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mercredi 29 janvier 2014

Combien de salaires, d'impôts et d'importations dans 100 € d'achats ?

Les récentes déclarations de François Hollande ont ranimé le débat jamais éteint entre partisans de la politique de l'offre et de celle de la demande.

Les tenants de la première clament sur l'air des lampions que la baisse des coûts est le meilleur moyen de tonifier une croissance anémique.
Les supporters de la seconde chantent en chœur que seules des hausses de salaire et de prestations sociales peuvent faire tourner la machine à plein régime.

La polémique entre ces deux camps est aussi vieille que la théorie économique et ressemble souvent aux querelles théologiques de l'antique Byzance sur le sexe des anges ou le nombril d'Adam et Ève.

D'ailleurs, à l'issue de la conférence de presse présidentielle, les adeptes de l'offre ont accueilli le changement de pied du leader social-libertin avec le mélange d'enthousiasme et de scepticisme réservé aux nouveaux convertis.
Dans le même temps, les disciples de la demande commençaient à instruire un procès en hérésie, voire en apostasie.

Ne prisant guère les chapelles et les sectes, cette chronique est consacrée à résumer quelques ordres de grandeur afin que chacun puisse se forger sa propre opinion.
Pour ce faire, nous allons prendre, tour à tour, la position des responsables d'entreprises puis celle des consommateurs.

Point de vue d'un chef d'entreprise
En France, une PME moyenne emploie sensiblement 30 personnes et le total de ses ventes annuelles avoisine 6 millions d'euros hors taxes.
Les entreprises plus conséquentes étant généralement très décentralisées, chaque secteur autonome peut être assimilé à une petite société.

Les achats effectués par notre PME type - 4 millions d'euros par an - représentent les deux tiers de son chiffre d'affaire
Vient ensuite la rémunération nette des salariés, un gros sixième de ses ventes, 900 000 €.
Les cotisations sociales, celles des employeurs additionnées à celles des employés, s'élèvent à 600 000 €, un dixième du chiffre d'affaire.
Enfin, la fameuse "marge brute" n'atteint que 500 000 €, 8% des ventes. Cet "excédent d'exploitation" finance à parts sensiblement égales les investissements, la rémunération des actionnaires et l'impôt sur les sociétés.

Répartition du chiffre d'affaire annuel d'une PME française type
Une entreprise qui veut abaisser ses prix pour séduire ou conserver ses clients face à la concurrence, a d'abord intérêt à améliorer ses achats.
Pour vendre 5% moins cher, elle peut, en théorie :
- soit trouver des fournisseurs en moyenne 7.5% meilleur marché,
- soit baisser ses salaires de 30%,
- soit stopper ses investissements et, dans le même temps, cesser de verser des dividendes à ses actionnaires.

Cette équation explique en grande partie, l'ampleur des délocalisations et des fermetures en cascade de nombreuses usines.
Chaque société se tourne vers des fournisseurs moins chers, souvent dans des pays à bas salaires, et, par voie de conséquence, assèche le carnet de commande de ses partenaires traditionnels.
Actuellement, environ un quart de ce qui est consommé en France est importé.

Point de vue d'un consommateur
Les produits plus ou moins périssables et les services plus ou moins utiles que nous achetons proviennent de la production des entreprises décrite ci-dessus à laquelle il faut adjoindre les taxes sur la consommation, essentiellement la TVA et la fiscalité des carburants.

Reprendre les comptes de notre PME type et décomposer ses achats en importations, salaires et prélèvements sociaux ou fiscaux permet de déterminer où va notre argent à chaque fois que nous sortons 100 € de notre poche pour payer des achats.
Ce sont évidemment des chiffres moyennés qui regroupent la totalité de notre consommation : nourritures, logements, coiffures, informatiques, meubles, services bancaires, loisirs, voitures, vêtements, énergies, livres, maquillages, vacances, téléphonies, boissons alcoolisées ou non, assurances, scooters, casques, presse people, que sais-je encore sans oublier le raton-laveur de Jacques Prévert.

Le ruban bleu est aisément remporté par la fiscalité. Cotisations sociales, impôts sur les sociétés et taxes payés en France atteignent 40 €.
Suivent les salaires et les importations qui s'élèvent chacun à un quart de nos achats, 25 €.
Bon derniers, les investissements, c'est à dire la préparation du futur, et la rémunération des actionnaires ferment la marche avec 5 €.

Répartition moyenne de 100 € d'achats de consommation en finale en France
Ces ordres de grandeur facilitent l'évaluation rapide des propositions et contre-propositions des politiques de tout poil.
Bizarrement, ceux-ci oublient trop souvent l'usage de la règle de 3 et de la preuve par 9 que l'École de la République s'est pourtant échinée à nous enseigner grâce aux impôts de nos parents ...

Économiquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Le pacte de responsabilité de François Hollande peut-il réussir ?".
- Les chiffres proviennent des statistiques officielles de l'INSEE et ont été arrondis par mes soins pour plus de lisibilité.
  

jeudi 2 janvier 2014

Tout savoir (ou presque) sur les finances municipales de Meylan

En ces temps de crise aiguë et de déficit public abyssal, j'ai empoigné le petit bout de la lorgnette pour analyser les finances de Meylan, la sympathique commune où je réside, à proximité de Grenoble dans le département de l'Isère.

