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samedi 23 janvier 2016

2 français sur 3 hors religion

​Le terrorisme et l'augmentation des migrants ont déchaîné en France un maelström de passions religieuses et anti-religieuses.
Désormais, bistrots, médias et politiques s'enflamment à propos d'islam, de laïcité, de catholicisme, d'identité et de judaïsme. Au point, je pense, de rendre jaloux bouddhistes et protestants.

Fidèle aux rites de ce blog, je vous propose d'examiner les croyances et incroyances hexagonales avec le regard distancié des statistiques.

Le pays de Voltaire, Pascal et Diderot

Les français, pris dans leur ensemble, ont un positionnement varié et équilibré vis à vis des religions.

Un tiers s'énonce non religieux, c'est à dire qu'il doute ou encore que la métaphysique ne l'intéresse pas.
Dans le même temps, un copieux tiers affirme être croyant et un petit tiers ne placer aucune foi en Dieu.

Proportions de français se déclarant religieux, non religieux ou athées

Le pays du petit père Combes

Toutefois, en rassemblant athées et non religieux, les fidèles apparaissent nettement minoritaires.
Les français qui dédaignent le Ciel sont presque deux fois plus nombreux que ceux qui s'y réfèrent.

Proportions de français se situant "hors religion" et de français religieux

Le pays de Charles de Gaulle, Abd al Malik et André Chamson

2 croyants sur 3 - soit 1 français sur 4 - sont catholiques.

L'islam, deuxième foi hexagonale, est clairement distancé avec environ 1 français sur 20, un peu plus d'un croyant sur 7.
Les tenants du catholicisme gallican sont 5 fois plus nombreux que les musulmans bleu-blanc-rouge.

Bien que la France soit la patrie de Jean Calvin, à peine 1 français sur 25 s'énonce protestant, un gros dixième des croyants.

Les autres confessions pèsent sensiblement autant que le protestantisme.
Parmi elles, le judaïsme - pourtant plus ancienne religion française avec plus de 2 000 ans de présence ininterrompue - n'atteint pas 1% de la population hexagonale, grosso modo 1 croyant sur 40.


Paysage religieux et spirituel français

Le pays de 2 traditions

L'histoire religieuse complexe, turbulente et ensanglantée de la France a créé deux fortes traditions structurantes.

D'une part, le catholicisme, autrefois religion d'état et longtemps dominateur, tient une solide seconde place sur le podium de la foi.

D'autre part, pour faire simple, les Lumières, la Révolution Française et les Républicains sont à l'origine d'un courant difficile à qualifier alliant athées, agnostiques, libre-penseurs et anti-cléricaux plus ou moins virulents.
Depuis les années 1960-1970, cette mouvance a décroché la médaille d'or et va, probablement, la conserver un très long moment.

Jointes l'une à l'autre, ces deux traditions françaises écrasent aujourd'hui la scène spirituelle avec l'adhésion de presque 9 français sur 10.

Les autres religions, même si certaines affichent de sympathiques taux de croissance, sont loin derrière.
Si musulmans sunnites et chiites, protestants de toutes dénominations, juifs, orthodoxes, bouddhistes, hindous et de nombreux autres que je n'ai pas la place de citer se réunissaient, ils n'atteindraient qu'un septième du collectif groupant libres-penseurs et catholiques.

Proportion de français d'une part "hors religion" ou catholiques et, d'autre part, adeptes d'une autre spiritualité.

Coexisto-diversement votre

Références et compléments
Cliquer sur les graphiques pour les agrandir.

