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mardi 1 septembre 2015

Fanfares quasi-balkaniques en Tunisie

Durant chaque soirée d'été, les rues de Kelibia, dans le nord-est de la Tunisie, résonnent des cuivres et tambours des fanfares dites "Hassinya".

Je vous propose de retrouver :

mercredi 5 août 2015

La Tunisie vivante ! - Récit d'un week-end au Kef

La peur n'empêche pas de mourir, elle empêche de vivre.
Naguib Mahfouz (écrivain égyptien, prix Nobel de littérature)

Le week-end du 1er août 2015, nous nous sommes rendus, en famille, au Kef, au nord-ouest de la Tunisie, à 160 km de la capitale, pour des fiançailles.

Dans cette région, des djihadistes sont retranchés au coeur des montagnes frontalières avec l'Algérie.
Les combats entre l'armée et les terroristes y sont devenus réguliers depuis plus de deux ans. Les forces tunisiennes peinent à rétablir la situation sécuritaire et ont subi de lourdes pertes.
Sur le strict plan militaire, les fauteurs de troubles n'ont été jusqu'ici que fort peu inquiétés.
Ce week-end là encore, aux dires officiels du ministère tunisien de la défense, une "action d'envergure" et une "chasse à l'homme" étaient en cours à 25 km environ à l'est du Kef.
Nous avons d'ailleurs croisé des transports de troupes et un blindé léger avec des soldats en armes en transit vers et depuis les lieux d'affrontement.

Pendant ce temps, les fiançailles se sont déroulées comme n'importe où ailleurs en Tunisie.
Les ingrédients habituels d'une telle fête familiale étaient réunis et réussis : assistance nombreuse, musique assourdissante, danses, pâtisseries, jus de fruits, hommes endimanchés et femmes rivalisant d'élégance, innombrables poignées de mains et embrassades ...
L'ensemble enrobé de bonne humeur et de politesse.

Bref, tout, absolument tout, ce que détestent les djihadistes.
Quand on souhaite ne voir qu'une seule barbe ou qu'un seul voile confits en dévotion et tremblants de peur, des personnes libres qui s'apprécient, se respectent et prennent ensemble du bon temps sont proprement insupportables.

Il peut paraître choquant de faire la fête à quelques mètres d'une route empruntée par des militaires partant au combat.
Mais comment définir le périmètre où toute réjouissance devrait être suspendue ? à moins de 10 km des zones militaires ? au Kef même ? à l'ouest de Medjez el Bab ? à Tunis ? sur tout le territoire tunisien ?
Les terroristes ont pour objectif que nous cessions de nous comporter normalement et que nous commencions à les craindre.
Si nous suspendons nos activités sociales et familiales, nous leur offrons, sur un plateau normalement réservé pour les pâtisseries et le thé, une première victoire à peu de frais.
Respecter et honorer les victimes, c'est d'abord ne pas dévier.

Les familles des fiancés ont eu raison d'organiser cette fête. Nos vies ne peuvent être prises en otage par des barbares armés.
Ces tunisiens - ma famille, mes amis - montrent ainsi qu'ils sont, plus que jamais et comme toujours, debout, accueillants et tolérants.
Ils expriment aussi de cette façon que la religion pratiquée assidûment par une grande majorité d'entre eux, n'est pas l'infâme caricature dévoyée que les terroristes propagent.

Merci pour cette belle soirée keffoise.

Tunisiquement votre

Références et compléments
J'ai beaucoup hésité à publier cette chronique car je la trouvais très personnelle et avais des scrupules à revenir publiquement pour la énième fois sur le terrorisme en Tunisie.
De fidèles lecteurs tunisiens, que je remercie, m'ont convaincu de changer d'avis.

jeudi 18 septembre 2014

Brassens l'oriental

La musique, parfois, a des accords majeurs,
Qui font rire les enfants, mais pas les dictateurs.
Bernard Lavilliers

Je signale aux "sectaires de tout poil" que leurs succès récents sont loin d'être acquis. Diversités culturelles et métissages vont longtemps leur "donner bien du fil à retordre".

Voici un bel exemple glané au fil de mes pérégrinations sur le web.

Joueur de oud et chanteur, Djamel Djenidi, a acclimaté Georges Brassens à l'ambiance de la rive sud de la Méditerranée, en le chantant sur le mode chaâbi, la musique populaire algéroise.
Mieux même, il a adapté en arabe des chansons du barde de Sète.

