Affichage des articles dont le libellé est populisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est populisme. Afficher tous les articles

lundi 6 juillet 2015

Grèce & Europe : rouvrir nos livres d'histoire ! Vite !

Les derniers rebondissements autour de la Grèce, de sa dette et de son maintien dans l'Euro, voire dans l'Union Européenne, ont une détestable odeur de dix-neuvième siècle et d'années 1930.

Tous autant que nous sommes, au sud comme au nord, politiques comme citoyens, nous aurions meilleure part à nous remémorer l'histoire afin d'éviter d'énormes bévues collectives.

Voici trois points que nous devrions tous avoir en tête.
  • La baisse massive de niveau de vie a des effets dévastateurs qui effacent rapidement tous les souvenirs de croissance.
    Presque à chaque fois qu'un pays a connu une décroissance persistante, les conséquences politiques ont été délétères.
    L'Italie de Mussolini et l'Allemagne de Hitler sont d'abord le fruit d'économies en panne.
    Souhaitons-nous un état failli voire fasciste au sud des Balkans ?
    Ne sommes-nous pas en train de rejouer, une fois de plus, une fois de trop, le funeste scénario du Congrès de Versailles de 1919 affirmant qu'un pays dit coupable doit payer, à tous les sens du terme ?
  • Un appareil étatique efficace et une saine administration ne se décrètent, ni ne se pilotent, durablement, de l'extérieur.
    Hormis de très courtes périodes de transition à l'issue d'un conflit armé, je ne connais pas de précédent historique ayant porté ses fruits.
    Les récentes, et non résolues, sottises américaines en Irak et en Afghanistan en sont les derniers exemples en date.
    La construction d'un état réellement moderne et performant ne peut être qu'une oeuvre de très longue haleine, s'étalant sur, au moins, une génération, et recueillant l'assentiment tacite, à défaut d'être explicite, d'une majorité.
    Pour preuve, la difficulté actuelle de la France à se réformer.
  • Un référendum avec une question ambiguë portant sur un texte incompréhensible et inapplicable n'est pas un exercice démocratique mais, à proprement parler, populiste.
    Cela s'appelle un plébiscite et a pour seul but de recharger les batteries anémiées du pouvoir en place.
    En France, les Napoléon premiers et troisièmes du nom - splendides démocrates devant l'Éternel - en ont beaucoup usé.
    Le goût immodéré de Charles de Gaulle pour ce mode électoral ternit le bilan de ce grand bonhomme.
La résolution des problèmes grecs et européens suppose de trouver des compromis raisonnés et raisonnables évitant ces trois écueils que pourtant toutes les parties prenantes - Grèce, France et Allemagne en tête - ont allègrement percuté au cours de leur histoire moderne.

Mnémoniquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Malgré l'asphyxie de la Grèce la Commission Européenne est au meilleur de sa forme"
- Mes remerciements à Maxime et Alain dont les réflexions ont partiellement inspiré cette chronique grecque et européenne.
- Chronique remaniée le dimanche 12 juillet 2015 vers 13:45.

lundi 23 février 2015

Lettre à mes compatriotes tentés de voter Front National

Chers amies et amis

Je me permet - et j'espère que vous l'accepterez - de vous appeler amis car nous vivons dans le même pays et nous nous fréquentons au quotidien dans nos lieux de vie, dans les transports, au travail, dans les commerces ou encore lors de nos loisirs.

Vous avez une envie très forte - et peut-être l'avez-vous déjà fait - de voter Front National au cours des prochaines élections.
Par beaucoup de côtés, je vous comprends.

Le chômage massif et la croissance atone avec leur cortège de difficultés sont une détestable réalité qui dure depuis le premier choc pétrolier de 1973.
Désormais, presque deux générations sont nées avec aux oreilles ce mot lancinant de “crise”.
Notre situation économique, sociale et même sociétale s'est encore plus aggravée depuis 2008. Voici bientôt 7 ans, qu'aucune accalmie n'est en vue.

