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lundi 30 janvier 2017

samedi 26 octobre 2013

Nos données personnelles sont une mine d'or pour les géants de l'internet

Régulièrement, experts et médias, relayant le lobby de la presse papier et des éditeurs, s'émeuvent que les services gratuits disponibles sur internet transforment chacun d'entre nous en produit.
Nos données personnelles collectées par ces sites web seraient une mine d'or avec laquelle Bill Gates, Larry Page, Marc Zuckerberg et quelques autres magnats du web feraient un beurre bien crémeux.
Fidèle à la tradition de ce blog et soucieux de vous laisser juger sur pièces, je me suis livré à un petit test.

Une grande partie de ma vie numérique est hébergée par Google.
J'utilise les applications de la firme de Mountain View pour, entre autres, effectuer des recherches sur le web, lire et expédier mes mails personnels, regarder des vidéos, stocker et partager mes photos et même pour publier ces Humeurs Mondialisées.
Google possède donc une masse considérable d'informations sur ma petite personne. À en croire les gazettes, celles-ci sont revendues à des annonceurs qui les utilisent pour ajuster leurs messages promotionnels à mes goûts et attentes.

Afin de vérifier l'efficacité de ce dispositif, j'ai observé attentivement les publicités que Google affiche dans son service de courrier électronique après que ses automates aient analysé le contenu des messages que je reçois.
Voici les résultats.

Un hôtel d'Amsterdam me confirme la réservation que j'ai effectué.
Google m'incite à envisager un séjour dans un "Hôtel Saint-Tropez". J'ignorais jusqu'alors qu'on trouvait sur les rivages méditerranéens les mêmes types de végétaux fumables et de vitrines qu'à proximité des polders.

Leanpub, l'éditeur en ligne qui a publié mon dernier livre Humeurs Économiques, m'adresse sa lettre d'informations.
Google pense que je devrais changer de forfait téléphonique "dès 2.99 €/mois".

Mon fils, actuellement étudiant à l'étranger, me donne de ses nouvelles.
Google me pousse à comparer les tarifs des mutuelles.

Un des mes "amis" de Facebook et ci-devant producteur de musique "m'invite" à payer ma place au prochain concert qu'il organise.
Google estime que je ferais mieux de me plonger dans le "Magazine Apnea, tout sur l'apnée et la pêche sous-marine".

Mon syndicat préféré envoie son dernier tract sur la situation sociale dans l'entreprise où je travaille.
Google conjecture que "8 heures pour tout savoir sur le trading" me sont nécessaires.

Un site de généalogie en ligne suspecte m'avoir dégotté de nouveaux ancêtres.
Google m'encourage à me rendre illico au "Salon Baby à Grenoble" pour "profiter des Conseils, ateliers, échantillons".
J'ai, une fois n'est pas coutume, cliqué sur le lien conseillé. Il s'agit d'une publicité mensongère. Dans le programme détaillé, il n'est absolument pas question de distribuer des échantillons d'enfants aux visiteurs.

Ma dernière tête de turc en date, le club de rugby grenoblois FCG, m'incite à venir remplir dare dare ses caisses percées.
Google est persuadé que je ferais mieux de me rendre au Brésil l'été prochain à l'occasion de la Coupe du Monde de Football grâce à des "Packs Exclusifs".

L'université où je donne quelques cours m'informe d'un changement d'emploi du temps.
Google me suggère un "Loueur Meublé" et de "récupérer jusqu'à 19.6% de la TVA", soit sensiblement 3.8%.

La société d'autoroutes qui dessert le Dauphiné aimerait augmenter son chiffre d'affaire via son badge de télépéage en me poussant à aller visiter une exposition en Ardèche.
Google, obstinément, insiste au sujet de la location meublée.

L'excellent site meteo-grenoble.com m'expédie son bulletin quotidien de prévision et annonce 23°C cet après-midi.
Google, au mieux de sa forme, persiste à vouloir me refourguer un meublé.

Twitter me signale qu'un de mes gazouillis a été repris par d'autres twittonautes.
Google, dont le magasin digital semble fort peu achalandé, s'acharne à me jeter dans les bras de son "Loueur Meublé".

Ma fille, présentement en déplacement, me demande des nouvelles sur la crise politique et sécuritaire qui secoue la Tunisie.
Google, tel Toinette dans le Malade Imaginaire, s'exclame une fois de plus "Loueur Meublé" !
Finalement, face à tant de sollicitations si soigneusement ciblées, je vais me décider à signer un bail pour une ou deux cages à lapins dûment équipées.
Rached Ghannouchi, Ali Larayedh et leurs consorts d'Ennadha pourront venir y trouver un asile que les tunisiens ont bien mérité !

