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jeudi 13 août 2015

Ces gouttes qui font déborder la vase : incuries tunisiennes

Je me rends en Tunisie depuis plus de 30 ans et - les colonnes de ce blog s'en font régulièrement l'écho - je nourris une vraie passion vis à vis de ce territoire et de ses habitants.
Toutefois, comme n'importe où ailleurs, les nombreux bons côtés avoisinent des aspects moins sympathiques.
Aussi, une fois n'est pas coutume, je voudrais piquer un coup de gueule à l'encontre de mon pays de coeur.

Le 12 août 2015, plusieurs petits orages se sont abattus sur Kelibia, dans le Cap Bon.
Bien que ce soit un peu tôt dans la saison, ces pluies drues et brèves n'ont rien d'exceptionnel. Elles sont même caractéristiques du bassin méditerranéen, le crachin tant breton que britannique n'ayant guère droit de cité dans l'antique Carthage.

Le résultat de ces courtes averses ne s'est pas fait attendre.
À chaque pluie, plusieurs centimètres d'eau envahissent les rues transformées en ruisseaux.
Le retour du soleil illumine ensuite flaques et plaques de boue. Les voies non asphaltées ressemblent alors à des fondrières.

Pluie le 12 août 2015 à Kelibia
Je dois constater, amèrement, que l'écoulement des eaux pluviales et, plus généralement, la voirie restent un des talons d'Achille de la Tunisie.
La situation s'est même aggravée car l'urbanisation grandissante et le goudronnage des rues réalisé sans aucune évacuation accroissent singulièrement le ruissellement.

Malgré les successions politiques - Bourguiba, Ben Ali, un gouvernement révolutionnaire puis deux démocratiques - et la croissance économique soutenue, délivrer des services publics basiques de qualité acceptable semble être le cadet des soucis des administrations tunisiennes et de leurs dirigeants.

Pourtant les routes sont - au moins en ce qui concerne la maîtrise d'ouvrage - franchement du ressort de la sphère publique.
Comment une somme d'intérêts individuels pourrait s'accorder pour les tracer et les entretenir ?

Une des causes des inondations récurrentes est la construction anarchique qui laisse tout un chacun bâtir ou agrandir sa maison sans véritable contrainte, en se souciant peu des autres et en dirigeant allègrement les eaux pluviales vers les caniveaux, voire directement sur les trottoirs.

Au même titre qu'une surveillance résolue et punitive de la très meurtrière circulation routière, une amélioration durable des voiries et des écoulements ainsi qu'une police des constructions sont indispensables.
Les gouvernements en place et à venir gagneraient à se préoccuper efficacement de l'intendance. Un état se rend respectable en s'intéressant au quotidien de ses citoyens.

Mais, d'abord et avant tout, dans la vie courante, chaque tunisien pourrait et devrait faire montre d'un chouïa plus de - osons ce gros mot plus viking que gaulois - civisme.
La sécurité et le bien-être collectifs proviennent plus des efforts de tous que des décisions "d'en haut".
Comme le chantait le regretté Serge Reggiani, "il suffirait de presque rien" ...

Humidement votre

Références et compléments
- Voir aussi mes autres chroniques sur la Tunisie, notamment le billet sur la violence routière.

mardi 29 avril 2014

L'état français est-il un bon stratège économique et industriel ?

Régulièrement depuis Colbert - Alstom est le dernier avatar en date - les gouvernements français de gauche et de droite nous expliquent qu'une des vocations de l'état est d'être un stratège entrepreneurial doté d'une politique industrielle afin d'accroître l'emploi et la prospérité économique dans notre bel hexagone.

Dans le même temps, quelques rares économistes et chefs d'entreprise dits libéraux clament que l'état aurait meilleure part à s'occuper de ses oignons, c'est à dire des affaires régaliennes et laisser le libre marché faire son œuvre salvatrice.

Ne goûtant guère les dogmes et les écoles de pensée, j'ai cherché, selon l'habitude de ce blog, à juger sur pièces et à laisser le lecteur tirer ses propres conclusions.
Pour ce faire, j'ai comparé les performances des 32 entreprises françaises figurant parmi les 500 plus grandes firmes mondiales, en fonction du degré d'implication de l'état dans leur gestion, leur carnet de commandes et leurs coûts.

Taille
Malgré les discours ambiants, les entreprises à forte implication étatique sont minoritaires.
Sensiblement, un tiers de grosses boîtes françaises est, peu ou prou, sous ombrelle de l'administration, que ce soit en nombre (10 sur 32) ou en chiffre d'affaire (650 milliards d'euros sur 1 600).

Chiffre d'affaire 2013 des 32 plus grandes entreprises françaises en fonction de l'emprise de l'état.

Rentabilité
L'état français, en dépit des dénis la main sur le cœur des gouvernements successifs, reste un piètre gestionnaire et investisseur.
Les firmes où il intervient dégagent 2 fois moins de bénéfices que la moyenne et 3 fois moins que les entreprises non dépendantes de l'action publique.
Ces mauvais chiffres deviennent encore moins flatteurs si l'on soustrait EDF Électricité de France, seule société à très forte emprise étatique avec des résultats honorables.
On notera au passage que les bénéfices des plus grandes boîtes françaises, toutes catégories confondues, ne représentent, en moyenne, que 2.7% de leurs ventes, ce qui n'est ni glorieux, ni excessif.

Rentabilité (bénéfice net / chiffre d'affaire 2013) des 32 plus grandes entreprises françaises en fonction de l'emprise de l'état.

Emploi
Les tenants de la ligne colbertiste argumentent que la rentabilité réduite est la contrepartie d'une stratégie résolument de long terme et d'un accent mis sur l'emploi.
Les chiffres, au premier abord, leur donnent raison. Les firmes où l'état intervient salarient sensiblement 20% de personnel en plus, à taille comparable.
Toutefois, les nuances sont parfois diaboliques. Les 11 entreprises quasiment sans dépendance à l'état font jeu égal dans le domaine de l'emploi avec les champions toutes catégories que sont La Poste, EDF et SNCF.
Cette comparaison n'est hélas pas parfaite. L'état français cherche, en théorie, à privilégier emploi et activité sur son sol. Malheureusement, il n'y a aucune statistique fiable de chiffres d'affaire et de personnels hexagonaux pour les très grandes entreprises.

