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jeudi 24 mars 2016

Les terroristes se moquent des frontières, quand allons-nous faire de même ?

Cette semaine, pendant que des brutes kamikazes semaient la mort à Bruxelles, je participais à de longues séances de travail avec des collègues originaires de plusieurs régions de notre globe.

Paradoxalement, cette tragédie publique et ces actions privées portent en elles exactement les mêmes enseignements.

Dessin d'Ali Dilem

Un langage mondial

Il y a une jolie lurette qu’une grande part de mon travail s’effectue dans la langue de Bob Marley, à défaut de celles de Shakespeare.
Mes dernières réunions n’ont pas échappé à cette habitude.

Les 7 milliards d’humains que nous somment disposent désormais d’un idiome global - certes aux accents variés, au vocabulaire fluctuant et à la grammaire imprécise - mais permettant une communication minimale.

Il en est de même à Racca. Les salopards rassemblés pour l'apocalypse qui y planifient la terreur mondiale échangent plus certainement dans le parler de Calvin Klein que dans celui de Mahomet.

Des outils mondiaux

Nos instruments professionnels sont de plus en plus des ordinateurs et des téléphones de marques similaires avec des logiciels identiques accédant un unique internet.
Ainsi deux de mes collègues du Tennessee étaient équipés strictement du même engin que moi.

Il en est de même pour les djihadistes qui ont laissés dernières eux plusieurs PC utilisés dans leur macabre équipée.

Une peine et des cibles mondiales

Notre groupe cosmopolite a débuté sa séance de mercredi par une minute de silence en hommage aux victimes des attentats de Belgique. Ces instants de recueillement dans le cadre professionnel ne se sont que trop multipliés ces derniers mois.

L’émotion était palpable.
Désormais, de Bruxelles à Tunis, de Bamako à Paris, de Copenhague à Palmyre, vivre, travailler, prendre du bon temps, bénéficier d’un minimum de libertés et vouloir décider de son sort par des moyens non-violents nous transforme en cible, indépendamment de la couleur et du blason de notre passeport.

Il en est de même des barbares qui tentent de nous terroriser.
Cette internationale du mal et de la bêtise fait ouvertement fi de nos nuances, de nos frontières et de nos états d’âme.

Nous sommes mondiaux

Que cela nous plaise ou non, force est de constater que le monde est devenu irrémédiablement mondial.
De surcroit, nous sommes confrontés à une menace mortelle ouvertement mondialisée.

À l’instar de la ligne Maginot avant la seconde guerre mondiale, aucune frontière plus n’est apte à nous protéger efficacement.

Le repli sur nous-même est une tentation délétère que les terroristes espèrent.
Seules l’union et la coopération peuvent améliorer notre sécurité mais aussi notre vie quotidienne.

Nous devons à nos morts de cesser de nous comporter en autruches frileuses !

No pasaran

Mondialement et européennement votre

Références et compléments
Voir aussi les chroniques :
- 10 citations contre le terrorisme et la barbarie
- Ils ont tiré sur notre liberté de refuser et notre droit à la complexité
- Après les attentats de Paris, ni Sarajevo ni Munich !
- Après l'attentat du Bardo, "Muse dis-moi les raisons"
- Mes valeurs

Le dessin a été réalisé par Ali Dilem caricaturiste algérien le 22 mars 2016.


mardi 8 septembre 2015

Toi le djihadiste ! - Facétie musicale et terroriste

Le chanteur désormais dégagé Maxime Le Forestier, s'il avait conservé la barbe et les indignations de ses 20 ans, reprendrait sa plume pour nous livrer une mouture actualisée de son "parachutiste".
En toute immodestie, j'ai pris sur moi de suppléer la panne d'inspiration du barde devenu glabre.

Tu avais juste dix-huit ans
Quand on t'a mis une barbe forte
Quand on t'a dit : "Rentre dedans
Tout c'qui te heurte"
C'est pas exprès qu' t'étais fasciste,
Toi l'djhadiste.

Alors au coeur des attentats
S'est formée ton intelligence.
Tu sais qu'il n'y a ici-bas
Que deux engeances :
Les impies et les djihadistes,
Toi l'djhadiste

Puis on t'a donné des galons,
Héros de toutes les horreurs
Pour toutes les bonnes actions
Où tu fais peur
Tu fusillais quelques touristes
Toi l'djhadiste.

Alors sont venus les honneurs,
Les télévisions, les journaux
Pour chaque balle au fond d'un coeur,
Ou coup d'couteau
Pour chaque point noir sur ta liste,
Toi l'djhadiste

Mais, malheureusement pour toi,
Bientôt se finira ta guerre :
Plus de tueries, plus de combats.
Que vas-tu faire ?
C'est fini les obscurantistes,
Toi l'djhadiste.

C'est pire que d'être collé au trou
Subir des femmes qui savent lire
Surtout qu't'as appris avec nous
Ce que veut dire
Le superbe mot "pluraliste"
Toi l'djhadiste.

Mais si t'es vraiment trop gêné
De ne plus faire de sacrifice
Tu peux toujours te suicider
Dans l'train Thalys
On y cogne l'fondamentaliste !
Toi l'djhadiste.

Parachutistement votre

Références et compléments
- Version originale de la chanson "parachutiste" de Maxime Le Forestier enregistrée en 1972

dimanche 16 août 2015

"Muse dis-moi les raisons" - Musée du Bardo, 5 mois après l'attentat

L'auteur latin Virgile est, sans conteste, le poète du musée du Bardo à Tunis.
Son œuvre majeure, l'Énéide, se déroule en bonne partie sur l'actuel territoire de la Tunisie et relate les amours impossibles entre Énée, héros troyen, et la reine phénicienne Elyssa Didon, fondatrice légendaire de Carthage.

Le huitième des 10 000 vers de l'Énéide figure sur une mosaïque représentant Virgile qui accueille, au Bardo, le visiteur en haut du premier escalier :
Musa, mihi causas memora
Muse, dis-moi les raisons
Bien qu'écrite il y a plus de 2 000 ans, cette phrase entre en résonance avec les tragiques événements qui ont ensanglanté ce musée en mars 2015.

