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dimanche 28 août 2016

On se fait plus de blé dans l’immobilier que dans le blé

La France agricole n’en finit plus de convulser.
À chaque trimestre sa crise. Dernier épisode en date, le bras de fer entre les producteurs de lait et la multinationale Lactalis dans le nord-ouest.

La fibre paysanne étant encore vivace, les petits fermiers bénéficient de la bienveillance des urbains qui, pourtant, s'ingénient à les couler.

Retour distancié et chiffré sur un thème passionnel.

Nous vivons toujours plus nombreux dans les champs

La population française a augmenté de deux tiers entre la fin de seconde guerre mondiale et aujourd’hui. Nous sommes 25 millions de plus qu’au moment du débarquement.

Cette croissance, ainsi que la réduction de la taille des familles, a nécessité la construction de nombreux logements.
L’essentiel de cette urbanisation toujours vivace - maisons individuelles mais aussi immeubles - s’est faite en périphérie des villes et bourgades sur des terrains jusqu’alors cultivés.

L’auteur de ces lignes ne fait pas exception en la matière. J'habite un quartier de la banlieue de Grenoble qui était entièrement agricole 25 ans en arrière.

Lotissement récent à Meylan près de Grenoble.
Sur la droite du cliché, les dernières cultures du quartier.

Céder son outil de travail plus rentable que de trimer

Même avec la forte pression urbaine, les agriculteurs vendent leurs champs plus par intérêt économique que pour faire plaisir à leurs concitoyens en mal de logement.

Les terres cultivables s'échangent actuellement en Isère autour de 0.7 €/m2, avec des minimas pouvant descendre à 0.1 €/m2 et des maximas vers 1.5 €/m2.

Un mètre carré planté en blé fournit, bon an mal an, 750 grammes de céréales, soit, au cours moyen, de l'ordre de 15 centimes d'euros.
Grosso modo, les champs valent quelques années de moisson.
En dehors de la viticulture, de l'horticulture et de la floriculture, toutes les productions agricoles ont des rendements économiques similaires.

À l'autre bout de l'échelle, dans la même région, les terrains constructibles pour des habitations se négocient en moyenne à 120 €/m2, avec des pointes à 200 €/m2, voire même 700 €/m2, dans les zones recherchées des vallées proches de Grenoble.

Le paysan qui vend un terrain pour le transformer en lotissement réalise donc une plus value entre 15 000% et 100 000%.
Lors de la signature chez le notaire, il engrange d'un coup entre 8 et 30 siècles de récoltes.

Ancienne ferme à Meylan.
À droite de l'image, à l'arrière plan, des immeubles de moins de 10 ans.

Notre logement avant notre assiette

Choix personnels, contraintes professionnelles, pesanteurs sociales et imperfections récurrentes du marché immobilier se conjuguent pour nous faire dépenser beaucoup pour notre habitation, son équipement et son entretien.
Un quart de nos sous va à notre sweet home.

De même, éducation, médias et télécommunications ainsi que loisirs en tous genres s'accaparent un cinquième de notre budget.

Même si la bonne chère tient une place de choix dans nos conversations, en pratique notre nourriture est devenue une portion congrue de notre portefeuille, un gros huitième de ce qu'il en sort chaque mois.
Ces montants réduits sont utilisés surtout pour acheter des aliments transformés et assez peu de productions agricoles de base.
Je vous laisse imaginer ce qu'il peut en être dans les pays ne nourissant pas la passion française pour la bouffe et la boisson.

Répartition de la consommation des ménages français en 2015

Le sort des paysans est dans des mains tenant des smartphones et des clefs de maison

Les conséquences pour l'agriculture de ces myriades d'arbitrages individuels sont dramatiques : pression à la baisse sur les prix des denrées et envolée du cours des terrains s'ils cessent d'être cultivés.

Seul un changement significatif et durable de nos habitudes personnelles de consommation permettrait de donner structurellement de l'oxygène au monde paysan.
Au delà de notre sympathie campagnarde de façade, sommes-nous prêts à dépenser moins pour notre gîte et plus pour notre couvert ?
À diminuer nos usages d'écrans ?
À lever le pied sur nos loisirs ?

Si - comme je le pratique - notre réponse collective est majoritairement non, alors nous devons cesser de nous lamenter sur les crises agricoles à répétition dont nous sommes les principaux responsables.

Arbi-tragiquement votre

Références et compléments
Voir aussi les chroniques :
- Cochonou vs éleveurs : dans le cochon tout est bon mais tout n’a pas la même valeur
- J'ai tué la librairie Arthaud de Grenoble

Je remercie les participants, qui se reconnaitront, à une récente discussion enflammée sur l'actuelle crise du lait entre paysans et Lactalis. Ce billet est directement issu de cet échange agité.

Outre les toujours très achalandés Wikipedia et INSEE, les chiffres annoncées dans cette chronique proviennent aussi des sites terrain-construction.com, leparticulier.fr et finances.net.
Pour mieux dégager les tendances, j'ai agrégé en 7 rubriques seulement les chiffres de consommation très détaillés fournis par l'INSEE.

mercredi 29 juillet 2015

Cochonou vs éleveurs : dans le cochon tout est bon mais tout n’a pas la même valeur

Ces dernières semaines, en France, les manifestations chroniques de colère des éleveurs de porc et de bœuf contre la précarisation de leur situation ont repris de l'ampleur.
Dans le même temps, les 2CV à damiers rouges et blancs de la marque de charcuterie Cochonou continuaient à connaître un vrai succès populaire au coeur de la caravane publicitaire du Tour de France.
Ces faits concomitants illustrent, à la limite de la caricature, les rouages de l’économie concurrentielle.
Voyons cela de plus près.

La viande c'est surtout du service

Qu'on le regrette ou non, le mode de vie rural a beaucoup perdu de son attrait et de sa démographie. Désormais, peu d'entre nous ont encore le temps et surtout l'envie de mettre à mort, découper et charcuter un cochon ou un bœuf.

Par voie de conséquence, la valeur de la préparation et de la distribution de la viande est beaucoup plus élevée que celle qui revient à l’éleveur.
Nos choix collectifs débouchent sur un rapport de 1 à 10 entre le cochon entier vendu en masse et aux enchères autour de 1.30 €/kg et le saucisson prêt à l’usage disponible au détail dans mon hypermarché préféré le mercredi 29 juillet à 18H47 tarifé autour de 12 à 16 €/kg.

En dépit de la vision romantico-écologique que nous pouvons avoir, 90% de la valeur d'un steak réside dans les services qu'il incorpore.
Cela signifie aussi que les entreprises situées en aval de l'élevage emploient nettement plus de personnes que l'agriculture.

La viande c'est aussi de l'image

Bien que piètre amateur de charcuterie, je suis prêt à parier le bob rouge et blanc glané sur le Tour de France que, lors d'un test en aveugle, rares sont les personnes qui préfèrent, sans hésitation, les charcuteries labellisées Cochonou à leurs concurrentes vendues dans les mêmes rayons de la grande distribution.

Pourtant, les sauciflards à damiers rouges et blancs sont, d'après mon dernier pointage, vendus sensiblement 10% au dessus de la moyenne des prix pratiqués.

Les actions promotionnelles de Cochonou atteignent apparemment leur cible et accroissent la valeur d'une charcuterie banale en lui ajoutant un supplément, si ce n'est d'âme, a minima d'image.
Des réminiscences d'années 1960 alliées à une vague aura d'authenticité et de convivialité valent autant pour les clients de Cochonou que le travail de l'éleveur.

Citroën 2CV de Cochonou lors de la caravane publicitaire du Tour de France 2013

La viande c'est avant tout du libre choix

Chaque année, mes étudiants à qui je présente ce type de faits me rétorquent que "le marketing nous force à acheter" et que personnellement ils ne cèdent jamais aux stupides sirènes des marques.

Le premier argument est proprement anti-démocratique.
Si nous ne possédons ni la volonté, ni le libre-arbitre pour résister à la séduction vendeuse d'une tranche de jambon, il faut d'urgence nous empêcher de succomber au racolage politique de Hollande, Sarkozy, Mélenchon et Le Pen réunis.
De la même manière, la pratique du mariage arrangé doit redevenir la norme.

La seconde objection ne survit généralement pas à une observation attentive de l'objecteur.
Il est rare qu'il n'ait pas sur ou avec lui plusieurs objets siglés d'un logo.
La justification fuse aussitôt. Ces chaussures particulières ou ces vêtements ou ces stylos ou ces téléphones ou ces lunettes ou que sais-je encore, c'est ... différent !
Quelques questions complémentaires permettent de vérifier que, sauf très rares exceptions, l'achat de ces objets de marque n'est pas le fruit de tests comparatifs détaillés ou d'études de marché approfondies.

La réalité est plus prosaïque. Nous achetons tout simplement ce qui nous plait et que nos moyens nous permettent d'acquérir.

Ce mécanisme - plaisamment baptisé libre choix - est simultanément conscient et inconscient et fait appel, en proportions très variables, à nos connaissances, valeurs et croyances, indépendamment de leur véracité factuelle.
Certes, le marketing cherche à nous influencer mais nous n'y cédons que lorsque cela nous chante, c'est à dire trop peu souvent au goût  des marques.
Le rêve de Cochonou, que nous mangions du cochon rouge et blanc matin, midi et soir, 7 jours sur 7, n'est guère exaucé.
Pire même, ces deux dernières décennies, en France, à l'instar du reste de l'Europe et même des USA, la consommation de viande par personne a diminué sensiblement d'un cinquième.
Collectivement, nous avons librement décidé de manger autrement.

La viande, pour en vivre, c'est d'abord de la stratégie

Face à ces réalités du comportement des clients, seuls les éleveurs capables de réviser de fond en comble leur stratégie se sortiront du mauvais pas actuel.
Les autres, irrémédiablement, continueront à souffrir, voire à disparaître.