Voir aussi sur des thèmes connexes les chroniques :
Brève présentation des personnalités citées :
  • Charles de Gaulle (1890 - 1970) n'a jamais dissimulé sa foi catholique. Toutefois, en bon laïque, il n'en a jamais fait de démonstration publique dans ses fonctions officielles
  • Emile Combes (1835 - 1921), surnommé le "petit père Combes", fut un homme politique emblématique du combat laïc et anticlérical aux alentours de 1900.
  • André Chamson (1900 - 1983) écrivain, conservateur de musée et résistant français.
    Protestant engagé, il prit plusieurs fois la parole lors de l'Assemblée annuelle du Désert dans les Cévennes.
    Un extrait d'un de ces discours fait partie des "10 citations contre le terrorisme et la barbarie".
  • Abd al Malik, alias Régis Fayette-Mikano, est un rappeur, compositeur, écrivain et réalisateur français né en 1975.
    Converti à la foi musulmane, initialement très proche des milieux tabligh, il revendique désormais, notamment dans son livre "Qu'Allah bénisse la France", une pratique soufie ainsi qu'un islam "des Lumières" compatible avec la laïcité française.
  • Les trois grands écrivains des XVIIème et XVIIIème siècles représentent la diversité spirituelle française.
    - Voltaire (1694 -1778) était un déiste non religieux à la pointe du combat pour le respect de toutes les croyances.
    Ce lien permet de télécharger le traité sur la tolérance de Voltaire, texte splendide, aisé à aborder et, hélas, toujours d'actualité.
    - Denis Diderot (1713 - 1784) s'affirmait athée.
    - Blaise Pascal (1623 - 1662) clamait son catholicisme tendance janséniste, nous dirions aujourd'hui rigoriste, voire intégriste.
  • Jean Calvinà ne pas confondre avec les jeans Calvin Klein - est né à Noyon en Picardie en 1509 et est mort à Genève en 1564.
    Ce théologien est, avec l'allemand Martin Luther, un des deux principaux instigateurs de la réforme protestante. Calvin transforma Genève en rigoriste république religieuse, un prototype du Téhéran des ayatollahs en quelque sorte.
    L'auteur s'enorgueillit toutefois d'avoir étudié au lycée pourtant public et laïc de Noyon, plaisamment baptisé, si j'ose dire, Calvin.
     
Les données proposées dans ce billet sont les mêmes, avec une autre présentation notamment graphique, que dans la chronique de janvier 2015 "Les musulmans en France combien de divisions ?".

Principales sources :
  • Deux sondages CSA & IFOP de 2013, intitulés chacun “le catholicisme en France”
  • Sondage WinGallup & REDC de 2012 “global index of religion and atheism” employé aussi dans la chronique "Les religions combien de divisions ? Statistiques de la foi"
  • Sondage IFOP de 2011 “les français et la croyance religieuse”
  • Sondage IFOP de 2009 “étude sur l'implantation et l'évolution de l'islam en France”
  • Sondage CSA de 2004 “les français et la religion”
Ces enquêtes ont des questions et des méthodes très disparates, difficiles à réconcilier. Aussi j'ai procédé avec la méthode dite "des manifestations" consistant à moyenner les chiffres des organisateurs et ceux de la police.

Ce nouveau billet statistique sur les religions et l'athéisme en France doit beaucoup à la twittonaute Bee / @ElisabethBelloc ainsi qu'aux échanges caféinés avec Jean. Un grand merci à tous les deux.

mercredi 21 janvier 2015

Les musulmans en France, combien de divisions ?

En France, les attentats ont rallumé le débat sur les religions et l'ethnicité.
Depuis le mitraillage à Charlie Hebdo, "musulman" est devenu un terme tendance dont on ne sait s'il représente les croyants ou les pratiquants de l'islam ou encore les personnes venues de pays à majorité musulmane, voire ceux dont un ancêtre, à un degré mal défini, aurait frayé dans ces lointaines contrées.

Je vous propose, conformément aux habitudes de ce blog, d'envisager ces questions avec le regard froid et dépassionné des statistiques et de vous laisser vous forger votre propre opinion.

L'impossible mesure du religieux

Déterminer les parts de marché des différentes religions dans un pays donné est une question délicate car la foi est de l'ordre de l'intime et nombreux sont ceux sans opinions et pratiques théologiques tranchées.
De surcroît, en France, légalement, la liberté de conscience est absolue et nul n'est tenu de proclamer sa bonne ou sa mauvaise foi.

Imaginons quelques instants un sociologue souhaitant s'enquérir de mes convictions religieuses.
Techniquement, je suis catholique car j'ai été baptisé et mon prénom figure toujours sur les registres ecclésiaux.
Toutefois, à l'exclusion de quelques mariages ou enterrements, je ne vais jamais à la messe.
Quant à mes connaissances des textes sacrés, de leurs commandements et de leur morale ainsi que mes croyances envers les divinités et l'au-delà, ce blog n'étant pas un confessionnal, vous n'en saurez rien et le sondeur non plus !
Histoire de brouiller les pistes, j'ai même déjà expérimenté le divin plaisir de me faire passer pour un adorateur de Satan auprès d'un intégriste devenu aussi effarouché qu'une première communiante.

