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mercredi 19 juin 2013

En pyjama dans la véranda du bungalow - Exercice de style franco-indien

La langue française, réceptacle quasi-universel, recèle quelques mots venus d’Inde, beaucoup d’origine tamoule, certains autres issus du sanskrit  La plupart de ces vocables ont transité par l’arabe, le portugais ou l’anglais avant d’atterrir dans le langage de Molière.
Afin de clôturer une longue et belle série, entamée il y a plus de deux ans, de déplacements professionnels au pays de Gandhi et de rendre hommage à mes hôtes, voici un court récit imaginaire reprenant l’essentiel du glossaire indo-français.

Désireux d’expérimenter le nirvana en ce bas monde et de ne plus être traité en paria, je quittais sans regret l’Europe aux anciens parapets et rejoignais en catamaran un atoll indien.

Délaissant ma chemise, je ne m’habillais que de châles et de pyjamas et passait le plus clair de mon temps dans la véranda d’un bungalow ombragé. Sirotant un punch frais et sucré et grignotant quelques biscuits au tapioca, je savourais les senteurs de patchouli et de vétiver de la jungle toute proche.

L'excès d’alcool troubla un peu ma vision, je crus apercevoir l'avatar d’un tank, ce n’était qu’une pagode construite par d’anciens coolies, en haut de laquelle sifflaient, menaçants, quelques anacondas. Me prenant pour un barde, voire pour un gourou, j'agitais un calicot pour tenter de mettre en fuite ces inquiétants serpents.

Furieux de mon imprudence, mes voisins me passèrent un savon, pardon un shampoing au camphre !
Pour faire cesser ce vigoureux traitement, je dus promettre d’aller m'inscrire à une séance de yoga afin de retrouver ma sérénité et d’améliorer mon karma.

Indiennement votre

अलविदा बंगलौर   ಗುಡ್ಬೈ ಬೆಂಗಳೂರು   Goodbye Bangalore

Références et compléments
- A part chemise, je n'ai pas cité dans cette chronique les mots indo-européens très anciens que l'on retrouve tant en sanskrit que dans les langues européennes. Je me suis limité aux vocables originaires de l'Inde et passés en français depuis la Renaissance.
- Dans la même veine linguistique : "du satin sur le divan du toubib : il y a de l'arabe dans le français" et "la braguette du druide : il reste du gaulois dans le français".
- Voir aussi les autres chroniques indiennes
- Principale source : article sur les mots français d'origine indienne du Wiktionnaire.

dimanche 25 novembre 2012

Des noix et des rouleaux au coeur de l'Inde

L'humanité est une espèce dure de la feuille. Quelles que soient nos origines, nous avons en commun de difficilement détecter les sons absents de notre langue maternelle, ce qui ne facilite pas l'apprentissage des idiomes dits étrangers.
A l'inverse, l'orthographe et, même, la grammaire, sont des spécialités françaises et britanniques. Plus on s'éloigne dans l'espace et dans le temps de Molière et Shakespeare, moins l'écriture juste est valorisée.
Quelques exemples glanés au cours d'une récente visite à Bangalore en Inde.

- Un collègue indien, cloué au lit par une vis dans le genou, m'a envoyé un sympathique  petit mail pour me souhaiter la bienvenue à Bangalore et regretter de ne pouvoir me rencontrer. Soucieux de montrer sa francophilie, le message débutait par "Bonojo", transcription phonétique de bonjour pour des oreilles habituées aux sonorités du kannada, la langue du Karnataka.

- Le buffet de desserts du restaurant de l'hôtel où j'ai séjourné proposait de succulents rouleaux au profit, des "profit rolls". Fort heureusement, cette gourmandise chocolatée n'était pas nappée de sauce financière.

- Bizarrement, j'ai découvert dans un document que nous proposions de voler des noix - "steal nuts" - pour améliorer le produit industriel sur lequel nous travaillons.  J'ai fini par comprendre qu'il s'agissait d'ajouter des écrous en acier, "steel nuts".

