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samedi 30 avril 2016

J’ai testé le dopage sur internet de mon moi profond

Le regonflage d’égos déprimés est une des nombreuses fonctions que Google propose aux internautes.

Toujours soucieux d’apporter à mes fidèles lecteurs une information de première main, je n’ai pas hésité à payer de ma précieuse personne pour tester ce service.
Jugez sur pièces.

Phase 1 : je crée une « alerte » à mon nom

Google Alertes vous avertit instantanément et gratuitement à chaque fois que vous êtes mentionné sur le web.
Le paramétrage de ce système, comme le montre l’image ci-dessous, est particulièrement simple.



Une fois ce radar mis en route, à l’instar de la pêche à la ligne au bord d’un étang ombragé en plein été, il suffit de se relaxer et d’attendre.

Phase 2 : sans crier gare, je deviens l’égal de Saint Lazare

Le 6 octobre 2015 au matin, alors que je viens de franchir les contrôles de sécurité de l’aéroport de Genève Cointrin et que je me rends à l’embarquement de mon vol, un mail en provenance de Mountain View m’apprend que je suis mort.



Or, juste auparavant, la palpation chatouillante du vigile helvète m’a prouvé in vivo que je suis toujours de ce monde.

Une erreur des surpuissants moteurs de recherche de Google n’étant pas envisageable, j’ai donc du, tel le Lazare à Béthanie de l’Évangile, ressusciter au cours de la nuit, sans même m’en apercevoir.

Peut-être devrais-je envisager de me rendre en barque aux Saintes Maries de la Mer en Camargue avec une grande partie de ma famille. [*]

Phase 3 : hourra ! je suis piraté !

Cette semaine, toujours au matin, l’alerte Google annonce que mon livre sur le développement agile de produits innovants est disponible au téléchargement.

Ma surprise est grande car ce n’est pas franchement un scoop. Ce bouquin est sorti fin 2011 simultanément en papier et en version dématérialisée.

Intrigué, je teste le lien qui me conduit vers un site manifestement peu légal où mon oeuvre indépassable est proposée en téléchargement libre et gratuit.



Pour tout auteur plus soucieux de son aura que de sa rémunération, le piratage est le Graal absolu.
Qu’un inconnu tirant ses revenus de publicités douteuses fasse l’effort de récupérer votre bouquin et de le mettre à disposition de tous indique que votre production recèle une véritable valeur.
Les copieurs ne s’intéressent pas aux nanars.

De surcroît, le site affiche pas moins de 29 commentaires, tous élogieux et, tenez vous bien, dans la langue de Steve Jobs.



Ragaillardi par cette excellente nouvelle, je pars à mon travail remonté comme un coucou suisse.
Je me promet, dès le soir, de télécharger, pour en faire un collector, la version piratée de mon propre livre.

Phase 4 : je redescends sur terre

En fin d’après-midi, à peine terminé mon dur labeur, je me précipite sur le lien sensé mener gratuitement à mon indépassable livre.

Et là - coup de tonnerre dans un ciel serein - au lieu d’obtenir ma bible de l’agilité et de l’innovation, j’atterris chez un certain Playster qui se présente comme le « Netflix des livres ».



Quelques vérifications rapides permettent de constater que les nombreux bouquins exposés sur le site de piratage pointent tous vers ce même service et que les commentaires sont strictement identiques pour chaque ouvrage.

Quant au soit-disant Netflix des livres, il ne tient pas ses promesses puisqu'il ne propose même pas à ses abonnés l’Everest de la pensée innovante.

Phase 5 : je médite les classiques 

Rien de tel que le recours aux grands textes de la littérature pour remettre sa modestie en marche et ses oreilles dans le sens du vent.

Comme aurait pu l’écrire le regretté Jean de la Fontaine « tout e-flatteur vit aux dépens de celui qui le clique ».

Tweet récent à propos de la fable "le corbeau et le renard" et de son auteur Jean de la Fontaine

Baudruchiquement votre

Post Scriptum
[*] Lazare de Béthanie, alias Saint Lazare, est un personnage de l'entourage de Jésus, apparaissant dans le Nouveau Testament.

D’après l’Évangile de Saint-Jean, Lazare aurait passé l’arme à gauche peu de temps avant le passage du Christ dans le village de Béthanie qui le ressuscita en se rendant devant son tombeau et en lui ordonnant d’en sortir.

