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mercredi 21 septembre 2016

Le métro de Barcelone concerné par le daltonisme

La signalétique du métro de Barcelone inamicale aux daltoniens a été le thème d'une récente chronique.
Soucieux d'aider la capitale de la Catalogne, j'avais poussé le zèle jusqu'à envoyer ma prose à TMB, la régie de transports en commun de la ville de Gaudí.
Trois semaines et demi après, je recevais, coup sur coup, deux mails de réponse...

Daltoniens linguistiques

Le site web de TMB est trilingue, catalan, espagnol et anglais.
Ma maîtrise des langues de Lluis Llach et de Cervantes laissant à désirer, j'avais transmis mon irritation chromatique dans l'idiome de Shakespeare.

TMB - très à l'écoute de ses clients - m'a fait un premier retour en espagnol et un second en catalan.

J'ai du faire appel à mes restes de latin (un peu) et à Google Translate (beaucoup) pour comprendre les messages du métro barcelonais.

Transfert chez les concernés

Le premier mail émane d'un service d'attention aux citoyens.



Ce qui veut dire en substance d'après l'impayable Google :
Nous répondons à la communication concernant la conception des cartes d'information et de signalisation service de métro.
Dans ce numéro, nous vous informons que vous que nous avons déplacé sa lettre du département concerné de prendre connaissance de leurs commentaires.
Nous avons remercié les considérations sans aucun doute nous aider à améliorer le service que nous offrons aux citoyens.
Désolé pour la gêne occasionnée.
Bien cordialement.
Je déduis donc entre les lignes que TMB est probablement la seule compagnie de transports publics au monde à avoir mis sur pied un département concerné par le daltonisme.

Répondre à la réponse

Le mail suivant est aussi rédigé par le service d'attention aux citoyens.



Soit en Googlangue :
Récemment, vous avez reçu une réponse à la communication que vous soumettez à Transports Metropolitans de Barcelona (TMB).
Afin d'améliorer le service, nous demandons votre aide pour répondre à un court sondage.
Cliquez ici pour accéder au sondage.
Nous vous remercions de votre coopération.
TMB est donc aussi le seul exploitant de métro à posséder un service concerné par les personnes dont l'avis a été transmis à un département concerné.

Pierre Dac sors de ce métro !

Pour conclure, je souhaite exprimer ma profonde gratitude à TMB.
Ses courriers auront eu le mérite de me remettre en mémoire une citation du regretté Pierre Dac :
Un concerné n'est pas forcément un imbécile en état de siège.

Daltoniquement votre

Références et compléments
Voir aussi la chronique à l'origine des messages de TMB "À Barcelone, les héritiers de Gaudí ne se soucient guère des daltoniens" ainsi que l'ensemble de mes billets sur le daltonisme.

Voir aussi deux chroniques en lien avec Lluis Llach, le grand chanteur catalan :
- "L'Estaca grande chanson et petit air entêtant de liberté"
- "Votre parole est libre, votre musique est belle - Message personnel à Emel Mathlouthi" à propos de sa reprise de la chanson l'Estaca.

Cette chronique est aussi l'occasion d'un clin d'oeil amical à mes collègues catalans de travail.

André Isaac, dit Pierre Dac (1893 - 1975), est un humoriste et comédien français.
Il a également été, pendant la Seconde Guerre mondiale, une figure de la Résistance contre l'occupation de la France par l'Allemagne nazie grâce à ses interventions sur Radio Londres.
Plus de détails sur Wikipedia.

mercredi 20 mai 2015

La vraie réforme du collège : une bonne tranche quotidienne de rosbif au curry

When you select, you reject!
Choisir c'est renoncer !
Les débats actuels, en France, à propos de la réforme des collèges me paraissent surannés, voire surréalistes.
Ministres et députés en tête, tenants et opposants du latin, du grec ancien, de l'allemand et, dans une moindre mesure, de l'italien et du chinois s'écharpent ex cathedra pour savoir si l'apprentissage de ces magnifiques idiomes doivent débuter à 12, 13 ou 14 ans.

Malgré l'adage ancestral contra factum non datur argumentum (contre un fait, il n'est point d'arguties), nos bons esprits semblent ignorer l'anglais est, nolens volens, devenu, de facto, la lingua franca mondiale et que nos chères têtes blondes, même 5 ans après le bac, continuent d'ânonner la langue de Steve Jobs.

Le système éducatif hexagonal fait semblant d'enseigner l'anglais.
Pour ne fâcher aucun lobby, les heures de cours au collège et en primaire sont saupoudrées sur de trop nombreuses matières.
A contrario, les concentrer sur 3 indispensables basiques - français, mathématiques et anglais - serait plus efficace, tant pour les bons que pour les mauvais élèves.
Ainsi le parler des deux derniers prix Nobel de la paix, n'est enseigné que 3 à 4 heures par semaine aux gamins d'une douzaine d'années. C'est insuffisant pour acquérir des bases solides en y prenant du plaisir et de l'intérêt.

Grosso modo, 6 à 8 heures par semaine sont indispensables.
Le nec plus ultra serait que d'autres disciplines relaient l'apprentissage de l'anglais.
E.g. un prof de sport, à la place d'une initiation à la lutte gréco-romaine, pourrait effectuer une sensibilisation aux méfaits du dopage avec les mots et les intonations de Lance Armstrong.

