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jeudi 18 septembre 2014

Brassens l'oriental

La musique, parfois, a des accords majeurs,
Qui font rire les enfants, mais pas les dictateurs.
Bernard Lavilliers

Je signale aux "sectaires de tout poil" que leurs succès récents sont loin d'être acquis. Diversités culturelles et métissages vont longtemps leur "donner bien du fil à retordre".

Voici un bel exemple glané au fil de mes pérégrinations sur le web.

Joueur de oud et chanteur, Djamel Djenidi, a acclimaté Georges Brassens à l'ambiance de la rive sud de la Méditerranée, en le chantant sur le mode chaâbi, la musique populaire algéroise.
Mieux même, il a adapté en arabe des chansons du barde de Sète.

Je vous laisse découvrir le résultat grâce aux deux vidéos ci-dessous.



J'espère que ces interprétations originales, à tous les sens du terme, vous ont séduit, voire ému, autant que je l'ai été. Elles peuvent même s'avérer une excellente auto-défense.
En cas d'approche de "dragons de vertu", de "sycophantes", de "fanatiques de la cause", de "boutefeux" et autres "tristes bigots", il suffit passer en boucle et à tue-tête les chansons de Djamel Djenidi pour rappeler “à ces engeances de malheur” que notre monde, envers contre tout, va continuer à carburer au mélange.

"Plus de danses macabres autour des échafauds !"

Brassensiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
. "Brassens raconte la Tunisie d'après la révolution"
. "L'Estaca, grande chanson et petit air entêtant de liberté"
. "Tunisie sur Balkans"

- Pour tout savoir (ou presque) sur Djamel Djenidi et son orchestre El Djamila, il suffit de se rendre sur leur site web.

- Les expressions simultanément en italique et entre guillemets sont issues ou adaptées de chansons de Georges Brassens.

- Mehdi a été le déclic de cette chronique.

samedi 16 août 2014

L'islamisme ne vient pas du sous-développement

Les sociétés arabes sont le siège depuis une quarantaine d'années de la montée d'une religiosité aux rites rigoureux et aux pratiques normées dans les moindre détails.
Voiles et barbes en sont les éléments les plus saillants vus d'Europe, mais peut-être pas les plus significatifs.
Ces manières ostensibles et peu flexibles de pratiquer la foi islamique sont, usuellement et par facilité, nommées intégrisme ou islamisme.
En Tunisie, par exemple, cette dévotion voyante, anecdotique dans les années 1980, est aujourd'hui devenue majoritaire.

Les explications usuelles ne rendent pas compte de la réalité de l'islamisme
Couramment, la montée de l'intégrisme musulman est attribuée à trois causes principales : accroissement du sentiment religieux, propagande assourdissante d'imams survitaminés et sous-développement.
Aucune de ces origines supposées ne résiste à l'analyse.

La croyance en Dieu n'est pas plus forte actuellement dans les pays dits musulmans qu'il y a 50 ou 100 ans.
Au contraire, même si très peu ont le courage de le confesser publiquement, il existe désormais une faible minorité d'agnostiques et d'athées qui était quasi-inexistante à l'orée du vingtième siècle.

Les religions, perpétuellement soucieuses de leur expansion, ont toujours fait de la propagande. C'est une des missions principales du clergé. Si prosélytisme et endoctrinement étaient efficaces alors le monde serait confit en dévotion depuis la nuit des temps.
Les publicitaires expliquent d'ailleurs qu'une opération de promotion ne peut être efficace qu'auprès de personnes préalablement réceptives. La prédication intégriste rencontre effectivement un grand succès, mais exclusivement auprès de fidèles prêts à l'entendre.

L'islamisme n'est pas non plus le fruit du faible développement économique.
En Tunisie, par exemple, depuis 1980, le PIB moyen par habitant a doublé. Même si les inégalités sont criantes, elles ne le sont pas plus qu'il y a 30 ans et le niveau de vie de toutes les catégories de la population s'est notablement amélioré.
De surcroît, l'intégrisme touche autant, voire plus, les classes moyennes et aisées que les couches populaires.
Ainsi, les leaders d'Ennadha, le parti islamiste tunisien actuellement au pouvoir, sont presque tous des enfants de cadres ou de bourgeois.


L'islamisme, fruit du passage brutal à la modernité
Le Maghreb et le Machrek, à l'issue de la décolonisation, ont absorbé en moins de 50 ans ce que l'Europe et l'Amérique du Nord ont mis plus de deux siècles et demi à digérer avec des convulsions terribles : fin du mode de vie rural traditionnel, alphabétisation et éducation, essor urbain, transition démographique, industrialisation, mass médias et technologies de l'information, développement des transports, flux migratoires, montée du sentiment national, construction d'états modernes...
Le tout sans passage par la case révolution industrielle.
De tels changements modifient radicalement les perceptions du monde et les rapports aux autres.

Les sociétés rurales peinaient à nourrir, vêtir et loger leurs membres. Néanmoins elles étaient homogènes, prévisibles et tissaient des liens sociaux forts.
Le cycle des saisons rythmait la vie. Le travail très physique dans les champs était une nécessité vitale peu discutable et laissait peu de place aux interrogations existentielles.
L'appartenance à une famille, un village, une communauté était évidente et se transmettait au fil des générations, particulièrement en Afrique du Nord où l'endogamie était très forte.

Le monde moderne, et maintenant post-moderne, est strictement inverse.
Les besoins matériels sont de mieux en mieux servis et demandent moins de labeur.
Par contre, la diversité est devenue la norme, l'imprévisibilité règne et l'individu domine.
Le progrès économique s'effectue en dents de scie, les crises succédant aux booms. La valse des technologies assure une amélioration moyenne du bien-être physique au prix de beaucoup d'essais et d'erreurs ainsi que de la disparition, parfois très rapide, d'activités ancestrales. Nul ne peut plus être certain que son métier existera encore dans cinq ou dix ans.
Ce sont, de plus en plus, des personnes, et non des groupes, qui sont les moteurs de ce maelström.
Chacun, désormais, décide de ce qu'il veut faire et être, de comment il veut vivre et avec qui. Sa famille, ses voisins, ses amis, ses collègues n'ont pratiquement plus voix au chapitre. L'augmentation du temps libre et la moindre dépendance aux autres pour sa propre subsistance accroissent ces possibilités d'autonomie individuelle.