Pour comble de malheur, nos partis politiques traditionnels - et d'une manière plus générale ce qu'il est convenu d'appeler nos “élites” - semblent incapables de prendre la mesure de l'état réel de notre pays et du monde.
Leurs imaginations sont en berne, leurs propositions convenues et leurs gestions successives prévisibles et inefficaces. L'incantation et la tambouille électoraliste ont remplacé la réflexion et la stratégie.

Face à ce manque de boussole, Marine Le Pen et son parti ont le mérite de chercher à simplifier un univers devenu trop complexe et d'apparaître neufs vis-à-vis d'un échiquier politique usé jusqu'à la corde.
Toutefois, à trop simplifier, le risque est de confondre la proie et l'ombre, les causes et les effets.

Aussi, si votre inclination personnelle est de voter aux prochaines échéances électorales pour le Front National, avant que votre choix devienne définitif, je vous invite à l'examiner sous quatre angles peu évoqués dans le débat médiatique.

Souhaitons-nous mettre en danger 1 emploi français sur 3 ?

Pour doper notre économie, Marine Le Pen envisage de rétablir droits de douane et obstacles réglementaires aux frontières de la France.
Le Front National évoque aussi une sortie de l'Euro et un retour au Franc, de manière à améliorer notre compétitivité par une dévaluation monétaire.

En apparence, ces mesures paraissent séduisantes puisqu'elles protégeraient, au moins partiellement, les usines hexagonales concurrencées par des entreprises étrangères au faible coût de main d'oeuvre.
Malheureusement, il faut s'attendre à des mesures de rétorsion, au moins équivalentes, de la part des pays empêchés d'exporter en France.

Or, actuellement, entre un gros quart et un petit tiers de tout ce qui est produit en France est vendu hors de nos frontières.
Autrement dit, sensiblement 1 emploi sur 3, à commencer par celui de votre serviteur, est directement dépendant des exportations.

Barrières douanières et dévaluation comportent même un second effet kiss cool.
Une grande part de ce que nous exportons, notamment nos productions industrielles le plus élaborées, intègre des composants fabriqués à l'étranger. Droits de douane et sortie de l'euro accroîtraient le coût, non seulement de nos importations, mais aussi de ce que nous exportons.

Souhaitons-nous vraiment plomber, encore plus qu'aujourd'hui, ce qui reste de nos fleurons industriels nationaux, Peugeot, Renault, Airbus et consorts ?

Souhaitons-nous l'augmentation du prix du carburant, des vêtements et des téléphones ?

Le fonctionnement de notre économie est très dépendant de l'étranger.
La France ne possède pas d'hydrocarbures dans son sous-sol et, donc, importe tout son pétrole et son gaz.
De même, les usines textiles ou électroniques ont presque complètement déserté notre pays.

Créer ou recréer de telles industries, même en supposant que nous ayons simultanément le financement et la volonté de le faire, nécessiterait de très longues années.

Dans l'intervalle, douane et dévaluation obligent, les prix de nos vêtements et de notre matériel informatique ou télévisuel ainsi que celui du carburant partiraient au plafond, une augmentation probablement de l'ordre du quart, voire du tiers, de leurs valeurs actuelles.
Il en irait de même pour toutes les autres importations non substituables à court terme.

Souhaitons-nous vraiment encore plus diminuer notre niveau de vie ?

Souhaitons-nous la diminution du nombre de touristes ?

Le Front National, en plus des barrières économiques, projette de rompre les flux migratoires par une politique stricte de visas et de contrôles aux frontières.

Outre la mise en place, à l'étranger, de mesure identiques vis-à-vis de nos compatriotes, il faut s'attendre à ce que ces restrictions ternissent sérieusement l'image de la France, notamment dans les pays libéraux, à monnaie forte et à hauts revenus d'où viennent, chaque année, l'essentiel des 85 millions de touristes - 250 000 étrangers chaque jour - qui visitent notre bel Hexagone.

