Affichage des articles dont le libellé est subvention. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est subvention. Afficher tous les articles

lundi 4 mai 2015

La batterie Tesla Powerwall va-t-elle bouleverser l’électricité ?

Au moment où je rédigeais ma précédente chronique sur le coût de nos consommations énergétiques quotidiennes, le sémillant Elon Musk, dirigeant et fondateur de Tesla Motors, annonçait en fanfare le lancement commercial de Powerwall, une batterie domestique design et installable, comme son patronyme l'indique, sur un mur.

L'objectif affiché de ce nouveau produit est de faire de chaque foyer le gestionnaire, voire le producteur, de sa propre électricité.
Le multi-entrepreneur a mis en avant la simplicité et le design de son dernier bébé et annoncé trois usages à Power Wall :
  • La continuité d'alimentation électrique en cas de panne du réseau.
  • L'autoproduction individuelle d'électricité par le biais essentiellement de panneaux solaires, la batterie faisant le tampon entre la production aux heures les plus ensoleillées et l'utilisation le plus souvent en décalage.
  • Le stockage de l'électricité du réseau en heures creuses pour un usage en heures pleines.
Le modèle capable de stocker 7.5 kWh est tarifé à 3 000 $ et celui de 10 kWh à 3 500 $.

Batterie Powerwall de Tesla
La plupart des gazettes s'étant contentées de reproduire béatement l'argumentation promotionnelle de Tesla, j'ai cherché, fidèle aux habitudes de ce blog, à évaluer concrètement Powerwall.
Pour ce faire, j'ai fait l'hypothèse - raisonnable - que cette batterie lorsqu'elle sera disponible tiendra effectivement ses promesses de simplicité d'installation et d'utilisation et me suis focalisé sur les ordres de grandeur économiques.

Les pannes d'électricité sont trop rares en France

La fourniture d'électricité en France, et d'une manière générale en Europe, est d'excellente qualité.
La durée moyenne de panne s'établit en moyenne autour de 100 minutes par an, toutes causes confondues. Dans les zones urbaines, ce chiffre s'effondre.
Dans ces conditions, investir 3 000 Euros pour gagner 1 à 2 heures annuelles d'électricité n'a de sens que pour des entreprises avec des processus ne supportant aucun arrêt.

Il en est tout autrement dans les pays - comme l'Inde, mais aussi la Californie - où les investissements dans les centrales de production et le transport d'électricité sont à la traîne par rapport à la demande.
Dans de telles situations, se prémunir contre les coupures fréquentes n'est pas un luxe et améliore notablement sécurité, productivité et confort.

Le solaire photovoltaïque est cher et peu abondant dans notre bel Hexagone

En France, installer 10 m2 de panneaux photovoltaïques sur le toit d'une maison coûte actuellement aux alentours de 8 000 €.
Ces plaques de silicium produisent en moyenne 3 à 4 kWh quotidiens, soit entre 1 000 et 1 500 kWh annuels.
Cela représente de l'ordre de 250 € par an au tarif français des heures dites pleines.

En plus des panneaux, il faut ajouter une batterie à environ 3 000 €, soit un total de sensiblement 11 000 €.
Avec ces prix, l'investissement mettrait 45 ans à être rentabilisé !

La présence massive du nucléaire et de l'hydraulique dans la production électrique d'EDF rend l'électricité française très compétitive et donc le solaire et l'éolien difficiles à s'imposer sans subventions.

Toutefois dans de nombreux pays l'électricité est notablement plus chère. Ainsi le kWh est 2 à 4 fois plus coûteux en Californie qu'en France, avec des écarts élevés entre les tranches horaires.

De surcroît, plus un lieu est ensoleillé et proche de l'équateur, plus la production photovoltaïque augmente.
Un panneau implanté en Tunisie ou en Californie délivre annuellement environ un tiers de kWh en plus qu'à Grenoble.
De ce fait, le Powerwall s'amortit dans la Silicon Valley entre 8 et 15 ans, un ordre de grandeur loin d'être stupide.

Les heures pleines au tarif des heures creuses : on y est presque !

Actuellement, mon logement est “tout électrique”. Chauffage, eau chaude, cuisson, électroménager, éclairage et autres usages sont assurés exclusivement par EDF.

Ma consommation annuelle est de l'ordre de 10 000 kWh, dont seulement 40% en heures creuses.
En moyenne, ma famille consomme donc quotidiennement une quinzaine de kWh en heures pleines.