Phonétiquement votre

Références et compléments
- Les joies de la phonétique, des distorsions auditives et de l'orthographe ont été abordées plusieurs fois dans Humeurs Mondialisées.
. A propos de l'Inde, voir "Rosbif au curry".
. Au sujet de la Tunisie, voir "Un après-midi chez Marthe" et "Survie linguistique en Tunisie".

jeudi 8 mars 2012

Misère en Inde

Même après cinq voyages en un peu plus d'un an, il est impossible de s'habituer à l'écart abyssal de niveau de vie entre l'Inde et la France.

En déplacement professionnel au pays de Gandhi, salles de réunion climatisées, hôtels de luxe et focalisation sur le "business" ne suffisent pas à vous éviter le contact avec la misère absolue.
Dans les villes, des huttes discrètes sont érigées sur chaque terrain vague et, notamment à Mumbai, les trottoirs peuvent devenir des logements.
Hier, à Bangalore, devant l'usine, des travaux avaient lieu pour équiper "Electronics City" de fibres optiques afin que les entreprises disposent d'internet à haut débit. Parmi les dizaines de manœuvres, un adolescent de quinze ans creusait une tranchée avec un simple fer à béton. L'équiper d'une pelle et d'une pioche aurait probablement coûté beaucoup plus cher que son salaire.

Un ouvrier indien d'une entreprise de sous-traitance mécanique gagne, dans une grande ville, environ 90 euros par mois. Ce revenu mirobolant fait de lui un privilégié par rapport aux journaliers du secteur dit "informel" ou de l'agriculture.
Que les bons esprits économiques se rassurent, à ce prix là, ni impôts ni charges sociales ne sont exigés. Cela tombe d'ailleurs plutôt bien, car, à part des écoles à la pédagogie sommaire et une police corrompue, la majorité de la population ne bénéficie d'aucun service public ou protection sociale.

Toutefois la comparaison entre France et Inde n'est pas exempte de paradoxes.
Est-ce une conséquence du système hiérarchiques des castes, la patrie de Nehru ne semble avoir aucun problème pour étaler sa misère en tous lieux, y compris dans les zones huppées.
A l'inverse, la France, dont l'égalité figure pourtant dans la devise nationale, a un problème avec le bas de sa pyramide. Ils sont relégués dans des quartiers spécifiquement dédiés. Ils sont aussi mis à l'écart du langage officiel, les expressions "défavorisés", "rmistes" ou encore "populations fragiles" sont préférées à pauvres ou miséreux.

Indianiquement votre

jeudi 5 janvier 2012

Glaciation 2 - chronique franco-indienne


Quelques semaines en arrière, je brocardais l'amour infini de l'Inde pour la climatisation qui avait eu raison de ma voix lors de mon dernier séjour au pays de Gandhi.
Alors que la température extérieure oscillait entre 18°C et 25°C, les torrents d'air glacé fournis par la ventilation maintenaient les bureaux nettement en dessous de 20°C.
Malgré ces conditions frisquettes, mes camarades indiens, plus robustes que moi sur le plan ORL, n'étaient alors vêtus que de chemises légères à manches courtes.

En ce moment, des collègues de Bangalore sont en visite à Grenoble.
S'il est indéniable que l'ambiance du Dauphiné en hiver est nettement plus fraiche que celle du Karnataka, nos locaux ont le bon goût d'être chauffés à environ 20°C.
Toutefois, nos amis indiens peinent à y survivre. Seuls des anoraks  et des pulls très épais portés en permanence leur permettent de surmonter le froid glacial régnant dans nos bureaux et hôtels polaires.

La frilosité a ses raisons que le thermomètre ne connait point.

Climatiquement votre

Compléments
- Merci à Laurent qui m'a soufflé le thème de cette chronique.

mercredi 9 novembre 2011

Le silence me joue des tours - Chronique indienne


L'Inde est le pays des sagesses et spiritualités ancestrales.
L'hindouisme est la plus vieille religion du monde, elle est attestée depuis au moins huit mille ans.
Le judaïsme, avec ses quatre mille ans d’existence, manque encore un peu de maturité. Vus d'ici, le christianisme et l'Islam sont vraiment de jeunes freluquets.
D'ailleurs, forte de son ancienneté sur le marché du spirituel, l'hindouisme est une des rares religions à ne pas se proclamer universelle et à admettre l'existence, à ses côtés, d'autres croyances.

