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lundi 7 avril 2014

La politique française à marée basse

C'est à marée basse qu'on découvre ceux qui nagent sans maillot.
Warren Buffet
Les récentes élections municipales françaises sont un formidable désaveu de la classe politique dans son ensemble, avant d'être une défaite pour la majorité de gauche ou une victoire de la droite et de l'extrême-droite .

Pour en juger, j'ai recalculé les résultats, non pas en fonction des suffrages exprimés, mais d'après le nombre d'inscrits. J'ai aussi regroupé tous ceux qui se sont mis hors vote, soit en s'abstenant, soit en votant blanc ou nul.

Nationalement, au premier tour, 2 électeurs sur 5 ont déserté le scrutin.
La droite et le centre, qui se sont autoproclamés premier parti de France, n'ont rallié qu'un citoyen sur 3.
Les tenants de François Hollande n'ont pas dépassé 1 sur 6.
Les extrêmes et inclassables de tous poils n'ont attiré qu'une personne sur 10.

Résultats du 1er tour des élections municipales françaises de 2014

Dans presque chaque commune, les scores sont similaires et aux antipodes des titres de la presse.

Ainsi, en Isère, à Meylan où je réside, l'amère maire sortante a été réélue par un tout petit tiers des électeurs, presque autant que la liste de gauche.
Les hors vote ont représenté plus d'un inscrit sur 3.

Résultats du 2nd tour des élections municipales 2014 à Meylan (Isère)

À Grenoble, à écouter gazettes et gagnants, un raz de marée daltonien - vert et rouge - redessinerait les contours d'une nouvelle gauche.
Ce n'est pourtant qu'une vague vaguelette !
Seul un petit quart des grenoblois a soutenu la liste menée par Eric Piolle, alors que plus de 4 électeurs sur 10 ont boudé les urnes.
L'équipe sortante, totalement déconfite, n'a convaincu qu'un citoyen sur 6.
Quant aux candidats de droite, ils ont obtenu un résultat inversement proportionnel à leur performance judiciaire.

Résultats du 2nd tour des élections municipales 2014 à Grenoble (Isère)

À Béziers, le triomphe de l'extrême-droite n'est qu'une petite victoire aux points.
Robert Ménard, le reporter du front d'hier, n'a attiré que 2 biterrois sur 7.
Même dans cette ville où l'enjeu symbolique était élevé et où quatre listes se disputaient le second tour, un tiers des habitants a refusé le vote.

Résultats du 2nd tour des élections municipales 2014 à Béziers (Hérault)

Abstentionniquement votre

Références et compléments
- Les graphiques et pourcentages ont été déterminés à partir des chiffres officiels du ministère de l'intérieur français.

jeudi 11 avril 2013

Jean-François Copé n'est pas le seul bénéficiaire de l'argent du trafic d'armes

Le cas Cahuzac a fait réapparaître sur le devant de la scène médiatique nombre d'affaires politico-financières.
Ainsi, les photos de Jean-François Copé en vacances en compagnie du businessman Ziad Takieddine et d'avenantes jeunes femmes ont, à nouveau, largement circulé sur les réseaux sociaux.
Les internautes reprochent au maire de Meaux, non pas de bronzer son crâne d'œuf de concert avec plus chauve que lui, mais de bénéficier des largesses d'un trafiquant d'armes.
S'en prendre ainsi exclusivement au patron bourreur d'urnes de l'UMP est parfaitement injuste !
Le comportement du sieur Copé est aussi celui, malheureusement, de nombreuses autres personnalités françaises jusqu'ici insoupçonnées.