Ratio employés / chiffre d'affaire des 32 plus grandes entreprises françaises en fonction de l'emprise de l'état.

Libéralo-colbertiquement votre

Références et compléments
- Les 32 entreprises évoquées dans ce déchiffrage sont, par ordre décroissant d'emplois à travers le monde :
Sodexo, Carrefour, Foncière Euris (Rallye), Auchan, La Poste, SNCF, Veolia Environnement, GDF Suez, Peugeot, Saint Gobain, Vinci, BNP Paribas, France Telecom Orange, EDF Électricité de France, Société Générale, EADS Airbus, Schneider Electric, Bouygues, Renault, BPCE Banques Populaires Caisse d'Epargne, Sanofi, Michelin, Danone, Air France KLM, Total, Axa, Christian Dior, Alstom, Crédit Agricole, L'Oréal, Vivendi, CNP Assurances.

jeudi 1 août 2013

Tout savoir (ou presque) sur l'économie chancelante de la Tunisie

Je n'ai pas le cœur à commenter de nouveau la succession d'événements tragiques en Tunisie. Pour connaître mes sentiments sur le massacre de soldats dans le centre du pays, il est tristement suffisant de reprendre ma chronique consacrée au récent meurtre de Mohamed Brahmi et de remplacer son nom par celui des militaires sacrifiés. 

La révolution du 14 janvier 2011 est née de l'accumulation de problèmes sociaux, économiques et sociétaux :  chômage massif, disparités régionales criantes, inégalités fortes et jeunesse connectée au monde mais peinant à trouver sa place dans une société bloquée ...
Pourtant, Ennadha, le parti islamiste au pouvoir depuis les élections de fin 2011, ses deux alliés et ses zélateurs ont systématiquement joué des aspects moraux, religieux et, désormais hélas, sécuritaires plutôt que d'aborder ces difficiles sujets.

Une façon de résister au sectarisme est de ne pas se laisser imposer le choix des questions importantes. Aussi, je vais tenter, à ma façon, d'évoquer l'économie tunisienne afin d'apporter ma modeste pierre à un débat démocratique qui n'a malheureusement pas débuté.

Les presque 11 millions de tunisiens devraient produire cette année 2013 un total de 75 milliards de dinars, 34 milliards d'euros au cours du jour.
Cela représente chaque mois 580 dinars, 260 € par personne.
Cette valeur est 10 fois plus faible que pour les français.
Grosso modo, la Tunisie possède, aujourd'hui, le niveau de vie et de développement de la France au moment de l'indépendance au milieu des années 1950.

Seulement un gros tiers des tunisiens, 4 millions de personnes, se considère comme actif, c'est à dire ayant un emploi ou en recherchant un. La valeur française avoisine le double de celle de la Tunisie.
Cette différence est surtout due à la faible participation des femmes au travail non domestique. Un quart des travailleurs tunisiens sont des femmes, alors qu'en France la parité est presque atteinte.
Ces chiffres méritent toutefois d'être fortement nuancés par l'existence d'un gigantesque secteur dit "informel", euphémisme technocratique pour travail au black. Commerces et artisanats non déclarés sont légion et non dissimulés. Ils sont le symptôme de la frénétique capacité d'entreprendre des tunisiens mais aussi, hélas, d'un marché du travail officiel bouché.

Le chômage en Tunisie est stratosphérique.
Un actif sur six, 650 000 personnes, est sans travail déclaré, au lieu de un sur dix en France.
Le système éducatif qui est pourtant une des réussites tunisiennes, est devenu une fabrique efficace de sans-emplois. Plus du tiers des chômeurs recensés, 230 000 jeunes, sont des diplômés de l'enseignement supérieur.

La quasi-fermeture des pays européens à l'immigration a supprimé une importante soupape. Désormais, malgré les traversées clandestines en barque vers les îles italiennes, 30 000 tunisiens, 0.3% de la population, quittent leur pays annuellement.
Les temps ont bien changé, désormais, les français s'expatrient deux fois plus que les tunisiens.

Les salaires sont notablement plus faibles en Tunisie qu'en Europe.
Ainsi, le SMIC atteint à peine 1.5 dinars, 0.7 € par heure, soit environ 270 dinars, 120 € par mois, huit fois moins qu'en France.
Autre exemple, ma très militaire coupe de cheveux me coûte 2 dinars, 0.9 € à Kelibia, contre 44 dinars, 20 € à Grenoble.
Ces rémunérations réduites permettent à la Tunisie d'attirer, à deux pas de l'Europe, des industries intensives en main d'œuvre : textile, assemblage mécanique ou électronique, centres d'appel. Cela rend aussi le tourisme compétitif.
Malheureusement, dans ces secteurs à faible valeur ajoutée, la concurrence internationale est rude. De surcroît, vouloir employer des diplômés du supérieur dans des industries de main d'œuvre est un formidable gâchis.

La crise internationale, débutée en 2008, a sérieusement secoué la croissance tunisienne. Jusqu'à cette date, la production et le niveau de vie augmentaient de 6% à 8% par an. Mais la fin du règne de Ben Ali a vu ce chiffre chuter de moitié.
L'année 2011, avec la révolution puis la guerre civile en Lybie, s'est soldée par un recul de 1%. La richesse disponible s'est alors amenuisée de 5 dinars, 2 € mensuels par tunisien.
Depuis, en grande partie grâce à l'auto-organisation et à l'ingéniosité de la population, la machine est un peu repartie : +2.5% en 2012, probablement autour de +3.5% en 2013 soit 35 dinars, 16 € de beurre dans les épinards, pardon dans la chorba, chaque mois pour les tunisiens.
Toutefois, le double de ce taux serait sensiblement nécessaire pour que les problèmes socio-économiques commencent, petit à petit, à s'estomper.