De telles évolutions, menées à un train d'enfer, sont profondément anxiogènes. De surcroît, moins courir après son pain quotidien suscite des attentes nouvelles.
Comment faire face, seul, à ces changements rapides et, surtout, à ces choix de vie ? Que faire de loisirs désormais prédominants ? Quel sens donner à tout cela ?
L'amélioration des conditions matérielles de vie et la progression des choix individuels procurent d'indéniables satisfactions mais répondent mal aux besoins de sécurité et d'appartenance, chers au psychologue Abraham Maslow et à sa célèbre pyramide.

L'intégrisme exploite ce créneau en déshérence.
Balayant doutes et interrogations, il apporte des réponses simples et opérationnelles qui évitent de se poser des questions.
D'après les tenants de cette doctrine, la marche incohérente du monde provient tout simplement d'un affadissement de la foi et du non suivi de prescriptions religieuses strictes et terre à terre.
A l'inverse, il suffit d'honorer ces injonctions à la lettre pour gagner, simultanément, le respect immédiat de ses semblables et une vie éternelle accomplie.
La stabilité sociale perdue reviendra avec l'accroissement du nombre de "bons" croyants, ce qui pousse, pour le bien de tous, à faire rentrer les récalcitrants dans le rang.
Le présent et l'avenir des fidèles est ainsi assuré aussi longtemps qu'ils partagent les rites d'une communauté englobante.
Les signes extérieurs de religiosité remplissent la même fonction que les maillots des supporters du football, afficher aux yeux de tous son adhésion et son allégeance au groupe.


Un éventuel reflux de l'islamisme ne pourra venir que de l'intérieur des sociétés arabes
Contrer l'intégrisme suppose d'être capable de le contrer sur le terrain des besoins immatériels de sécurité, de prévisibilité et d'appartenance que la société post-moderne peine à satisfaire.

C'est ce que Nasser et Bourguiba tentèrent de faire en leur temps avec un mélange de nationalisme, d'étatisme et de culte de la personnalité.
Leur système devait conduire le peuple arabe enfin libéré de ses entraves vers un avenir radieux où il serait le phare de l'humanité.
Hélas, ni la machine économique, ni les succès militaires, ni même les événements symboliques ne furent au rendez-vous, ces leaders visionnaires étant d'exécrables managers.
Leurs successeurs, moins charismatiques, obtinrent, par le libéralisme économique, le développement tant attendu. Mais, crispés sur leur pouvoir dictatorial et leurs réseaux de corruption, ils furent incapables de faire respirer leurs sociétés.
Le choc en retour fut la croissance de l'intégrisme.

Ce ne sont pas des actions venues "d'en haut" ou de je ne sais quelle avant-garde éclairée du peuple ou, encore moins, de l'extérieur qui pourront venir à bout de l'intégrisme.
De même, la répression, comme celle de l'été 2013 en Égypte, peut masquer, par le sang et la terreur, les symptômes mais, en aucune manière, traiter les causes.

C'est aux sociétés arabes de construire, par elles mêmes et dans la durée, des représentations du monde moins délétères conjuguant liberté individuelle, responsabilité, confiance et sens du collectif.
Cette maturation risque d'être lente car les récentes révolutions ont sérieusement épaissi la soupe et n'ont pas ralenti le rythme du monde alentour.

Toutefois, l'émergence de symboles pourraient accélérer le mouvement. Les pays musulmans manquent cruellement d'icônes internationalement reconnues. Les rares sportifs, artistes, penseurs, politiques ou chefs d'entreprise arabes célèbres mondialement sont des expatriés. Ces peuples méritent d'autres effigies que Saddam Hussein et Ben Laden.

Le vaccin peut-être déjà à l'oeuvre en Tunisie
Pour conclure, un brin d'optimisme paradoxal : l'exercice calamiteux du pouvoir en Tunisie par Ennadha, parti résolument islamiste, a déboussolé et déçu une partie de sa base.
Sous la pression de ses propres échecs et de l'opinion, Ennadha a du se résoudre à céder le pouvoir, à accepter une constitution décente et à jouer le jeu des élections de l'automne 2014.
Cet exercice pédagogique, dangereux et meurtrier à court terme, pourrait s'avérer salutaire sur une plus longue période.
Embryons de réponse lors de la prochaine consultation électorale...

Intégralement votre

Références et compléments
- Cette chronique a été initialement publiée le 27 août 2013 et a été très légèrement retouchée les 16 & 17 août 2014.

- Voir aussi à propos des désillusions de beaucoup de tunisiens vis à vis du parti islamiste Ennadha la chronique "4 semaines au cœur de la Tunisie morose".
Le billet "La Tunisie rattrapera la France le 12 mai 2041" détaille la croissance du PIB et du niveau de vie entre le pays de Molière et celui d'Ibn Khaldoun.

- Un exemple parmi beaucoup d'autres de la mauvaise appréhension de l'islamisme, le récent article de Michel Rocard "l'Islam et le printemps" paru au Cercle des Echos.

- Merci à Omar de m'avoir remémoré la pyramide de Maslow dont vous trouverez le détail dans l'article que Wikipedia lui consacre.

mercredi 10 octobre 2012

Rire du voile ?

Une étonnante vidéo, sous-titrée en français, de Gamal Abdel Nasser fait ces jours-ci le tour du web.
Dans ce film, probablement enregistré au début des années 1960, le raïs y explique, en arabe dialectal égyptien, sur le ton de la conversation, comment, après le coup d'état de 1952, ses tentatives d'associer les frères musulmans au nouveau pouvoir ont fait chou blanc.
Les islamistes de l'époque conditionnaient, selon Nasser, leur soutien à l'imposition du voile à toutes les égyptiennes.
Le président de feue la République Arabe Unie, très en verve, termine son récit avec une chute humoristique ponctuée d'un geste éloquent de la main. La salle, à coup sur remplie de courtisans, éclate de rire et interpelle l'orateur à plusieurs reprises.
Nasser plaisante sur le voile et les frères musulmans devant un auditoire acquis et hilare.

