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lundi 6 avril 2015

Copinages, concubinages, compagnonnages - Petit lexique du couple

La défiance des français pour les institutions est devenue si forte que beaucoup d'entre nous n'éprouvent plus le besoin de comparaître devant Monsieur le Maire et Monsieur le Curé pour officialiser, à la ville et au monde, leur union.
Tout au plus, certains consentent à se présenter subrepticement à un greffier de tribunal d'instance pour enregistrer leur pacte civil de solidarité, mieux connu sous son acronyme PACS.

Ces changements sociologiques profonds ont des conséquences lexicales insoupçonnées.

Personne ne parle plus de concubinage.
Ce terme vieillot a notoirement succombé à ses connotations péjoratives. Qui oserait encore désigner l'homme ou la femme de sa vie (de couple, du moment) avec les termes concubins et concubines ?

Malgré l'évocatrice expression camarade de jeux et une origine commune avec le mot chambre, le et la camarade sont partis avec le Mur de Berlin et l'URSS peupler les poubelles de l'Histoire.
Dommage, car ce terme, invariable quel que soit le genre, est porteur d'une symétrie homme-femme très moderne.

Pour sa part, connaissance, vieilli et biblique, a subi les lents et irrémédiables déclins de la noblesse française et de l'imparfait du subjonctif.

Conjoint, très juridique, est réservé à certains formulaires ou actes administratifs où, manque de place et politiquement correct aidant, ce vocable a le bon goût d'afficher une neutralité du meilleur aloi.
Son féminin, conjointe, peine à se faire une place en dehors des analyses statistiques et du Scrabble.

Le PACS n'a pacs suscité d'autres néologismes que lui-même et l'hideux verbe se pacser.
Pourtant, mutualiser gîte, couvert et couche avec une pacsette, une pacssoire, un pacssif ou un pacssant constitue un palpitant objectif de vie.

Les jeunes couples allergiques aux greffiers de tribunaux d'instance optent résolument pour les termes copain et copine précédés d'un déterminant possessif.
Manifestement, l'intimité avec sa copine est plus prononcée qu'avec une copine quelconque.
Le terme copain est issu du latin cum panis, celui avec qui l'on partage le pain. Par voie de conséquences, je me suis toujours interrogé sur l'étymologie du mot copine, surtout si cette dernière est employée par un centre équestre.

Ami et amie, bien que toujours usités, tendent à revenir vers leur acception originelle et platonique.
Petit ami et petite amie sont franchement ringards. Bonne amie, définitivement datée, s'enfonce dans la désuétude.
Ces appellations métaphoriques s'avèrent trop fleur bleue pour notre époque décomplexée.

Le seul intérêt des termes amant et amante est de garantir un coup de vieux.
Évoquer son amant ou son amante vous inscrit d'office au fan club d'Honoré de Balzac ou de Stendahl.
Ces deux vocables sont désormais réservés aux échange strictement horizontaux et inavoués, donc inavouables.
Maîtresse les a précédé dans le magasin des accessoires hors d'usage.

Au fil de la vie, le copinage fait place au compagnonnage. L'âge aidant, la copine devient compagne et le copain compagnon.
Étrangement, la compagnonne ne fait pacs recette. Serait-ce parce que la gent masculine préfère ses partenaires en pagne plutôt que lionnes ?
Dans mon entourage, aucune paire notoire ayant franchi le cap de la quarantaine n'utilise plus les expressions mon copain et ma copine.
Toutefois, même si cette séparation sémantique est nette, je n'ai pacs réussi à déterminer la date de péremption de copine.
Y aurait-il, un jour précis, une cérémonie initiatique, dans l'intimité de l'alcôve, durant laquelle la femme se débarrasserait de ses oripeaux usés de copine en un strip-tease torride pendant que son concubin revêtirait une parure neuve et seyante de compagnon ?
N'ayant pacs eu l'opportunité de pratiquer personnellement cette transformation, j'apprécierais que les lecteurs éclairent ma lanterne sur ce point.

Les couples mariés compensent leurs chaînes légales, et parfois religieuses, par une richesse lexicale sans égale. L'ancienneté et le prestige du statut matrimonial officiel confère de menus privilèges qu'il convient de savoir savourer.
Les termes mari, époux, femme, ou épouse, avec ou sans déterminant possessif, sont parfaitement interchangeables.
Fort heureusement, les vocables légitime et bourgeoise n'ont plus cours pour caractériser la moitié du marié.
Néanmoins, dernier reste de machisme ancestral, trop peu d'épouses appellent leur conjoint mon homme.

Copinement votre

Chronique rédigée le lundi de PACS

mercredi 21 août 2013

Un gaulois à la plage, un berbère sur le sable

Un gaulois ou un berbère du premier siècle de notre ère, qu'une machine à remonter le temps aurait parachuté cet été sur une de nos plages bondées, seraient pour le moins étonnés du tour pris par l'évolution de l'Humanité.
C'est, à coup sur, avec plus de questions que de réponses qu'ils retourneraient dans leurs villages d'origine.
Jugez sur pièces.

