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samedi 16 avril 2016

Les enfants de Paul et Othman destins croisés sur 3 continents

Le 31 octobre 1728, à Alle sur Semois, village de l’actuelle Belgique, naissait Paul Brasseur.
À la même époque, à 2 300 km de là, en Turquie, dans la bourgade de Gediz, venait au monde Othman Kedous.

Paul et Othman ne se connaissaient pas et ne se sont jamais rencontrés.
Pourtant, 9 générations plus tard, à la fin du XXème siècle, ils avaient des descendants communs.


Je vous propose de parcourir, sur trois continents, ces destins croisés où petite et grande histoire s’entremêlent.

Génération #1 - Belgique 1728 / Turquie 1731

Le Duché de Bouillon, en Ardenne désormais belge, où Paul Brasseur voit le jour était, au XVIIIème siècle, comme presque toute l’Europe, un territoire rural où les conditions d’existence commençaient juste à évoluer par rapport au Moyen Âge.
Sous la férule du sémillant duc Émmanuel-Théodose de le Tour d’Auvergne, paysans et villageois survivaient plus qu’ils ne vivaient.
La mortalité tant infantile qu’adulte atteignait des sommets. Paul, à sa naissance, possédait un espérance de vie d’environ 35 ans. Nous ne lui connaissons qu’un seul frère, Jean-Joseph, mais, en moyenne, les mères mettaient au monde 5 enfants.

En Anatolie, au centre de la Turquie d’aujourd’hui, la vie sous le règne du sultan ottoman Mahmud Ier le Bossu, était encore plus difficile car les techniques agricoles avaient moins évolué que dans l’ouest de l’Europe.
À sa naissance, Othman Kedous n’avait qu’une petite trentaine d’années devant lui et chaque femme portait près de 7 enfants.
Sa localité d'origine, dorénavant connue sous le nom de Gediz, est orthographiée à l'époque Kedous en alphabet latin et كدوس en alphabet arabe en vigueur dans l'empire ottoman.
Ville de Kedous / كدوس / Gediz sur une carte de Turquie de 1794


Génération #2 - Tunisie 1761 / Belgique 1781

Othman Kedous, en quête d’aventures et d’une meilleure existence, a très tôt quitté sa ville natale de Gediz pour s’engager dans l’armée de Ali Ier Pacha, bey ottoman qui régnait à Tunis.
Agé d’une vingtaine d’années, il est arrivé à Kelibia, au nord-est de la Tunisie.
Ce port stratégique, protégé par un fort imposant, abritait une partie de la flotte du bey.
Le monarque tunisien, soucieux de ne pas accabler son peuple d’impôts, préférait, pour subvenir à ses besoins, s’adonner à la « course ».
Cette sympathique activité consistait à exiger un péage aux bateaux franchissant le détroit séparant la Tunisie de la Sicile. Les resquilleurs prenaient le risque d’être capturés par la marine beylicale qui revendait ensuite hommes et cargaisons.
Le roi de France Louis XV, fervent partisan de la libre circulation chez les autres, envoya par deux fois une escadre bombarder les installations militaires et surtout les civils de Kelibia afin de calmer le racket tunisien.
Othman servit comme officier au fort de Kelibia, trouva la région à son goût, s’y maria et, vers 1761, devint l’heureux parent d’Ali Kedous.

Pendant ce temps, Paul Brasseur exerçait différents métiers.
Alors que sa famille résidait à Alle sur Semois depuis plus de 200 ans, il larguait les amarres et partait s’établir à Sugny, village distant de 5 kilomètres, à proximité de la frontière avec le royaume de France tracée par Louis XIV en 1680.
Il s’y établit définitivement en 1780 en convolant en justes noces avec Catherine Noël.
Dix mois plus tard, le 4 mars 1781 naissait son unique fils Jean-Joseph Brasseur.
Trois ans après, Paul, alors garde-chasse de Monsieur de la Biche, seigneur de Sugny, était malencontreusement assassiné dans des circonstances non éclaircies.
Le fort de Kelibia (cliché de 2008)


Génération #3 - Tunisie 1791 / France 1808

Les tunisiens, à la charnière entre XVIIIème et XIXème siècles, malgré la « course » à son apogée, vivaient dans un grand dénuement.
L’espérance de vie n’excédait pas 30 ans.
Aucun détail n’existe sur la vie de la famille Kedous, à l’exclusion de la naissance du petit-fils d’Othman, Hassan Kedous, vers 1791.