Prenant exemple sur d'autres gazettes électroniques, après une enquête minutieuse sur internet, Humeurs Mondialisées est en mesure de révéler une liste explosive de plusieurs noms ayant reçu directement de l'argent gagné par un marchand de mort :

- Serge Haroche, Georges Charpak, Pierre-Gilles de Gennes et Louis Néel, physiciens
- Jules Hoffmann, immunologue
- Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier, inventeurs du virus du SIDA
- Maurice Allais, économiste équilibriste
- Albert Schweitzer, prototype du médecin humanitaire
- J.M.G. Le Clézio, Albert Camus, François Mauriac et André Gide, écrivains
- La famille Curie, scientifiques en série

Ces célébrités ont, au sens strict, tiré profit de la guerre et du terrorisme.
En effet, elles ont toutes été récompensées par au moins un Prix Nobel. La somme conséquente remise à chaque récipiendaire provient directement de l'héritage d'Alfred Nobel, décédé sans enfant.
Cet inventeur et industriel suédois a fait, dans la seconde partie du XIXème siècle, fructifier et prospérer la fabrique familiale d'armements et de munitions.
Plus soucieux de la sécurité de ses employés que de celle de ses clients, ce grand philanthrope a mis au point la dynamite, beaucoup moins dangereuse à fabriquer et à transporter que le fulmicoton ou la nitroglycérine alors utilisés pour pulvériser son prochain.
La commercialisation de cette éclatante innovation ainsi que de quelques autres pétards et escopettes rendit les sociétés Nobel et Bofors florissantes et fit la fortune d'Alfred.

A la fin de sa vie - à l'instar d'un Takieddine s'offrant les services de relations publiques de Copé pour redorer son blason terni - Alfred Nobel, taraudé par l'envie de laisser à la postérité une image humaniste, a institué par testament le prix éponyme destiné à honorer physiciens, chimistes, médecins, économistes, écrivains et, pirouette suprême, hommes de paix.

L'argent de l'armement corrompt tous les milieux.
Une exception toutefois, Jean-Paul Sartre fut le seul français à avoir eu le courage de refuser de croquer les fruits de la dynamite Nobel.
Quant à Jean-François Copé, personnellement, il me donne souvent la nausée ...

Explosivement votre

Références et compléments
- Merci à Jean qui mérite assurément le Prix Nobel du détonateur
- Voir aussi les chroniques "Mon premier Prix Nobel", "De Cahuzac, du téléphone et de la passion des archives" et "Petit bulletin de prévisions des fraudes et plagiats à venir"
- En tout, pas moins de 57 personnalités françaises ont tiré profit des activités explosives d'Alfred Nobel. Leur liste peut être consultée dans son intégralité en suivant ce lien.
- Biographies sur Wikipedia d'Alfred Nobel et de Jean-François Copé

lundi 1 avril 2013

Partis politiques de masse ou clubs d'élus ?

En France, les partis politiques, les plus récents comme les plus anciens, sont massivement désertés. Les adhérents, tous mouvements regroupés, de l'extrême-droite à l'extrême-gauche, ne sont qu'environ 800 000.
En comparaison, le syndicalisme, pourtant souvent considéré comme non représentatif, fait figure de géant. 7% des salariés appartiennent à une confédération alors que seuls 2% du corps électoral font activement de la politique, trois fois et demi moins.

Les deux partis du centre mou de gouvernement, le PS et l'UMP, encartent à peine 500 000 personnes.
Avec 170 000 membres, les partisans de la rose et de ses épines sont deux fois moins nombreux que les ex-pseudo-néo-gaullistes.

Sur le bord gauche de l'échiquier, le parti communiste affiche un effectif enviable de 140 000 personnes.
Première force politique de France au sortir de la seconde guerre mondiale, l'ancien mouvement stalinien est devenu le parti avec le plus petit nombre d'électeurs par militant, 13 voix par adhérent aux élections législatives de 2012. Grosso modo, chaque communiste actif réussit à faire voter sa famille et c'est tout !

A l'inverse, les écologistes sont particulièrement persuasifs. Chacun des 9 000 verts officiels a convaincu 157 électeurs lors du dernier scrutin. L'écolo est viral !

Les mélenchoniens et les deux variantes trotskystes sont très visibles mais recrutent peu. Avec, respectivement, 12 000 et 10 000 militants, ils pourraient faire un congrès commun dans le stade des Alpes de Grenoble.