Bref, tout cela, pour vous annoncer que, depuis hier, j'ai cessé de médire et me suis mis, derechef, à méditer.
Je ne sais pas si j'ai trouvé la voie mais, une chose est sure, j'ai perdu la voix.
La climatisation omniprésente a eu raison de mes cordes vocales. Comme je ne peux plus causer, je pense … en tous les cas, j'essaie !

Cette situation a beaucoup d'aspects positifs. Je ne fais plus aucune faute grammaire ou de prononciation en anglais et tous mes collègues comprennent désormais ce que je dis. La Pentecôte a du passer par Bangalore car je suis capable de m'exprimer de façon identique dans tous les idiomes de la terre.

Toutefois, pour surmonter mon déficit d'expression orale, j'envisage très sérieusement de me mettre au langage des sourds-muets, notamment demain où je dois participer à une conférence téléphonique professionnellement importante. D'un coté de la ligne, l'effet apaisant doit être certain et, de l'autre, quelques sourires devraient apparaître.

Du fond de mon silence méditatif, je me pose une question existentielle : un gaucher baragouinant en langue des signes ne serait-il pas l'avatar d'un indien parlant le français comme une vache sacrée espagnole ?

Méditativement votre

Compléments
Je vous recommande l'article Wikipedia sur les "tours du silence" ainsi que le roman La Morte du Bombay Express de Sarah Dars qui évoquent ces bizarres monuments religieux et funéraires des parsis, version indienne des zoroastriens, une des cinquante et quelques religions recensées au pays de Gandhi.

dimanche 6 novembre 2011

Le monde est mondial - Chronique indienne


Hier, j’ai testé, avec un collègue indien, la mondialisation dans les zones commerciales de Bangalore.

Notre première destination a été "Old Bangalore", lacis inextricable de ruelles et d'échoppes grouillant de monde et de véhicules, le tout baignant dans une odeur de deux temps mal réglé et un boucan assourdissant. A coté de cela, le souk du lundi dans notre rue de Kelibia, c'est la Suède ou la Suisse !
A l'exclusion des produits frais, tout s'y vend : sarees, soutien-gorge, peluches, cadres, plomberie, ventilateurs,  purificateurs d’eau, téléphones, lampes, petit mobilier …
Sans oublier, bien sur, des disjoncteurs ! Nous sommes entrés dans plusieurs boutiques étroites où des vendeurs nous ont déballé les modèles en vogue. Parmi eux, des produits, désormais fabriqués au pays de Gandhi, dont j’avais participé au développement il y a presque vingt ans. A l’époque, l'Inde était une économie fermée, quasi-soviétique, symbole de pauvreté et de malnutrition. Il était alors inconcevable d’imaginer que ces gammes, conçues pour l'Europe de l'Ouest, pourraient, un jour, y être commercialisées.

Ensuite, nous nous sommes rendus dans un des nombreux "shopping malls"  (centre commerciaux) qui poussent comme des champignons (rien qu'hier, j'en ai compté huit différents). La moitié des marques présentes sont internationales et les boutiques sont les mêmes qu'à Grenoble, Sao Paulo ou Madrid.
La clientèle est nettement moins diverse qu'à "Old Bangalore". Seule, la "classe moyenne" vient communier en masse dans ces temples de la consommation. Ces nouveaux croyants sont chaque jour plus nombreux à venir gouter la modernité avec avidité. Ainsi, à plusieurs reprises, j'ai observé des familles hésiter au bord des escalators qu'ils empruntaient manifestement pour la première fois. Des petits gamins endimanchés, ravis de ces nouvelles sensations, enchainaient à un rythme infernal montées et descentes mécanisées, pendant que leurs grands-parents les couvaient des yeux avec un large sourire.