Bien entendu, cet accroissement horaire doit s'accompagner d'une réorientation géographique.
Oxford, son accent et sa pureté grammaticale doivent s'effacer au profit de la pragmatique Californie et de la créative Bangalore. Bref, laisser tomber le pudding pour le curry !
A fortiori, l'apprentissage d'une seconde langue ne pourrait débuter qu'après avoir acquis une maîtrise correcte de l'anglais.

Effectuer ex abrupto ce changement serait une véritable réforme, utile socialement et économiquement, mais qui nécessiterait beaucoup de courage politique, face aux conservatismes et aveuglements de tout poil.
Imposer la réduction des horaires des matières non indispensables ainsi que mettre en branle un vaste plan de reconversion des professeurs non anglophones - via des formations et des reclassements ad hoc - suppose un gouvernement et un parlement à l'image de Churchill et de la Chambre des Communes de 1940.

Le modus operandi de ce bouleversement ne sera pas facile à mettre au point et à appliquer.
In fine et in petto, je crains que, pour longtemps encore, nous préférions le latin à l'emploi et le grec au rosbif.
Heureusement, nulla tenaci invia est via, nulle route n'est infranchissable ...

Latiniquement votre

Références et compléments
- Voir aussi la chronique "Rosbif au curry : le charme de l'anglais en Inde"
- E.g. est l'abréviation du latin exempli gratia plus usitée en anglais qu'en français. Elle signifie par exemple.

dimanche 19 avril 2015

Que vaut vraiment le Big Data ? J'ai testé l'analyse de personnalité d'IBM Watson

À ma très courte honte, je dois confesser que, jusqu'alors, je n'étais guère convaincu par l'efficacité du “Big Data” pourtant vantée simultanément par de nombreux promoteurs et détracteurs.
À ce jour, les publicités ciblées sur internet sont affligeantes et la débauche de moyens déployée par la NSA et ses consorts fait un flop dans la lutte contre le terrorisme.

Toutefois, un petit test effectué cette semaine a commencé à modifier ma position.
J'ai essayé le service “Personality Insights” - littéralement aperçus de personnalité - d'IBM.

Cette application, basée sur le programme d'intelligence artificielle Watson de la firme d'Armonk, se propose d'obtenir les grandes lignes du caractère de quelqu'un à partir d'un texte écrit par lui.
Pour ce faire, il suffit d'envoyer quelques centaines ou milliers de mots au service qui retourne l'évaluation de 49 traits de personnalité ainsi qu'un portrait psychologique d'une huitaine de lignes.

Malheureusement, ce programme ne fonctionne actuellement qu'en anglais.
Aussi, pour mon essai, je lui ai soumis la version dans la langue de Bill Gates de la page sur l'innovation et l'agilité de mon site web personnel.
J'ai ensuite montré le résultat à une quinzaine de membres de mon entourage personnel et professionnel, sans révéler comment j'avais obtenu cette description de mon moi profond.
Tous, sans exception, ont estimé que mon portrait se situait dans un éventail allant d'assez concordant à très concordant.
Aucun n'a jugé que le copain virtuel de Sherlock Holmes était à coté de la plaque.

Soucieux d'accroître la statistique, j'ai ensuite donné à disséquer au logiciel d'IBM des compilations de mails professionnels rédigés par des collègues nativement anglophones.
Les résultats ont été du même acabit. Les portraits tirés par Watson sont grosso modo en phase avec ma perception des mes cobayes involontaires.

IBM explique sur son site que “Personality Insights” n'est pas un élémentaire exercice de divination mais repose sur des recherches très sérieuses en psycho-linguistique.
Pour faire simple, les mots que nous employons, même lorsque nous traitons de sujets arides ou très spécialisés, diffèrent en fonction de notre caractère et notre personnalité.
Les développeurs de Watson lui ont fait ingurgiter de nombreuses études expérimentales sur ce thème afin qu'en disséquant un texte, il puisse lever le voile sur son auteur.

Si la démonstration en ligne que j'ai utilisée est gratuite, “Personality Insights” est proposé de manière payante aux créateurs d'applications informatiques pour qu'ils l'incorporent dans leurs futurs produits.
IBM suggère de nombreuses utilisations, dont certaines soulèvent des interrogations éthiques et politiques.

Au rayon inoffensif, le marketing arrive en bonne place.
Par exemple, une chaîne de magasins pourrait proposer à ses clients de s'inscrire sur son site web à l'aide de leur compte Twitter ou Facebook.
Il serait ensuite aisé de récupérer les billets postés sur ces réseaux sociaux, de demander à ce cher Watson d'en déduire la personnalité de l'utilisateur et d'adapter en conséquence messages commerciaux et promotions.
En quelque sorte, l'automatisation et la systématisation de ce que tout bon vendeur réalise intuitivement en face à face.

Les usages en ressources humaines sont plus problématiques.
Watson pourrait scanner CV et lettres de motivation afin d'éliminer les candidats aux penchants non souhaités par le recruteur.
De même, ce docte programme pourrait, en analysant les écrits professionnels d'une personne, renseigner son manager sur sa psychologie.

Étonnamment, IBM conseille aussi un usage inverse.
“Personality Insights” pourrait m'aider à rédiger des textes laissant apparaître un profil psychologique particulier, différent du mien et sensé complaire à mes correspondants.
IBM va encore plus loin que Conan Doyle en imaginant que Watson puisse duper Watson, sans l'aide de Sherlock.

D'autres applications sont envisageables où le pire peut voisiner le meilleur.
Un professeur pourrait donner les copies de ses élèves à digérer à Watson afin de recueillir des suggestions pour mieux adapter et personnaliser son enseignement.
Cette technologie possède aussi un vrai potentiel de surveillance policière, voire politique, par le ciblage d'individus à la personnalité favorisant des comportements jugés déviants ou dangereux.
Orwell se cacherait-il derrière Watson ?

