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lundi 11 janvier 2016

Les religions combien de divisions ? Statistiques de la foi

Régulièrement, des événements à connotation religieuse font la une de l'actualité, trop souvent à cause d'exactions commises par des fanatiques.

Afin de prendre un peu de hauteur et fidèle - le terme est particulièrement approprié - aux habitudes de ce blog, je vous propose de porter un regard statistique et distancié sur les religions et les croyances.

Un marché mal connu

Première surprise, peu de chiffres sont disponibles sur les religions et il est difficile de donner foi à beaucoup d'entre eux. À croire que nous n'avons pas envie de savoir qui croit quoi.

Une partie des rares sources sont des organisations prosélytes qui cherchent, par le biais de grands nombres, à montrer que les croyances qu'elles promeuvent progressent à la vitesse de la marée au Mont Saint-Michel.

Les pays à religion d'état ne sont pas non plus avares de chiffres montrant l'alignement spirituel de la quasi-unanimité de leurs citoyens.
Ainsi, dans la plupart des pays musulmans, les autorités affirment, sans aucune vérification, que toute la population est de confession islamique, à l'exclusion des personnes issues de familles ancestralement chrétiennes ou juives.

La seule façon de surmonter cette difficulté est d'utiliser la méthode dite des manifestations.
La moins mauvaise estimation du nombre de participants à un défilé consiste à moyenner les valeurs fournies par la police avec celles proclamées victorieusement par les organisateurs.

2 multinationales omniprésentes

En recoupant les différentes sources, il ressort que catholicisme et islam sunnite dominent nettement la sphère religieuse.

En moyenne mondiale, un peu plus d'un croyant sur 5 est un fidèle de chacune de ces deux grandes confessions.

La clientèle du Christ nettement en tête

Par contre, en tenant compte des filiales, le christianisme est nettement leader.
Un fidèle sur 6 place sa foi en Jésus sans pour autant reconnaître l'autorité du pape romain.
Réunis, protestants, orthodoxes, anglicans, coptes et ouailles d'autres dénominations chrétiennes occupent la troisième place sur le podium de la dévotion.

L'islam est plus monolithique.
Aux 21% de croyants musulmans sunnites viennent seulement s'adjoindre 3% supplémentaires de chiites de toutes obédiences.

Un marché qui reste fractionné

L'hindouisme, avec son ancienneté trois fois supérieure à celle de l'islam ou du christianisme, obtient une très honorable quatrième place, avec légèrement moins d'un fidèle sur 6.

À l'inverse, le bouddhisme peine dans la côte avec un peu glorieux 7%, seulement un croyant sur 14 !

Le reste du marché religieux est dispersé.
Environ 15% des fidèles suivent une myriade de religions tribales, chamaniques ou chinoises mais aussi le judaïsme, le jaïnisme, le sikhisme, le zoroastrisme, la scientologie ou encore le rastafarianisme cher au regretté Bob Marley.
J'arrête ici une énumération qui pourrait occuper de nombreuses lignes.

Répartition mondiale des croyants des différentes religions

4 personnes sur 10 hors marché

Ces chiffres sont fort sympathiques mais oublient allègrement que nombres d'entre nous ne peuvent ou ne veulent se définir vis à vis d'une religion ou d'une foi.

Un célèbre institut de sondages pose régulièrement, dans 57 pays représentant trois quarts de la population mondiale, la question "indépendamment de votre fréquentation de lieux de dévotion, diriez-vous que vous êtes une personne religieuse, une personne non religieuse ou un athée convaincu ?".

Les résultats de la dernière livraison datée de 2012 changent la perspective.
Un petit quart de l'humanité se considère non religieux, 13% s'affichent athées et une personne sur 20 ne sais même pas se situer.

Répartition mondiale des attitudes vis à vis de la foi

Un marché spatialement mal réparti

Ces moyennes internationales recouvrent de fortes disparité géographiques.

La palme de la croyance revient au Ghana qui bat, sur le fil, le Nigeria, l'Arménie et les Îles Fidji.
Dans chacun de ces états, plus de 90% de la population s'affirme religieuse.