Une, voire même 2 ou 3, batteries de 10 kWh répondraient donc correctement à l'usage d'effacement des heures pleines au profit d'une électricité stockée durant les heures creuses.
Ce faisant j'économiserais de l'ordre de 300 € par an. L'achat d'un Powerwall serait amortie en une douzaine d'années.
Un investissement pas délirant à défaut d'être complètement sexy...

Il y a toutefois un très léger hic. Les batteries lithium-ions utilisées par Tesla sont capables aujourd'hui d'environ 1 000 cycles de charge et décharge.
Avec les performances actuelles, Powerwall serait bon pour la casse entre le tiers et la moitié de sa vie économique. Le site de Tesla est curieusement muet sur ce sujet crucial.

D'ici moins de 10 ans, la situation devrait être nettement plus favorable à Powerwall

Elon Musk prévoit que l'augmentation du nombre de batteries produites et vendues par Tesla permettra de d'abaisser les coûts d'un tiers dans la décennie à venir.
De surcroît, de nombreuses équipes de recherche travaillent sur la chimie du stockage de l'électricité aussi une augmentation du cyclage est raisonnablement envisageable.

Dans le même temps, le photovoltaïque est en pleine ébullition technique et industrielle.
À horizon de 10 ans, une amélioration du rendement d'un facteur 1.5 à 2 et une baisse de coût de fabrication du même ordre sont imaginables, même si ces performances ne sont pas encore acquises.

En supposant que ces percées auront effectivement lieu, vers 2025, l'amortissement d'une installation solaire ou l'effacement des heures creuses s'obtiendrait en environ 8 ans.
Une combinaison des deux usages serait encore plus économique, avec un retour sur investissement autour de 5 à 6 ans.

De plus, les rivières françaises étant déjà presque toutes équipées de barrages et le nucléaire ainsi que les lignes haute tension n'ayant plus très bonne presse, il est très probable qu'EDF va être contraint de relever ses prix, notamment ceux des heures pleines. Toute hausse de tarif accroît mécaniquement l'intérêt de Powerwall.

Ces rentabilités raisonnablement rapides ouvrent la porte à généralisation de Powerwall et de ses concurrents à une échéance rapprochée à l'échelle industrielle. Nous assisterions à la première véritable rupture depuis plus d'un siècle dans la production et l'acheminement de l'électricité.

Les distributeurs traditionnels d'électricité ainsi que les fabricants de matériels gagneraient à intégrer fissa dans leurs stratégies cet avis de tempête.

Tesla - jeune entreprise venue de nulle part - fait clairement le pari de rafler le gros de la mise en créant ce nouveau marché et capitalisant l'expérience acquise auprès des premiers utilisateurs.
Il n'est toutefois pas trop tard - même si le chrono tourne déjà - pour qu'un Microsoft de la batterie décroche un pompon plus gros que celui d'Elon Musk.

Electriquement votre

Post Scriptum du 5 mai 2015
Un fidèle lecteur me fait remarquer qu'actuellement l'électricité photovoltaïque est rachetée en France grâce à des subventions aux particuliers presque au double du tarif des des heures pleines, à environ 0.25 € le kWh.

Je n'ai pas intégré cette valeur majorée dans mon calcul pour trois raisons :
  • Tesla se situe délibérément dans une perspective d'autoproduction énergétique et de moindre dépendance au réseau électrique.
    C'est une des clefs de la simplicité annoncée de Powerwall.
    C'est aussi exactement l'inverse de "l'usine à gaz" du rachat subventionné du photovoltaïque par EDF et de son double comptage.
  • Si le photovoltaïque devient moins coûteux, les subventions disparaîtront.
  • Au tarif actuel subventionné de l'électricité photovoltaïque, le Powerwall s'amortirait en 7 ans.
    Toutefois cette batterie ne servirait à rien puisque EDF est obligé réglementairement de racheter les kWh solaires quelle que soit le moment de leur production.
     
Post Scriptum du 8 mai 2015
Dans une conférence de presse donnée hier, Elon Musk a apporté des précisions intéressantes.
  • Le lancement en fanfare de Powerwall semble réussi puisque les précommandes enregistrées en ligne représentent un an de capacité de production de Tesla.
  • Par contre, en termes de simplicité, Powerwall ne semble pas être au rendez-vous de ces promesses.
    En effet, batteries et cellules photovoltaïques nécessitent de l'électricité dite continue (en anglais DC) alors que nos usages quotidiens sont en électricité alternative (AC).
    Pour passer d'un mode à l'autre, il existe des appareils plaisamment baptisés convertisseurs AC/DC qui transforment le courant alternatif en continu et vice versa.
    Elon Musk a indiqué que Powerwall n'intégrait pas de convertisseur.
    Pour faire fonctionner la batterie, les clients de Tesla doivent donc se procurer un tel engin et réaliser l'installation du système complet.
    La concurrence de Tesla bénéficie donc d'une opportunité gigantesque si elle réussit à développer des combinés batterie-convertisseur "plug and play".
    Les calculs économiques présentés ci-dessus n'intègrent pas le coût du convertisseur AC/DC.
     