Virgile entouré de Clio la muse de l'histoire à sa droite et de Melpomène la muse de la tragédie à sa gauche - Mosaïque du IIIème siècle exposée au Bardo et découverte à Hadrumète à proximité de Sousse (image David Bjorgen / Wikimedia Commons)

Abattre de sang froid des personnes, choisies au hasard, avec pour seule justification leurs supposées religions, nationalités, ethnies, opinions ou occupations est l'archétype de la barbarie.
Les grandes religions, spiritualités et philosophies n'enseignent-t-elles pas le respect de la vie et de la personne humaine ?
Musa, mihi causas memora
Muse, dis-moi les raisons



Mémorial en mosaïque exposé dans le hall d'entrée du musée du Bardo en hommage aux 22 victimes de l'attentat du 18 mars 2015

Perpétrer cette tuerie dans un musée consacré à 2 500 ans de civilisations méditerranéennes entrelacées et à leurs expressions artistiques est - si cela est possible - encore plus ignoble.
Ces œuvres immémoriales ne constituent-elles pas le patrimoine de toute l'humanité ?
Musa, mihi causas memora
Muse, dis-moi les raisons


Une des nombreuses mosaïques romaines du musée du Bardo

La charge émotionnelle des traces de balles sur les murs et vitrines est à l'exact opposé du plaisir esthétique que l'art suscite.
Les lieux de culture ne devraient-ils pas être des sanctuaires ?
Musa, mihi causas memora
Muse, dis-moi les raisons


Impact de balle sur une vitrine du musée du Bardo

Visiter presque seul un musée majeur en pleine saison touristique est un déprimant privilège.
La liberté n'est-ce pas aussi de pouvoir être très nombreux à profiter, sans entraves, des endroits d'exception ?
Musa, mihi causas memora
Muse, dis-moi les raisons


Affiche "Musa, mihi causas memora" de Fabiola Napoli

Toutefois, finir par rencontrer, dans ce musée martyr, plusieurs groupes d'enfants et d'adolescents tunisiens, beaucoup arborant des t-shirts "I love Tunisia", parcourant les salles dans les éclats de rire et une certaine pagaille, réconforte.
La Tunisie touchée ne s'est pas couchée !
L'insouciance de la jeunesse n'est-elle pas la meilleure réponse à la terreur ?
Muse, dis-moi les raisons d'espérer ...

Groupe d'enfants venant du sud de la Tunisie en visite au musée du Bardo. Au premier plan, le baptistère paléochrétien de Gightis dans l'île de Djerba datant du VIème siècle.

No pasaran
Humainement et tunisiquement votre

Références et compléments
Sur le même thème tragique, voir aussi les chroniques :

Quelques explications additionnelles :
  • Dans la mythologie grecque, les 9 muses sont les filles de Zeus, le dieu en chef, et ont le rôle de gardiennes des arts.
    Le mot musée découle directement de muse.
  • Le vers latin de Virgile "Musa, mihi causas memora / Muse dis-moi les raisons" figure sur une affiche d'une jeune artiste italienne Fabiola Napoli reproduite ci-dessus et exposée au musée du Bardo dans la salle la plus atteinte par les tirs.
    Cette oeuvre, très forte par sa simplicité, représente des fragments de mosaïque criblés de balles. Elle est lauréate du concours organisé en juin dernier par l'Académie des Beaux Arts de Florence en soutien aux victimes et au musée.
  • La direction du musée du Bardo, en hommage aux victimes et en rappel silencieux de la barbarie, a choisi de ne pas réparer les murs et vitrines endommagés par des projectiles.
    Ces traces d'armes de guerre, totalement incongrues parmi les mosaïques et statues, sont extrêmement poignantes.
  • Les attentats successifs du Bardo et de Sousse ont, à ce jour, eu raison de la fréquentation touristique en Tunisie. A titre d'exemple, le principal hôtel de Kelibia est fermé au cœur du mois d'août.

Les photos ont été prises par l'auteur le 14 août 2015 au musée national du Bardo de Tunis à l'exclusion de l'image de la mosaïque représentant Virgile et les deux muses qui provient de Wikimedia Commons et qui a été réalisée par David Bjorgen.
L'affiche "Musa, mihi causas memora" de Fabiola Napoli figure aussi sur le site de l'Académie des Beaux Arts de Florence.

Pour aller plus loin :

mercredi 5 août 2015

La Tunisie vivante ! - Récit d'un week-end au Kef

La peur n'empêche pas de mourir, elle empêche de vivre.
Naguib Mahfouz (écrivain égyptien, prix Nobel de littérature)

Le week-end du 1er août 2015, nous nous sommes rendus, en famille, au Kef, au nord-ouest de la Tunisie, à 160 km de la capitale, pour des fiançailles.

Dans cette région, des djihadistes sont retranchés au coeur des montagnes frontalières avec l'Algérie.
Les combats entre l'armée et les terroristes y sont devenus réguliers depuis plus de deux ans. Les forces tunisiennes peinent à rétablir la situation sécuritaire et ont subi de lourdes pertes.
Sur le strict plan militaire, les fauteurs de troubles n'ont été jusqu'ici que fort peu inquiétés.
Ce week-end là encore, aux dires officiels du ministère tunisien de la défense, une "action d'envergure" et une "chasse à l'homme" étaient en cours à 25 km environ à l'est du Kef.
Nous avons d'ailleurs croisé des transports de troupes et un blindé léger avec des soldats en armes en transit vers et depuis les lieux d'affrontement.

Pendant ce temps, les fiançailles se sont déroulées comme n'importe où ailleurs en Tunisie.
Les ingrédients habituels d'une telle fête familiale étaient réunis et réussis : assistance nombreuse, musique assourdissante, danses, pâtisseries, jus de fruits, hommes endimanchés et femmes rivalisant d'élégance, innombrables poignées de mains et embrassades ...
L'ensemble enrobé de bonne humeur et de politesse.

Bref, tout, absolument tout, ce que détestent les djihadistes.
Quand on souhaite ne voir qu'une seule barbe ou qu'un seul voile confits en dévotion et tremblants de peur, des personnes libres qui s'apprécient, se respectent et prennent ensemble du bon temps sont proprement insupportables.