L'état tunisien, comparé à ceux des social-démocraties européennes, est un chef d'œuvre de frugalité. Le système public ne prélève qu'un quart de la richesse produite par les tunisiens, la moitié du taux français, un peu moins de 20 milliards de dinars, 9 milliards d'euros en 2013. Une somme mensuelle par tunisien de 155 dinars, 70 €.
Les gouvernements post-révolutionnaires n'ont pratiquement pas fait évoluer la pression fiscale et sociale. Le taux global de prélèvements est resté presque inchangé. En quelque sorte, les recettes de Ben Ali sont devenues celles de Beji Caïd Essebsi puis de Ennadha.

Par contre, depuis le 14 janvier 2011, les dépenses publiques se sont envolées.
De 2010 à 2013, elles auront augmenté d'une bonne moitié, passant de 120 dinars, 55 € mensuels par tunisien à 185 dinars, 85 €.
Les dépenses de fonctionnement, à commencer par la rémunération d'agents étatiques, sont la cause principale de cet emballement.
Les investissements publics, un cinquième du budget, 35 dinars mensuels par habitant, ont cru deux fois plus doucement.

La conséquence de ces politiques dépensières est une explosion du déficit public qui s'est multiplié par 7 depuis la révolution.
Grâce à Beji Caïd Essebsi puis à Ennadha, à chaque fois que l'état tunisien reçoit 4 dinars, il en dépense 5. Le système public français, pourtant loin d'être un modèle, est deux fois plus rigoureux.
Résultat : tous les mois, 30 dinars, 14 € supplémentaires de dette sont gagés sur la tête de chaque tunisien.

Cette fuite en avant dans la dépense, soit disant keynésienne et en pratique clientéliste, n'a pas porté les fruits attendus par ses promoteurs. La croissance est atone et les inégalités ne se résorbent pas.
Plusieurs pistes sont pourtant envisageables pour donner un coup de turbo au moteur tunisien.
Certaines, d'inspiration libérale, cherchent plus de croissance en limitant la bureaucratie, en défiscalisant l'investissement et en limitant les charges sociales via une TVA digne de ce nom.
D'autres, d'orientation plus sociale, visent à taxer plus les classes moyennes pour créer des transferts vers les plus pauvres et les régions en déshérence.
Enfin, une réorientation d'une partie des dépenses étatiques au profit d'infrastructures pourrait donner un coup de fouet doublement efficace.

Définir quels changements sont souhaitables, imaginer leurs modalités et réussir leur mise en œuvre, sont les questions essentielles qui devraient saturer le débat public en Tunisie.

No pasaran !

Plus que jamais tunisiquement votre

Références et compléments
- Ma précédente chronique tunisienne "Triste bégaiement" sur l'assassinat du député Mohamed Brahmi.
- Mes autres chroniques économiques.
- Les chiffres présentés dans ce billet proviennent tous de sources officielles publiques tunisiennes : ministère des finances, banque centrale, institut national de la statistique.
Les valeurs ont été volontairement arrondies afin de faciliter la compréhension et la lisibilité. J'ai utilisé le cours de 2.2 dinars par euro pour les conversons monétaires.
- A toutes fins utiles, je rappelle que les milliards évoqués dans cette chroniques sont des sommes en dinars, pas en millimes !
- Pour être tout à fait précis, le SMIC tunisien s'appelle officiellement SMIG. En France, le minima salarial est "de croissance" alors qu'en Tunisie il se contente d'être "garanti".
- J'invite Taoufik Z. à venir profiter d'une coupe de cheveux kélibienne pour me faire pardonner d'avoir à nouveau abusé de la contribution économique de mes coiffeurs.

samedi 6 juillet 2013

Tout savoir (ou presque) sur les pistes de sortie de crise

La série sur l'économie et les finances publiques de la France arrive à son terme avec un examen des pistes qui permettraient d'échapper au marasme dans lequel nous sommes englués depuis plus de 5 ans.

La situation économique française se caractérise par trois difficultés saillantes détaillées dans les chroniques précédentes :
- Des collectivités publiques, toutes catégories confondues, très dépensières : 1 450 € mensuels par français.
- Une imposition pesant trop lourdement sur le travail : une petite moitié des prélèvements obligatoires pénalisent directement l'emploi.
- Des finances nationales à la limite du sur-endettement : chaque français doit 2 années de SMIC.

Sortir de ce triple piège ne sera, en aucun cas, aisé et rapide.
Pour illustrer les marges de manœuvre microscopiques qui s'offrent à nous, examinons tout d'abord trois scénarios bruts de décoffrage.

Les dépenses publiques étant, grosso modo, supérieures de 10% aux recettes, l'explosion de la dette ne pourra être évitée qu'en annulant ce déséquilibre.
L'augmentation des impôts et des cotisations - jusqu'ici, la seule voie empruntée par Nicolas Sarkozy puis par François Hollande - a atteint ses limites. Presque la moitié de la production nationale file chez le percepteur.
Charger encore plus la mule fiscale arrêterait définitivement la machine économique. Freiner les dépenses publiques d'au moins un dixième est devenu indispensable.
En conséquences, grosso modo, 120 milliards annuels - 150 € par mois et par français - d'économies doivent être envisagés.

Le premier réflexe consiste à sanctuariser la protection sociale indispensable à la cohésion du pays et à demander à l'état et aux collectivités locales de se serrer la ceinture.
Réussir un tel tour de force supposerait des coupes particulièrement claires, au delà de la limite du supportable.
Grosses mailles, il faudrait simultanément :
- Bloquer les salaires de tous les fonctionnaires durant environ 3 à 4 ans supplémentaires.
- N'embaucher que 2 fonctionnaires à chaque fois que 10 partent en retraite, tous emplois confondus.
- Réduire d'au moins 20% à 25% le montant de l'ensemble des achats publics et des subventions.