Souhaitons-nous vraiment vider nos plages, nos aéroports, nos hôtels et nos musées ?

Souhaitons-nous faciliter la tâche des djihadistes ?

Les mesures économiques et migratoires prônées par Marine Le Pen, si elles étaient mises en oeuvre, couperaient assez nettement la France de ses voisins européens et de ses partenaires dits occidentaux ainsi que des pays africains et arabes.

Très difficile, dans ces conditions, de faire partie d'une alliance militaire destinée à lutter contre les guérillas terroristes, comme récemment au Mali ou actuellement en Irak et Syrie.

Impossible aussi d'y aller seul car nos moyens diplomatiques, militaires et budgétaires ne le permettent déjà pas.
Pourtant l'armée française, au niveau mondial, fait partie du cercle très fermé de la dizaine de forces capables d'être décisives sur le terrain.

Souhaitons-nous vraiment faire un cadeau inespéré aux djihadistes en leur enlevant un de leurs meilleurs ennemis ?

Le sort de la France dépend de notre bulletin de vote

Chers amies et amis, l'avenir de notre pays - le mot n'est pas trop fort - se décidera au cours des prochains scrutins nationaux.

Vous espérez, autant que moi, le meilleur pour notre patrie, je n'ai aucun doute à ce sujet.
Notre pays possède beaucoup d'atouts que quelques coups de pouce pourraient aisément mettre au premier plan, à condition d'accepter la complexité et l'interdépendance du monde actuel.

Aussi, humblement, je vous demande, avant d'arrêter votre choix, de réfléchir aux quatre questions évoquées dans ce billet.
Êtes-vous certains, au fond de vous-même - au delà de l'énervement, voire du dégoût, que nous sommes nombreux à ressentir - d'agir, à moyen terme, en faveur de vos convictions et aussi des intérêts de la France et des français ?

Ou, autre manière de formuler les mêmes interrogations, êtes-vous certains que le Charles de Gaulle de juin 1940 - symbole du refus de la débâcle et du renoncement national - soutiendrait aujourd'hui le programme de Marine Le Pen ?

Franchement votre

Références et compléments
- Voir aussi :
Une chronique détaillant le programme économique du Front National et ses effets de bord
La chronique "Made in France : où sont vraiment les emplois ?"
Un billet symétrique à propos du vote Ennadha en Tunisie

- Pour se remémorer les ordres de grandeur de l'économie des finances publiques françaises, les 4 chroniques :
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les dépenses publiques françaises
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les impôts et les taxes en France
Tout ce que vous toujours voulu savoir sur le déficit public de la France
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les pistes de sortie de crise

dimanche 15 juin 2014

Notre système politique date des diligences

La démocratie parlementaire représentative qui, au fil de l’histoire, s'est imposée en Europe, en Amérique du Nord et dans bon nombre d’autres pays est désormais à bout de souffle. La montée généralisée des populismes en est le symptôme le plus flagrant.

Ce système, après de longues prémisses en Islande et surtout en Angleterre, s'est généralisé au XVIIIème siècle à partir de la Suède, des tous neufs États-Unis et de la France.
Sa forme actuelle a émergé grosso modo entre 1720 et 1800. Le XIXème siècle a raffiné et stabilisé les modes de fonctionnement qui n’ont plus guère évolué par la suite.

Beaucoup d'états, à l’instar de la France, ont connu plusieurs constitutions successives.
Toutefois, ces différentes moutures ont toujours conservé l'architecture générale du parlementarisme, se contentant de modifier à la marge les modes de scrutin et la répartition exacte des pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires.

Vers 1780, lors de la naissance des régimes parlementaires, l’Europe était encore très proche du Moyen-Âge.

L'économie, essentiellement agricole, reposait sur les grands propriétaires fonciers et les corporations.
Le capitalisme moderne restait encore balbutiant et la Révolution Industrielle n'avait véritablement commencé qu’en Grande-Bretagne.