Personnellement votre

Références et compléments (euphémismes pour auto-publicité)
- Les chroniques "Rugby opaque et dans le rouge à Grenoble" et "le Malade Twimaginaire"
- Mon nouveau livre "Humeurs Économiques - Déchiffrer nos mutations"
Mes chroniques sur la Tunisie
- Test réalisé dans la matinée du samedi 26 octobre 2013 avec des courriels que j'ai reçu via le service Gmail. Les citations entre guillemets sont strictement authentiques, y compris l'excès de majuscules qui fait ressembler la graphie de Molière à celle de Goethe.
   

mardi 15 octobre 2013

Rugby opaque et dans le rouge à Grenoble

En France, les collectivités dites locales - communes, métropoles, départements et région - sont des acteurs incontournables de l'emploi, des déficits publics et de la fiscalité.
Pourtant, opacité, gestion hasardeuse et clientélisme y règnent en maîtres, beaucoup plus qu'au sommet de l'état, paradoxalement plus surveillé et mieux administré.

A titre d'illustration et à la demande involontaire de plusieurs twittonautes, je vous propose de revenir sur le cas du rugby professionnel à Grenoble. La situation y est, à première vue, similaire à celle d'autres agglomérations possédant une équipe de sport professionnel de haut niveau.

Avant de développer, je tiens à préciser que je ne nourris aucune ire particulière à l'encontre du jeu à XV. Bien au contraire, j'apprécie ce sport que je regarde régulièrement et je me rends 2 à 3 fois l'an à des matchs du FCG.

Le club de rugby grenoblois est une société privée, dûment immatriculée depuis août 2006. Cette entreprise de spectacle n'est guère florissante et reste durablement dans le rouge.
Son chiffre d'affaire 2011-2012 a été d'un peu plus de 9 millions d'Euros, 14 € de recettes par habitant de l'agglomération dauphinoise.
Les dépenses ayant dépassé les rentrées, en fin d'exercice, le FCG a accumulé une perte annuelle de 350 000 €, 4% du chiffre d'affaire.
Les saisons précédentes, avec une équipe alors en division 2, les pertes oscillaient entre 3% et 10%.

Cette mauvaise santé récurrente confère un bilan très fragile à l'entreprise.
Les dettes atteignent presque 5 fois les capitaux propres, de quoi faire frémir tout prêteur normalement constitué.
Par voie de conséquence, les actionnaires du club - dont la liste est introuvable sur le web - remettent tous les ans plusieurs centaines de milliers d'euros au pot pour maintenir la société à flot.
Que ce mystérieux groupe de donateurs rugbyphiles et philanthropes cesse, ne serait-ce qu'une saison, de cracher au bassinet et le fragile édifice financier s'écroule comme un château de cartes.
De même, une descente en seconde division, dont les rugbymen grenoblois étaient encore pensionnaire il y a 18 mois et qui a arithmétiquement 1 chance sur 7 de se produire, serait probablement fatale au club dans sa structure actuelle.

Malgré cette indéniable fragilité, le FCG envisagerait d'emprunter autour de 6 millions d'euros, 10 fois ses capitaux propres, pour construire de nouvelles tribunes dans le stade Lesdiguières où il joue habituellement.
Il semblerait même que des banques aient accepté d'avancer l'argent et que des montages immobiliers alambiqués permettraient de financer une partie de cette rénovation.
Malheureusement, je n'ai rien trouvé en ligne de probant et factuel sur ce thème.

Opacité et précarité de la situation financière du FCG n'impressionnent pas les élus de la ville de Grenoble et de la communauté d'agglomération plaisamment baptisée "Métro". Ils injectent massivement et régulièrement des fonds publics dans le club.
Le montants exact de nos impôts engloutis dans les cadrages-débordements est réparti - oserai-je dire, camouflé - en de multiples opérations.
La plupart sont noyées dans un verbiage et un classement administratif que la regrettée URSS n'aurait pas désavoué. Plusieurs même sont absentes d'internet, comme les contributions de la "Métro" et les comptes du FCG.
En 2013, il est encore possible de disperser ou de disposer de l'argent des contribuables sans rendre de comptes sur la toile !

Tentons toutefois d'établir un ordre de grandeur du soutien public au rugby professionnel privé grenoblois.

La mairie de Grenoble verse sensiblement 500 000 € de subvention, non au club directement mais à "l'association FCG", officiellement sans but lucratif. Dans d'autres domaines, un tel montage serait qualifié de structure de blanchiment.
Faute de chiffres disponibles en ligne, et en se basant sur la taille des logos publicitaires sur le site du FCG, on peut présumer que la "Métro" octroie un montant similaire au club.