Il y a une cinquantaine d'années, le voile et l'islamisme étaient un thème de rigolade officielle dans l'Egypte d'alors. Pourquoi, depuis, un voile est-il retombé sur le voile ?

Le monde de Nasser, de Bourguiba et de leurs consorts était simple.
Le rideau, pardon le voile, se levait sur un avenir prometteur. Débarrassé du fardeau de la colonisation, le monde arabe allait se développer à vive allure grâce à un savant mélange de modernisme, d'étatisme, de marxisme et de nationalisme. Les succès économiques et symboliques seraient très vite au rendez-vous.

Depuis, la roue voilée du temps a tourné et les lendemains ont cessé de chanter les mélodies d'Oum Kalthoum.
Sous la pression des réalités, les inefficaces idéologies des luttes nationales ont été remisées et les régimes initialement dynamiques se sont enkystés dans la dictature.
La manne pétrolière n'a profité qu'à la poigne d'airain d'opulentes monarchies d'opérette et d'impudents généraux.
Grâce à un libéralisme économique mais pas politique, l'essor économique a fini par survenir, hélas accompagné d'un cortège d'inégalités.
Transition démographique, exode rural, croissance urbaine et déferlement technologique ont secoué les bases des sociétés civiles.
Et, surtout, aucune réussite emblématique n'est à mettre au crédit des nations arabes. Qui peut citer, au niveau mondial, des vedettes, sportifs, prix Nobel, chefs d'entreprise, leaders d'opinion du Maghreb ou du Machrek ? Les rares individualités qui viennent à l'esprit sont, soit décédées à l'instar de Naguib Mahfouz, soit expatriées comme Carlos Ghosn.

Comment s'étonner que beaucoup cachent leurs frustrations derrière des attitudes rétrogrades trop simplistes ?
Le retour du voile recouvre d'abord les exorbitantes promesses non tenues de Nasser et Bourguiba.

Nasser conclut son intervention filmée en expliquant qu'il n'a ni les moyens, ni la volonté d'imposer aux égyptiennes un voile que même la fille d'un dignitaire islamiste refuse. Ce que le raïs, pourtant peu avare de méthodes musclées, ne pouvait exiger, les sociétés arabes se le sont, au fil du temps, infligées elles-mêmes.

Toutefois, les révolutions de Tunisie et de d'Egypte de début 2011 ont montré que le pire n'est jamais certain.
Aussi, malgré des élections libres ayant produit un personnel politique âgé et déçu du bourguibisme ou du nassérisme, je persiste à espérer que la jeunesse arabe saura faire tomber ses voiles et les hisser en direction du grand large !

Bientôt, pour paraphraser Pierre Desproges, il sera à nouveau possible de rire de tout à Tunis ou au Caire, mais peut-être pas avec toutes les vieilles barbes !

Voiliquement votre.

mardi 21 août 2012

Survie linguistique en Tunisie (suite)

Contrairement aux apparences, arabe dialectal tunisien et français sont deux langues phonétiquement proches.
Voici une seconde livraison des précieux conseils d’Humeurs Mondialisées à destination des francophones pour éviter les quiproquos au pays d’Hannibal.

Si vous entendez, à l’insu de votre plein gré, quelqu’un dire à votre conjoint, de façon péremptoire, « jette » suivi de votre prénom, ne paniquez pas !
Personne ne souhaite briser votre couple. Bien au contraire, il y a au moins une âme bien intentionnée qui s’enquiert de votre venue.

Si on annonce près de vous « dis Léa ! », ne vous mettez pas bêtement à répéter ce joli prénom un peu passé de mode mais savourez la pastèque qui arrive.

Si on vous dit « souris », ne cherchez pas à faire risette à une hypothétique caméra.  Inutile aussi de grimper sur une chaise, il n’y a aucun rongeur à l’horizon.
Votre interlocuteur souhaite savoir si vous êtes français.

Si, au restaurant, le serveur termine sa prise de commande par « chou crâne », ce n’est pas pour autant que vous aurez en dessert une surprise locale du chef à mi-chemin entre la tête de veau ravigote et le chou farci.
Il s’agit d’un remerciement de bon aloi pour votre contribution à la réussite de ses objectifs commerciaux.
Si le garçon préfère s’exclamer « baraque à la ouf ! hic ! », sachez qu’il ne nourrit aucune ire vis-à-vis de l’architecte de sa gargote mais qu’il redouble de politesse à votre égard, signe que votre participation à son bonus semble prometteuse.

Franco-tunisiennement votre

Références et compléments
- A propos de phonétique franco-tunisienne voir aussi la première fournée de ces conseils linguistiques ainsi que la toute première chronique tunisienne « Un après-midi chez Marthe ».
Les deux chroniques « Du satin sur le divan du toubib - mots français d’origine arabe » et « Les 16 tweets qui ont fait l’histoire de la Tunisie » complètent les recommandations ci-dessus.

- Extraits du dictionnaire phonétique tunisien – français :
. Jette [+ nom ou prénom] ? = [nom ou prénom] est-il venu ?
. Dis Léa = pastèque
. Souris = français
. Chou crâne = merci
. Baraque à la ouf ! hic ! = merci (forme très polie, littéralement que la grâce de Dieu soit sur vous)

mardi 14 août 2012

Survie linguistique en Tunisie

Le français et l’arabe dialectal tunisien partagent des mots phonétiquement proches qui risquent d’abuser le francophone en villégiature du coté de Carthage.
Quelques conseils pour éviter les quiproquos au pays d’Ibn Khaldoun

Si vous êtes né au « Chili », les tunisiens vous trouverons « mesquin » d’être soumis en permanence à la canicule.
Pas de panique ! Les autochtones sont parfois bizarres. Montrez que votre robuste constitution vous permet de résister à tout

Si vous venez de Sarajevo ou de l’Herzégovine, évitez de parler de votre patrie en présence de jeunes filles.
En entendant le mot « Bosnie », certaines tunisiennes émoustillées risquent de se jeter à votre cou quand d’autres, croyant être harcelées, voudront vous gifler voire pire.