Élémentairement votre

Références et compléments
- Tous mes remerciements aux acteurs plus ou moins volontaires de cette expérimentation.

- Voir aussi les chroniques


- Pour en savoir plus sur IBM Watson et “Personality Insights”


- La page sur l'innovation et l'agilité de mon site web personnel utilisée pour tester Watson.

- À mon très grand regret, le programme Watson ne tire pas son nom du docteur John Watson, personnage imaginaire des romans policiers d'Arthur Conan Doyle, assistant de Sherlock Holmes, mais de l'industriel bien réel Thomas Watson, fondateur d'IBM.

dimanche 29 mars 2015

Combien de gaulois entravent le rosbif ?

Depuis les attentats à Paris en janvier dernier, politiciens en panne d'idées et experts autoproclamés nous rebattent, à nouveau, les oreilles avec l'établissement de statistiques ethniques en France.

Il est pourtant un domaine voisin, les pratiques linguistiques, qu'il est possible et légal de mesurer aisément.
Or, après avoir longuement fourragé dans Google, à ma grande surprise, il n'existe pratiquement aucun chiffre fiable sur les langues employées en France, au travail, dans la vie sociale ou en famille.

Pourtant, capter et parler d'autres jargons que le sien est un immense avantage.
Économique tout d’abord, dans toute exportation ou importation, l'échange linguistique précède toujours l'échange commercial et monétaire.
Humain ensuite, comprendre les autres est une bonne manière de ne pas les craindre.

Fidèle aux habitudes de ce blog, je suis parti à la recherche des chiffres manquants.

La seule enquête un peu fouillée que j’ai réussi à dégotter concerne exclusivement la pratique de l’anglais chez les cadres.
Réalisée conjointement par un site d’offres d'emploi en ligne et un organisme de formation … à la langue de Bill Gates, sa méthode laisse à désirer. Néanmoins, il nous faut faire contre mauvaise fortune bon coeur car il s'agit de la seule base disponible.

J'ai étendu ces données, en faisant l'hypothèse optimiste que l'idiome d’Henry Ford était légèrement, mais pas drastiquement, moins utilisé et donc maîtrisé dans les autres catégories professionnelles.

Les résultats obtenus sont accablants.
Plus de 8 compatriotes de Molière sur 10 peinent avec Shakespeare.
Estimation de la pratique de l'anglais en France
Environ deux tiers des français sont coupés du monde anglophone. Un gros quart baragouine.
Seulement 1 sur 7 réussit à converser et écrire dans la langue mondiale.

Amis politiciens et électeurs, en ce jour de vote, il y a peut-être des préoccupations plus essentielles pour faire repartir la France d'un bon pied que la présence de porc dans les cantines scolaires et le régime légal de la prostitution ...

Anglophoniquement votre

Références et compléments
- Voir aussi "My tailor writes a mail - Anglais international tous terrains".
- Les chiffres présentés ont été déterminés par mes soins à partir d'une enquête linguistique réalisée début 2015 par Cadremploi et 1to1English et des statistiques socio-profesionnelles de l'INSEE.
 

mercredi 19 juin 2013

En pyjama dans la véranda du bungalow - Exercice de style franco-indien

La langue française, réceptacle quasi-universel, recèle quelques mots venus d’Inde, beaucoup d’origine tamoule, certains autres issus du sanskrit  La plupart de ces vocables ont transité par l’arabe, le portugais ou l’anglais avant d’atterrir dans le langage de Molière.
Afin de clôturer une longue et belle série, entamée il y a plus de deux ans, de déplacements professionnels au pays de Gandhi et de rendre hommage à mes hôtes, voici un court récit imaginaire reprenant l’essentiel du glossaire indo-français.

Désireux d’expérimenter le nirvana en ce bas monde et de ne plus être traité en paria, je quittais sans regret l’Europe aux anciens parapets et rejoignais en catamaran un atoll indien.

Délaissant ma chemise, je ne m’habillais que de châles et de pyjamas et passait le plus clair de mon temps dans la véranda d’un bungalow ombragé. Sirotant un punch frais et sucré et grignotant quelques biscuits au tapioca, je savourais les senteurs de patchouli et de vétiver de la jungle toute proche.

L'excès d’alcool troubla un peu ma vision, je crus apercevoir l'avatar d’un tank, ce n’était qu’une pagode construite par d’anciens coolies, en haut de laquelle sifflaient, menaçants, quelques anacondas. Me prenant pour un barde, voire pour un gourou, j'agitais un calicot pour tenter de mettre en fuite ces inquiétants serpents.

Furieux de mon imprudence, mes voisins me passèrent un savon, pardon un shampoing au camphre !
Pour faire cesser ce vigoureux traitement, je dus promettre d’aller m'inscrire à une séance de yoga afin de retrouver ma sérénité et d’améliorer mon karma.

Indiennement votre

अलविदा बंगलौर   ಗುಡ್ಬೈ ಬೆಂಗಳೂರು   Goodbye Bangalore

Références et compléments
- A part chemise, je n'ai pas cité dans cette chronique les mots indo-européens très anciens que l'on retrouve tant en sanskrit que dans les langues européennes. Je me suis limité aux vocables originaires de l'Inde et passés en français depuis la Renaissance.
- Dans la même veine linguistique : "du satin sur le divan du toubib : il y a de l'arabe dans le français" et "la braguette du druide : il reste du gaulois dans le français".
- Voir aussi les autres chroniques indiennes
- Principale source : article sur les mots français d'origine indienne du Wiktionnaire.

lundi 3 décembre 2012

La sémantique déjoue un complot du Grand Capital

Grâce à la sémantique, j'ai pu, aujourd'hui en fin d'après-midi, mettre à jour un complot économique.
Voici les faits.