A cela, il faut ajouter la location du stade Lesdiguières.
La municipalité grenobloise s'apprête à accorder un bail emphytéotique de 25 ans d'une générosité absolue puisque le loyer s'élèvera, pour un stade de plus de 10 000 places et ses parages, à un peu plus de 6 000 € mensuels, sans même une clause de révision. Les locataires parmi les lecteurs de ce blog apprécieront.
On peut raisonnablement supposer qu'il manque au moins un zéro au montant de la location. La collectivité fait cadeau d'environ 700 000 € annuels supplémentaires au rugby rouge et bleu, 1 € par habitant.

La facture totale avoisine, en toute opacité, 1.7 millions d'euros par an, 2.6 € par personne résidant dans l'agglomération de Grenoble. Grosso modo, autour d'un cinquième du chiffre d'affaire de l'entreprise privée FCG est assuré par le contribuable dauphinois.

Pour que le tableau soit complet, il faut y adjoindre le coût exorbitant de l'autre enceinte sportive grenobloise - le très récent et très onéreux stade des Alpes - rarement rempli et hébergeant une équipe de football de division 4.
Apparemment - là encore les chiffres étayés manquent - la "Métro" verserait au concessionnaire au moins 1 million d'euros annuels, presque 3 € par contribuable "métropololitain".

Pour faire bonne mesure, il faut toutefois reconnaître que cet argent public crée des emplois, 54 durant la dernière saison pour être précis.
Une rapide division nous indique que chacun de ces jobs, du stadier au pilier, requiert  plus de 50 000 € annuels, 5 SMIC, ponctionnés sur nos impôts.

En conclusion, je suis presque certain que le sport professionnel n'est pas un cas isolé. Je pourrais, hélas, écrire la même chronique mettant en avant la même opacité et la même inefficacité crasse des fonds publics à la fois sur les grands travaux, sur l'urbanisme et sur l'action culturelle.

Rugbystico-contribuablement votre

Références et compléments
- Voir aussi ma précédente chronique "Merci aux élus locaux et à l'équipe de rugby de Grenoble"

- Mes remerciements les plus vifs au Réseau Citoyen de Grenoble qui a recueilli et fourni la documentation ayant servi à la rédaction de cette chronique. Cette association contribue à limiter l'opacité dont nos élus locaux aimeraient s'entourer pour clientéliser en paix.
J'encourage vivement la visite de son site web 2014grenoble.fr.
Le billet "Grenoble a-t-elle besoin d'un nouveau stade prestigieux ?" y détaille le montage complexe et opaque de la rénovation du stade Lesdiguières.

- Ma gratitude va aussi aux twittonautes - ils se reconnaîtront - qui ont défendu, dans un débat passionné en ligne, leurs clubs de football et de rugby favoris. Sans eux, je n'aurais pas repris la plume, pardon le clavier, sur ce thème.

- Sources (et même absence de sources) :
. Site web du club de rugby grenoblois FCG
. Sites web de la Métro et de la mairie de Grenoble
. Données sur la SASP FC GRENOBLE RUGBY (FCG RUGBY) sur le site societe.com. Les chiffres trouvés sur ce site ont été arrondis pour faciliter la compréhension.
. Les données démographiques proviennent de Wikipedia.

- Comme à chaque fois que j'alpague des politiques sur ce blog, je rappelle que ces colonnes leur sont ouvertes pour un droit de réponse. J'invite, notamment, les élus de la Métro à communiquer clairement et totalement les montants alloués au FCG.
De même, si par extraordinaire, le FCG souhaitait publier ses états financiers complets et détaillés, je me ferai un devoir de les reproduire.

mercredi 4 septembre 2013

Merci aux élus locaux et à l'équipe de rugby de Grenoble

Depuis dimanche dernier, comme la plupart des habitants de l'agglomération de Grenoble, je suis à la fois heureux et exaspéré.
Malgré la rentrée scolaire, la capitale du Dauphiné croule littéralement sous les visiteurs. Hôtels et restaurants sont complets, les délais d'attente pour accéder au musée ou au téléphérique de la Bastille dépassent deux heures. Rocade et boulevards sont embouteillés encore plus que de coutume et la gare est quasi-inaccessible.
Plus étonnant, la chambre de commerce et les différentes institutions de recherche ont, dans l'urgence, embauché des standardistes et du personnel d'accueil pour faire face à l'afflux de demandes de renseignements professionnels et de projets d'implantations dans la région.
Cela augure d'une activité économique soutenue dans mon bassin d'emploi préféré mais rend le quotidien pénible, les déplacements et l'accès aux commerces étant devenu très difficiles.