Fidèle aux us et coutumes de ce blog, je me suis rendu sur le site de la mairie pour tenter de récupérer des données du budget 2014.
À l'instar de la communauté de communes "la Métro" alpaguée dans une précédente chronique, les informations financières communales sont pour le moins fractionnées et filandreuses. Le document de présentation du budget comporte plus de texte que de chiffres.
Meylan, qui ne compte pourtant que 17 500 habitants, dispose quand même de 4 budgets distincts : un pour le "fonctionnement", un pour les "investissements", un pour des opérations immobilières dans une zone d'activités économiques et un petit dernier pour l'eau potable.
Sensiblement 1 euro sur 5 dépensés par la mairie est répertorié dans des "annexes".
À croire que la municipalité sortante souhaite entourer sa gestion d'un écran de fumée.

Dans un souci de clarté, j'ai donc effectué les additions jugées inutiles par les élus de la majorité comme de l'opposition et regroupé les finances meylanaises en un seul compte.
Emporté par mon élan, j'ai aussi commis quelques divisions afin d'exprimer les valeurs en euros mensuels par meylanais afin de pouvoir les comparer à des revenus et dépenses familiales.

Le budget 2014 de Meylan est légèrement inférieur à 37 millions d'euros.
Cette somme représente pour chaque habitant, 2 100 €, soit 2 SMIC mensuels, environ 175 € par mois.

Les recettes municipales proviennent à quatre cinquièmes de notre fiscalité, 140 € mensuels par meylanais.
Les impôts dits locaux fournissent la plus grosse part, 120 € par mois.
Les 20 € restants sont assurés par des dotations de l'état et quelques très menues subventions, dont le financement, ne l'oublions jamais, est aussi fiscal.

20% des recettes, 35 € mensuels par tête, sont issus des ventes de services ou de biens effectuées par la mairie.

Recettes municipales 2014 de Meylan en euros mensuels par habitant
La rémunération du personnel communal représente la moitié des dépenses, 90 € mensuels par habitant.
Les achats ainsi que les dépenses inclassables sont le second poste, un petit tiers du budget, 50 € mensuels par habitant.
Les véritables investissements ne pèsent qu'un dixième des dépenses communales, 20 € par mois.
Ils sont suivis de près par les intérêts d'emprunt, 12 € mensuels par meylanais, et par le remboursement de la dette communale, 6 € par mois.

Dépenses municipales 2014 de Meylan en euros mensuels par habitant
La dette de Meylan s'élève à environ 25 millions d'euros, 1 400 € par tête, un mois et demi de SMIC.
Le budget étant légèrement excédentaire, ces emprunts devraient baisser d'environ 1 million en 2014, après un accroissement d'un quart depuis 2008.
Les emprunts municipaux représentent 8 mois des recettes de la ville, à comparer à l'ensemble de la dette publique française qui culmine presque deux ans d'impôts et cotisations.

Dette publique de Meylan et de la France exprimée en mois de recettes
L'éducation, essentiellement maternelle et primaire, est la première dépense municipale, un gros cinquième du budget, 40 € mensuel par habitant.

Immédiatement derrière vient le fonctionnement de la mairie, ce que l'on nomme dans les entreprises frais généraux ou frais de structure.
Tous les mois, chaque meylanais fournit 35 € - un peu plus d'un euro par jour - pour assurer la marche des services municipaux.
La mairie de Meylan auto-consomme un cinquième de ses recettes.

En troisième et quatrième position arrivent les aménagements urbains et la culture avec 25 et 20 € par mois et par tête.

Le développement économique n'est guère une priorité. Il ne représente qu'un quatorzième du budget de Meylan, 12 € mensuels par habitant.
Le sport suit de près avec 9 € par mois.

La sécurité, l'action sociale et l'habitat sont les parents pauvres des finances communales avec respectivement 7, 5 et 4 euros par mois et par meylanais. Moins de 10% de l'activité communale pour l'ensemble de ces trois politiques !

Dépenses municipales 2014 de Meylan en euros mensuels par habitant
Les élections municipales approchant à grands pas, j'espère que ces quelques données économiques permettront à chacun de préciser son opinion sur le mandat de l'équipe sortante et sur les propositions des futurs candidats à la mairie de Meylan.

Meylanaisement votre

Références et compléments
- Chronique rédigée et publiée début janvier 2014.

- Voir aussi d'autres chroniques
- Les chiffres cités dans cette chronique proviennent de regroupements et recoupements effectués par mes soins d'après le trop verbeux document "Budgets primitifs 2014" présenté au conseil municipal de Meylan le 16 décembre 2013 mis en ligne sur le site meylan.fr.
Les valeurs ont été arrondies dans un souci de lisibilité.

- L'auteur, citoyen libre, est totalement indépendant, n'est membre d'aucune formation politique et ne soutient aucun candidat aux élections municipales de Meylan.
Les 4 graphiques de ce billet ne sont pas libres de droit et ne peuvent, en aucun cas, être utilisés sans autorisation à des fins électorales ou journalistiques.
Le texte de la chronique y compris ses chiffres sont mis à disposition conformément à un contrat de licence Creative Commons 2.0 (paternité, pas d'utilisation commerciale, partage des conditions initiales à l'identique). Le respect de cette licence libre est particulièrement impératif en cas d'usage électoral ou journalistique.

- Comme à chaque fois que j'épingle des politiques sur ce blog, je rappelle que ces colonnes leur sont ouvertes pour un droit de réponse.

mercredi 27 novembre 2013

Rétablissons les niches fiscales d'antan

Les heurs et malheurs des niches fiscales ne sont pas sans rappeler la compétition jamais achevée entre le canon et le blindage.