Références et compléments
- La page (en anglais) consacrée à Powerwall sur le site de Tesla d'où j'ai extrait l'image de la batterie.

- Le post de blog de Philippe Siberzahn sur le même sujet “Pourquoi la batterie PowerWall de Tesla est vraiment disruptive ?” qui traite ce sujet sous un autre angle, mais avec les mêmes conclusions.

- La précédente chronique “Combien d'énergie contient une pièce de 1 Euro ?”

- Pour les lecteurs n'ayant pas l'immense bonheur d'être abonnés à l'électricité en France, EDF signifie Électricité De France. Cette entreprise étatique, autrefois monopolistique, est le producteur-distributeur historique d'électricité dans l'Hexagone.

mardi 15 octobre 2013

Rugby opaque et dans le rouge à Grenoble

En France, les collectivités dites locales - communes, métropoles, départements et région - sont des acteurs incontournables de l'emploi, des déficits publics et de la fiscalité.
Pourtant, opacité, gestion hasardeuse et clientélisme y règnent en maîtres, beaucoup plus qu'au sommet de l'état, paradoxalement plus surveillé et mieux administré.

A titre d'illustration et à la demande involontaire de plusieurs twittonautes, je vous propose de revenir sur le cas du rugby professionnel à Grenoble. La situation y est, à première vue, similaire à celle d'autres agglomérations possédant une équipe de sport professionnel de haut niveau.

Avant de développer, je tiens à préciser que je ne nourris aucune ire particulière à l'encontre du jeu à XV. Bien au contraire, j'apprécie ce sport que je regarde régulièrement et je me rends 2 à 3 fois l'an à des matchs du FCG.

Le club de rugby grenoblois est une société privée, dûment immatriculée depuis août 2006. Cette entreprise de spectacle n'est guère florissante et reste durablement dans le rouge.
Son chiffre d'affaire 2011-2012 a été d'un peu plus de 9 millions d'Euros, 14 € de recettes par habitant de l'agglomération dauphinoise.
Les dépenses ayant dépassé les rentrées, en fin d'exercice, le FCG a accumulé une perte annuelle de 350 000 €, 4% du chiffre d'affaire.
Les saisons précédentes, avec une équipe alors en division 2, les pertes oscillaient entre 3% et 10%.

Cette mauvaise santé récurrente confère un bilan très fragile à l'entreprise.
Les dettes atteignent presque 5 fois les capitaux propres, de quoi faire frémir tout prêteur normalement constitué.
Par voie de conséquence, les actionnaires du club - dont la liste est introuvable sur le web - remettent tous les ans plusieurs centaines de milliers d'euros au pot pour maintenir la société à flot.
Que ce mystérieux groupe de donateurs rugbyphiles et philanthropes cesse, ne serait-ce qu'une saison, de cracher au bassinet et le fragile édifice financier s'écroule comme un château de cartes.
De même, une descente en seconde division, dont les rugbymen grenoblois étaient encore pensionnaire il y a 18 mois et qui a arithmétiquement 1 chance sur 7 de se produire, serait probablement fatale au club dans sa structure actuelle.

Malgré cette indéniable fragilité, le FCG envisagerait d'emprunter autour de 6 millions d'euros, 10 fois ses capitaux propres, pour construire de nouvelles tribunes dans le stade Lesdiguières où il joue habituellement.
Il semblerait même que des banques aient accepté d'avancer l'argent et que des montages immobiliers alambiqués permettraient de financer une partie de cette rénovation.
Malheureusement, je n'ai rien trouvé en ligne de probant et factuel sur ce thème.

