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samedi 7 mars 2015

Souvenirs et mutations pédagogiques

Quelques réminiscences, aux résonances actuelles, des années 1970 et 1980 où j'usais mes fonds de culotte sur les bancs de l'Éducation Nationale française.

Je me souviens, que, durant toute ma scolarité, instituteurs et professeurs m'ont, sans cesse, reproché mon écriture inesthétique (selon eux !) et illisible (par eux !).
Cela m'a coûté moult pénalités et devait, selon mes pédagogues, me jouer des tours lors de ma vie professionnelle.
Désormais, ma production écrite est exclusivement informatique et plus personne ne vient faire la police dans mes polices.

Je me souviens, qu'en fin de lycée, les calculatrices étaient perçues comme des objets sataniques par la plupart des professeurs de mathématiques et de physique.
Selon eux, utiliser ces engins diaboliques allait irrémédiablement amollir notre cerveau et nous paralyserait en cas de panne de piles.
Seul le chef d'oeuvre de menuiserie, rétif à mes gauches doigts de gaucher et plaisamment baptisé règles à calcul, trouvait grâce à leurs yeux.
Désormais, nous comptons, à tous les sens du terme, sur les nombreux ordinateurs qui nous entourent et qui sont rarement tous à sec en même temps.
Quant à la mollesse de mon cerveau, je vous laisse juge.

Je me souviens que ces mêmes enseignants m'ont fait apprendre par coeur la table de Mendeleïev, les combinaisons de cosinus et autres formules savantes.
Il fallait même se remémorer des expressions mnémotechniques encore plus difficiles à absorber.
Réciter "car notre ordre fut net, Napoléon massera à l'est si possible 6 colonnes armées" était un must pour réussir en chimie au bac.
Désormais, nous disposons, à portée de quelques clics, non seulement de toute l'information scientifique, mais aussi de toutes les ritournelles sensées nous les faire apprendre.

Je me souviens que l'institution scolaire a aussi voulu m'inculquer les bases de ce que l'on nommait alors "dessin industriel".
Comme j'étais hermétique aux joies des planches à dessin, des calques, des projections, des intersections et des tire-lignes, mes professeurs sarcastiques me conseillèrent vivement de ne jamais travailler dans un bureau d'études.
Prophétiques, ils prévoyaient aussi que les ordinateurs ne commenceraient à rivaliser avec leur belle discipline que vers 2025.
Désormais, planches à dessin et calques ont déserté les bureaux d'études - anglicisés en R&D centers - où je sévis depuis une trentaine d'années. CAO et autres programmes de calculs les ont remplacés dès la fin des années 1980.

Pédagogiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques
- La ritournelle mnémotechnique à propos du tableau périodique des éléments chimiques légué à l'humanité par le regretté Dmitri Ivanovitch Mendeleïev s'explicite ainsi :
  • Car : C symbole chimique du carbone
  • Notre : N symbole de l'azote, antérieurement nitrogène
  • Ordre : O symbole de l'oxygène
  • Fut : F symbole du fluor
  • Net : Ne symbole du néon
  • Napoléon : Na symbole du sodium, anciennement natrium
  • Massera : compléter le M en Mg pour obtenir le symbole du manganèse
  • À l'est : Al symbole de l'aluminium
  • Si : Si symbole du silicium
  • Possible : P symbole du phosphore
  • Six : S symbole du soufre
  • Colonnes : Cl symbole du chlore
  • Armées : Ar symbole de l'argon
Lycéens grivois, moutonniers et laïques, nous préférions une version paillarde et anticléricale "Naguère Monseigneur Allouche Si Pervers Suça Claire Ardemment".

dimanche 5 août 2012

Je me souviens … la Tunisie (suite)

A la demande générale de mon nombreux fan club, voici une seconde livraison de "je me souviens ... la Tunisie", souvenirs personnels remémorés à la manière de Georges Perec de mes premiers séjours en Tunisie dans les années 1980.

#35 Je me souviens, au musée du Bardo, du guide demandant à son groupe de touristes d’admirer l’expressivité du regard d’une statue aux yeux vides

#36 Je me souviens avoir conduit une Renault R5 orange et sans klaxon

#37 Je me souviens de la pose du gazoduc

#38 Je me souviens avoir découvert que Parmalat n’était pas une marque de voitures de Formule 1 mais de briques de lait pasteurisé

#39 Je me souviens des caisses en plastique jaune à l’arrière des mobylettes rouges à Kelibia

#40 Je me souviens m’être assis dans l’herbe devant le palais du Bardo

#41 Je me souviens des rampes en fer forgé sur les escaliers

#42 Je me souviens de types vaguement éméchés faisant du ski nautique à traction humaine dans une piscine d’hôtel

#43 Je me souviens du théâtre romain d’El Jem

#44 Je me souviens du bureau quasi-ministériel de ma belle-sœur

#45 Je me souviens des anciens parlant un français d’académicien bourré de subjonctifs

#46 Je me souviens de la création de la route dite agricole entre Menzel Bou Zelfa et Menzel Temime