Les médias se limitaient aux gazettes et aux livres, à la diffusion lente et coûteuse.
En France, ils ne pouvaient toucher que 4 hommes et 2 femmes sur 10. Le reste de la population ne savait ni lire, ni écrire.
Moins d'un homme sur 100 accédait à ce que nous nommons aujourd'hui l'éducation supérieure.

Le cheval et la diligence étaient les seuls moyens de transport sur longue distance. Lyon et Marseille se situaient alors respectivement à 5 et 9 jours de Paris. Les communications étaient limitées à la malle-poste qui utilisait les même moyens d’acheminement.

La France comptait alors entre 20 et 25 millions d’habitants, dont plus de 4 sur 5 vivaient à la campagne. Désormais, 5 français sur 6 habitent en zone urbaine.
L'espérance de vie à la naissance oscillait entre 30 et 40 ans, contre presque 85 maintenant.

Dans les familles, épouse et enfants se soumettaient à l’autorité du chef de famille qui décidait de la vie de tous ceux qui logeaient sous son toit.
Domesticité ainsi que fermages et métayages aux conditions très dures mettaient plus des deux tiers des français en situation de sujétion et de dépendance.
Si la Révolution Française a beaucoup fait évoluer le droit dans ces domaines, elle n'a que peu changé la réalité quotidienne. Ce n'est qu’au XXème siècle que le salariat et le travail industriel sont devenus majoritaires.

Dans les années 1800, la réunion d’assemblées parlementaires en sessions régulières et leurs mécanismes d'élection, d'élaboration des textes législatifs, de décision et de censure représentaient une vraie modernité bien adaptée à la société et au rythme d'alors.
Ils mirent fin, avec beaucoup de cahots et de chaos, à l'absolutisme féodal et permirent aux libertés et aux protections sociales de se développer.

Aujourd'hui, nous évoluons dans un univers très différent, en mutation constante, marqué par l’explosion urbaine, l'universalité du capitalisme, l'abolition des distances, l'accélération du temps, l'abondance de l’information et la montée de l’individu.
L'ADN du parlementarisme traditionnel ne recèle que peu de maillons aptes à relever ces défis.

Une mise à jour en profondeur du code génétique de nos institutions s'avère indispensable.
Je souhaite de tout cœur que la génération des “digital natives” ne se limite pas à mettre notre société cul par dessus tête mais en profite aussi pour inventer, dare-dare, de nouvelles organisations politiques adaptées à notre temps. Nous en avons un urgent besoin.

Démofuturiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
. Une voiture est-elle moins chère qu'un cheval sous Louis XV ?
La nourriture est-elle moins chère que sous Louis XV ?
Généalogie de la croissance. Quand l'histoire familiale raconte l'économie et la démographie
Quelles sont les professions menacées par la troisième révolution industrielle ?
Quelles sont les racines de l'extrême-droite populiste ? Comment la faire reculer ?

vendredi 30 mai 2014

Quelles sont les racines de l'extrême-droite populiste ? Comment la faire reculer ?

La montée de l’extrême-droite populiste en France coïncide avec les mutations de la troisième révolution industrielle

La société industrielle, qui connut son apogée durant les "trente glorieuses", réussissait le tour de force d'accroître nettement le niveau et le confort de vie tout en préservant l'essentiel de l'homogénéité, de la prévisibilité et des liens sociaux forts caractéristiques des sociétés rurales.

Notamment, les grandes usines, malgré leurs travers, créaient un fort sentiment d'appartenance, à l'entreprise bien sur, mais aussi à une communauté plus large via les œuvres sociales ainsi que les adhésions syndicales, politiques et, parfois même, religieuses.
Ces collectivités humaines stratifiées et hiérarchisées, où le travail était souvent très dur, produisaient aussi un avenir facile à dessiner via la promotion interne et, surtout, l'embauche des enfants des employés.
Dans ce contexte, les trajectoires individuelles étaient souvent prévisibles et peu diverses.

