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vendredi 31 juillet 2015

10 citations contre le terrorisme et la barbarie

Depuis la recrudescence des attentats qui ensanglantent la Tunisie, la France et une trop grande part de notre planète, plusieurs fidèles lecteurs m'ont suggéré de rédiger une chronique sur les motivations des terroristes et sur la manière, au delà de la nécessaire répression policière, de lutter contre leur barbarie.

Craignant de produire une pâle copie, plutôt que de disserter sur ce thème, je vous propose, comme le disait Bernard de Chartres, de "grimper sur les épaules des géants" en (re)découvrant 10 citations d'auteurs nettement plus qualifiés que votre serviteur.


Le mal peut être à la fois banal et extrême.
C'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal.

Seul le bien est radical. 
Hannah Arendt

Résister, c'est d'abord ne pas s'arrêter à la persécution, ni à la calomnie, ni à l'injure.
C'est rester semblable à ce qu'on est jusque dans la défaite.

André Chamson

L'ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine, la haine conduit à la violence.
Averroès

Ceux qui suivent leur conscience sont de ma religion et je suis de la religion de ceux qui agissent bien.
Henri IV

Il faut donc nous méfier de ceux qui cherchent à nous convaincre par d'autres voix que celle de la raison.
Primo Levi

Les mouvements totalitaires sont des organisations massives d’individus atomisés et isolés.
Hannah Harendt

Un religieux croit que son dieu le protège.
Un fanatique se croit obligé de protéger son dieu.

Anonyme

Nous avons un projet dans lequel ils ont leur place.
Ils ont un projet dans lequel nous n'en avons aucune.

Chokri Belaïd

We shall never surrender, never, never!
Ne jamais se rendre, jamais, jamais !
Winston Churchill

Il est grand temps de rallumer les étoiles.
Guillaume Apollinaire.

Humainement votre

Références et compléments
- Hannah Arendt (1906 - 1975) philosophe allemande d'origine juive, naturalisée américaine.
Une grande partie de son œuvre est consacrée au totalitarisme et à la "banalité du mal", suite à son expérience personnelle des persécutions nazies et à ses reportages au procès d'Adolf Eichmann.

- André Chamson (1900 - 1983) écrivain, conservateur de musée et résistant français.
Protestant engagé, il prit plusieurs fois la parole lors de l'Assemblée annuelle du Désert dans les Cévennes. La citation est issue d'un de ces discours.

- Averroès ou Ibn Rochd (1126 - 1198) philosophe, juriste, médecin et mathématicien andalou né à Cordoue.
Son ouverture d'esprit et sa modernité déplaisaient aux autorités politiques et religieuses musulmanes de l'époque, qui l'exilèrent comme hérétique et ordonnèrent que ses livres soient brûlés.
Commentateur éclairé d'Aristote, il est parfois vu comme un des pères de la pensée laïque moderne.

- Henri IV, né Henri de Bourbon (1553 - 1610) roi de France.
Initialement protestant, devenu catholique pour monter sur le trône de France, il mît fin aux guerres de religion en promulguant en 1598 une législation de tolérance très moderne dans son essence, l'édit de Nantes (voir sur ce point la chronique sur la laïcité en France)..

- Primo Levi (1919 - 1987) écrivain italien et un des plus célèbres survivants de la Shoah.
Juif italien de naissance, chimiste de formation, il devint écrivain afin de transmettre et expliciter sa tragique expérience dans le camp de d'extermination d'Auschwitz.
Son ouvrage le plus marquant est "Se questo è un uomo / Si c'est un homme".

- Chokri Belaïd (1964 - 2013) avocat et homme politique tunisien, lâchement assassiné par des djihadistes.

- Winston Churchill (1874 - 1965) homme politique britannique.
Premier ministre de 1940 à 1945, il mena la lutte de la Grande Bretagne contre les dictatures allemandes, italiennes et japonaises.
La citation date de juin 1940, juste après la demande d'armistice de la France auprès de l'Allemagne nazie.

- Guillaume Apollinaire (1880 - 1918) poète français d'origine polonaise et italienne, décédé des suites d'une blessure contractée au combat lors de la première guerre mondiale.

- Photo prise par l'auteur à Paris rue Nicolas Appert devant Charlie Hebdo le 7 février 2015

- Mes remerciements à Afef qui m'a signalé plusieurs des citations.