Il peut paraître choquant de faire la fête à quelques mètres d'une route empruntée par des militaires partant au combat.
Mais comment définir le périmètre où toute réjouissance devrait être suspendue ? à moins de 10 km des zones militaires ? au Kef même ? à l'ouest de Medjez el Bab ? à Tunis ? sur tout le territoire tunisien ?
Les terroristes ont pour objectif que nous cessions de nous comporter normalement et que nous commencions à les craindre.
Si nous suspendons nos activités sociales et familiales, nous leur offrons, sur un plateau normalement réservé pour les pâtisseries et le thé, une première victoire à peu de frais.
Respecter et honorer les victimes, c'est d'abord ne pas dévier.

Les familles des fiancés ont eu raison d'organiser cette fête. Nos vies ne peuvent être prises en otage par des barbares armés.
Ces tunisiens - ma famille, mes amis - montrent ainsi qu'ils sont, plus que jamais et comme toujours, debout, accueillants et tolérants.
Ils expriment aussi de cette façon que la religion pratiquée assidûment par une grande majorité d'entre eux, n'est pas l'infâme caricature dévoyée que les terroristes propagent.

Merci pour cette belle soirée keffoise.

Tunisiquement votre

Références et compléments
J'ai beaucoup hésité à publier cette chronique car je la trouvais très personnelle et avais des scrupules à revenir publiquement pour la énième fois sur le terrorisme en Tunisie.
De fidèles lecteurs tunisiens, que je remercie, m'ont convaincu de changer d'avis.

vendredi 31 juillet 2015

10 citations contre le terrorisme et la barbarie

Depuis la recrudescence des attentats qui ensanglantent la Tunisie, la France et une trop grande part de notre planète, plusieurs fidèles lecteurs m'ont suggéré de rédiger une chronique sur les motivations des terroristes et sur la manière, au delà de la nécessaire répression policière, de lutter contre leur barbarie.

Craignant de produire une pâle copie, plutôt que de disserter sur ce thème, je vous propose, comme le disait Bernard de Chartres, de "grimper sur les épaules des géants" en (re)découvrant 10 citations d'auteurs nettement plus qualifiés que votre serviteur.


Le mal peut être à la fois banal et extrême.
C'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal.

Seul le bien est radical. 
Hannah Arendt

Résister, c'est d'abord ne pas s'arrêter à la persécution, ni à la calomnie, ni à l'injure.
C'est rester semblable à ce qu'on est jusque dans la défaite.

André Chamson

L'ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine, la haine conduit à la violence.
Averroès

Ceux qui suivent leur conscience sont de ma religion et je suis de la religion de ceux qui agissent bien.
Henri IV

Il faut donc nous méfier de ceux qui cherchent à nous convaincre par d'autres voix que celle de la raison.
Primo Levi

Les mouvements totalitaires sont des organisations massives d’individus atomisés et isolés.
Hannah Harendt

Un religieux croit que son dieu le protège.
Un fanatique se croit obligé de protéger son dieu.

Anonyme

Nous avons un projet dans lequel ils ont leur place.
Ils ont un projet dans lequel nous n'en avons aucune.

Chokri Belaïd

We shall never surrender, never, never!
Ne jamais se rendre, jamais, jamais !
Winston Churchill

Il est grand temps de rallumer les étoiles.
Guillaume Apollinaire.

Humainement votre

Références et compléments
- Hannah Arendt (1906 - 1975) philosophe allemande d'origine juive, naturalisée américaine.
Une grande partie de son œuvre est consacrée au totalitarisme et à la "banalité du mal", suite à son expérience personnelle des persécutions nazies et à ses reportages au procès d'Adolf Eichmann.

- André Chamson (1900 - 1983) écrivain, conservateur de musée et résistant français.
Protestant engagé, il prit plusieurs fois la parole lors de l'Assemblée annuelle du Désert dans les Cévennes. La citation est issue d'un de ces discours.

- Averroès ou Ibn Rochd (1126 - 1198) philosophe, juriste, médecin et mathématicien andalou né à Cordoue.
Son ouverture d'esprit et sa modernité déplaisaient aux autorités politiques et religieuses musulmanes de l'époque, qui l'exilèrent comme hérétique et ordonnèrent que ses livres soient brûlés.
Commentateur éclairé d'Aristote, il est parfois vu comme un des pères de la pensée laïque moderne.

- Henri IV, né Henri de Bourbon (1553 - 1610) roi de France.
Initialement protestant, devenu catholique pour monter sur le trône de France, il mît fin aux guerres de religion en promulguant en 1598 une législation de tolérance très moderne dans son essence, l'édit de Nantes (voir sur ce point la chronique sur la laïcité en France)..

- Primo Levi (1919 - 1987) écrivain italien et un des plus célèbres survivants de la Shoah.
Juif italien de naissance, chimiste de formation, il devint écrivain afin de transmettre et expliciter sa tragique expérience dans le camp de d'extermination d'Auschwitz.
Son ouvrage le plus marquant est "Se questo è un uomo / Si c'est un homme".

- Chokri Belaïd (1964 - 2013) avocat et homme politique tunisien, lâchement assassiné par des djihadistes.

- Winston Churchill (1874 - 1965) homme politique britannique.
Premier ministre de 1940 à 1945, il mena la lutte de la Grande Bretagne contre les dictatures allemandes, italiennes et japonaises.
La citation date de juin 1940, juste après la demande d'armistice de la France auprès de l'Allemagne nazie.

- Guillaume Apollinaire (1880 - 1918) poète français d'origine polonaise et italienne, décédé des suites d'une blessure contractée au combat lors de la première guerre mondiale.

- Photo prise par l'auteur à Paris rue Nicolas Appert devant Charlie Hebdo le 7 février 2015

- Mes remerciements à Afef qui m'a signalé plusieurs des citations.

- Les notices biographiques ont été réalisées avec l'aide toujours précieuse de Wikipedia.

samedi 4 juillet 2015

Djihadiste difficile métier en mal de reconnaissance

Au risque de surprendre les plus fidèles lecteurs de ce blog, je dois confesser ma plus vive admiration pour les Combattants du Djihad.
Ces braves types - bizarrement cette belle profession compte peu de femmes dans ses rangs - exercent un métier compliqué, dans des conditions malaisées et sans recueillir le soutien qu'ils méritent.
Voyons cela de plus près.