Quelques temps plus tard, une fois l’épopée de Jésus terminée, Lazare, ses deux soeurs - (Sainte) Marthe et (Sainte) Marie de Béthanie - et leur servante (Sainte) Sara dite la noire inaugurèrent une pratique touristique maritime remise au goût du jour récemment.
Pourchassés par les troupes romaines, cette famille quitta la rive sud de la Méditerranée, probablement sur le littoral syrien, dans un bateau de fortune qui, après une longue dérive, finit par s’échouer en Camargue dans l’actuel village des Saintes Maries de la Mer.

Ces réfugiés essaimèrent en Provence. Ainsi Lazare se rendit à Marseille qu’il convertit au christianisme et dont il devint le premier évêque.

J'en profite pour souligner le mépris qu’affiche la SNCF pour les premiers temps de la chrétienté puisque la gare de Marseille s’appelle Saint Charles qui fut archevêque de Milan et que la gare Saint Lazare est bizarrement située à Paris.

Références et compléments
Je remercie chaleureusement Stéphène, accoucheuse du livre objet de cette chronique, et Jean qui tient souvent ce même rôle pour ce blog.

Article sur Lazare de Béthanie dans Wikipedia.

Mes supporters les plus acharnés peuvent consulter la page consacrée à mon bouquin sur le site de l’éditeur Eyrolles ou se rendre sur Amazon.

Je rappelle, à toutes fins utiles, que pirater un livre ou toute autre oeuvre de l’esprit, est officiellement vilain et illégal.

Le tweet du 18 avril 2016 sur Jean de la Fontaine a été mis en ligne par la twittonaute Cheikha Sophia.

mardi 10 février 2015

De l'iPhone et de la capacité calorifique du 1,2-dichlorotétrafluoroéthane

En 1982, alors que je commençais à travailler, j'ai eu besoin, pour une étude, de caractéristiques physiques de gaz réfrigérants.

Heureusement, je faisais alors partie d'un laboratoire de recherche situé à quelques encablures de la bibliothèque universitaire de Grenoble.
Je n'eus qu'à traverser la rue. En une bonne heure de recherches assidues, je trouvais mon bonheur et, moyennant finances, je photocopiais de précieux tableaux de valeurs.
Je conservais d'ailleurs ces feuilles longtemps après avoir changé de sujet de travail, car "cela pouvait toujours servir".

À l'époque, obtenir les mêmes données techniques en dehors d'une grande métropole, par exemple à Brives la Gaillarde ou à Kelibia, aurait nécessité un voyage au résultat incertain.

Il y a peu, dans le feu d'une conversation animée sur les mutations en cours, j'ai réédité, au pied levé, la même expérience.
Depuis la salle d'attente d'un aéroport, grâce à mon téléphone orné d'une pomme entamée et à Google, en moins de 2 minutes, j'ai dégoté, sans coup férir, la capacité calorifique du 1,2-dichlorotétrafluoroéthane, alias R114 pour les intimes.

Au jour le jour, nous sommes tous les sujets, et, le plus souvent désormais, les acteurs, d'une multitude de telles anecdotes.
Notre plongée au coeur d'un océan d'information, au sens étymologique et générique du terme, est un voyage sans retour.

Calorifiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi les autres chroniques traitant des mutations

samedi 28 juin 2014

Petit exercice de prospective

Dans un billet récent, j'ai esquissé des réponses à la question “quels métiers choisir pour surmonter la révolution industrielle ?”.
Je mettais en lumière que les savoir-être, plus que les connaissances et les savoir-faire, seraient déterminants.
De fidèles lecteurs m'ont alors enjoint d'illustrer ce point.
Pour ce faire, je vous propose de tester vos envies de futur à l'aide d'un exemple fictif mais néanmoins représentatif des mutations de notre époque.

Supposons qu'à Rodez ou à Béja, un professeur de physique en retraite, féru d'expériences et d'internet, ait mis au point un système de téléportation, en quelques minutes, d'objets inanimés de moins de 10 kg, en tous points du globe terrestre.