Je vous laisse découvrir le résultat grâce aux deux vidéos ci-dessous.



J'espère que ces interprétations originales, à tous les sens du terme, vous ont séduit, voire ému, autant que je l'ai été. Elles peuvent même s'avérer une excellente auto-défense.
En cas d'approche de "dragons de vertu", de "sycophantes", de "fanatiques de la cause", de "boutefeux" et autres "tristes bigots", il suffit passer en boucle et à tue-tête les chansons de Djamel Djenidi pour rappeler “à ces engeances de malheur” que notre monde, envers contre tout, va continuer à carburer au mélange.

"Plus de danses macabres autour des échafauds !"

Brassensiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
. "Brassens raconte la Tunisie d'après la révolution"
. "L'Estaca, grande chanson et petit air entêtant de liberté"
. "Tunisie sur Balkans"

- Pour tout savoir (ou presque) sur Djamel Djenidi et son orchestre El Djamila, il suffit de se rendre sur leur site web.

- Les expressions simultanément en italique et entre guillemets sont issues ou adaptées de chansons de Georges Brassens.

- Mehdi a été le déclic de cette chronique.

jeudi 31 juillet 2014

Télécharger gratuitement un film n'est pas un vol

Si, alors que vous m'avez fort aimablement invité à dîner, je leste mes poches de quelques pièces de votre argenterie familiale, je commets un vol.
Pareillement, si je m'immisce sans billet dans une rame de train et réussit à esquiver le contrôleur, j'accomplis, là encore, un larcin.

À l'inverse, si je m'introduis, à l'insu de votre plein gré, dans votre ordinateur et recopie un livre électronique qui s'y trouve, j'abuse de votre confiance mais je ne perpétue, au sens strict, aucun vol. En effet, je ne vous ai rien soustrait.

Biens ou services matériels, d'une part, et, information d'autre part, sont de nature très différente.

La cuiller héritée de votre grand-mère ne peut être à deux endroits simultanément.
Si je m'en sers, vous ne pouvez l'utiliser et vice-versa.
En vous la subtilisant, je vous empêche d'en profiter. La définition du mot vol - action de s'emparer frauduleusement de ce qui appartient matériellement à autrui - est dans ce cas parfaitement applicable.

De même, si je suis assis à place 12 de la voiture 3 du TGV 456, personne d'autre ne peut utiliser ce siège tant que je l'occupe.
Même s'il s’agit d’un service, et non pas d'un bien, l'aspect matériel rend la prestation unique et non partageable, donc volable.

Par contre, l'information - au sens large et moderne du terme - peut, depuis la nuit des temps, être copiée ou modifiée, sans pour autant disparaître de sa source.

Par exemple, quand à l’école, un instituteur fait apprendre à sa classe une récitation, il transfère de l'information depuis un livre vers, tout d'abord, le tableau noir, puis vers les cahiers de ses élèves et, enfin, dans leur mémoire.
À la fin de l'exercice, le poème est entré, tant bien que mal, dans une vingtaine de têtes blondes mais il ne s'est pas effacé du recueil de poésie utilisé par le pédagogue.

Autre illustration. Si en arrivant au travail, vous faîtes part à vos collègues d'une nouvelle entendue à la radio, vous transmettez, sans autorisation du journaliste, de l'information.
Toutefois, contrairement à la cuiller de mémère ou à la place de train, le texte initial est toujours utilisable par son auteur.

Dans ces deux derniers cas, il n'y a pas eu vol mais diffusion d'information.
Si de telles pratiques avaient été répréhensibles, jamais les trois religions dites du Livre n'auraient connu le succès planétaire.
Recopier le contenu d'un ouvrage de poésie n'appauvrit pas son possesseur, lui cravater son exemplaire papier si.
Vol et matérialité sont les deux faces de la même médaille.

Depuis toujours, il a été possible d'obtenir gratuitement et légalement de l’information mais, jusqu'à récemment, au prix d'un effort certain (mémorisation, recopie à la main, photocopies …) et, le plus souvent, d'une altération du contenu.
De ce fait, l’information dite de qualité était traditionnellement un support matériel (livre, disque, film ...), produit par des professionnels, auquel il était aisé d’associer une valeur économique indéniable.
De surcroît, des systèmes de droits d’auteur, mis en place de longue date, garantissaient aux créateurs d'information (écrivains, musiciens, cinéastes …) ainsi qu'aux diffuseurs une fraction de cette valeur.

