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samedi 26 mars 2016

Easyjet sévissait déjà sous Napoléon III

Le journal « Le Dauphiné - revue littéraire et artistique - courrier des eaux thermales de la région » est une mine d’information sur le quotidien du second empire, alors que la première révolution industrielle battait son plein.


Ainsi le numéro du jeudi 25 juillet 1867, nous annonce que l’établissement thermal d’Uriage à une douzaine de kilomètres de Grenoble pratique désormais, à l’instar de nos compagnies aériennes ou ferroviaires modernes, une tarification flexible des bains.
« Sous le régime de l’ancien tarif, le prix du bain était invariable.
Il en résultait un encombrement inévitable aux heures préférées du public. de là des plaintes et des récriminations.
[…]
Avec le nouveau tarif, cet inconvénient doit disparaitre.
Et nous nous hâtons de dire que l’expérience de ces vingt jours a déjà suffi pour confirmer la justesse de la prévision.
La légère augmentation de prix aux heures plus commodes a suffi pour en écarter un certain nombre de baigneurs plus soucieux de l’équilibre de leur budget que de leur commodité.
Le service moins encombré se fait mieux et en définitive tout le monde y gagne. »


Bien entendu, cette introduction du yield management est encore timide.
Loin des excès de Ryanair et Easyjet, la différence de prix entre heures creuses et heures de pointe n’est que de 17%.

Cette innovation marketing s’accompagne d’un petit cadeau destiné à faire passer la pilule auprès d’une clientèle rétive au changement : une serviette gratuite est incluse dans la prestation.

Le prix du bain - 1.5 francs - équivalait en 1867 à 8 heures de salaire ouvrier.
Autant dire que seuls quelques privilégiés pouvaient se permettre de barboter dans les eaux revigorantes d’Uriage .
D’ailleurs, chaque exemplaire du Dauphiné publie la listes des « étrangers », presque tous français, en villégiature. En pleine saison, leur effectif oscillait entre 150 et 200.

Désormais, les spas sont nettement plus abordables.
Une séance de piscine « thermo-forme » à Uriage coûte aux alentours de 7 €, trois quart d’heures de SMIC, 10 fois moins que sous le règne du regretté Napoléon III.

Il faut recourir aux soins du corps et massages qui se sont beaucoup développés pour atteindre les prix acquittés par les « baigneurs » du second empire.
Débourser 8 heures de SMIC permet de s’offrir en 2016 une heure de massage « modelage aux pierres chaudes vocaniques » ou bien une épilation poussée « sourcils + aisselles + maillot intégral + jambes complètes ».

Jacuzziquement votre

Références et compléments
Voir aussi d'autres billets sur l'évolution des prix au fil du temps :

Merci à Roland qui a dégotté la collection complète du journal Le Dauphiné de 1867.

Les tarifs de 2016 de l'Établissement Thermal d'Uriage proviennent de sa brochure en ligne intitulée "Centre d'Hydrothérapie".

L'idée d'étalonner les prix dans la longue durée avec les temps salariaux provient du livre de Jean Fourastié et Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).

samedi 20 février 2016

Les Trains Express Régionaux étaient bien pires sous Napoléon III

​Aux dires de beaucoup de leurs passagers, les Trains Express Régionaux de Rhône-Alpes - plaisamment acronymisés TER - sont un modèle de service déplorable et d'irrégularité.

Toutefois un coup d'œil vers le passé permet de relativiser quelque peu ...


Le numéro du dimanche 12 mai 1867 du journal "Le Dauphiné - revue littéraire et artistique - courrier des eaux thermales de la région" nous informe en dernière page des horaires et tarifs de train entre Grenoble et Lyon.

Un train de sénateur

Relier par le rail la capitale des Alpes à celle des Gaules grâce à une locomotive à vapeur émettant des doses conséquentes de CO2 et de particules demandait alors près de 4.5 heures.

Aujourd'hui, lorsque la voie est libre de conflits sociaux et d'incidents, 80 minutes suffisent à des trains électriques décarbonés, presque exclusivement nucléaires et hydrauliques.

Sous le second empire, il n'y avait que 4 départs depuis la gare de Grenoble : 6H00, 10H05, 15H42 et 17H45.
Désormais, pas moins de 30 circulations ferroviaires quotidiennes sont assurées.



Des tarifs prohibitifs

Vers 1867, un ouvrier était rémunéré 2 francs pour une journée de travail de 10 heures qui se répétait 6 fois par semaine.
Il va sans dire que les charges sociales et l'impôt sur le revenu étaient inexistants et qu'ainsi ce salaire était vraiment "net net".

Le ticket de troisième classe coûtait 7.45 francs, c'est à dire 37 heures de labeur, presque 4 jours !
Pas étonnant qu'avec de tels prix, le départ des habitants des Alpes vers Paris - comme le fit mon arrière-arrière-grand-mère - prenaient des allures d'émigration définitive.

La première classe était le refuge des riches. Les tarifs doublés éloignaient efficacement les prolétaires des banquettes en velours.

En 2016, le billet de seconde classe de TER sans aucune réduction ou abonnement vaut 22.5 €, c'est à dire 2.3 heures de SMIC, 16 fois moins que sous Napoléon III.

Les nouveaux bus impulsés par Emmanuel Macron, le sémillant ministre français de l'économie, font encore mieux. La plupart de leurs billets sont à 9 €, juste en dessous de l'heure de travail ouvrier.
Une économie d'un facteur 40 par rapport aux débuts du chemin de fer.

Empiriquement votre

Références et compléments
Voir aussi la chronique "un destin français : Françoise Arbenne-Reinier migrante" ainsi que d'autres billets sur l'évolution des prix au fil du temps :

Merci à Roland qui a dégotté la collection complète du journal Le Dauphiné de 1867.

L'idée d'étalonner les prix dans la longue durée avec les temps salariaux provient du livre de Jean Fourastié et Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).

jeudi 2 janvier 2014

Tout savoir (ou presque) sur les finances municipales de Meylan

En ces temps de crise aiguë et de déficit public abyssal, j'ai empoigné le petit bout de la lorgnette pour analyser les finances de Meylan, la sympathique commune où je réside, à proximité de Grenoble dans le département de l'Isère.

Fidèle aux us et coutumes de ce blog, je me suis rendu sur le site de la mairie pour tenter de récupérer des données du budget 2014.
À l'instar de la communauté de communes "la Métro" alpaguée dans une précédente chronique, les informations financières communales sont pour le moins fractionnées et filandreuses. Le document de présentation du budget comporte plus de texte que de chiffres.
Meylan, qui ne compte pourtant que 17 500 habitants, dispose quand même de 4 budgets distincts : un pour le "fonctionnement", un pour les "investissements", un pour des opérations immobilières dans une zone d'activités économiques et un petit dernier pour l'eau potable.
Sensiblement 1 euro sur 5 dépensés par la mairie est répertorié dans des "annexes".
À croire que la municipalité sortante souhaite entourer sa gestion d'un écran de fumée.

Dans un souci de clarté, j'ai donc effectué les additions jugées inutiles par les élus de la majorité comme de l'opposition et regroupé les finances meylanaises en un seul compte.
Emporté par mon élan, j'ai aussi commis quelques divisions afin d'exprimer les valeurs en euros mensuels par meylanais afin de pouvoir les comparer à des revenus et dépenses familiales.

Le budget 2014 de Meylan est légèrement inférieur à 37 millions d'euros.
Cette somme représente pour chaque habitant, 2 100 €, soit 2 SMIC mensuels, environ 175 € par mois.

Les recettes municipales proviennent à quatre cinquièmes de notre fiscalité, 140 € mensuels par meylanais.
Les impôts dits locaux fournissent la plus grosse part, 120 € par mois.
Les 20 € restants sont assurés par des dotations de l'état et quelques très menues subventions, dont le financement, ne l'oublions jamais, est aussi fiscal.

20% des recettes, 35 € mensuels par tête, sont issus des ventes de services ou de biens effectuées par la mairie.

Recettes municipales 2014 de Meylan en euros mensuels par habitant
La rémunération du personnel communal représente la moitié des dépenses, 90 € mensuels par habitant.
Les achats ainsi que les dépenses inclassables sont le second poste, un petit tiers du budget, 50 € mensuels par habitant.
Les véritables investissements ne pèsent qu'un dixième des dépenses communales, 20 € par mois.
Ils sont suivis de près par les intérêts d'emprunt, 12 € mensuels par meylanais, et par le remboursement de la dette communale, 6 € par mois.