Le procédé nécessite deux bases, une pour l'expédition et une pour la réception, connectées ensemble par internet. Il s'agit d’assemblages assez simples de composants électroniques et de pièces métalliques qui coûtent environ 200 € l'unité.
La consommation d'énergie de ces appareils de téléportation est très faible, de l'ordre du centième de la consommation de carburant nécessaire au même trajet en camion ou en avion.
Le génial retraité, peu attiré par le business, a publié l'intégralité de sa découverte sur le web sous couvert d'une licence libre.

Je vous suggère, à partir de ce scénario, d'imaginer votre réaction si une personne de votre entourage vous apprenait, au détour d'un mail ou d'une conversation, cette invention.

Voici quelques propositions, non limitatives, pour initier votre réflexion :

- Vous reprenez la pratique régulière du vélo.

- Vous contactez votre famille en Tunisie et vous mettez en place un service régulier Meylan-Kelibia.
Votre entreprise actuelle vous accorde un congé sabbatique qui vous permet d'ouvrir un dépôt de pâtisseries et de poissons tunisiens frais dans le Grésivaudan à proximité de Grenoble.

- Vous ne tenez aucun compte de l'information et, quelques jours plus tard, vous diversifiez votre portefeuille boursier en achetant des actions de Vinci Autoroutes et de Volvo Trucks.

- Vous vous dites que c'est un mauvais coup supplémentaire porté à l'industrie automobile. Vous lancez alors une pétition en ligne pour limiter et réglementer cette activité en France.

- Vous ne vous sentez pas concerné, le transport de marchandise n'étant ni votre truc, ni votre profession.

- Vous contactez immédiatement une de vos connaissances indirectes travaillant dans la logistique et vous lui proposez d'associer son savoir-faire avec vos talents de bricoleur et aussi avec une partie de vos économies.

- Vous pensez que Google, Amazon ou Apple vont une nouvelle fois profiter indûment d'une avancée technologique et que l'Europe ainsi que le Bassin Méditerranéen vont s'enfoncer encore plus dans le déclin.

- Très vite, vous fabriquez deux bases, vous essayez le procédé et vous testez des améliorations afin d'accroître la taille des colis transportables, voire même d'envisager des passagers vivants (au départ comme à l'arrivée).

- Vous vous sentez renforcé dans votre conviction que la technologie va trop loin et nous déshumanise. Cette énième goutte d'eau fait déborder votre vase personnel. Vous plaquez tout et créez un ashram œcuménique au cœur du massif de la Chartreuse.

… … … … ...

Je publierai sur ce blog vos meilleures propositions vis-à-vis de ce scénario imaginaire.

Futuriquement votre

Références et compléments
- Un immense merci à tous ceux qui réagissent à mes chroniques et à mes facéties. Une mention spéciale pour Laurence qui m’a incité, devant le zinc d'un bar très aseptisé, à retrouver le chemin du clavier et à Fabien le king de la téléportation.
- Voir aussi la chronique quels métiers choisir pour surmonter la révolution industrielle ?

mercredi 5 mars 2014

Berceuse pour une petite loupiote

Chère P***

Vos parents ayant eu l'extrême obligeance de me faire part simultanément de votre naissance dimanche dernier et de votre toute neuve adresse mail p***.***@gmail.com, je me permets de vous adresser tous mes vœux de bonheur et de liberté pour votre vie qui commence.

J'en profite pour vous offrir, non pas de la myrrhe et de l'encens, la saison est passée, mais une petite berceuse afin de tenter de procurer quelques moments de répit à vos parents.
Pour ce faire, je me suis fait aider par le regretté Jean Ferrat auquel j'ai emprunté et remanié sa berceuse pour un petit loupiot.


Ma marmousette, ma nouvelle née
Tu mériterais qu'on te gronde
Tu brailles comme une forcenée
T'as pas l'air contente d'être au monde
T'as le minois tout chiffonné
Mais tu devrais pas faire la gueule
Avec ton mail enfariné
Pour engraisser Monsieur Google

Fais dodo P*** ma petite sœur
Fais dodo ma petite loupiote

Si tu savais combien que c'est doux
De vivre et puis comment que c'est rose
Tu boirais ton biberon d'un coup
Pour engraisser Monsieur Guigoz
Car si tu bois bien ton lolo
Si tu veux la mettre en sourdine
On te paiera bientôt des petits pots
Pour engraisser Monsieur Blédine