Tout d'abord, être Djihadiste requiert une culture générale hors pair. La maîtrise de pans entiers du savoir universel est indispensable à l'exercice serein de cette activité salvatrice.
Il faut, par exemple, être incollable en théologie comparée. En effet, avant de déposer un colis piégé dans un édifice religieux, il convient d'être sélectif et de bien distinguer, d'une part synagogues, églises, temples hindous ou encore mosquées chiites et, d'autre part, mosquées sunnites. Sinon, c'est l'accident industriel assuré.
La lecture de plans et de cartes est tout aussi nécessaire.
Aucun chauffeur de taxi ou d'Uber n'est capable de vous mener sans hésitations et zigzags dans la microscopique rue Nicolas Appert à Paris, siège du très blasphématoire Charlie Hebdo.
Vous ne pouvez compter que sur vos propres ressources pour débusquer les endroits improbables où se terrent les ennemis de la Vraie Foi.

La méthodologie n'est pas moins essentielle.
Appliquer le fameux principe du remarquable Arnaud Amaury "tuez les tous ! Dieu reconnaîtra les siens !" suppose une rigueur d'exécution peu commune.
Un travail avec une qualité garantie oblige à s'assurer, par des processus et des check-lists, que tous, vraiment tous, sans exception, sont passé à la casserole. Dans ce domaine, le zéro défaut est encore plus difficile à approcher que dans l'industrie.

Un entraînement permanent limite les loisirs, déjà peu nombreux, du Djihadiste.
Paradoxalement, rafaler au Kalachnikov des touristes allongés sur le sable est un exercice ardu.
Ces mitraillettes soviétiques sont sujettes à un recul puissant.
Ainsi, le novice peu accoutumé a tendance, dès les premiers tirs, à laisser le canon de son flingue remonter, avec pour fâcheuse conséquence d'arroser le Ciel pour Lequel on combat.
De plus, le plagiste standard, preuve de son impiété, refuse de se redresser pour faciliter sa montée en express vers le Paradis.

La belle profession de Terroriste Djihadique est, malheureusement, affectée par un taux excessif d'accidents du travail.
Pour des raisons qui m'échappent, dans la plupart des pays, l'appareil d'état refuse d'édicter des règles de sécurité qui protégeraient l'intégrité physique des Combattants de la Vraie Foi.
Au lieu de rendre le port du casque et du gilet pare-balles obligatoire pour chaque Terroriste, les politiciens, gardiens de la corruption ambiante, transforment les Énergétiques Défenseurs de la Vérité en stands de tir ambulants et gratuits pour leurs sinistres policiers.

Le Djihadiste ne fait pas non plus recette auprès du grand public qui préfère se masser devant des pelotons de cyclistes dopés plutôt que sur les lieux des saines fusillades.
Pire même, presque chaque action terroriste est entravée par des spectateurs.
Derniers cafouillages en date, à Sousse, des tunisiens non armés se sont opposés au tireur de la plage et à Saint Quentin Fallavier, un pompier, outrepassant sa mission, a ceinturé le Martyr qui voulait faire exploser une usine après avoir décapité son employeur impie.

Face à ces difficultés croissantes d'exercice d'un des métiers parmi les plus beaux et les plus utiles, j'exhorte les lecteurs de ce blog de faire amende honorable et de soutenir, comme ils le méritent amplement, les Vaillants Artisans du Djihad.

No pasaran

Sarcastico-tristement votre

vendredi 26 juin 2015

Attentats en Tunisie et en France : les mots manquent

Après les attentats de Saint Quentin Fallavier et de Port El Kantaoui survenus ce matin, les mots manquent.

Les mots manquent pour dénoncer le comportement abject de ces touristes qui préfèrent se dorer au soleil plutôt que de se confire en dévotion.

Les mots manquent pour fustiger ces salariés qui, au lieu de louer les bontés du Seigneur et les exploits des saigneurs, préfèrent gagner leur vie en produisant des gaz industriels.

Les mots manquent pour stigmatiser ces personnes qui osent aller à l'étranger durant leur temps libre.

Les mots manquent pour déplorer ces soit-disant démocrates qui préfèrent régler leurs différents par les débats, les urnes et les prétoires quand une bonne rafale ou un coup de sabre peuvent suffire.

Les mots manquent pour vouer aux gémonies ces pompiers qui, non contents d'avoir à éteindre un incendie, ont scandaleusement outrepassé leur mission en mettant le grappin sur un djihadiste au meilleur de sa forme.

Les mots manquent pour saluer une décapitation réalisée dans les règles de l'art.

Les mots manquent pour valoriser ce magnifique tireur d'élite qui, avec une arme automatique de guerre, a su dégommer des cibles difficiles à atteindre car allongées immobiles sur le sable.


Les mots manquent surtout pour exprimer notre tristesse vis à vis des victimes et notre soutien à leurs proches.

Les mots manquent encore pour dire que ces actes barbares nous touchent mais ne nous ferons pas changer.

Les mots manquent enfin pour affirmer, haut et fort, que la liberté de pensée et l’humour sont des armes non létales mais beaucoup plus radicales, dans la durée, que celles des terroristes.

No pasaran

lundi 23 février 2015

Lettre à mes compatriotes tentés de voter Front National

Chers amies et amis

Je me permet - et j'espère que vous l'accepterez - de vous appeler amis car nous vivons dans le même pays et nous nous fréquentons au quotidien dans nos lieux de vie, dans les transports, au travail, dans les commerces ou encore lors de nos loisirs.

Vous avez une envie très forte - et peut-être l'avez-vous déjà fait - de voter Front National au cours des prochaines élections.
Par beaucoup de côtés, je vous comprends.

Le chômage massif et la croissance atone avec leur cortège de difficultés sont une détestable réalité qui dure depuis le premier choc pétrolier de 1973.
Désormais, presque deux générations sont nées avec aux oreilles ce mot lancinant de “crise”.
Notre situation économique, sociale et même sociétale s'est encore plus aggravée depuis 2008. Voici bientôt 7 ans, qu'aucune accalmie n'est en vue.

Pour comble de malheur, nos partis politiques traditionnels - et d'une manière plus générale ce qu'il est convenu d'appeler nos “élites” - semblent incapables de prendre la mesure de l'état réel de notre pays et du monde.
Leurs imaginations sont en berne, leurs propositions convenues et leurs gestions successives prévisibles et inefficaces. L'incantation et la tambouille électoraliste ont remplacé la réflexion et la stratégie.