Dépenses municipales 2014 de Meylan en euros mensuels par habitant
La dette de Meylan s'élève à environ 25 millions d'euros, 1 400 € par tête, un mois et demi de SMIC.
Le budget étant légèrement excédentaire, ces emprunts devraient baisser d'environ 1 million en 2014, après un accroissement d'un quart depuis 2008.
Les emprunts municipaux représentent 8 mois des recettes de la ville, à comparer à l'ensemble de la dette publique française qui culmine presque deux ans d'impôts et cotisations.

Dette publique de Meylan et de la France exprimée en mois de recettes
L'éducation, essentiellement maternelle et primaire, est la première dépense municipale, un gros cinquième du budget, 40 € mensuel par habitant.

Immédiatement derrière vient le fonctionnement de la mairie, ce que l'on nomme dans les entreprises frais généraux ou frais de structure.
Tous les mois, chaque meylanais fournit 35 € - un peu plus d'un euro par jour - pour assurer la marche des services municipaux.
La mairie de Meylan auto-consomme un cinquième de ses recettes.

En troisième et quatrième position arrivent les aménagements urbains et la culture avec 25 et 20 € par mois et par tête.

Le développement économique n'est guère une priorité. Il ne représente qu'un quatorzième du budget de Meylan, 12 € mensuels par habitant.
Le sport suit de près avec 9 € par mois.

La sécurité, l'action sociale et l'habitat sont les parents pauvres des finances communales avec respectivement 7, 5 et 4 euros par mois et par meylanais. Moins de 10% de l'activité communale pour l'ensemble de ces trois politiques !

Dépenses municipales 2014 de Meylan en euros mensuels par habitant
Les élections municipales approchant à grands pas, j'espère que ces quelques données économiques permettront à chacun de préciser son opinion sur le mandat de l'équipe sortante et sur les propositions des futurs candidats à la mairie de Meylan.

Meylanaisement votre

Références et compléments
- Chronique rédigée et publiée début janvier 2014.

- Voir aussi d'autres chroniques
- Les chiffres cités dans cette chronique proviennent de regroupements et recoupements effectués par mes soins d'après le trop verbeux document "Budgets primitifs 2014" présenté au conseil municipal de Meylan le 16 décembre 2013 mis en ligne sur le site meylan.fr.
Les valeurs ont été arrondies dans un souci de lisibilité.

- L'auteur, citoyen libre, est totalement indépendant, n'est membre d'aucune formation politique et ne soutient aucun candidat aux élections municipales de Meylan.
Les 4 graphiques de ce billet ne sont pas libres de droit et ne peuvent, en aucun cas, être utilisés sans autorisation à des fins électorales ou journalistiques.
Le texte de la chronique y compris ses chiffres sont mis à disposition conformément à un contrat de licence Creative Commons 2.0 (paternité, pas d'utilisation commerciale, partage des conditions initiales à l'identique). Le respect de cette licence libre est particulièrement impératif en cas d'usage électoral ou journalistique.

- Comme à chaque fois que j'épingle des politiques sur ce blog, je rappelle que ces colonnes leur sont ouvertes pour un droit de réponse.

samedi 30 novembre 2013

Plaidoyer pour Philippe Varin qui aurait mérité de garder son chapeau

Philippe Varin, présentement futur-ex PDG de la maison automobile Peugeot Citroën, à l'issue d'un lynchage syndicalo-politico-médiatique, a été contraint, cette semaine, de renoncer à une pension dite chapeau que la famille gouvernant l'entreprise s'était engagé à lui verser.

Trop peu de voix se sont élevées pour défendre cet infortuné patron.
Refusant de me joindre au chœur des hyènes, je vais tenter, à ma façon, de plaider la cause de cet éminent polytechnicien en vous proposant de vous mettre dans la peau de Philippe Varin et d'imaginer l'extrême complication de sa vie professionnelle mais aussi personnelle.

En 2009, ayant restructuré et vendu à un conglomérat indien la dernière compagnie sidérurgique européenne indépendante, Philippe Varin est recruté par la tribu Peugeot pour diriger ses fabriques de voitures.
Il prend alors la tête d'une entreprise dans la tourmente dont les pertes avoisinent 1 000 000 000 €.
Très rapidement, son action est couronnée de succès. En 2010 et 2011, les marques au lion ou aux chevrons repassent dans le vert.

Toutefois, le 8 août 2012, franchissant le cap symbolique de la soixantaine, Philippe Varin se met à envisager sa retraite.
Mu par un sens aigu de la moralité et de la probité tout à son honneur, il se met en ordre de bataille pour rendre la société à ses actionnaires dans l'état où il l'avait trouvé en y arrivant : en déficit !
Compétiteur dans l'âme et perfectionniste compulsif, ce PDG réussit même à exploser la pâle performance de son prédécesseur et termine l'année avec un trou total de 5 000 000 000 €, 25 000 € par salarié.
Creuser aussi rapidement et aussi profondément suppose une activité hors pair, un excellente agilité intellectuelle et une mobilisation de tous les instants.
Au regard de tous ces efforts, le salaire annuel de 1 300 000 € de Philippe Varin me parait plus qu'amplement justifié. Les critiques de ce type de rémunération méconnaissent l'ampleur des défis auxquels sont confrontés les dirigeants des grands groupes.

Malheureusement pour eux, les top managers ne doivent pas se contenter d'exploits professionnels. Leurs trop rares moments de loisirs ne leur appartiennent guère.
Recevoir une rémunération de 3 500 € par jour, dimanches et jours fériés inclus, est aisé. La dépenser est une autre paire de manches !

Prenons quelques instants la place de ce pauvre Philippe Varin, chaque soir vers 22 heures, après une journée harassante consacrée à imaginer comment fermer usines ou services et faire racheter sa boîte par des chinois sans qu'Arnaud Montebourg et les Peugeot y trouvent à redire.
Au lieu de nous affaler dans notre canapé et de siroter une camomille au Canderel en regardant un épisode du commissaire Navarro récupéré sur YouTube, nous voilà forcé de planifier comment, le lendemain, notre famille et nous-même allons pouvoir claquer plus de trois SMIC mensuels et demi avant le coucher du soleil. Cette tâche est d'autant plus ardue que notre contrat de travail nous interdit l'achat de BMW, Porsche et autres Rolls-Royce et que notre entreprise finance l'essentiel de nos repas, voyages et hébergements.

Au bord du burnout, Philippe Varin aurait confié cette semaine à ses confrères du MEDEF qu'il avait accueilli la hollandaise et arlésienne taxe à 75% avec soulagement et qu'il regrettait même son taux bien trop faible et sa mise tardive en application.

Richement votre.

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "hôpital Montebourg vs charité PSA ?"  et "face au CAC, le SMIC prend une claque !".
Le billet "les constructeurs automobiles devraient cesser de faire des voitures" revient sur la méforme actuelle des constructeurs automobiles français.

- Mes remerciements chaleureux et amicaux aux deux détonateurs de cette chronique consacrée aux malheurs des riches, Alain et Jean, très élégant dans sa nouvelle nuisette.

- Les chiffres, arrondis pour faciliter la compréhension, sont issus des rapports financiers officiels de la maison PSA Peugeot Citroën.

- D'après Wikipedia, Philippe Varin serait né le 8 août 1952 à Reims.
  

lundi 16 septembre 2013

Humeurs Économiques - Déchiffrer les mutations

Face au monde qui bouge, mieux vaut penser le changement que changer le pansement !
Francis Blanche


- Combien coûte une loi ?
- Pourquoi autant de déficit public ?
- Un cheval sous Louis XV était-il moins cher qu'une voiture aujourd'hui ? Et la nourriture ?
- Pourquoi le livre électronique va-t-il devenir irrésistible ?
- Un monde sans droits d'auteur ni brevets est-il possible ?
Voici quelques unes des interrogations qui composent mon nouveau livre Humeurs Économiques.

Humeurs Economiques - Déchiffrer les mutations

L'économie, avec ou sans É majuscule, au singulier comme au pluriel, a une influence prépondérante sur nos vies.
Les médias s'en font d'ailleurs massivement l'écho en nous abreuvant de chiffres et d'informations brutes. Malheureusement, trop souvent, la prise de recul et la mise en référence manquent.

Trouvant rarement les réponses aux questions que je me pose, je me suis attelé à rechercher données et éléments permettant de les éclairer.

Afin de rester le plus possible concret, j'ai transcrit les chiffres astronomiques dont raffolent les économistes en valeurs proches de notre quotidien. Par exemple, les impôts collectés par l'état ne sont pas exprimés en milliards mais en euros par personne et par mois, comme nos salaires, nos bourses ou nos retraites.