Pourquoi des personnes qui s'ingénient toute l'année à être occupées du matin au soir, subitement au cœur de l'été, semblent atteintes d'une maladie de langueur ?

Pourquoi, nos descendants qui, dès que le printemps survient, s'enferment dans des bâtiments où de l'air frais leur coule sur la tête, s'acharnent trois semaines par an à passer les heures les plus chaudes de la journée dehors en plein soleil ?

Pourquoi, 2000 ans après Vercingétorix, les hommes et les femmes semblent obsédés par leur lavage ?
Non seulement, ils passent de longs moments à patauger dans la mer, mais, à peine leur baignade finie, ils éprouvent le besoin de continuer avec une douche.

Pourquoi presque tous amènent sur la plage des toiles circulaires qu'il plantent dans le sol pour créer de l'ombre, alors qu'ils préfèrent s'allonger au soleil pour se faire rôtir ?

Pourquoi ces gens qui, toute l'année, évitent soigneusement de se salir, par exemple en esquivant les contacts avec la terre, se roulent frénétiquement dans le sable lorsqu'ils se rapprochent d'un rivage marin ?

Pourquoi ces lointains cousins, qui ont développé pour leur vie quotidienne des habits sophistiqués et confortables, les quittent pour aller sur la plage ?
Pourquoi les remplacent-ils par des bandes de tissus de cette nouvelle matière appelée plastique qui provoque, dès qu'on la place au contact de la peau, sudation et démangeaisons ?
Pourquoi nos successeurs, lorsqu'ils se trempent, cachent leurs organes sexuels en les mettant en valeur ?
Pourquoi, d'ailleurs, dans l'ancienne Berbèrie, beaucoup de femmes arborent à la plage des tenues très couvrantes qui, une fois mouillées, moulent et signalent parfaitement ce qu'elles masquaient auparavant ?
Pourquoi, dans l'ancienne Gaule, sur quelques portions de littoral bien délimitées, nos us et coutumes semblent avoir perduré, puisque la baignade s'y effectue à l'état de nature ?

Pourquoi, pour se rendre sur le littoral, les enfants des enfants de nos enfants utilisent-ils ces sortes de chariots métalliques appelés voitures qui évitent tout effort, pour ensuite se dépenser vigoureusement au bord de l'eau en courses, jeux de ballon et nage ?

Pourquoi ces personnes, qui clament haut et fort souhaiter calme et tranquillité, se pressent-ils, jusqu'à se toucher, chaque été, sur les mêmes littoraux ?

Pourquoi ces sociétés, qui disent s'être débarrassées de nos croyances chamaniques au profit d'une divinité unique et toute puissante, sacrifient-elles au milieu de l'été à un rite solaire que nos druides ne désavoueraient pas ?

Gauloisement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "La braguette du druide : les mots gaulois restés dans la langue française".

samedi 11 août 2012

La braguette du druide : du gaulois dans le français !

Suite à la récente chronique sur les mots d’étymologie arabe présent dans le français, @Lourcine – un twittonaute de mes relations – m’a rappelé que la langue de Molière comportait aussi des vocables d’origine gauloise.
Jules César et ses légions latines ne sont pas totalement venus à bout du parler de Vercingétorix.
Pour preuve, ce nouveau dialogue, toujours un brin érotique, où nous retrouvons le médecin et sa patiente, naguère étendus sur un divan et qui, désormais, se passent le celte.

