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mercredi 3 août 2016

Chercher l'âme sœur en Tunisie

​Parcourir les sites tunisiens d'annonces en ligne est un bonheur sans cesse renouvelé.
Voici un échantillon de recherches matrimoniales.

A la recherche d'un homme sérieux pret pour le mariage, les passes temps et les aventuriers s'abstenir!

Salut ,Toute ma vie été prise par l'étude le boulot et la famille et comme on dit mieux vaut tard que jamais...Jeune homme de tunis ,charmant,souriant, bien cultivée et de bonne famille, situation professionnelle stable ,je cherche une Femme charmante, sérieuse élégante cultivée de bonne famille.

Jeune fille, 42 ans allure plus jeune, cadre de bonne famille, pratiquante non voilée, cherche un homme sérieux, mure, responsable, bonnes qualités morales, ayant un poste stable, prêt pour mariage cette année si affinité.

Que ce que je t'aime! Que ce que tu es idiote, et que ce que tu es injuste ; Que ce que tu es orgueilleuse, tu préfères pleurer toute une vie d'avoir laisser partir ton homme sans rien dire, sans rien faire;
Je suis ici pour te donner une chance, si tu te reconnais !

Belle jeune fille, niveau universitaire, issue d'une très bonne famille, à la recherche d'un homme avec des qualités physiques acceptables mais surtout avec de bonnes qualités morales
Année de naissance : 1980

Je suis à la recherche de relation sérieuse fondé sur l amour et le respect mutuel.
Je cherche une belle femme voilée de bon caractère tendre, honnête, fidèle, active qui respecte bien la vie en couple et qui habite a Tunis ville

J.fille 43ans styliste d'une bonne famille serieuse calme honnete respectueuse présentable ayant un petit atelier et posede un appartement .je cherche un homme serieux ou veuf qui reside a Sousse age 43a50 l'essentielle d'avoir un foyer heureux plein de joie de paix et beaucoup d'amour .non serieux s'abstenir..

Je un suis ingénieur de situation stable, jamais marié, élégant, Galant, non buveur, non fumeur, souriant .Je cherche une femme responsable, sérieuse, honnête, bon niveau culturel, célibataire ou divorcé pas problème.

slt, j ss a la recherche d'un Homme pour refaire ma vie. g 34 ans, j ss divorcee sans enfant, fonctionnaire ds une ste privee. j'aimerais bien k mon homme sois simple,sincere, serieux, honnete et le reste c a decouvrire.. je prefere k'il soit divorce sans enfant. bonne chance

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jeune femme div avec 2 fille en charge
voilée cultivée esprit ouvert romantique
cherche mon âme sœur div ou veuf qui a des enfant en charge ou stérile
pour q on puissent fonder un foyer sur des bases solide

Tunisien résident a Paris cherche fille de bonne famille belle femme au foyer ne depasse pas 33 ans
pour celles qui ne correspondent pas au profil recherché, veuillez s'abstenir.....
intéressées veuillez donner une description détaillée + une photo.

BLONDE SERIEUSE CHERCHE L'HOME DE MA VIE
slt à tous,je suis une femme célibataire à l'age de 32ans charmante de bon coeur,bien cultivée de bonne famille très spontanée,moderne et conservatrice à la fois et très romantique.je suis à la recherche de l'home de ma vie,un home sérieux,responsable et fidèle qui respecte la femme afin de vivre en stabilité et fonder une famille,pour ceux qui sont intéressés vous pouvez m'envoyer vos liens Facebook,je vous attends et merci d'avance.

je suis une personne fonctionnaire dans une ste prive j'ai ma propre maison
je cherche une femme pour continuer la vie
,je suis un responsable de mes paroles . généreux ,déterminé mais avec grande patiente
je cherche une femme gentille sympas fidèle respectueuse
voila mon numéro de contact :54******
veuillez me croyez :je n’utilise pas facebook

Romantiquement votre

Références et compléments
Voir aussi les chroniques "les annonces automobiles en Tunisie ultime refuge du surréalisme" et "le charme méconnu des noms de rue en Tunisie".

Toutes ces extraits d'annonces matrimoniales ont tous été scrupuleusement recueillis sur le site Ballouchi.com début août 2016. Je revendique toutefois une subjectivité certaine dans le choix des annonces.
Graphie, ponctuation, grammaire et orthographe ont été strictement respectées.

lundi 31 août 2015

L'avenir est à la séparation des sexes

En Tunisie, depuis que les kamikazes sur deux roues ont abandonné le port du casque intégral, la croyance du même type connaît un certain succès, voire un succès certain.
Les tenants de cette hyper-théologie se livrent, avec opiniâtreté, à une ségrégation sexuelle d'excellente facture.
À chaque instant et en tout lieu, il leur importe qu'hommes et femmes soient strictement séparés.

Au risque de surprendre, je tiens à souligner que les promoteurs de ce comportement sont résolument modernistes et révolutionnaires.
Malheureusement, afin de ne pas choquer les trop nombreuses personnes à la morale étriquée, ils sont obligés d'avancer masqués en se faisant passer pour d'incurables conservateurs.
Pourtant, la justification principale de cette pratique novatrice est la nécessité d'une osmose et, même, d'une fusion intime entre les deux genres de l'humanité.

Beaucoup trop de pays comme la France, ou, pire encore, l'Europe du Nord, s'avachissent dans un égalitarisme débilitant.
Sous le prétexte fallacieux de ne discriminer personne, les deux sexes n'y ont plus aucun secret l'un pour l'autre, donc plus aucune véritable attirance.
Le commerce charnel, totalement banalisé, s'il est encore pratiqué par habitude, n'intéresse plus guère.

À l'inverse, établir un strict apartheid entre mecs et gonzesses décuple les envies des unes ou des uns vis à vis des autres.
Rien ne vaut la rareté, voire la pénurie, pour susciter le besoin !
Rien ne vaut la prohibition pour décupler l'obsession de la transgression !
Contrairement à ce que la prétendue sagesse des nations occidentales voudrait nous faire croire, la décence, loin de la réduire, génère la concupiscence.

Naguère, les communistes soviétiques avaient sous-estimé ces ressorts puissants de l'âme humaine.
Leur grande erreur a été de construire le Mur de Berlin.
Résultat des courses, les allemands de l'est n'ont eu de cesse de vouloir goûter aux joies de l'autre versant du Rideau de Fer.
Si le regretté Erich Honecker s'était contenté d'une simple frontière traditionnelle gardée par de bedonnants douaniers, les habitants de Leipzig rouleraient encore en Trabant et les nageuses aux hormones continueraient leur razzia sur les médailles olympiques.

Toutefois pour maintenir en permanence un désir irrépressible d'un sexe pour son complémentaire, la ségrégation doit être absolue. Tout relâchement dans la discipline crée, sans délai, un affadissement préjudiciable.
La distance est la clef de l'attirance.

La vie moderne urbaine n'est, hélas, guère propice à une disjonction des genres digne de ce nom.
À croire, que des "bougres, asexués sans doute, aux charmes de Vénus absolument rétifs" s'ingénient à favoriser une détestable promiscuité.
Transports, guichets, bureaux, commerces et autres endroits de corruption des mœurs - à l'instar des mobylettes tunisiennes et des Trabant d'Erich Honecker - carburent au mélange.

Fort heureusement, les fans de l'intégralité ne sont pas à court de ressources pour relever ce défi récurrent.
Dès que leur radar détecte la potentialité d'un homme, les nénettes se transforment illico en disciples zélées du regretté Commandant Cousteau, toutefois sans les bouteilles et le masque.
Cette tenue aquatique, grâce à l'aura de mystère dont elle enveloppe la femme, agit comme un aimant vis à vis des mâles.
Quelque part, les scaphandres génèrent les gendres.

Certaines circonstances particulières exigent des mesures encore plus drastiques qu'à l'ordinaire.
Par exemple, lors des fêtes de mariage - insidieux festivals du brassage qu'on croirait sponsorisés par Heineken - la digue des sexes risque, à tout moment, de se rompre.
Pour éviter de réduire à néant des semaines entières d'effort ségrégationniste, il convient - pendant que les nanas profitent des réjouissances, de la musique assourdissante et du henné - de cantonner les mecs dans des zones certifiées gonzesses-free.
Lieux et bâtiments sont mis à profit pour faciliter ce parcage. Arrière-cours, dessous d'escalier et tous les terrains pas trop bosselés permettent, sans trop de mal, de remiser les hommes loin des meufs.

Le futur marié est particulièrement surveillé car son impatience, certes légitime, pourrait gâcher, à quelques heures près, une apothéose prévue de longue date.
Aussi, comme les taureaux de combat avant la corrida, il est soigneusement tenu à l'écart et sous bonne garde pour qu'il conserve intégralement son influx.

Conformément aux habitudes de ce blog et n'hésitant à payer de ma personne, j'ai récemment testé, à l'attention de mes fidèles lecteurs, cette pratique à l'avenir prometteur.

J'ai participé, du début à la fin, à une longue soirée ségréguée de mariage dont je remercie chaleureusement les organisateurs - qui se reconnaîtront - pour leur aimable invitation.
J'ai vécu une expérience mémorable sur un parking chichement éclairé et réservé aux porteurs de chromosomes Y, à plusieurs dizaines de mètres de la zone féminine.