Nous avons terminé dans un "restaurant français" où des familles indiennes dégustaient spaghetti bolognese, mezze, pizza margharita, goulash, camembert et baklawas.
Ayant vu sur le "feedback form" (formulaire de satisfaction quasi-systématique dans les restaurants où je suis allé) que j'étais français, le patron nous a rattrapé alors que nous sortions pour me dire personnellement et dans la langue de Molière "au revoir et merci".

Franco-globalement votre

samedi 5 novembre 2011

Glaciation - Chronique indienne


Même si la semaine dernière, l'Inde célébrait Diwali, la fête de la lumière, l'éclairage est franchement intermittent.
Le déficit d'électricité est colossal. La demande de consommation excéderait de 20% les capacités nationales de production. Résultat des courses, les différents quartiers de la ville sont successivement et sans préavis mis dans le noir par l'EDF locale.
Pour le pékin moyen, pardon le bangalore inférieur, les conséquences sont désastreuses : lumière, TV et réfrigérateur s'arrêtent des heures entières. Pour les gens un peu aisés et les entreprises, ce n'est guère un problème. Des myriades, pardon des lakhs, de groupes électrogènes rétablissent le courant après quelques secondes de coupure.

Etrangement, à Bangalore ou à Mumbai, où l’activité tertiaire prédomine, l'essentiel de l’électricité sert à conditionner l'air.
Quand la température extérieure excède 35°C, cela se comprend, même si il est permis de douter que refroidir les lieux de vie à 20°C soit optimal.
Actuellement, le mercure oscille entre 18°C et 25°C. Pourtant dans les bureaux, à l'hôtel et dans les taxis, la climatisation reste à bloc. En conséquence, depuis une semaine, je me les gèle ! J'enfile un pull, non pas en sortant, mais en entrant dans les bâtiments. A ce rythme, on pourra bientôt croiser des eskimos sous les tropiques.
A l'inverse de votre serviteur, mes collègues semblent satisfaits de travailler dans un entrepôt frigorifique et de passer l’année enrhumés et enroués.
Dans leurs bureaux, des posters enjoignent d’économiser l’énergie, aussi chacun éteint assidument les néons inutiles, pourtant très frugaux en électricité. Dans le même temps, des mètres cube d’air polaire, voraces en kilowattheures, vous coulent sur la tête.

Face à cette gabegie d’électrons et de carbone, seule ma diplomatie légendaire m'interdit, entre deux frissons et en utilisant l’acronyme anglais, de dire à mes amis indiens que pour avoir plus de lumière(s), il suffit d’avoir moins l’aircon.

Frigorifiquement votre

vendredi 13 mai 2011

Orientations successives - Chronique indienne


Beaucoup d'indiens semblent posséder un trait culturel commun. Pour réaliser une tâche complexe, ils préfèrent se lancer dans l'action, procéder par petites étapes et effectuer des réajustements successifs plutôt que de commencer par établir un plan de bataille général et ensuite essayer de s'y tenir.
Cette façon d'agir qui permet une adaptation rapide aux imprévus et aux environnements changeants est très efficace en développement de logiciels ou de produits nouveaux.

Toutefois, pour les trajets en voiture, les résultats peuvent être surprenants.
Apparemment, tout chauffeur de taxi qui se respecte se lance vers ce qu'il espère être la direction générale de la destination finale et avise en cours de route sans véritablement d'états d'âme.

Ainsi, cette semaine, en fin de journée, mon collègue et moi devions aller de notre lieu de travail, d'abord à notre hôtel déposer nos affaires, puis chez des amis qui nous avaient invité à diner.
Le taxiste bangalorien avait lui un autre agenda. Il souhaitait d'abord se rendre dans une station service. Pour ce faire, nous partîmes à quatre vingt dix degrés de la direction de l'hôtel, sans autre explication que "Oil India". Arrivé aux pompes, notre conducteur ne fit pas remplir son réservoir mais récupéra quelques billets de banque des mains d'un passant.

