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jeudi 5 janvier 2012

Glaciation 2 - chronique franco-indienne


Quelques semaines en arrière, je brocardais l'amour infini de l'Inde pour la climatisation qui avait eu raison de ma voix lors de mon dernier séjour au pays de Gandhi.
Alors que la température extérieure oscillait entre 18°C et 25°C, les torrents d'air glacé fournis par la ventilation maintenaient les bureaux nettement en dessous de 20°C.
Malgré ces conditions frisquettes, mes camarades indiens, plus robustes que moi sur le plan ORL, n'étaient alors vêtus que de chemises légères à manches courtes.

En ce moment, des collègues de Bangalore sont en visite à Grenoble.
S'il est indéniable que l'ambiance du Dauphiné en hiver est nettement plus fraiche que celle du Karnataka, nos locaux ont le bon goût d'être chauffés à environ 20°C.
Toutefois, nos amis indiens peinent à y survivre. Seuls des anoraks  et des pulls très épais portés en permanence leur permettent de surmonter le froid glacial régnant dans nos bureaux et hôtels polaires.

La frilosité a ses raisons que le thermomètre ne connait point.

Climatiquement votre

Compléments
- Merci à Laurent qui m'a soufflé le thème de cette chronique.

mercredi 9 novembre 2011

Le silence me joue des tours - Chronique indienne


L'Inde est le pays des sagesses et spiritualités ancestrales.
L'hindouisme est la plus vieille religion du monde, elle est attestée depuis au moins huit mille ans.
Le judaïsme, avec ses quatre mille ans d’existence, manque encore un peu de maturité. Vus d'ici, le christianisme et l'Islam sont vraiment de jeunes freluquets.
D'ailleurs, forte de son ancienneté sur le marché du spirituel, l'hindouisme est une des rares religions à ne pas se proclamer universelle et à admettre l'existence, à ses côtés, d'autres croyances.

Bref, tout cela, pour vous annoncer que, depuis hier, j'ai cessé de médire et me suis mis, derechef, à méditer.
Je ne sais pas si j'ai trouvé la voie mais, une chose est sure, j'ai perdu la voix.
La climatisation omniprésente a eu raison de mes cordes vocales. Comme je ne peux plus causer, je pense … en tous les cas, j'essaie !

Cette situation a beaucoup d'aspects positifs. Je ne fais plus aucune faute grammaire ou de prononciation en anglais et tous mes collègues comprennent désormais ce que je dis. La Pentecôte a du passer par Bangalore car je suis capable de m'exprimer de façon identique dans tous les idiomes de la terre.

Toutefois, pour surmonter mon déficit d'expression orale, j'envisage très sérieusement de me mettre au langage des sourds-muets, notamment demain où je dois participer à une conférence téléphonique professionnellement importante. D'un coté de la ligne, l'effet apaisant doit être certain et, de l'autre, quelques sourires devraient apparaître.

Du fond de mon silence méditatif, je me pose une question existentielle : un gaucher baragouinant en langue des signes ne serait-il pas l'avatar d'un indien parlant le français comme une vache sacrée espagnole ?

Méditativement votre

Compléments
Je vous recommande l'article Wikipedia sur les "tours du silence" ainsi que le roman La Morte du Bombay Express de Sarah Dars qui évoquent ces bizarres monuments religieux et funéraires des parsis, version indienne des zoroastriens, une des cinquante et quelques religions recensées au pays de Gandhi.

samedi 5 novembre 2011

Glaciation - Chronique indienne


Même si la semaine dernière, l'Inde célébrait Diwali, la fête de la lumière, l'éclairage est franchement intermittent.
Le déficit d'électricité est colossal. La demande de consommation excéderait de 20% les capacités nationales de production. Résultat des courses, les différents quartiers de la ville sont successivement et sans préavis mis dans le noir par l'EDF locale.
Pour le pékin moyen, pardon le bangalore inférieur, les conséquences sont désastreuses : lumière, TV et réfrigérateur s'arrêtent des heures entières. Pour les gens un peu aisés et les entreprises, ce n'est guère un problème. Des myriades, pardon des lakhs, de groupes électrogènes rétablissent le courant après quelques secondes de coupure.

Etrangement, à Bangalore ou à Mumbai, où l’activité tertiaire prédomine, l'essentiel de l’électricité sert à conditionner l'air.
Quand la température extérieure excède 35°C, cela se comprend, même si il est permis de douter que refroidir les lieux de vie à 20°C soit optimal.
Actuellement, le mercure oscille entre 18°C et 25°C. Pourtant dans les bureaux, à l'hôtel et dans les taxis, la climatisation reste à bloc. En conséquence, depuis une semaine, je me les gèle ! J'enfile un pull, non pas en sortant, mais en entrant dans les bâtiments. A ce rythme, on pourra bientôt croiser des eskimos sous les tropiques.
A l'inverse de votre serviteur, mes collègues semblent satisfaits de travailler dans un entrepôt frigorifique et de passer l’année enrhumés et enroués.
Dans leurs bureaux, des posters enjoignent d’économiser l’énergie, aussi chacun éteint assidument les néons inutiles, pourtant très frugaux en électricité. Dans le même temps, des mètres cube d’air polaire, voraces en kilowattheures, vous coulent sur la tête.

Face à cette gabegie d’électrons et de carbone, seule ma diplomatie légendaire m'interdit, entre deux frissons et en utilisant l’acronyme anglais, de dire à mes amis indiens que pour avoir plus de lumière(s), il suffit d’avoir moins l’aircon.

Frigorifiquement votre