Depuis mon service militaire - et encore ! - j'avais perdu l'habitude des sociétés exclusivement masculines.
Passés les premiers moments de découverte, cette séparation sexuée s'avère, à l'usage, agréable et même fructueuse.
Mon épouse étant opportunément retenue pour un bivouac sous le chapiteau pour femmes, j'ai réussi à nouer, aisément et à son insu, une relation tout aussi subreptice que prometteuse avec un superbe et avenant ...

... véhicule Citroën stationné à proximité !!!

L'avenant véhicule Citroën rencontré sur un parking masculin de mariage durant l'été 2015.
Le lecteur attentif remarquera que ce bel engin, pour pouvoir stationner au milieu de la zone des hommes, est exempt de roues voilées.
On notera aussi, sur la gauche du cliché, fixé sur un poteau, un coffret électrique du meilleur aloi. Trop absorbé par ma relation automobile et enivré par les mâles gravitant autour de moi, je n'ai pas eu la présence d'esprit de nouer aussi des liens avec ce superbe appareil.
Intégralo-parkinguement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques :
- Merci à F. qui lui aussi se reconnaîtra. Au cours du mariage relaté ici, nous avons échangé et conforté nos points de vue respectifs.

- La citation entre guillemets et en italique est extraite de la chanson "le blason" de Georges Brassens aux résonances avec cette chronique.
Je vous invite à la (re)découvrir intégralement derrière ce lien.

mercredi 5 août 2015

La Tunisie vivante ! - Récit d'un week-end au Kef

La peur n'empêche pas de mourir, elle empêche de vivre.
Naguib Mahfouz (écrivain égyptien, prix Nobel de littérature)

Le week-end du 1er août 2015, nous nous sommes rendus, en famille, au Kef, au nord-ouest de la Tunisie, à 160 km de la capitale, pour des fiançailles.

Dans cette région, des djihadistes sont retranchés au coeur des montagnes frontalières avec l'Algérie.
Les combats entre l'armée et les terroristes y sont devenus réguliers depuis plus de deux ans. Les forces tunisiennes peinent à rétablir la situation sécuritaire et ont subi de lourdes pertes.
Sur le strict plan militaire, les fauteurs de troubles n'ont été jusqu'ici que fort peu inquiétés.
Ce week-end là encore, aux dires officiels du ministère tunisien de la défense, une "action d'envergure" et une "chasse à l'homme" étaient en cours à 25 km environ à l'est du Kef.
Nous avons d'ailleurs croisé des transports de troupes et un blindé léger avec des soldats en armes en transit vers et depuis les lieux d'affrontement.

Pendant ce temps, les fiançailles se sont déroulées comme n'importe où ailleurs en Tunisie.
Les ingrédients habituels d'une telle fête familiale étaient réunis et réussis : assistance nombreuse, musique assourdissante, danses, pâtisseries, jus de fruits, hommes endimanchés et femmes rivalisant d'élégance, innombrables poignées de mains et embrassades ...
L'ensemble enrobé de bonne humeur et de politesse.

Bref, tout, absolument tout, ce que détestent les djihadistes.
Quand on souhaite ne voir qu'une seule barbe ou qu'un seul voile confits en dévotion et tremblants de peur, des personnes libres qui s'apprécient, se respectent et prennent ensemble du bon temps sont proprement insupportables.

Il peut paraître choquant de faire la fête à quelques mètres d'une route empruntée par des militaires partant au combat.
Mais comment définir le périmètre où toute réjouissance devrait être suspendue ? à moins de 10 km des zones militaires ? au Kef même ? à l'ouest de Medjez el Bab ? à Tunis ? sur tout le territoire tunisien ?
Les terroristes ont pour objectif que nous cessions de nous comporter normalement et que nous commencions à les craindre.
Si nous suspendons nos activités sociales et familiales, nous leur offrons, sur un plateau normalement réservé pour les pâtisseries et le thé, une première victoire à peu de frais.
Respecter et honorer les victimes, c'est d'abord ne pas dévier.

Les familles des fiancés ont eu raison d'organiser cette fête. Nos vies ne peuvent être prises en otage par des barbares armés.
Ces tunisiens - ma famille, mes amis - montrent ainsi qu'ils sont, plus que jamais et comme toujours, debout, accueillants et tolérants.
Ils expriment aussi de cette façon que la religion pratiquée assidûment par une grande majorité d'entre eux, n'est pas l'infâme caricature dévoyée que les terroristes propagent.

Merci pour cette belle soirée keffoise.

Tunisiquement votre

Références et compléments
J'ai beaucoup hésité à publier cette chronique car je la trouvais très personnelle et avais des scrupules à revenir publiquement pour la énième fois sur le terrorisme en Tunisie.
De fidèles lecteurs tunisiens, que je remercie, m'ont convaincu de changer d'avis.

vendredi 15 mai 2015

Un destin français : Françoise Arbenne-Reinier migrante

Seulement 4 générations me séparent de la grand-mère de mon grand-père paternel qui naît à Chambéry, en Savoie, le 28 juillet 1837.
Elle est alors un des 5 millions de sujets de Sa fort peu libérale Majesté Charles-Albert de Savoie-Carignan, monarque turinois, autoritaire et multi-cartes, duc de Savoie, prince du Piémont et roi de Sardaigne, aux possessions s'étendant sur les deux versants des Alpes.
L'histoire de mon aïeule, aux résonances étonnamment actuelles, permet d'apprécier l'amplitude de beaucoup de mutations survenues depuis cette époque.

Une vie démarrée sous de bien mauvais auspices

À peine son accouchement termié, Suzanne Lieutaz, 24 ans, n'a que le temps de donner un prénom, Françoise, et un nom de famille, Arbenne, à son bébé.
Aussitôt, la môme est soustraite à sa mère par des religieuses catholiques qui la baptisent et la placent dans une famille que l'on n'ose qualifier d'accueil.

En effet, Suzanne est ce qu'on appelle au XIXème siècle une "fille-mère". C'est à dire une jeune femme qui a eu la malchance d'être mise enceinte par un garçon refusant le mariage ou, à défaut, la légitimation de l'enfant.
Le sort semble s'acharner sur Suzanne. Elle est elle-même née en 1813 d'une “fille-mère”, Georgine Vallier, originaire de Saint Alban Laysse, commune limitrophe de Chambéry.

Les naissances hors mariage, bien que représentant plusieurs pourcents de la population savoyarde, attirent une forte réprobation sociale.
Les nouveau-nés sont qualifiés du vocable infamant "d'enfants naturels".
Comme il n'est pas question que des familles monoparentales troublent l'ordre naturel cher à Joseph de Maistre, l'Église organise le placement systématique de ces enfants, traités encore plus rudement que les orphelins, chez des paysans en montagne.

Le seul privilège de ces malheureux est que leur mère, juste avant de les quitter définitivement, peut choisir pour eux le nom de famille qui remplacera celui du père "non dénommé".
Beaucoup d'enfants "naturels" tirent ainsi leur nom du village d'origine de leur mère. Ainsi Arbenne a de fortes chances d'être lié au village d'Arbin, dans la vallée de l'Isère, à 20 kilomètres de Chambéry.
Parfois, le pseudo-patronyme est plus original comme Banquette ou Martyre.

Toutefois, l'état-civil sarde, tenu par les curés, n'étant pas un chef d'oeuvre de rigueur, de nombreux enfants "naturels" changent de nom, et parfois même de prénom, au cours de leur vie, à l'instar de la mère de Françoise, tantôt Suzanne Lieutaz, tantôt Suzanne Reinier.

Le jour même de sa naissance, Françoise Arbenne est ainsi fourguée à Françoise Mermet, sa marraine de circonstance, qui vit dans le hameau du même nom au coeur du massif des Bauges surplombant Chambéry.

Acte de naissance de Françoise Arbenne (source archives départementales de Savoie)

La montagne est certes belle mais surtout rude

Les Mermets sont un des nombreux hameaux du village savoyard répondant au nom peu engageant des Déserts.
Située en moyenne montagne, à environ 1 000 m d'altitude, au pied du Mont Margeriaz, cette commune dépend du “mandement de Chambéry”.

Les Déserts sont, à vol d'oiseau, à seulement une dizaine de kilomètres du chef de lieu de la "Savoie Propre".
Toutefois, aucune véritable route carrossable - au sens étymologique - ne traverse le massif des Bauges. Les 700 mètres de dénivelé depuis Saint Alban Leysse dans la vallée s'effectuent à pied ou mule en deux bonnes heures.
En hiver, la neige tient au sol plusieurs mois d'affilée et rend ces sentiers plus difficiles à pratiquer.

1 500 personnes environ habitent aux Déserts.
En un petit demi-siècle, depuis la Révolution, cette population a été multipliée par 1.5. Les premiers maigres progrès sanitaires, agricoles et techniques ont accru la longévité sans pourtant changer notablement les conditions d’existence sur ces ingrates terres de montagne.

Les registres d'état-civil sont d’une implacable régularité. La plupart des jeunes femmes ont une grossesse par an et l'essentiel des naissances se concentre en début d’année.
Ce rythme témoigne de familles luttant pour leur subsistance.
Chaque hiver, les hommes quittent leur village pour exercer des activités saisonnières loin de leur domicile : colportage, ramonage et autres petits métiers de services dans les grandes villes.
À leur retour, au début du printemps, les retrouvailles avec leurs épouses sont faciles à imaginer.
L'avantage de ce calendrier est que durant le pic des travaux agricoles en été les grossesses ne sont pas suffisamment avancées pour empêcher les futures mères de trimer aux champs.
Les accouchements et les débuts d’allaitement ont lieu en hiver, entre femmes, alors que les maris sont loin du village.
Ce cycle infernal est désastreux sur le plan sanitaire. La mortalité féminine et infantile est élevée, quoique plus faible qu’au siècle précédent.
Lors du recensement de 1848, les Déserts comptent 48.5% de femmes et 51.5% d’hommes, une proportion inverse de celle de la France de 2015.