Quelque part entre 1792 et 1805, Jean-Joseph Brasseur profitait que la révolution française avait essaimé dans le sud de l’actuelle Belgique et aboli la frontière pour venir s’établir à Braux - devenu Bogny sur Meuse - dans la vallée de la Meuse, à 10 kilomètres de Sugny.
Le 18 décembre 1805, Jean-Joseph se mariait à Elizabeth Bajot, quelques jours après la victoire des troupes de Napoléon Ier à Austerlitz.
Leur premier enfant, Robert-Joseph Brasseur voyait le jour en mai 1808,  date du début du soulèvement anti-napoléonien en Espagne.

El Tres de Mayo, tableau de Goya emblématique du soulèvement espagnol de 1808 et de sa répression par les troupes napoléoniennes.

Génération #4 - Tunisie 1821 / France 1846

Le XIXème siècle fut une triste période pour le Maghreb qui est passé à coté de la révolution industrielle.
En 1821, sous le règne agité de Mahmoud Bey, à la naissance de Khalil Kedous à Kelibia, niveau et espérance de vie n’avaient guère évolués en Tunisie depuis un siècle et stagneront jusqu’à la première guerre mondiale.

Au nord de la Méditerranée, la France entrait résolument dans l’age des usines et des chemins de fer.
En mai 1846, Rosalie Brasseur est mise au monde à Braux par Marguerite Husson, l’épouse de Robert-Joseph Brasseur.
À cette même date, Ahmed Ier Bey est le premier chef d’état tunisien à se rendre en visite officielle en France et à son dernier roi finissant Louis-Philippe.
Soucieux de moderniser son pays, il revint de ce voyage plus convaincu que jamais de la justesse de ses thèses.
Hélas, ce souverain imaginatif était un gestionnaire catastrophique secondé par un premier ministre véreux, Mustapha Khaznadar, alias Giorgios Kalkias Stravelakis d’origine grecque.

Médaille gravée en France par Adrien Féart à l'occasion de la visite d'Ahmed Ier Bey à Louis-Philippe Ier « roi des français » à Paris en 1846

Génération #5 - Tunisie 1851 / France 1877

M’Hamed Kedous est né à Kelibia en 1851. Il s’est marié vers 1876 avec Makhbouba Lengliz, probable descendante d’un sujet de sa gracieuse majesté britannique, soit victime de la « course », soit sorte de conseiller militaire dépêché par Londres pour épauler l’armée du bey.

Rosalie Brasseur avait 5 frères et soeurs.
Suivant la tendance de l’époque, son mariage avec Ernest Barbe n’a engendré que 4 enfants, dont Catherine-Jeanne Barbe.
Celle-ci est née à Braux le 18 décembre 1877 au moment exact où la France - dont le régime était officiellement une république depuis 7 ans - devenait une véritable démocratie parlementaire, le président Patrice de Mac Mahon reconnaissant la victoire politique des députés « républicains » menés par Léon Gambetta.

Photos prise vers 1893 à Braux (Ardennes) : en haut à gauche Catherine-Jeanne Barbe, à sa droite son père Ernest Barbe, sa mère Rosalie Brasseur est la seconde en partant de la droite. Les 3 autres enfants sont ses frères et soeurs.

Génération #6 - Tunisie 1881 / France 1902

Sadok Bey - monarque éclairé - et son emblématique premier ministre Kheireddine Pacha - né en Abkhazie au nord-ouest de l’actuelle Géorgie - n’ont pas ménagés leurs efforts pour faire décoller la Tunisie.
Citons, notamment, en 1861 la première véritable constitution de tout le monde arabe.
Malheureusement, le management déplorable de leurs prédécesseurs, des résistances internes et l’avidité des puissances européennes aboutirent en 1881 - pile poil à la naissance d’Hassan Kedous - à la colonisation manu militari de la Tunisie par la France.
Le très républicain et humaniste Jules Ferry, soucieux des convenances, baptisa cette conquête protectorat et laissa le bey jouer les potiches officielles.