Opacité et précarité de la situation financière du FCG n'impressionnent pas les élus de la ville de Grenoble et de la communauté d'agglomération plaisamment baptisée "Métro". Ils injectent massivement et régulièrement des fonds publics dans le club.
Le montants exact de nos impôts engloutis dans les cadrages-débordements est réparti - oserai-je dire, camouflé - en de multiples opérations.
La plupart sont noyées dans un verbiage et un classement administratif que la regrettée URSS n'aurait pas désavoué. Plusieurs même sont absentes d'internet, comme les contributions de la "Métro" et les comptes du FCG.
En 2013, il est encore possible de disperser ou de disposer de l'argent des contribuables sans rendre de comptes sur la toile !

Tentons toutefois d'établir un ordre de grandeur du soutien public au rugby professionnel privé grenoblois.

La mairie de Grenoble verse sensiblement 500 000 € de subvention, non au club directement mais à "l'association FCG", officiellement sans but lucratif. Dans d'autres domaines, un tel montage serait qualifié de structure de blanchiment.
Faute de chiffres disponibles en ligne, et en se basant sur la taille des logos publicitaires sur le site du FCG, on peut présumer que la "Métro" octroie un montant similaire au club.

A cela, il faut ajouter la location du stade Lesdiguières.
La municipalité grenobloise s'apprête à accorder un bail emphytéotique de 25 ans d'une générosité absolue puisque le loyer s'élèvera, pour un stade de plus de 10 000 places et ses parages, à un peu plus de 6 000 € mensuels, sans même une clause de révision. Les locataires parmi les lecteurs de ce blog apprécieront.
On peut raisonnablement supposer qu'il manque au moins un zéro au montant de la location. La collectivité fait cadeau d'environ 700 000 € annuels supplémentaires au rugby rouge et bleu, 1 € par habitant.

La facture totale avoisine, en toute opacité, 1.7 millions d'euros par an, 2.6 € par personne résidant dans l'agglomération de Grenoble. Grosso modo, autour d'un cinquième du chiffre d'affaire de l'entreprise privée FCG est assuré par le contribuable dauphinois.

Pour que le tableau soit complet, il faut y adjoindre le coût exorbitant de l'autre enceinte sportive grenobloise - le très récent et très onéreux stade des Alpes - rarement rempli et hébergeant une équipe de football de division 4.
Apparemment - là encore les chiffres étayés manquent - la "Métro" verserait au concessionnaire au moins 1 million d'euros annuels, presque 3 € par contribuable "métropololitain".

Pour faire bonne mesure, il faut toutefois reconnaître que cet argent public crée des emplois, 54 durant la dernière saison pour être précis.
Une rapide division nous indique que chacun de ces jobs, du stadier au pilier, requiert  plus de 50 000 € annuels, 5 SMIC, ponctionnés sur nos impôts.

En conclusion, je suis presque certain que le sport professionnel n'est pas un cas isolé. Je pourrais, hélas, écrire la même chronique mettant en avant la même opacité et la même inefficacité crasse des fonds publics à la fois sur les grands travaux, sur l'urbanisme et sur l'action culturelle.

Rugbystico-contribuablement votre

Références et compléments
- Voir aussi ma précédente chronique "Merci aux élus locaux et à l'équipe de rugby de Grenoble"

- Mes remerciements les plus vifs au Réseau Citoyen de Grenoble qui a recueilli et fourni la documentation ayant servi à la rédaction de cette chronique. Cette association contribue à limiter l'opacité dont nos élus locaux aimeraient s'entourer pour clientéliser en paix.
J'encourage vivement la visite de son site web 2014grenoble.fr.
Le billet "Grenoble a-t-elle besoin d'un nouveau stade prestigieux ?" y détaille le montage complexe et opaque de la rénovation du stade Lesdiguières.

- Ma gratitude va aussi aux twittonautes - ils se reconnaîtront - qui ont défendu, dans un débat passionné en ligne, leurs clubs de football et de rugby favoris. Sans eux, je n'aurais pas repris la plume, pardon le clavier, sur ce thème.

- Sources (et même absence de sources) :
. Site web du club de rugby grenoblois FCG
. Sites web de la Métro et de la mairie de Grenoble
. Données sur la SASP FC GRENOBLE RUGBY (FCG RUGBY) sur le site societe.com. Les chiffres trouvés sur ce site ont été arrondis pour faciliter la compréhension.
. Les données démographiques proviennent de Wikipedia.

