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dimanche 28 octobre 2012

Le cyclisme sport stalinien

La révolution passera par le vélo, camarades !
Julos Beaucarne

Camarades, réjouissons-nous !

Depuis la tragique chute du Mur de Berlin, le souffle puissant du marxisme-léninisme était singulièrement asthmatique. Fort heureusement, la ventoline rouge est de retour !
Au cœur même de l'hydre capitaliste et au mépris des difficultés, une valeureuse avant-garde de travailleurs perpétue les méthodes de la glorieuse Union Soviétique.

Les cyclistes professionnels sont les véritables bolcheviques du vingt-et-unième siècle. Qui, mieux que Lance Armstrong peut symboliser le formidable effort du prolétaire soucieux de mettre sa force de travail au service d'objectifs le dépassant ?
A l'instar d'Alekseï Stakhanov qui, plusieurs fois, surpassa ses propres records de production charbonnière, le cycliste texan a avalé kilomètres et cols à l'allure d'une escadrille de MIG.
Les performances du mineur soviétique furent obtenues grâce au soutien résolu de ses camarades. Il en est de même de Lance Armstrong, épaulé dans sa réussite par des postiers américains et des contremaîtres belges soucieux de ne pas apparaître comme des laquais du grand patronat.
Le mineur soviétique du Donbass Alekseï Stakhanov, inventeur du stakhanovisme et inspirateur moral de Lance Armstrong.
Les dirigeants du cyclisme ne sont pas en reste dans cette course vers le communisme. Véritables fers de lance de la classe ouvrière, ils ne sont pas sans rappeler celui qui, même après sa mort, reste notre phare au milieu des ténèbres, le camarade Joseph Staline.
Ce dirigeant éclairé et lucide n'a pas hésité, afin de conserver sa pureté à notre glorieuse révolution bolchevique, à faire disparaître tous ceux qui osèrent trahir la cause de la patrie du socialisme. Il a su gommer de toutes les archives le nom et les images de ces traîtres odieux.
En décidant de laisser vides les palmarès de sept Tour de France, l'Union Cycliste Internationale remet enfin au gout du jour une efficace pratique stalinienne malencontreusement tombée en désuétude.
En mai 1920, après presque trois ans ininterrompus de victoires bolcheviques, Lénine est récompensé sur un podium moscovite par une ovation bien méritée, en présence, à sa gauche sur l'escalier, de ses coéquipiers Léon Trotski et Lev Kamenev coiffés de la casquette de leur sponsor (image du haut).
Trotski et Kamenev ayant honteusement trahi l'Union Soviétique après la mort de Lénine, Joseph Staline les fera avantageusement disparaître du podium afin de tourner définitivement la page du dopage trotskiste (image du bas).
Soviétiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Tour de France carnaval des transgressions"
- Article Wikipedia sur le mineur soviétique survitaminé Alekseï Stakhanov. La photo de Stakhanov provient de cet article.
- Page du site "l'Histoire par l'image" consacrée à "l'Histoire soumise à l'idéologie". Les photos, avant et après retouche stalinienne, de Vladimir Illitch Oulianov dit Lénine haranguant la foule depuis son podium à Moscou en 1920 figurent dans cet article.

lundi 2 juillet 2012

Bosnie, Bâmiyân, Tombouctou ...


Outre leurs cortèges terribles de morts et de blessés, les guerre civiles menées au nom d'un "isme" – national-isme, islam-isme, commun-isme – génèrent des viols à grande échelle et la destruction systématique du patrimoine religieux et culturel.
Depuis les années 1970, des brutes, à poil généralement long, ont rasé sanctuaires zoroastriens en Iran ; pagodes et musées au Cambodge ; églises, monastères, mosquées et synagogues dans l'ex-Yougoslavie ; Bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan et, depuis la semaine dernière, mausolées musulmans de Tombouctou.

Les tenants des "ismes" ont en commun de démontrer leur supériorité immanente en déniant toute humanité, voire même toute existence, à ceux qu'il se sont choisis comme adversaires.
Quoi de plus efficace qu'un viol pour déshumaniser ?
Quoi de plus spectaculaire qu'une profanation pour dévaloriser une foi ?

A court terme, cette barbarie traumatise et démoralise les malheureux qui se retrouvent sous le joug d'un "isme". Meurtres, emprisonnements, viols et destructions déstructurent une société et permettent sa sujétion.
Mais à plus longue échéance, cette violence acharnée contre les populations, leurs cultures et leurs religions est, paradoxalement, un ferment formidable d'espoir et de résistance.
En effet, les types – ce sont rarement des femmes – qui violent et saccagent pour défendre leurs idées prouvent que celles-ci sont sacrément faiblardes, sinon ils argumenteraient ! Dans la durée, c'est plus efficace et nettement moins éreintant.
L'immense force des démocraties – qui, jusqu'ici, ont surmonté tous les "ismes" – c'est de civiliser les conflits en institutionnalisant rhétorique et dialectique.
Si je suis convaincu que mes pensées sont excellentes et méritent d'être appliquées, je vais devoir les charpenter et les présenter de façon convaincante. Ceux que mes propositions hérisseraient, à leur tour, seront forcés de structurer une réfutation étayée.
Ce processus, malgré ses mutations génétiques et ses imperfections, est incroyablement sélectif. Seules les meilleures idées survivent !

Les bachi-bouzouks iconoclastes qui se sont emparés du Nord Mali croient défendre leur version de la religion en montrant au monde leur capacité à déglinguer de vieux murs en terre crue et à fouetter mères célibataires et buveurs d'alcool.
Les dommages qu'ils infligent aux habitants et au patrimoine sont irréparables mais leur triomphe durera moins longtemps que les mausolées qu'il mettent à bas.
Leur dénomination – Ansar Dine – ne doit rien à une foi ancestrale et respectable. Cette appellation provient du poisson qui lui est proche phonétiquement : des êtres sans têtes qui s'obligent vivre confinés dans un univers stérile et gluant par peur du grand large et de l'air libre ...

No pasaran !

Compléments
- Sur ce même thème des "ismes", de la barbarie et de la résistance, les chroniques "Bras croisés ou salut nazi ?" et "Barbus des ténèbres ou barbus du boson ?".