En 1997, les partisans de l'artillerie ont réussi à abattre un des remparts les plus solides du code français des impôts en faisant la peau aux "déductions supplémentaires de frais professionnels".
Jusqu'à cette date, le percepteur diminuait sa note d'une vingtaine de pourcents pour une kyrielle de métiers qu'au fil du temps, les parlementaires, dans leur grande sagesse, avaient choisi de privilégier.

Si cette décision courageuse a incontestablement permis à l'équité de progresser, elle a insidieusement diminué la poésie et le folklore qui se nichaient naguère au cœur des réglementations économiques les plus austères.
Pour vous permettre d'apprécier ce patrimoine législatif et fiscal perdu, voici quelques unes des professions auxquelles l'administration des finances avait accordé un substantiel discount.

- Armuriers et limeurs de cadres de bicyclettes du département de la Loire.

- Ouvriers bonnetiers de la région de Ganges (Hérault).

- Brodeurs de la région lyonnaise utilisant des métiers pantographes, sans oublier les brodeurs de l'Aisne.

- Les internes des hôpitaux de Paris, que d'aucuns qualifient de brodeurs de l'aine.

- Émouleurs, polisseurs et trempeurs de la région de Thiers (Puy de Dôme).

- Tisseurs à bras de gaze de soie à bluter de la région de Panissières (Loire).

- Fabricants d'éponges métalliques du département de l'Ain.

- Ourdisseurs, bobineurs et caneteurs employés dans les tissages de la région de Fourmies, de Cambrai et du Cambrésis.

- Forgerons à domicile de la région de Hautes-Rivières (Ardennes).
Je tiens à préciser que les boulonniers de Levrézy et Braux, bourgades situées à quelques kilomètres de Hautes-Rivières, n'ont jamais bénéficié d'une quelconque mansuétude de la part du fisc.

- Ouvriers mineurs travaillant au fond des mines.
Hors de question d'exonérer ceux qui, détournés de leur art géologique, oseraient exercer leur travail dans un aéronef.

- Chauffeurs et receveurs convoyeurs de cars à services réguliers ou occasionnels ainsi que les conducteurs démonstrateurs et conducteurs convoyeurs des entreprises de construction d'automobiles.

- Choristes.

- Pilotes et mécaniciens employés par les maisons de construction d'avions et de moteurs pour l'essai de prototypes.
Personnellement, je regrette quelque peu que les libéralités fiscales n'aient jamais été étendues aux essayeurs de prototypes de matériel électrique.

- Forgerons, mouleurs, monteurs et polisseurs employant un outillage mécanique dans le cadre des fabrications de matériels médico-chirurgical et dentaire et de coutellerie de la région de Nogent-en-Bassigny (Haute-Marne).

- Speakers de la radiodiffusion télévision française.

- Ouvriers scaphandriers.

- Piqueurs non propriétaires de leurs machines et monteurs employés dans la fabrication de galoches de la région de Laventie (Pas-de-Calais).

- Éclaircisseuses, polisseurs et monteurs de pipes de la région de Saint-Claude (Jura).
Le lecteur attentif aura remarqué que les parlementaires, comme le prouve encore une actualité récente, sont, de tout temps, restés intraitables à l'encontre des travailleurs et travailleuses chargés du découpage et du chantournage de ces instruments pour fumeurs.

Fiscalement votre

Références et compléments
- Je remercie Laurence qui héberge son cheval, non pas dans une niche, mais dans une écurie d'avoir initié l'idée de cette chronique que je lui dédie.
- Le liste à la Prévert des professions ayant bénéficié jusqu'en 1997 d'une réduction substantielle d'impôt sur le revenu est consultable dans son intégralité à l'article 9 du rapport du Sénat de la République Française numéro 85 de 1997 rédigé par Alain Lambert.
  

lundi 4 novembre 2013

Une planche à billets pour la Marine : l'ingénieux programme économique du Front National

Au risque de surprendre beaucoup de fidèles lecteurs, je dois avouer que je suis en accord avec plus de 80% du programme politique du Front National. Aucune autre formation française ne s'intéresse aussi complètement au bonheur universel.

Cet épais document de 106 pages est une pure merveille. Sa lecture a illuminé ma journée.
Il nous promet, simultanément et en vrac, une hausse de nos revenus, une baisse de nos impôts et taxes, un accroissement de nos exportations concomitant avec une diminution de nos importations, une amélioration de notre sécurité, des progrès éducatifs notables, une diplomatie éclairant le monde ainsi que le renforcement du bien-être animal et, cerise sur l'ausweis, le renvoi dans leurs foyers des métèques qui abusent et salissent notre belle république laïque.

À la réflexion, je trouve même ce sympathique parti, désormais situé à l'hyper-centre de l'échiquier politique français, presque trop timoré.
Pour un peu, M. L. P. (désolé mais j'ai toujours mon souci récurrent de crampe aux doigts) pourrait s'allier avec les duettistes mous Bayrou et Borloo.
Il manque quand même dans ses engagements la promesse de la garantie pour tous d'une sexualité épanouie, d'une météo perpétuellement au beau fixe et de l'abolition de la mortalité, sauf pour les délinquants multi-récidivistes.

Sur le plan économique, les nationo-frontistes taquinent le chef d'œuvre, peut-être même le prix Nobel.