Chaque billet d'Humeurs Économiques prend pour point de départ notre vie courante ou l'actualité et s'amuse à les décortiquer sous l'angle économique et dans la longue période. Cette méthode, d'apparence assez froide, possède l'avantage du regard détaché sur les changements qui nous touchent.
Sont abordés, tour à tour et avec un léger soupçon de mauvaise foi, les évolutions technologiques et sociétales, l'amélioration insoupçonnée de notre pouvoir d'achat au fil du temps et les coûts, souvent absurdes, de la machine étatique.

Ce livre n'échappe pas aux mutations dans lesquelles nous sommes plongés.
Il est édité par Leanpub, plateforme d'édition en ligne, qui souhaite remettre auteurs et lecteurs au cœur des processus de création et de commercialisation des livres par le pari de l'agilité, de la commercialisation directe et des systèmes ouverts.

Disponible exclusivement sous forme électronique, Humeurs Économiques peut être téléchargé sous les 3 formats les plus courants :
- EPUB version optimisée pour iPhone, iPad & la plupart des liseuses,
- MOBI adapté aux liseuses Kindle d'Amazon
- PDF format universel lisible sur n'importe quelle machine, notamment PC & Mac, et aisé à imprimer.

Quel que soit le format, le livre ne comporte aucun verrou électronique, les trop fameux et stupides DRM. Vous pouvez ainsi lire Humeurs Économiques, sans aucune opération préalable ou paiement additionnel, sur plusieurs appareils simultanément ou bien le prêter à qui vous le souhaitez.

Le lecteur, qui est le client de l'auteur et de l'éditeur, est au cœur de l'ADN de Leanpub.
Il décide librement du prix de son achat et connait avec exactitude ce que l'auteur va gagner. L'achat donne droit aux trois formats du fichier qui peuvent être téléchargés à tout instant.
De surcroît, quand l'auteur effectue des évolutions de son livre, les lecteurs sont avertis et ont accès gratuitement à la nouvelle version.
Les Éditions Leanpub proposent aussi sur tous leurs livres une garantie de satisfaction à 100%. Dans les 45 jours suivant votre achat, vous pouvez être remboursé intégralement, quelle qu'en soit la raison et sans justificatif.

Je vous invite donc, via le livre Humeurs Économiques et à l'instar du regretté Francis Blanche, à penser (panser ?) le changement et, pourquoi pas, à en rire un peu ...

Références et compléments
- Page d'accueil et d'achat du livre Humeurs Économiques
- Lire en ligne un extrait d'Humeurs Économiques
 
- Le "making of" du livre électronique Humeurs Économiques

- Le site des Éditions Leanpub


vendredi 16 août 2013

Made in France : où sont vraiment les emplois ?

Le débat sur les produits "Made in France" est revenu à la une de l'actualité.
Une étude très fouillée évalue le surcoût d'achat de produits exclusivement bleus-blancs-rouges à 100 à 300 € supplémentaires par mois et par ménage français.
Cette discussion, motivée par le besoin criant de résorber notre chômage massif, est une mauvaise réponse à la bonne question combien y a-t-il d'emplois locaux dans tel ou tel produit ou service ?

Pour essayer de décortiquer les mécanismes de ce sujet complexe, je vous propose de prendre l'exemple de deux friteuses électriques.

Le premier de ces appareils est un modèle basique, vendu à prix cassé, sous marque distributeur, exclusivement en grandes surfaces.
Il arbore fièrement sur son emballage la mention "fabriqué en France" et un magnifique drapeau qui n'aurait pas déplu à Rouget de Lille.

En pratique, il s'agit d'une conception vieille de plus 20 ans, dont les brevets appartiennent désormais au domaine public et dont une partie des pièces a été contretypée.

L'ensemble des composants sont fabriqués en Chine où les salaires sont très bas et la protection sociale microscopique.
Histoire d'améliorer un peu plus les coûts par une réduction des frais de transport et de douane, seul l'assemblage final est réalisé dans l'Hexagone, au cœur d'un département rural, dans une petite usine raisonnablement automatisée avec des équipements asiatiques, employant une cinquantaine de personnes, essentiellement au SMIC, souvent à temps partiel "flexible".

La commercialisation est réduite à son minimum, un vendeur suffit à suivre les centrales d'achat de la grande distribution qui sont livrées par palettes complètes.

La seconde friteuse est mise en vente, par une marque renommée, simultanément en grandes surfaces, en boutiques spécialisées, sur des sites internet et même dans trois magasins dits d'usine.
Bien entendu, les prix diffèrent dans chaque canal. Pour éviter la "cannibalisation", des modèles légèrement dissemblables sont proposés à chaque type de revendeur.

Cet appareil est unique en son genre grâce à plusieurs innovations réduisant la teneur en huile, améliorant les qualités gustatives et facilitant le nettoyage. La marque a mis aussi un soin particulier au design.
La promotion de la marque, de ses produits et de ses nouveautés est l'objet d'une stratégie marketing élaborée qui s'appuie sur des campagnes structurées de communication et de publicité ainsi que sur plusieurs groupes de vendeurs.
Le résultat de cet effort de R&D et de marketing est un prix de vente nettement supérieur aux friteuses standards, de l'ordre de 3 fois plus élevé.

Pour développer et promouvoir mondialement ses produits de petit électroménager, la marque emploie en France une équipe complète de techniciens, de designers, de marketeurs et de communiquants.

La friteuse comporte, en plus des éléments habituels, des composants électroniques et même un petit logiciel embarqué destiné à réguler la cuisson.
L'essentiel de la fabrication est réalisé en Europe centrale où les coûts salariaux sont à mi-chemin entre ceux de l'Asie et ceux de l'Europe de l'ouest.
Toutefois deux pièces très techniques sont produites en France.
Les machines nécessaires à la fabrication proviennent presque toutes d'entreprises allemandes.
Les composants électroniques sont, comme il se doit, asiatiques, mais achetés à un distributeur français ayant des succursales dans toute l'Europe.
Le logiciel a été sous-traité à une société spécialisée qui a utilisé un chef de projet français et des programmeurs indiens.

Le décor étant planté, place aux chiffres !

La première friteuse a incontestablement une plus grande part de sa fabrication en France, un peu plus du quart de son prix de revient industriel contre 10% pour le second modèle.
Je laisse le soin au lecteur de décider si un produit dont les trois quarts de la valeur industrielle n'est pas hexagonale mérite son emblème tricolore.

Répartition des fabrications en et hors France dans le prix de revient industriel des 2 friteuses
Toutefois, l'industrie se distingue de l'artisanat par une part minoritaire de la fabrication dans le prix de vente final.
Ainsi, pour nos friteuses, la production représente moins du tiers du prix de vente de la version low cost et un cinquième de l'autre.
Marketing et R&D, commercialisation, impôts et taxes, sans oublier les profits rémunérant les actionnaires prédominent sur les usines.

Répartition des différents types de coûts dans le prix de vente des 2 friteuses
Les activités non industrielles sont beaucoup moins délocalisables, et en pratique moins délocalisées, que la production.
Dans notre exemple, trois quarts des coûts hors fabrication de la friteuse n°1 et 80% de ceux de la n°2 se situent en France.
Aussi, malgré très peu de production dans l'Hexagone, 67% des emplois générés par la friteuse de marque sont français, contre seulement 61% pour sa concurrente non badgée.

Répartition géographique en pourcentage de coûts totaux des 2 friteuses
Mieux même, compte tenu de l'importante différence de prix de vente, la seconde friteuse a fait travailler trois plus de personnes en France que sa consœur meilleur marché.
Le véritable "Made in France", ou plutôt "With jobs in France", n'est guère visible et ne se pare pas toujours de tricolore !

Répartition géographique en valeur de coûts totaux des 2 friteuses
La résorption du chômage ne passera pas exclusivement par le travail en usine mais aussi, voire surtout, par le développement d'emplois à forte valeur ajoutée, ceux que Robert Reich désignait, il y a plus de 20 ans, comme les "manipulateurs de symboles".
Fort heureusement, les recettes sont identiques pour favoriser les deux types de jobs : baisse des cotisations sociales grevant les salaires, éducation efficace et simplification des réglementations corporatistes freinant l'émergence de nouvelles activités.