Une stratégie gagnante doit d'abord être centrée sur les clients.
La question essentielle est comment différentier positivement la viande de la ferme X ou du groupe d'élevages Y à leurs yeux ? Comment les amener à acheter ce produit plutôt qu'un autre ? Comment les conduire à payer plus ?

Cela peut provenir de meilleures productions de type bio ou appellation d'origine, de création de marques à forte image comme ce que fait Cochonou ou encore de modes innovants de distribution incluant beaucoup des services que les agriculteurs ne rendent pas actuellement.

Une stratégie efficace peut aussi chercher à peser sur les coûts par un grossissement des exploitations voire, osons le mot, une plus grande industrialisation ou bien aussi par la création de groupements d'achat, notamment de nourriture animale.

Les éleveurs peuvent, en outre, s'associer ou, mieux, fusionner en groupements de vente de bétail pour changer en leur faveur le rapport de négociation avec industriels et distributeurs.

Les voies de rebond sont nombreuses.
Toutefois, aucune ne passe par le maintien d'exploitations d'élevage de taille modérée, produisant, sans autre valeur ajoutée, de la viande indifférenciée de qualité banale.

Cochonniquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique Tour de France carnaval des transgressions

jeudi 21 août 2014

Photos de vacances et interview emblèmes du décalage de François Hollande

Au delà des éléments conjoncturels, la crise dans laquelle nous sommes englués depuis 2008 est le fruit des mutations de la troisième révolution industrielle.
L'essentiel des emplois et de l'activité d'aujourd’hui, et encore plus de demain, sont directement ou indirectement liés au numérique. Aussi, sortir du marasme ambiant suppose, a minima, de comprendre les évolutions très profondes qui remuent société et économie..
Rien de tel pour ce faire que de se forcer à l'usage concret et personnel des éléments les plus caractéristiques et grand public des changements en cours.

À quelques jours d’intervalle, François Hollande a fait, à deux reprises, la démonstration de son décalage patent avec le monde actuel.

Premier épisode, des photos de vacances - semble-t-il prises à son insu - montrent le président à la plage en train de lire un quotidien national payant dans sa version papier.
Notre élu suprême est-il au courant que le lectorat de ce type de publication chute de plusieurs pourcents chaque année ?
Sait-il que cette pratique est devenue minoritaire ?
Est-il conscient que les moins de 30 ans - pourtant priorité de son quinquennat - sont étrangers à l'univers de la presse papier ?
Ne devrait-il pas au contraire profiter de la pause estivale pour s'initier à l'information et à la lecture numériques ?

Second épisode, soucieux de valoriser son action et de montrer que la barre est fermement tenue, le même François Hollande a donné une longue interview écrite plus propice aux explications structurées que le traditionnel ping pong télévisuel.
Pour cette tribune, il a choisi le Le Monde, figure de proue de la presse dinosaure.
Certes, le site internet du journal a publié le dialogue du président avec ses journalistes, mais exclusivement dans sa version payante pour ses abonnés.
Résultat, l’immense majorité des internautes qui auraient souhaité lire l'interview présidentielle n'a eu accès qu'aux résumés plus ou moins fidèles des autres sites web.
À coup sur, cette communication d'un autre âge n'a atteint que très peu de personnes de moins de cinquante ans.

Ce travers n'est pas spécifique à François Hollande, mais commun à la plus grande part des leaders politiques. Si Nicolas Sarkozy était sorti vainqueur de l'élection présidentielle, j'aurais pu écrire un billet similaire.

Comment penser un monde dont on ne maîtrise plus les codes de base ?
Pourquoi continuons-nous à porter au pouvoir des personnes autant éloignées de notre réalité ?

Numériquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques
. “François Hollande allergique au numérique ?”
. "Allons-nous renoncer encore longtemps ? Réaction épidermique aux élections européennes"

- Je dédie cette chronique au twittonaute @YvesCohenTanugi qui relaie souvent mes chroniques. Je ne suis pas systématiquement d'accord avec lui mais c'est une personne de convictions, passionnante à suivre, avec qui le débat est aisé et respectueux. Et quand l'essentiel est en cause, nous nous retrouvons !

mardi 5 août 2014

Travailler une demi-journée par semaine, est-ce possible ?

De nombreux "écos" - comprenez écologistes et économistes - prônent que la décroissance est la seule issue à la crise à visages multiples contre laquelle nous nous débattons depuis une trop grande lurette.

La décrue de notre Produit Intérieur Brut aurait, à en croire ses thuriféraires, de multiples avantages : baisse des atteintes à l'environnement, moindre consommation des ressources naturelles, meilleure répartition d'un travail devenu plus utile et, cerise dans l'infusion, plus de temps libre.

Afin de donner un peu de consistance à ce dernier point, je me suis livré au petit calcul que voici.

Actuellement en France, 43 millions de personnes ont entre 15 et 65 ans, ce que le très officiel et onusien Bureau International du Travail considère comme l'intervalle d'âge normal pour travailler.
Deux gros tiers, 30 millions, ont effectivement un emploi. L'autre petit tiers, 13 millions, sont chômeurs, étudiants ou préfèrent ne pas exercer d'activité professionnelle.

Les heureux bénéficiaires d'un boulot étant censés y consacrer 35 heures par semaine, en moyenne sur l'ensemble de la population, la durée de travail s'établit donc à 24 heures hebdomadaires.
La semaine de 3 jours est déjà une réalité statistique, à défaut d'être entrée pleinement dans les mœurs.

La décroissance suppose que, petit à petit, nous nous débarrassions du superflu et de l'ostentatoire qui polluent notre quotidien. Un mode de vie plus frugal nous serait bénéfique et permettrait de moins bosser.

Afin de déterminer quelques ordres de grandeur, j'ai choisi, un peu arbitrairement, de viser le niveau de la fin du dix-neuvième siècle.
En effet, sensiblement à partir de 1870, les français de toutes conditions ont mangé régulièrement à leur faim.
Pour ce faire, à l'époque, deux tiers des travailleurs étaient des paysans qui effectuaient, toute l'année, des semaines de 60 heures de labeur.
Désormais, l'ensemble de la filière agricole, au sens très large, n'emploie plus qu'un actif sur douze, 2.4 millions de personnes.
Si ce travail des champs et de la terre était réparti sur la totalité de la population susceptible de travailler, 2 heures par semaine et par personne suffiraient pour nourrir la France.

Pour obtenir la production industrielle, tertiaire et administrative de 1870, grosso modo, là encore, avec nos techniques actuelles, 2 heures hebdomadaires par adulte feraient l'affaire.

À condition de mobiliser de fortes doses de bonne volonté, de civisme et d'organisation collective, nous pourrions donc ne turbiner qu'une demi-journée par semaine, profiter grandement de la vie tout en mangeant sainement et en ayant le mode de vie de mes arrière-grands parents.

Avant de vous quitter, trois petits détails que j'ai failli omettre.

En 1870, l'espérance de vie à la naissance était de 45 ans, elle dépasse aujourd'hui 80 printemps.

À cette date, j'aurais rédigé cette chronique un dimanche après-midi au cœur d'une campagne française et non un mardi d'août en Tunisie. Voyages et vacances étaient le privilège d'une infime élite rentière.
De surcroît, j'aurais eu très peu voire pas de livres à ma disposition ainsi qu'une malchance sur trois de ne pas savoir lire et écrire.
Tout cela n'aurait guère eu d'importance car le télégraphe Morse, summum de la technicité, était alors le seul moyen de télécommunication existant. Personne n'aurait eu connaissance de cet hypothétique billet.
Décroissantiquement votre

Post-scriptum février 2017
Une vidéo de la série Le Projet Fait Rage aborde ce thème d'une autre façon.

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
. "Bistrots et curés professions sinistrées"
. "Généalogie de la croissance - L'histoire familiale raconte l'économie et la démographie"
- Les données de base qui ont permis d'obtenir les chiffres indiqués dans cette chronique proviennent de l'INSEE et de Wikipedia

jeudi 20 février 2014

À Kiev on meurt pour rejoindre une Europe qui s'ingénie à broyer du noir

Depuis plus de deux mois, de dizaine de milliers d'ukrainiens bravent sans discontinuer la police anti-émeute et le froid pour réclamer le rapprochement de leur pays avec l'Europe ainsi que la mise en place d'un gouvernement plus propre et moins connivent avec Moscou.

Hier et, surtout, ce matin les événements ont pris un tour très sanglant.
À Kiev et dans plusieurs autres villes, de multiples tirs à balles réelles ont eu lieu et des dizaines de morts sont à déplorer. Les risques que la situation dégénère encore plus sont réels.

Pendant ce temps, au cœur de la vieille Europe, et tout particulièrement en France, nous sommes grisâtres et nous nous efforçons à cultiver notre dépression.
Notre crise est autant, voire plus, morale et psychologique qu'économique.
Nous conspuons et rejetons l'Union Européenne qui, pourtant, nous a assuré un demi-siècle de paix, de liberté et, en moyenne, de développement. Notre neurasthénie collective nous conduit à confondre symptômes et causes.

Les ukrainiens nous démontrent courageusement et tragiquement que nos pays sont incroyablement attractifs. Sur nos flancs est et sud, nombreux sont ceux qui envient nos modèles économiques, mais aussi politiques et sociétaux.

Alors de grâce, secouons-nous !
Sortons de notre torpeur, réparons ensemble notre machinerie socio-économique et soutenons fermement ceux qui à moins de 3 heures d'avion de Paris luttent pour leur liberté et leur dignité !