Désireux d'effectuer quelques emplettes, je me suis rendu dans le grand magasin libre-service que je fréquente régulièrement et dont la marque fleure bon l'intersection routière.
Habituellement, je récupère à l'entrée un petit dispositif qui permet de relever soi-même les prix de ses achats et de payer à une machine d'encaissement automatique juste avant de sortir. Cette façon de procéder est plus rapide que le recours aux services d'une caissière.
Ce soir, le présentoir distribuant les appareils de relève de prix était inaccessible. Une grande pancarte proclamait que le système était hors service pour toute la journée en raison d'un "versionnage correctif". Du fait de cette indisponibilité, j'ai effectué mes courses de manière traditionnelle, ce qui n'était pas survenu depuis une sacrée lurette.

Rendu perplexe par l'expression "versionnage correctif", à peine rentré chez moi, j'ai compulsé dare-dare les meilleurs dictionnaires du moment.
Le mot correctif ne pose guère de problèmes : "qui apporte une correction à quelque chose, une amélioration à un fonctionnement défectueux ; qui vise à redresser une déviation". De ces définitions, il est aisé de supposer que le relevé des prix devait cafouiller quelque peu et que le magasin avait probablement choisi de faire appel à un réparateur patenté.
Par contre, le vocable versionnage, mais aussi le verbe versionner, sont inconnus au bataillon et laissent perplexes. Seul, le terme version est clairement spécifié : "action de traduire un texte d'une langue dans une autre ; texte qui en résulte".
Diantre ! Quel rapport entre la traduction et un bidule qui compte les achats que je réalise ?

En y réfléchissant un peu, j'ai fini par dégoter une explication plausible.
Depuis un peu moins de onze ans, la France a abandonné le Franc, sa monnaie séculaire, au profit de l'Euro, la devise européenne. Toutefois, la très grave crise économique et financière que nous subissons depuis 2008 laisse planer le spectre d'un effondrement de l'Euro et d'un retour au Franc.
Il est probable que les patrons de l'entreprise où je fais mes courses - naguère membres des "deux cent familles" - disposent d'informations privilégiées sur l'imminence d'un changement monétaire et qu'il s'y préparent subrepticement, sans daigner avertir leurs prolétaires de clients qu'ils saignent aux quatre veines.
Ils ont lâchement profité que, le lundi, l'affluence est réduite, pour mettre en place dans leurs machines, non pas une traduction, mais une conversion entre l'Euro et le futur nouveau nouveau Franc.
Fort heureusement, la sémantique a permis de débusquer cette odieuse entourloupe du Grand Capital ! Je vous encourage à faire largement connaître autour cette manœuvre éhontée qui risque, une fois de plus, de spolier les travailleurs et les classes populaires.

Linguistico-carrefouriquement votre

Post Scriptum
Je me suis astreint à n'employer dans cet exercice de style, à l'exclusion du barbarisme versionnage correctif, que des termes compréhensibles par un français des années 1950.
En quelque sorte, j'ai tenté de faire une version entre la langue actuelle et celle d'il y a 60 ans en arrière.

Références et compléments
- Les "scannettes" de l'hypermarché Carrefour de Meylan dans la banlieue de Grenoble étaient réellement hors d'usage lundi 3 décembre 2012 pour cause officielle de "versionnage correctif".
- Les dictionnaires consultés au sujet de "versionnage correctif" sont les huit mis en ligne par le CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales).
- Versionnage est, à mon sens, une adaptation française un peu trop littérale de l'anglais versioning dont une meilleure traduction serait gestion des versions, voire simplement version.
- A propos des "deux cent familles" se reporter à la chronique "Besoin d'argumenter ? Les nombres de 1 à 500 !".

dimanche 25 novembre 2012

Des noix et des rouleaux au coeur de l'Inde

L'humanité est une espèce dure de la feuille. Quelles que soient nos origines, nous avons en commun de difficilement détecter les sons absents de notre langue maternelle, ce qui ne facilite pas l'apprentissage des idiomes dits étrangers.
A l'inverse, l'orthographe et, même, la grammaire, sont des spécialités françaises et britanniques. Plus on s'éloigne dans l'espace et dans le temps de Molière et Shakespeare, moins l'écriture juste est valorisée.
Quelques exemples glanés au cours d'une récente visite à Bangalore en Inde.

- Un collègue indien, cloué au lit par une vis dans le genou, m'a envoyé un sympathique  petit mail pour me souhaiter la bienvenue à Bangalore et regretter de ne pouvoir me rencontrer. Soucieux de montrer sa francophilie, le message débutait par "Bonojo", transcription phonétique de bonjour pour des oreilles habituées aux sonorités du kannada, la langue du Karnataka.

- Le buffet de desserts du restaurant de l'hôtel où j'ai séjourné proposait de succulents rouleaux au profit, des "profit rolls". Fort heureusement, cette gourmandise chocolatée n'était pas nappée de sauce financière.

- Bizarrement, j'ai découvert dans un document que nous proposions de voler des noix - "steal nuts" - pour améliorer le produit industriel sur lequel nous travaillons.  J'ai fini par comprendre qu'il s'agissait d'ajouter des écrous en acier, "steel nuts".