A l'autre bout du spectre, Chine, Japon et République Tchèque sont médaillés en mécréance avec de l'ordre de 8 de leurs ressortissants sur 10 à l'écart de la foi.

La fille aînée de l'Église est d'abord mécréante

La France, vieux pays catholique, n'affiche qu'un gros tiers de personnes religieuses, autant qu'en Australie ou à Hong Kong.

Le pays de Voltaire se distingue toutefois par son fort taux d'athéisme (29%).
Sur ce dernier point, Paris, Prague et Tokyo se valent.
Ils sont toutefois largement dépassés par Pékin qui explose l'agnostimat avec une petite moitié d'athées déclarés, les célèbres athées de Chine.

Près d'un tunisien sur 4 à l'écart de la religion

En Tunisie, trois quarts des habitants se déclarent religieux.

Dans le même temps, 22% des tunisiens s'énoncent non religieux, 2% ne répondent pas et un microscopique pourcent s'affirme même athée.

Ces valeurs sont comparables à celles relevées en Arabie Saoudite.

L'absence de religion première religion mondiale

Combiner et agréger mondialement les types de croyances avec les attitudes vis à vis des religions débouche sur une troisième image.

Le groupe de loin le plus nombreux - 4 humains sur 10 - est formé par les personnes en dehors des religions.

Les chrétiens, tous dossards confondus, obtiennent la médaille d'argent avec un petit quart de la population planétaire.

Suivent ensuite les musulmans et les hindous avec, respectivement, 1 personne sur 7 et 1 sur 10.

L'ensemble de toutes les autres religions recueille l'adhésion d'un citoyen du monde sur 8.

Répartition mondiale des attitudes vis à vis de la foi et des religions

Cette exposition chiffrée de la réalité mondiale de la foi a peu de chances de plaire aux zélateurs de tous poils, longs ou ras, à qui elle rappelle que l'univers de nos croyances, non-croyances et incroyances est divers.
Un hymne statistique au respect mutuel en quelque sorte ...


Humainement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
- Les données sur l'attitude vis à vis de la religion et de l'athéisme proviennent du Global Index of Religion and Atheism 2012 réalisé par REDC et Win-Gallup International.

- Les valeurs du nombre de croyants ont été moyennées d'après les 3 sources principales citées par Wikipedia dans son article sur la religion :
. Status of Global Mission 2013
. adherents.com
. chartsbin.com
La première source est éditée annuellement par des missionnaires chrétiens.
Les deux autres sont des compilations de multiples données réalisées collaborativement par des amateurs de statistiques.

- Ce billet sur le comptage des religions et de l'athéisme a été initialement publié sous une forme légèrement différente mais avec les mêmes chiffres en août 2013.

- Je n'ai pas su résister au calembour "athées de Chine". Je prie, si j'ose dire, les âmes sensibles de me pardonner.

mercredi 21 janvier 2015

Les musulmans en France, combien de divisions ?

En France, les attentats ont rallumé le débat sur les religions et l'ethnicité.
Depuis le mitraillage à Charlie Hebdo, "musulman" est devenu un terme tendance dont on ne sait s'il représente les croyants ou les pratiquants de l'islam ou encore les personnes venues de pays à majorité musulmane, voire ceux dont un ancêtre, à un degré mal défini, aurait frayé dans ces lointaines contrées.

Je vous propose, conformément aux habitudes de ce blog, d'envisager ces questions avec le regard froid et dépassionné des statistiques et de vous laisser vous forger votre propre opinion.

L'impossible mesure du religieux

Déterminer les parts de marché des différentes religions dans un pays donné est une question délicate car la foi est de l'ordre de l'intime et nombreux sont ceux sans opinions et pratiques théologiques tranchées.
De surcroît, en France, légalement, la liberté de conscience est absolue et nul n'est tenu de proclamer sa bonne ou sa mauvaise foi.

Imaginons quelques instants un sociologue souhaitant s'enquérir de mes convictions religieuses.
Techniquement, je suis catholique car j'ai été baptisé et mon prénom figure toujours sur les registres ecclésiaux.
Toutefois, à l'exclusion de quelques mariages ou enterrements, je ne vais jamais à la messe.
Quant à mes connaissances des textes sacrés, de leurs commandements et de leur morale ainsi que mes croyances envers les divinités et l'au-delà, ce blog n'étant pas un confessionnal, vous n'en saurez rien et le sondeur non plus !
Histoire de brouiller les pistes, j'ai même déjà expérimenté le divin plaisir de me faire passer pour un adorateur de Satan auprès d'un intégriste devenu aussi effarouché qu'une première communiante.