- Comme à chaque fois que j'alpague des politiques sur ce blog, je rappelle que ces colonnes leur sont ouvertes pour un droit de réponse. J'invite, notamment, les élus de la Métro à communiquer clairement et totalement les montants alloués au FCG.
De même, si par extraordinaire, le FCG souhaitait publier ses états financiers complets et détaillés, je me ferai un devoir de les reproduire.

mercredi 4 septembre 2013

Merci aux élus locaux et à l'équipe de rugby de Grenoble

Depuis dimanche dernier, comme la plupart des habitants de l'agglomération de Grenoble, je suis à la fois heureux et exaspéré.
Malgré la rentrée scolaire, la capitale du Dauphiné croule littéralement sous les visiteurs. Hôtels et restaurants sont complets, les délais d'attente pour accéder au musée ou au téléphérique de la Bastille dépassent deux heures. Rocade et boulevards sont embouteillés encore plus que de coutume et la gare est quasi-inaccessible.
Plus étonnant, la chambre de commerce et les différentes institutions de recherche ont, dans l'urgence, embauché des standardistes et du personnel d'accueil pour faire face à l'afflux de demandes de renseignements professionnels et de projets d'implantations dans la région.
Cela augure d'une activité économique soutenue dans mon bassin d'emploi préféré mais rend le quotidien pénible, les déplacements et l'accès aux commerces étant devenu très difficiles.

La cause de cette affluence massive dans l'Y grenoblois est une campagne de communication très efficace menée par les élus de la communauté d'agglomération, plaisamment baptisée Métro.
L'audacieux président métropolitain, entouré de ses 20 vice-présidents, de ses 12 conseillers délégués et des 42 conseillers communautaires ordinaires, a eu la riche idée d'utiliser les deniers publics qu'il gère pour parrainer le match de rugby Grenoble-Toulon du 31 août.
Le slogan imaginé pour cette occasion était particulièrement percutant "avancer ensemble pour gagner ensemble".
Cette sentence indépassable, couplée au logo ornithologique emblème officiel de l'agglomération dauphinoise, a été affichée régulièrement au cours durant la rencontre.


L'effet a été immédiat. L'immense cohorte de téléspectateurs de la chaîne payante qui retransmettait l’événement, éblouie par tant de hardiesse communicante et d'esthétique d'avant-garde, n'a eu de cesse, une fois le match remporté par l'équipe iséroise, de se précipiter dans la ville de Lesdiguières, pour tourisme, affaires et plus si affinités.

Perpétuellement soucieux du développement économique de ma région, je tiens à remercier ses élus pour leur vision, leur hardiesse et leur efficacité.
En cette période de l'année où les feuilles d'impôts se succèdent à rythme soutenu, je constate avec plaisir et satisfaction qu'au moins mes taxes d'habitation et foncières ne sont pas dépensées en pure perte au sein d'une bureaucratie grisâtre mais investies au service d'une véritable stratégie de soutien à l'activité locale.

Bien sur, cette ardeur de la Métro a aussi pour conséquences quelques menus travers qu'il serait injuste de ne pas tolérer. Toute omelette nécessite le bris de quelques œufs.

Totalement engagés au service du bien commun, les 75 dirigeants et les 850 employés de la communauté de communes n'ont guère de temps disponible pour mettre à jour leur site web.
Ainsi le budget de près de 350 millions d'euros, grosso modo 900 € annuels par grenoblois, y est expédié en 8 petites lignes dans lesquelles la communication et le sponsoring n'apparaissent pas. Cela n'a guère d'importance vu le succès incroyable de ces démarches.

De même, je comprends que le FCG, club de rugby grenoblois, soit soucieux de ne pas mettre ses parrains en porte-faux avec des pages internet plus informatives que celles de la Métro. Aussi, bien que recevant de l'argent public, prudemment, il se garde bien de publier le moindre état financier.

J'approuve aussi qu'édiles et dirigeants sportifs, dans un souci de rayonnement de Grenoble, entretiennent imperturbablement deux grands stades afin que les fiers rugbymen rouges et bleus ne prennent pas le risque de marcher sur les pieds de l'équipe de football pensionnaire de division 4.

Pour conclure, j'espère, un peu égoïstement, que la Métro, sur sa lancée, ne répétera pas la même opération de promotion avec les équipes de volley-ball ou de badminton de Meylan et des autres communes de banlieue.
L'affluence dans l'agglomération risquerait de continuer à croître, ce qui me forcerait à coucher au boulot pour éviter la thrombose de la rocade.

Fiscalo-rugbystiquement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Une excellente vidéo d'une conférence du Réseau Citoyen de Grenoble décortiquait en 2013 les subventions de la municipalité de Grenoble (et non pas de la Métro). Le sport professionnel arrivait en tête, le ruban bleu revenant au GF38 club de football de division 4 dont les maillots de joueurs devait être recouverts de platine rhodié.