Une seconde possibilité est de faire porter les nécessaires économies exclusivement sur les dépenses sociales de façon à préserver la machine étatique et le bien-être des agents publics.
Là encore, la pilule est singulièrement difficile à avaler. La couverture maladie, les allocations familiales et les retraites devraient être alors amputées d'un cinquième à un quart pour l'ensemble de leurs bénéficiaires.

Régulièrement les réseaux sociaux, et aussi quelques personnalités politiques, suggèrent un troisième scénario. Une lutte efficace contre l'évasion fiscale pourrait, sans autre effort, combler le déficit public.
Si une telle action est amplement souhaitable pour des raisons civiques et morales, le compte est très loin d'y être.
Le parlement évalue les montants soustraits annuellement au percepteur entre 30 et 40 milliards d'Euros. Un syndicat d'agents du fisc, qui naturellement plaide pour sa paroisse, annonce le double.
Ces chiffres incluent, non seulement, l'exportation délictueuse de capitaux à l'étranger par des huiles républicaines mais aussi le non-paiement de la TVA et le travail "au noir", y compris les petits boulots non déclarés payés en liquide comme les cours particuliers donnés par des étudiants.
En faisant l'hypothèse, très optimiste, d'une police fiscale efficace et intrusive ramenant dans ses filets un tiers de la fraude - performance que la maréchaussée ne réussit pas pour le trafic de drogue ou le proxénétisme - la puissance publique verrait son budget accru d'une ou deux dizaines de milliards. Une très belle somme qui laisserait quand même 90% du trou à combler par d'autres méthodes !

La voie de sortie ne peut donc être qu'étroite, longue et difficile.
Elle devra obligatoirement concerner l'ensemble des prélèvements et dépenses de la sphère publique au grand complet.

J'ai essayé d'échafauder les ordres de grandeur nécessaires pour remonter la pente. Il s'agit, peu ou prou, des mêmes actions que celles engagées par Gerhard Schröder en Allemagne entre 2003 et 2005 :
- Priorité à l'emploi en diminuant les charges pesant sur le travail via une réduction d'environ un cinquième des cotisations sociales et de l'impôt sur les entreprises.
Pour financer cette mesure sans aggraver le déficit, les impôts sur la consommation (TVA, carburant), le patrimoine (droits de succession, impôt sur la fortune) et le revenu devront être accru symétriquement de 20%.
- Blocage des salaires des fonctionnaires durant 18 à 24 mois, peut-être un peu plus.
- Diminution d'environ 6%, échelonnée sur 5 ans, des principales dépenses sociales : maladies, allocations familiales et retraites.
- Programme rigoureux de productivité et de redéfinition des missions publiques, à l'instar de ceux régulièrement mis en œuvre dans l'industrie.
Les deux conséquences financières principales seraient la limitation, durant une dizaine d'années, des embauches de fonctionnaires à un tiers des départs en retraite et la réduction d'un sixième sur 5 ans des achats et subventions publiques.

Le gouvernement actuel a commencé à prendre la direction ébauchée ci-dessus.
Malheureusement, si le cap est bon, l'intensité est loin d'être celle requise, la réduction des charges salariales pour les entreprises est trop complexe et la communication politique pêche par manque de clarté.

Pour sortir la France et ses finances publiques de l'ornière, un tel programme devrait s'étaler sur pas moins d'une dizaine d'années. Sans efforts de longue haleine, point de redressement.
Un retour nettement plus rapide à l'équilibre des finances publiques aurait l'inconvénient de transformer, à court terme, la stagnation actuelle en franche récession et, à l'instar de la Grèce, de nous enfoncer encore plus dans la crise.

Quitte à perdre les prochaines élections, François Hollande s'honorerait et nous rendrait un fier service en mettant ses godasses dans les pas de sociaux-démocrates allemands ou scandinaves.
Le courage politique et économique n'ayant pas été essayé en France depuis une trop longue lurette, les électeurs pourraient même, sait-on jamais, se montrer reconnaissants ...

Crisiquement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Voir aussi les trois premiers volets de cette série de chroniques économiques :
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les dépenses publiques françaises",
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les impôts et les taxes en France",
. "Tout ce que vous toujours voulu savoir sur le déficit public de la France".

- Mes remerciements chaleureux à François et Laurent qui m'ont, il y a presque deux mois et sans le savoir, mis au défi d'écrire ses 4 chroniques sur l'économie et les finances publiques de la France.
Merci aussi au twittonaute @SIBILLEChristop qui m'a suggéré d'évoquer l'évasion fiscale.

- Les chiffres de ces quatre chroniques économiques, que les spécialistes qualifient plaisamment de consolidés, ont été obtenus par recoupement et recalcul de données présentées dans divers documents officiels en provenance des ministères des finances et du budget, de l'INSEE, du parlement, de la sécurité sociale et de la cour des comptes.
Les valeurs ont été volontairement arrondies pour plus de lisibilité.

- Les données sur la fraude et l'évasion fiscale proviennent des rapports de la commission d'enquête sénatoriale sur l'évasion des capitaux et des actifs hors de France et ses incidences fiscales de juillet 2012 et du syndicat national Solidaires Finances Publiques "évasions et fraudes fiscales, contrôle fiscal" de janvier 2013.

dimanche 30 juin 2013

Tout savoir (ou presque) sur le déficit public de la France

La série de chroniques sur les finances de la France se poursuit.
Nous allons, dans ce billet, examiner le déficit et les dettes de l'état et des autres collectivités publiques, c'est à dire le déséquilibre entre les dépenses et les recettes passées précédemment en revue.

En 2012, comme sensiblement en 2011, en sus des grosso modo 900 milliards d'Euros d'impôts, taxes et autres prélèvements réputés obligatoires, la puissance publique française a réussi à garnir ses caisses d'une centaine de milliards supplémentaires de recettes diverses et mal définies.
Notre machine étatique reçoit donc annuellement autour de 1 000 milliards, environ 1 300  € par mois et par français.