Le même enquêteur est confronté à de plus grandes difficultés face aux personnes possiblement musulmanes. Les marqueurs statistiques les plus faciles à relever n'existent pas ou peu. L'islam ne comporte pas de sacrements et la prière à la mosquée, quoique recommandée, n'est en rien une obligation. De surcroît, à l'instar du protestantisme, le clergé n'a pas de structure définie et hiérarchique.
La mesure du bouddhisme ou de l'hindouisme n'est pas plus aisée.

Pas étonnant dans ces conditions que les rares sondages et enquêtes sociologiques sur les religions affichent des résultats encore plus flous et contradictoires que les enquêtes politiques.

Afin de surmonter cette difficulté et de complaire à mes fidèles lecteurs, j'ai procédé suivant la méthode dite du comptage des manifestants, consistant à moyenner et à comparer les chiffres de différentes provenances.

Quel est le poids du religieux en France ?

À la question directe "croyez-vous en Dieu ?", une grosse moitié des français interrogés répond oui et une petite non.
Bizarrement, dans cette enquête, l'institut de sondage n'a pas jugé utile de prévoir l'option “ne sais pas”, les agnostiques sont priés de ne plus douter.
Pourcentage de personnes résidant en France vis à vis de la croyance en Dieu

Lorsque le sujet est abordé de manière moins binaire, la population de notre bel Hexagone se répartit grosso modo en 3 tiers.
Un peu plus d'une personne sur 3 se déclare religieuse, 29% s'affirment athées et le tiers restant non religieux.
Cette statistique varie beaucoup avec l'âge. Plusieurs résultats concordants indiquent que pas loin de la moitié des moins de 30 ans s'affirment athées ou sans religion. Il semblerait que les clergés de tout poil aient un problème de positionnement stratégique.
Pourcentage de personnes résidant en France vis à vis de la religion

Tous comptes faits, la France compte environ 24 millions d'ouailles de toutes sensibilités qui s'affirment concernées par le religieux, de l’ordre d'une personne sur 3.
Dans le même temps, 42 millions d’hexagonaux se mettent hors religion.
Pourcentage de personnes religieuses ou hors religion résidant en France

Quel est le poids des religions en France ?

Parmi le tiers religieux, le catholicisme occupe, de très loin, au sommet du podium.
Sensiblement un quart des français - 17 millions de personnes soit 2 croyants sur 3 - y adhère avec une pratique minimale.
Toutefois la messe hebdomadaire n'est suivie que par quelques pourcents de la population, entre un sixième et un dixième des catholiques suivant les sources.

L'islam décroche la médaille d'argent, mais sans avoir participé à la course au titre.
En conservant le critère de croyance associée à une pratique minimale, 3% à 6% des résidents français s'affirment musulmans, soit environ un sur 20 à 25, approximativement 2.5 à 3 millions de personnes. Grosso modo, un croyant sur 8.
Une enquête, avec des gages raisonnables de sérieux, a montré que les personnes vivant en France issues de familles pratiquant la foi musulmane se répartissaient en trois groupes sensiblement égaux : des musulmans se disant croyants et pratiquants, des personnes s'identifiant comme musulmanes mais sans pratique religieuse et des personnes se déclarant sans religion.
À bien y regarder, des affirmations peu éloignées de celles des personnes élevées dans d'autres fois.