Européo-ukrainiennement votre


Références et compléments
- Pour suivre les évènements d'Ukraine, je recommande le fil Twitter @EuromaidanPR ainsi que la page web Maidan hotspot regroupant plusieurs flux vidéos en direct.
- La photo ci-dessus circule beaucoup sur Twitter aujourd'hui.

dimanche 17 novembre 2013

Les constructeurs automobiles devraient cesser de faire des voitures

Depuis 2008, la construction automobile européenne, et tout particulièrement française, connait une très mauvaise passe, avec pour conséquences de multiples restructurations et pertes d'emplois.
Au delà de la conjoncture difficile, cette méforme, sur le vieux continent, du secteur emblématique de la seconde révolution industrielle semble être appelé à durer.
Les fabricants de voitures, à l'exclusion des trois allemands spécialisés dans les véhicules de luxe, peinent à s'adapter aux évolutions de leur clientèle.
Pour modeste preuve, mon récent et décevant contact avec un concessionnaire.

La semaine dernière, le commercial d'une marque française à l'emblème géométrique m'a appelé pour me proposer découvrir un modèle susceptible de m'intéresser. Le bonhomme étant sympathique et m'ayant vendu ma voiture actuelle, je me suis rendu à son invitation.

Le marchand d'autos débuta le rendez-vous en m'annonçant fièrement qu'il m'imaginait aisément conducteur et propriétaire d'une bagnole appartenant à l'étrange catégorie des crossover dont j'ignorais jusqu'alors l'existence.
Cet engin bizarre, nettement plus grand que mon petit monospace urbain actuel, possède un style agressif, rehaussé par des coloris voyants, une calandre massive ainsi que des roues hautes et larges. De surcroît, il est affublé d'un nom fleurant bon la chasse et l'univers carcéral.

Je dépitais mon hôte en lui expliquant que je n'envisageais pas une seule seconde de consacrer une quelconque fraction des revenus familiaux dans l'acquisition et l'entretien d'un tel cheval de rodéo.

Soucieux d'atteindre son objectif commercial personnel, le vendeur me suggéra alors un autre modèle, baptisé du prénom de la muse grecque de l'Histoire et entièrement repensé par le constructeur l'année dernière.
Les déconvenues continuaient.
Je découvrais une petite berline manifestement conçue par la même équipe de designers à haute teneur en testostérone que le crossover, avec des teintes tout aussi peu agréables pour un daltonien, sans compter des flancs et une calandre sortis d'un tonneau de dopants pour cyclistes.

Malgré ma répulsion esthétique, j'acceptais, à contrecœur, d'essayer ce véhicule au patronyme mythologique.
Dans son argumentaire, le commercial losangé mettait en avant "l'équipement haut de gamme" comprenant notamment une "centrale de bord avec tout : bluetooth, GPS et USB !"
Aussi, m'étant rendu compte très rapidement que volant, pédales, levier de vitesse et clignotants fonctionnaient à merveille, je m'arrêtais deux pâtés de maisons plus loin pour connecter mon smartphone au système audio de la voiture.
Je mis en marche la dent bleue de mon téléphone à tête de pomme et enjoignis l'autoradio de s'y relier.
Ce dernier, pendant trois minutes d'horloge, m'assura d'être en train "d'établir la connexion avec un nouveau périphérique" avant de jeter l'éponge et de m'inviter à réitérer l'opération.
À l'issue de la troisième tentative, à l'instar de la "centrale de bord", je jetais ma propre éponge et ramenais le véhicule de démonstration à la concession où j'annonçais au vendeur déçu que je ne lui passerais pas commande dans un terme prévisible.

Perturbé par cette expérience, en rentrant chez moi, j'observais attentivement les voitures autour de moi, ce que je ne fais plus depuis de nombreuses années.
À ma grande surprise, j'ai découvert que les autos récentes ornées d'un lion ou de deux chevrons ont subi la même dérive machiste et m'as-tu-vu que celles frappées d'un losange. Ne parlons pas d'Audi, BMW et Mercedes dont c'est la déprimante marque de fabrique.
La crise semble avoir poussé les constructeurs à revenir à ce qu'ils savent faire de mieux : créer des voitures pour les personnes intéressées, voire passionnées, par l'automobile.
Malheureusement, leur nombre est en constante diminution.

Enfant, les adultes de mon entourage débattaient passionnément sur les mérites respectifs de la Renault R16, de la Citroën DS et de la Peugeot 504. Je participais parfois à ces joutes verbales et était alors incollable sur les différents modèles proposés à la vente.
Plus tard, jeune salarié, mes deux premières voitures, une Renault R5 puis une Peugeot 205, me procurèrent une vraie joie. D'ailleurs, jusqu'aux années 1990, l'achat d'un nouveau véhicule entraînait inévitablement l'organisation d'un pot pour ses collègues de travail.
Petit à petit, mon intérêt pour l'automobile a fondu, sans que je sache très bien expliquer pourquoi.
Aujourd'hui, j'utilise ma voiture quotidiennement tant pour me rendre à mon travail que pour ma vie personnelle et mes loisirs. C'est un indéniable et indispensable élément de liberté, de praticité et de confort, mais plus du tout un objet d'enthousiasme.

Les constructeurs automobiles devraient se rappeler que crossover signifie mot à mot "croix dessus". C'est la décision que trop de leurs clients prennent au moment de renouveler leur véhicule.
Si ces entreprises veulent regagner les cœurs et les faveurs commerciales des gens dans mon style, elles devraient focaliser plus sur l'usage et son imaginaire plutôt que sur l'objet.
C'est à dire ne plus créer de voitures, pour, à la place, inventer et nous vendre des mobilités dont nous avons, tous, différemment, envie et besoin.
Je crains que, comme la plupart des grosses organisations, elles n'aient ni l'agilité ni la sociologie pour changer radicalement de point de vue.

Les catastrophes industrielles et sociales risquent donc, hélas, de se poursuivre encore longtemps.
Les innovations qui bousculent et détruisent un secteur économique établi commencent toujours par séduire subrepticement les non-clients et les mal-clients, bien avant de convaincre et d'emporter, dans un second temps, le cœur du marché traditionnel.

Mobilement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "canassons et chevaux fiscaux, même combat !" consacrée à la comparaison entre le coût actuel d'une voiture et celui d'un cheval sous Louis XV.

- Les 3 véhicules dont il est question dans ce billet sont, par ordre d'entrée en scène, les Renault Captur, Modus et Clio IV.

- La traduction non littérale de crossover est croisement ou hybridation. Je n'ai franchement pas compris en quoi cette métaphore génétique s'appliquait à des automobiles trop voyantes et d'un autre âge.
  

lundi 26 août 2013

4 semaines au cœur de la Tunisie morose

Depuis plus de trente ans, je séjourne régulièrement en Tunisie, où, au fil du temps, j'ai le plaisir et la chance d'avoir tissé un vaste réseau de relations familiales et amicales.
Je viens de passer 4 semaines à Kelibia, ville côtière de 45 000 habitants à 100 km à l'est de Tunis. Voici ce que j'y ai vu et entendu.

Extérieurement la crise n'est pas visible
Au premier abord, la Tunisie de l'été 2013 ne semble pas différer de celle des deux années précédentes.
Les routes restent bondées, avec la même anarchie circulatoire. La police et la garde nationale y ont même fait leur réapparition, postées depuis 20 ans invariablement aux mêmes points de contrôle et aux mêmes horaires.
Les commerçants et marchés sont normalement achalandés et les trottoirs envahis par les étals des vendeurs ambulants.
Les constructions neuves continuent de proliférer.
Les services publics stagnent dans un état minimal, voire sub-minimal. Le ramassage des ordures et le nettoyage de la voirie laissent plus qu'à désirer, l'éclairage des rues est aléatoire et les nids de poules en constante expansion.
Toutefois, à Kelibia, perception, guichets administratifs de la mairie, eau et électricité fonctionnent normalement.

Les difficultés économiques sont ressenties par chacun
Toute les personnes avec lesquelles j'ai échangé, sans exception, une fois expédiées les salutations d'usage, abordent immédiatement et spontanément leurs soucis quotidiens : "la Tunisie ne va pas bien", "la vie est devenue difficile", "tout est cher, très cher", "il y a beaucoup de chômage" ...
L'inquiétude et la résignation sont réelles et partagées, à un niveau que je n'ai jamais connu.

La politique déchaîne les passions
En famille ou entre amis, les discussions politiques surviennent à tout moment. Le ton monte très vite et la passion prend rapidement le pas sur l'argumentation. Les déchirures familiales ou amicales ne sont jamais très loin.
Deux camps, peu conciliables à court terme, se font face.

D'un côté, minoritaires mais déterminés, les partisans d'Ennadha, le parti islamiste actuellement au pouvoir, clament la légitimité de leur gouvernement et de leur majorité parlementaire, revendiquent le droit à l'apprentissage du pouvoir et se disent victimes d'un complot anti-islam.
Leur ressentiment vis à vis des autres composantes politiques est important. D'après les sympathisants nadhaouis, mauvaise santé économique, assassinats politiques et terrorisme sont exclusivement imputables aux tenants de l'ancien système, à l'opposition qui en serait le prolongement et à des intérêts étrangers peu définis.
Les événements égyptiens ont plongé les islamistes convaincus dans un profond malaise, mélangeant inquiétude, frustration et indignation.