Toutefois, dans le même temps, les dépenses de ces mêmes collectivités publiques excèdent les recettes et avoisinent 1 100 milliards, 1 400 € mensuels par personne.

Aussi, tous comptes faits, chaque mois, état, sécurité sociale, municipalités, départements et régions se liguent pour être à découvert - le vocable financier correct est déficit - de 100 € par français.
Lorsque la puissance publique récolte 10 €, elle se débrouille pour illico en dépenser presque 11 !

Le déficit public de la France est l'écart entre les dépenses de l'ensemble des collectivités publiques et leurs recettes (principalement impôts, taxes et cotisations sociales).
Les organismes publics creusent, chaque année, un trou de 100 milliards d'Euros que des emprunts, joliment nommés dettes publiques, comblent tant bien que mal.
A partir de fin novembre, impôts et cotisations ne suffisent plus à subvenir aux besoins de l'état. En décembre, l'ensemble des fonctionnaires, tous statut confondus, mais aussi les médecins, les infirmières ou les ambulanciers, dont la sécurité sociale assure l'essentiel des revenus, sont rémunérés exclusivement par des prêts.

Comme nous sommes collectivement à découvert chaque année depuis 1980, la dette des organismes publics n'a fait que s'alourdir avec les passages successifs à l'Elysée de François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande.
Elle culmine désormais à 1 600 milliards d'Euros, c'est à dire une pile de billets de 20 € allant de Paris à Bombay. Au fil des ans, nos gouvernements ont gagé 25 000 € sur la tête de chacun d'entre nous.
Deux ans d'impôts et de taxes, c'est à dire deux ans de SMIC par personne, seraient nécessaires pour rembourser ce montant astronomique.

Les emprunts contractés par l'état et ses filiales ne sont malheureusement pas gratuits et conduisent à une spirale délétère. Les intérêts payés sur la dette publique atteignent 40 € mensuels par français, un gros tiers de notre déficit !
Si nos dépenses publiques ne retrouvent pas rapidement la voie de l'équilibre avec les recettes, la France entrera en situation d'hyper-endettement , à l'instar de la Grèce, de Chypre ou du Portugal.

Nous évoquons, dans la chronique suivante, les voies difficiles mais possibles qu'il nous faudrait parcourir pour éviter le sort funeste de nos voisins hellènes ou lusitaniens.

Déficitiquement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Voir aussi les trois autres volets de cette série de chroniques économiques :
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les dépenses publiques françaises"
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les impôts et les taxes en France"
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les pistes de sortie de crise"

- Les chiffres de cette chronique et des deux précédentes, que les spécialistes qualifient joliment de consolidés, ont été obtenus par recoupement et recalcul de données présentées dans divers documents officiels en provenance des ministères des finances et du budget, de l'INSEE, du parlement, de la sécurité sociale et de la cour des comptes.
Les valeurs ont été volontairement arrondies pour plus de lisibilité.

mardi 25 juin 2013

Tout savoir (ou presque) sur les impôts et taxes en France

Après une chronique consacrée aux dépenses, nous poursuivons la série consacrée aux finances publiques de la France en détaillant ce que les spécialistes appellent joliment les prélèvements obligatoires.

Les impôts et taxes - modernes successeurs des tailles, dîmes et gabelles d'ancien régime - représentent un montant annuel de 875 milliards d'Euros.
Dit autrement, les collectivités publiques ponctionnent en moyenne par français 1 100 € par mois.
Que l'on soit jeune ou vieux, actif ou inactif, marié, pacsé ou célibataire, salarié ou entrepreneur, chacun de nous verse un gros SMIC au début de chaque mois pour le fonctionnement des systèmes étatiques et sociaux.

La sécurité sociale - organismes fort peu démocratiques puisque les administrateurs ne sont plus élus depuis 1983 - s'arroge la part du lion.
600 € mensuels par français, 1 € par heure et par malade potentiel, sont prélevés de façon presque invisible, principalement sous forme de cotisations salariales et de CSG.

Comparativement à la sécu, l'état parait presque raisonnable avec 350 € par mois capté à chaque français.
Et pour faire bonne mesure, communes, départements et régions se liguent pour nous soustraire 150 € mensuels par personne.

La façon dont s'effectue cette imposition est aberrante dans un pays gangréné par le chômage. La moitié de la pression fiscale, 550 € mensuels par français, pèse sur l'emploi.
Un très gros tiers des impôts et taxes, 450 € mensuels par français, proviennent directement du travail. A l'échelle du pays, les cotisations sociales enchérissent de moitié les coûts salariaux.
Dans la même veine, un dixième des prélèvements, 100 € par mois et par tête de pipe, pèse sur les entreprises qui créent pourtant emplois et richesses.

La consommation alimente la machine étatique à raison de 250 € par mois et par personne, via essentiellement la TVA et les taxes sur les péchés que sont l'alcool, le tabac, les jeux et les carburants.

L'imposition sur le revenu, pourtant très peu populaire, ne représente qu'un sixième du total des prélèvements obligatoires, 200 € mensuels par citoyen.
A chaque fois que nous sortons avec douleur un euro de notre poche pour acquitter notre tiers provisionnel ou notre prélèvement mensuel, nous en déboursons 4.5 en cotisation sociales et 2.5 en taxes sur notre consommation.

La fiscalité du patrimoine - droits de succession, impôt sur la fortune, taxe foncière et taxe d'habitation - ferme la marche avec 100 € par mois et par personne.
A ces sommes, il convient toutefois de rajouter 50 € mensuels de taxes diverses et variées, l'imagination des technocrates de Bercy étant absolument sans limite.

Une des causes profondes de la révolution française en 1789 était un système fiscal complexe et inique, avec d'innombrables exemptions, taxant trop la véritable activité économique et insuffisamment le patrimoine dormant.
Il est plus que temps, pour éviter que l'Histoire ne bégaie, d'être collectivement courageux en diminuant la pression fiscale sur le travail et en accroissant celle frappant le patrimoine, la consommation et les revenus.