Toujours chez les personnes se déclarant religieuses, le protestantisme, en groupant toutes ses obédiences, concerne de l'ordre de 3 à 4 hexagonaux sur 100, c'est à dire de 2 à un petit 3 millions de croyants.
Le judaïsme ferme la marche autour d'un sur 100, voire moins, assez nettement en dessous de la barre symbolique du million.
À ces chiffres microscopiques, il convient d'adjoindre, pour faire bonne mesure, 2% à 3% d'autres religions aussi diverses que variées, environ 2 millions de personnes rétives aux leaders du marché du Ciel.
Pourcentage d'adhésion aux religions des personnes résidant en France

#JesuisCharlie c'est à dire athéico-agnostico-catholico-islamico-protestantico-judaïco-diversico-laïquement votre

Références et compléments
- Voir aussi :
- Voici la liste des différentes sources que j'ai employé. Ces enquêtes ont des questions et des méthodes très disparates, difficiles à réconcilier.
  • Sondages CSA & IFOP de 2013, tous deux intitulés “le catholicisme en France”
  • Sondage WinGallup & REDC de 2012 “global index of religion and atheism”
  • Sondage IFOP de 2011 “les français et la croyance religieuse”
  • Sondage IFOP de 2009 “étude sur l'implantation et l'évolution de l'islam en France”
  • Sondage CSA de 2004 “les français et la religion”

samedi 16 août 2014

L'islamisme ne vient pas du sous-développement

Les sociétés arabes sont le siège depuis une quarantaine d'années de la montée d'une religiosité aux rites rigoureux et aux pratiques normées dans les moindre détails.
Voiles et barbes en sont les éléments les plus saillants vus d'Europe, mais peut-être pas les plus significatifs.
Ces manières ostensibles et peu flexibles de pratiquer la foi islamique sont, usuellement et par facilité, nommées intégrisme ou islamisme.
En Tunisie, par exemple, cette dévotion voyante, anecdotique dans les années 1980, est aujourd'hui devenue majoritaire.

Les explications usuelles ne rendent pas compte de la réalité de l'islamisme
Couramment, la montée de l'intégrisme musulman est attribuée à trois causes principales : accroissement du sentiment religieux, propagande assourdissante d'imams survitaminés et sous-développement.
Aucune de ces origines supposées ne résiste à l'analyse.

La croyance en Dieu n'est pas plus forte actuellement dans les pays dits musulmans qu'il y a 50 ou 100 ans.
Au contraire, même si très peu ont le courage de le confesser publiquement, il existe désormais une faible minorité d'agnostiques et d'athées qui était quasi-inexistante à l'orée du vingtième siècle.

Les religions, perpétuellement soucieuses de leur expansion, ont toujours fait de la propagande. C'est une des missions principales du clergé. Si prosélytisme et endoctrinement étaient efficaces alors le monde serait confit en dévotion depuis la nuit des temps.
Les publicitaires expliquent d'ailleurs qu'une opération de promotion ne peut être efficace qu'auprès de personnes préalablement réceptives. La prédication intégriste rencontre effectivement un grand succès, mais exclusivement auprès de fidèles prêts à l'entendre.

L'islamisme n'est pas non plus le fruit du faible développement économique.
En Tunisie, par exemple, depuis 1980, le PIB moyen par habitant a doublé. Même si les inégalités sont criantes, elles ne le sont pas plus qu'il y a 30 ans et le niveau de vie de toutes les catégories de la population s'est notablement amélioré.
De surcroît, l'intégrisme touche autant, voire plus, les classes moyennes et aisées que les couches populaires.
Ainsi, les leaders d'Ennadha, le parti islamiste tunisien actuellement au pouvoir, sont presque tous des enfants de cadres ou de bourgeois.


L'islamisme, fruit du passage brutal à la modernité
Le Maghreb et le Machrek, à l'issue de la décolonisation, ont absorbé en moins de 50 ans ce que l'Europe et l'Amérique du Nord ont mis plus de deux siècles et demi à digérer avec des convulsions terribles : fin du mode de vie rural traditionnel, alphabétisation et éducation, essor urbain, transition démographique, industrialisation, mass médias et technologies de l'information, développement des transports, flux migratoires, montée du sentiment national, construction d'états modernes...
Le tout sans passage par la case révolution industrielle.
De tels changements modifient radicalement les perceptions du monde et les rapports aux autres.

Les sociétés rurales peinaient à nourrir, vêtir et loger leurs membres. Néanmoins elles étaient homogènes, prévisibles et tissaient des liens sociaux forts.
Le cycle des saisons rythmait la vie. Le travail très physique dans les champs était une nécessité vitale peu discutable et laissait peu de place aux interrogations existentielles.
L'appartenance à une famille, un village, une communauté était évidente et se transmettait au fil des générations, particulièrement en Afrique du Nord où l'endogamie était très forte.