Sur le bord opposé, la grande majorité des personnes que j'ai croisé exècre, le mot n'est pas trop fort, Ennadha.
Une partie non négligeable de la base sociologique des islamistes souhaite désormais leur départ, voire même leur élimination.
L'érosion de la popularité des vainqueurs des élections est spectaculaire. Plusieurs de mes connaissances qui ont probablement voté en octobre 2011 pour Ennadha refusent désormais d'indiquer leur vote ou clament qu'ils se sont abstenus.
Les reproches envers la majorité actuelle sont sévères et souvent haineux. Bêtise et incompétence sont les plus fréquents, mais aussi malhonnêteté ainsi que soutien aux salafistes et au terrorisme.
Certains appellent ouvertement à un retour provisoire de la dictature, le temps "d'être débarrassé de Ennadha". Une minorité significative de mon entourage a même accueilli avec une satisfaction non dissimulée la répression sanglante en Égypte.
Le remplacement du gouvernement actuel par une équipe de technocrates apolitiques est réclamée par les adversaires des islamistes. Aux dires des plus convaincus, cette formule est la seule pour sortir le pays de l'ornière. Peu formulent des suggestions sur les mesures sécuritaires, économiques et sociales que devrait prendre cet hypothétique gouvernement de salut national.
Toutefois de nombreux opposants partagent un unique point commun avec les islamistes : la croyance dans des interventions de pays étrangers.

Les manifestations n'attirent pas les foules
Cet échauffement verbal débouche sur peu d'actions concrètes. La quasi-totalité de mes relations, quelle que soit leur opinion, est plus spectatrice qu'actrice de la crise en cours.
A Kelibia, fin juillet et début août, l'opposition a réuni trois à quatre fois 100 à 150 personnes devant la délégation, l'équivalent de la sous-préfecture. Ennadha a mobilisé une fois un groupe de taille comparable.
Le 17 août, 200 à 300 barbus salafistes, venus de toute la région, ont assisté à un meeting devant le marché.
Vendredi 23 août, une manifestation débonnaire d'une centaine d'opposants a fait mine de chasser le délégué, pendant qu'une contre-manifestation de même ampleur soutenait le haut fonctionnaire. Sur le trottoir d'en face, le nombre de personnes attablées aux terrasse des cafés excédait celui des manifestants.

Autre signe de la désaffection des tunisiens pour la politique active, les "plateaux télé" où les politiciens de tout poil pérorent ne font plus recette. Les vainqueurs du zapping de l'été sont les feuilletons à l'eau de rose, les séries comiques et les caméras cachées trash.

Les jeunes grands absents de la crise actuelle
Seule une très faible minorité des moins de trente ans que je fréquente s'intéresse et participe aux discussions politiques. Interrogés sur les raisons de ce retrait, la plupart répondent désabusés "tous nuls".
De nombreux diplômés sont perplexes et découragés face à un marché du travail saturé.
Coincés entre un chômage massif et des familles très prégnantes dont ils ne peuvent, voire ne souhaitent, s'émanciper, la plupart se réfugient dans une sorte de maladie de langueur. Facebook et jeux vidéos sont leurs exutoires.
Presque tous rêvent de partir, bien peu s'organisent pour passer à l'acte.

L'inquiétude sourde plombe l'ambiance nocturne
Signe des temps, une fois le ramadan et les fêtes de l'Aïd terminés, les rues de Kelibia, ordinairement très animées en été jusque tard dans la nuit, sont devenues presque vides après 22H30.
Boutiques et cafés ferment une à trois heures plus précocement que naguère.
Deux ans et demi après sa révolution, la Tunisie est devenue bien morose.

Plus que jamais tunisiquement votre. Tahia Tounes !

jeudi 1 août 2013

Tout savoir (ou presque) sur l'économie chancelante de la Tunisie

Je n'ai pas le cœur à commenter de nouveau la succession d'événements tragiques en Tunisie. Pour connaître mes sentiments sur le massacre de soldats dans le centre du pays, il est tristement suffisant de reprendre ma chronique consacrée au récent meurtre de Mohamed Brahmi et de remplacer son nom par celui des militaires sacrifiés. 

La révolution du 14 janvier 2011 est née de l'accumulation de problèmes sociaux, économiques et sociétaux :  chômage massif, disparités régionales criantes, inégalités fortes et jeunesse connectée au monde mais peinant à trouver sa place dans une société bloquée ...
Pourtant, Ennadha, le parti islamiste au pouvoir depuis les élections de fin 2011, ses deux alliés et ses zélateurs ont systématiquement joué des aspects moraux, religieux et, désormais hélas, sécuritaires plutôt que d'aborder ces difficiles sujets.

Une façon de résister au sectarisme est de ne pas se laisser imposer le choix des questions importantes. Aussi, je vais tenter, à ma façon, d'évoquer l'économie tunisienne afin d'apporter ma modeste pierre à un débat démocratique qui n'a malheureusement pas débuté.

Les presque 11 millions de tunisiens devraient produire cette année 2013 un total de 75 milliards de dinars, 34 milliards d'euros au cours du jour.
Cela représente chaque mois 580 dinars, 260 € par personne.
Cette valeur est 10 fois plus faible que pour les français.
Grosso modo, la Tunisie possède, aujourd'hui, le niveau de vie et de développement de la France au moment de l'indépendance au milieu des années 1950.

Seulement un gros tiers des tunisiens, 4 millions de personnes, se considère comme actif, c'est à dire ayant un emploi ou en recherchant un. La valeur française avoisine le double de celle de la Tunisie.
Cette différence est surtout due à la faible participation des femmes au travail non domestique. Un quart des travailleurs tunisiens sont des femmes, alors qu'en France la parité est presque atteinte.
Ces chiffres méritent toutefois d'être fortement nuancés par l'existence d'un gigantesque secteur dit "informel", euphémisme technocratique pour travail au black. Commerces et artisanats non déclarés sont légion et non dissimulés. Ils sont le symptôme de la frénétique capacité d'entreprendre des tunisiens mais aussi, hélas, d'un marché du travail officiel bouché.

Le chômage en Tunisie est stratosphérique.
Un actif sur six, 650 000 personnes, est sans travail déclaré, au lieu de un sur dix en France.
Le système éducatif qui est pourtant une des réussites tunisiennes, est devenu une fabrique efficace de sans-emplois. Plus du tiers des chômeurs recensés, 230 000 jeunes, sont des diplômés de l'enseignement supérieur.

La quasi-fermeture des pays européens à l'immigration a supprimé une importante soupape. Désormais, malgré les traversées clandestines en barque vers les îles italiennes, 30 000 tunisiens, 0.3% de la population, quittent leur pays annuellement.
Les temps ont bien changé, désormais, les français s'expatrient deux fois plus que les tunisiens.

Les salaires sont notablement plus faibles en Tunisie qu'en Europe.
Ainsi, le SMIC atteint à peine 1.5 dinars, 0.7 € par heure, soit environ 270 dinars, 120 € par mois, huit fois moins qu'en France.
Autre exemple, ma très militaire coupe de cheveux me coûte 2 dinars, 0.9 € à Kelibia, contre 44 dinars, 20 € à Grenoble.
Ces rémunérations réduites permettent à la Tunisie d'attirer, à deux pas de l'Europe, des industries intensives en main d'œuvre : textile, assemblage mécanique ou électronique, centres d'appel. Cela rend aussi le tourisme compétitif.
Malheureusement, dans ces secteurs à faible valeur ajoutée, la concurrence internationale est rude. De surcroît, vouloir employer des diplômés du supérieur dans des industries de main d'œuvre est un formidable gâchis.

La crise internationale, débutée en 2008, a sérieusement secoué la croissance tunisienne. Jusqu'à cette date, la production et le niveau de vie augmentaient de 6% à 8% par an. Mais la fin du règne de Ben Ali a vu ce chiffre chuter de moitié.
L'année 2011, avec la révolution puis la guerre civile en Lybie, s'est soldée par un recul de 1%. La richesse disponible s'est alors amenuisée de 5 dinars, 2 € mensuels par tunisien.
Depuis, en grande partie grâce à l'auto-organisation et à l'ingéniosité de la population, la machine est un peu repartie : +2.5% en 2012, probablement autour de +3.5% en 2013 soit 35 dinars, 16 € de beurre dans les épinards, pardon dans la chorba, chaque mois pour les tunisiens.
Toutefois, le double de ce taux serait sensiblement nécessaire pour que les problèmes socio-économiques commencent, petit à petit, à s'estomper.

L'état tunisien, comparé à ceux des social-démocraties européennes, est un chef d'œuvre de frugalité. Le système public ne prélève qu'un quart de la richesse produite par les tunisiens, la moitié du taux français, un peu moins de 20 milliards de dinars, 9 milliards d'euros en 2013. Une somme mensuelle par tunisien de 155 dinars, 70 €.
Les gouvernements post-révolutionnaires n'ont pratiquement pas fait évoluer la pression fiscale et sociale. Le taux global de prélèvements est resté presque inchangé. En quelque sorte, les recettes de Ben Ali sont devenues celles de Beji Caïd Essebsi puis de Ennadha.

Par contre, depuis le 14 janvier 2011, les dépenses publiques se sont envolées.
De 2010 à 2013, elles auront augmenté d'une bonne moitié, passant de 120 dinars, 55 € mensuels par tunisien à 185 dinars, 85 €.
Les dépenses de fonctionnement, à commencer par la rémunération d'agents étatiques, sont la cause principale de cet emballement.
Les investissements publics, un cinquième du budget, 35 dinars mensuels par habitant, ont cru deux fois plus doucement.

La conséquence de ces politiques dépensières est une explosion du déficit public qui s'est multiplié par 7 depuis la révolution.
Grâce à Beji Caïd Essebsi puis à Ennadha, à chaque fois que l'état tunisien reçoit 4 dinars, il en dépense 5. Le système public français, pourtant loin d'être un modèle, est deux fois plus rigoureux.
Résultat : tous les mois, 30 dinars, 14 € supplémentaires de dette sont gagés sur la tête de chaque tunisien.