#47 Je me souviens d’un type, dans un café de l’avenue Habib Bourguiba, me racontant ses péripéties de député lors de l’indépendance

#48 Je me souviens que Sidi el Bahri et le Goéland étaient un seul et même café près du port de Kelibia

#49 Je me souviens de mon copain Marc croquant à pleines dents dans un piment

#50 Je me souviens, au marché de Kelibia, d’une pancarte indiquant « la maison ne fait crédit qu’aux personnes de plus de soixante ans accompagnées de leurs grands-parents »

#51 Je me souviens d’un policier contrôlant mon passeport à l’aéroport et me demandant des conseils d’orientation pour sa fille

#52 Je me souviens des darboukas

#53 Je me souviens avoir ramené en France un melon « batikh » pour que mon grand-père essaie de replanter ses graines

#54 Je me souviens d’une fuite d’huile d’olive dans les coffres à bagages de l’avion du retour et du tapis roulant distributeur de couscous à l’arrivée

#55 Je me souviens que le dinar tunisien valait 11 francs français

#56 Je me souviens de la rue Pierre Mendès-France

#57 Je me souviens d'Oum Kalthoum dans le grésillement des haut-parleurs de Sidi el Bahri

#58 Je me souviens d’une jeune (future) nièce ne comprenant pas que je compte aussi lentement

#59 Je me souviens que la jetée du port de Kelibia était plus courte et la plage plus claire

#60 Je me souviens des fleuristes et de la statue avenue Bourguiba

#61 Je me souviens répondre mezzo voce « assez de fric » aux gamins criant « fricassée » sur la plage

#62 Je me souviens que, sur la plage de Kelibia, les maisons n’avaient pas d’étage

Tunisiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la première livraison de ces souvenirs "Je me souviens ... la Tunisie"
- Le livre "Je me souviens" de Georges Perec est paru en 1978 et comporte 480 fragments numérotés.
- Le dinar tunisien vaut actuellement autour de 0.5 euros, soit environ 3.3 francs français.

vendredi 27 juillet 2012

Je me souviens ... la Tunisie

A la manière de Georges Perec, quelques souvenirs personnels remémorés de mes premiers séjours en Tunisie dans les années 1980 ...

#1 Je me souviens d'être descendu du ferry à La Goulette devant des réservoirs de gaz

#2 Je me souviens d'avoir vu des palmiers pour la première fois

#3 Je me souviens des ânes devant une banque

#4 Je me souviens que notre anniversaire de mariage était férié car c'était aussi celui d'Habib Bourguiba

#5 Je me souviens des machmoums

#6 Je me souviens des Peugeot, 404 bâchées mais aussi 203 et 403

#7 Je me souviens d'une crevaison entre Sfax et Sousse, réparée avec une plaque de métal insérée à l'intrieur du pneu

#8 Je me souviens de sandwiches avec des frites

#9 Je me souviens de Kelibia et de son fort

#10 Je me souviens des bricks à Sidi El Bahri

#11 Je me souviens de l'inévitable excursion à Sidi Bou Saïd mais aussi des ruines puniques de Kerkouane

#12 Je me souviens des chants et des darboukas

#13 Je me souviens de Moknine

#14 Je me souviens de l'aspect pitoyable de Bourguiba à la télévision

#15 Je me souviens de RAI Uno et des dossiers de l'écran

#16 Je me souviens des paroles de bienvenue

#17 Je me souviens des journaux La Presse et Le Monde vendus sur les marches de la gare de Tunis

#18 Je me souviens que le terme espadrille ne désignait pas des espadrilles

#19 Je me souviens de scènes incroyables dans les souks de Tunis et à l'aéroport

#20 Je me souviens de la gare d'Hammam Lif

#21 Je me souviens d'une sortie en barque de pêche à Kelibia

#22 Je me souviens des pastèques

#23 Je me souviens des fanfares hassinya

#24 Je me souviens avoir perdu ma barbe suite à un pari sur de l'orthographe française

#25 Je me souviens des panneaux routiers bilingues

#26 Je me souviens que le thé rouge s'avère être noir

#27 Je me souviens de la source du bouc à Korbous

#28 Je me souviens avoir joué et perdu à la belote, au grand dam de mon beau-frère

#29 Je me souviens d'une enseigne "haute couturière à Ezzahra" et d'une autre proclamant que "la bonne conduite fait partie de la culture de l'homme moderne"

#30 Je me souviens de l'assimil arabe et des éclats de rire qu'il provoquait : "Sayidati, anisati, sadati, ahlan wa shalan. Intabihou min fadlikoum ..."

#31 Je me souviens d'avoir traversé El Jem en compagnie d'un garde national

#32 Je me souviens d'avoir écouté Europe 1 en grandes ondes dans la nuit de Sfax

#33 Je me souviens des premières Isuzu

#34 Je me souviens de la nuit sur la plage à Kelibia

Tunisiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la seconde livraison de "Je me souviens ... la Tunisie"
- Le livre "Je me souviens" de Georges Perec est paru en 1978 et comporte 480 fragments numérotés.
- A propos des fanfares hassinya de Kelibia voir la chronique "Tunisie sur Balkans"