Le monde moderne, et maintenant post-moderne, est strictement inverse.
Les besoins matériels sont de mieux en mieux servis et demandent moins de labeur.
Par contre, la diversité est devenue la norme, l'imprévisibilité règne et l'individu domine.
Le progrès économique s'effectue en dents de scie, les crises succédant aux booms. La valse des technologies assure une amélioration moyenne du bien-être physique au prix de beaucoup d'essais et d'erreurs ainsi que de la disparition, parfois très rapide, d'activités ancestrales. Nul ne peut plus être certain que son métier existera encore dans cinq ou dix ans.
Ce sont, de plus en plus, des personnes, et non des groupes, qui sont les moteurs de ce maelström.
Chacun, désormais, décide de ce qu'il veut faire et être, de comment il veut vivre et avec qui. Sa famille, ses voisins, ses amis, ses collègues n'ont pratiquement plus voix au chapitre. L'augmentation du temps libre et la moindre dépendance aux autres pour sa propre subsistance accroissent ces possibilités d'autonomie individuelle.

De telles évolutions, menées à un train d'enfer, sont profondément anxiogènes. De surcroît, moins courir après son pain quotidien suscite des attentes nouvelles.
Comment faire face, seul, à ces changements rapides et, surtout, à ces choix de vie ? Que faire de loisirs désormais prédominants ? Quel sens donner à tout cela ?
L'amélioration des conditions matérielles de vie et la progression des choix individuels procurent d'indéniables satisfactions mais répondent mal aux besoins de sécurité et d'appartenance, chers au psychologue Abraham Maslow et à sa célèbre pyramide.

L'intégrisme exploite ce créneau en déshérence.
Balayant doutes et interrogations, il apporte des réponses simples et opérationnelles qui évitent de se poser des questions.
D'après les tenants de cette doctrine, la marche incohérente du monde provient tout simplement d'un affadissement de la foi et du non suivi de prescriptions religieuses strictes et terre à terre.
A l'inverse, il suffit d'honorer ces injonctions à la lettre pour gagner, simultanément, le respect immédiat de ses semblables et une vie éternelle accomplie.
La stabilité sociale perdue reviendra avec l'accroissement du nombre de "bons" croyants, ce qui pousse, pour le bien de tous, à faire rentrer les récalcitrants dans le rang.
Le présent et l'avenir des fidèles est ainsi assuré aussi longtemps qu'ils partagent les rites d'une communauté englobante.
Les signes extérieurs de religiosité remplissent la même fonction que les maillots des supporters du football, afficher aux yeux de tous son adhésion et son allégeance au groupe.


Un éventuel reflux de l'islamisme ne pourra venir que de l'intérieur des sociétés arabes
Contrer l'intégrisme suppose d'être capable de le contrer sur le terrain des besoins immatériels de sécurité, de prévisibilité et d'appartenance que la société post-moderne peine à satisfaire.

C'est ce que Nasser et Bourguiba tentèrent de faire en leur temps avec un mélange de nationalisme, d'étatisme et de culte de la personnalité.
Leur système devait conduire le peuple arabe enfin libéré de ses entraves vers un avenir radieux où il serait le phare de l'humanité.
Hélas, ni la machine économique, ni les succès militaires, ni même les événements symboliques ne furent au rendez-vous, ces leaders visionnaires étant d'exécrables managers.
Leurs successeurs, moins charismatiques, obtinrent, par le libéralisme économique, le développement tant attendu. Mais, crispés sur leur pouvoir dictatorial et leurs réseaux de corruption, ils furent incapables de faire respirer leurs sociétés.
Le choc en retour fut la croissance de l'intégrisme.

Ce ne sont pas des actions venues "d'en haut" ou de je ne sais quelle avant-garde éclairée du peuple ou, encore moins, de l'extérieur qui pourront venir à bout de l'intégrisme.
De même, la répression, comme celle de l'été 2013 en Égypte, peut masquer, par le sang et la terreur, les symptômes mais, en aucune manière, traiter les causes.