Cette fuite en avant dans la dépense, soit disant keynésienne et en pratique clientéliste, n'a pas porté les fruits attendus par ses promoteurs. La croissance est atone et les inégalités ne se résorbent pas.
Plusieurs pistes sont pourtant envisageables pour donner un coup de turbo au moteur tunisien.
Certaines, d'inspiration libérale, cherchent plus de croissance en limitant la bureaucratie, en défiscalisant l'investissement et en limitant les charges sociales via une TVA digne de ce nom.
D'autres, d'orientation plus sociale, visent à taxer plus les classes moyennes pour créer des transferts vers les plus pauvres et les régions en déshérence.
Enfin, une réorientation d'une partie des dépenses étatiques au profit d'infrastructures pourrait donner un coup de fouet doublement efficace.

Définir quels changements sont souhaitables, imaginer leurs modalités et réussir leur mise en œuvre, sont les questions essentielles qui devraient saturer le débat public en Tunisie.

No pasaran !

Plus que jamais tunisiquement votre

Références et compléments
- Ma précédente chronique tunisienne "Triste bégaiement" sur l'assassinat du député Mohamed Brahmi.
- Mes autres chroniques économiques.
- Les chiffres présentés dans ce billet proviennent tous de sources officielles publiques tunisiennes : ministère des finances, banque centrale, institut national de la statistique.
Les valeurs ont été volontairement arrondies afin de faciliter la compréhension et la lisibilité. J'ai utilisé le cours de 2.2 dinars par euro pour les conversons monétaires.
- A toutes fins utiles, je rappelle que les milliards évoqués dans cette chroniques sont des sommes en dinars, pas en millimes !
- Pour être tout à fait précis, le SMIC tunisien s'appelle officiellement SMIG. En France, le minima salarial est "de croissance" alors qu'en Tunisie il se contente d'être "garanti".
- J'invite Taoufik Z. à venir profiter d'une coupe de cheveux kélibienne pour me faire pardonner d'avoir à nouveau abusé de la contribution économique de mes coiffeurs.

samedi 6 juillet 2013

Tout savoir (ou presque) sur les pistes de sortie de crise

La série sur l'économie et les finances publiques de la France arrive à son terme avec un examen des pistes qui permettraient d'échapper au marasme dans lequel nous sommes englués depuis plus de 5 ans.

La situation économique française se caractérise par trois difficultés saillantes détaillées dans les chroniques précédentes :
- Des collectivités publiques, toutes catégories confondues, très dépensières : 1 450 € mensuels par français.
- Une imposition pesant trop lourdement sur le travail : une petite moitié des prélèvements obligatoires pénalisent directement l'emploi.
- Des finances nationales à la limite du sur-endettement : chaque français doit 2 années de SMIC.

Sortir de ce triple piège ne sera, en aucun cas, aisé et rapide.
Pour illustrer les marges de manœuvre microscopiques qui s'offrent à nous, examinons tout d'abord trois scénarios bruts de décoffrage.

Les dépenses publiques étant, grosso modo, supérieures de 10% aux recettes, l'explosion de la dette ne pourra être évitée qu'en annulant ce déséquilibre.
L'augmentation des impôts et des cotisations - jusqu'ici, la seule voie empruntée par Nicolas Sarkozy puis par François Hollande - a atteint ses limites. Presque la moitié de la production nationale file chez le percepteur.
Charger encore plus la mule fiscale arrêterait définitivement la machine économique. Freiner les dépenses publiques d'au moins un dixième est devenu indispensable.
En conséquences, grosso modo, 120 milliards annuels - 150 € par mois et par français - d'économies doivent être envisagés.

Le premier réflexe consiste à sanctuariser la protection sociale indispensable à la cohésion du pays et à demander à l'état et aux collectivités locales de se serrer la ceinture.
Réussir un tel tour de force supposerait des coupes particulièrement claires, au delà de la limite du supportable.
Grosses mailles, il faudrait simultanément :
- Bloquer les salaires de tous les fonctionnaires durant environ 3 à 4 ans supplémentaires.
- N'embaucher que 2 fonctionnaires à chaque fois que 10 partent en retraite, tous emplois confondus.
- Réduire d'au moins 20% à 25% le montant de l'ensemble des achats publics et des subventions.

Une seconde possibilité est de faire porter les nécessaires économies exclusivement sur les dépenses sociales de façon à préserver la machine étatique et le bien-être des agents publics.
Là encore, la pilule est singulièrement difficile à avaler. La couverture maladie, les allocations familiales et les retraites devraient être alors amputées d'un cinquième à un quart pour l'ensemble de leurs bénéficiaires.

Régulièrement les réseaux sociaux, et aussi quelques personnalités politiques, suggèrent un troisième scénario. Une lutte efficace contre l'évasion fiscale pourrait, sans autre effort, combler le déficit public.
Si une telle action est amplement souhaitable pour des raisons civiques et morales, le compte est très loin d'y être.
Le parlement évalue les montants soustraits annuellement au percepteur entre 30 et 40 milliards d'Euros. Un syndicat d'agents du fisc, qui naturellement plaide pour sa paroisse, annonce le double.
Ces chiffres incluent, non seulement, l'exportation délictueuse de capitaux à l'étranger par des huiles républicaines mais aussi le non-paiement de la TVA et le travail "au noir", y compris les petits boulots non déclarés payés en liquide comme les cours particuliers donnés par des étudiants.
En faisant l'hypothèse, très optimiste, d'une police fiscale efficace et intrusive ramenant dans ses filets un tiers de la fraude - performance que la maréchaussée ne réussit pas pour le trafic de drogue ou le proxénétisme - la puissance publique verrait son budget accru d'une ou deux dizaines de milliards. Une très belle somme qui laisserait quand même 90% du trou à combler par d'autres méthodes !

La voie de sortie ne peut donc être qu'étroite, longue et difficile.
Elle devra obligatoirement concerner l'ensemble des prélèvements et dépenses de la sphère publique au grand complet.

J'ai essayé d'échafauder les ordres de grandeur nécessaires pour remonter la pente. Il s'agit, peu ou prou, des mêmes actions que celles engagées par Gerhard Schröder en Allemagne entre 2003 et 2005 :
- Priorité à l'emploi en diminuant les charges pesant sur le travail via une réduction d'environ un cinquième des cotisations sociales et de l'impôt sur les entreprises.
Pour financer cette mesure sans aggraver le déficit, les impôts sur la consommation (TVA, carburant), le patrimoine (droits de succession, impôt sur la fortune) et le revenu devront être accru symétriquement de 20%.
- Blocage des salaires des fonctionnaires durant 18 à 24 mois, peut-être un peu plus.
- Diminution d'environ 6%, échelonnée sur 5 ans, des principales dépenses sociales : maladies, allocations familiales et retraites.
- Programme rigoureux de productivité et de redéfinition des missions publiques, à l'instar de ceux régulièrement mis en œuvre dans l'industrie.
Les deux conséquences financières principales seraient la limitation, durant une dizaine d'années, des embauches de fonctionnaires à un tiers des départs en retraite et la réduction d'un sixième sur 5 ans des achats et subventions publiques.

Le gouvernement actuel a commencé à prendre la direction ébauchée ci-dessus.
Malheureusement, si le cap est bon, l'intensité est loin d'être celle requise, la réduction des charges salariales pour les entreprises est trop complexe et la communication politique pêche par manque de clarté.

Pour sortir la France et ses finances publiques de l'ornière, un tel programme devrait s'étaler sur pas moins d'une dizaine d'années. Sans efforts de longue haleine, point de redressement.
Un retour nettement plus rapide à l'équilibre des finances publiques aurait l'inconvénient de transformer, à court terme, la stagnation actuelle en franche récession et, à l'instar de la Grèce, de nous enfoncer encore plus dans la crise.

Quitte à perdre les prochaines élections, François Hollande s'honorerait et nous rendrait un fier service en mettant ses godasses dans les pas de sociaux-démocrates allemands ou scandinaves.
Le courage politique et économique n'ayant pas été essayé en France depuis une trop longue lurette, les électeurs pourraient même, sait-on jamais, se montrer reconnaissants ...

Crisiquement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Voir aussi les trois premiers volets de cette série de chroniques économiques :
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les dépenses publiques françaises",
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les impôts et les taxes en France",
. "Tout ce que vous toujours voulu savoir sur le déficit public de la France".

- Mes remerciements chaleureux à François et Laurent qui m'ont, il y a presque deux mois et sans le savoir, mis au défi d'écrire ses 4 chroniques sur l'économie et les finances publiques de la France.
Merci aussi au twittonaute @SIBILLEChristop qui m'a suggéré d'évoquer l'évasion fiscale.

- Les chiffres de ces quatre chroniques économiques, que les spécialistes qualifient plaisamment de consolidés, ont été obtenus par recoupement et recalcul de données présentées dans divers documents officiels en provenance des ministères des finances et du budget, de l'INSEE, du parlement, de la sécurité sociale et de la cour des comptes.
Les valeurs ont été volontairement arrondies pour plus de lisibilité.

- Les données sur la fraude et l'évasion fiscale proviennent des rapports de la commission d'enquête sénatoriale sur l'évasion des capitaux et des actifs hors de France et ses incidences fiscales de juillet 2012 et du syndicat national Solidaires Finances Publiques "évasions et fraudes fiscales, contrôle fiscal" de janvier 2013.

samedi 11 mai 2013

La crise vue de Bilbao

À Bilbao et dans ses alentours, la crise qui ravage actuellement l'Espagne est partout. Même en jouant au touriste en goguette, il est impossible d'y échapper.

Exceptées deux ou trois artères de l'hyper-centre, chaque rue possède son lot de commerces fermés, à louer ou à vendre. Les banlieues ouvrières ont des allures de villes sinistrées et même les villages de campagne ne respirent pas la santé.
Beaucoup d'appartements et de maison sont aussi à céder.