Fiscalement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Voir aussi les trois autres volets de cette série de chroniques économiques :
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les dépenses publiques françaises"
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le déficit public de la France"
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les pistes de sortie de crise"

- Les chiffres de cette chronique, que les spécialistes qualifient bizarrement de consolidés, ont été obtenus par recoupement et recalcul de données présentées dans divers documents officiels en provenance des ministères des finances et du budget, de l'INSEE, du parlement, de la sécurité sociale et de la cour des comptes.
Les données reportées ici sont celles de 2011, dernière année pour laquelle nous disposons de statistiques pas trop tartes.
Les valeurs ont volontairement été arrondies pour plus de lisibilité.

dimanche 23 juin 2013

Tout savoir (ou presque) sur les dépenses publiques françaises

En France, grosso modo, la moitié de notre travail et de notre consommation est régie par l'état et les collectivités publiques.
De ce fait, dépenses publiques, modes d'imposition et déficit national trustent, à juste titre, le débat économique.

Malheureusement, ces nécessaires échanges ne sont ni démocratiques ni étayés et débouchent sur des choix hasardeux.
En effet, malgré de multiples recherches parmi les publications des corps constitués et des organismes officiels, je n'ai pas réussi à trouver de présentation claire et unifiée des finances publiques françaises.
La puissance publique, en France, telle une divinité hindoue, est une créature à quatre bras : l'état, la sécurité sociale, les collectivités locales et, pour finir, une pile hétéroclite d'organismes divers plaisamment baptisée ODAC par les technocrates. Chacune de ces branches est jalouse de ses prérogatives et se garde bien d’harmoniser ses comptes avec ses collègues.
Aiguillonné par de fidèles lecteurs de ce blog, je me suis, en amateur et au risque des approximations, attelé à cette tâche.
En voici le premier volet consacré aux dépenses.


En 2011, dernière année pour laquelle des statistiques pas trop tartes sont disponibles, les dépenses publiques françaises, toutes catégories confondues, ont dépassé le montant colossal de 1 100 milliards d’Euros.
Si cette somme avait été intégralement payée en billets de 20 €, l'épaisseur cumulée aurait atteint 5 000 km, la distance séparant Paris de Dubaï.
En moyenne par personne, ce montant avoisine 1 450 € par mois, soit près de 6 000 € mensuels pour un foyer de 2 parents et 2 enfants.
Les débours annuels des organismes publics et sociaux équivalent à 56% du travail de tous les français, notre production de janvier à fin juillet.

Les dépenses sociales se taillent la part du lion avec la moitié du total, 750 € mensuels par français. Notre labeur de janvier à mi-avril est affecté à la solidarité entre citoyens.
Sensiblement 400 € sont consacrés aux prestations de tous ordres et 350 € aux retraites. La couverture maladie représente 200 € par mois et par malade en puissance, les allocations familiales 50 € et l’indemnisation du chômage 35 €.

Environ 250 € mensuels par tête de pipe - le travail national de mi-avril à fin mai - rémunèrent des employés publics, toutes catégories confondues, un quart de l'ensemble du coût salarial de tous les français.
Avec 100 € par mois et par personne, les collectivités locales sont le premier employeur public. L'état et la sécurité sociale suivent avec chacun 75 € mensuels.

De fin mai à fin juin, la France travaille pour alimenter des subventions et transferts très variés, aux contours parfois flous et aux destinations pas toujours contrôlées. Chacun d'entre nous engloutit mensuellement 200 €, 15% des dépenses publiques, dans ce trou noir mal défini.

La première moitié de juillet est consacrée aux achats et aux investissements des organismes publics pour environ 200 € par français et par mois.
De quoi relativiser l’importance des chantiers le long des routes qui arborent des pancartes proclamant fièrement « l'Etat investit pour votre avenir ».

Enfin, de notre Fête Nationale au 23 juillet, nous travaillons pour rembourser les intérêts des différentes dettes publiques, 40 € par personne et par mois.

Dépenses publiques françaises : moyennes mensuelles par personne
Au regard des dépenses publiques, les priorités affichées par les politiques successifs de droite et de gauche n'en sont pas réellement.
En moyenne par français, seuls 120 € mensuels par personne, 8% des dépenses publiques, sont dirigés vers le système éducatif dans son ensemble, autant que le montant des subventions et transferts.
De même, police et justice ne consomment que 2% du gâteau, 30 € par mois et par coupable potentiel, autant que les militaires.
Les frais de fonctionnement des organismes de sécurité sociale sont à peine moins coûteux que les missions d'enseignement et de sécurité intérieure réunies !

Les collectivités locales - communes, départements et régions - sont atteintes par la fièvre de l'or.
Ramenées à la production nationale, les dépenses décidées par les élus dits de terrain se sont accrues de plus d'un tiers en moins de vingt ans pour atteindre 300 € par français et par mois.
Un dixième de notre travail est consommé par des structures de proximité, à commencer par les municipalités qui culminent à 170 € mensuels par administré.

En guise de conclusion, je vous invite, pour mieux appréhender l'énormité des sommes en jeu, à effectuer une simulation familiale des dépenses publiques.
La moyenne par personne de 1 450 € mensuels signifie que chaque heure qui passe, jour comme nuit, semaine comme week-end, été comme hiver, l'état français et ses filiales claquent  2 € pour chacun d'entre nous.
Aussi, je vous suggère de prendre un grand récipient et d'y déposer, toutes les 60 minutes, autant de fois 2 € en pièces de monnaie que des personnes vivant dans votre foyer, en n'oubliant pas de rattraper les périodes de nuit et d'absence du domicile ...