C'est aux sociétés arabes de construire, par elles mêmes et dans la durée, des représentations du monde moins délétères conjuguant liberté individuelle, responsabilité, confiance et sens du collectif.
Cette maturation risque d'être lente car les récentes révolutions ont sérieusement épaissi la soupe et n'ont pas ralenti le rythme du monde alentour.

Toutefois, l'émergence de symboles pourraient accélérer le mouvement. Les pays musulmans manquent cruellement d'icônes internationalement reconnues. Les rares sportifs, artistes, penseurs, politiques ou chefs d'entreprise arabes célèbres mondialement sont des expatriés. Ces peuples méritent d'autres effigies que Saddam Hussein et Ben Laden.

Le vaccin peut-être déjà à l'oeuvre en Tunisie
Pour conclure, un brin d'optimisme paradoxal : l'exercice calamiteux du pouvoir en Tunisie par Ennadha, parti résolument islamiste, a déboussolé et déçu une partie de sa base.
Sous la pression de ses propres échecs et de l'opinion, Ennadha a du se résoudre à céder le pouvoir, à accepter une constitution décente et à jouer le jeu des élections de l'automne 2014.
Cet exercice pédagogique, dangereux et meurtrier à court terme, pourrait s'avérer salutaire sur une plus longue période.
Embryons de réponse lors de la prochaine consultation électorale...

Intégralement votre

Références et compléments
- Cette chronique a été initialement publiée le 27 août 2013 et a été très légèrement retouchée les 16 & 17 août 2014.

- Voir aussi à propos des désillusions de beaucoup de tunisiens vis à vis du parti islamiste Ennadha la chronique "4 semaines au cœur de la Tunisie morose".
Le billet "La Tunisie rattrapera la France le 12 mai 2041" détaille la croissance du PIB et du niveau de vie entre le pays de Molière et celui d'Ibn Khaldoun.

- Un exemple parmi beaucoup d'autres de la mauvaise appréhension de l'islamisme, le récent article de Michel Rocard "l'Islam et le printemps" paru au Cercle des Echos.

- Merci à Omar de m'avoir remémoré la pyramide de Maslow dont vous trouverez le détail dans l'article que Wikipedia lui consacre.

vendredi 8 août 2014

Éloge de la Sainte Guerre

Je me presse de rire de tout, de peur d'être obligé d'en pleurer.
Beaumarchais

Résister, c'est d'abord ne pas s'arrêter à la persécution, ni à la calomnie, ni à l'injure. C'est rester semblable à ce qu'on est jusque dans la défaite.
André Chamson

Le seul moyen de lutte qui nous reste, pour refuser l'arbitraire et la barbarie, est de ne pas renoncer à notre éducation.
Yasmina Khadra

Vaillants Djihadistes à poil long de Tunisie, de Libye, d'Irak et d'ailleurs ;
valeureux Combattants de la Juste Cause ;
chers amis.


Au risque de surprendre les (in)fidèles lecteurs de ce blog, j'annonce haut et fort que je soutiens pleinement votre action.

En effet, notre planète est devenue trop complexe.
Trop d'ethnies, trop de religions, trop d'opinions différentes, trop de langues, trop d'orientations sexuelles, trop de projets politiques, trop d'artistes, trop de cultures, trop de métissage, trop de femmes, trop de musiques, trop d'alcools, bref beaucoup trop de diversités.

La seule manière de surmonter cette abjecte pagaille entropique est de mettre tout le monde, une bonne fois - une bonne foi ? - pour toutes, dans une seule et unique case, soumise à une seule Loi et à un seul Chef inspiré.

Depuis les disparitions prématurées d'Adolf Hitler, Joseph Staline, Mao Zedong et Pol Pot, vous seuls avez eu le courage et la force de reprendre ce vaste et indispensable chantier.

Malheureusement, quelques esprits forts s'offusquent de vos méthodes qu'ils trouvent expéditives et de votre consensus, soit-disant sanguinaire.
En attendant leur prochaine mise au pas, il est aisé de rétorquer à ces belles âmes portées à la sensiblerie les sages paroles de vos illustres prédécesseurs lors du sac de Béziers "Tuez les tous ! Dieu reconnaîtra les siens !"
Un tel principe, frappé au coin du bon sens, évite tout risque d'erreur judiciaire ou théologique.