Face à ce manque de boussole, Marine Le Pen et son parti ont le mérite de chercher à simplifier un univers devenu trop complexe et d'apparaître neufs vis-à-vis d'un échiquier politique usé jusqu'à la corde.
Toutefois, à trop simplifier, le risque est de confondre la proie et l'ombre, les causes et les effets.

Aussi, si votre inclination personnelle est de voter aux prochaines échéances électorales pour le Front National, avant que votre choix devienne définitif, je vous invite à l'examiner sous quatre angles peu évoqués dans le débat médiatique.

Souhaitons-nous mettre en danger 1 emploi français sur 3 ?

Pour doper notre économie, Marine Le Pen envisage de rétablir droits de douane et obstacles réglementaires aux frontières de la France.
Le Front National évoque aussi une sortie de l'Euro et un retour au Franc, de manière à améliorer notre compétitivité par une dévaluation monétaire.

En apparence, ces mesures paraissent séduisantes puisqu'elles protégeraient, au moins partiellement, les usines hexagonales concurrencées par des entreprises étrangères au faible coût de main d'oeuvre.
Malheureusement, il faut s'attendre à des mesures de rétorsion, au moins équivalentes, de la part des pays empêchés d'exporter en France.

Or, actuellement, entre un gros quart et un petit tiers de tout ce qui est produit en France est vendu hors de nos frontières.
Autrement dit, sensiblement 1 emploi sur 3, à commencer par celui de votre serviteur, est directement dépendant des exportations.

Barrières douanières et dévaluation comportent même un second effet kiss cool.
Une grande part de ce que nous exportons, notamment nos productions industrielles le plus élaborées, intègre des composants fabriqués à l'étranger. Droits de douane et sortie de l'euro accroîtraient le coût, non seulement de nos importations, mais aussi de ce que nous exportons.

Souhaitons-nous vraiment plomber, encore plus qu'aujourd'hui, ce qui reste de nos fleurons industriels nationaux, Peugeot, Renault, Airbus et consorts ?

Souhaitons-nous l'augmentation du prix du carburant, des vêtements et des téléphones ?

Le fonctionnement de notre économie est très dépendant de l'étranger.
La France ne possède pas d'hydrocarbures dans son sous-sol et, donc, importe tout son pétrole et son gaz.
De même, les usines textiles ou électroniques ont presque complètement déserté notre pays.

Créer ou recréer de telles industries, même en supposant que nous ayons simultanément le financement et la volonté de le faire, nécessiterait de très longues années.

Dans l'intervalle, douane et dévaluation obligent, les prix de nos vêtements et de notre matériel informatique ou télévisuel ainsi que celui du carburant partiraient au plafond, une augmentation probablement de l'ordre du quart, voire du tiers, de leurs valeurs actuelles.
Il en irait de même pour toutes les autres importations non substituables à court terme.

Souhaitons-nous vraiment encore plus diminuer notre niveau de vie ?

Souhaitons-nous la diminution du nombre de touristes ?

Le Front National, en plus des barrières économiques, projette de rompre les flux migratoires par une politique stricte de visas et de contrôles aux frontières.

Outre la mise en place, à l'étranger, de mesure identiques vis-à-vis de nos compatriotes, il faut s'attendre à ce que ces restrictions ternissent sérieusement l'image de la France, notamment dans les pays libéraux, à monnaie forte et à hauts revenus d'où viennent, chaque année, l'essentiel des 85 millions de touristes - 250 000 étrangers chaque jour - qui visitent notre bel Hexagone.

Souhaitons-nous vraiment vider nos plages, nos aéroports, nos hôtels et nos musées ?

Souhaitons-nous faciliter la tâche des djihadistes ?

Les mesures économiques et migratoires prônées par Marine Le Pen, si elles étaient mises en oeuvre, couperaient assez nettement la France de ses voisins européens et de ses partenaires dits occidentaux ainsi que des pays africains et arabes.

Très difficile, dans ces conditions, de faire partie d'une alliance militaire destinée à lutter contre les guérillas terroristes, comme récemment au Mali ou actuellement en Irak et Syrie.

Impossible aussi d'y aller seul car nos moyens diplomatiques, militaires et budgétaires ne le permettent déjà pas.
Pourtant l'armée française, au niveau mondial, fait partie du cercle très fermé de la dizaine de forces capables d'être décisives sur le terrain.

Souhaitons-nous vraiment faire un cadeau inespéré aux djihadistes en leur enlevant un de leurs meilleurs ennemis ?

Le sort de la France dépend de notre bulletin de vote

Chers amies et amis, l'avenir de notre pays - le mot n'est pas trop fort - se décidera au cours des prochains scrutins nationaux.

Vous espérez, autant que moi, le meilleur pour notre patrie, je n'ai aucun doute à ce sujet.
Notre pays possède beaucoup d'atouts que quelques coups de pouce pourraient aisément mettre au premier plan, à condition d'accepter la complexité et l'interdépendance du monde actuel.

Aussi, humblement, je vous demande, avant d'arrêter votre choix, de réfléchir aux quatre questions évoquées dans ce billet.
Êtes-vous certains, au fond de vous-même - au delà de l'énervement, voire du dégoût, que nous sommes nombreux à ressentir - d'agir, à moyen terme, en faveur de vos convictions et aussi des intérêts de la France et des français ?

Ou, autre manière de formuler les mêmes interrogations, êtes-vous certains que le Charles de Gaulle de juin 1940 - symbole du refus de la débâcle et du renoncement national - soutiendrait aujourd'hui le programme de Marine Le Pen ?

Franchement votre

Références et compléments
- Voir aussi :
Une chronique détaillant le programme économique du Front National et ses effets de bord
La chronique "Made in France : où sont vraiment les emplois ?"
Un billet symétrique à propos du vote Ennadha en Tunisie

- Pour se remémorer les ordres de grandeur de l'économie des finances publiques françaises, les 4 chroniques :
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les dépenses publiques françaises
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les impôts et les taxes en France
Tout ce que vous toujours voulu savoir sur le déficit public de la France
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les pistes de sortie de crise

samedi 10 janvier 2015

#JesuisCharlie - Ils ont tiré sur notre liberté de refuser et notre droit à la complexité

C'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal.
Hannah Arendt


Depuis mercredi 7 janvier, nous avons été nombreux à dire et manifester que les assassins qui ont ensanglanté la France cette semaine avaient voulu abattre notre liberté d'expression.
Pouvoir dire, écrire et diffuser ce que bon nous semble, y compris les pires stupidités ou insignifiances, est au coeur des valeurs d'ouverture et de pluralisme.
Ce qui a été moins souligné, probablement à cause du deuil et de l'émotion, c'est que cette liberté de base a deux pendants tout aussi essentiels.