Je passerais rapidement sur les difficultés techniques de la sortie de l'euro, évoquées mais pas détaillées. Pourquoi s'encombrer avec l'intendance quand le volontarisme est là ?
La dévaluation monétaire de 10% à 20% et la fuite des capitaux qu'une telle mesure provoqueraient sont pareillement escamotées car, probablement comme disait Boris Vian, elles se résolvent en un quart d'heure.

Glissons aussi sur le blocage des taux des prêts octroyés par les banques dont le principal effet serait d'assécher le crédit et de permettre aux mafias de renouer avec la lucrative et ancestrale activité d'usurier.

Intéressons-nous plutôt au budget public.
M. L. P. et ses comparses annoncent pas moins de 75 milliards annuels de baisses d'impôts et de nouvelles dépenses, 1 100 € par français.

La mesure la plus coûteuse, mais aussi la plus charmante, consiste à abonder de 200 € par mois la feuille de paie de chaque salarié touchant moins de 1.4 SMIC.
12 millions de personnes seraient concernés par cette subvention de près de 30 milliards par an, sensiblement ce que nous consacrons chaque année pour la police et la justice réunies.

Soucieux de la félicité de chacun, les nationo-frontistes envisagent aussi une quinzaine de milliards, 200 € annuels par français, dans les domaines de la santé et de l'action sociale.
De surcroît, un salaire parental de 80% du SMIC durant 3 ans viendrait rajouter de l'ordre de 5 milliards. La plénitude familiale n'a pas de prix !

Bien entendu, notre sécurité intérieure et extérieure est aussi une priorité nécessitant un effort d'une vingtaine de milliards, presque 300 € annuels par tête de pipe.
Notons que, bizarrement, le programme du Front National ne détaille pas les sommes consacrées à la marine.

Enfin, les taxes sur les carburants, ponctions iniques, seraient amputées de 20%, soit 5 petits milliards supplémentaires.

Bien entendu, le parti hyper-centriste a prévu des économies budgétaires et une fiscalité remaniée pour équilibrer ces nouvelles dépenses.

La clef de voûte de ce bel édifice est un droit de douane de 3% sur toutes les importations.
Le retour des gabelous sur nos frontières aurait comme conséquence, outre de mettre la France au ban de l'Union Européenne, d'augmenter les prix de 1% puisque les importations représentent un tiers de l'activité économique française.
Par ailleurs, il est probable que des rétorsions s'exerceraient sur nos exportations qui emploient un gros quart de la main d'œuvre hexagonale.
Sur le plan financier, cette taxe ne rapporterait que 20 milliards annuels, 300 € par français.
Le Front National indique sans vergogne être prêt à plonger la France dans l'isolement autarcique alors que même François Mitterrand, champion jusqu'alors de l'hermétisme aux choses économiques, ne l'a pas osé en 1983.

Pour tenter de boucler les fins de mois étatiques, M. L. P. veut aussi supprimer la niche fiscale dite "Copé", 3 milliards, et toutes les aides aux sans-papiers et demandeurs d'asile, chiffrées allègrement à 1.5 milliards.

Tous comptes faits, 75 milliards de dépenses nouvelles et à peine 25 milliards de recettes additionnelles conduisent mécaniquement à une augmentation du déficit public d'environ 50 milliards d'euros annuels, 750 € par français, plus de la moitié du montant actuel pourtant déjà abyssal.

Qu'à cela ne tienne, lorsque l'argent manque, il suffit d'en fabriquer. Courageusement, un mouvement qui fait de la lutte implacable contre la criminalité un de ses chevaux de bataille, semble prêt à tout pour améliorer notre vie, y compris éditer de la fausse monnaie.
Les stratèges nationo-frontistes souhaitent, en effet, autoriser, voire forcer, la Banque de France à imprimer les billets nécessaires pour colmater les trous étatiques dont ils auront augmenté la profondeur.

Cette excellente recette a déjà été expérimentée dans les années 1920 en Allemagne par d'autres centristes qui gouvernaient la république de Weimar. Elle a plongé la population dans la misère et a conduit l'extrême-droite nazie au pouvoir ...
Fort heureusement, de tels événements funestes n'ont aucune chance de survenir au pays de Charles Maurras et de Philippe Pétain puisque, depuis la rentrée, il n'y existe plus de parti politique d'extrême-droite.

No pasaran !

Extrémistement votre

Références et compléments
- Voir aussi les 3 chroniques sur la percée de l'extrême-droite populiste en France :
. Lettre à mes compatriotes tentés de voter Front National
. Quelles sont les racines de l'extrême-droite populiste ? Comment la faire reculer ?
. Allons-nous renoncer encore longtemps ? Réaction épidermique aux élections européennes de mai 2014

- Pour se remémorer les ordres de grandeur des finances publiques françaises, mes 4 chroniques :
. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les dépenses publiques françaises
. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les impôts et les taxes en France
. Tout ce que vous toujours voulu savoir sur le déficit public de la France
. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les pistes de sortie de crise

- Toutes les mesures citées sont présentées dans le document "Notre Projet - Programme Politique du Front National" téléchargé sur le site du parti d'hyper-centre le 4 novembre 2013 (ma crampe récurrente aux doigts m'empêche d'insérer un lien vers cet Everest de la pensée politico-économique).

- Les chiffres économiques ont été établis par mes soins à partir des données floues contenues dans le programme nationo-frontiste. Les valeurs ont été arrondies pour faciliter la compréhension.

samedi 6 juillet 2013

Tout savoir (ou presque) sur les pistes de sortie de crise

La série sur l'économie et les finances publiques de la France arrive à son terme avec un examen des pistes qui permettraient d'échapper au marasme dans lequel nous sommes englués depuis plus de 5 ans.