- Les notices biographiques ont été réalisées avec l'aide toujours précieuse de Wikipedia.

samedi 10 janvier 2015

#JesuisCharlie - Ils ont tiré sur notre liberté de refuser et notre droit à la complexité

C'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal.
Hannah Arendt


Depuis mercredi 7 janvier, nous avons été nombreux à dire et manifester que les assassins qui ont ensanglanté la France cette semaine avaient voulu abattre notre liberté d'expression.
Pouvoir dire, écrire et diffuser ce que bon nous semble, y compris les pires stupidités ou insignifiances, est au coeur des valeurs d'ouverture et de pluralisme.
Ce qui a été moins souligné, probablement à cause du deuil et de l'émotion, c'est que cette liberté de base a deux pendants tout aussi essentiels.

La liberté de refuser

Dans une société libre, comme chacun a le droit d'émettre ce qu'il souhaite, par voie de conséquence, chacun a aussi la possibilité de ne pas recevoir ce qui l'ennuie ou le désintéresse.
Très honnêtement, Charlie Hebdo, que j'avais lu dans ma jeunesse, ne me plaisait plus et, tout simplement, je ne le parcourais pas.
Je pourrais continuer la liste très longue des médias auxquels je suis hermétique.
De même, je pourrais énumérer toutes les innombrables pratiques culturelles, politiques, religieuses, sexuelles, sportives, professionnelles, linguistiques, culinaires et que sais-je encore qui me déplaisent et que j'ai banni de mon quotidien.
Il me faut aussi citer les quelques 66 millions français qui refusent obstinément de lire mes publications sur internet, sans parler des trop nombreux tunisiens, belges et autres francophones.
Ce tri permanent est, à bien y réfléchir, assez exigeant. Il suppose que chacun, consciemment et inconsciemment, se définisse, choisisse ce qu'il veut faire et donc décide de ce à quoi il renonce.
Je souhaite pouvoir déterminer seul si je lis ou ne lis pas Charlie Hebdo. Pas que quelqu'un d'autre, a fortiori armé, se substitue à mon libre arbitre.
Évidemment, penser par soi-même - c'est à dire être au sens étymologique un refuznik - est une abomination qui terrorise les terroristes et leurs mentors totalitaires.

Le droit à la complexité

Les tenants des totalitarismes, quels qu'ils soient, simplifient le monde selon une logique d'exclusion, A OU B, eux OU nous.
Une société de liberté est aussi une société de complexité pratiquant la logique inclusive, A ETET un peu de C ET pourquoi pas du D.
Je peux être français ET semi-auvergnat ET apprécier la nourriture épicée ET ne jamais mettre les pieds dans une église ET fréquenter une pagode ET abonné au gaz AINSI que les compétitions de badminton ET voter François Bayrou.
Alors que mon voisin est ouzbek ET britannique ET un tiers dauphinois ET carbure au saucisson à l'ail ET à l'eau bénite ET est adhérent à la Fédération des Pêcheurs à la Ligne de Gauche.
Cette possibilité et cette réalité de mosaïque, de kaléidoscope fait le sel de nos sociétés d'ouverture. La liste des victimes des tueurs illustre d'ailleurs tragiquement la diversité française.
Là aussi, la complexité oblige à se comporter et à penser par soi-même, l'acte le plus effrayant pour un simplificateur armé et autoproclamé.

Pour conclure, une citation de Chokri Belaïd, assassiné en Tunisie en 2013 par les mêmes balles que Charlie Hebdo et les autres victimes :
“Nous avons un projet dans lequel ils ont leur place. Ils ont un projet dans lequel nous n'en avons aucune.”

No pasaran
#JesuisCharlie
#Jesuistouteslesvictimessansdistinction

Tristement mais opiniâtrement votre


lundi 27 janvier 2014

Révolution de Tunisie : la fin du commencement

Ce matin, lors de la promulgation de la nouvelle constitution tunisienne par le parlement, la fille du député Mohamed Brahmi, lâchement abattu en juillet dernier, occupait symboliquement le fauteuil de son père.

La fille de Mohamed Brahmi devant une photo de son père à l'assemblée nationale constituante tunisienne le 27 janvier 2014.
Cette image forte est emblématique de la situation ambivalente de mon pays de cœur.

Les trois dernières années, depuis la révolution et la chute de Ben Ali en janvier 2011, ont connu quelques hauts et beaucoup de bas.