L'informatique et les télécommunications ont mis à bas ce bel édifice séculaire.
La recopie d'information à l'exact identique est désormais à la portée de chacun pour un coût marginal nul ou presque.
Lorsque nous téléchargeons ou partageons gratuitement un film ou une chanson, nous poursuivons ce que le système éducatif nous a fait faire pendant toute notre scolarité.
Apprendre par cœur la table de Mendeleïev, recopier le Bateau Ivre d'Arthur Rimbaud ou récupérer en mp3 l’indépassable dernier opus de Johnny Hallyday sont des actes similaires.
Les évolutions technologiques ont supprimé la difficulté et le coût des opérations de reproduction d'information, pas leur nature.

Auteurs et éditeurs font face, au XXIème siècle, au même problème existentiel que les fabricants de fiacres ou les maréchaux-ferrants lors de l'avènement de l'automobile au tournant du XXème siècle.

Vers 1810, en Angleterre, la révolte des luddites a amené des artisans tisserands à saboter des métiers mécaniques qui menaçaient leur activité ancestrale. Cette violence désespérée n'a évidemment eu aucune conséquence de long terme.

Les industriels de la musique, du livre et du film se comportent aujourd’hui comme les luddites de naguère.
Comme la destruction des data centers et des smartphones est à peu près impossible, ils essaient de nous culpabiliser moralement en nous expliquant que télécharger gratuitement c'est voler.
Dans le même temps, ils tentent d'extorquer à l'état français, pourtant impécunieux, des subsides publics afin de prolonger leur irrémédiable agonie.
Toutefois, malgré ces combats d'arrière-garde, leur destin est d'ores et déjà scellé.

Téléchargiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi sur des sujets voisins les chroniques :
- La définition du mot vol provient du magnifique site linguistique CNTRL / Trésor de la Langue Française informatisé

mardi 9 avril 2013

Votre parole est libre, votre musique est belle - Message personnel à Emel Mathlouthi

Chère Emel

Hier soir, au théâtre de l'Hexagone à Meylan, vous m'avez doublement comblé.
Tout d'abord, votre concert était juste magnifique.
Ensuite, vous avez eu la gentillesse de me dédier - ou plutôt de dédier à "René" - la chanson l'Estaca / Dima dima que j'avais eu l'audace de vous demander d'interpréter via une autre chronique et les réseaux sociaux.
Ce moment m'a beaucoup touché car je me remémorais, simultanément, un concert de Lluis Llach vers 1976 à la fin du franquisme, l'aventure du syndicat polonais Solidarność de Lech Wałęsa dans les années 1980 et l'incroyable révolution de Tunisie de janvier 2011.
Alors que la salle reprenait en chœur le refrain avec vous, mes cordes vocales peinaient à se dénouer.
Final de concert à l'Hexagone de Meylan le 8 avril 2013 : Emel Mathlouthi chante Klemti horra avec le drapeau tunisien
Votre prestation ne s'est pas limitée à cette seule chanson. Votre énergie est débordante et, musicalement, vous carburez au mélange. Vous proposez un tourbillon de genres, d'ambiances et de langues différentes avec, notamment, des morceaux en arabe littéraire et tunisien ainsi que la reprise de Hallelujah de Leonard Cohen et d'une chanson macédonienne.

Votre final fut éblouissant avec 500 spectateurs debout battant la mesure, chantant et dansant avec vous, d'abord sur un air traditionnel, puis sur deux chansons emblématiques de la Tunisie libre "Klemti horra / Ma parole est libre" et "Yezzi ! / Ça suffit !".

Pour cette belle soirée, merci / شكرا

Didier alias "René", prénom de mon grand-père et mon pseudonyme sur Facebook.

Références et compléments
- Pour les très rares lecteurs de ce blog qui ne connaîtraient pas Emel Mathlouthi : son site officiel, sa page Facebook et ses vidéos sur Youtube.