La situation économique française se caractérise par trois difficultés saillantes détaillées dans les chroniques précédentes :
- Des collectivités publiques, toutes catégories confondues, très dépensières : 1 450 € mensuels par français.
- Une imposition pesant trop lourdement sur le travail : une petite moitié des prélèvements obligatoires pénalisent directement l'emploi.
- Des finances nationales à la limite du sur-endettement : chaque français doit 2 années de SMIC.

Sortir de ce triple piège ne sera, en aucun cas, aisé et rapide.
Pour illustrer les marges de manœuvre microscopiques qui s'offrent à nous, examinons tout d'abord trois scénarios bruts de décoffrage.

Les dépenses publiques étant, grosso modo, supérieures de 10% aux recettes, l'explosion de la dette ne pourra être évitée qu'en annulant ce déséquilibre.
L'augmentation des impôts et des cotisations - jusqu'ici, la seule voie empruntée par Nicolas Sarkozy puis par François Hollande - a atteint ses limites. Presque la moitié de la production nationale file chez le percepteur.
Charger encore plus la mule fiscale arrêterait définitivement la machine économique. Freiner les dépenses publiques d'au moins un dixième est devenu indispensable.
En conséquences, grosso modo, 120 milliards annuels - 150 € par mois et par français - d'économies doivent être envisagés.

Le premier réflexe consiste à sanctuariser la protection sociale indispensable à la cohésion du pays et à demander à l'état et aux collectivités locales de se serrer la ceinture.
Réussir un tel tour de force supposerait des coupes particulièrement claires, au delà de la limite du supportable.
Grosses mailles, il faudrait simultanément :
- Bloquer les salaires de tous les fonctionnaires durant environ 3 à 4 ans supplémentaires.
- N'embaucher que 2 fonctionnaires à chaque fois que 10 partent en retraite, tous emplois confondus.
- Réduire d'au moins 20% à 25% le montant de l'ensemble des achats publics et des subventions.

Une seconde possibilité est de faire porter les nécessaires économies exclusivement sur les dépenses sociales de façon à préserver la machine étatique et le bien-être des agents publics.
Là encore, la pilule est singulièrement difficile à avaler. La couverture maladie, les allocations familiales et les retraites devraient être alors amputées d'un cinquième à un quart pour l'ensemble de leurs bénéficiaires.

Régulièrement les réseaux sociaux, et aussi quelques personnalités politiques, suggèrent un troisième scénario. Une lutte efficace contre l'évasion fiscale pourrait, sans autre effort, combler le déficit public.
Si une telle action est amplement souhaitable pour des raisons civiques et morales, le compte est très loin d'y être.
Le parlement évalue les montants soustraits annuellement au percepteur entre 30 et 40 milliards d'Euros. Un syndicat d'agents du fisc, qui naturellement plaide pour sa paroisse, annonce le double.
Ces chiffres incluent, non seulement, l'exportation délictueuse de capitaux à l'étranger par des huiles républicaines mais aussi le non-paiement de la TVA et le travail "au noir", y compris les petits boulots non déclarés payés en liquide comme les cours particuliers donnés par des étudiants.
En faisant l'hypothèse, très optimiste, d'une police fiscale efficace et intrusive ramenant dans ses filets un tiers de la fraude - performance que la maréchaussée ne réussit pas pour le trafic de drogue ou le proxénétisme - la puissance publique verrait son budget accru d'une ou deux dizaines de milliards. Une très belle somme qui laisserait quand même 90% du trou à combler par d'autres méthodes !

La voie de sortie ne peut donc être qu'étroite, longue et difficile.
Elle devra obligatoirement concerner l'ensemble des prélèvements et dépenses de la sphère publique au grand complet.

J'ai essayé d'échafauder les ordres de grandeur nécessaires pour remonter la pente. Il s'agit, peu ou prou, des mêmes actions que celles engagées par Gerhard Schröder en Allemagne entre 2003 et 2005 :
- Priorité à l'emploi en diminuant les charges pesant sur le travail via une réduction d'environ un cinquième des cotisations sociales et de l'impôt sur les entreprises.
Pour financer cette mesure sans aggraver le déficit, les impôts sur la consommation (TVA, carburant), le patrimoine (droits de succession, impôt sur la fortune) et le revenu devront être accru symétriquement de 20%.
- Blocage des salaires des fonctionnaires durant 18 à 24 mois, peut-être un peu plus.
- Diminution d'environ 6%, échelonnée sur 5 ans, des principales dépenses sociales : maladies, allocations familiales et retraites.
- Programme rigoureux de productivité et de redéfinition des missions publiques, à l'instar de ceux régulièrement mis en œuvre dans l'industrie.
Les deux conséquences financières principales seraient la limitation, durant une dizaine d'années, des embauches de fonctionnaires à un tiers des départs en retraite et la réduction d'un sixième sur 5 ans des achats et subventions publiques.

Le gouvernement actuel a commencé à prendre la direction ébauchée ci-dessus.
Malheureusement, si le cap est bon, l'intensité est loin d'être celle requise, la réduction des charges salariales pour les entreprises est trop complexe et la communication politique pêche par manque de clarté.