Mondialement votre

Références et compléments
- Voir aussi les chroniques "Taxis ? Hôtels ? Pharmacies ? Quelle sera la prochaine victime d'internet ?" à propos des barrières corporatistes et "Tout savoir sur les impôts et taxes en France" au sujet des cotisations sociales pesant sur les salaires.
- "Made in France" signifie "fabriqué en France", "With jobs in France" veut dire "avec des emplois en France".
- Cet exemple des deux friteuses a été concocté par mes soins en regroupant mon expérience professionnelle dans l'industrie avec des ordres de grandeur publiés dans l'ouvrage de Daniel Cohen "La mondialisation et ses ennemis" (Éditions Hachette, 2005) et dans mon livre "Développer un produit innovant avec les méthodes agiles" (Éditions Eyrolles, 2011).
Je n'ai pas tenu compte des machines et des stocks dans les valeurs chiffrées. Ça épaissit encore plus la soupe et ne change pas radicalement les ordres de grandeurs pour ce type de produits.
- L'étude de l'institut CEPII "(Not) Made in France" publiée en juin 2013.
- Robert Reich a publié son livre "The work of nations" traduit en français sous le titre "l'économie mondialisée" en 1991. Cet ouvrage décrivait et annonçait les bouleversements que nous vivons.
- Je remercie le twittonaute Christophe Vernet @Bouba32. Les échanges que nous avons eu il y a quelques jours m'ont incité à écrire, depuis la Tunisie, cette chronique sur le "Made in France".

jeudi 8 août 2013

La nourriture est-elle moins chère que sous Louis XV ?

Il est désormais de bon t(h)on de railler et d'exécrer l'agriculture intensive et les industries de la mal bouffe.
Toutefois, si des excès sont indéniables, un regard en arrière devrait nous inciter à ne pas jeter le bébé agro-alimentaire avec l'eau de cuisson.

Pour ce faire, je vous propose de remonter dans l'espace-temps jusque vers 1750, sous le règne du bon roi Louis XV, en Normandie, dans la région de Rouen.
Un ouvrier y gagnait sensiblement une demi livre, la monnaie d'alors, pour une journée de travail de 10 heures, répétée 6 fois par semaine.

L'équivalent d'une baguette de pain, pétri à partir de farines exemptes d'OGM, mais pas toujours d'ergot de seigle, coûtait, suivant l'abondance des récoltes, entre 0,1 et 0,2 livre, soit 2 à 4 heures de travail. La journée de labeur suffisait à peine, au sens propre, à gagner le pain familial.
En 1725, pour cause de pénurie, le kilogramme de pain atteignit, à Rouen, 2 livres, environ 4 jours de travail ouvrier. Les autorités locales furent contraintes de plafonner les prix et de verser des subventions aux meuniers. Les tensions sur les céréales suscitèrent d'ailleurs plus de 8 500 émeutes en France entre 1700 et 1789 et sont une des causes de la révolution.
Aujourd'hui, 5 à 7 minutes de SMIC suffisent pour acheter une baguette, 15 fois moins que sous l'ancien régime.

La viande, garantie sans antibiotiques, était hors de prix. Acquérir un kilo de bœuf, de veau ou de mouton, hauts et bas morceaux confondus, demandait pas moins de deux journées de travail.
Tout, absolument tout, dans une bête était consommé, une pratique somme toute pas si différente de celle des fabricants actuels de lasagnes.
Désormais, le kilo de steak à 20 € représente 3 heures de SMIC, une amélioration d'un facteur 6. La viande hachée industrielle coûte à peu près 5 € du kilo, 50 minutes de salaire minimum, 25 fois moins qu'en 1750.

La volaille suivait de près. Un poulet ou canard, élevés en plein air et sans hormones, s'échangeaient contre un peu plus de 2 jours de salaire.
Aujourd'hui 1.5 heures de SMIC y pourvoient.

Loin des côtes, seules les élites pouvaient s'offrir du poisson : 2 semaines de labeur pour une grosse truite capturée en rivière, une demi-journée maintenant pour un produit de la pisciculture.
Dans ces conditions, on comprend qu'une des revendications principales des États-Généraux de 1789 fut, non pas mariage, mais chasse et pêche pour tous.

Le fromage est la nourriture dont le prix a le moins diminué, à peine une division par 5.
Sous Louis XV, un jour d'ouvrier permettait d'acheter un kilo de fromage non pasteurisé.
En 2013, une portion équivalente de calendos ou de Saint Marcellin est vendue pour 2 heures de salaire minimal.

Un café sucré est devenu, de nos jours, une boisson habituelle. Un kilo d'arabica moulu avoisine 1.5 heures de SMIC et celui de sucre 10 minutes.
L'ouvrier normand du XVIIIème siècle ne devait pas carburer à l'expresso. Il lui fallait travailler respectivement 3 semaines et 2.5 jours pour se payer ces luxueuses denrées.

Bien entendu, les prix de 1750 sont à nuancer car l'auto-production et l'auto-consommation étaient très importantes.
Ils sont, surtout, révélateurs des faibles surplus en nourriture que les campagne généraient. Ce qui, par voie de conséquence, limitaient les populations urbaines et les employés de l'industrie. Dix générations en arrière, nos ancêtres paysans et ouvriers, subissaient disettes et carences alimentaires chroniques.

Toutefois, à partir du milieu du XVIIIème siècle, l'avènement de nouvelles techniques agricoles augmenta les rendements et donc libéra, petit à petit, des bras qui s'embauchèrent dans les usines de la révolution industrielle.
L'essor de notre alimentation et de notre niveau de vie étaient en marche.

Agro-industriellement votre

Références et compléments
Dans la même veine, sur l'évolution des prix et des coûts au fil du temps, voir aussi les chroniques :

Les données anciennes proviennent du livre "Salaires et revenus dans la généralité de Rouen au 18ème siècle comparés avec les dépenses" publié en 1886 par A. Lefort et reproduit sur le site archive.org.

L'idée de comparer les prix dans la longue durée à des temps salariaux est inspirée du livre de Jean Fourastié & Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).
   

jeudi 1 août 2013

Tout savoir (ou presque) sur l'économie chancelante de la Tunisie

Je n'ai pas le cœur à commenter de nouveau la succession d'événements tragiques en Tunisie. Pour connaître mes sentiments sur le massacre de soldats dans le centre du pays, il est tristement suffisant de reprendre ma chronique consacrée au récent meurtre de Mohamed Brahmi et de remplacer son nom par celui des militaires sacrifiés. 

La révolution du 14 janvier 2011 est née de l'accumulation de problèmes sociaux, économiques et sociétaux :  chômage massif, disparités régionales criantes, inégalités fortes et jeunesse connectée au monde mais peinant à trouver sa place dans une société bloquée ...
Pourtant, Ennadha, le parti islamiste au pouvoir depuis les élections de fin 2011, ses deux alliés et ses zélateurs ont systématiquement joué des aspects moraux, religieux et, désormais hélas, sécuritaires plutôt que d'aborder ces difficiles sujets.

Une façon de résister au sectarisme est de ne pas se laisser imposer le choix des questions importantes. Aussi, je vais tenter, à ma façon, d'évoquer l'économie tunisienne afin d'apporter ma modeste pierre à un débat démocratique qui n'a malheureusement pas débuté.

Les presque 11 millions de tunisiens devraient produire cette année 2013 un total de 75 milliards de dinars, 34 milliards d'euros au cours du jour.
Cela représente chaque mois 580 dinars, 260 € par personne.
Cette valeur est 10 fois plus faible que pour les français.
Grosso modo, la Tunisie possède, aujourd'hui, le niveau de vie et de développement de la France au moment de l'indépendance au milieu des années 1950.

Seulement un gros tiers des tunisiens, 4 millions de personnes, se considère comme actif, c'est à dire ayant un emploi ou en recherchant un. La valeur française avoisine le double de celle de la Tunisie.
Cette différence est surtout due à la faible participation des femmes au travail non domestique. Un quart des travailleurs tunisiens sont des femmes, alors qu'en France la parité est presque atteinte.
Ces chiffres méritent toutefois d'être fortement nuancés par l'existence d'un gigantesque secteur dit "informel", euphémisme technocratique pour travail au black. Commerces et artisanats non déclarés sont légion et non dissimulés. Ils sont le symptôme de la frénétique capacité d'entreprendre des tunisiens mais aussi, hélas, d'un marché du travail officiel bouché.

Le chômage en Tunisie est stratosphérique.
Un actif sur six, 650 000 personnes, est sans travail déclaré, au lieu de un sur dix en France.
Le système éducatif qui est pourtant une des réussites tunisiennes, est devenu une fabrique efficace de sans-emplois. Plus du tiers des chômeurs recensés, 230 000 jeunes, sont des diplômés de l'enseignement supérieur.

La quasi-fermeture des pays européens à l'immigration a supprimé une importante soupape. Désormais, malgré les traversées clandestines en barque vers les îles italiennes, 30 000 tunisiens, 0.3% de la population, quittent leur pays annuellement.
Les temps ont bien changé, désormais, les français s'expatrient deux fois plus que les tunisiens.

