'inachèvement est pour le moins étonnant. Le mariage civil a été créé en France par la Convention en septembre 1792, les textes législatifs actuels datent du 27 mars 1803 et leur dernier époussetage de 2006. En plus deux siècles, le webmaster de la Justice devrait avoir eu le temps de mettre à jour son site.

Toutefois, à bien chercher sur internet, l'explication est probablement à chercher dans la vie privée du ministre. En parcourant diverses biographies en ligne de Michel Mercier, politicien illustrement inconnu et actuel justicier en chef, on apprend qu'il est père de cinq enfants mais on ne trouve aucune trace d'une quelconque épouse, présente ou passée.
Ce centriste fugace aurait donc mis en pratique la conduite matrimoniale de Brassens et profiterait de son passage discret ministère de la Justice pour faire l'apologie subliminale de l'union libre. J'espère juste qu'il ne va pas, en plus, nous pousser la chansonnette lorsque, très prochainement, il transmettra les Sceaux à son successeur.

Matrimonialement votre
Page web du Ministère de la Justice et des Libertés consacrée au mariage civil : "espace en construction" (cliché du 5 février 2012)
Références
- Article de Wikipedia sur le mariage en France