En repartant de cet étonnant ravitaillement, un second virage à angle droit nous fit carrément tourner le dos à l'hôtel.
Une amorce de discussion tourna court car notre panoplie linguistique (français, anglais, basque) s'avéra peu utile pour dialoguer en kannada ou en hindhi.
J'appelais alors notre ami par téléphone pour qu'il reprogramme à distance le chauffeur. Notre conducteur, ne connaissant pas notre hôtel, avait pris sur lui de shunter cette étape.
A force de discussions, il finit par capter que nous avions un arrêt à effectuer avant de traverser toute la ville et que notre hôtel était situé à environ deux kilomètres d'un restaurant où il savait se rendre.
En s'approchant de l'hôtel, il voulut piquer droit sur le restaurant, ce qui nécessita une nouvelle reprogrammation. Tel Jean-Luc Mélenchon, je lui criais "left, left, left, left !" jusqu'à ce qu'il se décide à effectuer une acrobatique arabesque au milieu d'un carrefour bondé.
Après nous être changé, nous réussîmes, quelque temps plus tard, à rejoindre nos amis, après seulement deux autres réorientations téléphoniques.

Une petite précision pour conclure : Bangalore est la capitale mondiale du logiciel et la plupart des GPS y sont programmés …

Je me reconfigure en mode gaulois tout en restant indianiquement votre …

Compléments lexicaux et linguistiques
- Oil India, littéralement Huile Indienne, première marque de carburant en Inde.
- Le kannada est la langue couramment parlée dans l'état indien du Karnataka dont la capitale est Bangalore.
- L'hindi est la langue nationale indienne, dérivée du sanscrit et assez proche du mahrati, la langue parlé autour de Mumbai / Bombay.
- Left est le terme anglais pour gauche.

jeudi 12 mai 2011

Six fois six trente-sept - Chronique indienne


Si la majorité de la planète se passionne pour le football, le sous-continent indien ne jure que par le cricket. Lors de la récente coupe du monde, entre février et avril de cette année, Bangladesh, Pakistan, Sri Lanka et Inde ont concouru pour les meilleures places.

Dimanche dernier, invité par des collègues, j'ai assisté à un match de l'IPL - India Premier League, équivalent cricketologique de la Ligue des Champions - entre l'équipe de Bangalore et celle de Calcutta.
Le cricket résiste par bien des aspects à la logique cartésienne. Aussi, je vais tenter de vous le décrire mais certainement pas de vous l'expliquer.

Comme au football, deux équipes de onze joueurs s'affrontent en deux manches successives. Toutefois, le terrain est circulaire.
Une des équipes aligne la totalité de son effectif mais l'autre n'envoie sur le terrain que deux représentants munis de jambières, d'un casque et d'une batte.

Ce jeu est en fait un hybride du hockey et du handball.
Le handball est pratiqué par l'équipe dont les onze joueurs sont sur le terrain : un tireur de penalties et dix gardiens de buts.
Les deux joueurs casqués tentent avec leurs battes de repousser avec leur crosse les penalties qui leur sont adressés, à l'instar des hockeyeurs.
Lorsque la balle part loin, un des dix goals essaie de la récupérer avant qu'elle ne sorte. Parfois, les deux batteurs, après avoir dégagé leur camp, courent un peu, probablement pour rester chauds, en dépit des trente-cinq degrés à l'ombre.
Le meilleur moyen de marquer des points est d'envoyer la balle en touche.
Quatre points, pardon quatre runs, sont marqués lorsque la touche est indirecte et six si elle est directe.
Faire un "six" est l'équivalent de l'essai transformé au rugby (qui rappelons-le vaut sept points).
Deux cages microscopiques, instables et sans filet situées derrière les batteurs complètent le dispositif.
Si le tireur de penalties ou un  gardien de but réussit un poteau et bousille la cage, la clameur du stade devient intense, bien que l'impact sur le score ne soit pas évident.