Les salaires sont notablement plus faibles en Tunisie qu'en Europe.
Ainsi, le SMIC atteint à peine 1.5 dinars, 0.7 € par heure, soit environ 270 dinars, 120 € par mois, huit fois moins qu'en France.
Autre exemple, ma très militaire coupe de cheveux me coûte 2 dinars, 0.9 € à Kelibia, contre 44 dinars, 20 € à Grenoble.
Ces rémunérations réduites permettent à la Tunisie d'attirer, à deux pas de l'Europe, des industries intensives en main d'œuvre : textile, assemblage mécanique ou électronique, centres d'appel. Cela rend aussi le tourisme compétitif.
Malheureusement, dans ces secteurs à faible valeur ajoutée, la concurrence internationale est rude. De surcroît, vouloir employer des diplômés du supérieur dans des industries de main d'œuvre est un formidable gâchis.

La crise internationale, débutée en 2008, a sérieusement secoué la croissance tunisienne. Jusqu'à cette date, la production et le niveau de vie augmentaient de 6% à 8% par an. Mais la fin du règne de Ben Ali a vu ce chiffre chuter de moitié.
L'année 2011, avec la révolution puis la guerre civile en Lybie, s'est soldée par un recul de 1%. La richesse disponible s'est alors amenuisée de 5 dinars, 2 € mensuels par tunisien.
Depuis, en grande partie grâce à l'auto-organisation et à l'ingéniosité de la population, la machine est un peu repartie : +2.5% en 2012, probablement autour de +3.5% en 2013 soit 35 dinars, 16 € de beurre dans les épinards, pardon dans la chorba, chaque mois pour les tunisiens.
Toutefois, le double de ce taux serait sensiblement nécessaire pour que les problèmes socio-économiques commencent, petit à petit, à s'estomper.

L'état tunisien, comparé à ceux des social-démocraties européennes, est un chef d'œuvre de frugalité. Le système public ne prélève qu'un quart de la richesse produite par les tunisiens, la moitié du taux français, un peu moins de 20 milliards de dinars, 9 milliards d'euros en 2013. Une somme mensuelle par tunisien de 155 dinars, 70 €.
Les gouvernements post-révolutionnaires n'ont pratiquement pas fait évoluer la pression fiscale et sociale. Le taux global de prélèvements est resté presque inchangé. En quelque sorte, les recettes de Ben Ali sont devenues celles de Beji Caïd Essebsi puis de Ennadha.

Par contre, depuis le 14 janvier 2011, les dépenses publiques se sont envolées.
De 2010 à 2013, elles auront augmenté d'une bonne moitié, passant de 120 dinars, 55 € mensuels par tunisien à 185 dinars, 85 €.
Les dépenses de fonctionnement, à commencer par la rémunération d'agents étatiques, sont la cause principale de cet emballement.
Les investissements publics, un cinquième du budget, 35 dinars mensuels par habitant, ont cru deux fois plus doucement.

La conséquence de ces politiques dépensières est une explosion du déficit public qui s'est multiplié par 7 depuis la révolution.
Grâce à Beji Caïd Essebsi puis à Ennadha, à chaque fois que l'état tunisien reçoit 4 dinars, il en dépense 5. Le système public français, pourtant loin d'être un modèle, est deux fois plus rigoureux.
Résultat : tous les mois, 30 dinars, 14 € supplémentaires de dette sont gagés sur la tête de chaque tunisien.

Cette fuite en avant dans la dépense, soit disant keynésienne et en pratique clientéliste, n'a pas porté les fruits attendus par ses promoteurs. La croissance est atone et les inégalités ne se résorbent pas.
Plusieurs pistes sont pourtant envisageables pour donner un coup de turbo au moteur tunisien.
Certaines, d'inspiration libérale, cherchent plus de croissance en limitant la bureaucratie, en défiscalisant l'investissement et en limitant les charges sociales via une TVA digne de ce nom.
D'autres, d'orientation plus sociale, visent à taxer plus les classes moyennes pour créer des transferts vers les plus pauvres et les régions en déshérence.
Enfin, une réorientation d'une partie des dépenses étatiques au profit d'infrastructures pourrait donner un coup de fouet doublement efficace.

Définir quels changements sont souhaitables, imaginer leurs modalités et réussir leur mise en œuvre, sont les questions essentielles qui devraient saturer le débat public en Tunisie.

No pasaran !

Plus que jamais tunisiquement votre

Références et compléments
- Ma précédente chronique tunisienne "Triste bégaiement" sur l'assassinat du député Mohamed Brahmi.
- Mes autres chroniques économiques.
- Les chiffres présentés dans ce billet proviennent tous de sources officielles publiques tunisiennes : ministère des finances, banque centrale, institut national de la statistique.
Les valeurs ont été volontairement arrondies afin de faciliter la compréhension et la lisibilité. J'ai utilisé le cours de 2.2 dinars par euro pour les conversons monétaires.
- A toutes fins utiles, je rappelle que les milliards évoqués dans cette chroniques sont des sommes en dinars, pas en millimes !
- Pour être tout à fait précis, le SMIC tunisien s'appelle officiellement SMIG. En France, le minima salarial est "de croissance" alors qu'en Tunisie il se contente d'être "garanti".
- J'invite Taoufik Z. à venir profiter d'une coupe de cheveux kélibienne pour me faire pardonner d'avoir à nouveau abusé de la contribution économique de mes coiffeurs.

jeudi 30 mai 2013

Une voiture est-elle moins chère qu'un cheval sous Louis XV ?

Jusqu'à l'invention du chemin de fer puis du moteur à explosion au XIXème siècle, le cheval était le seul mode de transport terrestre un tant soit peu efficace.

Si, du point de vue des performances, la voiture a surpassé sans conteste le canasson, en est-il de même sur le plan économique ?

Je vous propose d'emprunter la machine à remonter le temps pour examiner cette question.

Vers 1750, dans la région de Rouen, alors que les techniques agricoles commençaient à évoluer et annonçaient la révolution industrielle, les salaires quotidiens des ouvriers s'établissaient à environ une demi livre pour 10 heures de travail, 6 jours par semaine.
Un cheval "d'entrée de gamme" coûtait alors entre 60 et 100 livres, soit 5 à 8 mois de revenu ouvrier.
En "haut de gamme", un destrier avec la force et la prestance pour tirer un carrosse ou transbahuter un officier de cavalerie s'achetait entre 200 et 500 livres, c'est à dire de 1.5 à 3.5 années de travail d'un manœuvre.
Pour posséder un carrosse et sa motorisation équestre, il fallait disposer de 3 000 à 5 000 livres -  20 à 35 ans de labeur ouvrier - suivant que l'on se contentait d'un simple et familial "4 chevaux" ou d'un luxueux "6 chevaux".

Les prix actuels des voitures ne diffèrent guère de ceux pratiqués pour les transports équestres sous le règne de Louis XV.
Renault vend ses Twingo - "4 chevaux fiscaux" - sensiblement 8 000 €, un peu plus de 5 mois de SMIC.
Les berlines s'étagent de 15 000 à 35 000 €, de 1 à 3 ans de salaire ouvrier.
Un Ferrari F12 Berlinetta et une Rolls-Royce Phantom qui valent respectivement 270 000 et 480 000 € - 22 et 40 ans de smicard - s'alignent peu ou prou sur le niveau des carrosses de l'ancien régime.

Si le cheval se compare à l'automobile au niveau de l'investissement, il manque de compétitivité en ce qui concerne les frais de fonctionnement.
Le meilleur ami de l'homme doit se nourrir tous les jours même s'il reste au garage, pardon à l'écurie.
De surcroît, malgré une puissance musculaire que seuls quelques cyclistes professionnels au mieux de leur forme pharmaceutique réussissent à égaler, un bourrin ne peut guère parcourir plus de 30 kilomètres quotidiens.
A l'inverse, une voiture ne consomme que si l'on s'en sert et son rayon d'action n'est limité que par l'épuisement de son conducteur.

Au XVIIIème siècle, suivant l'abondance des récoltes, la ration journalières de paille ou d'avoine pour un canasson valait entre 0.1 et 0.3 livre, soit de 2 à 6 heures de travail ouvrier.
Désormais, une petite voiture nécessite à peu près 2 litres d'essence pour un déplacement de 30 km, soit grosso modo 3 € ou 30 minutes de SMIC, 4 à 12 fois moins qu'un cheval au siècle des Lumières !

Turfico-lasagniquement votre

Références et compléments
Dans la même veine, sur l'évolution des prix et des coûts au fil du temps, les chroniques :

Les données anciennes proviennent du livre "Salaires et revenus dans la généralité de Rouen au 18ème siècle comparés avec les dépenses" publié en 1886 par A. Lefort et reproduit sur le site archive.org.