Le même enquêteur est confronté à de plus grandes difficultés face aux personnes possiblement musulmanes. Les marqueurs statistiques les plus faciles à relever n'existent pas ou peu. L'islam ne comporte pas de sacrements et la prière à la mosquée, quoique recommandée, n'est en rien une obligation. De surcroît, à l'instar du protestantisme, le clergé n'a pas de structure définie et hiérarchique.
La mesure du bouddhisme ou de l'hindouisme n'est pas plus aisée.

Pas étonnant dans ces conditions que les rares sondages et enquêtes sociologiques sur les religions affichent des résultats encore plus flous et contradictoires que les enquêtes politiques.

Afin de surmonter cette difficulté et de complaire à mes fidèles lecteurs, j'ai procédé suivant la méthode dite du comptage des manifestants, consistant à moyenner et à comparer les chiffres de différentes provenances.

Quel est le poids du religieux en France ?

À la question directe "croyez-vous en Dieu ?", une grosse moitié des français interrogés répond oui et une petite non.
Bizarrement, dans cette enquête, l'institut de sondage n'a pas jugé utile de prévoir l'option “ne sais pas”, les agnostiques sont priés de ne plus douter.
Pourcentage de personnes résidant en France vis à vis de la croyance en Dieu

Lorsque le sujet est abordé de manière moins binaire, la population de notre bel Hexagone se répartit grosso modo en 3 tiers.
Un peu plus d'une personne sur 3 se déclare religieuse, 29% s'affirment athées et le tiers restant non religieux.
Cette statistique varie beaucoup avec l'âge. Plusieurs résultats concordants indiquent que pas loin de la moitié des moins de 30 ans s'affirment athées ou sans religion. Il semblerait que les clergés de tout poil aient un problème de positionnement stratégique.
Pourcentage de personnes résidant en France vis à vis de la religion

Tous comptes faits, la France compte environ 24 millions d'ouailles de toutes sensibilités qui s'affirment concernées par le religieux, de l’ordre d'une personne sur 3.
Dans le même temps, 42 millions d’hexagonaux se mettent hors religion.
Pourcentage de personnes religieuses ou hors religion résidant en France

Quel est le poids des religions en France ?

Parmi le tiers religieux, le catholicisme occupe, de très loin, au sommet du podium.
Sensiblement un quart des français - 17 millions de personnes soit 2 croyants sur 3 - y adhère avec une pratique minimale.
Toutefois la messe hebdomadaire n'est suivie que par quelques pourcents de la population, entre un sixième et un dixième des catholiques suivant les sources.

L'islam décroche la médaille d'argent, mais sans avoir participé à la course au titre.
En conservant le critère de croyance associée à une pratique minimale, 3% à 6% des résidents français s'affirment musulmans, soit environ un sur 20 à 25, approximativement 2.5 à 3 millions de personnes. Grosso modo, un croyant sur 8.
Une enquête, avec des gages raisonnables de sérieux, a montré que les personnes vivant en France issues de familles pratiquant la foi musulmane se répartissaient en trois groupes sensiblement égaux : des musulmans se disant croyants et pratiquants, des personnes s'identifiant comme musulmanes mais sans pratique religieuse et des personnes se déclarant sans religion.
À bien y regarder, des affirmations peu éloignées de celles des personnes élevées dans d'autres fois.

Toujours chez les personnes se déclarant religieuses, le protestantisme, en groupant toutes ses obédiences, concerne de l'ordre de 3 à 4 hexagonaux sur 100, c'est à dire de 2 à un petit 3 millions de croyants.
Le judaïsme ferme la marche autour d'un sur 100, voire moins, assez nettement en dessous de la barre symbolique du million.
À ces chiffres microscopiques, il convient d'adjoindre, pour faire bonne mesure, 2% à 3% d'autres religions aussi diverses que variées, environ 2 millions de personnes rétives aux leaders du marché du Ciel.
Pourcentage d'adhésion aux religions des personnes résidant en France

#JesuisCharlie c'est à dire athéico-agnostico-catholico-islamico-protestantico-judaïco-diversico-laïquement votre