Fais dodo P*** ma petite sœur
Fais dodo ma petite loupiote

On fera ton éducation
Ça m'étonnerait pas qu'on te donne
Les mémoires du roi des cons
Pour engraisser Monsieur Amazon
T'auras pas le phylloxéra
Grâce aux vaccins systématiques
Pour engraisser des scélérats
De l'industrie pharmaceutique

Fais dodo P*** ma petite sœur
Fais dodo ma petite loupiote

T'auras plus tard ta limousine
Pour engraisser Monsieur Mittal
Alors t'achèteras de la benzine
Pour engraisser Monsieur Total
T'auras ton coin de serpolet
On t'y permettra des culbutes
Avec ta tente et ton ARVA
Pour engraisser Monsieur Lafuma

Fais dodo P*** ma petite sœur
Fais dodo ma petite loupiote

Puériculto-marketinguo-chansonniquement votre

Références et compléments
- La chanson originale de Jean Ferrat peut être écoutée en suivant ce lien.
- Pour les non montagnards, ARVA est un Appareil de Recherches de Victimes d'Avalanches

samedi 26 octobre 2013

Nos données personnelles sont une mine d'or pour les géants de l'internet

Régulièrement, experts et médias, relayant le lobby de la presse papier et des éditeurs, s'émeuvent que les services gratuits disponibles sur internet transforment chacun d'entre nous en produit.
Nos données personnelles collectées par ces sites web seraient une mine d'or avec laquelle Bill Gates, Larry Page, Marc Zuckerberg et quelques autres magnats du web feraient un beurre bien crémeux.
Fidèle à la tradition de ce blog et soucieux de vous laisser juger sur pièces, je me suis livré à un petit test.

Une grande partie de ma vie numérique est hébergée par Google.
J'utilise les applications de la firme de Mountain View pour, entre autres, effectuer des recherches sur le web, lire et expédier mes mails personnels, regarder des vidéos, stocker et partager mes photos et même pour publier ces Humeurs Mondialisées.
Google possède donc une masse considérable d'informations sur ma petite personne. À en croire les gazettes, celles-ci sont revendues à des annonceurs qui les utilisent pour ajuster leurs messages promotionnels à mes goûts et attentes.

Afin de vérifier l'efficacité de ce dispositif, j'ai observé attentivement les publicités que Google affiche dans son service de courrier électronique après que ses automates aient analysé le contenu des messages que je reçois.
Voici les résultats.

Un hôtel d'Amsterdam me confirme la réservation que j'ai effectué.
Google m'incite à envisager un séjour dans un "Hôtel Saint-Tropez". J'ignorais jusqu'alors qu'on trouvait sur les rivages méditerranéens les mêmes types de végétaux fumables et de vitrines qu'à proximité des polders.

Leanpub, l'éditeur en ligne qui a publié mon dernier livre Humeurs Économiques, m'adresse sa lettre d'informations.
Google pense que je devrais changer de forfait téléphonique "dès 2.99 €/mois".

Mon fils, actuellement étudiant à l'étranger, me donne de ses nouvelles.
Google me pousse à comparer les tarifs des mutuelles.

Un des mes "amis" de Facebook et ci-devant producteur de musique "m'invite" à payer ma place au prochain concert qu'il organise.
Google estime que je ferais mieux de me plonger dans le "Magazine Apnea, tout sur l'apnée et la pêche sous-marine".

Mon syndicat préféré envoie son dernier tract sur la situation sociale dans l'entreprise où je travaille.
Google conjecture que "8 heures pour tout savoir sur le trading" me sont nécessaires.

Un site de généalogie en ligne suspecte m'avoir dégotté de nouveaux ancêtres.
Google m'encourage à me rendre illico au "Salon Baby à Grenoble" pour "profiter des Conseils, ateliers, échantillons".
J'ai, une fois n'est pas coutume, cliqué sur le lien conseillé. Il s'agit d'une publicité mensongère. Dans le programme détaillé, il n'est absolument pas question de distribuer des échantillons d'enfants aux visiteurs.

Ma dernière tête de turc en date, le club de rugby grenoblois FCG, m'incite à venir remplir dare dare ses caisses percées.
Google est persuadé que je ferais mieux de me rendre au Brésil l'été prochain à l'occasion de la Coupe du Monde de Football grâce à des "Packs Exclusifs".