Si on vous propose du « fric », ne vous réjouissez pas trop vite.
Votre portefeuille ne va pas subitement se rembourrer, par contre vous serez obligé d’ingurgiter un épi de maïs grillé.
Vous vous consolerez en pensant que cet aliment légèrement cramé contient beaucoup de sucres lents et probablement quelques vitamines.

Si un tunisien vous parle des « boules », surtout s’il accompagne son propos de gestes pressants, sachez qu’il ne nourrit aucun énervement vis-à-vis de votre personne, pas plus qu’il ne vous invite à une partie de pétanque. Il veut juste trouver rapidement des toilettes.
Contrairement à la région lyonnaise, il n’y a pas de « bars à boules » en Tunisie, seulement de jeunes enfants dont on souhaite canaliser les débordements.

Si on vous convie à partager un « brique » acceptez sur le champ, surtout pendant le mois de ramadan !
Inutile d'être karateka pour venir à bout, à mains nues, de cette croustillante spécialité culinaire, généralement au thon ou à l’œuf.

Si vous êtes invité à une séance « d’outillage », allez-y sans crainte.
Il ne s’agit pas d’un rituel satanique dans l’arrière-boutique d’une quincaillerie mais d’un match de poule de cette compétition sportive très spéciale qu’est le mariage tunisien.
Pour « l’outillage », l’équipe, mais aussi le public, sont presque exclusivement féminins. L’avant-centre a les pieds et les mains peints aux couleurs de son club et les supportrices manifestent bruyamment leur joie de voir leur championne mener au score.

Franco-tunisiennement votre

Références et compléments
- Extraits du dictionnaire phonétique tunisien – français :
. Chili = très chaud !
. Mesquin / miskine = pauvre, malchanceux
. Bosnie / bousni = embrasse-moi
. Fric = épi de maïs
. Boules = pisser
. Bar à boules ! = va pisser !
. Brique = brick
. Outillage / outia = « fête de la mariée » qui a lieu généralement deux jours avant la véritable cérémonie de mariage. Souvent, l’outia est l’occasion de finaliser la « peinture » au henné des mains et des pieds de la future mariée.

- Il y a désormais une seconde livraison de ces conseils phonétiques, sans oublier la toute première chronique tunisienne "Un après-midi chez Marthe".
Voir aussi la chronique « Du satin sur le divan du toubib » consacrée aux mots français d’origine arabe ainsi que « les 16 tweets qui ont fait l’histoire de la Tunisie ».

- « Je suis né au Chili » est une chanson du regretté Bobby Lapointe.

samedi 11 août 2012

La braguette du druide : du gaulois dans le français !

Suite à la récente chronique sur les mots d’étymologie arabe présent dans le français, @Lourcine – un twittonaute de mes relations – m’a rappelé que la langue de Molière comportait aussi des vocables d’origine gauloise.
Jules César et ses légions latines ne sont pas totalement venus à bout du parler de Vercingétorix.
Pour preuve, ce nouveau dialogue, toujours un brin érotique, où nous retrouvons le médecin et sa patiente, naguère étendus sur un divan et qui, désormais, se passent le celte.

– Bonjour druide !
– Bonjour chère Madame mais que dîtes vous la ? Druide ? Pourquoi pas ambassadeur ou palefrenier pendant que vous y êtes ! La dernière fois vous m’avez appelé « toubib » durant toute la consultation !
– Je vous appelle druide car vous êtes un vrai magicien ! Quel brio ! Grâce à votre traitement mes soucis de santé se sont envolés. Mon jarret est redevenu svelte et mes joues sont à nouveau roses. Envolées les tonnes de plomb qui pesaient sur mes épaules !
– Nous allons voir cela mais entrez donc ! Ne restez pas dans ce couloir malheureusement aussi sombre qu’un tunnel. Les ampoules ont grillé ce matin, je n’ai pas encore eu le temps de les changer.
– C’est vrai qu’il fait noir ici. Pour un peu on dirait un bouge empli de truands à la rouge trogne prêts à vous garroter pour un oui pour un non.
– Puis-je vous proposer une cervoise tiède que je garde dans ce pichet en étain. C’est une cuvée spéciale à base de blé que m’envoie un brasseur artisanal belge dont j’ai soigné la fille autrefois.
– Volontiers ! Une chaque visite vous me faites découvrir une nouvelle boisson. Hum ! Cette mousse est vraiment crémeuse.
– Une petite galette pour accompagner votre cervoise ?
Druide vous exagérez ! A force de me gaver ainsi je vais ressembler à un tonneau ! Moi qui étais presque chétive étant jeune !
– Allons, allons ! Un de mes slogans favori est « un petit plaisir n’est jamais gaspillé ». Et ces vacances alors ?
– Excellentes ! Mon mari a passé son temps à photographier des chamois et des bouquetins dans un parc national en montagne. Il avait trouvé une petite combe recouverte de lande parfaite pour l’observation des animaux. Malheureusement, le dernier jour, le long d'un talus, il a glissé sur une souche de sapin cachée par les bruyères et s’est brisé l’orteil. Pendant ce temps, j’ai alterné entre une cure de bains de boue le matin et des ballades sur les chemins alpestres l’après-midi à glaner quelques fleurs.
– En tous les cas, vous avez une mine superbe !
– Mais où est le divan sur lequel je me suis voluptueusement allongée la dernière fois ? Pourquoi l’avez-vous changé ?
– Un charpentier de mes amis s’est établi ébéniste. Pour l’aider à avoir un peu de boulot, je lui ai acheté ce nouveau canapé. Il l’a réalisé en n’utilisant que des essences nobles : érable, chêne, bouleau, if. Malheureusement, lors de son transport dans une camionnette encombrée, il a été rayé.
– Savez-vous qu’on peut estomper les rayures sur des panneaux de bois avec un mélange de poudre d’ardoise et de terre glaise ? Quoiqu’il en soit, le tissu lie de vin est superbe.
– Merci du conseil, je vais essayer. On m’avait suggéré de frotter avec des galets ou des cailloux mais je n’ai pas osé. Bon, assez parlé, il faudrait quand même se mettre à marner un peu ! Pourriez-vous retirer cette magnifique chemise à jabot afin que je vous examine ? Vous n’aimez guère vous vêtir de guenilles à ce que je vois !
– Où puis-je poser mes vêtements ? Sur cette claie ?
– Oui. Vous pouvez aussi les mettre sur cette vieille pièce de charrue que j’ai transformée en portemanteau.
Aaah ! A chaque visite vous me comblez ! Après le satin d’avant vos vacances, aujourd’hui sous vos braies à la gauloise jaillissent des jarretelles !
– Approchez-vous druide ! Durant mon séjour à la montagne, je me suis laissée bercer par l’idée de cette nouvelle visite. A chaque fois que je voyais mon mari, je me renfrognais et pensais à vous.
– Vos désirs sont des ordres ! Je serai votre valet !
– Venez plus près ! Il me semble que votre braguette a besoin d’être arrangée. On dirait que la fermeture éclair a déjanté.
– Je suis votre vassal !
– Couchez-vous donc sur ce drap car vous m’avez l’air d’être un sacré gaillard ! Que dis-je ? Un bouc, un bélier, une bête, une brute ! Je crains de ne pas y arriver si vous n’êtes pas allongé.
[La suite serait délectable. Malheureusement je ne peux pas la dire et c’est regrettable. Ca nous aurait fait rire un peu.]
– Afin de camoufler ces instants délicieux, de les mettre sous le boisseau, il me faudrait une nouvelle ordonnance ou, à tout le moins, une adaptation de mon régime. Sinon mon mari va flairer la magouille. S’il se met à creuser et qu’il découvre qu’ensemble nous passons les bornes, il est capable de me battre à coups de balai. Il que vous trouviez quelque chose qu’il soit capable de gober.
– Aucun problème, je vais vous rétablir la viande et le poisson dans votre régime. Je vous conseille donc le pâté de cheval et d’alouette, le mouton et le lapin de garenne. A cela vous pourrez ajouter de la limande et de la lotte. Sans oublier un peu de miel des ruches de votre cousin !
– Merci beaucoup ! Je suppose qu’il faudra que je revienne régulièrement pour un contrôle.
J’allais oublier de vous demander des nouvelles de votre fils à qui vous donniez des leçons d’algèbre. A-t-il eu son baccalauréat ?
– Oui il est bachelier désormais et s’apprête à passer le concours pour rentrer au ministère du budget.
– Bon, il se fait tard. Au revoir druide et à très très bientôt !
– Au revoir chère madame et revenez très vite. En carrosse, en luge, en chariot, en benne basculante, peu importe ! Revenez ! D’ici là je serai comme une terre en jachère, à vous attendre …