Les conditions de vie difficiles, l'alimentation peu diversifiée et la forte consanguinité pèsent sur l'état de santé.
Environ une personne sur 20 est atteinte de "crétinisme" - terme initialement médical tombé en désuétude désignant de graves retards de développement physique et mental - ou de goitre à cause de carences en iode et d'anomalies génétiques.
L'espérance de vie de Françoise Arbenne à sa naissance avoisine 35 à 40 ans.

Pour survivre malgré l'explosion démographique, les paysans des Alpes déboisent à grande échelle pour accroître les terres cultivables ou pâturables et tirer un revenu additionnel des coupes de bois.
Les conséquences de ces défrichements sont catastrophiques. Glissements de terrains, avalanches - mot savoyard désormais passé en français - et inondations se multiplient.
Face à cette montée des risques, en 1860, puis en 1882, des mesures législatives draconiennes obligeront à reboiser, parfois manu militari, et créeront le service public de Restauration des Terrains de Montagne.

Malgré l'accroissement des champs et des prés, cette population en croissance peine à se nourrir. Aussi l'émigration, traditionnellement saisonnière, tend à devenir définitive. Métropoles et usines possèdent des attraits auxquels il est difficile de résister, nous y reviendrons.

L'entrée du hameau des Mermets aux Déserts et le mont Margeriaz (mai 2015).

Un village en autarcie

Malgré sa proximité de Chambéry, les Déserts sont une commune exclusivement paysanne et quasi-tribale.

Lors du recensement de 1848, seules 7 personnes sur 1526 ne sont pas notées "laboureur" ou "cultivateur" : un "maréchal" (ferrant), deux ecclésiastiques et leur “servante”, deux personnes dont la profession est illisible sur le registre et une étonnante "repasseuse" célibataire de 32 ans vivant seule dans sa maison.

L'endogamie est très forte. L'essentiel de la population du village se répartit sur à peine une trentaine de patronymes.
L'entremêlement familial est tel que parfois les noms sont dotés de suffixes - à l’instar de Mermet dit Soldat, Mermet dit Monsieur, Mermet-Potage ou encore Mermet-Plottu - dont on ne sait s'ils facilitent le pistage administratif et fiscal ou, au contraire, le brouillent.

Presque tous les habitants des Déserts y sont nés.
Outre les deux curés, originaires de Saint Pierre d'Albigny et “des Bauges”, et six femmes venues de Saint-Jean d’Arvey ou de Saint François de Sales à une dizaine de kilomètres, les seules exceptions sont les “enfants naturels”, natifs de Chambéry.

Chaque lieu-dit regroupe une ou deux familles étendues.
Ainsi, en 1848, les trois quarts des 176 habitants des Mermets, s'appellent Mermet et se répartissent en 39 maisonnées situées à un bon kilomètre de l'église du village.

Il va sans dire que l'ensemble de la population du village, sans exception, est listée comme "catholique".

Une des rares maisons non rénovées (à l'exception du toit en tôle) du hameau des Mermets. Françoise Arbenne et Victor Mermet vivaient dans de tels logis (mai 2015).

Un système éducatif déficient

En Savoie, la scolarisation est irrégulièrement assurée par l'Église catholique qui rémunère maigrement des instituteurs épisodiques qui assurent la classe lorsque les travaux des champs le permettent, c'est à dire surtout l'hiver.

Cet enseignement en pointillé est inefficace. Aux Déserts, en 1848, 121 personnes savent lire et écrire et 87 seulement lire.
Au total, à peine un septième des habitants, surtout des hommes, possède un microscopique bagage scolaire.
Aucun “enfant naturel”, ni aucun “domestique” ne fait partie de ces privilégiés.
Preuve de son peu de maîtrise linguistique, Françoise n'a laissé dans les archives qu'une unique trace écrite de sa main : la signature très malhabile de son seul prénom sur son acte de mariage de 1869.

Le français est la langue officielle de la Savoie depuis la Renaissance.
Ainsi, l'idiome de Molière, très parlé à Chambéry et à Annecy, est employé pour les actes d'état-civil ou le cadastre mais aussi pour les prêches à l’église, ce qui lui vaut son surnom de “langue du dimanche”.

Au quotidien, les habitants des Déserts utilisent un des patois savoyards, variantes de langue francoprovençale, appelée aussi arpitan.
Françoise Arbenne ne se frottera véritablement au français qu'après son départ de Savoie. Jusqu'à la fin de sa vie, elle conservera un accent caractéristique de sa région d'origine.
Voici quelques exemples d'expressions prononcées et entendues durant son enfance :
  • É son tô t aronmwé : ils sont tous ensemble
  • Al t arvâ justo kan on modâve : il est arrivé lorsque nous partions
  • D'ichè lé, y a bin l'tin d'passâ d'éga dzo lô pon : avant que cela n’arrive, beaucoup d’eau aura passé sous les ponts
  • Se vrî lô peuzho : se tourner les pouces (ce que Françoise a du très rarement faire durant sa vie)
Extrait du registre de recensement de 1848 des Déserts (source archives départementales de Savoie).

Une enfance de quasi-esclave

Les “enfants naturels” placés dans des familles paysannes constituent environ un trentième de la population des Déserts. Ils sont une main d'oeuvre corvéable à merci dès leur plus jeune âge, sans aucun statut.

Les registres de recensement conservent la trace de leur condition de parias.
La plupart d’entre eux sont listés “enfant naturel domestique” sans autre mention.
Quelques autres, plus chanceux, sont indiqués par leur prénom suivi de “naturel” mais sans nom de famille.
Les âges relevés sont beaucoup très approximatifs, nettement plus que pour les enfants légitimes.
Du fait de l'absence d'informations fiables concernant les "enfants naturels", la trace de Françoise Arbenne n'a pas pu être attestée formellement dans les registres de recensement des Déserts.

L'opprobre jetée sur les enfants “naturels” perdure toute leur vie.
Par exemple, une dénommée Benoîte, bien qu'âgée de de 78 ans en 1848, malgré son mariage à un certain Joseph Chaboud-Briquet, “laboureur” né aux Déserts, lui aussi septuagénaire, est pour l'administration et l'église savoyardes toujours une "fille naturelle" et sans aucun nom de famille.

Extrait du registre de recensement savoyard de 1848 des Déserts (source archives départementales de Savoie).

Émigration vers Paris

La rudesse de la vie en montagne et la réprobation sociale poussent les “enfants naturels" à fuir leur famille pseudo-adoptive dès que possible.
En 1848, seuls trois ou quatre “naturels” de plus de 20 ans habitent les Déserts.

À partir de mi-1860, à peine l'annexion de la Savoie par la France de Napoléon III bouclée, l'émigration savoyarde en direction de Paris et, dans une moindre mesure, Lyon s'intensifie. Comment résister à l'attraction du dynamisme et des conditions de vie urbaines de la France industrielle ?
En une cinquantaine d'années, les Déserts vont perdre la moitié de leurs habitants.

Françoise n'échappe pas à cette double tendance.
En 1860, elle quitte les Bauges pour l'actuel Val de Marne, alors Seine et Oise, avec son compagnon, Victor Mermet, un des très nombreux jeunes du hameau éponyme.
Le trajet a lieu en train depuis Chambéry. 24 heures sont nécessaires pour relier en omnibus la Savoie à la capitale française.
Nos deux tourtereaux aboutissent dans le village alors très rural de Périgny sur Yerres, mais toutefois situé à proximité de la gare PLM de Combs la Ville.
Paradoxalement, les emplois agricoles sont nombreux en Ile de France car beaucoup de paysans franciliens se sont fait embaucher dans les usines. Victor devient “manouvrier” et Françoise est officiellement “sans profession”.

Le motif exact de leur départ des Déserts n'est pas connu.
Aux raisons économiques, peuvent s'ajouter l'impossibilité sociale d'une union entre un “cultivateur” et une “fille naturelle” ou encore une grossesse non désirée.
Toujours est-il que Victor et Françoise “demeurent ensemble” à Périgny sans être passés devant Monsieur le Maire et encore moins devant un curé.
Françoise accouche de son premier fils, Théophile Mermet, le 2 février 1861 et de son second enfant, Auguste Victor Mermet, le 28 avril 1863.
À l'été 1865, elle devient enceinte pour la troisième fois.

Acte de naissance de Théophile Mermet (source archives départementales du Val de Marne).

Drame familial et fraude à l'état-civil

“Coup de tonnerre dans un ciel serein” aurait dit Napoléon III, le 20 octobre 1864, Victor Mermet décède accidentellement d'une chute.

Françoise, au milieu de son malheur, aidée par un garde champêtre ami du couple, a un réflexe de génie et se fait passer pour veuve alors qu'elle n'a jamais été mariée avec Victor.
Cela lui permet le 1er avril 1865, à l'issue de la naissance à Périgny de son troisième fils Louis Honoré Mermet, de rompre la malédiction familiale et d'obtenir l'enregistrement de ce dernier à l'état-civil comme enfant légitime posthume de Victor Mermet.
Françoise loge alors “chez le sieur Louis Etienne Robert” ce qui explique probablement le prénom de son fils.