Pour sortir la France et ses finances publiques de l'ornière, un tel programme devrait s'étaler sur pas moins d'une dizaine d'années. Sans efforts de longue haleine, point de redressement.
Un retour nettement plus rapide à l'équilibre des finances publiques aurait l'inconvénient de transformer, à court terme, la stagnation actuelle en franche récession et, à l'instar de la Grèce, de nous enfoncer encore plus dans la crise.

Quitte à perdre les prochaines élections, François Hollande s'honorerait et nous rendrait un fier service en mettant ses godasses dans les pas de sociaux-démocrates allemands ou scandinaves.
Le courage politique et économique n'ayant pas été essayé en France depuis une trop longue lurette, les électeurs pourraient même, sait-on jamais, se montrer reconnaissants ...

Crisiquement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Voir aussi les trois premiers volets de cette série de chroniques économiques :
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les dépenses publiques françaises",
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les impôts et les taxes en France",
. "Tout ce que vous toujours voulu savoir sur le déficit public de la France".

- Mes remerciements chaleureux à François et Laurent qui m'ont, il y a presque deux mois et sans le savoir, mis au défi d'écrire ses 4 chroniques sur l'économie et les finances publiques de la France.
Merci aussi au twittonaute @SIBILLEChristop qui m'a suggéré d'évoquer l'évasion fiscale.

- Les chiffres de ces quatre chroniques économiques, que les spécialistes qualifient plaisamment de consolidés, ont été obtenus par recoupement et recalcul de données présentées dans divers documents officiels en provenance des ministères des finances et du budget, de l'INSEE, du parlement, de la sécurité sociale et de la cour des comptes.
Les valeurs ont été volontairement arrondies pour plus de lisibilité.

- Les données sur la fraude et l'évasion fiscale proviennent des rapports de la commission d'enquête sénatoriale sur l'évasion des capitaux et des actifs hors de France et ses incidences fiscales de juillet 2012 et du syndicat national Solidaires Finances Publiques "évasions et fraudes fiscales, contrôle fiscal" de janvier 2013.

dimanche 30 juin 2013

Tout savoir (ou presque) sur le déficit public de la France

La série de chroniques sur les finances de la France se poursuit.
Nous allons, dans ce billet, examiner le déficit et les dettes de l'état et des autres collectivités publiques, c'est à dire le déséquilibre entre les dépenses et les recettes passées précédemment en revue.

En 2012, comme sensiblement en 2011, en sus des grosso modo 900 milliards d'Euros d'impôts, taxes et autres prélèvements réputés obligatoires, la puissance publique française a réussi à garnir ses caisses d'une centaine de milliards supplémentaires de recettes diverses et mal définies.
Notre machine étatique reçoit donc annuellement autour de 1 000 milliards, environ 1 300  € par mois et par français.

Toutefois, dans le même temps, les dépenses de ces mêmes collectivités publiques excèdent les recettes et avoisinent 1 100 milliards, 1 400 € mensuels par personne.

Aussi, tous comptes faits, chaque mois, état, sécurité sociale, municipalités, départements et régions se liguent pour être à découvert - le vocable financier correct est déficit - de 100 € par français.
Lorsque la puissance publique récolte 10 €, elle se débrouille pour illico en dépenser presque 11 !

Le déficit public de la France est l'écart entre les dépenses de l'ensemble des collectivités publiques et leurs recettes (principalement impôts, taxes et cotisations sociales).
Les organismes publics creusent, chaque année, un trou de 100 milliards d'Euros que des emprunts, joliment nommés dettes publiques, comblent tant bien que mal.
A partir de fin novembre, impôts et cotisations ne suffisent plus à subvenir aux besoins de l'état. En décembre, l'ensemble des fonctionnaires, tous statut confondus, mais aussi les médecins, les infirmières ou les ambulanciers, dont la sécurité sociale assure l'essentiel des revenus, sont rémunérés exclusivement par des prêts.

Comme nous sommes collectivement à découvert chaque année depuis 1980, la dette des organismes publics n'a fait que s'alourdir avec les passages successifs à l'Elysée de François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande.
Elle culmine désormais à 1 600 milliards d'Euros, c'est à dire une pile de billets de 20 € allant de Paris à Bombay. Au fil des ans, nos gouvernements ont gagé 25 000 € sur la tête de chacun d'entre nous.
Deux ans d'impôts et de taxes, c'est à dire deux ans de SMIC par personne, seraient nécessaires pour rembourser ce montant astronomique.

Les emprunts contractés par l'état et ses filiales ne sont malheureusement pas gratuits et conduisent à une spirale délétère. Les intérêts payés sur la dette publique atteignent 40 € mensuels par français, un gros tiers de notre déficit !
Si nos dépenses publiques ne retrouvent pas rapidement la voie de l'équilibre avec les recettes, la France entrera en situation d'hyper-endettement , à l'instar de la Grèce, de Chypre ou du Portugal.

Nous évoquons, dans la chronique suivante, les voies difficiles mais possibles qu'il nous faudrait parcourir pour éviter le sort funeste de nos voisins hellènes ou lusitaniens.

Déficitiquement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Voir aussi les trois autres volets de cette série de chroniques économiques :
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les dépenses publiques françaises"
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les impôts et les taxes en France"
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les pistes de sortie de crise"

- Les chiffres de cette chronique et des deux précédentes, que les spécialistes qualifient joliment de consolidés, ont été obtenus par recoupement et recalcul de données présentées dans divers documents officiels en provenance des ministères des finances et du budget, de l'INSEE, du parlement, de la sécurité sociale et de la cour des comptes.
Les valeurs ont été volontairement arrondies pour plus de lisibilité.

mardi 25 juin 2013

Tout savoir (ou presque) sur les impôts et taxes en France

Après une chronique consacrée aux dépenses, nous poursuivons la série consacrée aux finances publiques de la France en détaillant ce que les spécialistes appellent joliment les prélèvements obligatoires.