L'université où je donne quelques cours m'informe d'un changement d'emploi du temps.
Google me suggère un "Loueur Meublé" et de "récupérer jusqu'à 19.6% de la TVA", soit sensiblement 3.8%.

La société d'autoroutes qui dessert le Dauphiné aimerait augmenter son chiffre d'affaire via son badge de télépéage en me poussant à aller visiter une exposition en Ardèche.
Google, obstinément, insiste au sujet de la location meublée.

L'excellent site meteo-grenoble.com m'expédie son bulletin quotidien de prévision et annonce 23°C cet après-midi.
Google, au mieux de sa forme, persiste à vouloir me refourguer un meublé.

Twitter me signale qu'un de mes gazouillis a été repris par d'autres twittonautes.
Google, dont le magasin digital semble fort peu achalandé, s'acharne à me jeter dans les bras de son "Loueur Meublé".

Ma fille, présentement en déplacement, me demande des nouvelles sur la crise politique et sécuritaire qui secoue la Tunisie.
Google, tel Toinette dans le Malade Imaginaire, s'exclame une fois de plus "Loueur Meublé" !
Finalement, face à tant de sollicitations si soigneusement ciblées, je vais me décider à signer un bail pour une ou deux cages à lapins dûment équipées.
Rached Ghannouchi, Ali Larayedh et leurs consorts d'Ennadha pourront venir y trouver un asile que les tunisiens ont bien mérité !

Personnellement votre

Références et compléments (euphémismes pour auto-publicité)
- Les chroniques "Rugby opaque et dans le rouge à Grenoble" et "le Malade Twimaginaire"
- Mon nouveau livre "Humeurs Économiques - Déchiffrer nos mutations"
- Mes chroniques sur la Tunisie
- Test réalisé dans la matinée du samedi 26 octobre 2013 avec des courriels que j'ai reçu via le service Gmail. Les citations entre guillemets sont strictement authentiques, y compris l'excès de majuscules qui fait ressembler la graphie de Molière à celle de Goethe.
   

mercredi 31 octobre 2012

Les patrons de presse sont les nouveaux fabricants de lampes à pétrole

Autant vous le dire de but en blanc, ami lecteur vous devriez avoir honte !
Rassurez-vous, il ne s'agit pas de mon opinion personnelle plutôt réjouie voire flattée que vous accordiez quelques instants à mes élucubrations.
Par contre, les dirigeants de la presse écrite payante française, défenseurs autoproclamés de la démocratie, s'autorisent à penser que vous n'avez rien à faire sur ce blog, qui plus est hébergé gratuitement sur une plateforme américaine.
Si, au lieu d'être un complice objectif de l'hydre malfaisant Google, vous étiez un bon français, ou même un bon étranger, vous furèteriez sur ces garants du pluralisme que sont les sites du Monde, du Figaro ou de Libération ou, encore mieux, vous achèteriez un exemplaire papier de ces canards.

La presse française, y compris celle défendant des idées libérales, a vécu après la seconde guerre mondiale dans un modèle économique soviétique, peu propice à la lutte concurrentielle et aux innovations.
Ce système, très confortable durant un demi-siècle, explose sous nos yeux. Audiovisuel, internet et surtout conformisme des dirigeants se liguent pour que, probablement, aucun titre actuel ne voie la prochaine décennie.
Examinons cela en détail.

Quasi-monopoles d'embauche des imprimeurs et des journalistes par le biais de syndicats surpuissants et exclusivité de distribution via une coopérative ont assuré des salaires respectables au personnel mais aussi des coûts élevés et identiques pour tous les journaux.

Le lectorat a longtemps été stable. Publicité et petites annonces garantissaient des compléments de chiffre d'affaire fort appréciables et réguliers. Quand le business vient tout seul, inutile de se battre.
Aujourd'hui encore, un directeur de journal, à l'instar d'un agent de la SNCF évoquant les usagers, parle de lecteurs ou d'annonceurs, jamais de clients.

L'équation économique pour l'utilisateur des nouveaux médias est à l'inverse de celles des journaux.
Pour lire un quotidien, nul besoin d'une mise initiale mais chaque exemplaire nécessite un débours.
Par contre, surfer sur le web, nécessite un investissement, ordinateur ou smartphone ainsi que l'abonnement à un opérateur, mais l'usage est gratuit.
Ici, comme ailleurs, la loi d'airain du marketing s'applique : sans changement profond dans l'offre, le prix d'un produit concurrentiel ne remonte jamais.