Publiquo-financièrement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Voir aussi les trois autres volets de cette série de chroniques économiques :
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les impôts et taxes en France"
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le déficit public de la France"
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les pistes de sortie de crise"

- Les chiffres de cette chronique, que les spécialistes qualifient bizarrement de consolidés, ont été obtenus par recoupement et recalcul de données présentées dans divers documents officiels en provenance des ministères des finances et du budget, de l'INSEE, du parlement, de la sécurité sociale et de la cour des comptes. Les valeurs ont volontairement été arrondies pour plus de lisibilité.

- Le document de très loin le plus utile, malgré ses incohérences et son manque de focalisation sur les montants les plus importants, a été le "rapport sur la dépense publique et son évolution" de 2012 établi par le ministère du budget pour préparer le projet de loi de finances de 2013.

mercredi 3 octobre 2012

Nos impôts ne doivent pas servir à financer la chasse aux handballeurs

J'habite l'agglomération de Grenoble qui s'est illustrée ces dernières semaines par des faits divers violents et, désormais, barbares.
Dans le même temps, votre serviteur et plusieurs de ses connaissances dauphinoises ont été victimes d'actes plaisamment appelés de "petite délinquance" qui oscillent entre l'énervant et le franchement ennuyeux.
Pour prévenir et diminuer ces crimes et délits, des actions supplémentaires de police et justice sont indispensables. Malheureusement, à en croire les discours des politiques et des syndicalistes, ces deux institutions sont à court d'effectifs et d'argent. Aussi, aucune amélioration notable de la situation sécuritaire n'est à envisager.
Je serais prêt à croire ces belles et tristes paroles, si les unes des médias ne leur apportaient pas, depuis trois jours, un cinglant démenti.

Au bas mot, une bonne trentaine de policiers, un procureur, un juge d'instruction et quelques auxiliaires de justice sont mobilisés, toutes affaires cessantes, pour démêler une sombre histoire de paris sportifs présumés truqués.

Je n'ai toujours pas compris la raison de l'intervention de responsables de l'ordre public dans un domaine exclusivement privé.
Aucune personne ou bien n'a été menacé, l'atteinte aux droits fondamentaux n'est pas manifeste et la régularité des compétitions n'est pas une prérogative régalienne.

Les joueurs et dirigeants sont tous des professionnels produisant un divertissement d'apparence sportive. Un travailleur du handball qui estimerait que son activité pèche par manque d'éthique conserve la possibilité de changer de métier, ce que peu de smicards ont le loisir de faire.
Un spectacle sportif est financé par son public des stades et de la télévision qui, si le show ne lui convient pas, peut, à tout moment, choisir de dépenser son temps et son argent différemment.

Une escroquerie à l'encontre des parieurs n'est pas non plus envisageable. Les fans du Loto Sportif ou de Betclic, humanitaires méconnus, apportent volontairement leur contribution à un marché de dupes : plus du tiers de leurs mises sont dirigées vers l'état, les salariés et les actionnaires des bookmakers.
La véritable motivation du parieur ne réside pas dans un banal appât du gain mais dans la satisfaction intérieure de participer anonymement à la lutte contre les déficits et le chômage.

S'il est avéré que les frères Karabatic et leurs dulcinées ont tripoté le résultat d'un match sans intérêt pour beurrer leurs épinards, la très versatile morale sportive aura subi une légère éraflure mais l'appareil d'état, que nos impôts peinent à entretenir, n'est, en aucune manière, concerné.

Notre redémarrage économique suppose un assainissement profond et rapide des comptes publics. Pour ce faire, l'augmentation des prélèvements est insuffisante et probablement peu efficace.
Seul, un état moins dépensier réalisant avec diligence ses missions de base peut nous éviter la spirale dépressive infernale.
Afin de donner l'exemple, la police devrait, dare dare, se concentrer sur les meurtres, agressions et cambriolages et cesser la chasse aux téléchargeurs de musique, aux chaptaliseurs de vin, aux cyclistes dopés et aux handballeurs spéculateurs ...
Cela suppose que nos coûteux parlementaires abrogent d'urgence quelques articles de loi stupides voire scélérats.

Libertariquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "Combien coûte une loi ?", "Appel à François Hollande pour qu'il gracie le condamné d'Hadopi" et "Tour de France, carnaval des transgressions".
- Le chiffre du tiers de prélèvements sur les paris provient du rapport d'activité 2011 de la Française des Jeux.
- Betclic est une société enregistrée à Malte qui, bien qu'affichant une ancienne gloire du football et de la morale sportive, ne communique ni sur son actionnariat ni sur ses comptes.
Il y a fort à parier, si j'ose m'exprimer ainsi, que sa ponction sur les mises est, a minima, du même ordre de grandeur que celle de la Française des Jeux.


lundi 6 août 2012

Le rideau de fumée des nombres astronomiques

A la charnière entre seizième et dix-septième siècles, astronomie, comptabilité et finances modernes ont conféré aux très grands nombres une utilité professionnelle pratique. Jusqu’alors, seule une poignée de mathématiciens surexcités en faisait un objet d’études purement académiques.
En effet, aucune valeur élevée n’était nécessaire au quotidien : quelques milliers de pièces d’or représentaient une fortune colossale, un négociant pouvait connaitre par cœur l’essentiel de son inventaire et se repérer grâce aux étoiles nécessitait une bonne mémoire mais peu de calculs.

Les nombres « astronomiques » ne sont entrés dans la vie de la majorité de la population qu’après la première guerre mondiale.
Tout d’abord, le dénombrement des victimes de ce conflit a tragiquement nécessité six voire sept zéros. Les hécatombes commises ensuite par les soviétiques, les nazis, les maoïstes et quelques autres génocidaires ont, hélas, perpétué ce macabre décompte.
Ensuite inflation, et même hyperinflation, ont appris à chacun, très difficilement, à utiliser des valeurs monétaires invraisemblables.

Homo sapiens étant une espèce à la comprenette poussive, nous peinons toujours à prendre la juste mesure des nombres au-delà de 1 000.
Cette difficulté est renforcée par l’usage d’unités variables, notamment pour les valeurs monétaires.
2 milliards d’euros, 2 000 millions d’euros, 2 000 000 k€, 2 000 000 000 € représentent exactement le même montant mais, inconsciemment, les valeurs semblent s’accroître au fil de l’énumération.