La cause de cette affluence massive dans l'Y grenoblois est une campagne de communication très efficace menée par les élus de la communauté d'agglomération, plaisamment baptisée Métro.
L'audacieux président métropolitain, entouré de ses 20 vice-présidents, de ses 12 conseillers délégués et des 42 conseillers communautaires ordinaires, a eu la riche idée d'utiliser les deniers publics qu'il gère pour parrainer le match de rugby Grenoble-Toulon du 31 août.
Le slogan imaginé pour cette occasion était particulièrement percutant "avancer ensemble pour gagner ensemble".
Cette sentence indépassable, couplée au logo ornithologique emblème officiel de l'agglomération dauphinoise, a été affichée régulièrement au cours durant la rencontre.


L'effet a été immédiat. L'immense cohorte de téléspectateurs de la chaîne payante qui retransmettait l’événement, éblouie par tant de hardiesse communicante et d'esthétique d'avant-garde, n'a eu de cesse, une fois le match remporté par l'équipe iséroise, de se précipiter dans la ville de Lesdiguières, pour tourisme, affaires et plus si affinités.

Perpétuellement soucieux du développement économique de ma région, je tiens à remercier ses élus pour leur vision, leur hardiesse et leur efficacité.
En cette période de l'année où les feuilles d'impôts se succèdent à rythme soutenu, je constate avec plaisir et satisfaction qu'au moins mes taxes d'habitation et foncières ne sont pas dépensées en pure perte au sein d'une bureaucratie grisâtre mais investies au service d'une véritable stratégie de soutien à l'activité locale.

Bien sur, cette ardeur de la Métro a aussi pour conséquences quelques menus travers qu'il serait injuste de ne pas tolérer. Toute omelette nécessite le bris de quelques œufs.

Totalement engagés au service du bien commun, les 75 dirigeants et les 850 employés de la communauté de communes n'ont guère de temps disponible pour mettre à jour leur site web.
Ainsi le budget de près de 350 millions d'euros, grosso modo 900 € annuels par grenoblois, y est expédié en 8 petites lignes dans lesquelles la communication et le sponsoring n'apparaissent pas. Cela n'a guère d'importance vu le succès incroyable de ces démarches.

De même, je comprends que le FCG, club de rugby grenoblois, soit soucieux de ne pas mettre ses parrains en porte-faux avec des pages internet plus informatives que celles de la Métro. Aussi, bien que recevant de l'argent public, prudemment, il se garde bien de publier le moindre état financier.

J'approuve aussi qu'édiles et dirigeants sportifs, dans un souci de rayonnement de Grenoble, entretiennent imperturbablement deux grands stades afin que les fiers rugbymen rouges et bleus ne prennent pas le risque de marcher sur les pieds de l'équipe de football pensionnaire de division 4.

Pour conclure, j'espère, un peu égoïstement, que la Métro, sur sa lancée, ne répétera pas la même opération de promotion avec les équipes de volley-ball ou de badminton de Meylan et des autres communes de banlieue.
L'affluence dans l'agglomération risquerait de continuer à croître, ce qui me forcerait à coucher au boulot pour éviter la thrombose de la rocade.

Fiscalo-rugbystiquement votre

Références et compléments
Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Une excellente vidéo d'une conférence du Réseau Citoyen de Grenoble décortiquait en 2013 les subventions de la municipalité de Grenoble (et non pas de la Métro). Le sport professionnel arrivait en tête, le ruban bleu revenant au GF38 club de football de division 4 dont les maillots de joueurs devait être recouverts de platine rhodié.

- J'ai reçu l'image présentée dans cette chronique le 30 août 2013 dans un mail promotionnel envoyé par le FCG qui m'incitait à acheter une place pour la rencontre Grenoble-Toulon en mettant bizarrement en avant le sponsoring de la Métro.

- Site web de la Métro, communauté d'agglomération Grenoble-Alpes Métropole, avec sa description budgétaire très sommaire et la présentation de sa gouvernance qui fait pâlir d'envie les forces armées du Mexique.

- Site web du FCG Grenoble Rugby, dans lequel je n'ai pas réussi à dégoter un quelconque élément financier.
Fort heureusement, le soutien fiscal aux rugbymen grenoblois leur a au moins permis de battre les champions d'Europe toulonnais 28 à 26.

- Comme à chaque fois que j'alpague des politiques sur ce blog, je rappelle que ces colonnes leur sont ouvertes pour un droit de réponse.
De même, si par extraordinaire, le FCG souhaitait publier ses états financiers, je me ferai un devoir de les reproduire.