- Quatre chroniques en lien avec la musique et l'univers d'Emel Mathlouthi :
. "L'Estaca grande chanson et petit air entêtant de liberté"
. "Plaidoyer pour la Tunisie de toujours" (septembre 2012)
. "Il y a un an, la révolution de Tunisie vue de Grenoble" (janvier 2012)
. "Tunisie sur Balkans" à propos des fanfares Hassinya de Kelibia


lundi 25 février 2013

Un monde sans droits d'auteur, ni brevets est possible

La propriété intellectuelle, c'est le vol !
Daniel Cohen (d'après P.J. Proudhon)
La protection apportée aux créateurs par les droits de propriété intellectuelle craque de toutes parts.
La profusion de téléchargements prétendument illégaux sur internet, mais aussi le succès des médicaments génériques ou la multiplication des contrefaçons en tous genres n'en sont que les exemples les plus flagrants.

Ce superbe système, né dans l'Italie de la Renaissance et développé avec la Révolution Industrielle, est à bout de souffle car les moyens de copie sont devenus simples et bon marché.
Données et informations sont presque totalement dématérialisées ce qui rend leur duplication quasi-gratuite.
Mais même, dans le monde physique, les moyens d'analyse et de reproduction sont sans cesse plus performants. Ainsi, le coût des imprimantes 3D s'écroule. Investissement industriel onéreux dans les années 1980, une machine à contretyper des objets en plastique ou en métal ne vaut plus que quelques milliers d'euros l'unité.

Face à cette déferlante, plutôt que de tenter de vaines opérations de colmatage, les acteurs et entreprises concernés devraient délibérément se projeter dans un monde sans aucun brevet, ni droit d'auteur, ni marque déposée où chacun pourra, impunément, copier ce que bon lui semble !
Une partie du secteur informatique a su saisir la balle au bond et créer des business rentables autour du logiciel libre.
A l'inverse, l'édition musicale ou littéraire refuse de voir cette réalité en face et s'empêche de faire évoluer son modèle entré en dégénérescence.

Imaginons ensemble quatre pistes permettant d'innover et de prospérer lorsque, dans un futur très proche, la propriété industrielle et artistique aura définitivement disparu.

Première piste : baisser les prix
Même si les opérations de reproduction deviennent de plus en plus faciles, elles ne seront jamais totalement gratuites en temps et en argent. Personne de rationnel ne prendra la peine de copier quelque chose qu'il est aisé et peu onéreux d'acquérir.
Cette méthode recèle une contrainte digne de Monsieur de la Palice : pour vendre durablement bon marché, il est impératif de produire très peu cher. Autrement dit, pour éviter que vos fidèles cassent trop vos marges, vous devez avoir des coûts bas !
Pour réussir ce tour de force, des méthodes de production très innovantes par leur économie de moyens et des circuits de distribution courts et frugaux sont indispensables.
Un avis de tempête plane donc au dessus de la tête des intermédiaires traditionnels. Grossistes et éditeurs ont du mouron à se faire. Demain, les écrivains ou les musiciens qui sauront s'auto-éditer ou s'auto-produire disposeront d'un avantage compétitif décisif sur leurs confrères devant rémunérer coachs et imprésarios.