La liberté de refuser

Dans une société libre, comme chacun a le droit d'émettre ce qu'il souhaite, par voie de conséquence, chacun a aussi la possibilité de ne pas recevoir ce qui l'ennuie ou le désintéresse.
Très honnêtement, Charlie Hebdo, que j'avais lu dans ma jeunesse, ne me plaisait plus et, tout simplement, je ne le parcourais pas.
Je pourrais continuer la liste très longue des médias auxquels je suis hermétique.
De même, je pourrais énumérer toutes les innombrables pratiques culturelles, politiques, religieuses, sexuelles, sportives, professionnelles, linguistiques, culinaires et que sais-je encore qui me déplaisent et que j'ai banni de mon quotidien.
Il me faut aussi citer les quelques 66 millions français qui refusent obstinément de lire mes publications sur internet, sans parler des trop nombreux tunisiens, belges et autres francophones.
Ce tri permanent est, à bien y réfléchir, assez exigeant. Il suppose que chacun, consciemment et inconsciemment, se définisse, choisisse ce qu'il veut faire et donc décide de ce à quoi il renonce.
Je souhaite pouvoir déterminer seul si je lis ou ne lis pas Charlie Hebdo. Pas que quelqu'un d'autre, a fortiori armé, se substitue à mon libre arbitre.
Évidemment, penser par soi-même - c'est à dire être au sens étymologique un refuznik - est une abomination qui terrorise les terroristes et leurs mentors totalitaires.

Le droit à la complexité

Les tenants des totalitarismes, quels qu'ils soient, simplifient le monde selon une logique d'exclusion, A OU B, eux OU nous.
Une société de liberté est aussi une société de complexité pratiquant la logique inclusive, A ETET un peu de C ET pourquoi pas du D.
Je peux être français ET semi-auvergnat ET apprécier la nourriture épicée ET ne jamais mettre les pieds dans une église ET fréquenter une pagode ET abonné au gaz AINSI que les compétitions de badminton ET voter François Bayrou.
Alors que mon voisin est ouzbek ET britannique ET un tiers dauphinois ET carbure au saucisson à l'ail ET à l'eau bénite ET est adhérent à la Fédération des Pêcheurs à la Ligne de Gauche.
Cette possibilité et cette réalité de mosaïque, de kaléidoscope fait le sel de nos sociétés d'ouverture. La liste des victimes des tueurs illustre d'ailleurs tragiquement la diversité française.
Là aussi, la complexité oblige à se comporter et à penser par soi-même, l'acte le plus effrayant pour un simplificateur armé et autoproclamé.

Pour conclure, une citation de Chokri Belaïd, assassiné en Tunisie en 2013 par les mêmes balles que Charlie Hebdo et les autres victimes :
“Nous avons un projet dans lequel ils ont leur place. Ils ont un projet dans lequel nous n'en avons aucune.”

No pasaran
#JesuisCharlie
#Jesuistouteslesvictimessansdistinction

Tristement mais opiniâtrement votre


mercredi 7 janvier 2015

#JesuisCharlie - Encore un terrible bégaiement


Après janvier 2011, après un billet sur le Mali, après les assassinats de Chokri Belaïd et de Mohammed Brahmi, encore une triste chronique déclenchée par des actes délibérés de barbarie.

Aujourd'hui, à Paris, 12 personnes, dont des dessinateurs qui ont enchanté ma jeunesse et 2 policiers, ont été lâchement abattues. 8 autres ont été gravement blessées.

Les salopards qui ont tiré au lieu de croire que leur dieu les protège se sont probablement crus obligés de protéger leur dieu.

Quand des esprits étroits s'arrogent le droit de passer par les armes leurs semblables, ils signent tragiquement leur impuissance intellectuelle.
Une cause avec des arguments pertinents se défend avec des stylos, des claviers, des caméras et des porte-voix.
Le kalachnikov est la rhétorique des crétins, elle ne peut donc nous convaincre.

No pasaran
#JesuisCharlie

Tristement votre

lundi 22 décembre 2014

Forces et faiblesses de la Tunisie 4 ans après sa révolution

Avec le second tour de l'élection présidentielle qui a vu la victoire du jeune espoir de 88 ans, Beji Caïd Essebsi, la Tunisie vient de tourner la page de sa transition démocratique.
Presque 4 ans après la révolution de janvier 2011, je vous propose d'examiner ce qui rend le verre de thé tunisien simultanément à moitié plein et à moitié vide.

Les aspects positifs


Une grande liberté d’expression
Depuis 4 ans, la parole s’est libérée, non seulement dans les institutions, mais aussi, et surtout, dans la vie quotidienne.
Ce bouillonnement est un excellent rempart contre beaucoup de bêtises.

Une vraie maturité électorale
En un peu plus de 3 ans, la Tunisie a organisé 4 élections qui se sont déroulé correctement, sans incidents majeurs.
Les tunisiens se sont emparés, sans coup férir, du processus électoral dans toutes ses dimensions, y compris l'abstention et le vote blanc.
Les délices de l'alternance politique tranquille peuvent aussi se goûter au soleil.

Une alternance nette mais pas écrasante
En mettant Nidaa Tounes nettement en tête des législatives d'octobre dernier et en élisant son leader Beji Caïd Essebsi à la présidence, les tunisiens ont choisi de clore l'expérience menée par les islamistes d'Ennadha et leurs alliés suite au scrutin de fin 2011.
Toutefois, si la sanction est nette - le vainqueur emporte la présidentielle avec 55% des voix - Ennadha et ses sympathisants restent une force avec laquelle il faut compter.

La violence et la pagaille sont restées contenues durant la phase transitoire
Malgré les trop nombreuses victimes du terrorisme, un processus chaotique et la crise économique mondiale, la Tunisie a traversé sa révolution et sa transition avec des dommages minimaux.
La résilience et l'inventivité économique des tunisiens mérite d’être relevée. Bon an, mal an, malgré de nombreuses vicissitudes, l'économie s’est maintenue à flot, à défaut de croître.