Quelque part entre mai 1968 et les années 1980, cette belle machine s'est grippée. L'univers d'Henri Ford et de Louis Renault a craqué sous les coups de boutoir de celui de Bill Gates et Steve Jobs.


Le monde post-moderne a cassé les codes des usines tayloriennes

Certes, nos besoins et envies matériels sont toujours de mieux en mieux servis et demandent moins de labeur.
Toutefois, depuis la fin des trente glorieuses, notre vie quotidienne change, en apparence, moins vite et avec plus de dents de scie.

Informatique et télécommunications qui bouleversent notre vécu personnel et professionnel, sont immatérielles, donc peu perceptibles.
La très forte automatisation qu'elles induisent, couplée à l'abaissement des coûts de transport, ont condamné au chômage des cohortes entières d'ouvriers ainsi que leur encadrement. Qui parle d'ailleurs encore d'agents de maîtrise ?

La valse des technologies assure une amélioration moyenne du bien-être physique au prix de beaucoup d'essais et d'erreurs, ainsi que de la disparition, parfois très rapide, d'activités ancestrales.
Nul ne peut plus être certain que son métier existera encore dans cinq ou dix ans.
En très peu d'années, l'horizon professionnel est devenu, a minima, brumeux et, fréquemment, obscur pour la quasi-totalité des personnes en âge de travailler.

Dans le même temps, outre l'imprévisibilité, la diversité est devenue la norme et l'individu domine.
Ce sont, presque exclusivement, des personnes, et non plus des groupes sociaux ou politiques, qui sont les moteurs du maelström ambiant.
Chacun, désormais, décide de ce qu'il veut faire et être, de comment il veut vivre et avec qui.
Sa famille, ses voisins, ses amis, ses collègues, ses relations, ses mentors n'ont pratiquement plus voix au chapitre.
L'augmentation du temps libre et la moindre dépendance aux autres pour sa propre subsistance accroissent les possibilités d'autonomie individuelle.

Causes ou conséquences, je ne sais, ce que les sociologues nomment les corps intermédiaires - partis, églises, syndicats, communautés, associations - ont perdu leur capacité de peser sur le cours des choses et attirent de moins en moins.
Même la petite minorité de catholiques pratiquants, à en croire les enquêtes d'opinion, ne se sent plus liée par les directives doctrinales du pape et des évêques.
Ne parlons pas des syndicats devenus des bureaucraties stériles et inaudibles !


L’extrême-droite populiste surfe sur l'angoisse suscitée par les évolutions en cours

Le train d'enfer des mutations bouscule nos certitudes.
De surcroît, moins courir après son pain quotidien suscite des attentes nouvelles.
Comment faire face, seul, à ces changements rapides et à ces choix de vie ?
Que faire de loisirs désormais prédominants ?
Quel sens donner à tout cela ?
Comment et avec qui surmonter les coups durs ?

L'amélioration moyenne des conditions matérielles de vie et la progression des choix individuels procurent d'indéniables satisfactions mais répondent mal aux besoins de sécurité et d'appartenance, chers au psychologue Abraham Maslow et à sa pyramide.

La famille L. P. et ses séides (je prie le lecteur de me pardonner mais j'ai une crampe récurrente aux doigts qui m'empêche d'écrire certains patronymes) exploite sans vergogne ce créneau porteur.
Balayant doutes et interrogations, elle fournit, prêtes à l'emploi, des réponses simples et, en apparence, opérationnelles qui évitent de se poser trop de questions vis à vis du monde qui change.

À l'instar de ses prédécesseurs des années 1930 qui faisaient du juif cosmopolite la source de tous les maux de notre bel Hexagone, l'extrême-droite actuelle accuse la mondialisation imposée par des élites dévoyées et anglophones et leurs chevaux de Troie immigrés du Sud ou de l'Est.