A l'extrême-centre, au milieu de nulle part, le modem de Bayrou et son débit rachitique de 35 kilo-adhérents possèdent le même rendement électoral poussif que les communistes. Hors de sa province, le béarnais peine à persuader.
A ce propos, on notera d'ailleurs que l'UMP ne fait pas radicalement mieux. Avec 21 voix par militant, le libéralo-gaulliste ne parvient à ratisser que quelques voisins en plus de ses proches.

Enfin, au bout du bout de la droite, le parti xénophobe des L. P. père, fille et petite-fille (désolé mais je n'arrive toujours pas à écrire ce nom de famille, j'ai comme une crampe dans les doigts) rassemble tout de même 62 000 surexcités, un militant français sur douze, sept fois plus que les écologistes ...
Est-ce un signe de temps ? Avec respectivement 57 et 44 électeurs par adhérent, les fascistes et les socialistes convainquent de manière similaire leurs compatriotes.

Le plus étonnant dans ce décompte est que le nombre total d'élus - 620 000 toutes fonctions confondues - n'est guère différent de celui des militants politiques. En amalgament tous les partis, on ne trouve que 1.3 adhérents par poste électif à pourvoir.
Fort heureusement, cumul des mandats et conseillers municipaux sans étiquette atténuent quelque peu cette affligeante statistique.
Il n'empêche, en forçant légèrement le trait, les partis politiques sont statistiquement composés pour moitié d'élus et pour moitié d'aspirants impatients de prendre leur place ...

Numérico-politiquement votre

Références et compléments
- Tous les chiffres sont issus ou déduits de Wikipedia, principalement des pages présentant les partis politiques et les résultats électoraux français.
- Nombre d'adhérents des principaux partis politiques français (valeurs arrondies) :
. Union pour un Mouvement Populaire (UMP) [Nicolas Sarkozy, François Fillon, Jean-François Copé] : 325 000
. Parti Socialiste (PS) [François Hollande, Jean-Marc Ayrault] : 173 000
. Parti Communiste Français (PCF) [Pierre Laurent] : 138 000
. ***** ******** (**) [famille L. P.] : 62 000
. Union des Démocrates et Indépendants (UDI) [Jean-Louis Borloo] : 50 000
. Mouvement des Démocrates (Modem) [François Bayrou] : 35 000
. Parti de Gauche (PG) [Jean-Luc Mélenchon] : 12 000
. Europe Écologie Les Verts (EELV) [Cécile Duflot] : 9 000
. Lutte Ouvrière (LO) [anciennement Arlette Laguiller] : 8 000
. Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) [Olivier Besancenot] : 2 500
  

jeudi 29 novembre 2012

Mariage pour tous, pour beaucoup ou pour quelques uns ?

Le très fourni fan club d'Humeurs Mondialisées m'a sommé de rédiger une chronique sur une des deux actualités phare du moment en France : le régime matrimonial des homosexuels et les querelles de clocher à l'UMP.
A vrai dire, aucun de ces thèmes ne m'inspire mais, le client étant roi, je m'incline devant cette injonction et vais tenter de disserter sur le mariage pour tous plutôt que sur le divorce de quelques uns.
Pour ce faire, je vous propose de laisser de coté morales, théologies et passions au profit du point de vue distancié des statistiques.

Un des arguments des opposants au mariage homosexuel est qu'il est étrange que les gays revendiquent des droits matrimoniaux alors que les hétérosexuels ne convolent plus en justes noces.
Cette rhétorique ne vaut pacs tripette car la majorité des français reste unie par les liens du mariage.
Grosso modo, trois français adultes sur quatre vivent en couple.
80% de ces duos sont passés devant Monsieur le Maire, 15% concubinent notoirement et 5% ont conclu un pacte civil de solidarité, mieux connu sous l'acronyme PACS.
Résultat des courses : un peu moins de deux français de toutes conditions sur trois sont mariés.
Bien entendu, ces moyennes recouvrent un fort effet de génération. La bague au doigt a plus de succès chez les aînés que chez les jeunes. Toutefois, en supposant que les comportements matrimoniaux actuels, qui tendent à se stabiliser, perdurent, la proportion de couples mariés ne devrait pacs descendre dans le futur en dessous de 55% à 60%.