Internet a aussi accru fortement l'offre d'informations.
Il y a peu, seule une petite centaine de personnes pouvaient commenter publiquement l'actualité politique, économique ou culturelle. Désormais, nous sommes des dizaines de milliers à le faire, sous des formats très différents. Difficile, dans ces conditions, d'expliquer que le pluralisme est menacé.
L'argument de qualité ne tient guère non plus. Comme disait le regretté Aristote, lors d'un repas, le convive est meilleur juge que le cuisinier. Si vous lisez ces lignes c'est que, je l'espère, vous y trouvez un peu d'intérêt ou de plaisir. Malheureusement pour la presse, pendant que vous parcourez mes humeurs mondialisées, vous ne lisez pas le Monde, le Figaro ou Libération. Honte à vous, fossoyeurs de la diversité d'opinion !

Internet favorise le zapping.
Autrefois, chacun choisissait le journal qu'il estimait proche de ses positions personnelles et le parcourait du début à la fin.
Désormais, nous picorons et de nombreux prescripteurs guident nos choix : des machines comme celles de Google ou des "amis" avec leurs recommandations par mail ou réseaux sociaux.
Sur le web, la concurrence est permanente et à seulement un clic de distance.

Enfin, point très structurant pour l'avenir, internet a révolutionné la publicité.
Jusqu'alors, les médias traditionnels vendaient de l'espace : affiches sur les murs, placards dans les journaux, spots audiovisuels. L'audience de ces supports était assez aisée à évaluer mais l'impact véritable des publicités n'était pas mesurable. Faute d'alternative, les annonceurs s'en contentaient.
Internet a changé la donne en vendant de l'attention, de l'intérêt. Afficher une publicité sur le web est modique voire gratuit, seul le clic est rémunéré correctement.
Pour tirer profit du marché énorme et croissant de la publicité sur internet, les contenus doivent être repensés en fonction de cette vente d'attention et non plus d'espace. Il faut réussir le tour de force de mêler plus intimement information et publicité sans pour autant gruger le lecteur qui est toujours à un clic de la sortie. C'est ce que fait très bien Google sur son moteur de recherche et que ratent complètement les grands médias français.
Un seul exemple de la pensée étroite de la presse française, digne de celle d'un fabricant de lampes à pétrole face à Edison, sur les sites du Monde et de Libération, il est impossible d'acheter sur le champ un livre ou un film dont on vient de lire la critique.

N'ayant pas les mêmes tabous, je conclurais donc cette chronique en vous encourageant à aider la Croix Rouge, à aller vous reposer en Bourgogne à la Ferme de Lili ou encore à déguster avec modération et délectation les vins de Bordeaux de Régis Chaigne !

Googliquement votre

Références et compléments
- Pour acheter mon livre "Développer un produit innovant avec les méthodes agiles", il suffit de cliquer ici.
- Peu soucieux de prolonger inutilement l'agonie des grands journaux français en m'acquittant d'un éventuel droit d'auteur "voisin", il n'y aura plus sur ce blog de liens vers le Monde, Libération et le Figaro. Une simple mention fera désormais l'affaire.

dimanche 20 mai 2012

Des encyclopédies et de l'iPhone au fil des présidences de la république française

Enfant, dans les années 1960, lors de la présidence de Charles de Gaulle, chez mes grand-parents, j'aimais aller au grenier et me plonger avec délices dans le dictionnaire universel Larousse en sept volumes acquis par mon arrière-grand-père au début du vingtième siècle.
Les descriptions technologiques dataient un peu et ni les deux conflits mondiaux, ni la décolonisation n'y figuraient.
Toutefois, une bonne part du contenu de cette somme était encore compréhensible et intéressant. Ces dictionnaires étaient une sorte de trésor familial utilisé par plus de trois générations.