Gauloisement votre

Références et compléments
– Voir aussi la précédente chronique « Du satin sur le divan du toubib » où médecin et patiente prennent un malin plaisir à employer des mots français d’origine arabe.
– Comme le bouc – mon animal patronymique – et les bacchantes qui ornent mon visage n’ont pas suffi, je remercie le twittonaute « Olivier Dressayre / @Lourcine » de m’avoir remémoré qu’il reste du gaulois et du celte dans le français.
– Les mots indiqués en gras dans le texte ci-dessus sont d’étymologie gauloise ou celtique d’après le portail lexical du CNRTL.
Les quelques mots écrits en italique dans le dialogue ont une origine arabe et sont une réminiscence de la chronique « Du satin sur le divan du toubib ».
– Merveilles de la langue française et gauloiseries ne sauraient être évoquées sans Georges Brassens. En plus de l’extrait du « Gorille », le texte ci-dessus contient deux autres citations du barde de Sète que je vous laisse retrouver.

mardi 7 août 2012

Du satin sur le divan du toubib : il y a de l'arabe dans le français !

N’en déplaise aux sectes de tout poil, il y a de l’arabe dans le français !
La langue littéraire et l’argot contiennent de multiples mots d’origine arabe provenant des croisades, de l’espagnol, de l’italien, de la colonisation et de l’immigration. 
Pour preuve, ce dialogue vaguement érotique recueilli subrepticement dans le secret d’un cabinet médical.

– Bonjour toubib.
– Bonjour chère madame. Entrez vite ! Il pleut si fort sur la grand route ! Heureusement votre caban m’a l’air bien imperméable.
– Oui et, en plus, sa doublure en mohair le rend très agréable à porter.
– Posez votre barda ici.
– Il fait bon chez vous. Vous vous chauffez comment ? Au mazout ?
– Oui, j’ai un chauffage central qui, depuis que je me suis installé ici, n’a encore connu aucune avarie. Je l’ai fait venir du Groenland.
– N’avez-vous pas eu de problèmes avec la douane ?
– Si, ça été un peu compliqué. Les exigences des gabelous sont prohibitives. Il faut qu’ils fassent du chiffre. Heureusement, avec un petit bakchich le problème a été résolu fissa.
– La société de mon mari qui importe des raquettes du Japon a le même type d’embêtements. Les tarifs des douaniers sont exorbitants, ils se prennent pour des nababs ! Pourtant ce ne sont que des caïds de seconde zone ! Il leur fait toujours plus de flouze ! Ils disent qu’ils contrôlent au hasard mais comment les croire ?
– Je vous en prie, prenez place sur ce sofa. C’était auparavant un lit à baldaquin qui occupait une alcôve à mon domicile. J’ai fait changer le matelas, passer un petit coup de laque et, hop, désormais c’est un divan pour mes patientes. C’est quand même plus agréable que mes anciens tabourets.
– Quel confort ! Un vrai massage ! Et ce tissus ambré une pure merveille qui se marie très bien avec les coussins rouges !
– Puis-je vous offrir un petit kaoua ? J’ai dans cette carafe isotherme un moka spécial que m’envoie un petit producteur yéménite dont, autrefois, j’ai guéri la fille.
– Bien volontiers, toubib !
– Combien de sucres ? Normal ou candi ?
– Un seul, candi, s’il vous plait.
– Voici. Prenez donc aussi ce petit caramel dans cette timbale, il faut bien que mes confrères dentistes puissent assurer leur chiffre d’affaire !
- Un régal ! Un vrai sirop ce kaoua ! Que dis-je ? Un élixir divin !
– Trêve de salamalecs ! Qu’est-ce qui vous amène ? Que puis-je pour vous ?
– Une fatigue perpétuelle m’assaille. C’est comme si j’avais en permanence un fardeau sur mes épaules, qu’on me cognait sur le crâne à coups de matraque, qu’un tambour résonnait dans ma tête faisant un ramdam de tous les diables, que des dizaines de clébards aboyaient dans mes oreilles, qu’une noria de bulldozers aplanissait mes méninges … J’ai peur d’avoir quelque tare héréditaire.
– Il va falloir que je vous examine. Pourriez-vous enlever votre jaquette et votre jupe, s’il vous plait.