Les points négatifs


La situation sécuritaire est mauvaise
Même si, fort heureusement, les djihadistes n'ont pas réussi à perturber les élections, ils sont responsables de l'assassinat de deux figures politiques, Chokri Belaïd et Mohammed Brahmi, et de dizaines de membres des forces de l'ordre.
Depuis deux ans, l'armée ne réussit pas à venir à bout du maquis terroriste implanté dans le centre du pays, près de la frontière algérienne.
À ce sombre tableau, s'ajoute une petite délinquance très active aux effets détestables au quotidien.

L'économie a besoin d'un sérieux coup de boost
Des réformes en profondeur s’imposent pour relancer la machine et obtenir la croissance à 2 chiffres que la Tunisie devrait avoir. Le chômage est stratosphérique et mine la société.
Pour plus de détails, je vous recommande la récente interview d’Habib Sayah.

Les disparités régionales sont excessives
Le centre et le sud de la Tunisie sont en déshérence.
Ces régions sont un concentré de difficultés : faible attractivité économique et touristique, chômage très au dessus de la moyenne nationale, infrastructures et équipements publics déficients, corruption et clientélisme endémiques…
Le nouveau gouvernement va devoir s’attaquer à ce problème aussi peu soluble que celui dit des banlieues en France.

Les interrogations


Le parti vainqueur des élections est un rassemblement flou
Nidaa Tounes s'est construit autour de l'opposition aux islamistes d’Ennadha et rassemble des personnes très dissemblables.
La question de l'islamisme a confisqué le débat électoral qui aurait du porter sur les stratégies économiques et sociales ainsi que sur la place de l'état.
La majorité des récents élus de tous bords au parlement ne brille pas par ses compétences économiques et sociales.
De surcroît, beaucoup de cadres de Nidaa Tounes, à commencer par leur boss, ne sont pas vraiment des perdreaux de l’année.

Combien de temps chômeurs et travailleurs pauvres vont-ils encore accepter de patienter ?
La Tunisie est une poudrière sociale.
Le redressement de la situation impose des réformes exigeantes qu'une grande partie de la population aura du mal à supporter. Aussi les marges de manœuvre du futur gouvernement sont très étroites.

Invariablement optimiste vis à vis de ma patrie de coeur, je reste tunisiquement votre.

Tahia Tounes !

Références et compléments
- Tunisie pays de l'année selon The Economist, 3 questions à Habib Sayah
- Mes différentes chroniques sur la Tunisie notamment :


vendredi 8 août 2014

Éloge de la Sainte Guerre

Je me presse de rire de tout, de peur d'être obligé d'en pleurer.
Beaumarchais

Résister, c'est d'abord ne pas s'arrêter à la persécution, ni à la calomnie, ni à l'injure. C'est rester semblable à ce qu'on est jusque dans la défaite.
André Chamson

Le seul moyen de lutte qui nous reste, pour refuser l'arbitraire et la barbarie, est de ne pas renoncer à notre éducation.
Yasmina Khadra

Vaillants Djihadistes à poil long de Tunisie, de Libye, d'Irak et d'ailleurs ;
valeureux Combattants de la Juste Cause ;
chers amis.


Au risque de surprendre les (in)fidèles lecteurs de ce blog, j'annonce haut et fort que je soutiens pleinement votre action.

En effet, notre planète est devenue trop complexe.
Trop d'ethnies, trop de religions, trop d'opinions différentes, trop de langues, trop d'orientations sexuelles, trop de projets politiques, trop d'artistes, trop de cultures, trop de métissage, trop de femmes, trop de musiques, trop d'alcools, bref beaucoup trop de diversités.

La seule manière de surmonter cette abjecte pagaille entropique est de mettre tout le monde, une bonne fois - une bonne foi ? - pour toutes, dans une seule et unique case, soumise à une seule Loi et à un seul Chef inspiré.

Depuis les disparitions prématurées d'Adolf Hitler, Joseph Staline, Mao Zedong et Pol Pot, vous seuls avez eu le courage et la force de reprendre ce vaste et indispensable chantier.

Malheureusement, quelques esprits forts s'offusquent de vos méthodes qu'ils trouvent expéditives et de votre consensus, soit-disant sanguinaire.
En attendant leur prochaine mise au pas, il est aisé de rétorquer à ces belles âmes portées à la sensiblerie les sages paroles de vos illustres prédécesseurs lors du sac de Béziers "Tuez les tous ! Dieu reconnaîtra les siens !"
Un tel principe, frappé au coin du bon sens, évite tout risque d'erreur judiciaire ou théologique.

Par contre, à mon humble avis, vos pratiques manquent encore un peu de pureté purificatrice et gagneraient à respecter encore plus scrupuleusement les principes que vous défendez hardiment.

Je vous suggère, dans un souci d'exemplarité, d'abandonner le Kalachnikov et le RPG-7.
Ces deux armes sont, avec le Spoutnik, les seules réussites du système soviétique, quintessence du marxisme athée.
Pour remplir les cimetières, rien ne vaut le cimeterre !

Dans le domaine destructif, la dynamite n'est pas conseillée.
Il s'agit d'une invention démoniaque d'Alfred Nobel, infâme protestant cosmopolite, qui ne trouva rien de mieux que de consacrer sa fortune à encourager et récompenser l'impérialisme occidental décadent par l'entremise de prix annuels.
Pour pulvériser mausolées et églises, rien ne vaut de bonnes vieilles pioches !

De même, je vous enjoint à ne plus utiliser de pickups Toyota ou Mitsubishi.
Ces véhicules sont les fleurons de l'industrie du Japon, pays où la religion principale est le Shintô, croyance impie, simultanément animiste, polythéiste et sans perspective d'un Au Delà.
Pour mener une Croisade, rien ne vaut le cheval !

Il vous faudrait aussi cesser toute communication par ondes radio.
Cette technique hérétique a été mise au point par Guglielmo Marconi. Ce matérialiste suppôt de Satan concentrait toutes les tares : métis irlando-italien, héritier d'une fabrique de whisky, triplement chrétien puisque à la fois catholique, anglican et propagandiste du pape.
Pour rendre les masses dociles, rien ne vaut une bonne terreur à la Robespierre !