Sur la côte cantabrique, de nombreuses constructions récentes ont pris la place des anciennes mines de fer et défigurent la façade maritime de la route de Compostelle.
Des pavillons et des chalets aux dimensions cossues ont poussé un peu partout, y compris devant des décharges ou des usines chimiques qui, elles aussi, contemplent la baie de Biscaye.
Plusieurs de ces hameaux d'un nouveau style sont entièrement inoccupés. A l'entrée de ces lotissements fantômes, petit à petit, la pluie lessive les affiches aux promesses fallacieuses des promoteurs immobiliers.

Le port de Bilbao, pourtant très étendu le long d'un estuaire, a une activité anémique. Peu de bateaux sont à quai, beaucoup de zones de stockage sont vides et les grues de chargement sont à l'arrêt.
Les parages, jadis couverts d'usines, sont désormais des friches industrielles. Le grand site sidérurgique, dont une partie appartient à Mittal, agonise : parkings désertés, façades défraîchies et peu de fumées.
Même les bordels kitsch - pourtant grande spécialité ibérique - piquent du nez. Au milieu des usines fermées, un château-fort en carton-pâte défendu par des naïades nues en plâtre est à vendre ...

Les commerces survivants m'ont presque procuré un bain de jouvence.
De nombreux magasins sont des boutiques familiales aux saveurs d'autrefois : drogueries, merceries, chapelleries, "articles de mode", corseterie, bonneterie ...
Disparus en France durant les années 1970 et 1980, ces commerces traditionnels représentent encore sensiblement un bon tiers des magasins basques.
Autre relent traditionnel, le centre de Bilbao est totalement fermé durant la pause de la mi-journée, c'est à dire entre 14 et 16 heures. Du coup, bars et restaurants, très nombreux, sont relativement pleins. Que faire d'autre que de picoler et fumer en attendant que bureaux et boutiques veuillent bien rouvrir ?
Bien entendu, entreprises de grande distribution, chaînes de franchise et marques internationales font nettement plus que pointer le bout de leur nez. En banlieue, les centres commerciaux commencent à succéder aux usines et tentent d'attirer non-stop le chaland.
L'issue de ce combat inégal est connu et risque de prolonger la crise. La transformation, qui a eu lieu en France durant les années de croissance échevelée baptisées trente glorieuses, va survenir en Espagne en période de dépression.

Un seul type de commerce sort bizarrement du lot. Les agences de banques et d'institutions financières sont pléthoriques. Je n'ai pas réussi à en repérer une seule de fermée.
Ces officines, qui sont les responsables majeurs du marasme ambiant, semblent s'être multipliées. J'estime qu'elles sont grosso modo deux à quatre fois plus nombreuses qu'en France.
Heureusement, beaucoup de ces agences sont recouvertes de graffitis et d'affiches syndicaux pointant leurs responsabilités dans le déclenchement de la crise.
Au cœur de Bilbao, une magnifique statue de Mercure trône au sommet d'un bâtiment historique de la banque BBVA. Cette divinité romaine est le dieu du commerce et des voyages. C'est aussi celui des voleurs ...

Criso-basquement votre

lundi 15 avril 2013

J'ai tué la librairie Arthaud de Grenoble

La semaine dernière, stupéfait, j'ai appris, que la librairie Arthaud - le temple du livre au centre-ville de Grenoble - allait prochainement fermer ses portes et licencier son personnel. Sur l'ensemble de la France, le groupe Chapitre s'apprête à supprimer 12 points de vente sur 57, c'est à dire 257 emplois.
D'après la presse, la librairie Decitre - autre institution grenobloise située à quelques encablures - ferait aussi face à des difficultés économiques.

Sous le coup de l'émotion, j'ai été à deux doigts de signer une pétition en ligne demandant à l'actionnaire principal d'Arthaud de revenir sur ses décisions. Toutefois, je me suis rapidement ravisé.

Lecteur compulsif, il y a une décennie, je fréquentais ces deux librairies une à deux fois par mois.
Je n'ai plus effectué d'achat chez Arthaud depuis environ 3 ans et je n'entre plus chez Decitre qu'annuellement.
Trois raisons m'ont poussé, petit à petit, à ce changement :

- J'achète désormais mes livres essentiellement sur internet.
Le web ne ferme jamais, je peux effectuer mes emplettes quand bon me semble, surtout le soir et le week-end.
Le choix y est immense, même les titres les plus rares se trouvent aisément. En outre, le moteur de suggestion d'Amazon fournit d'excellents conseils.
Cerise sur le gâteau, le système du "neuf d'occasion" offre des rabais substantiels très en deçà du classique 5% sur le prix facial.
Et, comble du luxe, les bouquins me sont livrés à domicile.

- Depuis l'été dernier, j'ai commencé à prendre l'habitude de lire des versions électroniques.
J'ai désormais dans ma poche une bibliothèque conséquente. Fini les bagages pesants lors des voyages !
Grâce à quelques échanges et un peu de malignité, j'ai obtenu une bonne centaine de livres immatériels pour trois francs, six sous.

- J'habite et travaille dans deux banlieues de Grenoble. L'accès au centre-ville où sont situées les deux librairies-phare est de plus en plus malaisé. Se rendre place Grenette est devenu une corvée à laquelle je me soustrait autant que faire ce peut.

Au fil du temps, conjointement avec beaucoup d'autres personnes se conduisant peu ou prou comme moi, je me suis transformé en assassin de la librairie Arthaud.
Un commerce, même culturel, a besoin de clients pour vivre. Si nous devenons trop nombreux à déserter les rayonnages, l'issue tragique est malheureusement inéluctable.

A bien y penser, j'ai, au cours de ma vie adulte, contribué au déclin ou à la disparition de nombreux autres emblèmes.
Trois exemples au sein d'une liste immense de crimes économiques :

- Étudiant, j'ai eu un compte en banque puis une voiture au moment où les automates se développaient. J'ai ainsi concouru, avec ardeur, à l'élimination des guichetiers et des pompistes.

- Jeune père de famille, dès que mes moyens me l'ont permis, je me suis acheté la berline de mes rêves d'alors, une Renault R21 5 portes !
Aujourd'hui, lorsque j'en croise une, je m'interroge sur la mouche bizarre qui m'avait piqué à l'époque.
Je roule maintenant en petite citadine, je consacre à la voiture une part de mon budget plus faible qu'il y a 20 ans et ne m'intéresse plus du tout à l'actualité automobile.
Ce faisant, j'ai précipité l'agonie de Peugeot, de Renault et des équipementiers.
Roulant moins, avec un véhicule nettement plus économe, j'ai saigné au passage quelques raffineries.

- Soucieux d'économies mais parfois aussi de consommation dite responsable et de recyclage, le contenu en acier de mes achats baisse au fil des ans.
En conséquence, mes forfaits incluent quelques coups de poignards appuyés à la sidérurgie lorraine et nordiste.

Contrairement au discours ambiant, nous sommes, par nos comportements d'achat, les premiers responsables de la crise persistante débutée avec le premier choc pétrolier de 1974.
Préserver coûte que coûte les activités traditionnelles n'empêche pas leur dépérissement.
Les clients, que nous sommes tous, sont des êtres impitoyables qui, d'un simple coup de tête, peuvent mettre à terre une industrie séculaire.

Criminellement votre

Post Scriptum août 2016
Cette chronique a été rédigée au printemps 2013. Après de nombreuses vicissitudes la librairie Arthaud de Grenoble n'a pas été fermée mais reprise. À ce jour, elle continue à fonctionner.
Même si le titre de ce billet n'est plus approprié, cela ne change rien sur le fond de cette analyse ni sur l'avenir très sombre des grandes librairies de centre-ville.


Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "l'attrait irrésistible du livre électronique", "le coût de l'écrit s'effondre !" et "l'édition s'industrialise".

- Une fois de plus, mes remerciements à Jean le détonateur.

jeudi 10 janvier 2013

Union nationale pour tous

La crise qui a resurgi en 2008 a eu effet délétère sur la société française, désormais très fragmentée et tiraillée.
Trois exemples de ces déchirures du tissu social :

- Lors du dernier trimestre 2012,  chaque jour ouvrable, 6 000 nouveaux chômeurs sont venu gonfler les rangs déjà fournis de Pôle Emploi.

- Un français sur sept, presque 9 millions de personnes, vit sous le seuil officiel de pauvreté, c'est à dire avec moins de 960 € par mois.

- Annuellement, 18 000 enfants, un chaque 30 minutes, sont victimes de violences ou de mauvais traitements. Dans un cas sur trois, il s'agit d'actes de nature sexuelle.

Fort heureusement, l'embellie est en vue !
Depuis l'automne de l'an dernier, l'union est désormais au centre du débat public. Médias, leaders d'opinion et réseaux sociaux partagent presque tous le même diagnostic : l'heure est au "pour tous".
A tel point que, dimanche prochain 13 janvier, une grande manifestation "pour tous" devrait regrouper à Paris plusieurs centaines de milliers de personnes. Le sursaut citoyen semble enfin en marche. Des cohortes de français de tous ages, régions et opinions vont battre le pavé main dans la main pour revendiquer une justice sociale plus affirmée et une croissance vigoureuse.
Une autre grande manifestation "pour tous" est prévue le 27 janvier pour enfoncer le clou une seconde fois.
Ce réveil des consciences de tous bords redonne confiance et laisse entrevoir la résolution de multiples problèmes économiques et sociaux qui accablent notre bel Hexagone ...

Unioniquement votre

Post Scriptum
Je remémore aux (très rares) lecteurs qui auraient oublié la chronique de novembre 2012 intitulée "Mariage pour tous, pour beaucoup, pour quelques uns ?", qu'une fois la loi votée, le nombre d'homosexuels mariés chaque année en France ne devrait pas excéder 2 à 3 jours d'inscriptions au chômage.
Même en incluant la procréation assistée, les enfants "issus" de ces unions légalisées par Monsieur le Maire de personnes de même sexe seraient annuellement quelques centaines, éventuellement un gros millier. En 2011, 827 000 naissances ont eu lieu en France, dont plus de la moitié hors mariage.