Ouah !!! Des sous-vêtements en satin et en mousseline ! Ah ces reflets moirés ! Votre mari est un homme comblé ! Ma femme ne porte que de ternes culottes en coton qu’elle achète au magasin du coin.
Toubib, vous me gênez ! Bornez votre zèle à de plus innocents marivaudages ! Je sens que je deviens cramoisie. Je serai bientôt aussi écarlate que les coussins de votre divan.
– Que nenni ! Le carmin vous va a ravir ! Votre beauté dépasse celle d’un nénuphar !
Toubib, votre arsenal à compliments me semble contenir un peu trop de munitions ! Si vous continuez, je pourrais en faire un almanach !
– Je crains que vous ayez une allergie à des substances chimiques. Seriez-vous en contact avec de l’ammoniac ? Vous savez ce produit que nos grands-parents appelaient l’alcali volatil.
– Non ! Je n’en ai même pas un chouilla chez moi.
– Et de la cire de bougie peut-être ? du goudron ? de la soude caustique ? du benzène ? du borax ? de l’essence de tamaris ?
– Le bois de la guitoune au fond de mon jardin qui servait d’abri pour le cheval alezan de mon oncle Archibald est entièrement goudronné. Ce vieil oncle, surnommé l’amiral car il possédait un chantier naval, a utilisé les mêmes techniques de calfatage que pour ses bateaux.
– Vous y allez souvent dans ce gourbi ?
– Oui, assez, j’y entrepose dans des couffins et dans des jarres les matières premières pour mon atelier de maroquinerie. Un vrai souk !
– Dans ce cas, le diagnostic est assez simple : vous faîtes une allergie au goudron.
– Ca se soigne ? Ou bien va-t-il falloir que je me procure un talisman pour éloigner la camarde ?
– Ca se soigne très bien ! Tout d’abord, cessez d’aller dans cette guitoune, envoyez quelqu’un d’autre à votre place. Ensuite, pendant quelques temps, un régime alimentaire strict va s’imposer. Vous ne devrez plus manger que des artichauts, des épinards, des aubergines et de l’estragon ainsi que des abricots et des oranges.
– Même pas un petit kebab ou un petit méchoui de temps en temps ? Une brick au thon albacore ?
– Non, régime strict ! Zéro viande sinon c’est l’échec assuré !
– Un petit loukoum ? Une petite baklawa ?
Kif kif ! Ah ! J’oubliais, pas d’alcool ni de sorbets non plus ! Et évitez aussi de faire trop la nouba.
– Ca fait quand même pas besef d’aliments possibles ! C’est de la mesquinerie diététique !
– Un petit effort le temps de remettre à niveau votre algorithme personnel et tout ira mieux !
Toubib vous m’assassinez ! J’ai l’impression d’avoir heurté un récif !
– Si vraiment c’est trop difficile, vous pouvez essayer le camphre.
– Vous me transformez en momie ! Je ne vais plus manger que de la camelote !
– A l’extrême rigueur vous pouvez recourir au talc dans les sinus … mais surtout à doses homéopathiques ! Par contre, évitez absolument le hachich.
Je vous écris tout cela sur une ordonnance … sauf le talc, bien entendu ! Mais où ai-je mis la rame de papier à entête ? J’ai pourtant fait récemment une razzia à l’imprimerie.
Toubib, vous me prenez pour une brêle ?
– Assurément pas ! A chaque fois que vous venez me voir c’est comme si le soleil était à son zénith, se découpant sur champ azur !
Malheureusement, l’heure tourne, cessons de faire les zouaves ! Je suis au regret de devoir vous demander de vous rhabiller chère gazelle, de remettre un voile sur vos gazes.
– Pourrais-je revenir vous voir après mes vacances ? Mon mari et moi allons faire un safari photo.
– Vous êtes toujours la bienvenue. Vos dessous satinés me distraient de toute la smala qui m’attend à la maison et des exercices d’algèbre de mon second fils. Il me prend pour un cador mais je peine ! Rendez-vous compte, hier soir, j’ai du réapprendre à calculer un azimut ! Et pour aujourd’hui, il m’a promis des problèmes d’unités : convertir des quintaux en livres.
– Bien ! Au revoir toubib. Merci pour tout et bon algèbre !
Et ... comme votre divan est avenant ... peut-être que ... la prochaine fois ... vêtue seulement d’une djellaba ... me hasarderai-je à couvrir avec votre aide mon mari de safran

Arabiquement votre

Références et compléments
- Un second épisode intitulé "la braguette du druide" vient s'ajouter à ce marivaudage diététique entre un médecin et sa patiente. Dans cette deuxième livraison, ils badinent, et même un peu plus, avec des mots d'étymologie gauloise et celtique.
- L’étymologie arabe des vocables en gras est attestée dans l’article « Mots français d’origine arabe » du dictionnaire libre Wiktionnaire.
- Impossible d’évoquer les merveilles et les recoins de la langue française sans Georges Brassens. Le texte ci-dessus contient quelques citations des chansons du barde de Sète que je vous laisse retrouver.

mardi 8 mai 2012

Tunisie sur Balkans

A Kelibia, en Tunisie, cuivres et tambours résonnent chaque soir d'été.
Ces fanfares populaires, typiques de la région du Cap Bon, s'appellent "hassinya". Elles accompagnent surtout mariages et circonsions, nombreux en juillet et en août. Les musiciens, juchés sur des pick-up Isuzu, sillonnent la ville pour animer les fêtes familiales.
Les airs joués ont peu de parenté avec la musique arabe traditionnelle mais ressemblent furieusement à ceux des fanfares balkaniques. A la nuit tombée, retentissent soudainement des mélodies improbables et légèrement dissonantes qui ne dépareraient pas les films du serbe Emir Kusturica !


