Affichage des articles dont le libellé est Konrad Adenauer. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Konrad Adenauer. Afficher tous les articles

mardi 8 octobre 2013

Rached Ghannouchi n'est pas Nelson Mandela !

En Tunisie, Houcine Jaziri, ci-devant très provisoire secrétaire d'état à l'immigration, a déclaré aujourd'hui que le leader du parti islamiste Ennadha était "notre Mandela national".
Je trouve dommage que cette noble éminence se soit arrêtée en si bon chemin. Charles de Gaulle et Mikhaïl Gorbatchev n'auraient pas déparé le tableau.

Certes, un très fragile "dialogue national" vient de débuter à Tunis qui laisse timidement augurer d'une possible sortie de la crise politique et sociale dans laquelle le pays du jasmin se débat depuis de trop longs mois.
Usés jusqu'à la corde par un pouvoir qu'ils ont été incapables d'assumer, les partisans d'Ennadha pourraient - rien n'est certain au moment où j'écris ces lignes - céder leurs fauteuils dans les jours à venir. Ils signeraient par ce retrait un terrible aveu d'échec.

Malgré les formidables perspectives offertes par son succès électoral de 2011, Rached Ghannouchi n'a pas su passer outre les dogmes de son camp et prendre le risque de quitter la terre ferme de ses certitudes pour le grand large des percées historiques.

A l'inverse, Nelson Mandela qui fut personnellement engagé dans des actions - risquons le mot - terroristes a osé du fond de sa prison inverser ses perspectives et proposer à l'ensemble des sud-africains une paix des braves et une cohabitation minimale.
Cette transgression était particulièrement courageuse. La démographie, la lutte armée et la situation internationale auraient, dans la durée, fourni le pouvoir aux noirs au prix de nombreuses victimes.
A rebours de l'opinion majoritaire de leurs partisans, Mandela et De Klerk ont fait le pari de la négociation et de la transition entre l'ANC et le pouvoir blanc de l'apartheid.

De même, en pleine débâcle, De Gaulle, militaire de carrière, catholique, profondément nationaliste, a tourné le dos à sa formation et sa tradition en désobéissant et même en désertant pour, dès le 18 juin 1940, initier la France libre à Londres.

Pareillement, Gorbatchev, prototype de l'apparatchik communiste, arrivé en position de pouvoir absolu, a renversé la table et mis à bas l'édifice soviétique, préférant tenter une libéralisation plutôt d'attendre confortablement l'implosion du système mis en place par le regretté Staline.

Ennadha a raté une exceptionnelle opportunité historique. Rached Ghannouchi aurait pu devenir le Konrad Adenauer du monde arabe.
Il n'a été, pour l'instant, qu'un pale reflet religieux de Gamal Abdel Nasser qui parla beaucoup, promit tout autant, ne sut pas prendre la mesure de la réalité et, au final, délivra très peu.

Tahia Tounes !

Toujours autant tunisiquement votre

vendredi 12 octobre 2012

Mon premier Prix Nobel

C'est avec une satisfaction non feinte que j'ai appris ce midi que j'étais lauréat du Prix Nobel de la paix.
A 51 ans, je réalise mon rêve le plus fou et voisine désormais Henri Dunant, Martin Luther King et Lech Walesa !

Bien sur, j'aurais aimé que Monsieur Jagland, président du comité Nobel norvégien, ou, à défaut, Madame Five, qui, comme son nom ne l'indique pas, est numéro deux de cette noble institution, m'annoncent personnellement cette distinction. Je leur pardonne car ils ont rencontré quelques difficultés pratiques à appeler simultanément les cinq-cent-trois millions six-cent-soixante-dix neuf mille sept-cent-trente co-lauréats. Sans compter que mon numéro de téléphone est en liste rouge.

Peu importe, je ne boude pas mon plaisir !
L'Europe, malgré les atermoiements et difficultés actuels, est une fantastique réussite.
Des peuples qui, pendant deux mille ans, n'ont cessé de se mettre sur la figure, ont décidé, sans contrainte, de vivre en paix les uns avec les autres.
Je suis très fier d'appartenir à la première génération d'européens qui n'aura participé à aucun conflit fratricide ou plutôt, comme le disait Victor Hugo, à aucune guerre civile.

Tels des enfant gâtés, nous affublons l'Union Européenne de tous les défauts imaginables et ses dirigeants actuels ne peuvent guère rivaliser avec Jean Monnet, Konrad Adenauer ou Jacques Delors.
Toutefois, la plupart des états à notre périphérie - à l'exception de l'émirat pétrolier et nobélisateur de Norvège - souhaitent rejoindre l'Union et ont entamé les réformes économiques et, surtout, politiques nécessaires à l'adhésion.
Si les Balkans ont retrouvé une paix, certes froide, c'est grâce à l'Europe. De même, si la Turquie cogne moins souvent et moins fort sur sa population kurde c'est aussi grâce à l'Europe !
Nous l'oublions trop souvent, ce prix Nobel nous rafraîchît opportunément la mémoire.

Grâce à cet honneur que m'a fait le comité Nobel, je peux m'adresser directement et sans fioritures à chacun de mes co-lauréats.
Aussi, je demanderais aux vingt-sept plus éminents d'entre eux de s'atteler d'urgence à trouver ou retrouver un peu d'ambition collective et beaucoup de courage ainsi que la vision des pères fondateurs afin que, dès l'année prochaine, ils puissent accrocher dans leur bureau un second Prix Nobel, d'économie cette fois !

A en croire les gazettes, les leaders de l'Union Européenne auraient quelques soucis pour savoir qui ira recevoir le Prix Nobel à Oslo.
Qu'ils se rassurent ! J'ai bloqué la journée entière du 10 décembre dans mon agenda et mes voisins de bureau peuvent m'aider pour le discours. Nos dirigeants pourront ainsi continuer à travailler à la reprise de la croissance et à la diminution du chômage.

Nobéliquement votre

Post Scriptum : Je forme le voeu qu'une Union Maghrebine et une Union de la Méditerrannée, refondées, pacifiques et démocratiques, voient le jour très vite et soient à leur tour récompensées par les sages d'Oslo.
Depuis janvier 2011, et malgré les vicissitudes du moment, nous savons, qu'à l'instar de mon Prix Nobel, ce n'est plus un rêve impossible.

Compléments et références
- Communiqué officiel du comité Nobel norvégien me décernant le Prix Nobel de la paix 2012 avec les cinq-cent-trois millions six-cent-soixante-dix neuf mille sept-cent-vingt-neuf autres citoyens de l'Union Européenne : original en anglais, traduction en français par le journal Le Monde.
- D'après Wikipedia, l'Union Européenne avait, au 1er janvier 2012, une population de cinq-cent-trois millions six-cent-soixante-dix neuf mille sept-cent-trente habitants.