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Quand sondage rime avec bidonnage - Déchiffrage statistique pour tous"
- Les sources des chiffres cités sont :
. Le chômage en France à fin novembre 2012 (statistiques de Pôle Emploi)
. Nombre de personnes pauvres en France (statistiques de l'INSEE)
. Crimes et délits constatés par départements en France en 2011 de l'ONDRP (statistiques de l'Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales)
. Evolution des naissances, de la natalité et de la part des naissances hors mariage en France (statistiques de l'INSEE)

lundi 3 décembre 2012

La sémantique déjoue un complot du Grand Capital

Grâce à la sémantique, j'ai pu, aujourd'hui en fin d'après-midi, mettre à jour un complot économique.
Voici les faits.

Désireux d'effectuer quelques emplettes, je me suis rendu dans le grand magasin libre-service que je fréquente régulièrement et dont la marque fleure bon l'intersection routière.
Habituellement, je récupère à l'entrée un petit dispositif qui permet de relever soi-même les prix de ses achats et de payer à une machine d'encaissement automatique juste avant de sortir. Cette façon de procéder est plus rapide que le recours aux services d'une caissière.
Ce soir, le présentoir distribuant les appareils de relève de prix était inaccessible. Une grande pancarte proclamait que le système était hors service pour toute la journée en raison d'un "versionnage correctif". Du fait de cette indisponibilité, j'ai effectué mes courses de manière traditionnelle, ce qui n'était pas survenu depuis une sacrée lurette.

Rendu perplexe par l'expression "versionnage correctif", à peine rentré chez moi, j'ai compulsé dare-dare les meilleurs dictionnaires du moment.
Le mot correctif ne pose guère de problèmes : "qui apporte une correction à quelque chose, une amélioration à un fonctionnement défectueux ; qui vise à redresser une déviation". De ces définitions, il est aisé de supposer que le relevé des prix devait cafouiller quelque peu et que le magasin avait probablement choisi de faire appel à un réparateur patenté.
Par contre, le vocable versionnage, mais aussi le verbe versionner, sont inconnus au bataillon et laissent perplexes. Seul, le terme version est clairement spécifié : "action de traduire un texte d'une langue dans une autre ; texte qui en résulte".
Diantre ! Quel rapport entre la traduction et un bidule qui compte les achats que je réalise ?

En y réfléchissant un peu, j'ai fini par dégoter une explication plausible.
Depuis un peu moins de onze ans, la France a abandonné le Franc, sa monnaie séculaire, au profit de l'Euro, la devise européenne. Toutefois, la très grave crise économique et financière que nous subissons depuis 2008 laisse planer le spectre d'un effondrement de l'Euro et d'un retour au Franc.
Il est probable que les patrons de l'entreprise où je fais mes courses - naguère membres des "deux cent familles" - disposent d'informations privilégiées sur l'imminence d'un changement monétaire et qu'il s'y préparent subrepticement, sans daigner avertir leurs prolétaires de clients qu'ils saignent aux quatre veines.
Ils ont lâchement profité que, le lundi, l'affluence est réduite, pour mettre en place dans leurs machines, non pas une traduction, mais une conversion entre l'Euro et le futur nouveau nouveau Franc.
Fort heureusement, la sémantique a permis de débusquer cette odieuse entourloupe du Grand Capital ! Je vous encourage à faire largement connaître autour cette manœuvre éhontée qui risque, une fois de plus, de spolier les travailleurs et les classes populaires.

Linguistico-carrefouriquement votre

Post Scriptum
Je me suis astreint à n'employer dans cet exercice de style, à l'exclusion du barbarisme versionnage correctif, que des termes compréhensibles par un français des années 1950.
En quelque sorte, j'ai tenté de faire une version entre la langue actuelle et celle d'il y a 60 ans en arrière.

Références et compléments
- Les "scannettes" de l'hypermarché Carrefour de Meylan dans la banlieue de Grenoble étaient réellement hors d'usage lundi 3 décembre 2012 pour cause officielle de "versionnage correctif".
- Les dictionnaires consultés au sujet de "versionnage correctif" sont les huit mis en ligne par le CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales).
- Versionnage est, à mon sens, une adaptation française un peu trop littérale de l'anglais versioning dont une meilleure traduction serait gestion des versions, voire simplement version.
- A propos des "deux cent familles" se reporter à la chronique "Besoin d'argumenter ? Les nombres de 1 à 500 !".

vendredi 12 octobre 2012

Mon premier Prix Nobel

C'est avec une satisfaction non feinte que j'ai appris ce midi que j'étais lauréat du Prix Nobel de la paix.
A 51 ans, je réalise mon rêve le plus fou et voisine désormais Henri Dunant, Martin Luther King et Lech Walesa !

Bien sur, j'aurais aimé que Monsieur Jagland, président du comité Nobel norvégien, ou, à défaut, Madame Five, qui, comme son nom ne l'indique pas, est numéro deux de cette noble institution, m'annoncent personnellement cette distinction. Je leur pardonne car ils ont rencontré quelques difficultés pratiques à appeler simultanément les cinq-cent-trois millions six-cent-soixante-dix neuf mille sept-cent-trente co-lauréats. Sans compter que mon numéro de téléphone est en liste rouge.

Peu importe, je ne boude pas mon plaisir !
L'Europe, malgré les atermoiements et difficultés actuels, est une fantastique réussite.
Des peuples qui, pendant deux mille ans, n'ont cessé de se mettre sur la figure, ont décidé, sans contrainte, de vivre en paix les uns avec les autres.
Je suis très fier d'appartenir à la première génération d'européens qui n'aura participé à aucun conflit fratricide ou plutôt, comme le disait Victor Hugo, à aucune guerre civile.

Tels des enfant gâtés, nous affublons l'Union Européenne de tous les défauts imaginables et ses dirigeants actuels ne peuvent guère rivaliser avec Jean Monnet, Konrad Adenauer ou Jacques Delors.
Toutefois, la plupart des états à notre périphérie - à l'exception de l'émirat pétrolier et nobélisateur de Norvège - souhaitent rejoindre l'Union et ont entamé les réformes économiques et, surtout, politiques nécessaires à l'adhésion.
Si les Balkans ont retrouvé une paix, certes froide, c'est grâce à l'Europe. De même, si la Turquie cogne moins souvent et moins fort sur sa population kurde c'est aussi grâce à l'Europe !
Nous l'oublions trop souvent, ce prix Nobel nous rafraîchît opportunément la mémoire.

Grâce à cet honneur que m'a fait le comité Nobel, je peux m'adresser directement et sans fioritures à chacun de mes co-lauréats.
Aussi, je demanderais aux vingt-sept plus éminents d'entre eux de s'atteler d'urgence à trouver ou retrouver un peu d'ambition collective et beaucoup de courage ainsi que la vision des pères fondateurs afin que, dès l'année prochaine, ils puissent accrocher dans leur bureau un second Prix Nobel, d'économie cette fois !

A en croire les gazettes, les leaders de l'Union Européenne auraient quelques soucis pour savoir qui ira recevoir le Prix Nobel à Oslo.
Qu'ils se rassurent ! J'ai bloqué la journée entière du 10 décembre dans mon agenda et mes voisins de bureau peuvent m'aider pour le discours. Nos dirigeants pourront ainsi continuer à travailler à la reprise de la croissance et à la diminution du chômage.

Nobéliquement votre

Post Scriptum : Je forme le voeu qu'une Union Maghrebine et une Union de la Méditerrannée, refondées, pacifiques et démocratiques, voient le jour très vite et soient à leur tour récompensées par les sages d'Oslo.
Depuis janvier 2011, et malgré les vicissitudes du moment, nous savons, qu'à l'instar de mon Prix Nobel, ce n'est plus un rêve impossible.

Compléments et références
- Communiqué officiel du comité Nobel norvégien me décernant le Prix Nobel de la paix 2012 avec les cinq-cent-trois millions six-cent-soixante-dix neuf mille sept-cent-vingt-neuf autres citoyens de l'Union Européenne : original en anglais, traduction en français par le journal Le Monde.
- D'après Wikipedia, l'Union Européenne avait, au 1er janvier 2012, une population de cinq-cent-trois millions six-cent-soixante-dix neuf mille sept-cent-trente habitants.

jeudi 28 juin 2012

Affronter la crise, cet éternel recommencement : le programme de Paul Reynaud en 1938

"Nous n'avons pas un problème monétaire mais un problème économique et financier".
"Le programme [de redressement] comporte quatre parties principales : des dispositions fiscales, une convention nouvelle avec la Banque [centrale], des mesures tendant à assouplir le statut du travail, un programme d'économies".

Ces phrases - incroyablement actuelles - ne proviennent pas d'un quelconque "sommet européen crucial" à Bruxelles mais datent de novembre 1938.
Ce sont les grandes lignes de ce que nous appellerions aujourd'hui le plan d'ajustement administré alors par Paul Reynaud.

Cet homme politique atypique avait été appelé au ministère des finances par l'Assemblée Nationale du Front Populaire totalement déboussolée, pour tenter de faire face à la crise tenace et au péril nazi.
Peu après sa prise de poste, Paul Reynaud déclara "croyez-vous que la France puisse à la fois maintenir son train de vie, dépenser 25 milliards d'armement et se reposer deux jours par semaine ?".
En quelques mois, il va mener une politique résolue de réduction du déficit budgétaire et d'augmentation des dépenses militaires.
Il stoppe aussi le recrutement des fonctionnaires, interdit toute nouvelle nationalisation et obtient l'autorisation parlementaire de consolider les emprunts d'état. Il finance l'effort d'armement par des mesures fiscales drastiques : relèvement des taux des impôts existants et création d'une contribution nationale extraordinaire.
Paul Reynaud augmente aussi le temps de travail, en amenant la durée hebdomadaire à 41.5 heures et en déplafonnant les heures supplémentaires.
Cette politique de rigueur a été acceptée par les mêmes députés qui, un peu plus de deux ans auparavant, avaient voté les mesures emblématiques du gouvernement de Léon Blum dont nous gardons un souvenir ému : congés payés, semaine de 40 heures, hausse des salaires ...