L'idée d'étalonner (sic) les prix dans la longue durée par des temps salariaux est inspirée du livre de Jean Fourastié & Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).

dimanche 19 mai 2013

Le prix de l'alcool chute, celui de la convivialité s'envole

Sur la photo ci-dessous, prise vers 1900, mon arrière-grand-père Joseph Pierre Lebouc et son épouse Constance Beaujardin posent, ainsi que leurs deux enfants, devant le café qu'ils tenaient rue de Vaugirard à Paris.
Le café Lebouc, rue de Vaugirard à Paris, vers 1900.
"Spté d'Eau de Vie de Cidre du Calvados"
"Spécialité de Rhum St Louis - Le litre 2 Frs - Qualité recommandée"
Les inscriptions sur les vitrines vantent les spécialités du bistrot.
Un catalogue complet de boissons alcoolisées allèche le chaland : "eau de vie de cidre du Calvados", "madère", "malaga", "banyuls pour quinquina", liqueurs fines Raspail", "Kummel", "chartreuse jaune", "Marie Brizard", "rhum Saint Louis", "bière".
Pour faire bonne mesure du "café" est aussi proposé dans la zone la moins exposée de la devanture.

Un accent particulier est mis sur les prix. Le litre de rhum ou de vin cuit est annoncé à 2 Francs.
A l'époque, un ouvrier parisien gagnait annuellement environ 1200 Francs pour, grosso modo, 300 journées de travail de 9 à 10 heures.
Les litres d'alcool écoulés par mon aïeul équivalaient donc, chacun, à une demi-journée de travail ouvrier.

La marge réalisée par Joseph-Pierre Lebouc et ses fournisseurs était, ramenée aux standards actuels, raisonnable.
En Martinique, le rhum en gros était acheté aux producteurs 60 centimes le litre.
Comme la grande distribution était inexistante, il est probable que le prix de la bibine dans dans les épiceries n'était guère différent de celui pratiqué dans les cafés.

Aujourd'hui, l'alcool a une valeur très différente en supermarché et dans un bar.
Le rhum coûte désormais, chez l'hyper-épicier au nom de maréchal de France, autour de 10 € du litre.
Un ouvrier de 2013 doit travailler une heure et demie, 3 fois moins longtemps qu'en 1900, pour mettre un litre de bibine dans un son caddy.
A l'inverse, consommer dans un bistrot est devenu terriblement onéreux. Le rhum y est commercialisé autour de 120 € le litre. Désormais, 10 à 20 heures de travail , deux à trois fois plus que chez mon ancêtre, sont nécessaires pour écluser une bouteille d'alcool accoudé à un zinc.

Le formidable progrès économique initié par la révolution industrielle a accru nos possibilités de consommation.
Se saouler est bien meilleur marché qu'il y a un siècle, à la condition expresse de le faire seul.
Dans le même temps, la convivialité, peu sujette à la productivité, tend à devenir un luxe hors de prix !

Bistrotiquement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Dans la même veine, sur l'évolution des prix et des coûts au fil du temps, les chroniques :
. "Le coût de l'écrit s'effondre"
. "Timbres-poste, iPhone et salaires ouvriers"
. "Des encyclopédies et de l'iPhone au fil des présidences"
. "Le prix de l'essence et des voitures en forte baisse"
. "Comme l'essence, l'immobilier baisse"

- Merci à Pascale qui a déniché le vieux cliché.

- Les fiches de mes arrière-grands-parents Joseph-Pierre Lebouc et Constance Beaujardin sur mes pages de généalogie.
Pour la petite histoire, Joseph-Pierre Lebouc est décédé d'une maladie professionnelle puisque l'alcoolisme l'a soustrait trop tôt à l'affection des siens.

- Le coût du litre de rhum dans les Antilles provient du livre "Histoire de la Martinique" d'Armand Nicolas.

- Exprimer des prix en temps de salaire d'un ouvrier est inspiré du livre de Jean Fourastié & Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).

mardi 18 décembre 2012

Le cas Gérard D.

La protection accordée récemment au sieur Gérard D. par Sa Majesté Albert II Roi des Belges a fait bruire gazettes et politiques.
Mon incompétence n'ayant rien à envier à celle des commentateurs patentés, voici ma contribution au tintamarre ambiant sous forme de trois réflexions suscitées par l'exil outre Quiévrain d'Obélix.

- Le sieur Gérard D. est mal placé pour se plaindre des impôts élevés en France. L'action et l'argent publics sont les principales sources de sa notoriété et de son train de vie. J'affirme haut et fort qu'il a reçu plus de l'état qu'il ne lui a versé !
En effet, le cinéma est, dans l'Hexagone, une activité particulièrement protégée et subventionnée.
Les innombrables aides publiques directes et indirectes au septième art dépassent allègrement le milliard d'Euros, soit 1 Euro par mois et par français. Le chiffre exact est introuvable sur internet, probablement pour éviter que les contribuables-électeurs découvrent l'ampleur de ce savoureux fromage.
Le secteur audiovisuel est encore plus réglementé que la très colbertiste viticulture où le sieur Gérard D. a d'ailleurs investi. Par exemple, il est interdit de diffuser dès sa sortie un film à la télévision ou sur internet. Dans n'importe quel autre domaine de l'économie, une telle pratique s'appelle une entrave à la concurrence et est légalement prohibée. Pour le cinéma, il s'agit de la louable et noble défense de l'exception culturelle française.
Cette manne est très inégalement répartie. Une vingtaine d'artistes, dont le sieur Gérard D., émarge régulièrement au dessus du million d'Euros tandis que techniciens et petites mains sont payés à coups de lance-pierres, souvent par les ASSEDIC, parfois au noir ...

- Le sieur Gérard D. affirme avoir versé 145 millions d'Euros en impôts durant les 45 ans de son existence de contribuable français et donné en 2011 au fisc 85% de son revenu.
En supposant, hypothèse très défavorable, que les propos du Cyrano du Brabant soient exacts et que le taux annoncé lui ait été appliqué sa vie durant, notre outre ex-nationale aurait bénéficié chaque année, en moyenne, d'un revenu net de 570 000 Euros, le salaire de 50 smicards.
Difficile de plaider la ruine personnelle et la fiscalité confiscatoire dans ces conditions ...

- Une des causes majeures de la Révolution Française en 1789 était l'inégalité et l'absurdité du système fiscal.
Pendant que certaines catégories sociales, essentiellement la noblesse et une part du clergé, échappaient à l'impôt, d'autres étaient lourdement et étrangement taxées. Chaque région avait ses propres impositions et les exemptions, souvent incompréhensibles, étaient légions. De surcroît, la réglementation malthusienne des corporations empêchait le décollage industriel, pourtant déjà à l'œuvre en Grande Bretagne.
De nos jours, l'automobile ayant remplacé le cheval et internet la malle-poste, c'est au niveau de l'Europe que taxations et législations économiques devraient être pensées. Localiser son patrimoine personnel en Belgique ou le bureau d'études d'une entreprise en France ne devrait pas permettre d'échapper à la nécessaire gabelle. A défaut d'harmonisation rapide des impôts, les élites politiques, économiques et culturelles de notre vieux continent pourraient connaître, un jour de colère, le sort de leurs prédécesseurs sous la Monarchie qui réformèrent trop peu et trop tard ...

Sans-culottiquement votre

Post Scriptum
Le sieur Gérard D. a peut-être choisi sa nouvelle résidence un peu vite, l'alcool est plus taxé en Belgique qu'en France ...

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Dans la même veine, lire aussi la chronique "Face au CAC, le SMIC prend une claque !"

- L'idée de calculer le revenu net annuel du sieur Gérard D. vient initialement du twittonaute @clumsy9. Régis (alias @rchbx sur Twitter), mon colbertiste préféré, m'a signalé le différentiel de taxation de l'alcool de part et d'autre de la frontière franco-belge. Merci à eux deux !

jeudi 13 décembre 2012

Face au CAC le SMIC prend une claque

D'après une gazette économique généralement bien informée, la rémunération annuelle moyenne des dirigeants des grandes entreprises françaises de l'indice CAC 40 s'établirait en 2011 légèrement en dessous de 4.5 millions d'Euros, soit environ 400 fois le SMIC.

Comme il est parfois difficile de se représenter les nombres astronomiques, les comparaisons ci-dessous illustrent le salaire des PDG de haut vol (lecteurs espiègles, je vous laisse interpréter cette expression à votre guise).