Par contre, à mon humble avis, vos pratiques manquent encore un peu de pureté purificatrice et gagneraient à respecter encore plus scrupuleusement les principes que vous défendez hardiment.

Je vous suggère, dans un souci d'exemplarité, d'abandonner le Kalachnikov et le RPG-7.
Ces deux armes sont, avec le Spoutnik, les seules réussites du système soviétique, quintessence du marxisme athée.
Pour remplir les cimetières, rien ne vaut le cimeterre !

Dans le domaine destructif, la dynamite n'est pas conseillée.
Il s'agit d'une invention démoniaque d'Alfred Nobel, infâme protestant cosmopolite, qui ne trouva rien de mieux que de consacrer sa fortune à encourager et récompenser l'impérialisme occidental décadent par l'entremise de prix annuels.
Pour pulvériser mausolées et églises, rien ne vaut de bonnes vieilles pioches !

De même, je vous enjoint à ne plus utiliser de pickups Toyota ou Mitsubishi.
Ces véhicules sont les fleurons de l'industrie du Japon, pays où la religion principale est le Shintô, croyance impie, simultanément animiste, polythéiste et sans perspective d'un Au Delà.
Pour mener une Croisade, rien ne vaut le cheval !

Il vous faudrait aussi cesser toute communication par ondes radio.
Cette technique hérétique a été mise au point par Guglielmo Marconi. Ce matérialiste suppôt de Satan concentrait toutes les tares : métis irlando-italien, héritier d'une fabrique de whisky, triplement chrétien puisque à la fois catholique, anglican et propagandiste du pape.
Pour rendre les masses dociles, rien ne vaut une bonne terreur à la Robespierre !

En échange de mon soutien public et de mes conseils doctrinaux, je vous demanderai toutefois d'épargner l'île d'Elbe où j'envisage de déménager très prochainement mes pénates.
Je pourrais, depuis cette position privilégiée, assister, aux premières loges et sans trop de risques, à votre nettoyage en règle du bassin méditerranéen. Je me délecte par avance de votre Marche sur Rome et de votre prise du Vatican.

Depuis ce refuge napoléonien, j'escompte transformer ce blog en un panégyrique entièrement dédié à votre gloire et à votre zèle iconoclaste.
Vous pourrez même donner mes chroniques à lire à vos prisonniers afin d'adoucir quelque peu leurs derniers instants.
Ainsi, vous obtiendrez, à peu de frais, grâce à ma propagande, un vernis humaniste du meilleur effet sur la myopie européenne, américaine et chinoise vis-à-vis des bailleurs de fonds qui tirent vos ficelles.

No pasaran !

Tragiquement votre

Post Scriptum
La croisade contre les Albigeois massacra en 1209 une bonne partie de la population de la ville de Béziers au prétexte qu'elle était fidèle à l'hérésie cathare.
La célèbre phrase "Tuez les tous ! Dieu reconnaîtra les siens !", attribuée au légat du pape Arnaud Amaury, n'a probablement jamais été prononcée.
Elle est toutefois représentative de l'incontestable esprit sportif qui animait les leaders de ce corps expéditionnaire.
Je me plais à relever ça ou de dire que, désormais, le cathare (et non plus les cathares) serait passé du côté obscur du glaive.
[toutes mes excuses pour ces phonétiques jeux de mots laids]

Références et compléments
- Voir aussi, sur ce thème malheureusement peu épuisable, les chroniques :
. "L'islamisme ne vient pas du sous-développement"
. "Barbus des ténèbres ou barbus du boson ?"
. "Djihadistes ou djiha-schiste ?"
. "Bosnie, Bâmiyân, Tombouctou ... - Chronique de la barbarie"
. "Bras croisés ou salut nazi ? - Le courage muet d'August Landmesser, seul, bras croisés, au milieu de la foule saluant Hitler"

- Les éléments biographiques de Guglielmo Marconi sont strictement exacts comme l'atteste l'article Wikipedia le concernant. Il fut notamment le premier à réaliser une transmission radiophonique d'un discours du pape.

- Merci à A. pour la belle citation d'André Chamson.