Chacun des onze joueurs présents est, tour à tour, tireur de penalties. Il shoote six fois d'affilée. Cette série de lancers s'appelle un over.
Mes collègues m'ont expliqué que, par over, un maximum de trente-six runs est possible : six tirs pouvant chacun faire l'objet d'un "six" (soit en rosbif au curry "six sixes"). Une telle succession est exceptionnelle en compétition de haut niveau.
Pourtant, ce dimanche 8 mai 2011, au stade Chinnaswamy de Bangalore, Chris Gayle, joueur caribéen de l'équipe de Bangalore, a réussi trente-sept runs en un seul over. Il a systématiquement balancé la balle dans les tribunes à grands coups de batte et le public était proche de la transe.
A en croire le journal le lendemain, il s'agit de la seconde meilleure performance de l'histoire du cricket. En 1998, un obscur anglais du Surrey a atteint trente-huit runs en un over.

Comment ces types ont-ils franchi le mur apparemment fatidique des trente-six runs par over, je n'en sais strictement rien. Un sport inventé par les britanniques et adopté par les indiens ne peut révéler sa substantifique moelle en une seule après-midi …

Cricketiquement votre …

vendredi 6 mai 2011

Aphorismes indiens


- Je n'ai vu, en Inde, aucun des célèbres cochons éponymes. Peut-être, les britanniques les ont-ils exfiltrés en Guinée après l'indépendance …

- J'ai mangé dans un restaurant servant de la nourriture indienne tout en diffusant de la musique grecque, mes intestins auraient peut-être préféré le contraire …

- "Parlez vous indien ?" est vraiment une question dénuée de sens.
Il y a des lakhs (voir précédente chronique) de langues et aussi d'alphabets en Inde. Aussi pour se comprendre, mes collègues utilisent surtout l'anglais …

- Le logiciel est de plus en plus une spécialité de l'Inde, et plus particulièrement de Bangalore. Cette facilité à se mouvoir dans l'immatériel et le théorique déteint apparemment sur les travaux routiers : il y a un nombre impressionnant d'autoroutes urbaines virtuelles avec des lakhs de piles de pont et aucun tablier …

- Nasik est une ville beaucoup plus petite et provinciale que la cosmopolite et hectique Bangalore, dont j'ignorais totalement l'existence quelques mois en arrière et qui ne possède que 1.153 millions d'habitants …

Indianiquement votre …

mercredi 4 mai 2011

Italie, Brésil, Inde, on nous ment - Chronique indienne


A force de voyager pour des motifs professionnels, je suis parvenu à la conclusion regrettable que les géographes et les guides touristiques nous bourrent gravement le mou !

En effet, ils omettent systématiquement d'indiquer que, dans les pays de travail, le jour est beaucoup plus court qu'ailleurs sur la planète.
Je n'ai pas d'explication astronomique à ce phénomène singulier, mais si vous mettez le nez dehors, presque chaque fois, il fait nuit !
Les monuments historiques que vous croisez sont affectés souvent par une éclipse de soleil.
Il aura fallu que j'aille à Bergame, mensuellement, pendant plus de deux ans pour que l'Astre Suprême veuille bien honorer de ses rayons Citta Alta.
En Inde, c'est pareil ! La route menant du centre de Bangalore à l'aéroport n'est manifestement pas le meilleur endroit pour bronzer. Je me demande, d'ailleurs, comment mes collègues locaux font pour avoir la peau si mate.

Le patrimoine de ces contrées de labeur est aussi très surfait.
Qui sont donc les infographistes de talent qui réussissent à nous faire croire à l'existence du Taj Mahal, de la basilique Saint Marc ou du pain de sucre carioca ?
Les rares curiosités visitables et visitées sont le génie autoroutier des XXèmes et XXIèmes siècles, le manque récurrent d'harmonie des zones industrielles et l'universalité patente des immeubles de bureaux !
Les entreprises multinationales ont rendu réelle l'utopie du regretté Karl Marx : les prolétaires (et même un peu plus) de tous les pays sont désormais vraiment unis, au moins dans leur environnement de travail.