Références et compléments
- Voir aussi :
- Voici la liste des différentes sources que j'ai employé. Ces enquêtes ont des questions et des méthodes très disparates, difficiles à réconcilier.
  • Sondages CSA & IFOP de 2013, tous deux intitulés “le catholicisme en France”
  • Sondage WinGallup & REDC de 2012 “global index of religion and atheism”
  • Sondage IFOP de 2011 “les français et la croyance religieuse”
  • Sondage IFOP de 2009 “étude sur l'implantation et l'évolution de l'islam en France”
  • Sondage CSA de 2004 “les français et la religion”

samedi 21 juin 2014

Mode d’emploi à l’usage des partisans de Mélenchon afin de passer pour des bêtes de sexe dans les sondages

Parmi les derniers sondages en date, une étude plaisamment baptisée “les français, la politique et le sexe” révèle, entre autres croustillances, que les supporters de Marine L. P. (je suis toujours affecté par ma crampe aux doigts) et de Jean-Luc Mélenchon copulent un tiers plus fréquemment que les partisans de François Bayrou ou de Cécile Duflot.

À partir de ces chiffres et de quelques autres, l'hebdomadaire ayant commandité l'enquête a réussi l'exploit littéraire de pondre cinq pages complètes d'analyses socio-sexo-politiques.

Plutôt que de commenter ces commentaires, Humeurs Mondialisées a infiltré un de ses nombreux journalistes pour qu'il assiste incognito à la fabrication du sondage.
Voici son reportage vérité.

— Allô

Bonjour monsieur.
Je travaille pour l'Institut BMC-SOFLOP qui réalise actuellement une enquête auprès des français.
Auriez-vous, s'il vous plaît, quelques minutes à m'accorder pour ce sondage d'opinion ?

[voix peu compréhensible en arrière-plan]

— Euh … Oui

Merci beaucoup. L'enquête comporte en tout six questions.
Première question, de quel parti politique estimez-vous être le plus proche ?
1) Front National 
2) UMP 
3) UDI - Modem 
4) PS
5) Europe Écologie Les Verts
6) Front de Gauche - Parti Communiste
7) Nouveau Parti Anticapitaliste
8) Vous ne savez pas

[en arrière-plan] Chéri, tu sais combien il nous reste d'œufs dans le frigo ?

— Euh … 6 …

Merci beaucoup.
Seconde question, au total, au cours de votre vie, avec combien de personnes différentes avez-vous eu des rapports sexuels ?
1) Aucune
2) Une
3) Deux à trois
4) Quatre à cinq
5) Six à neuf
6) Dix et plus
7) Vous ne savez pas

[en arrière-plan] Et combien il nous reste de bouteilles de jus d'orange ?

— Euh … 6 aussi …

Merci beaucoup.
Troisième question, pouvez-vous indiquer combien, approximativement, vous avez eu de rapports sexuels au cours des quatre dernières semaines ?
1) Aucun
2) Moins de un par semaine
3) De un à moins de deux par semaine
4) De deux à trois par semaine
5) De quatre à cinq par semaine
6) Plus de cinq par semaine
7) Vous ne savez pas

[en arrière-plan] Et des boîtes de céréales pour les enfants ?

— Euh … encore 6 aussi …

Merci beaucoup.
Quatrième question, il y en a six en tout. Actuellement, vous définissez-vous comme ... ?
1) Hétérosexuel
2) Bisexuel
3) Homosexuel
4) Aucun des 3 précédents
5) Vous ne savez pas

[en arrière-plan] Et des paquets de biscuits pour le goûter ?

— Euh … 2 je crois …

Merci beaucoup.
Cinquième et avant-dernière question. Êtes-vous satisfait de votre vie sexuelle actuelle ?
1) Très satisfait
2) Assez satisfait
3) Peu satisfait
4) Pas satisfait du tout
5) Vous ne savez pas

[en arrière-plan] Tu pourrais pas venir ? Qu'est-ce que tu fabriques ?

— Hein !?!

Merci beaucoup.
Sixième et dernière question. Avez-vous déjà eu des rapports sexuels avec un ou une prostitué(e) ?
1) Oui
2) Non
3) Vous ne savez pas

[en arrière-plan] Mais enfin ! Tu viens oui ou non ? Tu parles à qui d’ailleurs ?

— Hein !?!

Au nom de l’Institut BMC-SOFLOP je vous remercie pour le temps que vous m’avez accordé et vous souhaite une excellente soirée en famille.

Sondagiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique “Quand sondage rime avec bidonnage”
- Les questions sont plus que très fortement inspirées de celles posées dans le sondage “les français, la politique et le sexe / pratiques sexuelles des français” réalisé par IFOP pour l'hebdomadaire Marianne le 23 mai 2014.
   

mardi 29 octobre 2013

L'impopularité de François Hollande n'est pas arithmétiquement aussi forte qu'on veut bien le dire

Le 6 mai 2012, 18 000 668 électeurs, pas un de plus, pas un de moins, donnaient leur vote à François Hollande qui devenait par la même occasion le 24ème président de la république française.

Près de 18 mois plus tard, rien ne semble plus aller pour notre magistrat suprême.
À en croire gazettes et politologues, l'impopularité de l'ancien maire de Tulle crèverait tous les plafonds. Mister Flamby aurait même dépassé dans le rejet ses prédécesseurs Mitterrand, Chirac et Sarkozy qui, pourtant, avaient su placer la barre à très haut niveau.

Pourtant les chiffres, comme souvent, méritent d'être examinés avec attention.

Si François Hollande a remporté la dernière élection présidentielle avec 51% des suffrages, il convient de noter que seuls 75% des électeurs inscrits ont alors jugé utile de se déplacer et de déposer un bulletin valide dans l'urne.
Ainsi en mai 2012, seulement 39 français sur 100, et non pas la moitié plus epsilon, avaient une bonne opinion du leader socialiste.
Les 61 restants soit préféraient le challenger, soit n'avaient guère de point de vue.

Cette semaine, l'institut de sondages BVA annonce que 26 français sur 100 ont une "bonne ou très bonne opinion" de l'actuel locataire de l'Élysée.
En supposant que cette valeur soit fiable - ce qui reste à démontrer - la chute est spectaculaire mais pas catastrophique.
Passer de 39 à 26 personnes sur 100 qui vous soutiennent signifie qu'une sur trois a changé défavorablement d'avis en un an et demi. Les deux tiers des soutiens présidentiels restent, pour le moment, fidèles au poste contre vents et marées.

Ce mauvais score est certes très ennuyeux pour remporter des élections, notamment les prochaines municipales du printemps.
Toutefois, il n'a pas pour conséquence que le pouvoir en place soit subitement devenu illégitime ou que sa politique doive être en bloc et sine die mise au rencart.

La démocratie a ses délais que des sondages et, surtout, leur interprétation hâtive ne sauraient bousculer sans prendre le risque d'une dérive populiste voire autoritaire.

Arithmético-républicainement votre.

Références et compléments
- Sur la validité des enquêtes d'opinion, voir la chronique "quand sondage rime avec bidonnage"
- Sondage BVA "Observatoire de la politique nationale" publié le 28 octobre 2013
  

dimanche 27 janvier 2013

Quand sondage rime avec bidonnage

Hier, samedi 26 janvier, à mon réveil, la presse radiophonique hexagonale rapportait qu'un sondage réalisé par IFOP pour le site Atlantico indique que 63% des français sont favorables au mariage homosexuel et 49% à l'adoption par les couples de même sexe.
Les commentaires revêtaient la même tonalité : l'opinion publique tricolore penche de plus en plus vers le mariage dit "pour tous".

Sur un strict plan scientifique, il n'en est pourtant rien. Ce sondage et ses interprétations, à l'instar de la plupart de ceux traitant d'autres sujets, recèlent un triple biais méthodologique.

Tout d'abord, les résultats ne comportent que quatre catégories en face des questions posées : "oui tout à fait, oui plutôt, non plutôt pas, non pas du tout". Aucune indécision n’apparaît.
D'après IFOP, tous les français, sans exception, auraient un avis net sur le régime matrimonial des gays ! Comment y croire ?
Le sondage ne retranscrit que les réponses des personnes ayant une opinion arrêtée.