En échange de mon soutien public et de mes conseils doctrinaux, je vous demanderai toutefois d'épargner l'île d'Elbe où j'envisage de déménager très prochainement mes pénates.
Je pourrais, depuis cette position privilégiée, assister, aux premières loges et sans trop de risques, à votre nettoyage en règle du bassin méditerranéen. Je me délecte par avance de votre Marche sur Rome et de votre prise du Vatican.

Depuis ce refuge napoléonien, j'escompte transformer ce blog en un panégyrique entièrement dédié à votre gloire et à votre zèle iconoclaste.
Vous pourrez même donner mes chroniques à lire à vos prisonniers afin d'adoucir quelque peu leurs derniers instants.
Ainsi, vous obtiendrez, à peu de frais, grâce à ma propagande, un vernis humaniste du meilleur effet sur la myopie européenne, américaine et chinoise vis-à-vis des bailleurs de fonds qui tirent vos ficelles.

No pasaran !

Tragiquement votre

Post Scriptum
La croisade contre les Albigeois massacra en 1209 une bonne partie de la population de la ville de Béziers au prétexte qu'elle était fidèle à l'hérésie cathare.
La célèbre phrase "Tuez les tous ! Dieu reconnaîtra les siens !", attribuée au légat du pape Arnaud Amaury, n'a probablement jamais été prononcée.
Elle est toutefois représentative de l'incontestable esprit sportif qui animait les leaders de ce corps expéditionnaire.
Je me plais à relever ça ou de dire que, désormais, le cathare (et non plus les cathares) serait passé du côté obscur du glaive.
[toutes mes excuses pour ces phonétiques jeux de mots laids]

Références et compléments
- Voir aussi, sur ce thème malheureusement peu épuisable, les chroniques :
. "L'islamisme ne vient pas du sous-développement"
"Barbus des ténèbres ou barbus du boson ?"
"Djihadistes ou djiha-schiste ?"
"Bosnie, Bâmiyân, Tombouctou ... - Chronique de la barbarie"
. "Bras croisés ou salut nazi ? - Le courage muet d'August Landmesser, seul, bras croisés, au milieu de la foule saluant Hitler"

- Les éléments biographiques de Guglielmo Marconi sont strictement exacts comme l'atteste l'article Wikipedia le concernant. Il fut notamment le premier à réaliser une transmission radiophonique d'un discours du pape.

- Merci à A. pour la belle citation d'André Chamson.

dimanche 4 août 2013

Cocotte-minute, sac à dos et bombe glacée

À en croire le témoignage du transfuge américain Edward Snowden, une administration de l'Oncle Sam, la NSA, capterait l'essentiel des communications électroniques mondiales dans un but de lutte contre le terrorisme.

Aucune de nos actions sur les réseaux de télécommunications - mails, SMS, Facebook, Twitter, appels téléphoniques, parcours de sites web - n'échapperait aux grandes oreilles américaines. Barack Obama serait devenu une sorte de super Prince Charles planétaire, en passe de concurrencer l'éléphant Dumbo.

Dernier épisode en date, une paisible famille de New York aurait reçu la visite d'une unité spéciale de la police après avoir successivement cherché sur Google les expressions cocotte-minute puis sac à dos, reproduisant ainsi virtuellement le modus operandi des frères tchétchènes de Boston.

Personnellement, je ne suis guère inquiet à propos du secret de ma correspondance et du respect de ma vie privée.
Alors que chaque jour, j'ai toutes les peines du monde à lire et à traiter les mails que je reçois tant personnellement que professionnellement, je me demande comment une bureaucratie de l'espionnage peut s'y prendre pour prendre connaissance des 500 milliards de mails émis quotidiennement, 70 messages par jour et par humain.

"Ils ont des logiciels !" est la réponse la plus immédiate à cette interrogation.
Certes, mais je doute de l'efficacité des outils de la NSA.
La valeur commerciale d'un système qui, non seulement détecterait les spams sans coup férir, mais aussi classerait intelligemment le courrier serait gigantesque.
Si de tels engins existaient, il y a une sacrée lurette que les petits génies les ayant mis au point auraient quitté James Bond et OSS117, non pas pour rejoindre Vladimir Poutine, mais pour faire fortune à leur compte.

Pour illustrer l'ampleur de la tâche, prenons la phrase très simple "Toulouse explose Grenoble".
Un programme d'analyse de messages doit réussir à déterminer si je parle d'activistes occitans armés partis à l'assaut du Dauphiné, de comparaison des performances professionnelles d'établissements de l'entreprise où je travaille ou du score fleuve de la dernière rencontre de rugby entre mes 2 équipes de cœur.

Le djihadiste écrivant dans l'anglais de la reine étant devenu une espèce rare, ces logiciels doivent aussi interpréter correctement toutes les langues et alphabets, y compris les argots, les écritures phonétiques, les fautes de grammaire ou d'orthographe, sans compter le prétérit et l'imparfait du subjonctif.
Pourtant, traduire le seul mot avocat de la langue de Molière à celle de Shakespeare est moins simple qu'il n'y parait. Avons-nous à faire au juriste lawyer ou au fruit avocado ?

Cerise sur le pain de plastic, toute cette hypothétique puissance de calcul peut-être aisément contournée grâce à la bonne vieille méthode dite du code Radio Londres.
Un petit coup de "sanglots longs des violons de l'automne", je répète, un petit coup de "sanglots longs des violons de l'automne", et les analystes de la NSA sont persuadés que je verse dans la poésie alors que je viens de réveiller mes agents dormants.

Pour vérifier mes dires, je vous suggère d'effectuer une petite expérience en envoyant à plusieurs de vos connaissances un mail leur suggérant de récupérer la bombe à l'endroit convenu, de la placer dans une cocotte-minute au fond d'un sac à dos et de se retrouver sur l'objectif.
Vous omettrez, bien entendu, d'indiquer qu'il s'agit d'une bombe glacée commandée chez un pâtissier, que le sac à dos devra être rempli de poches de glaçons et que vous envisagez d'amener en bon état un dessert rafraîchissant à une fête amicale surprise.
Une fois ce message expédié, vous n'avez plus qu'à attendre, avec sérénité, la venue à votre domicile des agents de la DCRI, la Direction de la Congélation Rapide et Idéale.

Bombiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Recréons Radio Londres - 10 tweets pour braver la loi"
- Afin de booster l'audience de ce blog, j'ai ajouté dans le texte et les libellés de cette chronique quelques mots-clef améliorant sa visibilité auprès de la NSA.