De même, il est peu probable, d'un point de vue numérique, que le mariage homosexuel ébranle les fondements de la société.
En 2010, 250 000 mariages, 200 000 PACS hétérosexuels et, seulement, 9 000 PACS homosexuels ont été scellés en France.
Seuls 2% des unions officielles concernaient des personnes de même sexe. Cette proportion est la même dans les pays, comme la Hollande et le Canada, qui ont légalisé de longue date le mariage gay.
Une fois pacsée la période de mise en route, le mariage annoncé pour tous ne devrait intéresser, en pratique, que quelques milliers de personnes chaque année.

Afin de ne pacs être à nouveau forcé par mes supporters d'écrire une chronique contre mon gré, je rappellerais, en guise de conclusion, qu'il y a chaque année plus d'hétérosexuels qui divorcent que d'adhérents à l'UMP, ce qui ouvre de belles perspectives aux chamailleries du couple Copé-Fillon.

Gaullisto-maritalement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "Union nationale pour tous" et "Quand sondage rime avec bidonnage".
- Les statistiques citées dans ce billet proviennent de l'INSEE et de l'INED. Les chiffres ont été arrondis pour faciliter la compréhension.
- Le parti anciennement gaulliste UMP aurait de l'ordre de 250 000 adhérents vivants. 260 000 personnes divorcent chaque année en France.

mardi 17 avril 2012

Cyclisme politique

Les analyses de la dernière vague de sondages à propos de l'élection présidentielle française mettent en avant la grande proportion d'indécis qui pourrait bien changer les qualifiés pour le second tour.

En réalité, les commentateurs politiques ont une tâche aussi ardue que leurs confrères sportifs.
Lorsqu'un match est plié, il faut à tout prix conserver les téléspectateurs jusqu'à la fin pour éviter de doper les audiences de la concurrence. Si le suspens disparait, il faut le récréer à tout prix.
Ainsi lors du dernier Paris - Roubaix, pendant une heure, France 2 a expliqué que Tom Boonen, pourtant seul en tête avec une belle avance, pouvait fort bien perdre la course voire, sait-on jamais, renoncer au cyclisme.

Et bien, cette année, le premier tour de la présidentielle ressemble à l'Enfer du Nord : les jeux sont faits ! Nicolas Sarkozy et François Hollande iront en finale.

Actuellement les sondages indiquent :
- Sarkozy et Hollande largement échappés avec environ 25%,
- Mélenchon et M. L. P. (je n'arrive pas à écrire son nom) en "chasse patate" vers 15%,
- Bayrou décroché à 10%,
- un peloton de cinq lâchés juste devant la voiture balai,
- un tiers des électeurs toujours non décidés.

Les ondoyants et les versatiles ne peuvent modifier l'issue du scrutin que si leur comportement est radicalement différent de celui des français déjà fixés sur leur choix.
Pour qu'un des deux candidats leader finisse, dimanche prochain, à 20%, il faudrait qu'il n'obtienne que 10% - deux fois et demi moins - chez les indécis.
De même, un des deux challengers à 15% n'atteindrait les mêmes 20% qu'en bondissant à 30% chez les indéterminés, deux fois leur performance actuelle.

Alors, certes, nous ne savons pas encore si l'étape du 22 avril sera gagnée au sprint par Nico ou Fanfan, ni qui de Jean-Luc ou de M. recevra le maillot à pois comme lot de consolation, mais nous devons nous faire une raison : le prochain président sera une fois de plus un mâle issu des rangs du PS ou de l'UMP.

Cycliquement votre

Références et compléments
- Merci à Laurent qui m'a donné l'idée de disserter sur les pronostics politiques