Catherine-Jeanne Barbe s’est mariée à Braux à la fin de 1901 avec Ernest Lenoir, fils d’un « tourneur en fer ». Associé à son frère Victor, il a fondé en 1909 la boulonnerie Lenoir. Après la première guerre mondiale, l'entreprise a absorbé la boulonnerie Mernier pour devenir « Lenoir & Mernier ».
Ernest Lenoir, bien que « patron », fut pendant de 1919 à 1934, le maire socialiste de Levrézy, village voisin de Braux.
En 1902, mon grand-père René Lenoir naissait à Levrézy, suivi en 1904 de son frère Maurice.
Vue d'une rue de Braux (Ardennes - France) en 1909


Génération #7 - Tunisie 1911 / France 1928

Agriculteur, marié à Khadouja Ben Abdallah, Hassan Kedous a eu 4 enfants nés au début du XXème siècle. Le troisième, Tahar Kedous, mon beau-père, vint au monde à Kelibia le 5 septembre 1911.

René Lenoir, à peine son « certificat d’études » en poche, travailla dans l’usine familiale dont il prit la direction effective à la fin des années 1930.
En 1925, il se mariait avec une parisienne Jeanne Pivet.
Résidant à Levrézy, ils eurent, de 1925 à 1933, cinq enfants, dont ma mère Claudine Lenoir née 1928. Deux de mes oncles sont décédés très jeunes de maladies infectieuses désormais aisément guérissables.

Hassan Kedous et une de ses petites filles aux environs de Kelibia - Cliché pris vers 1958

Génération #8 - Tunisie 1957 / France 1961

Tahar Kedous a quitté Kelibia pour la capitale Tunis afin d’y étudier puis de s’y établir comme avocat.
Ses enfants naissaient à Hammam-Lif, bourgade de banlieue, dont Afef Kedous en 1957, un an après l’indépendance de la Tunisie personnifiée par Habib Bourguiba.

Claudine Lenoir a suivi un parcours similaire, délaissant ses Ardennes natales au profit de Paris où votre serviteur, Didier Lebouc, vit le jour en 1961 alors que Charles de Gaulle peinait à extirper la France du bourbier de la guerre d’Algérie.

Habib Bourguiba reçu en visite officielle au château de Rambouillet par Charles de Gaulle en 1962

Génération #9 - France années 1980

Probablement atteints du même virus migratoire que leurs géniteurs, à l’orée des années 1980, la tunisienne et le parisien - sous le haut patronage de Valery Giscard d’Estaing puis de François Mitterrand - vinrent faire leurs études à Grenoble, oublièrent d’en repartir, se piquèrent de cohabiter ensemble et donnèrent naissance à deux enfants, joignant ainsi les lignées de Paul et d’Othman...



Toute naissance est la renaissance de nos ancêtres
Proverbe africain
 

Unifier c’est nouer même les diversités particulières
Antoine de Saint Exupéry

Généalogiquement votre

Références et compléments
Toute information venant compléter voire infirmer cette généalogie est par avance la bienvenue. Merci de me contacter.

De plus amples détails généalogiques et historiques - notamment les hypothèses, les doutes et les faits méconnus - peuvent être consultés sur ma base généalogique en ligne
Sur les opinions racistes et le soutien à l'activité colonisatrice du très admiré Jules Ferry, responsable de la conquête de la Tunisie, voir la chronique de mai 2012 "Hommages de Hollande".

Credit photos

samedi 13 décembre 2014

Généalogie : à la recherche d'Othman Kedous l'ottoman de Kelibia

À en croire la tradition, la famille Kedous de Kelibia en Tunisie aurait pour origine un dénommé Othman Kedous / عثمان كدوس qui serait venu de sa Turquie natale jusqu'au Cap Bon.

En partant de ces éléments, j'ai mené une enquête généalogique, géographique et historique pour tenter d'en savoir plus.

Les résultats de cette recherche sont en ligne sur le site kelibia.eu.