- J'ai reçu l'image présentée dans cette chronique le 30 août 2013 dans un mail promotionnel envoyé par le FCG qui m'incitait à acheter une place pour la rencontre Grenoble-Toulon en mettant bizarrement en avant le sponsoring de la Métro.

- Site web de la Métro, communauté d'agglomération Grenoble-Alpes Métropole, avec sa description budgétaire très sommaire et la présentation de sa gouvernance qui fait pâlir d'envie les forces armées du Mexique.

- Site web du FCG Grenoble Rugby, dans lequel je n'ai pas réussi à dégoter un quelconque élément financier.
Fort heureusement, le soutien fiscal aux rugbymen grenoblois leur a au moins permis de battre les champions d'Europe toulonnais 28 à 26.

- Comme à chaque fois que j'alpague des politiques sur ce blog, je rappelle que ces colonnes leur sont ouvertes pour un droit de réponse.
De même, si par extraordinaire, le FCG souhaitait publier ses états financiers, je me ferai un devoir de les reproduire.

dimanche 23 juin 2013

Tout savoir (ou presque) sur les dépenses publiques françaises

En France, grosso modo, la moitié de notre travail et de notre consommation est régie par l'état et les collectivités publiques.
De ce fait, dépenses publiques, modes d'imposition et déficit national trustent, à juste titre, le débat économique.

Malheureusement, ces nécessaires échanges ne sont ni démocratiques ni étayés et débouchent sur des choix hasardeux.
En effet, malgré de multiples recherches parmi les publications des corps constitués et des organismes officiels, je n'ai pas réussi à trouver de présentation claire et unifiée des finances publiques françaises.
La puissance publique, en France, telle une divinité hindoue, est une créature à quatre bras : l'état, la sécurité sociale, les collectivités locales et, pour finir, une pile hétéroclite d'organismes divers plaisamment baptisée ODAC par les technocrates. Chacune de ces branches est jalouse de ses prérogatives et se garde bien d’harmoniser ses comptes avec ses collègues.
Aiguillonné par de fidèles lecteurs de ce blog, je me suis, en amateur et au risque des approximations, attelé à cette tâche.
En voici le premier volet consacré aux dépenses.


En 2011, dernière année pour laquelle des statistiques pas trop tartes sont disponibles, les dépenses publiques françaises, toutes catégories confondues, ont dépassé le montant colossal de 1 100 milliards d’Euros.
Si cette somme avait été intégralement payée en billets de 20 €, l'épaisseur cumulée aurait atteint 5 000 km, la distance séparant Paris de Dubaï.
En moyenne par personne, ce montant avoisine 1 450 € par mois, soit près de 6 000 € mensuels pour un foyer de 2 parents et 2 enfants.
Les débours annuels des organismes publics et sociaux équivalent à 56% du travail de tous les français, notre production de janvier à fin juillet.

Les dépenses sociales se taillent la part du lion avec la moitié du total, 750 € mensuels par français. Notre labeur de janvier à mi-avril est affecté à la solidarité entre citoyens.
Sensiblement 400 € sont consacrés aux prestations de tous ordres et 350 € aux retraites. La couverture maladie représente 200 € par mois et par malade en puissance, les allocations familiales 50 € et l’indemnisation du chômage 35 €.

Environ 250 € mensuels par tête de pipe - le travail national de mi-avril à fin mai - rémunèrent des employés publics, toutes catégories confondues, un quart de l'ensemble du coût salarial de tous les français.
Avec 100 € par mois et par personne, les collectivités locales sont le premier employeur public. L'état et la sécurité sociale suivent avec chacun 75 € mensuels.

De fin mai à fin juin, la France travaille pour alimenter des subventions et transferts très variés, aux contours parfois flous et aux destinations pas toujours contrôlées. Chacun d'entre nous engloutit mensuellement 200 €, 15% des dépenses publiques, dans ce trou noir mal défini.

La première moitié de juillet est consacrée aux achats et aux investissements des organismes publics pour environ 200 € par français et par mois.
De quoi relativiser l’importance des chantiers le long des routes qui arborent des pancartes proclamant fièrement « l'Etat investit pour votre avenir ».

Enfin, de notre Fête Nationale au 23 juillet, nous travaillons pour rembourser les intérêts des différentes dettes publiques, 40 € par personne et par mois.