Seconde piste : (re)créer des exclusivités appréciées
Une fois encore, Monsieur de La Palice nous indique la marche à suivre. Pour ne pas être copié, il suffit de se débrouiller pour que chaque production soit originale.
Le meilleur exemple que je connaisse est celui des tableaux "noirs" du peintre Pierre Soulages. Cet artiste a éclos vers 1950 au moment où la photographie et l'impression en couleur s'amélioraient nettement en qualité et en coût. En jouant avec la texture et le relief de sa peinture monochrome, Soulages a su créer un style strictement impossible à reproduire. Pour apprécier ses œuvres, il est nécessaire se trouver physiquement devant elles. De la peinture-théâtre en quelque sorte.
L'éphémère est une façon ancestrale d'obtenir de l'exclusivité.
Le sport professionnel est désormais l'industrie de divertissement la plus florissante et n'a aucun souci de piraterie. Chaque compétition est unique et le suspens vis à vis du résultat fait partie intégrante du spectacle. Regarder un match en différé en connaissant le résultat n'a pas le même charme que de le suivre en direct. Les vidéos de meilleurs buts, abondantes sur internet, ne posent aucun problème aux producteurs sportifs, leur fonction principale est de servir de bande-annonce pour les rencontres à venir.
La diffusion numérique de musiques et de films étant devenue, de facto, totalement gratuite, chanteurs et acteurs vont devoir monter beaucoup plus fréquemment sur scène où le spectacle de chaque soir est, par essence, différent de celui de la veille. Cela leur permettra de gagner leur vie et celle de leurs assistants mais aussi de financer leurs enregistrements qui resteront clef pour leur notoriété. Dans un avenir très proche, au lieu que les musiciens soient produits par les maisons de disque, ce sont eux qui décideront de rémunérer les services de support dont ils estimeront avoir besoin.
De même, le genre littéraire du feuilleton pourrait bien connaître une seconde jeunesse. Les auteurs distilleront, chaque jour, à des fans ayant payé pour une "avant-première", quelques paragraphes de leur dernier opus.
Personnaliser le produit pour chacun des clients est une autre manière de s'assurer une exclusivité. Là encore, seuls des moyens de productions et de circuits de distribution très agiles permettront ce tour de force.
Demain ou après-demain, au lieu de commander une "deux cent quelque chose" à Peugeot, je m'adresserai à l'usine de Sochaux pour obtenir une petite berline avec autant de places que de portes et qui possédera un arrière de Lada afin que je passe pour un type de gauche sur le parking du boulot et une calandre de BMW mâtinée de Mercedes pour faire enrager mes voisins. Il est peu probable que cette merveilleuse création attire envieux et copieurs. Les fabrications du Doubs auront d'autant plus de clients qu'elles seront capables de proposer des cocktails automobiles très variés. Bien entendu, dans le même temps, d'autres personnes préféreront une voiture générique à prix très bas.
Toutefois, être exclusif n'entraîne pas automatiquement le succès. Par exemple, en France, les compétitions de cricket rassemblent nettement moins de téléspectateurs que les matchs de football. En Inde, c'est nettement l'inverse. Dans les deux cas, l'immédiateté et le suspens sont identiques mais les goûts diffèrent entre Grenoble et Bangalore. S'adapter aux besoins et envies des clients potentiels est et restera le moteur du commerce.
Bientôt, l'image, reproductible à l'envi, ne permettra plus la différentiation et l'attractivité qu'elle assure aujourd'hui. Imprimer une virgule ou trois bandes sur un T-shirt sera bientôt inutile pour pousser prix et ventes vers le haut puisque chacun pourra le faire sans risque. Les arguments de vente devront se focaliser de plus en plus sur l'usage et l'expérience des clients.

Troisième piste : se recommander de tiers de confiance
Les marques se sont développées parallèlement à l'avènement de la consommation de masse car leur fonction est, en théorie, de garantir les caractéristiques que les clients ne peuvent facilement vérifier par eux-même.
Par exemple, je choisis pour la voiture évoquée ci-dessus des pneumatiques ornés d'une figurine obèse au nom latin car je suis persuadé, à tort ou à raison, qu'ils assurent un meilleur freinage d'urgence. Je n'ai à ma disposition aucun moyen pratique de tester cette prouesse et, en l'absence d'accident grave, rien ne vient contredire ma conviction.
Si les marques ne peuvent plus être déposées, des alternatives devront attester les performances essentielles, notamment la sécurité, des produits qui nous tiennent à cœur.
Ce besoin émerge déjà. En effet, comment, aujourd'hui, croire les promesses de marques qui confondent bœuf et cheval, qui font appel à une cascade de sous-traitance ou dont les génériques sont vendus bien meilleur marché ?
Traçabilité et certifications effectués par des tiers de confiance, comme AFNOR ou Veritas, jalonnent et jalonneront de plus en plus de fabrications, grignotant ainsi, petit à petit, une valeur ajoutée jusqu'alors dévolue aux titulaires des droits de propriété intellectuelle.
Malheureusement, ces contrôles sont matérialisés la plupart du temps par une marque spéciale. Comment procéder lorsque tous les logo deviendront recopiables ?
Le problème est en fait déjà résolu. Les opérateurs de réseaux d'électricité, de télécommunications et de banque savent parfaitement adresser leur prestations. Hélas cent fois, je reçois tout aussi rarement sur mon compte en banque le salaire d'un de mes collègues que dans ma boîte mail des mots d'amour ne m'étant pas destinés.
Ces entreprises de réseaux sont donc parfaitement armées pour devenir les tiers de confiance d'un monde sans marques déposées. Elles pisteront les productions et elles nous expédieront de façon certaine les résultats de leurs suivis.
Il donc est probable que, pas à pas, l'adresse remplacera la marque.
L'héraldique, très vieille pratique de la noblesse consistant à nommer une "maison" par son lieu d'origine, pourrait bien connaître une seconde jeunesse, sous une forme plus commerciale et électronique, une e-héraldique 2.0 !