Comparaison n'est pas raison mais, comme le disait le sympathique grec Thucydide, "tout pays qui ne connait pas son passé s'expose à le revivre".

Qui seront les Paul Reynaud de François Hollande en France et de Moncef Marzouki en Tunisie ?
Il devient urgent qu'ils se manifestent.
Les postulants éventuels peuvent déposer leur candidature dans les commentaires de ce blog, je transmettrai.

Deficitiquement votre

Références et compléments
- La postérité n'a pas été clémente avec Paul Reynaud. Cet homme lucide et énergique a manqué une seule fois dans sa vie politique de jus et de discernement.
En juin 1940, bien qu'ayant envoyé Charles De Gaulle à Londres, il fait entrer Philippe Pétain dans son gouvernement et ne trouve pas l'énergie de continuer le combat. On connait la suite ...
Pour plus de détails biographiques sur Paul Reynaud, se reporter aux articles de Wikipedia et du site du ministère de l'économie et des finances.
- Autre rappel historique : la même Assemblée Nationale, élue en 1936 avec une majorité dite de "Front Populaire", a approuvé successivement les avancées sociales de Léon Blum, le plan de rigueur de Paul Reynaud et les pleins pouvoirs conférés à Philippe Pétain.
- Un grand merci à Alain qui a retrouvé des journaux de 1938.
Les deux citations au début de ce billet proviennent du Journal de la Bourse du 19 novembre 1938.
La citation de milieu de chronique est issue de Wikipedia.
- Il n'est pas certain que la phrase de Thucydide soit exacte, ni même qu'il en soit l'auteur.
Toutefois, je n'ai pas réussi à résister au plaisir de citer un auteur grec à propos de la crise. La pensée grecque est une valeur plus sure que la drachme, voire l'euro ...
  

dimanche 20 mai 2012

Des encyclopédies et de l'iPhone au fil des présidences de la république française

Enfant, dans les années 1960, lors de la présidence de Charles de Gaulle, chez mes grand-parents, j'aimais aller au grenier et me plonger avec délices dans le dictionnaire universel Larousse en sept volumes acquis par mon arrière-grand-père au début du vingtième siècle.
Les descriptions technologiques dataient un peu et ni les deux conflits mondiaux, ni la décolonisation n'y figuraient.
Toutefois, une bonne part du contenu de cette somme était encore compréhensible et intéressant. Ces dictionnaires étaient une sorte de trésor familial utilisé par plus de trois générations.

Plus tard, au cours des mandats de Georges Pompidou et de Valéry Giscard d'Estaing, je reçus en cadeau une version modernisée, le Larousse encyclopédique en trois volumes.
Au début de la décennie 1970, un tel ouvrage était une dépense conséquente et peu de familles pouvaient se l'offrir. Mes parents faisaient aussi l'effort de maintenir à jour cet investissement en achetant environ chaque deux ans le "Quid", recueil annuel de statistiques et de données diverses.
Ce qui me paraissait être alors des mastodontes de savoir étaient des nains informationnels à l'aune actuelle. Le Larousse encyclopédique ne devait guère dépasser 500 Mégaoctets et le Quid 5 Mégaoctets, soit, respectivement, un soixantième et un six millième de la capacité d'un iPhone.
Le renouvellement annuel de l'information encyclopédique dans ma famille équivalait en quantité de données à une petite application pour smartphone.
Dans de telles conditions, l'enseignement faisait la part belle à la mémoire. L'information était difficile d'accès, peu variable et coûteuse. Pour être à l'aise dans ses vies personnelles, professionnelles et sociales, il était indispensable d'emmagasiner suffisamment de connaissances et de se les remémorer à bon escient.

Devenu étudiant, en 1982, au début du règne de François Mitterrand, durant mon projet de fin d'études, j'ai eu besoin d'obtenir les caractéristiques physiques de gaz spéciaux.
Heureusement, mon stage se déroulant à Grenoble, je pus aller à la bibliothèque universitaire où, après avoir fureté plusieurs heures dans les rayonnages, je finis par dénicher un recueil de données.
En dehors d'une grande ville ou d'une entreprise spécialisée, je n'aurais jamais pu avoir accès à ces valeurs. Trouver un expert du domaine était aussi une tâche quasi impossible.
Désormais, obtenir ces informations ne nécessite que quelques minutes. Il suffit d'interroger Google ou Wikipedia avec le nom du gaz. Avec les communications mobiles, cela peut être fait à toute heure et en tout lieu.
Histoire de rajeunir, j'ai effectué, avec succès mais sans mérite, cette recherche, tout à l'heure, à l'aéroport de Roissy, en tapotant sur mon smartphone.

Aujourd'hui, alors que François Hollande vient d'accéder à la magistrature suprême, notre relation à l'information est totalement changée.
Les coûts de diffusion et de traitement se sont effondrés. Le moindre ordinateur possède une capacité de stockage équivalente à plus de deux cent cinquante mètres de rayonnages d'encyclopédie Larousse.
La Toile, omniprésente, est à même de répondre à nos désirs ou à nos questions. Moteurs de recherche et réseaux sociaux nous conduisent, sans délai, dans le moindre de ses recoins.
Ces bouleversements modifient durablement nos vies mais aussi la société. Comment, entre autres, enseignement, expertises et médias pourraient-ils rester les mêmes ?
La mémoire n'est plus indispensable puisque nous sommes tous dotés d'une myriade connectée de cerveaux auxiliaires au stockage plus efficace que notre matière grise.
De surcroît, collaboration et copie - oserai-je dire plagiat - deviennent centrales.
L'essentiel de ce que nous envoient nos cercles de connaissances sur les réseaux sociaux sont des retranscriptions plus ou moins retouchées d'éléments préexistants. Nous avons réinventé et magnifié, sans en être conscients, le mode de travail des peintres de la Renaissance où plusieurs artistes participaient collectivement à l'élaboration d'un même tableau.
Nous pouvons regretter le monde d'avant internet, mais, que nous le voulions ou non, il a disparu définitivement durant les présidences de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy.

Pour rythmer cette chronique, j'ai évoqué les présidents successifs de la cinquième république française.
Cela m'a permis, de souligner combien le discours et l'action politiques ont peu pris en compte les révolutions que nous vivons.
Pourtant ce maelström est probablement une des causes profondes des crises actuelles, au delà des aspects financiers de court terme.
Ce bouleversement est aussi la seule opportunité de sortir par le haut du marasme ambiant. Encore faudrait-il savoir collectivement ne pas s'accrocher trop aux branches mortes de notre glorieux passé.

Iphoniquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Timbres, iPhone et salaires ouvriers" de janvier 2012
- Sur le même thème, je recommande le livre de Michel Serres "Petite Poucette" (Editions Le Pommier, 2012).
- Afin d'obtenir la hauteur rendue nécessaire par le sujet, cette chronique a été écrite, ou plutôt tapotée, à plus de 37 000 pieds, dans l'avion reliant Paris à Mumbai le 20 mai 2012.

samedi 10 décembre 2011

Notations de crise

Les maux de la crise ne seraient-ils pas dans ses mots ?

Moody soit mon cerveau lent ! Depuis plus de six jours, ma pensée est devenue Standard & Pauvre et risque d'être emportée dans un cataclysme mondial d'une ampleur inégalée.

La valeur de mes lignes s'effondre. Mon talent rédactionnel subit une sévère crise de solvabilité : il s'est, pour ainsi dire, dissout.
Mes avoirs linguistiques sont réduits à néant, mes activités scripturales frisent le krach. Impossible d'émettre le moindre papier, mes neurones semblent partis dans un paradis fiscal.
Bref, sans même consulter les trois célèbres aaagences fort occupées par ailleurs, je sens bien que ma notaaation se dégrade, que je perds mes précieux A les uns après les autres.
L'heure est grave, le cours de l'humeur mondialisée flanche. Je vous Fitch mon billet que ce blog a une chance sur deux de se défaire avant Noël !

Comment vais-je pouvoir remettre mon appareil productif en ordre de marche ? Comment pourrais-je créer un salutaire choc de confiance ? Faut-il que je révise les traités sur la rédaction de chroniques ? que je convoque un sommet lexical ? Y a-t-il un institut d'émission de bons mots capable, en dernier recours, de m'en prêter quelques uns pour me renflouer ?
Il me faut un sérieux plan de rigueur. Que dis-je ? pas un, au moins trois !

C'est donc décidé, ce blog va devenir austère.
Je vais cesser de relater mes voyages dispendieux et mes humeurs triple C. Désormais, je me consacrerais exclusivement à des sujets sérieux. Deux thèmes permettront à ces chroniques de se désendetter :
- l'exégèse de la pensée mystique et néanmoins sociale de Jean-Claude Trichet,
- la relation de la vie sexuelle de la jeune Angela Merkel dans la République Démocratique Allemande du regretté Erich Honecker.

Zur le blan linguiztik, avin d'an vinir afec la guoubaple vrifolité de l'Eurobe ladine et tu Maqhrep, dézormais zes gronigues zeront rédichées an alleumant foire même an naurfaijien.
Ch'enfizache auzi te m'ajeder tes lunèddes rouches bour afoir l'air anguore blus rikoureux.

Joliment standard & pooriquement votre