Dans ces conditions, la résorption de nos problèmes bien réels, à commencer par le chômage massif, ne peut provenir que d'un retour à un mythique ordre ancien où tout allait pour le mieux.

Renvoyons les métèques chez eux, ou, à tout le moins, coupons leurs vivres !
Fermons nos frontières aux nouveaux arrivants !
Réprimons sans mollir la petite délinquance !
Rétablissons les droits de douane !
Supprimons les impôts auxquels nous sommes les plus attentifs comme les taxes sur le carburant !
Réinstaurons la sécurité sociale d'antan ! Réservons la aux vrais nationaux !
Finançons le déficit de l'état par l'inflation en exigeant de la Banque de France quelle imprime de la vraie fausse monnaie !
Et drapons-nous dans notre bel oriflamme tricolore !

Cette analyse et ce programme ont un pouvoir de conviction hors pair car ils rendent le monde aisément lisible et explicable.
Ils ciblent nos deux besoins les plus mis à mal, la sécurité en nous promettant murs et patrouilles, ainsi que l'appartenance, sur le mode "nous et eux".


L'extrême-droite populiste ne peut être contrée que sur le terrain des besoins de sécurité, de prévisibilité et d'appartenance.

La première urgence est de remettre notre machine économique en marche.
Les façons de faire sont connues et globalement efficaces chez nos voisins du Nord et de l'Est : diminution drastique de la taxation de l'emploi, allègement des réglementations freinant l'embauche, réduction du périmètre de l'action publique et augmentation concomitante de son efficacité, notamment de sa vitesse d'exécution, désormais inadaptée aux rythmes de la société.
Ces réformes seront très désagréables et même douloureuses mais dégageront une perspective positive.
À l'inverse, l'inertie politique actuelle accroît continuellement le chômage et la pauvreté de manière tout aussi douloureuse, mais sans aucune sortie de tunnel en vue.

Ensuite, un tour de vis moral est indispensable au sein du monde politique, mais aussi, voire surtout, parmi la soit-disant "élite" syndicale, entrepreneuriale, intellectuelle, sportive, artistique ...
Ceux qui enfreignent délibérément la loi ou se goinfrent doivent quitter définitivement leurs postes ou leurs positions.
Une position élevée dans l'échelle sociale suppose une exemplarité au même niveau.
De surcroît, une réelle modération, soit volontaire, soit fiscale, des rémunérations stratosphériques aiderait à rétablir un sentiment d'équité.

Enfin, nous devons, chacun, nous tourner plus vers l'avenir que vers le passé.
Connaître son histoire est vital, commémorer en permanence est délétère.
Les mutations en cours sont grosses de nombreux risques mais elles fourmillent d'opportunités de tous niveaux. Le meilleur antidote au populisme est de s'en saisir.


Le moralisme est sans effet sur l'extrême-droite

Affubler de noms d'oiseau les sympathisants de l'extrême-droite peut défouler mais est contre-productif.
Ces réactions épidermiques, substituts trop faciles à l'analyse et à l'action, renforcent les convictions des personnes qui se sont mises en mode "nous et eux".
Les nobles sentiments de l'anti-racisme conventionnel visent les symptômes et oublient paradoxalement de traiter les causes.


Seules nos actions individuelles éviteront la catastrophe que serait la famille L. P. dirigeant la France

La levée du danger extrémiste ne viendra ni d'en haut, ni d'une quelconque avant-garde plus ou moins éclairée.
C'est à notre société dans son entier, c'est à dire à chacun d'entre nous, de construire, par elle même et dans la durée, des représentations du monde moins toxiques conjuguant liberté individuelle, responsabilité, confiance, cohésion sociale et sens du collectif

Nos actes et nos convictions individuels doivent concorder.
Honnir Jérôme Cahuzac ou Jean-François Coppé le matin et rechercher un passe-droit routier, immobilier ou scolaire l'après-midi est une contradiction qui nourrit les travers de notre collectivité.
Les petits ruisseaux font les grandes rivières, en négatif comme en positif.