Ce qu'un ouvrier au SMIC gagne en une année entière, un patron du CAC 40 l'obtient vers 13 heures le 2 janvier.

Si les salaires mensuels étaient payés en pièces de 1 Euro empilées les unes sur les autres, le revenu du smicard atteindrait le plafond d'un appartement habituel (2.3 m), alors que celui d'un grand patron dépasserait le Borj Khalifa de Dubai, immeuble le plus haut du monde.

Si le SMIC était la distance entre Paris et Orléans ou entre Lyon et Grenoble (100 km), alors le salaire d'un patron du CAC 40 serait le tour de la Terre au niveau de l'équateur (40 000 km).

Si le SMIC était un œuf (50 g), alors le salaire d'un patron du CAC 40 serait une basse-cour de 10 poules pondeuses (20 kg).

Si le SMIC était la vitesse d'une tortue (250 mètres par heure), alors le salaire d'un patron du CAC 40 dépasserait largement l'allure du lièvre pour atteindre celle d'une berline sur une rocade urbaine (100 km/h).

Si le SMIC était les paroles de l'Internationale, alors le salaire d'un patron du CAC 40 serait le Capital de Karl Marx.

Si le SMIC était une chanson de Georges Brassens, alors le salaire d'un patron du CAC 40 serait deux intégrales entières du Barde de Sète.

Pour terminer cette chronique sur une note d'espoir, je convie les grands capitaines d'industrie à relever d'urgence un challenge motivant : rattraper d'abord le comédien Dany Boon puis le footballeur Zlatan Ibrahimovic qui engrangent respectivement environ 2 et 3 fois plus qu'eux.

Salariquement votre

Références et compléments
- Merci à Claude qui a fourni le déclic de cette chronique salariale et à Pierre pour son inspiration au long cours.

- Article de l'Expansion du 11 décembre 2012 "Palmarès: le salaire des patrons du CAC 40 ne connaît pas la crise"

- La pile de pièces de 1 Euro (2.33 mm d'épaisseur) rémunérant le travail d'un mois d'un PDG du CAC 40 atteindrait 930 mètres de haut. Borj Khalifa culmine à 828 mètres.

- Le lièvre court à environ 70 km/h.

- Les paroles de l'Internationale ont été écrites en 1871 pendant la Commune de Paris par Eugène Potier.

- Georges Brassens a rendu publiques un peu moins de 200 chansons.

- Le pitre nordiste Dany Boon aurait empoché au dernier pointage annuel presque 8 millions d'Euros.

- Zlatan Ibrahimovic, buteur patenté du Qatar-Saint Germain, émargerait à 12 millions d'Euros peu fiscalisés en France.
  

mardi 18 septembre 2012

Comme l'essence, l'immobilier baisse !

Notre quotidien souvent compliqué et notre mauvaise mémoire nous font perdre de vue les évolutions économiques de moyen et long terme.
Après avoir examiné les prix de l'essence et des voitures en forte baisse, intéressons-nous à ceux du logement.

Une fois encore, les statistiques de l'INSEE sont sans appel.
De 1988 à 2008, l'immobilier neuf, à surfaces et prestations comparables, a vu son prix augmenter moins vite que le SMIC.


Comme le montre le graphique ci-dessus, en valeur relative par rapport au salaire minimum, les maisons individuelles ont baissé de 19% et les appartements de 12%.
Malgré l'absence de statistiques officielles, il est probable que cette diminution des prix a repris ces dernières années. La crise économique a poussé le coût du foncier vers le bas alors que le SMIC a augmenté de 8% de 2008 à 2012.

Comme toutes les moyennes, ces chiffres sont à nuancer, le marché du logement étant particulièrement hétérogène.
Tout d'abord, il s'agit de valeurs nationales regroupant des zones en très forte tension immobilière comme Paris et des zones quasi-sinistrées.
Ensuite, pour effectuer un panorama complet du logement, la même comparaison au SMIC devrait être effectuée sur les loyers et sur l'immobilier ancien. Malheureusement, l'INSEE ne publie pas de série longue de données sur ces deux thèmes.
L'immense majorité d'entre nous devant s'endetter pour acheter un logement, il faudrait aussi ajouter le coût des emprunts ainsi que la disponibilité d'offre de crédit, ce qui dépasse mes compétences de statisticien de comptoir.
De surcroît, lorsque le prix d'un bien que nous désirons baisse, souvent nous en profitons pour monter en gamme. Les logements d'aujourd'hui ne sont plus ceux des années 80. Performances énergétiques et confort se sont accrus.

Ces chiffres cachent indéniablement des cas où l'immobilier a grimpé ainsi que les abus des marchands de sommeil. Mais, comme il s'agit de moyennes, il existe aussi de nombreuses circonstances où les prix ont chuté plus que ne le disent les indices.

Chiffriquement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Voir aussi dans la même veine de comparaison de prix avec les salaires, les chroniques "le prix de l'essence et des voitures en forte baisse !" et "timbres, iPhone et salaires ouvriers".

- Je remercie d'avance les personnes en mesure de me faire parvenir des données de longue durée sur l'immobilier ancien, les loyers et le coût du crédit. Avec leur aide, je me ferai un plaisir d'écrire un complément à cette chronique.

- Chronique commanditée par mon camarade Pierre Carle.

- L'idée de comparer les prix aux salaires est inspirée du livre de Jean Fourastié & Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).

- Source : INSEE, principalement "évolution annuelle du prix de la construction".
   

jeudi 30 août 2012

Le prix de l'essence et des voitures en forte baisse !

Le nez sur notre volant, emportés par notre vie quotidienne, nous avons l'impression que "tout augmente", surtout dans le domaine automobile.
Le gouvernement français vient d'ailleurs de conforter cette idée en mobilisant l'endettement public pour diminuer le carburant de quelques centimes par litre.
Sans méconnaitre les difficultés économiques des personnes devant régulièrement effectuer de longs trajets, je suis au regret de constater que, dans la durée, les coûts de l'essence et des voitures chutent !
Jugez sur pièces.

En 1980, 18 minutes de SMIC étaient nécessaires pour acquérir un litre de super.
Aujourd'hui, en 2012, le même achat ne requiert plus que 10 minutes de salaire minimum, soit une baisse de 44% !

Prix de l'essence super de 1980 a 2012 exprimé en minutes de salaire minimum SMIC
Prix d'un litre de super de 1980 à 2012 exprimé en minutes de SMIC

Comme le montre le graphique ci-dessus, de 1980 à 1987, le carburant a connu une diminution très sérieuse. Depuis 25 ans, le super oscille autour de 9 minutes de SMIC par litre. 2012 est un point haut, sans atteindre toutefois les pics de 1989 et 2000 où l'essence a atteint 10.5 minutes de SMIC le litre.

Il est en de même pour les automobiles.
Ma première voiture, la Renault R5 3 portes, valait neuve en 1980 environ 27 500 Francs (4 200 €), soit 11 mois de SMIC.
La Twingo entrée de gamme qui désormais lui succède, coûte sensiblement 8 000 €, c'est à dire un peu plus de 5 mois de salaire minimum. La baisse est de l'ordre de la moitié.
Cette décroissance du prix réel s'est accompagnée d'un progrès notable de la qualité. Les émissions polluantes se sont estompées, les attaques de rouille ont disparu, la sécurité s'est renforcée et la longévité des véhicules s'est accrue.

La consommation s'est aussi notablement améliorée.
En cycle normalisé dit "urbain", ma R5 consommait officiellement 7.4 litres de super pour 100 km.
Ce même ratio s'est réduit à 5.9 litres / 100 km pour une Twingo, une amélioration de 20%.

La combinaison de toutes ces données permet d'obtenir un ordre de grandeur du coût d'un trajet de 100 km.
A la fin du septennat de Valery Giscard d'Estaing, 210 minutes de SMIC étaient nécessaires pour relier Chamalières à Montluçon en Renault 5.
Désormais, sous la houlette de François Hollande, 82 minutes de salaire minimum suffisent pour aller en Twingo de Tulle à Périgueux, c'est à dire une diminution de presque deux tiers ...

Essenciquement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- La chronique "Timbres, iPhone et salaires ouvriers" utilise la même méthode à propos de l'évolution du coût des communications sur 150 ans.
J'ai aussi employé le même procédé provocant pour analyser le coût du logement.

- Cette chronique a été impulsée par un tweet de Rémi Godeau (@remigodeau sur Twitter).
Elle est dédiée à R. M., mon encyclopédiste automobile favori, dont j'attends les commentaires avec impatience et gourmandise.