Quatrième piste : faire appel à des sponsors
A l'époque où l'héraldique était reine, c'est à dire grosso modo jusqu'à la fin du XVIIIème siècle, des œuvres impérissables ont vu le jour malgré un marché de l'art presque inexistant.
Mozart et Mansard ont pu exercer leurs talents grâce à des soutiens royaux. De même, vu le temps nécessaire pour orner des grottes, la pitance des peintres de Lascaux était probablement assurée par des chasseurs aux dons picturaux moins développés.
Le sponsoring est à peu près aussi ancien que la création. Il n'y a aucune raison que l'abolition de la propriété intellectuelle modifie cette pratique ancestrale.
Mieux même, internet la rend même accessible au plus grand nombre. Des plateformes dites de crowd-funding (financement par la foule) permettent à chacun de donner ou d'investir quelques euros dans les projets les plus divers.

Demain, l'adresse au lieu de la marque, les flux plutôt que les stocks !
Les perspectives, non limitatives, que je viens de brosser montrent que la fin inéluctable des brevets, droits d'auteur et marques n'en est rien la catastrophe annoncée par les tenants de l'ordre séculaire.
Bien entendu, de formidables bouleversements sont en marche et vont mettre à bas beaucoup de situations établies.
Les droits de propriété intellectuelle fournissent à leurs titulaires une rente sur de nombreuses années. La légalisation de la copie va supprimer ce privilège. Les stocks de créations ou d'innovations auront de moins en moins de valeur. Celle-ci sera en grande partie transférée à de nouveaux intermédiaires capables de gérer, d'agréger et d'enrichir en temps réel des flux d'informations, sans cesse plus nombreux.
Il y de l'avenir dans le futur !

Libriquement votre

Références et compléments
Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Mes remerciements à Jean, Jean-Claude, Jean-Philippe et au twittonaute @lamericaprod pour les échanges m'ayant permis d'affiner cette chronique.
- Les lecteurs soucieux de se documenter sur les mystères du cricket et de ses règles trouveront bénéfice à relire la chronique indienne "six fois six trente-sept !"
     

jeudi 13 septembre 2012

Appel à François Hollande pour qu'il gracie le condamné d'Hadopi

Les censeurs stériles d'Hadopi viennent de réussir leur première sanction.
Cette machine kafkaïenne a obtenu qu'un habitant de Belfort soit condamné par le tribunal de police à 150 Euros d'amende.
Revenons sur des faits qui auraient fait les délices du père Ubu.

La personne jugée n'a rien fait de légalement interdit.
Sa future ex-femme - le couple était en instance de divorce - a récupéré gratuitement sur le web quelques chansons. Probablement peu versée en informatique, elle n'a pris aucune des précautions basiques permettant d'éviter les radars d'Hadopi.
La communication entre époux qui se séparent étant généralement un peu difficile, la téléchargeuse n'a jamais eu conscience des mails d'avertissement et le titulaire de l'abonnement internet ne s'est pas préoccupé de la navigation sur le web de son ancienne dulcinée.

La loi n° 2009-669 du 12 juin 2009 qui a créé la Hadopi est véritablement scélérate. Elle a mené sur le banc d'infamie réservé aux délinquants un citoyen ordinaire en le faisant passer pour un voleur alors qu'il n'y a pas eu de vol !
Si je rentre dans une boulangerie, que je subtilise une baguette et que je pars en courant, c'est un vol car personne d'autre ne pourra profiter du pain que je me suis approprié.
De même, si, nuitamment, je m'introduis dans votre logis et en ressort avec votre coffret de CD regroupant l'intégrale des enregistrements d'Oum Kalthoum, c'est un vol car vous n'avez plus la possibilité d'utiliser ce support physique pour entendre votre musique préférée.
A l'inverse, si, amateur de bruit anglo-saxon, en furetant sur internet, vous dégottez deux morceaux de Rihanna et que vous les déposez sur votre ordinateur, vous ne volez personne ! Les fichiers originaux restent sur leur serveur et d'autres internautes peuvent, à leur tour, récupérer les œuvres impérissables de la pseudo-cantatrice de la Barbade.

L'absurde atteint des sommets, si, lassé par les borborygmes syncopés de Rihanna, vous préférez admirer sa plastique avenante. Les sites gratuits de vidéos en ligne proposent légalement les musiques dont le téléchargement attire les foudres d'Hadopi, agrémentées d'images plaisamment animées où la native de Saint-Michael s'exhibe dans des bikinis suggestifs !