L'enquête a été réalisée à l'aide d'un "questionnaire auto-administré en ligne (CAWI - Computer Assisted Web Interviewing)". Pour le dire en langage de tous les jours, 1026 personnes ont coché un formulaire sur internet.
Or, en France, sensiblement 70% des foyers ont un accès au web. Le tiers non connecté des français n'est pas appelé à fournir son opinion.
De surcroît, interroger des personnes en ligne est plus difficile que par téléphone ou porte à porte. Il est toujours malaisé de dire non à une personne qui vous sollicite de vive voix. A l'inverse, mettre un mail à la corbeille est presque jouissif, parfois même le filtre anti-spam le fait à votre place. Pour contourner cet obstacle, les sondeurs proposent des primes aux répondants à leurs enquêtes, généralement sous forme de cadeaux par tirage au sort.
Pour résumer, IFOP nous apprend que 63% des français dotés d'un accès internet et d'une position tranchée qui acceptent de perdre de leur temps pour participer à une loterie ont cliqué en faveur du mariage homosexuel.

Début janvier, ces improbables sondés homophiles, dans une autre enquête du même institut pour Pèlerin Magazine, n'étaient que 60%. Ces deux résultats successifs ne traduisent aucun mouvement d'opinion mais la marge d'erreur statistique des méthodes d'échantillonnage.
Interroger 1000 personnes pour représenter une collectivité d'environ 45 millions d'adultes conduit à une précision de grosso modo 3%. C'est à dire que le résultat annoncé à 63% possède 95 chances sur 100 d'être situé entre 60% et 66% et aussi 5 chances sur 100 d'être au delà de ces deux valeurs.

Pour conclure, le blog Humeurs Mondialisées est heureux de vous annoncer, avec une méticulosité valant largement celle d'IFOP, que de nombreux français approuvent le mariage homosexuel quand d'autres s'y opposent, voire s'en moquent comme de leur premier sondage.

Statistiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi autour de thèmes liés de près ou de loin au mariage homosexuel, les chroniques "Mariage pour beaucoup ou pour quelques uns ?" et "Union nationale pour tous".
- Les deux sondages cités :
. 26 janvier 2013 : sondage IFOP pour Atlantico "63% des français favorables au mariage homosexuel, 49% à l’adoption - Légère remontée de l'opinion sur le sujet".
. début janvier 2013 : sondage IFOP pour Pèlerin Magazine "les français et le mariage homosexuel".
   

mardi 17 avril 2012

Cyclisme politique

Les analyses de la dernière vague de sondages à propos de l'élection présidentielle française mettent en avant la grande proportion d'indécis qui pourrait bien changer les qualifiés pour le second tour.

En réalité, les commentateurs politiques ont une tâche aussi ardue que leurs confrères sportifs.
Lorsqu'un match est plié, il faut à tout prix conserver les téléspectateurs jusqu'à la fin pour éviter de doper les audiences de la concurrence. Si le suspens disparait, il faut le récréer à tout prix.
Ainsi lors du dernier Paris - Roubaix, pendant une heure, France 2 a expliqué que Tom Boonen, pourtant seul en tête avec une belle avance, pouvait fort bien perdre la course voire, sait-on jamais, renoncer au cyclisme.

Et bien, cette année, le premier tour de la présidentielle ressemble à l'Enfer du Nord : les jeux sont faits ! Nicolas Sarkozy et François Hollande iront en finale.

Actuellement les sondages indiquent :
- Sarkozy et Hollande largement échappés avec environ 25%,
- Mélenchon et M. L. P. (je n'arrive pas à écrire son nom) en "chasse patate" vers 15%,
- Bayrou décroché à 10%,
- un peloton de cinq lâchés juste devant la voiture balai,
- un tiers des électeurs toujours non décidés.

Les ondoyants et les versatiles ne peuvent modifier l'issue du scrutin que si leur comportement est radicalement différent de celui des français déjà fixés sur leur choix.
Pour qu'un des deux candidats leader finisse, dimanche prochain, à 20%, il faudrait qu'il n'obtienne que 10% - deux fois et demi moins - chez les indécis.
De même, un des deux challengers à 15% n'atteindrait les mêmes 20% qu'en bondissant à 30% chez les indéterminés, deux fois leur performance actuelle.

Alors, certes, nous ne savons pas encore si l'étape du 22 avril sera gagnée au sprint par Nico ou Fanfan, ni qui de Jean-Luc ou de M. recevra le maillot à pois comme lot de consolation, mais nous devons nous faire une raison : le prochain président sera une fois de plus un mâle issu des rangs du PS ou de l'UMP.

Cycliquement votre

Références et compléments
- Merci à Laurent qui m'a donné l'idée de disserter sur les pronostics politiques