Acte de décès de Victor Mermet (source archives départementales du Val de Marne).

Véritable mariage avec un enfant trouvé devenu soldat de Napoléon III

La trace de Françoise se perd durant quatre ans.

On retrouve notre vraie fausse veuve en 1869, blanchisseuse à Maisons-Alfort, dans la première couronne de Paris, 20 kilomètres au nord de Périgny sur la même ligne ferroviaire.
Elle choisit désormais de se faire appeler Françoise Reinier ou Reynier, l'un des deux noms de sa mère qu'elle n'a pourtant pas connu.

Le 5 juillet à 11 heures, elle se marie - officiellement cette fois - avec Sylvain Beaujardin qui vient juste de terminer un engagement militaire d'une dizaine d'années au 7ème régiment d'infanterie de ligne stationné au fort de Charenton. Son lieutenant, Jean-Philippe Lambert, lui sert de témoin.

Sylvain Beaujardin a une biographie familiale similaire à celle de son épouse.
Il a été abandonné à sa naissance en janvier 1834 devant l'hospice civil d'Avranches, dans le département de la Manche, en Normandie.
Nous ne savons rien de son enfance qui se conclut par son incorporation dans l'armée française.
Entre 1853 et 1856, Sylvain a participé à la guerre de Crimée. Sa brigade a notamment pris le fort de Malakoff, près de Sébastopol, qui a donné son nom à une commune de banlieue à quelques encablures de Maisons-Alfort.
Peut-être Sylvain a-t-il aussi pris part à la désastreuse campagne du Mexique mais les certitudes manquent à ce sujet.
Démobilisé, Sylvain Beaujardin devient ouvrier “journalier”, notamment à l'usine de levures Springer qui deviendra “l'Alsacienne”.

Trois ans après le mariage, le 18 avril 1870, vient au monde Constance Honorine Beaujardin, mon arrière-grand-mère.
Un trimestre plus tard se déclenche la guerre entre la Prusse et la France qui mettra à bas le Second Empire français, créera le premier Reich allemand et provoquera l'avènement définitif de la République.

Françoise Arbenne-Reinier et son mari Sylvain Beaujardin, vers 1900, probablement à Maisons-Alfort. On notera le chien au premier plan, la casquette sur le mur et le pavillon de banlieue en arrière-plan.

Une vie de banlieusards

À l'instar de dizaines de milliers de migrants provinciaux et étrangers fuyant la misère des champs pour venir travailler à Paris - l'une des 3 métropoles mondiales les plus dynamiques - les époux Beaujardin passent le restant de leur vie à Maisons-Alfort, rue Chabert, le long de voie ferrée PLM qui a amené Françoise depuis sa Savoie natale.

Le sort continue hélas à s'acharner sur cette famille.
Dans la nuit de la Saint Sylvestre 1892, pris de boisson, Auguste Victor Mermet, devenu maçon, décède, comme son père, d'une chute.
Sylvain Beaujardin se charge des formalités d'état-civil où il est indiqué comme “son père”.

Le fils aîné de Françoise, Théophile Mermet, connaît une trajectoire bien plus heureuse.
Manifestement doté d'un sens aigu du commerce et des affaires, après avoir été sommelier et distillateur, il possède une vingtaine de cafés en région parisienne, ce qui lui confère une véritable aisance financière dont il fait profiter sa famille.
Ainsi, il place sa demi-soeur Constance Beaujardin et son mari Joseph Pierre Lebouc, après leur mariage en 1893, à la tête d'un de ses bistrots, rue de Vaugirard à Paris.

Par contre, la trace de Louis-Honoré Mermet n'a pu être retrouvée.

Sylvain Beaujardin s'éteint à 75 ans en 1909. Françoise Arbenne-Reinier fait de même en 1922 à l'âge de 85 ans.
La dernière partie de son existence a vu l'arrivée, tour à tour, des réverbères, de l'eau courante, du gaz de ville, des poubelles, de l'électricité, du téléphone, du métro, des automobiles, de l'aviation et de quelques autres inventions qu'elle aurait été bien en peine d’imaginer lors de son enfance dans les montagnes des Bauges.

Portrait au fusain de Françoise Arbenne-Reinier, à la fin de sa vie vers 1920.

Généalogiquement votre

Post Scriptum
Le village savoyard des Déserts dans le massif des Bauges a vu sa population décliner de 1860 à 1975 où il n'y avait plus que 455 habitants.
Désormais, presque 800 personnes y résident grâce à l'attrait de la vie en montagne dans des maisons dotées de tout le confort et de chauffage, de la proximité de Chambéry et de la station de ski de la Féclaz.
Françoise Arbenne-Reinier et Victor Mermet auraient bien du mal à reconnaître le hameau de leur enfance.

Panneaux solaires sur le toit d'une maison rénovée du hameau des Mermets (mai 2015).

Références et compléments
- Cette chronique, même si elle est écrite sur le ton du récit, repose presque exclusivement sur des faits attestés.
Seule la date d'émigration depuis la Savoie de Françoise Arbenne et Victor Mermet ainsi que leur trajet vers Paris ne sont pas connus avec exactitude.
Leur départ des Déserts peut être antérieur à 1860 et le couple a éventuellement effectué des étapes entre les Déserts et Périgny sur Yerres.
Il est même possible qu'ils n'aient pas émigré en même temps.
Toutefois, ils n'ont laissé aucune trace dans les registres d'état-civil des principales villes situées sur la ligne de train PLM.
Plus de détails sur mon site généalogique.
Toute information généalogique ou historique venant compléter ou même infirmer ce récit est par avance bienvenue.
Merci de me contacter via ce lien.


- Principales sources :
- Mes remerciements au twittonaute @JB94700 qui m'a (re)donné le déclic pour rédiger cette chronique qui me trottait depuis longtemps dans la tête.

- Voir aussi les autres chroniques traitant de généalogie ou d'histoire notamment :
- Les expressions en savoyard proviennent du Dictionnaire Français - Savoyard publié en 2013 par Roger Viret.

- Les photos du hameau des Mermets ont été faites par mes soins le 12 mai 2015. La totalité des photos est consultable en suivant ce lien.

lundi 6 avril 2015

Copinages, concubinages, compagnonnages - Petit lexique du couple

La défiance des français pour les institutions est devenue si forte que beaucoup d'entre nous n'éprouvent plus le besoin de comparaître devant Monsieur le Maire et Monsieur le Curé pour officialiser, à la ville et au monde, leur union.
Tout au plus, certains consentent à se présenter subrepticement à un greffier de tribunal d'instance pour enregistrer leur pacte civil de solidarité, mieux connu sous son acronyme PACS.

Ces changements sociologiques profonds ont des conséquences lexicales insoupçonnées.

Personne ne parle plus de concubinage.
Ce terme vieillot a notoirement succombé à ses connotations péjoratives. Qui oserait encore désigner l'homme ou la femme de sa vie (de couple, du moment) avec les termes concubins et concubines ?

Malgré l'évocatrice expression camarade de jeux et une origine commune avec le mot chambre, le et la camarade sont partis avec le Mur de Berlin et l'URSS peupler les poubelles de l'Histoire.
Dommage, car ce terme, invariable quel que soit le genre, est porteur d'une symétrie homme-femme très moderne.

Pour sa part, connaissance, vieilli et biblique, a subi les lents et irrémédiables déclins de la noblesse française et de l'imparfait du subjonctif.

Conjoint, très juridique, est réservé à certains formulaires ou actes administratifs où, manque de place et politiquement correct aidant, ce vocable a le bon goût d'afficher une neutralité du meilleur aloi.
Son féminin, conjointe, peine à se faire une place en dehors des analyses statistiques et du Scrabble.

Le PACS n'a pacs suscité d'autres néologismes que lui-même et l'hideux verbe se pacser.
Pourtant, mutualiser gîte, couvert et couche avec une pacsette, une pacssoire, un pacssif ou un pacssant constitue un palpitant objectif de vie.

Les jeunes couples allergiques aux greffiers de tribunaux d'instance optent résolument pour les termes copain et copine précédés d'un déterminant possessif.
Manifestement, l'intimité avec sa copine est plus prononcée qu'avec une copine quelconque.
Le terme copain est issu du latin cum panis, celui avec qui l'on partage le pain. Par voie de conséquences, je me suis toujours interrogé sur l'étymologie du mot copine, surtout si cette dernière est employée par un centre équestre.

Ami et amie, bien que toujours usités, tendent à revenir vers leur acception originelle et platonique.
Petit ami et petite amie sont franchement ringards. Bonne amie, définitivement datée, s'enfonce dans la désuétude.
Ces appellations métaphoriques s'avèrent trop fleur bleue pour notre époque décomplexée.

Le seul intérêt des termes amant et amante est de garantir un coup de vieux.
Évoquer son amant ou son amante vous inscrit d'office au fan club d'Honoré de Balzac ou de Stendahl.
Ces deux vocables sont désormais réservés aux échange strictement horizontaux et inavoués, donc inavouables.
Maîtresse les a précédé dans le magasin des accessoires hors d'usage.