- Les normes de consommation de carburant ont évolué pour devenir un peu plus réalistes qu'elles n'étaient naguère
 Les consommations à vitesse stabilisée qui étaient annoncées dans les années 1980 ne sont plus publiées.
Seule la consommation en cycle urbain permet des comparaisons sur longue période.

- Pour estimer le coût d'un trajet de 100 km, uniquement deux facteurs ont été pris en compte, la consommation d'essence (en cycle urbain) et l'amortissement de l'achat de la voiture.
La durée de vie de la Renault R5 a été supposée de 150 000 km, celle de la Twingo de 200 000 km.
Entretien, assurances et péages ont été négligés.

- L'idée d'exprimer les prix en temps salarial est inspirée du livre de Jean Fourastié & Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).

- Sources : ma mémoire ainsi que plusieurs forums dégottés avec Google ainsi que les sites de l'INSEE, de Renault France et www.renault-5.net.

mardi 12 juin 2012

Grossièreté subventionnée et défiscalisée

Hier, 11 juin 2012, à Donetsk en Ukraine, lors du match France - Angleterre, le footballeur Samir Nasri a cru bon, à l'issue d'un but, de crier distinctement face à une caméra de télévision "ferme ta gueule !". Soucieux de ne pas discriminer les sourds et malentendants, ce dynamique sportif a aussi traduit sa déclaration en langue des signes.

Si, lors d'un salon professionnel, sur le stand de l'entreprise qui m'emploie, face à des ingénieurs conseils représentant des clients, il me venait l'idée saugrenue d'imiter le comportement du sieur Nasri, je serai licencié sur le champ.
Apparemment, les mœurs du football sont très différentes. Aujourd'hui Mr Blanc, supérieur hiérarchique direct du grossier buteur, n'y a publiquement rien trouvé à redire et a considéré qu'il s'agissait d'une affaire personnelle.

Le sieur Nasri est payé par son club de Manchester City 10.7 millions d'Euros par an, soit environ 813 SMIC.
Il faudrait 19 vies de travail à un ouvrier non qualifié pour égaler cette rémunération annuelle.
La parade du silence devant les caméras a duré environ 30 secondes, laps de temps durant lequel le compte en banque de son auteur a augmenté d'un Euro.

L'employeur momentané du sieur Nasri, la Fédération Française de Football, a perçu en 2011 une subvention de presque 3 millions d'Euros de l'état français, pourtant gravement déficitaire. Ce subside est en augmentation de 4% par rapport à 2010.

Travaillant et habitant en Angleterre, le sieur Nasri ne paie ni impôt ni cotisations sociales en France.

En résumé, chaque français débourse annuellement 5 centimes d'Euro pour qu'un jeune footballeur, totalement défiscalisé, puisse, avec l'assentiment de ses employeurs, proférer des grossièretés tout en arborant les couleurs nationales.
Incontestablement, le sport possède une immense valeur éducative.

Silencieusement votre

Références et compléments
- Cette chronique, sous une forme légèrement remaniée, fait désormais partie du recueil disponible en ligne "Humeurs Économiques".

- Les autres chroniques "déchiffrage"

- La rémunération astronomique de Samir Nasri par Manchester City est indiquée par de nombreux sites web dont cet article de Challenge

- Le montant de la subvention publique à la Fédération Française de Football est planqué à la note 14 de son rapport financier 2010 /2011 publié sur le site du Journal Officiel.
Fort heureusement, la loi impose à toute association recevant plus de 300 000 Euros de subvention de certifier ses comptes et de les publier au Journal Officiel. La FFF ne s'exécute que depuis la triste mésaventure sud-africaine de 2010.

- Articles Wikipedia sur Samir Nasri et sur le SMIC

jeudi 8 mars 2012

Misère en Inde

Même après cinq voyages en un peu plus d'un an, il est impossible de s'habituer à l'écart abyssal de niveau de vie entre l'Inde et la France.

En déplacement professionnel au pays de Gandhi, salles de réunion climatisées, hôtels de luxe et focalisation sur le "business" ne suffisent pas à vous éviter le contact avec la misère absolue.
Dans les villes, des huttes discrètes sont érigées sur chaque terrain vague et, notamment à Mumbai, les trottoirs peuvent devenir des logements.
Hier, à Bangalore, devant l'usine, des travaux avaient lieu pour équiper "Electronics City" de fibres optiques afin que les entreprises disposent d'internet à haut débit. Parmi les dizaines de manœuvres, un adolescent de quinze ans creusait une tranchée avec un simple fer à béton. L'équiper d'une pelle et d'une pioche aurait probablement coûté beaucoup plus cher que son salaire.

Un ouvrier indien d'une entreprise de sous-traitance mécanique gagne, dans une grande ville, environ 90 euros par mois. Ce revenu mirobolant fait de lui un privilégié par rapport aux journaliers du secteur dit "informel" ou de l'agriculture.
Que les bons esprits économiques se rassurent, à ce prix là, ni impôts ni charges sociales ne sont exigés. Cela tombe d'ailleurs plutôt bien, car, à part des écoles à la pédagogie sommaire et une police corrompue, la majorité de la population ne bénéficie d'aucun service public ou protection sociale.

Toutefois la comparaison entre France et Inde n'est pas exempte de paradoxes.
Est-ce une conséquence du système hiérarchiques des castes, la patrie de Nehru ne semble avoir aucun problème pour étaler sa misère en tous lieux, y compris dans les zones huppées.
A l'inverse, la France, dont l'égalité figure pourtant dans la devise nationale, a un problème avec le bas de sa pyramide. Ils sont relégués dans des quartiers spécifiquement dédiés. Ils sont aussi mis à l'écart du langage officiel, les expressions "défavorisés", "rmistes" ou encore "populations fragiles" sont préférées à pauvres ou miséreux.

Indianiquement votre

dimanche 8 janvier 2012

Timbres, iPhone et salaires ouvriers

En France, vers 1860, sous Napoléon III, la journée ouvrière de 10 heures est payée 2 Francs. Un kilogramme de pain s'achète 30 centimes, soit une heure et demie de travail.
A cette époque, alors que la Révolution Industrielle bat son plein, les communications sont bouleversées. Le train et le timbre ont fait exploser le trafic postal. Affranchir une lettre nécessite 20 centimes, soit une heure de travail. L'acheminement est rapide et fiable, deux jours suffisent pour traverser l'Hexagone. Beaucoup de plis sont distribués le lendemain de leur envoi, parfois le jour même.

En 2012, avec un SMIC horaire net à 7.2 € et une baguette de 250 grammes à environ 1 €, il faut travailler trois fois moins longtemps pour s'acheter du pain.
Pour le courrier, la baisse est encore plus spectaculaire, puisque la lettre standard à 0.6 € ne représente plus que 5 minutes de SMIC, une division par 12 en 150 ans.
Toutefois, la fiabilité d'acheminement s'est amenuisée. Pour obtenir le même service que sous le Second Empire, Colissimo s'avère nécessaire. Le délai de 2 jours est garanti en échange de 8.1 €, une grosse heure de SMIC, autant qu'en 1860. Ne parlons pas de Chronopost qui assure l'acheminement en une demi-journée au prix de 3 heures de travail ouvrier (22.5 €) !

Toutefois, l'usage de la lettre comme moyen de communication semble désormais révolu.
Internet et télécommunications mobiles bousculent les coûts et les usages à l'instar du timbre au XIXème siècle.
L'utilisation d'un smartphone s'établit grosso modo à 50 € par mois, soit 7 heures de SMIC. Cet engin permet d'émettre et recevoir communications téléphoniques, SMS, mails, pages web, photos, musiques, videos et bien d'autres contenus. Il nous coûte mensuellement autant que 7 lettres en 1860, avec un abonnement pour un volume de données correspondant à plus de 1000 à 2000 missives !

Timbriquement votre

Références et compléments
- La chronique "le prix de l'essence et des voitures en forte baisse !" reprend la même méthode de comparaison des prix avec le SMIC pour mettre en perspective le coût du carburants et des automobiles.
J'ai aussi appliqué le même procédé de comparaison avec les salaires au coût du logement.

- Le site histoirepostale.net, réalisé par Roland Goutay et votre serviteur, résume l'histoire postale de chaque pays d'Europe vers 1860, au moment où nait la Poste moderne et où le volume de courrier s'emballe.
La comparaison avec les communications d'aujourd'hui est très instructive notamment l'invention du premier timbre en 1840 en Grande Bretagne par Rowland Hill et la naissance du timbre "20 centimes Cérès" en France en 1849.

- L'idée de comparer les tarifs postaux aux salaires sous Napoléon III et aujourd'hui est inspirée du livre de Jean Fourastié & Béatrice Bazil "Pourquoi les prix baissent ?" (Editions Hachette 1984).