Dépenses publiques françaises : moyennes mensuelles par personne
Au regard des dépenses publiques, les priorités affichées par les politiques successifs de droite et de gauche n'en sont pas réellement.
En moyenne par français, seuls 120 € mensuels par personne, 8% des dépenses publiques, sont dirigés vers le système éducatif dans son ensemble, autant que le montant des subventions et transferts.
De même, police et justice ne consomment que 2% du gâteau, 30 € par mois et par coupable potentiel, autant que les militaires.
Les frais de fonctionnement des organismes de sécurité sociale sont à peine moins coûteux que les missions d'enseignement et de sécurité intérieure réunies !

Les collectivités locales - communes, départements et régions - sont atteintes par la fièvre de l'or.
Ramenées à la production nationale, les dépenses décidées par les élus dits de terrain se sont accrues de plus d'un tiers en moins de vingt ans pour atteindre 300 € par français et par mois.
Un dixième de notre travail est consommé par des structures de proximité, à commencer par les municipalités qui culminent à 170 € mensuels par administré.

En guise de conclusion, je vous invite, pour mieux appréhender l'énormité des sommes en jeu, à effectuer une simulation familiale des dépenses publiques.
La moyenne par personne de 1 450 € mensuels signifie que chaque heure qui passe, jour comme nuit, semaine comme week-end, été comme hiver, l'état français et ses filiales claquent  2 € pour chacun d'entre nous.
Aussi, je vous suggère de prendre un grand récipient et d'y déposer, toutes les 60 minutes, autant de fois 2 € en pièces de monnaie que des personnes vivant dans votre foyer, en n'oubliant pas de rattraper les périodes de nuit et d'absence du domicile ...

Publiquo-financièrement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Voir aussi les trois autres volets de cette série de chroniques économiques :
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les impôts et taxes en France"
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le déficit public de la France"
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les pistes de sortie de crise"

- Les chiffres de cette chronique, que les spécialistes qualifient bizarrement de consolidés, ont été obtenus par recoupement et recalcul de données présentées dans divers documents officiels en provenance des ministères des finances et du budget, de l'INSEE, du parlement, de la sécurité sociale et de la cour des comptes. Les valeurs ont volontairement été arrondies pour plus de lisibilité.

- Le document de très loin le plus utile, malgré ses incohérences et son manque de focalisation sur les montants les plus importants, a été le "rapport sur la dépense publique et son évolution" de 2012 établi par le ministère du budget pour préparer le projet de loi de finances de 2013.

mardi 18 décembre 2012

Le cas Gérard D.

La protection accordée récemment au sieur Gérard D. par Sa Majesté Albert II Roi des Belges a fait bruire gazettes et politiques.
Mon incompétence n'ayant rien à envier à celle des commentateurs patentés, voici ma contribution au tintamarre ambiant sous forme de trois réflexions suscitées par l'exil outre Quiévrain d'Obélix.

- Le sieur Gérard D. est mal placé pour se plaindre des impôts élevés en France. L'action et l'argent publics sont les principales sources de sa notoriété et de son train de vie. J'affirme haut et fort qu'il a reçu plus de l'état qu'il ne lui a versé !
En effet, le cinéma est, dans l'Hexagone, une activité particulièrement protégée et subventionnée.
Les innombrables aides publiques directes et indirectes au septième art dépassent allègrement le milliard d'Euros, soit 1 Euro par mois et par français. Le chiffre exact est introuvable sur internet, probablement pour éviter que les contribuables-électeurs découvrent l'ampleur de ce savoureux fromage.
Le secteur audiovisuel est encore plus réglementé que la très colbertiste viticulture où le sieur Gérard D. a d'ailleurs investi. Par exemple, il est interdit de diffuser dès sa sortie un film à la télévision ou sur internet. Dans n'importe quel autre domaine de l'économie, une telle pratique s'appelle une entrave à la concurrence et est légalement prohibée. Pour le cinéma, il s'agit de la louable et noble défense de l'exception culturelle française.
Cette manne est très inégalement répartie. Une vingtaine d'artistes, dont le sieur Gérard D., émarge régulièrement au dessus du million d'Euros tandis que techniciens et petites mains sont payés à coups de lance-pierres, souvent par les ASSEDIC, parfois au noir ...

- Le sieur Gérard D. affirme avoir versé 145 millions d'Euros en impôts durant les 45 ans de son existence de contribuable français et donné en 2011 au fisc 85% de son revenu.
En supposant, hypothèse très défavorable, que les propos du Cyrano du Brabant soient exacts et que le taux annoncé lui ait été appliqué sa vie durant, notre outre ex-nationale aurait bénéficié chaque année, en moyenne, d'un revenu net de 570 000 Euros, le salaire de 50 smicards.
Difficile de plaider la ruine personnelle et la fiscalité confiscatoire dans ces conditions ...