Au fil de la vie, le copinage fait place au compagnonnage. L'âge aidant, la copine devient compagne et le copain compagnon.
Étrangement, la compagnonne ne fait pacs recette. Serait-ce parce que la gent masculine préfère ses partenaires en pagne plutôt que lionnes ?
Dans mon entourage, aucune paire notoire ayant franchi le cap de la quarantaine n'utilise plus les expressions mon copain et ma copine.
Toutefois, même si cette séparation sémantique est nette, je n'ai pacs réussi à déterminer la date de péremption de copine.
Y aurait-il, un jour précis, une cérémonie initiatique, dans l'intimité de l'alcôve, durant laquelle la femme se débarrasserait de ses oripeaux usés de copine en un strip-tease torride pendant que son concubin revêtirait une parure neuve et seyante de compagnon ?
N'ayant pacs eu l'opportunité de pratiquer personnellement cette transformation, j'apprécierais que les lecteurs éclairent ma lanterne sur ce point.

Les couples mariés compensent leurs chaînes légales, et parfois religieuses, par une richesse lexicale sans égale. L'ancienneté et le prestige du statut matrimonial officiel confère de menus privilèges qu'il convient de savoir savourer.
Les termes mari, époux, femme, ou épouse, avec ou sans déterminant possessif, sont parfaitement interchangeables.
Fort heureusement, les vocables légitime et bourgeoise n'ont plus cours pour caractériser la moitié du marié.
Néanmoins, dernier reste de machisme ancestral, trop peu d'épouses appellent leur conjoint mon homme.

Copinement votre

Chronique rédigée le lundi de PACS

mercredi 13 août 2014

Un subtil et enivrant parfum d'apartheid

Même en conjuguant les myopies ophtalmiques et politiques de Moncef Marzouki et de François Hollande, difficile de confondre la Tunisie avec la Scandinavie.

Fort heureusement, le délétère égalitarisme nordique s'acclimate difficilement dans l'antique Carthage.
Les différences naturelles entre hommes et femmes, malgré de regrettables limitations législatives introduites après l'indépendance, y restent ancrées dans la réalité quotidienne.
Beaucoup d'activités sont logiquement sexuées. Ainsi, les cafés sont nettement masculins, alors que les tâches ménagères sont, comme il se doit, réservées au sexe faible.

En dépit de cette situation enviable, les tenants d'un islam intégral estiment, justement, le mélange des genres trop prononcé pour leur goût puriste.
Soucieux de réformer proactivement la société, ils entreprennent, par l'exemple, d'en remodeler les us et coutumes.

Le cadre familial est le lieu privilégié de cette transformation volontariste.
Il est ainsi désormais de bon ton de séparer clairement les sexes lors des fêtes de mariage.

Personnellement, j'apprécie à sa juste valeur cette innovation qui tend à remettre l'ordre naturel au centre de nos préoccupations.
Je la trouve même, à vrai dire, trop timorée.
Cette saine et morale ségrégation sexuelle devrait se poursuivre au delà des festivités, jusque durant la nuit de noces et surtout durant les suivantes.

De cette manière, en un peu moins de deux générations, l'agitation  politique tunisienne deviendrait singulièrement simplifiée et la résorption du chômage des jeunes serait facilitée par manque de troupes fraîches.

Bonne fête à toutes les femmes de Tunisie et d'ailleurs !
No pasaran !

Mélangiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "les mariages en Tunisie concurrents du Tour de France"
- En Tunisie, la Fête de la Femme a lieu le 13 août et non le 8 mars. Elle commémore l'instauration du code du statut personnel par Habib Bourguiba en 1956.

mardi 12 août 2014

Les mariages en Tunisie concurrents du Tour de France

La Tunisie, à l'instar de l'Irlande et de ses jeux gaéliques, est le berceau de plusieurs sports injustement méconnus.
Outre le Marthathlon, déjà évoqué qui se pratique au moment de l'Aïd, la compétition la plus spectaculaire est incontestablement le mariage.

Ce challenge nuptial par équipe procède simultanément du concours de mode, de l'épreuve d'endurance et de la course cycliste par étapes.

Tout commence, quelque temps avant le véritable tournoi, par des éliminatoires permettant de choisir l'équipe-type et les remplaçants.
La sélection s'effectue via le transport et le rangement des affaires, voire des meubles, de la mariée dans sa future maison.
Étrangement, histoire de désorienter les compétiteurs de faible acabit, on parle des possessions de la mariée et non pas du couple.
Positionner correctement assiettes, couverts et tapis requiert une réelle maîtrise du jeu que peu possèdent pleinement et qui vous désigne d'emblée pour recevoir les faveurs des coachs.
Habituellement, uniquement des Marthe chevronnées réussissent à se qualifier sans coup férir.

Une fois ce tri effectué, l'épreuve officielle peut débuter.
Plusieurs étapes vont se succéder à un rythme infernal, mettant à mal psychismes et organismes.
Seules des équipes au collectif soudé, au mental d'airain et à la condition physique hors du commun peuvent espérer approcher la victoire.

Une attention particulière est portée à la diététique des athlètes.
Les étapes sont ponctuées par de copieux couscous qui apportent aux sportifs les sucres lents qu'ils brûlent en quantité durant les matchs.
Au plus fort de la course, thés, gazouzes et baklavas donnent, via des sucres rapides, le surcroît d'énergie indispensable à la victoire au sprint.
Parfois, des salés sont glissés perfidement dans la nourriture. Ce piège grossier accroît la sensation de soif et oblige à quitter le peloton pour aller au ravitaillement liquide.

Des cousins éloignés ou des voisins sont parfois de vrais faux amis et tentent des déstabilisations.
Ils ont la riche idée de proposer une compétition alternative durant les test-matches.
La seule façon de ne pas lâcher la proie pour l'ombre est de déléguer vos remplaçants pour vous représenter dans ce challenge de seconde division.

Généralement, la première étape un peu sérieuse consiste à faire signer par les deux principaux protagonistes la feuille de match.
Le mariage tunisien est le seul sport au monde où cet acte administratif fait partie intégrante du jeu.
Cette phase, propice aux escarmouches, permet de jauger les compétiteurs en présence et de mettre en place une tactique que l'on espère gagnante dans la durée.

Vient ensuite la seconde étape qui consiste à ce que la mariée et une grande part des compétitrices se parent des peintures de guerre que ne renieraient pas Cheyennes et Comanches. Le mariage tunisien prend ainsi un petit coté football américain du meilleur aloi.
À partir de ce moment crucial, approximations et amateurisme n'ont plus leur place, les deux prochains cols sont systématiquement hors catégorie.

Le peloton gravit d'abord l'outillage où les équipières se parent de maillots originaux et innovants où dominent les teintes flashy et dorées.
Toutefois, dans un souci de respect de l'éthique sportive et de l'olympisme, les logos des sponsors sont bannis de ces compétitions officielles, à l'exclusion des lunettes et des smartphones.
Les éléments masculins, habillés de manière nettement moins seyante, peinent souvent dans cette montée et sont généralement relégués dans le gruppetto.

Soumis à des intensités sonores dépassant les 87 décibels fatidiques, les plus faibles sont irrémédiablement éliminés par l'otite et la surdité.
Le plaquage des joueuses étant interdit, les tympans deviennent une cible de choix.
Les plus résistants doivent aussi supporter le supplice de la baffle saturée qui peine à camoufler les fausses notes.
Mélomanes, ce sport si particulier n'est pas pour vous !

L'arrivée est jugée au sommet de la cérémonie nuptiale.
La plupart des matchs étant arrangés à l'avance, les deux avants-centre parcourent cette étape déjà juchés sur le podium, revêtus de maillots d'apparat.
Par voie de conséquence, les autres compétiteurs, dans un harnachement à peine moins voyant, redoublent d'efforts pour figurer au palmarès. En désespoir de cause, ils finissent par envahir en vagues le podium pour tenter d'influencer le jury.

Malgré de multiples photos finish, rien n'y fait !
Les deux vainqueurs désignés terminent la soirée en se congratulant, arborent fièrement la bague de la victoire puis s'éclipsent dans une nuit qu'on leur souhaite pleine d'étoiles.

Les plus jeunes joueurs, et leurs familles, bien que non médaillés, font contre mauvaise fortune bon cœur et se mettent à espérer une prochaine victoire dans une autre finale.

Toutes mes félicitations aux mariés pour leur superbe succès au terme d'une compétition de très haut niveau et à leurs parents pour la qualité du match.

Tuniso-matrimonialement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "le Marthathlon sport méconnu en Tunisie".

- Pour les très rares lecteurs de ce blog, peu au fait du jargon tuniso-nuptialo-cycliste, quelques précisions sémantiques :
  • Gazouze est un terme dialectal tunisien désignant les sodas gazeux comme Coca ou Fanta.
  • Gruppetto qui signifie petit groupe en italien est un groupe de coureurs lâchés en montagne par le gros du peloton.
  • Outillage / outia est la "fête de la mariée" qui a lieu quelques jours avant la véritable cérémonie de mariage
  • Les cols les plus longs et les plus raides des Alpes et des Pyrénées lors du Tour de France sont dits hors catégorie.
  • Marthe : se reporter à la chronique "un après-midi chez Marthe" (la première de toutes ces chroniques)
  • Les salés sont petit fours salés, comme leur nom le laisse supposer.
  • Le sprint est une très forte accélération lorsque le peloton cycliste arrive groupé au terme d'une étape. Les sprinters, acrobates zigzaguant sur leur vélo à plus de 70 km/h, produisent un effort bref et intense et ne sont généralement départagés que par quelques centimètres.
  • Test-match est un terme anglais de rugby et de cricket qui désigne les compétitions officielles entre équipes des hémisphères nord et sud.
- Merci à Myriam qui m'a soufflé l'idée de cette chronique sportivo-tunisienne.

lundi 28 octobre 2013

La France de 1945 ressemblait plus à celle de Louis-Philippe qu'à celle de François Hollande

C'est un euphémisme de dire que, sous les coups de boutoir de la "crise d'une ampleur inégalée", les français sont pour le moins déboussolés.
Afin de tenter de nous redonner sens et espérance, de nombreuses voix nous proposent de revenir aux méthodes ayant réussi dans les années 1930 et 1940.
Certains veulent ressusciter Franklin Delano Roosevelt ou Léon Blum. D'autres encore, à l'instar de l'indigné et regretté Stéphane Hessel, proposent de revivifier les riches heures de la Résistance et de la Libération.
Pourtant la société de 2013 n'a plus rien de commun avec celle de 1945. Au sortir de la seconde guerre mondiale, les façons de vivre des français se rapprochaient plus de celles du règne de Louis-Philippe que des nôtres.
Jugez sur pièces.