En ces temps de déficit public excessif, je rappelle que la Hadopi consomme annuellement 12 millions d'Euros de notre dette.
Avec ce budget, en 18 mois, cette commission Théodule a expédié environ un million de mails. Chez Hadopi, le message électronique revient donc à près de 15 Euros, plus cher qu'une lettre recommandée !

Pour mettre fin à cet amoncellement de stupidité, je demande solennellement à François Hollande de gracier sans délai notre ami belfortain, en vertu de l'article 17 de la Constitution de la République Française. 
J'invite aussi les députés et sénateurs de tout bord à déposer rapidement une proposition de loi abolissant la Hadopi et faisant cesser les poursuites en justice des téléchargeurs.

Comment est-il possible de tolérer certaines consommations personnelles de stupéfiants, de faire mollement la chasse aux cambrioleurs et, dans le même temps, d'occuper l'appareil policier et judiciaire à poursuivre les amateurs de mélodies caraïbes ?
Si les gens de spectacle, fussent-ils de la Barbade, veulent gagner leur vie, qu'ils montent sur scène !

Téléchargiquement votre

Références et compléments
- Dans la même veine, la chronique "Chevaux, acier, journaux, disques, livres … à qui le tour ?"
- Article du Monde du 13 septembre 2012 relatant la mésaventure judiciaire de l'internaute divorcé de Belfort.
- Loi n° 2009-669 du 12 juin 2009
- Constitution de la République Française (rechercher article 17 dans Titre II)
- Article Wikipedia sur Rihanna, la bruiteuse de la Barbade ainsi qu'une de ses vidéo bikinesque sur Youtube (je vous conseille de couper le son).

mercredi 22 août 2012

Chevaux, acier, journaux, disques, livres … à qui le tour ?

La récente sortie de Pierre Lescure, porte-parole désigné par le gouvernement du lobby du show business, « on ne peut pas partir à vau-l'eau et tout consommer gratuit sur internet » procède d’une formidable erreur de perspective.

Le téléchargement et le partage de musiques ou de vidéos est tout, sauf gratuit.
Jusqu’à plus ample informé, ordinateurs, smartphones et abonnements internet sont rarement donnés à titre gracieux. Annuellement, chacun d’entre nous consacre quelques centaines d’euros pour être connecté sur la toile. Ces sommes ne sont pas, ou plus, consacrées à l’achat de disques ou de DVD.
L’essentiel de ce pactole profite aux entreprises dites de « la nouvelle économie ».
Intel, Microsoft, Apple, Google, Free, Orange et quelques autres ont littéralement capturé le chiffre d’affaire d’Universal Music et consorts. Un peu comme si les imprimeurs s’étaient subrepticement emparés de la marge des éditeurs et des libraires.

L’histoire économique regorge de tels glissements de valeur qui, souvent, se terminent par la mort de l’industrie ancienne trop crispée sur son existant.
Trois exemples auxquels nous pensons rarement tellement ils ont pénétré notre quotidien.

La véhicules « auto »-mobiles sont presque venus à bout de leurs concurrents hippomobiles alors que les canassons ont pourtant assuré les déplacements de l’Humanité durant neuf millénaires.

Les fabricants de matières plastiques, à partir de la fin des années 1950, ont fait un tort considérable aux sidérurgistes dont nombre d’usines ont du fermer.
A l’époque de « Lorraine cœur d’acier », je n’ai pas le souvenir que des chanteurs ou des comédiens aient proposé de taxer le plastoc pour maintenir les métallos au boulot.

Dans le domaine « culturel », à partir de l’entre-deux-guerres, la radio puis, plus tard, la télévision ont fourni massivement et « gratuitement » du divertissement et des informations. Ce bouleversement a transformé les chanteurs de rue en espèce en péril et fait fondre comme neige au soleil les effectifs des salles de cinéma et des journaux.

Quelle différence entre ces trois précédents et le téléchargement sur internet aujourd’hui ?

L’establishment français de la « Culture », au lieu de s’adapter à vive allure, tente désespérément de retarder l’échéance avec des gadgets fiscalement coûteux comme l’Hadopi ou la mission de Pierre Lescure. Un château de sable n’a pourtant jamais empêché la mer de monter.
Cette attitude rétrograde dirigera, dans un futur très proche, les retombées économiques du divertissement et de la création artistique vers les héritiers de Steve Jobs plutôt que vers ceux de Charles Cros et de Thomas Edison.