Plus tard, au cours des mandats de Georges Pompidou et de Valéry Giscard d'Estaing, je reçus en cadeau une version modernisée, le Larousse encyclopédique en trois volumes.
Au début de la décennie 1970, un tel ouvrage était une dépense conséquente et peu de familles pouvaient se l'offrir. Mes parents faisaient aussi l'effort de maintenir à jour cet investissement en achetant environ chaque deux ans le "Quid", recueil annuel de statistiques et de données diverses.
Ce qui me paraissait être alors des mastodontes de savoir étaient des nains informationnels à l'aune actuelle. Le Larousse encyclopédique ne devait guère dépasser 500 Mégaoctets et le Quid 5 Mégaoctets, soit, respectivement, un soixantième et un six millième de la capacité d'un iPhone.
Le renouvellement annuel de l'information encyclopédique dans ma famille équivalait en quantité de données à une petite application pour smartphone.
Dans de telles conditions, l'enseignement faisait la part belle à la mémoire. L'information était difficile d'accès, peu variable et coûteuse. Pour être à l'aise dans ses vies personnelles, professionnelles et sociales, il était indispensable d'emmagasiner suffisamment de connaissances et de se les remémorer à bon escient.

Devenu étudiant, en 1982, au début du règne de François Mitterrand, durant mon projet de fin d'études, j'ai eu besoin d'obtenir les caractéristiques physiques de gaz spéciaux.
Heureusement, mon stage se déroulant à Grenoble, je pus aller à la bibliothèque universitaire où, après avoir fureté plusieurs heures dans les rayonnages, je finis par dénicher un recueil de données.
En dehors d'une grande ville ou d'une entreprise spécialisée, je n'aurais jamais pu avoir accès à ces valeurs. Trouver un expert du domaine était aussi une tâche quasi impossible.
Désormais, obtenir ces informations ne nécessite que quelques minutes. Il suffit d'interroger Google ou Wikipedia avec le nom du gaz. Avec les communications mobiles, cela peut être fait à toute heure et en tout lieu.
Histoire de rajeunir, j'ai effectué, avec succès mais sans mérite, cette recherche, tout à l'heure, à l'aéroport de Roissy, en tapotant sur mon smartphone.

Aujourd'hui, alors que François Hollande vient d'accéder à la magistrature suprême, notre relation à l'information est totalement changée.
Les coûts de diffusion et de traitement se sont effondrés. Le moindre ordinateur possède une capacité de stockage équivalente à plus de deux cent cinquante mètres de rayonnages d'encyclopédie Larousse.
La Toile, omniprésente, est à même de répondre à nos désirs ou à nos questions. Moteurs de recherche et réseaux sociaux nous conduisent, sans délai, dans le moindre de ses recoins.
Ces bouleversements modifient durablement nos vies mais aussi la société. Comment, entre autres, enseignement, expertises et médias pourraient-ils rester les mêmes ?
La mémoire n'est plus indispensable puisque nous sommes tous dotés d'une myriade connectée de cerveaux auxiliaires au stockage plus efficace que notre matière grise.
De surcroît, collaboration et copie - oserai-je dire plagiat - deviennent centrales.
L'essentiel de ce que nous envoient nos cercles de connaissances sur les réseaux sociaux sont des retranscriptions plus ou moins retouchées d'éléments préexistants. Nous avons réinventé et magnifié, sans en être conscients, le mode de travail des peintres de la Renaissance où plusieurs artistes participaient collectivement à l'élaboration d'un même tableau.
Nous pouvons regretter le monde d'avant internet, mais, que nous le voulions ou non, il a disparu définitivement durant les présidences de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy.

Pour rythmer cette chronique, j'ai évoqué les présidents successifs de la cinquième république française.
Cela m'a permis, de souligner combien le discours et l'action politiques ont peu pris en compte les révolutions que nous vivons.
Pourtant ce maelström est probablement une des causes profondes des crises actuelles, au delà des aspects financiers de court terme.
Ce bouleversement est aussi la seule opportunité de sortir par le haut du marasme ambiant. Encore faudrait-il savoir collectivement ne pas s'accrocher trop aux branches mortes de notre glorieux passé.

Iphoniquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Timbres, iPhone et salaires ouvriers" de janvier 2012
- Sur le même thème, je recommande le livre de Michel Serres "Petite Poucette" (Editions Le Pommier, 2012).
- Afin d'obtenir la hauteur rendue nécessaire par le sujet, cette chronique a été écrite, ou plutôt tapotée, à plus de 37 000 pieds, dans l'avion reliant Paris à Mumbai le 20 mai 2012.