Le niveau de vie à fin des années 1940 était 5 fois plus bas qu'aujourd'hui, à mi-chemin entre l'Algérie du sub-claquant Bouteflika et la Tunisie post-révolutionnaire. Il atteignait un peu moins de 5 000 € actuels par an et par français contre 22 500 € désormais.

Par contre, peu de temps après la Libération, le chômage ne touchait qu'un actif sur 50 alors qu'aujourd'hui il culmine à presque 1 français sur 9.
A cette époque, agriculture, industrie et tertiaire assuraient chacun un tiers des emplois. Dorénavant, 3 français sur 4 opèrent dans les services et à peine 1 sur 25 travaille encore la terre.

La population française était en 1945 de 40 millions d'habitants, sensiblement la même valeur qu'en 1900.
Depuis, elle a augmenté régulièrement de 350 000 personnes chaque année, pour atteindre 65 millions. La croissance démographique a été plus forte de la seconde guerre mondiale à aujourd'hui que de 1700 à 1950.
Une des raisons de cette envolée est que la France actuelle est nettement moins pressée de rejoindre le cimetière que celle de la IVème république.
Malgré la fin des hostilités, entre 1945 et 1950, une personne sur 50 passait l'arme à gauche tous les ans contre une sur 115 dorénavant.
Pire, un enfant sur 15 mourrait en bas age. En 2012, ce taux est passé  à moins de 1 nourrisson sur 300.
Notons, toutefois, que la natalité n'a guère changé avec, grosso modo, une moyenne de 2 enfants par femme et une naissance annuelle pour 75 habitants.
Par voie de conséquence, la France des années 1940 était beaucoup plus jeune qu'aujourd'hui. Une personne sur 3 avait moins de 20 printemps et seulement 1 sur 5 plus de 60 balais. Désormais, moins d'un français sur 4 est jeune alors que les tempes d'un tiers de la population sont argentées.

Après le second conflit mondial, le couple marié ad vitam eternam pour le meilleur et pour le pire restait la norme.
Annuellement, 1 français sur 50 se mariait, à peine 1 sur 450 divorçait et seulement 1 enfant sur 20 naissait en dehors des liens sacrés reconnus par monsieur le maire et monsieur le curé. Moins d'un couple sur 60 vivait dans le pêché.
Les mariages ne concernent plus en 2013 qu'une personne sur 250 alors que les divorces touchent un français sur 130. Un ménage sur 5, dans lesquels naissent près de 6 bébés sur 10, n'éprouve plus le besoin de légaliser son union.

Le patriarcat et les respect des soi-disant bonnes mœurs étaient la règle séculaire.
Même si la Résistance s'empressa de donner le droit de vote aux femmes aussitôt le territoire national débarrassé des nazis, de nombreuses évolutions législatives se firent attendre :
- 1965 pour qu'une femme puisse travailler sans l'autorisation de son mari,
- 1967 pour la pilule contraceptive,
- 1970 pour que le père ne soit plus l'unique chef de famille,
- 1975 pour l'avortement, le divorce par consentement mutuel et la suppression du délit pénal d'adultère,
- 1981 pour abroger la surpénalisation de l'homosexualité,
- 1985 pour l'égalité des époux dans la gestion des biens de la famille et des enfants.

Malgré l'offensive laïque conduite par Émile Combes et Jules Ferry au détour du XXème siècle, l'immense majorité de la France était, en 1945, toujours d'obédience catholique. Deux petits tiers de la population se rendaient hebdomadairement à la messe, contre un vingt-cinquième désormais.
En 2013, les français se répartissent sensiblement à part égales entre croyants, non religieux et athées.

Les 26 journaux quotidiens nés à la Libération tiraient 1 exemplaire pour 9 français. Six chaines de radio complétaient ce paysage médiatique. La télévision a fait son apparition en 1949 et s'est généralisée dans les années 1960.
Aujourd'hui, internet et une profusion de chaines radio & TV ont supplanté la presse papier moribonde qui ne compte plus que 8 titres nationaux diffusant 5 fois moins qu'en 1945.

Cause ou conséquence de ces multiples évolutions, la consommation de vins et spiritueux s'est écroulée. Vers 1945, chaque adulte ingurgitait l'équivalent d'un litre d'alcool pur tous les 13 jours.
En 2013, le même français moyen met plus d'un mois à s'envoyer un litron d'éthanol derrière son absence de cravate.

Statistico-optimistiquement votre

Références et compléments
Voir aussi sur des thèmes proches les chroniques :
- Généalogie de la croissance
- Mariage pour tous, pour beaucoup ou pour quelques uns ?
- Les religions, combien de divisions ? Statistiques de la foi
- Hommages de Hollande au sujet du tropisme du regretté Jules Ferry

Les statistiques citées dans cet article proviennent essentiellement de l'INSEE, de l'INED, de Wikipedia et de Google.

dimanche 29 septembre 2013

20 Droits de l'Homme méconnus

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.


يولد جميع الناس أحراراً متساوين في الكرامة والحقوق، وقد وهبوا عقلاً وضميراً وعليهم أن يعامل بعضهم بعضاً بروح الإخاء

Saoláitear na daoine uile saor agus comhionann ina ndínit agus ina gcearta. Tá bauidh an réasúin agus an choinsiasa acu agus dlíd iad féin d'iompar de mheon bhrthreachais i leith a chéile.

Dans le précédent billet, j'ai évoqué les Droits Élémentaires de la Personne Humaine à propos de l'ouverture des magasins de bricolage le dimanche.
Je pensais être sarcastique alors que la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme adoptée par l'ONU en 1948 aborde explicitement ce sujet controversé.

À ma courte honte, en relisant ce beau texte simultanément fondateur et fondamental, j'ai découvert que j'ignorais la plupart de la trentaine de droits dont tout citoyen de notre planète peut se prévaloir, à défaut de pouvoir en jouir pleinement.
En voici, en vrac, quelques uns :

- Droit au mariage libre et pleinement consenti (Article 16)
Aucune restriction quant à la race, la nationalité ou la religion n'est opposable à ce droit.

- Protection de la famille par la société et par l'État (Article 16)

- Non discrimination des enfants (Article 25)
Notamment, la naissance au sein d'un mariage ou en dehors de ce lien sacré ne doit déboucher sur aucune différence de traitement.

- Interdiction des arrestations, des détentions et des exils arbitraires (Article 9)

- Droit d'asile face aux persécutions (Article 14)
L'asile ne peut toutefois pas être évoqué pour se soustraire à des "poursuites réellement fondées sur un crime de droit commun ou sur des agissements contraires aux buts et aux principes des Nations Unies".

- Droit à la propriété (Article 17)
Celle-ci peut-être individuelle ou collective.
L'expropriation arbitraire est explicitement interdite par la déclaration universelle.

- Interdiction absolue de l'esclavage (Article 4)

- Droit à la nationalité (Article 15)
De surcroît, "nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité".

- La volonté du peuple unique source de l'autorité des pouvoirs publics (Article 21)
Pour ce faire, des élections honnêtes, au suffrage universel égal et au vote secret sont organisées périodiquement avec pleine liberté du vote.

- Liberté de pensée, de conscience, de religion, d'opinion et d'expression (Articles 18 & 19)
Ces dispositions incluent la possibilité de partager et de manifester ses vues en public ainsi que de changer de religion ou d'opinion.

- Droit au travail et à la protection contre le chômage (Article 23)
Cette disposition comprend aussi la possibilité de choisir librement son boulot.

- Droit à un niveau de vie correct (Article 25)
Le niveau de vie de chacun d'entre nous doit nous permettre d'assurer note santé, notre bien-être et ceux de notre famille, notamment pour "l'alimentation, l'habillement, le logement et les soins médicaux"

- Droit aux services sociaux (Article 25)
Chacun de nous a droit à "la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté".

- Droit à la rémunération équitable de son travail (Article 23)
Cette rétribution doit assurer au travailleur ainsi qu'à sa famille "une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s'il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale".

- Droit au syndicalisme (Article 23)

- Droit à l'éducation  (Article 26)
L'éducation "élémentaire et fondamentale" doit être gratuite.

- Devoir d'éducation (Article 26)
"L'enseignement élémentaire est obligatoire".

- Droit des parents de choisir l'éducation de leurs enfants (Article 26)

Je conclus cette liste à la Prévert avec les deux droits que je préfère mais dont l'application laisse beaucoup à désirer.

- Droit à ce que le concert des nations ne ressemble pas à une jungle ou à une foire d'empoigne (Article 28)
Bien entendu, la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme a été rédigée par le regretté René Cassin dans une langue plus juridique que la mienne .
Le texte officiel stipule que "toute personne a droit à ce que règne, sur le plan social et sur le plan international, un ordre tel que les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration puissent y trouver plein effet".