L'économie stagne et la sécurité s'est durablement dégradée.
Deux figures politiques, Chokri Belaïd puis Mohamed Brahmi, ainsi que de nombreux militaires et policiers ont payé de leur vie l'implantation de noyaux terroristes.
Les élus du scrutin de fin 2011 ont fourni un pitoyable spectacle qui a déçu beaucoup de tunisiens.
Le débat public, qui aurait du se concentrer sur les questions sociales et économiques, a beaucoup trop porté sur des thèmes religieux.
Les islamistes d'Ennadha ont été incapables d'assumer leur large victoire électorale et la charge gouvernementale. Les deux petits partis  qui s'étaient allié avec eux ont démontré leur inconsistance.
Dans le même temps, l'opposition n'a pas su s'entendre, dépasser les petites ambitions personnelles et proposer des projets crédibles.

Toutefois, cette épaisse grisaille est trouée par quelques lueurs ténues d'espoir.
Les élections ont été bien organisées et honnêtes.
La constitution, insuffisamment libérale et libertaire à mon goût personnel, est le fruit d'un long et filandreux mais réel processus de compromis politique. Malgré ses imperfections, elle stabilise beaucoup d'acquis.
Pendant toute la législature, l'association Al Bawsala (la boussole) a organisé un suivi minutieux des travaux parlementaires et les a retranscrit sur les médias électroniques. Cette action a été remarquable et mérite d'être soulignée.
Les tunisiens et les tunisiennes ont démontré dans cette période troublée leur capacité à s'auto-administrer et ne pas se laisser imposer l'inacceptable. Partout, la parole, naguère sous le boisseau, est libérée.

La fille de Mohamed Brahmi représente cette réalité complexe.
Elle voisinait ce matin des personnages qui ont, si ce n'est commandité l'assassinat de son père, a minima encouragé ses tueurs et échoué à le protéger.
Par ailleurs, son sourire et sa jeunesse sont le capital le plus précieux de la Tunisie.
Puissent les jeunes générations retrouver l'esprit du 14 janvier, remiser leurs aînés de toutes obédiences au magasin des accessoires, prendre le manche de l'acte II de la révolution et emmener leur nation vers l'avenir qu'elle mérite !

Tahia Tounes !
Tunisiquement votre

Références et compléments
- Les autres chroniques sur la Tunisie
- Merci à Jean le tunisophile de m'avoir encouragé à écrire cette chronique tunisienne.
- Un clin d'œil amical au tuniso-twittonaute Habib Sayah @Habsolutelyfree qui ne partage peut-être pas totalement mon optimisme.
- Retrouvez Al Bawsala sur le web et sur Twitter @AlBawsalaTN.

samedi 10 août 2013

La Tunisie ne mérite ni sa majorité politique ni son opposition

Depuis de trop longs mois désormais, la plupart des politiciens tunisiens se sont lancés dans un concours de bêtise et d'inconséquence.
Jugez sur pièces.

La majorité hétéroclite issue des élections d'octobre 2011, composée d'Ennadha, parti islamiste conservateur, d'Ettakatol, sociaux-démocrates mous, et du CPR, nationalistes un brin extra-terrestres, a échoué en tout.

La situation sécuritaire est exécrable. Deux ténors politiques ont été assassinés par balles ces 6 derniers mois, un maquis salafiste s'est implanté sur le mont Chaambi et la petite délinquance coule des jours tranquilles..

L'économie est stagnante et le chômage stratosphérique, sans aucune perspective visible de redécollage rapide.
Le déficit public se creuse à vive allure. L'état tunisien dépense actuellement 20% de plus qu'il ne récolte en impôts, taxes et cotisations.

La rédaction de la nouvelle constitution, qui est pourtant l'objectif principal d'une assemblée soit disant constituante, est au point mort.
Aucun des tunisiens avec lesquels j'ai échangé n'a été capable de m'expliquer clairement qu'elle sera l'organisation des pouvoirs publics découlant de la nouvelle loi fondamentale.

Par voie de conséquence, la confiance dans cette "troïka" a fondu comme un cornet de glace au soleil d'Hammamet, y compris chez une partie de leurs sympathisants.
De nombreux élus et militants d'Ettakatol et du CPR, désappointés par l'alliance avec les islamistes, ont déserté les rangs de ces deux formations.
Des personnes naguère favorables à Ennadha en disent, désormais, beaucoup de mal.

Le plus singulier est qu'Ennadha s'est ingénié à se tirer des balles dans le pied et à renforcer ses adversaires.
Ses dirigeants n'ont pas eu la lucidité de placer des technocrates aguerris aux manettes économiques et sociales.
A minima par naïveté et, probablement aussi, par calcul stupide, ils ont laissé la violence politique et religieuse s'installer.
Et, comble de l'absurdité, en envoyant plusieurs fois la police et leur milice dite de protection de la révolution, matraquer des manifestations, les islamistes ont amélioré la visibilité et la cote de popularité des contestataires.
Omnubilée par la conquête du pouvoir, Ennadha en a oublié le difficile exercice.