Afin de lutter contre les lamentables mensonges du complexe touristico-géographique, je vous conseille, s'il vous prend l'idée étrange de vous rendre dans les patries de Dante, de Santos-Dumont ou de Gandhi, de balancer dans la poubelle la plus proche vos guides verts, bleus ou blancs.
En contrepartie, il est prudent, avant tout départ, de se procurer un manuel de procédures industrielles du meilleur aloi qui vous facilitera grandement la communication avec les autochtones.

Professionnellement votre …

mardi 3 mai 2011

Lettre ouverte à Mr Claude G. - Chronique indienne


Mon cher Claude (je me permets de vous appeler ainsi car je séjourne dans un pays où dès que l'on connaît quelqu'un, on utilise son "premier nom").

En arrivant la nuit dernière à l'aéroport de Bangalore dans l'état du Karnataka en Inde, je nourrissais les pires craintes.

Je voyage avec un basque pendu aux miennes. Le bayonnais, c'est bien connu, c'est de la graine d'etarra …

Oussama venait juste d'être envoyé au tapis par Obama, qui plus est, au Pakistan, pays voisin récemment battu au cricket.
Les services de sécurité indiens, c'est bien connu, n'allaient pas manquer d'être sur les dents, les séides de l'infâme barbichu ayant déjà frappé plusieurs fois aveuglément la plus grande démocratie du monde.

A ce propos, l'Inde est une jeune démocratie, de seulement un peu plus de 60 ans et d'un milliard d'électeurs.
Une démocratie balbutiante, c'est bien connu, est forcément beaucoup plus imparfaite que la Patrie des Droits de l'Homme et ses 222 ans d'exemplarité. Il est peu probable que sa police sache se tenir aussi bien que celle de la République Française.

Mes sympathies tunisiennes, et donc arabes, n'allaient pas manquer de sauter à la figure du premier pandore enturbanné venu (Eh oui, le turban c'est indien, mon cher Claude. Ici beaucoup de flics et militaires l'arborent fièrement) .
. Je possède grâce à vos services un passeport d'un vert seyant, couleur de l'islam.
. Il est désormais orné de tampons de la Carthage post révolutionnaire.
. Et, en plus, je trimballe "le Guépard" de Lampedusa (j'ai bien dit Lampedusa, mon cher Claude) dans ma valise !
Le tunisien, c'est bien connu, ne cherche, par les temps qui courent, qu'à exporter sa pagaille dans des contrées paisibles, plutôt que de relancer son industrie touristique mise à mal par le soulèvement du jasmin.

Enfin, pour rallier la Silicon Valley indienne, j'avais traversé pas moins de deux frontières dites Schengen, ayant transité par Genève et Francfort.
Oser franchir une frontière ouverte avec des papiers en règle, c'est bien connu, est un signe indéniable de sédition, voire d'anarchie.

Bref, l'etarra et le franco-tunisien n'en menaient pas à large à la sortie de l'avion. La police indienne n'allait pas manquer de nous refouler illico presto vers la capitale de la saucisse et la cité de Calvin.

Quelle ne fut pas notre surprise, mon cher Claude, d'être accueilli tout d'abord par un poster géant annonçant fièrement "India Immigration welcomes you".
Ce qui donne grosso modo en français "la Police de l'Air et de Frontières est heureuse de vous accueillir" (vous avez bien lu, mon cher Claude, le verbe accueillir).
Quelques minutes après, un fonctionnaire, souriant, en civil, vérifiait nos passeports et visas, tout en blaguant sur la couleur étonnamment verte de mon passeport pour daltonien.
Encore plus surprenant, il nous laissait pénétrer sans encombre sur le territoire de l'Union Indienne.

Un collègue de travail à qui je racontais l'anecdote (Eh oui, mon cher Claude, j'ai aussi des collègues indiens), me disait "for us guest is God", chez nous l'hôte est un Dieu.

Alors, mon cher Claude, je vous suggère d'envoyer votre PAF en stage au pays de Gandhi et, surtout, de lui demander d'ACCUEILLIR les migrants, tunisiens ou pas, possédant des papiers en règle !

Schengeniquement votre …