- Droit à la paresse (Article 24)
Dans l'expression de l'ONU, il est question d'un "droit au repos et aux loisirs et notamment à une limitation raisonnable de la durée du travail et à des congés payés périodiques".

Humainement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Travail de nuit et du dimanche : camarades législateurs encore un effort !"
- Texte intégral de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, adoptée par l'Assemblée Générale de l'Organisation des Nations Unies réunie le 10 décembre 1948 au Palais de Chaillot à Paris.
- Historique de la rédaction de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme présenté sur le site de l'ONU.
- L'exergue de cette chronique est l'article premier de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme en français, en arabe et en gaélique d'Irlande.
  

lundi 11 février 2013

Un enfant c'est un papa et une marâtre

Les arguments des adversaires et partisans du mariage dit pour tous sont étonnamment similaires.
Les opposants à l'union des gays devant monsieur le Maire expliquent que la famille nucléaire monogame - un père, une mère et leurs enfants - a été, depuis des lustres, le pilier inamovible de la société et de l'ordre naturel.
Dans le même temps, les supporters du mariage homosexuel revendiquent la même normalité matrimoniale pour les couples de même sexe que pour les hétérosexuels.
Au risque de peiner les militants des deux bords, histoire et généalogie proposent une vision des familles de notre passé éloignée de ce charmant idéal.

Lorsque je fais le compte de mes ancêtres nés entre 1750 et 1900, l'enfance de la moitié d'entre eux ne s'est pas déroulée au sein d'un foyer type regroupant simultanément leur père et leur mère unis par les liens sacrés du mariage.
Les registres d'état-civil que j'ai consulté montrent que mes aïeux n'étaient, sur ce point, en rien différents de leurs contemporains.
Voyons cela en détail à l'aide d'exemples issus de ma généalogie personnelle.

La très forte mortalité au long de la vie qui a persisté jusqu'après, grosso modo, 1945 était un puissant facteur de rupture des couples. Les veufs et les veuves ont toujours été légion et les remariages suite à un décès étaient la norme.
En moyenne, environ un tiers des familles subissaient veuvage et remariage. Parfois, mauvaises récoltes, pauvreté et épidémies faisaient grimper ce taux autour de 50%.
Beaucoup d'enfants étaient élevées par leur marâtre, terme qui, peu à peu, de descriptif est devenu péjoratif. Ainsi, Marie-Claire Lelaurin, se marie à Nouvion dans les Ardennes le 16 février 1802. Le 22 novembre, elle accouche de son fils Philippe-Joseph Lenoir, puis décède 10 jours plus tard. Son mari, André Lenoir se remarie en 1805 avec Marie-Jeanne-Sophie Cabaret. Ce nouveau couple aura, en tout, sept enfants et élèvera Philippe-Joseph.
Autre cas, Nicolas Midoux, né en 1732, à Auvillers les Forges aussi dans les Ardennes, s'est marié une première fois en 1761 avec mon aïeule Marie-Louise Millet qui décédera 9 ans plus tard après avoir accouché de 4 enfants. Nicolas Midoux se remarie ensuite en 1776 avec Marie-Jeanne Neveux, alors enceinte de 6 mois. Huit ans plus tard, un autre rejeton naîtra de cette union.

Les abandons d'enfant, quoique nettement moins fréquents que les veuvages, ont été importants, même au XIXème siècle.
Ces enfants rejetés étaient pris en charge par des institutions religieuses ou étatiques qui, très souvent, les plaçaient très jeunes comme domestiques.
Mon arrière-arrière-grand père, Sylvain Beaujardin, a été "trouvé" devant la porte de l'hospice civil d'Avranches dans la Manche le 9 janvier 1834, "apparemment nouveau-né". Son nom et son prénom ont été choisis par le maire de la ville lors de son inscription à l'état-civil. Je n'ai malheureusement pas réussi, à ce jour, à retrouver trace de l'enfance et de l'adolescence de cet ascendant.

Les "enfants naturels" et les "filles-mères" enduraient, eux aussi, un sort peu enviable.
Les jeunes femmes qui avaient le malheur d'être enceintes sans pouvoir se marier avec le géniteur de leur enfant étaient mises au ban de la société.
Dans beaucoup de régions, comme la Savoie, les enfants "naturels" étaient soustraits à leur mère dès leur naissance et confiés à des familles où ils vivaient avec un statut proche de la servitude.
Ce fut le sort de mon arrière-arrière-grand-mère Françoise Arbenne-Reinier, née à "l'hospice de maternité" de Chambéry le 28 juillet 1837. Nourrisson  elle fut confiée à une famille paysanne des Bauges. Le plus tragique est que Suzanne Lieutar, sa mère, qu'elle n'a jamais connu, était-elle même une "fille-mère" née dans des conditions similaires au même endroit en 1813.
Portrait de Françoise Arbenne-Reinier, mon aïeule vers la fin de sa vie aux alentours de 1920.
Les personnes vivant dans une forte pauvreté ou dans une certaine marginalité éprouvaient beaucoup de difficultés à se marier, ce qui accroissait leur exclusion sociale et celle de leurs enfants. Cette situation a perduré jusqu'à environ la première guerre mondiale.
Âgée d'une vingtaine d'années, la même Françoise Arbenne-Reinier finit par fuir sa Savoie tristement natale pour l'actuel Val de Marne en compagnie de Victor Mermet, un des fils de sa soit-disant famille d'accueil.
Ils s'établirent à Périgny comme "manouvriers" (ouvriers agricoles) et eurent deux enfants sans être mariés. Malheureusement, Victor décéda prématurément en 1864 alors que Françoise était à nouveau enceinte. La Savoie n'étant rattachée à la France que depuis 4 ans, un certain flou régnait dans l'état-civil que mon ancêtre mit à profit pour se déclarer veuve et ainsi bénéficier d'un semblant de statut social.
Cinq ans plus tard, à l'occasion de son vrai faux remariage avec Sylvain Beaujardin, l'officier d'état-civil flairant que la dite veuve ne l'était guère fit signer à ce dernier une sorte de décharge dans la marge de l'acte officiel.

Il en est des structures familiales comme de bien d'autres domaines, un gouffre béant sépare souvent l'idéal des réalités.

Généalogiquement votre

Références et compléments
- A propos de généalogie, voir aussi la chronique "Généalogie de la croissance - L'histoire familiale raconte l'économie et la démographie de la France".
- Au sujet du mariage homosexuel, trois autres chroniques : "Quand sondage rime avec bidonnage", "Union nationale pour tous" et "Mariage pour beaucoup ou pour quelques uns ?".
- Toutes les personnes évoquées dans cette chronique apparaissent dans la "Généalogie et arbres généalogiques des familles Kedous, Lebouc, Lenoir, Najar et apparentées".
   

dimanche 27 janvier 2013

Quand sondage rime avec bidonnage

Hier, samedi 26 janvier, à mon réveil, la presse radiophonique hexagonale rapportait qu'un sondage réalisé par IFOP pour le site Atlantico indique que 63% des français sont favorables au mariage homosexuel et 49% à l'adoption par les couples de même sexe.
Les commentaires revêtaient la même tonalité : l'opinion publique tricolore penche de plus en plus vers le mariage dit "pour tous".

Sur un strict plan scientifique, il n'en est pourtant rien. Ce sondage et ses interprétations, à l'instar de la plupart de ceux traitant d'autres sujets, recèlent un triple biais méthodologique.

Tout d'abord, les résultats ne comportent que quatre catégories en face des questions posées : "oui tout à fait, oui plutôt, non plutôt pas, non pas du tout". Aucune indécision n’apparaît.
D'après IFOP, tous les français, sans exception, auraient un avis net sur le régime matrimonial des gays ! Comment y croire ?
Le sondage ne retranscrit que les réponses des personnes ayant une opinion arrêtée.

L'enquête a été réalisée à l'aide d'un "questionnaire auto-administré en ligne (CAWI - Computer Assisted Web Interviewing)". Pour le dire en langage de tous les jours, 1026 personnes ont coché un formulaire sur internet.
Or, en France, sensiblement 70% des foyers ont un accès au web. Le tiers non connecté des français n'est pas appelé à fournir son opinion.
De surcroît, interroger des personnes en ligne est plus difficile que par téléphone ou porte à porte. Il est toujours malaisé de dire non à une personne qui vous sollicite de vive voix. A l'inverse, mettre un mail à la corbeille est presque jouissif, parfois même le filtre anti-spam le fait à votre place. Pour contourner cet obstacle, les sondeurs proposent des primes aux répondants à leurs enquêtes, généralement sous forme de cadeaux par tirage au sort.
Pour résumer, IFOP nous apprend que 63% des français dotés d'un accès internet et d'une position tranchée qui acceptent de perdre de leur temps pour participer à une loterie ont cliqué en faveur du mariage homosexuel.

Début janvier, ces improbables sondés homophiles, dans une autre enquête du même institut pour Pèlerin Magazine, n'étaient que 60%. Ces deux résultats successifs ne traduisent aucun mouvement d'opinion mais la marge d'erreur statistique des méthodes d'échantillonnage.
Interroger 1000 personnes pour représenter une collectivité d'environ 45 millions d'adultes conduit à une précision de grosso modo 3%. C'est à dire que le résultat annoncé à 63% possède 95 chances sur 100 d'être situé entre 60% et 66% et aussi 5 chances sur 100 d'être au delà de ces deux valeurs.