Nos actions et nos interpellations personnelles, si elles sont suffisamment nombreuses et diverses, peuvent faire bouger nos inertiels élus et "élites" pour qu'ils mettent en oeuvre, sans délai, les orientations esquissées ci-dessus.

Actionniquement votre

Références et compléments
- Merci à François et Antoine. Les échanges avec eux sur internet m'ont permis d'esquisser cette chronique.
Leurs réactions m'ont fait entrevoir une parenté très forte entre l'islamisme en Tunisie et l'extrême-droite en France qui m'avais échappé jusqu'alors.
De ce fait, ce billet reprend en partie la chronique "l'islamisme ne vient pas du sous-développement".

- Voir aussi les chroniques :
. Lettre à mes compatriotes tentés de voter Front National
Une planche à billets pour la Marine : l'ingénieux programme économique du Front National
Allons-nous renoncer encore longtemps ? Réaction épidermique aux élections européennes
. Plaidoyer pour un vote europhile
Tout savoir (ou presque) sur les pistes de sortie de crise

lundi 26 mai 2014

Allons-nous renoncer encore longtemps ? Réaction épidermique aux élections européennes

Le résultat en France des récentes élections européennes me désespère.
Plus d’un de mes compatriotes sur deux n’a pas jugé utile de se rendre aux urnes et un votant sur quatre a donné son suffrage à l'extrême-droite xénophobe, protectionniste et anti-Europe, dotée d’un programme économique qu'un lycéen n'oserait même pas recopier.

Politiquement, nous ne sommes plus qu’à une ou deux petites étapes d’une catastrophe d’ampleur.
Ce sinistre état de fait est la conséquence de nos renoncements.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à envisager les opportunités avant les menaces.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à imaginer le futur au lieu de de ressasser le passé.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à ne pas nous bercer d'illusions.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé, face aux mutations de la troisième révolution industrielle et à la crise dans laquelle nous sommes englués depuis 2008, à affronter le vent du large.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à exiger de nos représentants politiques imagination, efficacité et probité.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à n'écouter et ne suivre que des chefs d’entreprise, syndicalistes, médias, intellectuels et artistes de tous poils, eux aussi, efficaces, imaginatifs et honnêtes.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à être, dans notre quotidien, efficaces, imaginatifs, honnêtes ...

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à se souvenir que chacun est co-responsable de la situation de tous.

Nous sommes trop nombreux à avoir renoncé à agir, à notre modeste échelle, pour améliorer, ne serait-ce qu’un peu, le monde.

Il est grand temps que, collectivement, nous réagissions et n'acceptions plus l’idée de déclin.

À défaut, nous pourrions rapidement être conduit à paraphraser le célèbre texte attribué au pasteur luthérien allemand Martin Niemöller, un temps compagnon de route passif des nazis dans les années 1930, avant d’être arrêté par eux puis déporté.
Lorsqu'ils sont venus chercher les communistes,
Je me suis tu, je n'étais pas communiste.
Lorsqu'ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je me suis tu, je n'étais pas syndicaliste.
Lorsqu'ils sont venus chercher les juifs,
Je me suis tu, je n'étais pas juif.
Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait plus personne pour protester.

Réactiquement votre

Références et compléments
Voir aussi les chroniques :

samedi 15 mars 2014

Un désagréable fumet de XIXème siècle

À la fin des années 1700, la Grande Bretagne, les USA, la Corse et la France inventèrent, sous l'influence du mouvement dit des Lumières, la démocratie représentative et libérale moderne.

Cette incontestable avancée a presque aussitôt été accompagnée de son coté obscur, le nationalisme.
À peine l'encre du Congrès de Vienne eut-elle fini de sécher que, partout en Europe, des peuples se sont soulevés pour obtenir une nation bien à eux, le plus souvent au détriment d'autres ethnies et religions que les systèmes féodaux avaient négligemment entrelacées.
Au XXème siècle, la décolonisation, à son tour, a propagé les fièvres nationales à l'ensemble du globe.