Le fort de Kelibia où Othman Kedous aurait servi comme militaire au XVIIIème siècle

dimanche 7 octobre 2012

Les gagaouzes, champions du monde des tests

Au cours des siècles, chaque peuple s'est forgé une personnalité et des talents propres. Ainsi, les gagaouzes sont devenus des spécialistes des tests.
Cette petite ethnie réside en Gagaouzie, région du sud de la République de Moldavie, dans l'ancienne Bessarabie russe.
Ce territoire méconnu, grand comme deux tiers du Luxembourg, au nord du delta du Danube sur la Mer Noire, a toujours été disputé par les grands impérialismes byzantins, bulgares, ottomans, tsaristes et même soviétiques.
Drapeau de la région autonome de Gagaouzie de la République de Moldavie
Très probablement originaires d'Asie centrale et d'ascendance turque, les gagaouzes, au fil de leurs pérégrinations, n'ont cessé de faire des essais.

Sur le plan mystique, ils ont expérimenté successivement une demi douzaine de religions : chamanisme, manichéisme, nestorianisme, bouddhisme, islam ...
A l'instant t, la majorité des gagaouzes s'est fixée sur la variante orthodoxe autocéphale bulgare du christianisme mais une avant-garde, fidèle à la tradition de tâtonnement et d'analyse, tente le protestantisme évangélique.
Je conseille aux cultes récents, comme le baha’isme ou la scientologie, d'envoyer d'urgence des missionnaires à Comrat - la capitale de la Gagaouzie - afin qu'elles puissent figurer au banc d'essai gagaouze.

La langue gagaouze, d'origine turque, a incorporé, par l'usage, beaucoup de mots slaves. Afin de conserver plusieurs fers au feu, le peuple gagaouze s'exprime dans deux dialectes : le gagaouze maritime et le gagaouze bulgare qui diffèrent par l'accent et les emprunts.
Au vingtième siècle, stimulés par Staline, les gagaouzes ont évalué, par la pratique quotidienne publique, l'idiome de Tolstoï.
Depuis le démantèlement du rideau de fer, la Gagaouzie se met à tâter un peu du moldave, variante soviétique du roumain.
Pour la liturgie orthodoxe, les gagaouzes continuent d'employer le "slavon d'église bulgaro-valaque" qu'ils jugent particulièrement bien adapté à l'hygiène spirituelle.

Nos amis bessarabes ont aussi testé plusieurs alphabets.
Jusqu'en 1957, l'alphabet grec avait leur préférence pour les affaires laïques et le cyrillique pour la religion. Peu soucieux d'honorer leur dette culturelle envers la Grèce et sous la pression de Moscou, ils ne conservèrent que l'alphabet russe.
La chute du mur de Berlin les a conduit à effectuer un nouveau benchmark et le sud de la Moldavie écrit désormais en caractères latins mais avec les accentuations turques et non roumaines.

Les gagaouzes ont passé en revue différents régimes politiques. Ils ont été inféodés à toutes les grandes puissances successives de la région mais ils ont aussi eu un épisode républicain au XIIIème siècle.
En 1906, une tentative d'indépendance nationale de la Gagaouzie eut lieu. Après 5 jours d'expérimentation, l'empire tsariste reprit ses droits à coups de knout.
Onze ans plus tard, la Bessarabie se mit au marxisme-léninisme en intégrant la patrie internationale des travailleurs.
A la chute de l'URSS, prudemment, les 160 000 gagaouzes optèrent pour un statut d'autonomie à la catalane au sein de la neuve et très fragile République de Moldavie.

Vers 1820, les gagaouzes ont été des précurseurs dans le rédecoupage de frontière et le nettoyage ethnique. Le tsar russe, qui venait de conquérir la Bessarabie, a envoyé les musulmans qui s'y trouvaient se faire voir chez les turcs.
Par souci de réciprocité, l'empire ottoman expédia les chrétiens gagaouzes, qui vivaient alors en Dobroudja, du côté russe du Danube où ils se trouvent toujours.
A la fin du XIXème siècle, de nombreux gagaouzes essayèrent l'émigration au long cours en allant, entre autres, défricher l'Amazonie à l'appel du gouvernement du Brésil. Ce test s'est avéré très positif et actuellement, les forces vives de la Gagaouzie travaillent en Russie ou en Turquie.