L'opposition ne vaut malheureusement guère mieux.
Elle est désormais divisée en deux pôles principaux, Nidaa Tounes, sorte d'adaptation bourguibienne du gaullisme dirigée par un jeune espoir de 85 ans, et le Front Populaire, coalition de gauche qui aurait fait moderne en 1960, auxquels s'adjoignent une multitude de groupuscules et associations.
Le seul point d'accord est de "dégager" Ennadha.

Officiellement, la feuille de route anti-islamistes serait de mettre en place un gouvernement intérimaire d'union nationale constitué d'indépendants et de technocrates, de boucler rapidement la rédaction de la constitution et d'organiser des élections d'ici 6 mois à un an.

Toutefois ce plan est ambigu et ne contribue pas à débloquer la situation.
Qui pour diriger le gouvernement de salut public ? Qui aux ministères clefs ? Avec quels soutiens politiques ? Avec ou sans la participation d'Ennadha ?
Quelles actions économiques et sociales mettre en œuvre avant les élections ?
Comment rétablir la sécurité ? Comment discipliner la police ?
Quoi mettre dans la constitution ? Quels pouvoirs pour le parlement, le gouvernement, le président de la république ?
Aucune de ces questions cruciales n'a d'embryon de réponse unitaire et publique. La semaine prochaine peut-être ...
Avec autant de flou, d'indécision et d'ambitions personnelles non voilées, Nidaa Tounes, le Front Populaire et la société dite civile voudraient maintenir Ennadha au pouvoir qu'ils ne s'y prendraient pas autrement.
Les leaders de l'opposition semblent plus préoccupés par d'hypothétiques élections sans cesse repoussées aux calendes grecques, que par éviter une sortie de route imminente à la Tunisie. Alors que la maison commune brûle, les pompiers tergiversent.

Les plus optimistes des tunisiens croient en l'existence d'un "plan secret" des opposants, les plus pessimistes sont totalement désabusés.

La meilleure preuve de l'incapacité des adversaires d'Ennadha à assumer leurs responsabilités est la manifestation du 6 août dernier devant l'assemblée constituante au Bardo à Tunis.
L'affluence était imposante, toutes les catégories sociales et tous les âges y étaient représentés.
Toutefois, les seuls emblèmes arborés par la foule étaient des drapeaux tunisiens, signe à la fois encourageant d'unité nationale mais aussi, voire surtout, désespérant d'absence criante de perspectives politiques.

Envers et contre tout, tunisiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "Tout savoir sur l'économie chancelante de la Tunisie" et "la Tunisie entre Fellag et Yasmina Khadra".

lundi 5 août 2013

La Tunisie entre Fellag et Yasmina Khadra

Depuis mon arrivée en Tunisie il y a une dizaine de jours, je suis atteint de bouffées délirantes. J'ai l'impression récurrente d'être plongé dans un sketch de Fellag ou dans un roman de Yasmina Khadra.

À l'instar des œuvres de ces deux créateurs, les événements qui se succèdent à un rythme soutenu allient tragique, absurde et comique grinçant.

Que penser des assassinats de Chokri Belaïd et de Mohammed Brahmi ? Quelles factions avaient véritablement intérêt à éliminer ces ténors de l'opposition ?

Que penser d'une police et d'un gouvernement qui matraquent des manifestations pacifiques de l'opposition, histoire d'accroître sa mobilisation ?

Que penser de ceux que l'on appelle "terroristes" et qui sont retranchés sur le mont Chaambi dans le centre de la Tunisie ? Qui sont-ils ? Quel est leur effectif ? Comment expliquer l'inefficace et sanglante opération militaire menée par l'armée tunisienne depuis plusieurs mois ?

Que penser de la soudaine et heureusement jusqu'alors infructueuse recrudescence de tentatives d'attentats à la bombe ?

Que penser d'une police qui, durant 6 mois, semblait totalement paralysée et qui, brusquement découvre, arrête et même liquide des "terroristes" un peu partout dans le pays ?

Que penser de politiciens qui, soit s'accrochent à leur siège, soit veulent dissoudre les institutions provisoires et n'expliquent jamais ce qu'ils feront le jour d'après ?

Que penser d'un gouvernement qui dépense 5 dinars à chaque fois que l'état réussit à en recueillir 4 ?

Que penser de ceux, quel que soit leur camp, qui aperçoivent derrière chaque péripétie l'action trouble de l'étranger, sans que le moindre commencement de preuve ait été mis à jour ?