Cette face détestable de nos systèmes politiques modernes est responsable, depuis deux siècles, d'innombrables massacres et contre-massacres. Écrasement du printemps des peuples de 1848, guerres balkaniques et les deux conflits mondiaux ne sont, hélas, que les plus saillants.

L'expansion du communisme et la guerre froide entre USA et URSS a, un temps, gelé les passions nationales.
L'écroulement du mur de Berlin en 1989 a sifflé le début de la seconde mi-temps.
Ex-Yougoslavie, ex-Tchécoslovaquie, Flandres, Écosse, Catalogne, Pays Basque, Irlande, Italie du Nord ... Rien qu'en Europe, la liste est longue des territoires où les velléités indépendantistes ou régionalistes ont (re)surgi.
Même dans les démocraties les plus établies, France en tête, des mouvements populistes et xénophobes occupent durablement le paysage politique avec des accents qui rappellent Déroulède, voire Mussolini.

Dernier épisode en date, l'Ukraine où deux légitimités historiques et linguistiques s'affrontent sans recherche de compromis.
Le pouvoir provisoire issu de la révolution de la place Maidan, au mépris de sa profession de foi européenne, s'est empressé, à peine en place, de bloquer l'usage du russe comme langue officielle.
Dans le même temps, le pouvoir et l'armée de Poutine préparent tranquillement l'annexion de la Crimée majoritairement russophone.
Le référendum prévu ce week-end par les autorités fantoches de Simferopol n'est pas sans rappeler celui qui permit à la France de Napoléon III d'annexer impunément en 1860 la Savoie et Nice. Le score d'approbation dépassa 99% et, dans plusieurs localités, les votants excédèrent les inscrits.

Le plus choquant dans la résurgence des nationalismes est que 2014 n'est ni 1848, ni 1922. Le monde actuel est beaucoup plus instruit, petit et interconnecté que naguère.
Partout, les niveaux d'enseignement n'ont jamais été aussi élevés et massifs.
Hommes et marchandises peuvent rejoindre n'importe quel point de la planète en moins de deux jours à des coûts de plus en plus abordables.
Télécommunications et informatique, à tout instant, nous relient les uns aux autres et donnent un accès immédiat à des océans de connaissance.
Comme le dit Michel Serres, le lointain a disparu, nous n'avons plus que des prochains.

Dans un tel contexte, combien de temps allons-nous encore tolérer que l'anachronique tentation de Verdun hante les esprits de nombreux dirigeants ou militants et que des personnes se sacrifient pour défendre quelques arpents du territoire soit-disant sacré d'une amère patrie ?

Il est grand temps que nos démocraties passent à l'age adulte et se débarrassent de leurs sombres oripeaux.
La nationalité est un concept éculé et délétère que la citoyenneté devrait remplacer. L'usage des fanions patriotiques n'a de sens que lors des manifestations folkloriques appelées rencontres sportives.

Fort heureusement, les mutations en cours ont, bon an mal an, de bonnes chances de nous aider à franchir rapidement ce cap nécessaire.
Par exemple, la belle initiative numérique "Israël loves Iran" de Ronny Edry démontre que les colombes peuvent maintenant court-circuiter les faucons (et aussi les vrais).

Mondialo-numérico-métissiquement votre

Références et compléments
- Le site histoirepostale.net relate la montée et les déchirements des nationalismes européens au XIXème siècle. Les pages consacrées à Nice et à la Savoie rappellent l'annexion française de 1860 au cours du Risorgimento italien.
- La conférence "l'innovation et le numérique" donnée par Michel Serres à la Sorbonne en 2013.
- La vidéo publiée par TED de Ronny Edry qui proclame "Israël loves Iran".