Pour conclure, le blog Humeurs Mondialisées est heureux de vous annoncer, avec une méticulosité valant largement celle d'IFOP, que de nombreux français approuvent le mariage homosexuel quand d'autres s'y opposent, voire s'en moquent comme de leur premier sondage.

Statistiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi autour de thèmes liés de près ou de loin au mariage homosexuel, les chroniques "Mariage pour beaucoup ou pour quelques uns ?" et "Union nationale pour tous".
- Les deux sondages cités :
. 26 janvier 2013 : sondage IFOP pour Atlantico "63% des français favorables au mariage homosexuel, 49% à l’adoption - Légère remontée de l'opinion sur le sujet".
. début janvier 2013 : sondage IFOP pour Pèlerin Magazine "les français et le mariage homosexuel".
   

jeudi 10 janvier 2013

Union nationale pour tous

La crise qui a resurgi en 2008 a eu effet délétère sur la société française, désormais très fragmentée et tiraillée.
Trois exemples de ces déchirures du tissu social :

- Lors du dernier trimestre 2012,  chaque jour ouvrable, 6 000 nouveaux chômeurs sont venu gonfler les rangs déjà fournis de Pôle Emploi.

- Un français sur sept, presque 9 millions de personnes, vit sous le seuil officiel de pauvreté, c'est à dire avec moins de 960 € par mois.

- Annuellement, 18 000 enfants, un chaque 30 minutes, sont victimes de violences ou de mauvais traitements. Dans un cas sur trois, il s'agit d'actes de nature sexuelle.

Fort heureusement, l'embellie est en vue !
Depuis l'automne de l'an dernier, l'union est désormais au centre du débat public. Médias, leaders d'opinion et réseaux sociaux partagent presque tous le même diagnostic : l'heure est au "pour tous".
A tel point que, dimanche prochain 13 janvier, une grande manifestation "pour tous" devrait regrouper à Paris plusieurs centaines de milliers de personnes. Le sursaut citoyen semble enfin en marche. Des cohortes de français de tous ages, régions et opinions vont battre le pavé main dans la main pour revendiquer une justice sociale plus affirmée et une croissance vigoureuse.
Une autre grande manifestation "pour tous" est prévue le 27 janvier pour enfoncer le clou une seconde fois.
Ce réveil des consciences de tous bords redonne confiance et laisse entrevoir la résolution de multiples problèmes économiques et sociaux qui accablent notre bel Hexagone ...

Unioniquement votre

Post Scriptum
Je remémore aux (très rares) lecteurs qui auraient oublié la chronique de novembre 2012 intitulée "Mariage pour tous, pour beaucoup, pour quelques uns ?", qu'une fois la loi votée, le nombre d'homosexuels mariés chaque année en France ne devrait pas excéder 2 à 3 jours d'inscriptions au chômage.
Même en incluant la procréation assistée, les enfants "issus" de ces unions légalisées par Monsieur le Maire de personnes de même sexe seraient annuellement quelques centaines, éventuellement un gros millier. En 2011, 827 000 naissances ont eu lieu en France, dont plus de la moitié hors mariage.

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Quand sondage rime avec bidonnage - Déchiffrage statistique pour tous"
- Les sources des chiffres cités sont :
. Le chômage en France à fin novembre 2012 (statistiques de Pôle Emploi)
. Nombre de personnes pauvres en France (statistiques de l'INSEE)
. Crimes et délits constatés par départements en France en 2011 de l'ONDRP (statistiques de l'Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales)
. Evolution des naissances, de la natalité et de la part des naissances hors mariage en France (statistiques de l'INSEE)

jeudi 27 décembre 2012

L'amant français - Notes de lecture franco-indiennes


Si l'Inde et la France vous intéressent, je vous recommande la lecture "l'amant français", un roman de Taslima Nasreen, écrivaine de Bangladesh exilée sous la pression des barbus à neurone court en Inde puis en Europe et aux USA.
Ce livre, écrit en bengali, raconte l'odyssée d'une indienne de Calcutta qui se marie avec un compatriote établi comme restaurateur à Paris et quitte sa ville natale pour s'établir au pays de Baudelaire.
Si le récit fait la part belle au thème de la condition des femmes, les différences culturelles entre la France et l'Inde sont aussi (d'abord ?) au cœur de chaque page.
Je vous en confie trois et vous laisse découvrir les autres dans l'ouvrage de Taslima Nasreen.

"L'amant français" dépeint la France à travers les yeux de Nila, une indienne du Bengale.
Elle a beaucoup de difficultés, lors de ses premiers contacts avec des français, de faire comprendre que l'Inde n'est pas exclusivement le pays de la pauvreté. Ainsi, son "amant français" (et moi aussi par la même occasion) découvre avec stupeur que Madhusudan Dutta, un des plus grands poètes bengalis, a vécu en région parisienne au XIXème siècle et y a composé une grande partie de son œuvre.

Les indiens sont les champions de la phonétique alors que les français adorent l'orthographe.
Dans "French Lover", version anglaise éditée en Inde, presque tous les noms propres français sont écorchés. Le personnage qui donne son titre au livre se prénomme "Benoir". Nila habite un moment près du parc "George Brassein" avant d'aller loger à "Sandani". Seuls Simone de Beauvoir et Versailles sont écrits à la française. Toutefois les jardins du château de Louis XIV restent le fruit du travail de "La Notre".
Malheureusement, l'édition française a aseptisé la graphie phonétique.

La politesse est très différente entre les deux pays.
L'héroïne passe pour mal polie et égoïste auprès de ses premières collègues françaises car elle ne dit pas assez souvent "merci".
A l'inverse, celles-ci tombent des nues quand Nila débarque à l'improviste vers 22 heures un jour de semaine.

En espérant avoir suscité l'envie de lire "l'amant français", franco-indianiquement votre.

Références et compléments
- Sur l'usage récurrent de la phonétique par les indiens, voir aussi les chroniques "Des noix et des rouleaux" et "Rosbif au curry".
- "L'amant français" de Taslima Nasreen a été édité en français par Stock mais est aujourd'hui épuisé. Il est toutefois possible de le trouver en furetant sur des sites de livres d'occasion.
En anglais, le livre est intitulé "French Lover' et est publié par Penguin.
- Pour découvrir la biographie et l'œuvre de Taslima Nasreen - aussi orthographiée Taslima Nasrin (!) - féministe, athée, écrivaine engagée et persécutée, les articles Wikipedia en français et en anglais sont de bons points d'entrée.
Taslima Nasreen / Nasrin est active sur Twitter sous l'alias @taslimanasreen
 

jeudi 29 novembre 2012

Mariage pour tous, pour beaucoup ou pour quelques uns ?

Le très fourni fan club d'Humeurs Mondialisées m'a sommé de rédiger une chronique sur une des deux actualités phare du moment en France : le régime matrimonial des homosexuels et les querelles de clocher à l'UMP.
A vrai dire, aucun de ces thèmes ne m'inspire mais, le client étant roi, je m'incline devant cette injonction et vais tenter de disserter sur le mariage pour tous plutôt que sur le divorce de quelques uns.
Pour ce faire, je vous propose de laisser de coté morales, théologies et passions au profit du point de vue distancié des statistiques.

Un des arguments des opposants au mariage homosexuel est qu'il est étrange que les gays revendiquent des droits matrimoniaux alors que les hétérosexuels ne convolent plus en justes noces.
Cette rhétorique ne vaut pacs tripette car la majorité des français reste unie par les liens du mariage.
Grosso modo, trois français adultes sur quatre vivent en couple.
80% de ces duos sont passés devant Monsieur le Maire, 15% concubinent notoirement et 5% ont conclu un pacte civil de solidarité, mieux connu sous l'acronyme PACS.
Résultat des courses : un peu moins de deux français de toutes conditions sur trois sont mariés.
Bien entendu, ces moyennes recouvrent un fort effet de génération. La bague au doigt a plus de succès chez les aînés que chez les jeunes. Toutefois, en supposant que les comportements matrimoniaux actuels, qui tendent à se stabiliser, perdurent, la proportion de couples mariés ne devrait pacs descendre dans le futur en dessous de 55% à 60%.

De même, il est peu probable, d'un point de vue numérique, que le mariage homosexuel ébranle les fondements de la société.
En 2010, 250 000 mariages, 200 000 PACS hétérosexuels et, seulement, 9 000 PACS homosexuels ont été scellés en France.
Seuls 2% des unions officielles concernaient des personnes de même sexe. Cette proportion est la même dans les pays, comme la Hollande et le Canada, qui ont légalisé de longue date le mariage gay.
Une fois pacsée la période de mise en route, le mariage annoncé pour tous ne devrait intéresser, en pratique, que quelques milliers de personnes chaque année.

Afin de ne pacs être à nouveau forcé par mes supporters d'écrire une chronique contre mon gré, je rappellerais, en guise de conclusion, qu'il y a chaque année plus d'hétérosexuels qui divorcent que d'adhérents à l'UMP, ce qui ouvre de belles perspectives aux chamailleries du couple Copé-Fillon.

Gaullisto-maritalement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "Union nationale pour tous" et "Quand sondage rime avec bidonnage".
- Les statistiques citées dans ce billet proviennent de l'INSEE et de l'INED. Les chiffres ont été arrondis pour faciliter la compréhension.
- Le parti anciennement gaulliste UMP aurait de l'ordre de 250 000 adhérents vivants. 260 000 personnes divorcent chaque année en France.