– Bonjour druide !
– Bonjour chère Madame mais que dîtes vous la ? Druide ? Pourquoi pas ambassadeur ou palefrenier pendant que vous y êtes ! La dernière fois vous m’avez appelé « toubib » durant toute la consultation !
– Je vous appelle druide car vous êtes un vrai magicien ! Quel brio ! Grâce à votre traitement mes soucis de santé se sont envolés. Mon jarret est redevenu svelte et mes joues sont à nouveau roses. Envolées les tonnes de plomb qui pesaient sur mes épaules !
– Nous allons voir cela mais entrez donc ! Ne restez pas dans ce couloir malheureusement aussi sombre qu’un tunnel. Les ampoules ont grillé ce matin, je n’ai pas encore eu le temps de les changer.
– C’est vrai qu’il fait noir ici. Pour un peu on dirait un bouge empli de truands à la rouge trogne prêts à vous garroter pour un oui pour un non.
– Puis-je vous proposer une cervoise tiède que je garde dans ce pichet en étain. C’est une cuvée spéciale à base de blé que m’envoie un brasseur artisanal belge dont j’ai soigné la fille autrefois.
– Volontiers ! Une chaque visite vous me faites découvrir une nouvelle boisson. Hum ! Cette mousse est vraiment crémeuse.
– Une petite galette pour accompagner votre cervoise ?
Druide vous exagérez ! A force de me gaver ainsi je vais ressembler à un tonneau ! Moi qui étais presque chétive étant jeune !
– Allons, allons ! Un de mes slogans favori est « un petit plaisir n’est jamais gaspillé ». Et ces vacances alors ?
– Excellentes ! Mon mari a passé son temps à photographier des chamois et des bouquetins dans un parc national en montagne. Il avait trouvé une petite combe recouverte de lande parfaite pour l’observation des animaux. Malheureusement, le dernier jour, le long d'un talus, il a glissé sur une souche de sapin cachée par les bruyères et s’est brisé l’orteil. Pendant ce temps, j’ai alterné entre une cure de bains de boue le matin et des ballades sur les chemins alpestres l’après-midi à glaner quelques fleurs.
– En tous les cas, vous avez une mine superbe !
– Mais où est le divan sur lequel je me suis voluptueusement allongée la dernière fois ? Pourquoi l’avez-vous changé ?
– Un charpentier de mes amis s’est établi ébéniste. Pour l’aider à avoir un peu de boulot, je lui ai acheté ce nouveau canapé. Il l’a réalisé en n’utilisant que des essences nobles : érable, chêne, bouleau, if. Malheureusement, lors de son transport dans une camionnette encombrée, il a été rayé.
– Savez-vous qu’on peut estomper les rayures sur des panneaux de bois avec un mélange de poudre d’ardoise et de terre glaise ? Quoiqu’il en soit, le tissu lie de vin est superbe.
– Merci du conseil, je vais essayer. On m’avait suggéré de frotter avec des galets ou des cailloux mais je n’ai pas osé. Bon, assez parlé, il faudrait quand même se mettre à marner un peu ! Pourriez-vous retirer cette magnifique chemise à jabot afin que je vous examine ? Vous n’aimez guère vous vêtir de guenilles à ce que je vois !
– Où puis-je poser mes vêtements ? Sur cette claie ?
– Oui. Vous pouvez aussi les mettre sur cette vieille pièce de charrue que j’ai transformée en portemanteau.
Aaah ! A chaque visite vous me comblez ! Après le satin d’avant vos vacances, aujourd’hui sous vos braies à la gauloise jaillissent des jarretelles !
– Approchez-vous druide ! Durant mon séjour à la montagne, je me suis laissée bercer par l’idée de cette nouvelle visite. A chaque fois que je voyais mon mari, je me renfrognais et pensais à vous.
– Vos désirs sont des ordres ! Je serai votre valet !
– Venez plus près ! Il me semble que votre braguette a besoin d’être arrangée. On dirait que la fermeture éclair a déjanté.
– Je suis votre vassal !
– Couchez-vous donc sur ce drap car vous m’avez l’air d’être un sacré gaillard ! Que dis-je ? Un bouc, un bélier, une bête, une brute ! Je crains de ne pas y arriver si vous n’êtes pas allongé.
[La suite serait délectable. Malheureusement je ne peux pas la dire et c’est regrettable. Ca nous aurait fait rire un peu.]
– Afin de camoufler ces instants délicieux, de les mettre sous le boisseau, il me faudrait une nouvelle ordonnance ou, à tout le moins, une adaptation de mon régime. Sinon mon mari va flairer la magouille. S’il se met à creuser et qu’il découvre qu’ensemble nous passons les bornes, il est capable de me battre à coups de balai. Il que vous trouviez quelque chose qu’il soit capable de gober.
– Aucun problème, je vais vous rétablir la viande et le poisson dans votre régime. Je vous conseille donc le pâté de cheval et d’alouette, le mouton et le lapin de garenne. A cela vous pourrez ajouter de la limande et de la lotte. Sans oublier un peu de miel des ruches de votre cousin !
– Merci beaucoup ! Je suppose qu’il faudra que je revienne régulièrement pour un contrôle.
J’allais oublier de vous demander des nouvelles de votre fils à qui vous donniez des leçons d’algèbre. A-t-il eu son baccalauréat ?
– Oui il est bachelier désormais et s’apprête à passer le concours pour rentrer au ministère du budget.
– Bon, il se fait tard. Au revoir druide et à très très bientôt !
– Au revoir chère madame et revenez très vite. En carrosse, en luge, en chariot, en benne basculante, peu importe ! Revenez ! D’ici là je serai comme une terre en jachère, à vous attendre …

Gauloisement votre

Références et compléments
– Voir aussi la précédente chronique « Du satin sur le divan du toubib » où médecin et patiente prennent un malin plaisir à employer des mots français d’origine arabe.
– Comme le bouc – mon animal patronymique – et les bacchantes qui ornent mon visage n’ont pas suffi, je remercie le twittonaute « Olivier Dressayre / @Lourcine » de m’avoir remémoré qu’il reste du gaulois et du celte dans le français.
– Les mots indiqués en gras dans le texte ci-dessus sont d’étymologie gauloise ou celtique d’après le portail lexical du CNRTL.
Les quelques mots écrits en italique dans le dialogue ont une origine arabe et sont une réminiscence de la chronique « Du satin sur le divan du toubib ».
– Merveilles de la langue française et gauloiseries ne sauraient être évoquées sans Georges Brassens. En plus de l’extrait du « Gorille », le texte ci-dessus contient deux autres citations du barde de Sète que je vous laisse retrouver.