Pour conclure cette chronique, j'adresse un appel pressant à Mihail Formuzal - actuel dirigeant de la Gagaouzie autonome - afin qu'il lance une campagne internationale de promotion du génie particulier de ses compatriotes.
Si leurs talents de testeurs étaient mieux connus, les gagaouzes, plutôt que de s'expatrier comme simples ouvriers ou femmes de ménage, pourraient remplacer avec bonheur les crânes d'oeuf peuplant les cabinets ministériels de France et de Tunisie. Grâce à cet apport unique de compétences, l'effet des réformes gouvernementales serait évalué avant toute mise en application, ce qui nous épargnerait beaucoup de fiascos.

Moldavico-bessarabiquement votre.

Références et compléments
- Mon camarade Roland Goutay, l'auteur de chroniques de Djerba, a rappelé les gagaouzes à mon bon souvenir.

- Quelques références pour aller plus loin sur le peuple gagaouze et la Gagaouzie :
Page sur la République de Moldavie du site histoirepostale.net avec plusieurs cartes anciennes de la Bessarabie après la conquête russe.
. Articles en français sur le peuple gagaouze, la langue gagaouze et la Gagaouzie de Wikipedia. Je conseille aussi la lecture des articles en anglais nettement plus fournis.
Article Gagaouzie sur le site "Aménagement linguistique dans le monde" de Jacques Leclerc.
. Article du Figaro de juin 2009 "Il est une petite république autonome que le démon du séparatisme démange..."
. Deux articles de Libération : "La Gagaouzie existe, ce n'est pas une plaisanterie" (septembre 2008) et "Petit aperçu de la culture gagaouze" (juillet 2008)
. Billet du blog Moldavie.fr "La Gagaouzie, un jardin entre deux empires"

- L'image du drapeau de la région autonome de Gagaouzie de la République de Moldavie provient de Wikipedia.
  

mardi 8 mai 2012

Tunisie sur Balkans

A Kelibia, en Tunisie, cuivres et tambours résonnent chaque soir d'été.
Ces fanfares populaires, typiques de la région du Cap Bon, s'appellent "hassinya". Elles accompagnent surtout mariages et circonsions, nombreux en juillet et en août. Les musiciens, juchés sur des pick-up Isuzu, sillonnent la ville pour animer les fêtes familiales.
Les airs joués ont peu de parenté avec la musique arabe traditionnelle mais ressemblent furieusement à ceux des fanfares balkaniques. A la nuit tombée, retentissent soudainement des mélodies improbables et légèrement dissonantes qui ne dépareraient pas les films du serbe Emir Kusturica !


Le nom "hassinya" dérive de Hussein, la dynastie beylicale qui regna sur la Tunisie de 1705 à l'indépendance en 1956. La légende veut que ces fanfares soient l'héritage de celles des troupes ottomanes qui servirent au fort de Kelibia durant environ trois siècles. Beaucoup de ces soldats, notamment des officiers, étaient originaires des Balkans, autre possession du Sultan turc. Le Bey de Tunis possédait d'ailleurs, au début du vingtième siècle, une musique militaire semblable aux "hassinya" actuels de Kelibia.


Tous les métallurgistes vous le diront, la fusion du cuivre est aisée à obtenir.
Aussi, comment ne pas rapprocher les "hassinya" de Kelibia qui bricolent leur répertoire avec, par exemple, Haïdouti Orkestar, formation gypsy-turque, qui combine des mélodies allant des Balkans à l'Afrique du Nord.
Dans les deux cas, le métissage culturel - osons le mot ! - fournit de la musique survitaminée.
La vidéo ci-dessous fournit un petit échantillon du talent d'Haïdouti Orkestar. Vous y découvrirez une danse de ventre étonnante et un accordéon balkanique un peu plus vigoureux que son cousin corrézien.


Cuivriquement votre

Références et compléments
- Les deux premières vidéos ont été tournées dans la rue par mes soins à Kelibia avec un petit appareil photo ce qui explique leur qualité approximative. La page dédiée aux fanfares balkanico-tunisiennes "hassinya" du site kelibia.fr fournit d'autres enregistrements.
- Je vous recommande la page web du Haïdouti Orkestar ainsi que trois autres vidéos de leurs prestations musicales : GezelimTurska & Padam Kolo (les amoureux de la musique qui dépote apprécieront particulièrement Padam Kolo).