Le nom "hassinya" dérive de Hussein, la dynastie beylicale qui regna sur la Tunisie de 1705 à l'indépendance en 1956. La légende veut que ces fanfares soient l'héritage de celles des troupes ottomanes qui servirent au fort de Kelibia durant environ trois siècles. Beaucoup de ces soldats, notamment des officiers, étaient originaires des Balkans, autre possession du Sultan turc. Le Bey de Tunis possédait d'ailleurs, au début du vingtième siècle, une musique militaire semblable aux "hassinya" actuels de Kelibia.


Tous les métallurgistes vous le diront, la fusion du cuivre est aisée à obtenir.
Aussi, comment ne pas rapprocher les "hassinya" de Kelibia qui bricolent leur répertoire avec, par exemple, Haïdouti Orkestar, formation gypsy-turque, qui combine des mélodies allant des Balkans à l'Afrique du Nord.
Dans les deux cas, le métissage culturel - osons le mot ! - fournit de la musique survitaminée.
La vidéo ci-dessous fournit un petit échantillon du talent d'Haïdouti Orkestar. Vous y découvrirez une danse de ventre étonnante et un accordéon balkanique un peu plus vigoureux que son cousin corrézien.


Cuivriquement votre

Références et compléments
- Les deux premières vidéos ont été tournées dans la rue par mes soins à Kelibia avec un petit appareil photo ce qui explique leur qualité approximative. La page dédiée aux fanfares balkanico-tunisiennes "hassinya" du site kelibia.fr fournit d'autres enregistrements.
- Je vous recommande la page web du Haïdouti Orkestar ainsi que trois autres vidéos de leurs prestations musicales : GezelimTurska & Padam Kolo (les amoureux de la musique qui dépote apprécieront particulièrement Padam Kolo).

mercredi 21 mars 2012

Ce cheval, quel chameau !

Une quatrième chronique djerbienne où Roland, notre guest star préférée, nous fait partager sa difficulté à maîtriser les quadrupèdes pour touristes.


A Djerba, le promène-couillon n'est pas maritime mais terrestre. Dès l'arrivée à l’hôtel, un "rabatteur" aura tenté de vous inscrire pour une randonnée dans l'ile en carriole hippomobile, à cheval ou en dromadaire …

La balade en dromadaire n'étant pas une proposition fréquente sous nos latitudes européennes, j'ai fini par y succomber.
Une heure à l'aller pour rejoindre le marché de Midoun, une heure sur place à admirer les étals de dattes et à marchander deux paires de babouches et une heure pour le retour, le programme vous semblera alléchant et sans risques. Malgré les propositions de changer d'animal à mi-course, pour passer du dromadaire au cheval, vous insisterez pour garder le fier destrier du désert à l'aller comme au retour, c'est tellement plus typique …

Las, n'est pas méhariste qui veut !
Tout d'abord, lorsque l'animal est agenouillé, la "selle" - à vrai dire le bât - est à la hauteur de l'encolure d'un cheval. L'aide du chamelier (j'ai bien cherché, le vocable dromadairier reste à inventer) est précieuse pour réussir à attraper le pommeau, puis à vous hisser sur le dromadaire pourtant placide.
Ensuite, en l'absence d'étriers, il s'agit de bien s'agripper car le bestiau vous propulse d'abord à 45° de l'horizontale en se mettant sur ses pattes antérieures, puis vous assène une vive accélération verticale lorsqu'il se hisse sur ses pattes arrières.
Et là, son pas alternatif vient rapidement rappeler à vos vagues souvenirs que le dromadaire bat l'amble. Votre postérieur s'agite suivant une courbe décrivant un huit caractéristique. La seule façon de s'adapter à cette allure consiste à laisser votre colonne vertébrale osciller en opposition de phase, sans chercher à crisper ses avant-bras sur le bât. Précisons que cet exercice est déconseillé aux personnes avec des difficultés pour enfiler leurs chaussettes le matin ou ayant été tourmentées par leur nerf sciatique.

De retour, après la visite du marché mise à profit pour négocier avec un des touristes du groupe un échange dromadaire contre cheval, vous montez rasséréné et un rien goguenard sur un noble Pur Sang arabe en laissant aux autres le plaisirs de la méharée.
Plus agréables à chevaucher, ces montures sont toutefois un brin nerveuses. Le hennissement d'un congénère au lointain, le bourdonnement d'un taon ou l'arrivée inopinée d'une mobylette suffisent à leur faire prendre le mors au dents. Votre serviteur désarçonné en a fait l'amère expérience et s'est retrouvé sur le sable.

Moralité : passés cinquante ans, sans ancêtre Touareg ou cow-boy, préférez la calèche !

Camelo-djerbiquement votre

Roland Goutay

Compléments
- Contrairement au cheval qui lève en même temps son antérieur gauche et son postérieur droit, le dromadaire et le chameau lèvent simultanément les deux pattes gauches puis les deux pattes droites. Cette allure s'appelle l'amble. Pour aller plus loin : article Wikipedia sur l'amble.


lundi 6 février 2012

Pauvre Claude G. !

Au risque de vous surprendre, en France, l'action conjointe de la gendarmerie, de la police, de la justice, de Claude G. et de ses prédécesseurs au Ministère de l'Intérieur est remarquable.
En quinze ans, les "atteintes volontaires à l'intégrité physique" ou "aux biens" ont diminué de près de 20%. En 1996, les gardiens de l'ordre avaient enregistré 51.6 "faits" pour mille habitants. En 2011, ce ratio a chuté à 41.4.