- Une des causes majeures de la Révolution Française en 1789 était l'inégalité et l'absurdité du système fiscal.
Pendant que certaines catégories sociales, essentiellement la noblesse et une part du clergé, échappaient à l'impôt, d'autres étaient lourdement et étrangement taxées. Chaque région avait ses propres impositions et les exemptions, souvent incompréhensibles, étaient légions. De surcroît, la réglementation malthusienne des corporations empêchait le décollage industriel, pourtant déjà à l'œuvre en Grande Bretagne.
De nos jours, l'automobile ayant remplacé le cheval et internet la malle-poste, c'est au niveau de l'Europe que taxations et législations économiques devraient être pensées. Localiser son patrimoine personnel en Belgique ou le bureau d'études d'une entreprise en France ne devrait pas permettre d'échapper à la nécessaire gabelle. A défaut d'harmonisation rapide des impôts, les élites politiques, économiques et culturelles de notre vieux continent pourraient connaître, un jour de colère, le sort de leurs prédécesseurs sous la Monarchie qui réformèrent trop peu et trop tard ...

Sans-culottiquement votre

Post Scriptum
Le sieur Gérard D. a peut-être choisi sa nouvelle résidence un peu vite, l'alcool est plus taxé en Belgique qu'en France ...

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Dans la même veine, lire aussi la chronique "Face au CAC, le SMIC prend une claque !"

- L'idée de calculer le revenu net annuel du sieur Gérard D. vient initialement du twittonaute @clumsy9. Régis (alias @rchbx sur Twitter), mon colbertiste préféré, m'a signalé le différentiel de taxation de l'alcool de part et d'autre de la frontière franco-belge. Merci à eux deux !

mardi 12 juin 2012

Grossièreté subventionnée et défiscalisée

Hier, 11 juin 2012, à Donetsk en Ukraine, lors du match France - Angleterre, le footballeur Samir Nasri a cru bon, à l'issue d'un but, de crier distinctement face à une caméra de télévision "ferme ta gueule !". Soucieux de ne pas discriminer les sourds et malentendants, ce dynamique sportif a aussi traduit sa déclaration en langue des signes.

Si, lors d'un salon professionnel, sur le stand de l'entreprise qui m'emploie, face à des ingénieurs conseils représentant des clients, il me venait l'idée saugrenue d'imiter le comportement du sieur Nasri, je serai licencié sur le champ.
Apparemment, les mœurs du football sont très différentes. Aujourd'hui Mr Blanc, supérieur hiérarchique direct du grossier buteur, n'y a publiquement rien trouvé à redire et a considéré qu'il s'agissait d'une affaire personnelle.

Le sieur Nasri est payé par son club de Manchester City 10.7 millions d'Euros par an, soit environ 813 SMIC.
Il faudrait 19 vies de travail à un ouvrier non qualifié pour égaler cette rémunération annuelle.
La parade du silence devant les caméras a duré environ 30 secondes, laps de temps durant lequel le compte en banque de son auteur a augmenté d'un Euro.

L'employeur momentané du sieur Nasri, la Fédération Française de Football, a perçu en 2011 une subvention de presque 3 millions d'Euros de l'état français, pourtant gravement déficitaire. Ce subside est en augmentation de 4% par rapport à 2010.

Travaillant et habitant en Angleterre, le sieur Nasri ne paie ni impôt ni cotisations sociales en France.

En résumé, chaque français débourse annuellement 5 centimes d'Euro pour qu'un jeune footballeur, totalement défiscalisé, puisse, avec l'assentiment de ses employeurs, proférer des grossièretés tout en arborant les couleurs nationales.
Incontestablement, le sport possède une immense valeur éducative.

Silencieusement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Les autres chroniques "déchiffrage"

- La rémunération astronomique de Samir Nasri par Manchester City est indiquée par de nombreux sites web dont cet article de Challenge

- Le montant de la subvention publique à la Fédération Française de Football est planqué à la note 14 de son rapport financier 2010 /2011 publié sur le site du Journal Officiel.
Fort heureusement, la loi impose à toute association recevant plus de 300 000 Euros de subvention de certifier ses comptes et de les publier au Journal Officiel. La FFF ne s'exécute que depuis la triste mésaventure sud-africaine de 2010.

- Articles Wikipedia sur Samir Nasri et sur le SMIC