Phonétiquement votre

Références et compléments
- Les joies de la phonétique, des distorsions auditives et de l'orthographe ont été abordées plusieurs fois dans Humeurs Mondialisées.
. A propos de l'Inde, voir "Rosbif au curry".
. Au sujet de la Tunisie, voir "Un après-midi chez Marthe" et "Survie linguistique en Tunisie".

mardi 21 août 2012

Survie linguistique en Tunisie (suite)

Contrairement aux apparences, arabe dialectal tunisien et français sont deux langues phonétiquement proches.
Voici une seconde livraison des précieux conseils d’Humeurs Mondialisées à destination des francophones pour éviter les quiproquos au pays d’Hannibal.

Si vous entendez, à l’insu de votre plein gré, quelqu’un dire à votre conjoint, de façon péremptoire, « jette » suivi de votre prénom, ne paniquez pas !
Personne ne souhaite briser votre couple. Bien au contraire, il y a au moins une âme bien intentionnée qui s’enquiert de votre venue.

Si on annonce près de vous « dis Léa ! », ne vous mettez pas bêtement à répéter ce joli prénom un peu passé de mode mais savourez la pastèque qui arrive.

Si on vous dit « souris », ne cherchez pas à faire risette à une hypothétique caméra.  Inutile aussi de grimper sur une chaise, il n’y a aucun rongeur à l’horizon.
Votre interlocuteur souhaite savoir si vous êtes français.

Si, au restaurant, le serveur termine sa prise de commande par « chou crâne », ce n’est pas pour autant que vous aurez en dessert une surprise locale du chef à mi-chemin entre la tête de veau ravigote et le chou farci.
Il s’agit d’un remerciement de bon aloi pour votre contribution à la réussite de ses objectifs commerciaux.
Si le garçon préfère s’exclamer « baraque à la ouf ! hic ! », sachez qu’il ne nourrit aucune ire vis-à-vis de l’architecte de sa gargote mais qu’il redouble de politesse à votre égard, signe que votre participation à son bonus semble prometteuse.

Franco-tunisiennement votre

Références et compléments
- A propos de phonétique franco-tunisienne voir aussi la première fournée de ces conseils linguistiques ainsi que la toute première chronique tunisienne « Un après-midi chez Marthe ».
Les deux chroniques « Du satin sur le divan du toubib - mots français d’origine arabe » et « Les 16 tweets qui ont fait l’histoire de la Tunisie » complètent les recommandations ci-dessus.

- Extraits du dictionnaire phonétique tunisien – français :
. Jette [+ nom ou prénom] ? = [nom ou prénom] est-il venu ?
. Dis Léa = pastèque
. Souris = français
. Chou crâne = merci
. Baraque à la ouf ! hic ! = merci (forme très polie, littéralement que la grâce de Dieu soit sur vous)

samedi 11 août 2012

La braguette du druide : du gaulois dans le français !

Suite à la récente chronique sur les mots d’étymologie arabe présent dans le français, @Lourcine – un twittonaute de mes relations – m’a rappelé que la langue de Molière comportait aussi des vocables d’origine gauloise.
Jules César et ses légions latines ne sont pas totalement venus à bout du parler de Vercingétorix.
Pour preuve, ce nouveau dialogue, toujours un brin érotique, où nous retrouvons le médecin et sa patiente, naguère étendus sur un divan et qui, désormais, se passent le celte.