Pourtant, notre perception est très différente, la délinquance nous parait stable voire croissante.
Pourquoi une telle divergence entre réalité statistique et ressenti quotidien ?

Pour tenter de comprendre, prenons l'exemple d'un foyer standard de français dits moyens : un couple avec deux enfants. Cette famille possède un cercle de connaissances d'au moins deux cent personnes :
- Une quarantaine de relations familiales.
- Au moins dix couples d'amis ou de voisins, soit environ quarante personnes en incluant leurs familles.
- Les deux enfants de ce foyer fréquentent une dizaine de copains proches, c'est à dire une autre quarantaine de personnes.
- Ajoutons une dizaine de relations de travail et autant dans les activités sportives ou associatives, ce qui vient rajouter de l'ordre de quatre-vingt personnes.
Cela signifie qu'en 2011, notre famille-type a eu connaissance d'environ huit faits de délinquance, un toutes les six semaines !
En 1996, les connaissances de ce même foyer auraient été victimes de dix actes délictueux, soit un toutes les cinq semaines.

Nous attachons beaucoup d'importance à l'intégrité et à la sécurité de nos proches. Aussi lorsqu'un membre de notre entourage subit une agression, un vol ou une dégradation, nous le savons très vite, nous en parlons autour de nous et surtout nous nous souvenons de cet évènement pendant de nombreux mois voire années.
En prenant l'hypothèse d'une mémorisation d'un an, nous avons en permanence à l'esprit une huitaine d'actes de délinquance. En 1996, nous en avions une dizaine. La différence n'est pas flagrante, compte tenu de la non régularité de ces évènements.
Pour que l'action de la police et de la justice devienne perceptible, il faudrait, a minima, une diminution de moitié des faits délictueux, obtenue en moins de trois ans, afin que notre mémoire puisse être "vidée" rapidement.

Le même type d'impression persistante existe à propos des retards de train ou d'avion et des pannes de voiture ou d'ordinateur. Seules des divisions rapides par plus de deux ou trois des taux "de défaut" permettent de changer notre ressenti.

Pauvre Claude G., tant d'efforts pour si peu de reconnaissance !
Peut-être, afin de gagner un peu de reconnaissance bien méritée, notre futur ex-ministre de l'Intérieur devrait-il migrer vers une civilisation préférant les statistiques aux perceptions. Je lui recommande, notamment, de choisir la civilisation arabe qui a, au Moyen-Age, popularisé en Europe l'usage et la manipulation des grands nombres ...

Délictueusement votre ...

Références

samedi 14 août 2010

Un après-midi chez Marthe - Chronique tunisienne

Étrangement, le prénom féminin le plus courant à Kelibia est Marthe.
Comme souvent avec les prénoms, il s'agit d'une affaire de générations : les Marthe que je connais ont toutes plus de 30 ans et aucune jeune fille ne s'appelle ainsi.
Comme Jean en France - Jean Paul, Jean Pierre, Jean Pascal - Marthe est systématiquement un prénom composé : Marthe Ali, Marthe Habib, Marthe Tahar, etc.
A l'instar de Jean souvent complété par le prénom féminin Marie, Marthe est toujours suivie d'un prénom masculin.

Le mois d'août est incontestablement le mois des Marthe.
Chaque fin d'après midi, avec un tour de rôle mystérieux répondant à des règles aussi précises qu'obscures, une Marthe convoque une réunion familiale chez elle.
Malgré quelques variantes, le programme de l'après-midi chez Marthe relève d'une trame immuable.

Tout commence par la phase liquide. Généralement, Marthe a préparé deux types de thé : le thé-hasard qui, comme son nom ne l'indique pas, est systématiquement vert et le thé-armoire qui a pour particularité d'avoir la couleur des meubles du même nom.
A ce sujet, il y a d'ailleurs discordance entre les menuisiers qui nomment cette teinte tête de nègre et les spécialistes patentées du thé qui le disent rouge alors qu'il est noir.
Très souvent, peut-être pour préparer la dernière phase de l'après-midi, quelques sous-marins patrouillent négligemment dans le thé.

Vient ensuite la phase gazeuse. Il y a quelques années les boissons pétillantes étaient systématiquement Carla mais depuis que les cotes du Président Sarkozy et de sa dernière épouse ont piqué du nez, la couleur des gazouzes, à l'inverse du thé, dépend vraiment du hasard. Toutes sortes de pigmentations et d'aromes accompagnent désormais le gaz carbonique et le sucre.

Un après-midi chez Marthe ne saurait être pleinement réussi sans se terminer par une sérieuse phase solide. Les Marthe avec un penchant pour la construction optent pour les briques, fort heureusement sans ciment. Les autres s'orientent vers des salés, voire des glaces.
Dès le début de la phase solide, les convives montrent des velléités de départ vite contrées par l'arme secrète de la Marthe : la reteneuse.
En effet si les boîtes de nuit disposent de videurs (qui sont plutôt des filtreurs puisque leur principale mission est d'empêcher les indésirables d'entrer), les Marthe font appel en fin d'après-midi à la mystérieuse et inquiétante Mademoiselle Bikri.
Dès qu'une invitée fait mine de chercher ses mules - pour éviter toute tentative d'évasion, les invitées sont déchaussées à leur arrivée - Marthe appelle d'une voix de stentor sa reteneuse : "Mademoiselle Bikri !".
La simple évocation de ce personnage semblable à l'Arlésienne - tous en parlent mais personne ne l'a vu - suffit à calmer la volonté de fuite des invitées pendant au moins un quart d'heure.
Fort heureusement, l'effet dissuasif de Mademoiselle Bikri s'estompe avec le temps. Au bout de trois ou quatre évocations, les invitées, constatant que les issues ne sont en réalité gardées par personne, se lèvent et réussissent généralement une sortie groupée qui clôt l'après-midi chez Marthe.

Le lendemain, tout recommence chez une autre Marthe …

Tunisianiquement votre ...

Références et compléments
- Cette toute première chronique tunisienne a été complétée en août 2012 par un précis de survie phonétique en Tunisie ainsi que par une seconde livraison de ces conseils linguistiques.