Les impôts et taxes - modernes successeurs des tailles, dîmes et gabelles d'ancien régime - représentent un montant annuel de 875 milliards d'Euros.
Dit autrement, les collectivités publiques ponctionnent en moyenne par français 1 100 € par mois.
Que l'on soit jeune ou vieux, actif ou inactif, marié, pacsé ou célibataire, salarié ou entrepreneur, chacun de nous verse un gros SMIC au début de chaque mois pour le fonctionnement des systèmes étatiques et sociaux.

La sécurité sociale - organismes fort peu démocratiques puisque les administrateurs ne sont plus élus depuis 1983 - s'arroge la part du lion.
600 € mensuels par français, 1 € par heure et par malade potentiel, sont prélevés de façon presque invisible, principalement sous forme de cotisations salariales et de CSG.

Comparativement à la sécu, l'état parait presque raisonnable avec 350 € par mois capté à chaque français.
Et pour faire bonne mesure, communes, départements et régions se liguent pour nous soustraire 150 € mensuels par personne.

La façon dont s'effectue cette imposition est aberrante dans un pays gangréné par le chômage. La moitié de la pression fiscale, 550 € mensuels par français, pèse sur l'emploi.
Un très gros tiers des impôts et taxes, 450 € mensuels par français, proviennent directement du travail. A l'échelle du pays, les cotisations sociales enchérissent de moitié les coûts salariaux.
Dans la même veine, un dixième des prélèvements, 100 € par mois et par tête de pipe, pèse sur les entreprises qui créent pourtant emplois et richesses.

La consommation alimente la machine étatique à raison de 250 € par mois et par personne, via essentiellement la TVA et les taxes sur les péchés que sont l'alcool, le tabac, les jeux et les carburants.

L'imposition sur le revenu, pourtant très peu populaire, ne représente qu'un sixième du total des prélèvements obligatoires, 200 € mensuels par citoyen.
A chaque fois que nous sortons avec douleur un euro de notre poche pour acquitter notre tiers provisionnel ou notre prélèvement mensuel, nous en déboursons 4.5 en cotisation sociales et 2.5 en taxes sur notre consommation.

La fiscalité du patrimoine - droits de succession, impôt sur la fortune, taxe foncière et taxe d'habitation - ferme la marche avec 100 € par mois et par personne.
A ces sommes, il convient toutefois de rajouter 50 € mensuels de taxes diverses et variées, l'imagination des technocrates de Bercy étant absolument sans limite.

Une des causes profondes de la révolution française en 1789 était un système fiscal complexe et inique, avec d'innombrables exemptions, taxant trop la véritable activité économique et insuffisamment le patrimoine dormant.
Il est plus que temps, pour éviter que l'Histoire ne bégaie, d'être collectivement courageux en diminuant la pression fiscale sur le travail et en accroissant celle frappant le patrimoine, la consommation et les revenus.

Fiscalement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Voir aussi les trois autres volets de cette série de chroniques économiques :
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les dépenses publiques françaises"
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le déficit public de la France"
. "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les pistes de sortie de crise"

- Les chiffres de cette chronique, que les spécialistes qualifient bizarrement de consolidés, ont été obtenus par recoupement et recalcul de données présentées dans divers documents officiels en provenance des ministères des finances et du budget, de l'INSEE, du parlement, de la sécurité sociale et de la cour des comptes.
Les données reportées ici sont celles de 2011, dernière année pour laquelle nous disposons de statistiques pas trop tartes.
Les valeurs ont volontairement été arrondies pour plus de lisibilité.

jeudi 4 avril 2013

De Cahuzac, du téléphone et de la passion des archives


A la demande générale d'un fidèle lecteur, je me vois contraint de vous fournir quelques réflexions inspirées par les aveux de blanchiment du récent ministre français en charge de la lutte contre la fraude fiscale.
Afin que cette chronique ne rivalise pas avec un roman de Tolstoï, je me suis néanmoins limité à mettre en évidence quelques aspects peu évoqués dans les gazettes.

Le point de départ de cette édifiante affaire remonte à l'année 2000.
Jérôme Cahuzac réussit alors, à l'insu de son plein gré, à faire enregistrer par le répondeur téléphonique de son principal adversaire politique, une conversation où il indique être embarrassé par un compte bancaire illicite en Suisse dont il ne sait comment se dépêtrer.
François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont donc confié un budget d'environ 800 milliards d'Euros à un type qui, non seulement, était un fraudeur patenté - cela devient une tradition à Bercy - mais, de surcroît, était incapable d'effectuer l'opération élémentaire de raccrocher son téléphone en fin d'appel.
Quel discernement dans le recrutement !