– Bonjour druide !
– Bonjour chère Madame mais que dîtes vous la ? Druide ? Pourquoi pas ambassadeur ou palefrenier pendant que vous y êtes ! La dernière fois vous m’avez appelé « toubib » durant toute la consultation !
– Je vous appelle druide car vous êtes un vrai magicien ! Quel brio ! Grâce à votre traitement mes soucis de santé se sont envolés. Mon jarret est redevenu svelte et mes joues sont à nouveau roses. Envolées les tonnes de plomb qui pesaient sur mes épaules !
– Nous allons voir cela mais entrez donc ! Ne restez pas dans ce couloir malheureusement aussi sombre qu’un tunnel. Les ampoules ont grillé ce matin, je n’ai pas encore eu le temps de les changer.
– C’est vrai qu’il fait noir ici. Pour un peu on dirait un bouge empli de truands à la rouge trogne prêts à vous garroter pour un oui pour un non.
– Puis-je vous proposer une cervoise tiède que je garde dans ce pichet en étain. C’est une cuvée spéciale à base de blé que m’envoie un brasseur artisanal belge dont j’ai soigné la fille autrefois.
– Volontiers ! Une chaque visite vous me faites découvrir une nouvelle boisson. Hum ! Cette mousse est vraiment crémeuse.
– Une petite galette pour accompagner votre cervoise ?
– Druide vous exagérez ! A force de me gaver ainsi je vais ressembler à un tonneau ! Moi qui étais presque chétive étant jeune !
– Allons, allons ! Un de mes slogans favori est « un petit plaisir n’est jamais gaspillé ». Et ces vacances alors ?
– Excellentes ! Mon mari a passé son temps à photographier des chamois et des bouquetins dans un parc national en montagne. Il avait trouvé une petite combe recouverte de lande parfaite pour l’observation des animaux. Malheureusement, le dernier jour, le long d'un talus, il a glissé sur une souche de sapin cachée par les bruyères et s’est brisé l’orteil. Pendant ce temps, j’ai alterné entre une cure de bains de boue le matin et des ballades sur les chemins alpestres l’après-midi à glaner quelques fleurs.
– En tous les cas, vous avez une mine superbe !
– Mais où est le divan sur lequel je me suis voluptueusement allongée la dernière fois ? Pourquoi l’avez-vous changé ?
– Un charpentier de mes amis s’est établi ébéniste. Pour l’aider à avoir un peu de boulot, je lui ai acheté ce nouveau canapé. Il l’a réalisé en n’utilisant que des essences nobles : érable, chêne, bouleau, if. Malheureusement, lors de son transport dans une camionnette encombrée, il a été rayé.
– Savez-vous qu’on peut estomper les rayures sur des panneaux de bois avec un mélange de poudre d’ardoise et de terre glaise ? Quoiqu’il en soit, le tissu lie de vin est superbe.
– Merci du conseil, je vais essayer. On m’avait suggéré de frotter avec des galets ou des cailloux mais je n’ai pas osé. Bon, assez parlé, il faudrait quand même se mettre à marner un peu ! Pourriez-vous retirer cette magnifique chemise à jabot afin que je vous examine ? Vous n’aimez guère vous vêtir de guenilles à ce que je vois !
– Où puis-je poser mes vêtements ? Sur cette claie ?
– Oui. Vous pouvez aussi les mettre sur cette vieille pièce de charrue que j’ai transformée en portemanteau.
Aaah ! A chaque visite vous me comblez ! Après le satin d’avant vos vacances, aujourd’hui sous vos braies à la gauloise jaillissent des jarretelles !
– Approchez-vous druide ! Durant mon séjour à la montagne, je me suis laissée bercer par l’idée de cette nouvelle visite. A chaque fois que je voyais mon mari, je me renfrognais et pensais à vous.
– Vos désirs sont des ordres ! Je serai votre valet !
– Venez plus près ! Il me semble que votre braguette a besoin d’être arrangée. On dirait que la fermeture éclair a déjanté.
– Je suis votre vassal !
– Couchez-vous donc sur ce drap car vous m’avez l’air d’être un sacré gaillard ! Que dis-je ? Un bouc, un bélier, une bête, une brute ! Je crains de ne pas y arriver si vous n’êtes pas allongé.
[La suite serait délectable. Malheureusement je ne peux pas la dire et c’est regrettable. Ca nous aurait fait rire un peu.]
– Afin de camoufler ces instants délicieux, de les mettre sous le boisseau, il me faudrait une nouvelle ordonnance ou, à tout le moins, une adaptation de mon régime. Sinon mon mari va flairer la magouille. S’il se met à creuser et qu’il découvre qu’ensemble nous passons les bornes, il est capable de me battre à coups de balai. Il que vous trouviez quelque chose qu’il soit capable de gober.
– Aucun problème, je vais vous rétablir la viande et le poisson dans votre régime. Je vous conseille donc le pâté de cheval et d’alouette, le mouton et le lapin de garenne. A cela vous pourrez ajouter de la limande et de la lotte. Sans oublier un peu de miel des ruches de votre cousin !
– Merci beaucoup ! Je suppose qu’il faudra que je revienne régulièrement pour un contrôle.
J’allais oublier de vous demander des nouvelles de votre fils à qui vous donniez des leçons d’algèbre. A-t-il eu son baccalauréat ?
– Oui il est bachelier désormais et s’apprête à passer le concours pour rentrer au ministère du budget.
– Bon, il se fait tard. Au revoir druide et à très très bientôt !
– Au revoir chère madame et revenez très vite. En carrosse, en luge, en chariot, en benne basculante, peu importe ! Revenez ! D’ici là je serai comme une terre en jachère, à vous attendre …

Gauloisement votre

Références et compléments
– Voir aussi la précédente chronique « Du satin sur le divan du toubib » où médecin et patiente prennent un malin plaisir à employer des mots français d’origine arabe.
– Comme le bouc – mon animal patronymique – et les bacchantes qui ornent mon visage n’ont pas suffi, je remercie le twittonaute « Olivier Dressayre / @Lourcine » de m’avoir remémoré qu’il reste du gaulois et du celte dans le français.
– Les mots indiqués en gras dans le texte ci-dessus sont d’étymologie gauloise ou celtique d’après le portail lexical du CNRTL.
Les quelques mots écrits en italique dans le dialogue ont une origine arabe et sont une réminiscence de la chronique « Du satin sur le divan du toubib ».
– Merveilles de la langue française et gauloiseries ne sauraient être évoquées sans Georges Brassens. En plus de l’extrait du « Gorille », le texte ci-dessus contient deux autres citations du barde de Sète que je vous laisse retrouver.

mardi 7 août 2012

Du satin sur le divan du toubib : il y a de l'arabe dans le français !

N’en déplaise aux sectes de tout poil, il y a de l’arabe dans le français !
La langue littéraire et l’argot contiennent de multiples mots d’origine arabe provenant des croisades, de l’espagnol, de l’italien, de la colonisation et de l’immigration. 
Pour preuve, ce dialogue vaguement érotique recueilli subrepticement dans le secret d’un cabinet médical.