En Tunisie, le décompte de la monnaie est encore plus déroutant. Un pays qui arbore un croissant de lune et une étoile sur son drapeau ne peut qu’être amoureux des nombres « astronomiques ».
Dès que les sommes deviennent un tantinet rondelettes, trois zéros supplémentaires font leur apparition. Le dinar est abandonné au profit du millime. 1 000 dinars (environ 500 €) deviennent ainsi un million de millimes. Il faut être millionnaire pour équiper sa cuisine d’un réfrigérateur et d’une cuisinière !
Lorsqu’on aborde les milliards, personne – votre serviteur en premier – ne sait plus très bien différentier dinars et millimes.

Le personnel politique a trouvé dans notre incapacité à absorber les grands nombres son meilleur allié.
Rien de tel qu’une kyrielle de zéros pour masquer inaction et inefficacité ou appuyer une argumentation vaseuse.
Un exemple récent pour juger sur pièces.

Début août 2012, les autorités économiques tunisiennes ont fièrement claironné que « plus de 45 idées de projets nécessitant une enveloppe de plus de 100 millions de dinars ont été identifiées dans le cadre du projet de développement des régions intérieures ».
A cette occasion, monsieur Jameleddine Gharbi, ministre du développement régional et de la planification, a souligné qu’il s’agissait « d’un nouveau modèle de développement à même de valoriser les ressources naturelles et les réserves du patrimoine tunisien […] et de créer de la richesse et de la valeur ajoutée ».
Certes, 100 milliards de millimes sont une belle somme mais ils ne représentent que 0.15% du produit intérieur brut de la Tunisie et 0.9% des dépenses de l’état.
Ces projets sont certainement sympathiques mais, vu les faibles montants en jeu, et au risque de déplaire à Mr Gharbi, il est peu probable qu’ils résorbent chômage et disparités régionales en Tunisie.

Astronomiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi sur l'usage des grands nombres par les politiques la chronique "Dans le Peillon, tout est bidon !".
- Les autres chroniques "déchiffrage".
- D’après les données macro-économiques publiées par la Banque Centrale de Tunisie :
. Le produit intérieur brut (PIB) tunisien était de 63 milliards de dinars (32 milliards d’euros) en 2010.
. La même année, les dépenses de l’état tunisien s’élevaient à 10 milliards de dinars (5 milliards d’euros, 16% du PIB).
- Les déclarations des officiels tunisiens ont été rapportées dans l’article de la Presse de Tunisie « Identification de 45 idées de projets dans 10 délégations » paru le 2 août 2012.
- L'expression "un tantinet rondelette" provient de la chanson Oncle Archibald de Georges Brassens.

mardi 26 juin 2012

Dans le Peillon, tout est bidon !

Naïvement, je pensais que notre pédagogue en chef - le ministre en charge de l'éducation dite nationale - maîtrisait a minima les trois savoirs de base lire, écrire ET compter.

Or, à en croire, les récentes déclarations du sieur Vincent Peillon, dernier pensionnaire en date de la rue de Grenelle, soit il n'en est rien, soit ce docteur en philosophie se moque copieusement des citoyens et des enseignants.

Le nouveau ministre vient, à grand renfort de bruit médiatique, de lancer un "plan d'urgence" pour la prochaine rentrée scolaire comportant un accroissement de 1000 professeurs dans l'enseignement primaire et probablement 6000 postes de plus dans le secondaire.

En France, il y a, respectivement, environ 53 000 et 11 000 établissements du premier et du second degré. Le ministère de l'éducation emploie 1.1 millions de personnes dont 850 000 enseignants.
Le "plan d'urgence" du ministre va donc, dans l'hypothèse la plus favorable, accroître les effectifs de 0.8%.
Chaque école primaire aura l'immense joie de recevoir 0.018 instituteur supplémentaire. Les collèges et lycées, mieux pourvus, se verront généreusement affecter un demi professeur.
J'invite toute personne qui constatera en septembre une différence notable dans le personnel enseignant à poster un commentaire sur ce blog !

Je profite de cette chronique pour rappeler quelques autre chiffres significatifs sur l'éducation en France.

En 2010, notre système scolaire a coûté - toutes sources de financement confondues - 135 milliards d'Euros.
Chaque français y consacre 2000 Euros annuels, c'est à dire un huitième des dépenses de l'état, de la sécurité sociale et des collectivités locales réunies. Le déficit public est du même ordre de grandeur que les dépenses éducatives.
Ramené à la richesse nationale, l'éducation représente 7% du PIB.

La France dépense 25% plus par élève du primaire et du secondaire que la moyenne des pays de l'OCDE.
A l'inverse, les comparaisons internationales - notamment l'enquête PISA - montrent, en regardant les résultats avec des lunettes roses, que les élèves français ont des performances scolaires standards.
L'industriel indécrottable que je suis en déduit donc que notre système éducatif est tout simplement un quart moins productif que dans les autres pays développés.

Productivo-républicainement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Voir aussi les autres chroniques "déchiffrage", notamment "J'aimerais comprendre ... les classes surchargées" et "un peu d'open data pour les classes surchargées ?".

- Les déclarations du sieur Vincent Peillon, ci-devant ministre de l'éducation, sont rapportées dans l'article du Monde du 26 juin 2012 "Education : 6 000 postes créés à la rentrée dans le second degré".

- Les nombres d'établissements scolaires sont calculés par le très sérieux et très public INSEE "Établissements publics et privés du 1er et du 2nd degré".

- Le coût de l'éducation est rapporté dans deux notes parfaitement officielles du non moins sérieux et non moins public Ministère de l'Education Nationale "Coût de l’éducation en 2010" et "La dépense par élève ou étudiant en France et dans l’OCDE".

- Les résultats de l'enquête internationale PISA peuvent être consultés sur le site de l'OCDE / OECD.