Numériquement votre

Références et compléments
- Sur le même thème, mon appel à François Hollande pour qu'il gracie le premier condamné d'Hadopi
- Article de 01net du 21 août 2012 relatant les récents propos de Pierre Lescure dont est extrait la citation entre guillemets en début de chronique.

mardi 8 mai 2012

Tunisie sur Balkans

A Kelibia, en Tunisie, cuivres et tambours résonnent chaque soir d'été.
Ces fanfares populaires, typiques de la région du Cap Bon, s'appellent "hassinya". Elles accompagnent surtout mariages et circonsions, nombreux en juillet et en août. Les musiciens, juchés sur des pick-up Isuzu, sillonnent la ville pour animer les fêtes familiales.
Les airs joués ont peu de parenté avec la musique arabe traditionnelle mais ressemblent furieusement à ceux des fanfares balkaniques. A la nuit tombée, retentissent soudainement des mélodies improbables et légèrement dissonantes qui ne dépareraient pas les films du serbe Emir Kusturica !


Le nom "hassinya" dérive de Hussein, la dynastie beylicale qui regna sur la Tunisie de 1705 à l'indépendance en 1956. La légende veut que ces fanfares soient l'héritage de celles des troupes ottomanes qui servirent au fort de Kelibia durant environ trois siècles. Beaucoup de ces soldats, notamment des officiers, étaient originaires des Balkans, autre possession du Sultan turc. Le Bey de Tunis possédait d'ailleurs, au début du vingtième siècle, une musique militaire semblable aux "hassinya" actuels de Kelibia.


Tous les métallurgistes vous le diront, la fusion du cuivre est aisée à obtenir.
Aussi, comment ne pas rapprocher les "hassinya" de Kelibia qui bricolent leur répertoire avec, par exemple, Haïdouti Orkestar, formation gypsy-turque, qui combine des mélodies allant des Balkans à l'Afrique du Nord.
Dans les deux cas, le métissage culturel - osons le mot ! - fournit de la musique survitaminée.
La vidéo ci-dessous fournit un petit échantillon du talent d'Haïdouti Orkestar. Vous y découvrirez une danse de ventre étonnante et un accordéon balkanique un peu plus vigoureux que son cousin corrézien.


Cuivriquement votre

Références et compléments
- Les deux premières vidéos ont été tournées dans la rue par mes soins à Kelibia avec un petit appareil photo ce qui explique leur qualité approximative. La page dédiée aux fanfares balkanico-tunisiennes "hassinya" du site kelibia.fr fournit d'autres enregistrements.
- Je vous recommande la page web du Haïdouti Orkestar ainsi que trois autres vidéos de leurs prestations musicales : GezelimTurska & Padam Kolo (les amoureux de la musique qui dépote apprécieront particulièrement Padam Kolo).

dimanche 22 janvier 2012

Sur la route de Nashik

Nashik est une charmante bourgade indienne d'environ un million et demi d'habitants située à deux cent kilomètres à l'Est de Mumbai.
"L'express road" qui relie les deux cités méritait bien une chanson, d'autant que les quatre heures de trajet laissent le temps de l'écrire.
La voici, d'après "La route de Memphis" d'Eddy Mitchell.


Je lisais mes SMS
Dans la voiture qui cahotait
Sur la route de Nashik
Sur la route de Nashik

Et les klaxons hululaient
Sans s’arrêter, sans s’arrêter
Sur la route de Nashik
Sur la route de Nashik

Je viens vers toi
Tu m’attends en sari orange
L’amour mahrati
Ressemble un peu à Diwali

Sur le siège avant, le chauffeur
Klaxonnait gaiement en regardant l'heure
Sur la route de Nashik
Sur la route de Nashik

A la place du mort, un collègue
Me jetait un regard un peu fou
Sur la route de Nashik
Sur la route de Nashik

Je viens vers toi dans un tuktuk noir et jaune
En pyjama un peu élimé aux manches
Je peux savourer l’air conditionné
Et la poussière de la chaussée
Sur la route de Nashik
Sur la route de Nashik

Pour une fois que je suis en Inde
Vers chez toi je ne fais que passer
Sur la route de Nashik
Sur la route de Nashik