– Bonjour toubib.
– Bonjour chère madame. Entrez vite ! Il pleut si fort sur la grand route ! Heureusement votre caban m’a l’air bien imperméable.
– Oui et, en plus, sa doublure en mohair le rend très agréable à porter.
– Posez votre barda ici.
– Il fait bon chez vous. Vous vous chauffez comment ? Au mazout ?
– Oui, j’ai un chauffage central qui, depuis que je me suis installé ici, n’a encore connu aucune avarie. Je l’ai fait venir du Groenland.
– N’avez-vous pas eu de problèmes avec la douane ?
– Si, ça été un peu compliqué. Les exigences des gabelous sont prohibitives. Il faut qu’ils fassent du chiffre. Heureusement, avec un petit bakchich le problème a été résolu fissa.
– La société de mon mari qui importe des raquettes du Japon a le même type d’embêtements. Les tarifs des douaniers sont exorbitants, ils se prennent pour des nababs ! Pourtant ce ne sont que des caïds de seconde zone ! Il leur fait toujours plus de flouze ! Ils disent qu’ils contrôlent au hasard mais comment les croire ?
– Je vous en prie, prenez place sur ce sofa. C’était auparavant un lit à baldaquin qui occupait une alcôve à mon domicile. J’ai fait changer le matelas, passer un petit coup de laque et, hop, désormais c’est un divan pour mes patientes. C’est quand même plus agréable que mes anciens tabourets.
– Quel confort ! Un vrai massage ! Et ce tissus ambré une pure merveille qui se marie très bien avec les coussins rouges !
– Puis-je vous offrir un petit kaoua ? J’ai dans cette carafe isotherme un moka spécial que m’envoie un petit producteur yéménite dont, autrefois, j’ai guéri la fille.
– Bien volontiers, toubib !
– Combien de sucres ? Normal ou candi ?
– Un seul, candi, s’il vous plait.
– Voici. Prenez donc aussi ce petit caramel dans cette timbale, il faut bien que mes confrères dentistes puissent assurer leur chiffre d’affaire !
- Un régal ! Un vrai sirop ce kaoua ! Que dis-je ? Un élixir divin !
– Trêve de salamalecs ! Qu’est-ce qui vous amène ? Que puis-je pour vous ?
– Une fatigue perpétuelle m’assaille. C’est comme si j’avais en permanence un fardeau sur mes épaules, qu’on me cognait sur le crâne à coups de matraque, qu’un tambour résonnait dans ma tête faisant un ramdam de tous les diables, que des dizaines de clébards aboyaient dans mes oreilles, qu’une noria de bulldozers aplanissait mes méninges … J’ai peur d’avoir quelque tare héréditaire.
– Il va falloir que je vous examine. Pourriez-vous enlever votre jaquette et votre jupe, s’il vous plait.
…
Ouah !!! Des sous-vêtements en satin et en mousseline ! Ah ces reflets moirés ! Votre mari est un homme comblé ! Ma femme ne porte que de ternes culottes en coton qu’elle achète au magasin du coin.
– Toubib, vous me gênez ! Bornez votre zèle à de plus innocents marivaudages ! Je sens que je deviens cramoisie. Je serai bientôt aussi écarlate que les coussins de votre divan.
– Que nenni ! Le carmin vous va a ravir ! Votre beauté dépasse celle d’un nénuphar !
– Toubib, votre arsenal à compliments me semble contenir un peu trop de munitions ! Si vous continuez, je pourrais en faire un almanach !
– Je crains que vous ayez une allergie à des substances chimiques. Seriez-vous en contact avec de l’ammoniac ? Vous savez ce produit que nos grands-parents appelaient l’alcali volatil.
– Non ! Je n’en ai même pas un chouilla chez moi.
– Et de la cire de bougie peut-être ? du goudron ? de la soude caustique ? du benzène ? du borax ? de l’essence de tamaris ?
– Le bois de la guitoune au fond de mon jardin qui servait d’abri pour le cheval alezan de mon oncle Archibald est entièrement goudronné. Ce vieil oncle, surnommé l’amiral car il possédait un chantier naval, a utilisé les mêmes techniques de calfatage que pour ses bateaux.
– Vous y allez souvent dans ce gourbi ?
– Oui, assez, j’y entrepose dans des couffins et dans des jarres les matières premières pour mon atelier de maroquinerie. Un vrai souk !
– Dans ce cas, le diagnostic est assez simple : vous faîtes une allergie au goudron.
– Ca se soigne ? Ou bien va-t-il falloir que je me procure un talisman pour éloigner la camarde ?
– Ca se soigne très bien ! Tout d’abord, cessez d’aller dans cette guitoune, envoyez quelqu’un d’autre à votre place. Ensuite, pendant quelques temps, un régime alimentaire strict va s’imposer. Vous ne devrez plus manger que des artichauts, des épinards, des aubergines et de l’estragon ainsi que des abricots et des oranges.
– Même pas un petit kebab ou un petit méchoui de temps en temps ? Une brick au thon albacore ?
– Non, régime strict ! Zéro viande sinon c’est l’échec assuré !
– Un petit loukoum ? Une petite baklawa ?
– Kif kif ! Ah ! J’oubliais, pas d’alcool ni de sorbets non plus ! Et évitez aussi de faire trop la nouba.
– Ca fait quand même pas besef d’aliments possibles ! C’est de la mesquinerie diététique !
– Un petit effort le temps de remettre à niveau votre algorithme personnel et tout ira mieux !
– Toubib vous m’assassinez ! J’ai l’impression d’avoir heurté un récif !
– Si vraiment c’est trop difficile, vous pouvez essayer le camphre.
– Vous me transformez en momie ! Je ne vais plus manger que de la camelote !
– A l’extrême rigueur vous pouvez recourir au talc dans les sinus … mais surtout à doses homéopathiques ! Par contre, évitez absolument le hachich.
Je vous écris tout cela sur une ordonnance … sauf le talc, bien entendu ! Mais où ai-je mis la rame de papier à entête ? J’ai pourtant fait récemment une razzia à l’imprimerie.
– Toubib, vous me prenez pour une brêle ?
– Assurément pas ! A chaque fois que vous venez me voir c’est comme si le soleil était à son zénith, se découpant sur champ azur !
Malheureusement, l’heure tourne, cessons de faire les zouaves ! Je suis au regret de devoir vous demander de vous rhabiller chère gazelle, de remettre un voile sur vos gazes.
– Pourrais-je revenir vous voir après mes vacances ? Mon mari et moi allons faire un safari photo.
– Vous êtes toujours la bienvenue. Vos dessous satinés me distraient de toute la smala qui m’attend à la maison et des exercices d’algèbre de mon second fils. Il me prend pour un cador mais je peine ! Rendez-vous compte, hier soir, j’ai du réapprendre à calculer un azimut ! Et pour aujourd’hui, il m’a promis des problèmes d’unités : convertir des quintaux en livres.
– Bien ! Au revoir toubib. Merci pour tout et bon algèbre !
Et ... comme votre divan est avenant ... peut-être que ... la prochaine fois ... vêtue seulement d’une djellaba ... me hasarderai-je à couvrir avec votre aide mon mari de safran …