La bourde téléphonique a atterri dans les mains d'une personne à la vocation contrariée.
Michel Gonelle, avocat, ancien député et maire de Villeneuve sur Lot, aurait aimé, étudiant, faire l'École Nationale des Chartes. Malheureusement, pression familiale et réalisme économique ont conduit ce futur notable de province vers la faculté de droit.
Au fil du temps, malgré un vie professionnelle et politique bien remplie, Michel Gonelle a conservé un goût prononcé pour les archives et en a même fait un hobby.
Aussi, quand il découvre les confidences de Jérôme Cahuzac sur son répondeur, il ne peut s'empêcher de conserver la bande son.
Soucieux de se faire épauler dans l'analyse de ce document incomparable, il disséminera plusieurs copies autour de lui, à des amis politiques, aux services fiscaux, à un ancien juge ...
Ce petit monde, mu par la même passion archivistique, a été totalement assourdi par la qualité du témoignage et, durant une dizaine d'années, n'a jamais songé à prévenir les autorités judiciaires.
Malheureusement pour le chirurgien blanchisseur et l'actuel locataire de l'Élysée, fin 2012, un journaliste cupide à qui l'on demandait une expertise complémentaire, faisant fi de la confiance qui lui était témoignée, a publié la fatale conversation sur Mediapart, media électronique dirigé par un journaliste autrefois victime d'écoutes téléphoniques illégales.

Scandaleusement votre

mardi 18 décembre 2012

Le cas Gérard D.

La protection accordée récemment au sieur Gérard D. par Sa Majesté Albert II Roi des Belges a fait bruire gazettes et politiques.
Mon incompétence n'ayant rien à envier à celle des commentateurs patentés, voici ma contribution au tintamarre ambiant sous forme de trois réflexions suscitées par l'exil outre Quiévrain d'Obélix.

- Le sieur Gérard D. est mal placé pour se plaindre des impôts élevés en France. L'action et l'argent publics sont les principales sources de sa notoriété et de son train de vie. J'affirme haut et fort qu'il a reçu plus de l'état qu'il ne lui a versé !
En effet, le cinéma est, dans l'Hexagone, une activité particulièrement protégée et subventionnée.
Les innombrables aides publiques directes et indirectes au septième art dépassent allègrement le milliard d'Euros, soit 1 Euro par mois et par français. Le chiffre exact est introuvable sur internet, probablement pour éviter que les contribuables-électeurs découvrent l'ampleur de ce savoureux fromage.
Le secteur audiovisuel est encore plus réglementé que la très colbertiste viticulture où le sieur Gérard D. a d'ailleurs investi. Par exemple, il est interdit de diffuser dès sa sortie un film à la télévision ou sur internet. Dans n'importe quel autre domaine de l'économie, une telle pratique s'appelle une entrave à la concurrence et est légalement prohibée. Pour le cinéma, il s'agit de la louable et noble défense de l'exception culturelle française.
Cette manne est très inégalement répartie. Une vingtaine d'artistes, dont le sieur Gérard D., émarge régulièrement au dessus du million d'Euros tandis que techniciens et petites mains sont payés à coups de lance-pierres, souvent par les ASSEDIC, parfois au noir ...

- Le sieur Gérard D. affirme avoir versé 145 millions d'Euros en impôts durant les 45 ans de son existence de contribuable français et donné en 2011 au fisc 85% de son revenu.
En supposant, hypothèse très défavorable, que les propos du Cyrano du Brabant soient exacts et que le taux annoncé lui ait été appliqué sa vie durant, notre outre ex-nationale aurait bénéficié chaque année, en moyenne, d'un revenu net de 570 000 Euros, le salaire de 50 smicards.
Difficile de plaider la ruine personnelle et la fiscalité confiscatoire dans ces conditions ...

- Une des causes majeures de la Révolution Française en 1789 était l'inégalité et l'absurdité du système fiscal.
Pendant que certaines catégories sociales, essentiellement la noblesse et une part du clergé, échappaient à l'impôt, d'autres étaient lourdement et étrangement taxées. Chaque région avait ses propres impositions et les exemptions, souvent incompréhensibles, étaient légions. De surcroît, la réglementation malthusienne des corporations empêchait le décollage industriel, pourtant déjà à l'œuvre en Grande Bretagne.
De nos jours, l'automobile ayant remplacé le cheval et internet la malle-poste, c'est au niveau de l'Europe que taxations et législations économiques devraient être pensées. Localiser son patrimoine personnel en Belgique ou le bureau d'études d'une entreprise en France ne devrait pas permettre d'échapper à la nécessaire gabelle. A défaut d'harmonisation rapide des impôts, les élites politiques, économiques et culturelles de notre vieux continent pourraient connaître, un jour de colère, le sort de leurs prédécesseurs sous la Monarchie qui réformèrent trop peu et trop tard ...

Sans-culottiquement votre

Post Scriptum
Le sieur Gérard D. a peut-être choisi sa nouvelle résidence un peu vite, l'alcool est plus taxé en Belgique qu'en France ...

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Dans la même veine, lire aussi la chronique "Face au CAC, le SMIC prend une claque !"

- L'idée de calculer le revenu net annuel du sieur Gérard D. vient initialement du twittonaute @clumsy9. Régis (alias @rchbx sur Twitter), mon colbertiste préféré, m'a signalé le différentiel de taxation de l'alcool de part et d'autre de la frontière franco-belge. Merci à eux deux !

dimanche 23 janvier 2011

Tunisie : la classe moyenne va devoir payer le prix de la révolution - Chronique publiée par Rue89

Une semaine après la Révolution Tunisienne, le 23 janvier 2011, j'écrivais un billet repris par Rue89 expliquant que les problèmes sociaux et régionaux de la Tunisie ne se résoudrait que par une imposition plus forte de la classe moyenne.
Or la classe moyenne est la clef électorale de la Tunisie ...

Lire cette chronique sur Rue89