Que penser, dernier épisode en date, d'habitants d'un quartier de Tunis qui, réveillés dès potron-minet par des coups de feu et des explosions, descendent illico dans la rue et soutiennent, en entonnant en choeur l'hymne national et des ritournelles dignes de supporters du football, la Brigade Anti-Terrorisme occupée à défourailler ?

La sagesse ancestrale des nations n'étant d'aucun secours face à cette litanie de questions, il faut bien convenir que Fellag et Yasmina Khadra nous fournissent un mode d'emploi, à défaut de réponses.
D'ailleurs, il m'a semblé entrevoir le commissaire Brahim Llob sur la vidéo des forces spéciales et de leurs bruyants supporters ...

Tunisiquement votre

Références et compléments

jeudi 25 juillet 2013

Triste bégaiement en Tunisie

Aujourd'hui, Mohamed Brahmi, figure de l'opposition politique en Tunisie, a été assassiné par balles devant son domicile.
Les circonstances sont étonnamment semblables à celles, il y a près de 6 mois, du meurtre de Chokri Belaïd, autre leader de la gauche.

Une fois de plus, ceux qui ont tiré, mais surtout ceux qui ont commandité la fusillade, ont fait preuve de l'inanité barbare de leur pensée politique. Lorsque l'on n'est pas capable de réfuter des arguments, le Colt devient une sinistre échappatoire.

Une fois de plus, le risque de réaction en chaine est maximal.

Une fois de plus, la barbarie stupide de quelques uns endeuille et frappe un pays entier.
L'immense majorité des tunisiens que je fréquente, connais et aime depuis plus de trente ans exècrent le recours au meurtre comme méthode de gouvernement. Ils aspirent, au contraire, à ce que les différents politiques se règlent dans les urnes, les hémicycles et les prétoires.
Beaucoup d'entre eux, y compris dans les rangs conservateurs, souhaitent avoir une ou des droites, un ou des centres et une ou des gauches pouvant être en désaccord sur presque tout sauf sur un socle démocratique et républicain commun.

Une fois de plus, j'espère que ma patrie de coeur trouvera l'énergie de se ressaisir, de terminer sa transition démocratique et de ne pas céder à la loi du plus fort qui est aussi, hélas, celle du plus con.

Il y a quelques années, suite à une bousculade à l'embarquement à l'aéroport de Carthage, un vieux monsieur tunisien m'avait retenu par la manche et m'avait enjoint de ne pas considérer les fauteurs de trouble comme représentatifs de son pays.
Aujourd'hui, amis lecteurs, je me permet, à mon tour, la gorge serrée, de vous demander de croire que la vraie Tunisie n'est pas celle qui a tiré ou fait tirer sur Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi.

No pasaran

Envers et contre tout, tunisianiquement votre !

mercredi 6 février 2013

Mercredi noir en Tunisie

Aujourd'hui, 6 février 2013, Chokri Belaïd, figure de l'opposition politique tunisienne, a été assassiné par balles devant son domicile.

La ou les factions qui ont tiré ou fait tirer sur un homme politique signent un formidable aveu de faiblesse.
La démocratie est beaucoup plus exigeante que l'exercice de la force. En permanence, les actes et opinions de la majorité y sont mises en cause par l'opposition et jaugées par l'ensemble de l'opinion. Quand arguments et résultats rétrécissent comme peau de chagrin, la tentation devient très forte de museler, voire de supprimer, ses adversaires. C'est ce qui est survenu ce matin à Tunis.

Ce crime, naguère inimaginable, est gros de menaces. Les opposants aux partis dits de la Troïka peuvent légitimement être inquiets et le risque de réaction en chaîne est élevé.

Pourtant, cet acte barbare et la cohorte d'incidents de plus en plus violents qui l'a précédé depuis l'été dernier ne ressemblent pas à la Tunisie et aux tunisiens que je fréquente et apprécie depuis plus de 30 ans.

Profondément attristé par cette mort odieuse, je forme le vœu que la Tunisie se ressaisisse rapidement et renoue avec les espoirs apparus lors de la révolution de janvier 2011. Ma patrie de coeur, habituellement accueillante et ouverte, ne peut et ne doit pas se laisser à nouveau soumettre par la loi du plus fort.
Je souhaite aussi que les lecteurs européens de ce blog ne se détournent pas des tunisiens. Dans les difficultés actuelles, la Tunisie a plus que jamais besoin de sympathie et de soutiens.

No pasaran !

Envers et contre tout, tunisianiquement votre !