Arabiquement votre

Références et compléments
- Un second épisode intitulé "la braguette du druide" vient s'ajouter à ce marivaudage diététique entre un médecin et sa patiente. Dans cette deuxième livraison, ils badinent, et même un peu plus, avec des mots d'étymologie gauloise et celtique.
- L’étymologie arabe des vocables en gras est attestée dans l’article « Mots français d’origine arabe » du dictionnaire libre Wiktionnaire.
- Impossible d’évoquer les merveilles et les recoins de la langue française sans Georges Brassens. Le texte ci-dessus contient quelques citations des chansons du barde de Sète que je vous laisse retrouver.

samedi 14 août 2010

Un après-midi chez Marthe - Chronique tunisienne

Étrangement, le prénom féminin le plus courant à Kelibia est Marthe.
Comme souvent avec les prénoms, il s'agit d'une affaire de générations : les Marthe que je connais ont toutes plus de 30 ans et aucune jeune fille ne s'appelle ainsi.
Comme Jean en France - Jean Paul, Jean Pierre, Jean Pascal - Marthe est systématiquement un prénom composé : Marthe Ali, Marthe Habib, Marthe Tahar, etc.
A l'instar de Jean souvent complété par le prénom féminin Marie, Marthe est toujours suivie d'un prénom masculin.

Le mois d'août est incontestablement le mois des Marthe.
Chaque fin d'après midi, avec un tour de rôle mystérieux répondant à des règles aussi précises qu'obscures, une Marthe convoque une réunion familiale chez elle.
Malgré quelques variantes, le programme de l'après-midi chez Marthe relève d'une trame immuable.

Tout commence par la phase liquide. Généralement, Marthe a préparé deux types de thé : le thé-hasard qui, comme son nom ne l'indique pas, est systématiquement vert et le thé-armoire qui a pour particularité d'avoir la couleur des meubles du même nom.
A ce sujet, il y a d'ailleurs discordance entre les menuisiers qui nomment cette teinte tête de nègre et les spécialistes patentées du thé qui le disent rouge alors qu'il est noir.
Très souvent, peut-être pour préparer la dernière phase de l'après-midi, quelques sous-marins patrouillent négligemment dans le thé.

Vient ensuite la phase gazeuse. Il y a quelques années les boissons pétillantes étaient systématiquement Carla mais depuis que les cotes du Président Sarkozy et de sa dernière épouse ont piqué du nez, la couleur des gazouzes, à l'inverse du thé, dépend vraiment du hasard. Toutes sortes de pigmentations et d'aromes accompagnent désormais le gaz carbonique et le sucre.

Un après-midi chez Marthe ne saurait être pleinement réussi sans se terminer par une sérieuse phase solide. Les Marthe avec un penchant pour la construction optent pour les briques, fort heureusement sans ciment. Les autres s'orientent vers des salés, voire des glaces.
Dès le début de la phase solide, les convives montrent des velléités de départ vite contrées par l'arme secrète de la Marthe : la reteneuse.
En effet si les boîtes de nuit disposent de videurs (qui sont plutôt des filtreurs puisque leur principale mission est d'empêcher les indésirables d'entrer), les Marthe font appel en fin d'après-midi à la mystérieuse et inquiétante Mademoiselle Bikri.
Dès qu'une invitée fait mine de chercher ses mules - pour éviter toute tentative d'évasion, les invitées sont déchaussées à leur arrivée - Marthe appelle d'une voix de stentor sa reteneuse : "Mademoiselle Bikri !".
La simple évocation de ce personnage semblable à l'Arlésienne - tous en parlent mais personne ne l'a vu - suffit à calmer la volonté de fuite des invitées pendant au moins un quart d'heure.
Fort heureusement, l'effet dissuasif de Mademoiselle Bikri s'estompe avec le temps. Au bout de trois ou quatre évocations, les invitées, constatant que les issues ne sont en réalité gardées par personne, se lèvent et réussissent généralement une sortie groupée qui clôt l'après-midi chez Marthe.

Le lendemain, tout recommence chez une autre Marthe …

Tunisianiquement votre ...

Références et compléments
- Cette toute première chronique tunisienne a été complétée en août 2012 par un précis de survie phonétique en Tunisie ainsi que par une seconde livraison de ces conseils linguistiques.